Affichage des articles dont le libellé est Xénolites. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Xénolites. Afficher tous les articles

vendredi 27 janvier 2017

Photogénique marbre de Cantley


Photo © Richard Perron, 2016
Marbre sculpté de Cantley (QC), photo © Richard Perron, déc. 2016.
Le marbre a été creusé par un torrent qui s'écoulait sous la glace lors de la dernière glaciation. L'eau s'écoulait du nord (droite) vers le sud (gauche). Un obstacle résistant dans le marbre (inclusion silicieuse au dessus de l'appareil photo) a fait obstacle au courant et a préservé de son action érosive une bande de roche à son aval.

Billets sur le même sujet


Pour en savoir et en voir plus sur Richard Perron et son travail :
E-Portfolio : RichardPerron.ca
Photos : www.flickr.com/perronr
www.facebook.com/RichardPerronPortrait

dimanche 14 octobre 2012

Perkins : marbre gris et granite rouge







Très bel exemple de contact entre un granite orangé recoupant un marbre grisâtre. Perkins (Val-des-Monts, au nord de Gatineau (Québec). Toutes les photos : 14 octobre 2012.



(Deux photos.) Le marbre, bien rubané, est semé des habituelles inclusions disloquées et dispersées dans sa masse. C'est banal, mais on ne s'en lasse jamais. Ça ressemble fortement à ce qu'on retrouve un peu à l'ouest, à Cantley et Chelsea.


Contact granite/marbre. Notez le plissotement du ruban sombre dans le marbre, au dessus du centre de la photo. Le rubanement du marbre passe de l'horizontale, à gauche, à la verticale, ou presque, à droite.


Détail de la photo précédente : granite blanc ou quartzite boudiné dans le marbre en deux ovales.


Le marbre et le granite près de leur contact sont parcourus de filons de calcite blanche. Ici, l'un d'eux dans le marbre.


Feldspath orangé dans le marbre, tout près de son contact avec le granite composé majoritairement de ce minéral.


Détail de la photo précédente. La calcite du marbre s'est rayée sous mon canif tandis que le feldspath est demeuré... de marbre (traits obliques blancs). Quant aux minéraux inclus dans le marbre, je reste un peu perplexe : serpentine ?, diopside ?...


Imitation par un xénolite mélanocrate de la carte de l'Italie. Peu convaincant.


Xénolites transportés dans le marbre. Tout ceci me rappelle cela.
Les traînées grises indiquent que nous sommes en présence d'un marbre à graphite.


Xénolites dans le marbre. On croirait à une migration de têtards...

samedi 12 mars 2011

Dissolution à Gatineau : toponymie mouvante

© Google
L'île Marguerite, à Gatineau (Québec). 
Le mince bras de la Gatineau qui contourne l'île par le N était à sec au moment de la prise de la photo satellite et le caractère insulaire de ce bout de terre n'éclate pas à l'évidence.
La Maison Alonzo-Wright (1), en face de l'île, berceau du collège Saint-Alexandre (2), fondé en 1912 par les pères spiritains, explique l'ancien toponyme d'île Wright.


Note. Si vous ne cliquez pas sur les images pour les agrandir, c'est qu'une timidité excessive vous empêche de poser des gestes pourtant tout à fait anodins et vous prive d'avantages à la portée de tous.


Série sur les «marbres dissolus» de l’île Marguerite, à Gatineau (Québec).
Lien vers l’ensemble des posts antérieurs :
http://geo-outaouais.blogspot.com/search/label/Marguerite%20%C3%AEle
Lien vers le premier post de la série pour une mise en contexte :
http://geo-outaouais.blogspot.com/2010/06/rideau-petrifie.html


Avant ou après, mais pas pendant
Les rives de la Gatineau, le long des derniers km que ses eaux franchissent avant de se mêler à celles de l’Outaouais, ont subi peu de répercussion suite à la mise en œuvre en amont des barrages construits durant les années 1920.

L’île Marguerite, où sont situés les «marbres dissolus» auxquels j’ai consacré quelques posts (voir liens donnés plus haut), se trouve dans cette section pérenne (si l'on peut dire) de la Gatineau.


Rapide de l'île Marguerite, sur la Gatineau (1879)
Les collines boisées existent encore, les pitounes ont disparu. 
La description de l'œuvre parle des rapides Farmers qui sont en réalité 
à quelques centaines de mètres en amont de l'île.
Aquarelle avec rehauts de gouache sur crayon sur papier vélin, 55,5 cm x 37,6 cm.
Vue prise à partir de l'île Wright, en face de la résidence d'Alonzo Wright, député, «roi de la Gatineau», le 20 août 1879.
Crédit: Bibliothèque et Archives Canada, no d'acc 1936-34-1
Simpson, Jenny Russell, 1847-1936. nd Archives Canada/PA-132303


Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a mis en ligne de nombreux documents visuels sur la Gatineau d’autrefois (dessins et photos). Lorsque j’ai visité l'île Marguerite, en juin et juillet 2010, le niveau de la rivière était au plus bas et l’île semblait être rattachée à la rive gauche de la Gatineau ; son aspect insulaire est plus évident sur ces vieilles photos en noir et blanc qui ont conservé une indéniable fraîcheur.

BAC n’indique pas la date à laquelle les photos qui illustrent ce post ont été prises. Leur auteur, William James Topley, selon BAC, a vécu de 1845 à 1930. J'ai publié dans ce blog d’autres photos de Topley datées, celles-là, toujours selon BAC, de 1882 et 1883.

J'aimerai pouvoir dater ces photos de Topley «avant» ou «après» la mise en œuvre des barrage Farmers et Chelsea en 1927, histoire d'apprécier l'ampleur de leur impact sur l'allure des rives de la Gatineau en aval de leurs digues.



Rapides de l'île Marguerite
Rapides en aval de l'île.
Titre original : On the Gatineau River, above Wright's Island.
Crédit : William James Topley (1845-1930)/Bibliothèque et Archives Canada/PA-008469


Aparté toponymique
Jusqu’au début du XXe s. au moins, il semble qu’on parlait de la Wright Island, avec une certaine logique puisqu’elle était en face de la résidence d'Alonzo Wright (1825-1894), devenue, en 1912, le noyau du Collège Saint-Alexandre.

Le pauvre Alonzo Wright doit se contenter d'avoir laissé son nom au pont qui enjambe la Gatineau au S de l'île (voir photo satellite) ainsi qu'à son ancien château (Maison Alonzo-Wright).


Île Marguerite : chaos rocheux.
Titre original : On the Gatineau, above Wright's Island.
Crédit : William James Topley (1845-1930)/Bibliothèque et Archives Canada/PA-008475


Le toponyme actuel (île Marguerite) a été officialisé le 21 octobre 1993, dixit la Commission de toponymie du Québec qui ne précise pas cependant les raisons de ce choix et sans plus nous éclairer sur la date de l'entrée officieuse du nom dans l'usage.

Le site Internet de la Ville de Gatineau n’est pas plus disert.

Des sources toutefois permettent d’établir que l’île Marguerite était déjà désignée sous ce nom en 1940. (Suivre ce lien et aller à la section no 15.)


Île Marguerite : le pont inconnu
Roches semées d'inclusions en relief : marbre à enclaves disloquées. 
Comparer avec la photo qui suit. Le pont à l'arrière-plan : je n'ai trouvé aucune mention de cet ouvrage.
Titre original : On Wright's Island in the Gatineau River, Quebec.
Crédit : fonds Topley Studio /Bibliothèque et Archives Canada / PA-008476


Certaines sources, enfin, tout en évoquant l'époque où l'île était un lieu de promenade populaire, rappellent l'existence d'un autre toponyme, l’île des Pères. Les pères spiritains, fondateurs du Collège Saint-Alexandre, sans aucun doute.

Note. Il existe bien une île Wright, à 8 km au S de l'île Marguerite, sur l'Outaouais, au S de l'ancienne ville de Hull (maintenant partie de la Ville de Gatineau). Il s'agit de l'île artificielle créée en 1829 par Ruggles Wrigth, frère d'Alonzo Wright, par le creusement d'un canal destiné à contourner les rapides sur la rivière des Outaouais. Mais ceci est un autre sujet.


Île Marguerite, juin 2010
Marbre semé d'inclusions en relief. À rapprocher du type de paysage représenté sur la photo précédente.
Photo par l'auteur du blogue.


Bref, la toponymie locale superpose des usages variés pour un même endroit et n'hésite pas à baptiser du même nom des sites très proches. De quoi confondre les plus attentifs.

Je conclus ce post en laissant deux mystères non résolus : la date de la prise des photos de Topley et les raisons pour lesquelles l'île en face de la Maison Alonzo-Wright en est-elle venue à être désignée île Marguerite.

Affaires à suivre.


Île Marguerite
L'île est à gauche. Le chaos rocheux, à la droite du personnage, est repris en gros plan sur la photo que j'ai titrée Île Marguerite : chaos rocheux.
Titre original : At Main and Chelsea on the Gatineau River. Wright's Island, QC (vicinity)
Crédit : William James Topley (1845-1930)/Bibliothèque et Archives Canada/PA-008767

samedi 11 décembre 2010

Dissolution à Gatineau : suite

Photo 1096. Marbre chargé d’enclaves de granite et de gneiss. La roche est traversée par de multiples réseaux entrecroisés de ravines. Des enclaves volumineuses forment un massif à gauche. (Juin 2010)

LOCALISATION
Gatineau (Québec) ; rive gauche de la rivière Gatineau, au N du pont Alonzo-Wright (secteur de l'île Marguerite).
SNRC 31G/05
Le site est sous les eaux de la rivière Gatineau une partie de l'année. L'endroit, interdit d’accès, présente un danger certain (variations brusques du niveau de l'eau causées par l'activité du barrage Chelsea en amont).

CONTEXTE GÉOLOGIQUE
Marbre de la province de Grenville ; roches vieilles d'un milliard d'années (voir Géolo-chronologie) ; érosion par l’eau courante, érosion différentielle.

INTRODUCTION
Billets précédents consacrés au même site : ici et ici. Les consulter pour plus de détails.

RAPPEL, RÉSUMÉ ET MÊME TOUT LE CORPS DU TEXTE EN TROIS BREFS PARAGRAPHES
Un marbre chargé d'inclusions résistantes (granite, gneiss) est exposé le long de la Gatineau. Les billets précédents parlaient du surgissement progressif de ces inclusions par dissolution du marbre que l'eau courante gruge à petit feu (ça se dit?). Aujourd'hui, je voudrais traiter de phénomènes d'érosion d'une autre nature.

Des ravines plus ou moins profondes traversent le marbre. Il n'est pas toujours évident d'attribuer leur présence à la canalisation du courant le long de certains trajets. En effet, la plupart, loin d'observer une quelconque direction favorisée, s'entrecroisent et semblent plutôt le résultat de l’élargissement par érosion de fractures rectilignes. On peut observer une progression, depuis les larges ravines aux bords arrondis jusqu’aux minces failles, nettes, aux arêtes tranchantes ou à peine émoussées.

Rappelons que la couleur rose-ocre du marbre (autrement de couleur blanche) est due à une altération superficielle.

CONCLUSION
L'aspect rectilignes de ces ravines, leurs bords parallèles indiquent qu'il s'agit de fractures attaquées de façon préférentielle par l'érosion (dissolution du marbre par les eaux courantes). La direction du courant, la structure du marbre (dont le rubanement est orienté NE), sont des phénomènes secondaires de ce point de vue, les failles, ou fractures, accélérant l'érosion selon certaines lignes.

PHOTOS
Toutes les photos : juin 2010

Photo 1066. Ravine serpentant dans la partie relativement libre d'enclaves d'un marbre. Phénomène fréquent partout sur le site, la rivière attaque le marbre par en dessous (bas de la photo, à gauche de la boussole). Ce travail explique(?) la fracture tardive, parallèle au rivage, par effondrement de la frange ainsi sapée. Noter les marmites.

Photo 1067. Détail de la photo précédente. La ravine contourne une enclave sombre tandis que la fracture tardive recoupe celle-là sans affecter celle-ci. En fait constituée d'un chapelet de marmites allongées, cette ravine est probablement(?) le résultat de la canalisation de l'eau de la Gatineau (le courant va de «haut» en «bas»), au contraire des autres illustrées dans ce billet. 

Photo 1069. Détail, encore. Autres fractures ± «fraîches».

Photo 1093. Érosion différentielle du marbre selon le degré de résistance des rubans ; ébauches de marmites (flaques circulaires).

Ajout (26 février 2012). – Lorsque l'action du ruissellement s'exerce sur une large surface, on observe le développement de rainures parallèles séparées par des arêtes vives, perpendiculaires à la rive et s'évasant vers le haut. (Source : Aubert de la Rüe, E., 1953, Rapport géologique 50 : région de Kensington, comtés de Gatineau et de Labelle. Québec, ministère des Mines, 1953, 50 pages, cartes 919 et 920 (1/63 360)) 

Le rubanement du marbre à l'île Marguerite, perpendiculaire à la rivière Gatineau, a facilité le développement de structures plus ou moins semblables (photo 1093).


Photo 1099. Coude : exploitation de fractures par l'érosion.

Photo 1189. Ravines entrecroisées (voir photo 1096, au début du billet), et marmites (à droite).


Photos 1103-1104. Dalle de marbre fracturée.
Déterminer l'âge relatif des cassures en fonction du degré d'usure de chacune.

jeudi 10 décembre 2009

Marbre (suite et fin) : plis et plissottements

Un autre billet de tout repos, le dernier de la série sur les relations (parfois étirées jusqu'à la rupture) du marbre avec les autres lithologies, sorte de conclusion en forme fourre-tout, l'essentiel ayant été dit dans  ce billet et celui-ci.

RAPPEL (ou REDITE)
Le marbre conserve de façon parfois spectaculaire les traces des contraintes qu'il a accumulées. Le contraste entre le comportement ductile du marbre et celui, moins accommodant, des roches qui lui sont associées, amplifie encore son aspect fluide et malléable. Là où d'autres roches ondulent en conservant leur épaisseur ou se rompent (roches compétentes), le marbre se chiffonne, s"amincit et s'accumule par replis et plissottements (roche incompétente).

Chelsea (Québec) : la compétence du marbre
31G/12 ; autoroute 5 (entre les chemins Old Chelsea et Scott)

A5-9-03. – Lits résistants (quartzite, etc.) dessinant un Z dans un marbre. Notez les nombreux cas de boudinage (sectionnement d'un plan en baguettes par étirement ). (1999)

A5-9-06. – Plis et plissottements. Différence de compétence entre des rubans de marbre selon leur épaisseur. Les plus larges ondulent tandis que de minces filets absorbent les contraintes en se plissant de façon répétée (1999).

A5-9-17. – Contact plissé entre une pyroxénite (vert) et un marbre ; fragments de la pyroxénite flottant dans le marbre (1999).


A5-9-19a. – Lambeaux de la pyroxénite ci-haut plissés de façon complexe (1999). La photo apparaît ici rétablie dans son bon sens et ses bonnes couleurs...


Thurso (Québec) : étirement
31G/11 ; autoroute 50


456 et détail. – Autre exemple du comportement plastique du marbre (gris clair) souligné par la présence d'une lithologie étrangère.


Cantley (Québec) : anguleux ou arrondis
31G/12 ; sablière, route 307 (Montée de la Source), propr. : Les Entreprises Vetel Ltée, accès interdit. (Cet endroit est une «vieille connaissance».)
Photos du site : © Lise Massicotte (1999)

08. – Le marbre renferme des boudins de granite blanc rouillés. Le contact marbre/granite est parfois bien indenté. (Photo : Lise Massicotte, 1999)

 23. – Contact complexe entre le marbre (clair) et le granite (gris), en relief légèrement positif par rapport au premier. Stries glaciaires. (Photo : Lise Massicotte, 1999)

 19. – Xénolites mélanocrates brisés et dispersés. Lignes de fluage dans le marbre bien visibles, en haut, à gauche. (Photo : Lise Massicotte, 1999)

 20. – Xénolites à la dérive. Cassures «fraîches» anguleuses, cassures plus anciennes arrondies. (Photo : Lise Massicotte, 1999)

21. – Anguleux et cassant. Le marbre (calcite) s'est infiltrée entre les éclats. (Photo : Lise Massicotte, 1999)

Pour finir, une reprise. Inclusion rouillée rompue dans le marbre. L'un des rares xénolites à montrer une bordure de réaction (liseré vert ­ diopside ?) avec la roche hôte. Une section de cette bordure est demeurée suspendue «en l'air» à la charnière du pli lorsque celui-ci s'est rompu ; un autre fragment(?) de la bordure semble déjà aller la dérive (en haut, à droite). Champ env. 30 x 40 cm. (Photo : Lise Massicotte, 1999)

vendredi 4 décembre 2009

Marbre à structures de fluage, Chelsea (Québec)

1999-20. – Méli-mélo (terme peu technique) ; le marbre est brunâtre, le granite, ± rouillé, est blanc (une association qui devrait vous rappeler quelque chose, et encore autre chose). (Sept. 1999)

LOCALISATION
SNRC 31G/12
Sablière à Chelsea (Québec), route 105, face au chemin Mérédith ; côté NE de la route. Propriété privée.

INTRO
On associe spontanément le marbre à la Vénus de Milo, à Michel-Ange et aux couteux travaux de rénovations. C'est pourtant l'une des roches les plus communes de l'Outaouais – à peu près ce qu'on pourrait trouver de moins exotique.

Les roches des collines de l’Outaouais (province de Grenville, partie du bouclier canadien) ont été formées à plus de 20 km de profondeur dans un contexte de collisions entre continents. En même temps que des magmas les envahissaient ou les découpaient, elles ont subi massages et triturages, étirements jusqu’à la rupture. Ce dynamisme, figé, «pétrifié», depuis un milliard d’années, affleure à présent au grand jour.

MARBRE MOBILISÉ
Comparé aux autres roches qu'il côtoie (paragneiss, quartzite, granite, etc.), le marbre est ductile – sujet aux déformations souples, sans rupture ni fracture. Dans des conditions de hautes pressions, l'enveloppe rocheuse d'un banc de marbre agit un peu comme le tube vis-à-vis la pâte dentifrice : le tube se plisse, le marbre (pardon, la pâte dentifrice) se remue, fuit, s'accumule, flue et, ultimement, est éjecté.

Dans le processus (quittons la métaphore du tube de dentifrice) les couches de roches déjà incluses à l'origine dans le marbre se rompent ; la pâte, pardon, le marbre, charrie des débris (rubans de gneiss, boudins de granite) et les plisse (voir photo 00522 de ce billet, ou la photo 456 de ce billet encore). Il arrive qu'il s'injecte sous pression dans les formations voisines par le jeu des fractures et des entre-lits ; on dit que le marbre est mobilisé (voir par exemple l'intrusion de calcite de l'autoroute 5, à Chelsea, qui est un exemple possible de ce phénomène.)

PHOTOS
Description générale. – Marbre à graphite – variété plus que banale dans la région – emportant des blocs d'un granite blanc ± rouillé. Les traînées de graphite permettent de visualiser les «courants» dans le marbre et la dérive des débris qu'il charrie. Le graphite pulvérisé teinte le marbre d'un gris «plombé» plus ou moins accusé. Un peu comme des volutes de fumée, les lignes de graphite s'amincissent, s'épaississent, et contournent les obstacles.

1880. – Vue d'ensemble. Blocs de granite blancs ± rouillés transportés dans le marbre. Les traînées sombres (graphite) permettent de visualiser le comportement du marbre en train de fluer sous la pression. Le mouvement semble se faire vers la droite, vers le NE (juillet 2007).

1881. – Les volutes s'accrochent aux débris (en amont) et forment des filets qui se divisent pour les contourner (en aval) ; aspect fluide de la dynamique (sept. 1999 et juillet 2007).


Détail de 1999-26 et de 1881. – Deux fragments de granite «pincent» une traînée de graphite. Y a-t-il à gauche des fragments un rebond on en retroussement de la traînée ? (Juillet 2007)

1999-26.– Vue d'ensemble plus contrastée. Voyez les fragments anguleux qui se séparent, en bas à droite (sept. 1999).

1999-18. – Vue d'un affleurement tout proche, du type tortueux (sept. 1999).

mercredi 11 novembre 2009

Marbres sculptés par les glaciers (Cantley)

Photo © Lise Massicotte (1999)

PHOTOS
Les photos de ce billet sont une gracieuseté de © Lise Massicotte (1999).

OBJET
Marbres sculptés par les glaciers et des courants d'eau sous-glaciaires.

LOCALISATION
SNRC 31G/12
Sablière à Cantley (Québec). Route 307 (Montée de la Source), au Nord du chemin St-Andrew ; côté Ouest de la route. Propr. : Les Entreprises Vetel Ltée, accès interdit.

DESCRIPTION
Les sablières que longe la route 307, à Cantley (Québec), résument en un raccourci saisissant les épisodes les plus extrêmes, chronologiquement parlant, de l’histoire géologique de la région ; des migmatites et des marbres, formées il y a plus d’un milliard d’années, et des phénomènes d’érosion remontant à la dernière glaciation du Quaternaire (voir Chronologie).

Photo © Lise Massicotte (1999)

Dans un précédent billet, j’ai parlé des migmatites qui forment la colline à l’Est de la route. Des reliefs plus discrets affleurent du côté opposé ; le socle rocheux, à cet endroit, est constitué de marbre, roche moins résistante à l’érosion. Cette fragilité relative explique sans doute la différence d’altitude de part et d’autre de la route (175 m au dessus du niveau de la mer pour les marbres, 200 m pour les migmatites).

Les glaciers qui ont recouvert le Nord du continent américain lors de la dernière glaciation ont laissé après leur départ (Chronologie) un paysage profondément modifié. L’un des principaux effets de leurs avancées et reculs, en plus de l’accumulation d’importantes quantités de sédiments fins ou grossiers, a été un adoucissement du relief. Un peu partout, au Nord de l'Amérique, affleure des roches moutonnées [lien à installer], usées et arrondies. Les glaciers, par les poussières et blocs rocheux qu’ils incorporaient dans leur masse ou qu’ils traînaient sous eux, ont agit comme un papier sablé promené par une main particulièrement lourde. (Le glacier, ou inlandsis, a atteint plusieurs milliers de mètres d’épaisseur.)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Le relief bas et arrondi de la colline de marbre (pente douce en aval du glacier, plus raide en amont) est caractéristique d’un relief glaciaire. Le fait est banal et résulte du «ponçage» que je viens d’évoquer, mais quelque chose de plus rend le site exceptionnel. Des sillons parallèles, des chenaux, sont imprimés dans le marbre ; le dessin de ces cannelures est compliqué par endroit par des dérivations sinueuses ou des canaux transversaux tardifs.

La régularité et la pureté de ces formes, l'éclat du marbre, confèrent à ce décor un caractère quelque peu irréel.

Ces formes d’érosion sont le résultat d’écoulement d’eau sous pression à la base du glacier. Par moment, la pression a été suffisante pour soulever le glacier et le suspendre au dessus du socle rocheux.


Photo © Lise Massicotte (1999)

Les figures 1 et 2 (tirées de Sharpe et Shaw, 1994 ; voir Sources) illustrent le comportement des nappes d'eau en présence d'obstacles qui gênaient sont écoulement. Le marbre, en effet, n'est pas homogène et contient de nombreuses inclusions de roches étrangères plus résistantes et qui faisaient donc saillie : boudins de granite blanc, souvent rouillé, sections cassantes de gneiss(?) sombres. L'eau passait par dessus ces obstacles à moins qu'elle ne soit obligée de les contourner. Dans ce dernier cas, le courant était canalisé derrière l’obstacle en deux torrents au pouvoir érosif augmenté par les tourbillons qui l’agitaient.



FIGURES
A, B et C (tirées de Sharpe et Shaw, 1986 ; texte en anglais) : évolution de l’érosion en présence d’une enclave résistante dans le marbre.

Les géologues donnent des noms parfois imagés à ces formes sculptées : cavetto, marques obstacles, chenaux, gorges, formes en S (coups de gouges), sillons et queue-de-rat (rat-tail)… On distingue à la surface du marbre de nombreuses stries glaciaires, marques laissées par le passage de morceaux de roche emprisonnés dans la glace.

Photo © Lise Massicotte (1999)

À L'ÉCHELLE DE LA RÉGION
Il est possible que le même événement responsable du creusement de la Marmite des Allumetières et des marmites de Devil Lake décrites dans un autre billet ait été à l'origine des formes d'érosion sous-glaciaire de Cantley.

Photo © Lise Massicotte (1999)

PHOTOS
© Lise Massicotte (1999)
Pour leur interprétation : le marbre est gris ; les inclusions de granite, blanches et parfois rouillées – on voit le même granite dans les migmatites du côté Est de la route. (Un billet prochain expliquera la présence de ces enclaves (xénolites) disloqués et dispersés, fréquentes dans les marbres de la région.)

03 : vue d’ensemble d’un affleurement. À gauche, en haut : un chenal secondaire, oblique, en forme d'incisive, recoupe les sillons horizontaux ; l'eau, dans ce cas, s'écoulait vers le haut. Notez les enclaves de granite rouillé. (Le Sud est à gauche.)
04 : détail de 03.
07 : détail de 03 ; irrégularités dans le tracés des chenaux, une marmite (avant-plan). Un marteau de géologue, au centre, donne l’échelle.
08 : détail de 03 ; un xénolite de granite forme saillie au dessus du marbre, moins résistant.
10 : vue vers le Sud et aperçu d’un mur vertical (photo 11).
11 : au Sud de la photo 03.
13 : une crête, expliquée par la présence d'un alignement de xénolites résistants.
15 : chenal.
16 : formes complexes (vue vers le Sud).
17 : large couloir. Vue vers le Nord. Les épaisses couches de sable qui recouvrent le site sont aussi un vestige de la dernière glaciation.

CHRONOLOGIE LOCALE
Formation des roches de la province de Grenville – les «Laurentides» : roches magmatiques, volcaniques et sédimentaires métamorphisées, dont les paragneiss, marbres et granites de Cantley – (1 300 000 000 - 1 000 000 000 ans) ;
Dernière des glaciation du Quaternaire, dite du Wisconsinien (80 000-10 000 ans) ;
Épisode de la mer de Champlain (12 000-10 000 ans)

RÉFÉRENCES
SHARPE D., PUGIN A. — Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, Commission géologique du Canada, dossier public 5596, 2007, 44 p.
SHARPE D.R., SHAW, J., 1988 — «Erosion of bedrock by subglacial meltwater, Cantley, Québec.» The Geological Society of America Bulletin, vol. 101, p. 1011 1020.
SHARPE D.R., SHAW, J., 1994 — «Formes d'érosion et sédiments glaciomarins, Cantley.» Dans R. GILBERT (compil.), Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du Sud-Est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, arrêt no 16, p. 15-16 (trad.)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)