jeudi 31 octobre 2013

Hors sujet : les moutons mi-laineux de Dirac


«Paul Dirac était un type bizarre, limite asperger (d'où son génie sans doute), qui répondait par monosyllabes ou par sentences (pseudo) logiques. Bref, Klein raconte une anecdote sur un voyage en train de Dirac avec le physicien Pauli qui, pour tenter d'ouvrir la conversation, lui montre par la fenêtre des moutons en disant : ''On dirait que ces moutons ont été fraîchement tondus'', et Dirac de répondre : ''Oui, au moins de ce côté-ci !'' Dirac était-il un comique ?» Cité dans http://www.exergue.com/h/2013-01/tt/dirac-klein.html

Ami, que dira-t-on, même à mi-mot, des moutons mi-tondus de Dirac ?


(Dirac est l'un des pères adoptifs, putatifs et successifs de la mécanique quantique.)


mercredi 30 octobre 2013

Ottawa, ville sismique ?


A really big earthquake would hit Ottawa hard

Tom Spears, Ottawa Citizen, 29 oct. 2013

«Sooner or later, an earthquake much bigger than the magnitude 5.0 event of 2010 will hit Ottawa hard enough to do major damage to our oldest buildings.

“These earthquakes have low probability, but should they happen they would have major consequences,” earthquake engineer Jay Guin said Tuesday in Ottawa.

“There will be a lot (of the city) still standing. That’s the good news,” he said. “However there will be significant damage to older construction, masonry construction in particular. Within Ottawa we expect really the damage to be the old infrastructure or buildings.»




«A lot (of the city) still standing.» Ils savent trouver les mots qu'il faut pour rassurer... Je crois que parmi les «older constructions» qui ne resteraient pas debout, il faut compter le Parlement lui-même. (Voir cet ancien billet, deuxième image.)




dimanche 20 octobre 2013

Le ruisseau de la Brasserie, une source élevée de bactéries (ajouts)


«À Gatineau, le ruisseau de la Brasserie enregistre un niveau important de la bactérie E. coli. Des tests ont été réalisés cet été par l'organisme environnemental Sentinelle Outouais et les Amis du ruisseau de la Brasserie.» (Source : Radio-Canada)




Ajout (21 octobre 2013)

«Taux de contamination très élevés»

Guillaume St-Pierre, Le Droit, 21 oct. 2013


Extraits :


«''Les taux de contamination [du ruisseau de la Brasserie] sont extrêmement élevés, déplore la directrice des opérations au Québec pour Sentinelle Outaouais, Adèle Michon, précisant que la pollution est récurrente, et non passagère.''
[...]
''L'eau qui rentre de la rivière des Outaouais est relativement saine, affirme-t-elle. Puis, elle se dégrade au fur et à mesure qu'elle traverse le ruisseau et qu'elle rencontre les égouts. [...] À certains endroits, le niveau d'E.coli oscille autour de 4400 UFC/100ml. Santé Canada ne recommande pas d'entrer en contact avec l'eau qui contient plus de 400 UFC/100ml.''
[...]
Sentinelle Outaouais a identifié quelque 350 espèces animales et végétales parmi les déchets que recèle le ruisseau.»


Ajout (27 oct. 2013)

«Le ruisseau de la Brasserie : autopsie d'un malade»
Mathieu Bélanger
Le Droit, 26 octobre 2013

«Giorgio Vecco, directeur général de l'Agence bassin versant des 7 (ABV des 7), précise que les égouts de la ville continuent de s'y déverser lors des grandes pluies. Il y a aussi, selon lui, des ''égouts clandestins'', un legs d'une époque révolue, qui se déversent directement dans le ruisseau.
[...]
Le plan que proposera l'ABV des 7 passe par l'enlèvement des berges de béton, la décontamination des terrains et du lit du ruisseau, et par des ouvrages d'ingénierie permettant de détourner les déversements d'égouts dans le cours d'eau.»

samedi 19 octobre 2013

Retour à l'erratique


Flora Urbana, délaissant ses plates-bandes habituelles, s'intéresse aux roches ayant comme pris racine dans le paysage. Du genre : «J'y étais, j'y suis, j'y reste.» Lien.

Nous aussi, nous avons à demeure des blocs têtus que le vent n'emporte pas deçà, delà, pareils à la feuille morte.



Bloc erratique du parc de la Gatineau, au sud de Chelsea (Québec).
Haut : 20 mai 2000 ; bas : 6 août 2011. Les sacs à dos, en bas à gauche, donnent l'échelle. 

Voir ces anciens billets.


jeudi 17 octobre 2013

RENCONTRES DU PATRIMOINE OUTAOUAIS


3-4 MAI 2014, à Gatineau


APPEL DE COMMUNICATIONS


La Société Pièce sur pièce, en collaboration avec la Ville de Gatineau, organise au printemps 2014 un événement autour de l’histoire et du patrimoine de l’Outaouais. Les Rencontres du patrimoine rassembleront les amoureux de l’histoire et du patrimoine de tout l’Outaouais, amateurs et professionnels, pour une durée de deux jours, à Gatineau.

SECTEURS D’ACTIVITÉS TOUCHÉS

Histoire locale et régionale ; patrimoine matériel (mobilier et immobilier) et immatériel ; muséologie ; archéologie ; archives ; généalogie ; urbanisme lié au patrimoine.

TYPES DE PRÉSENTATION

Les sujets proposés doivent avoir un lien direct avec l’histoire de l’Outaouais, ou indirect dans le cas d’un thème fort de l’histoire outaouaise (ex. : industrie forestière, commerce des fourrures, etc.).
Communication classique : Une présentation d’une durée de 20 à 30 minutes, suivie d’une période de questions. Il est suggéré, mais non obligatoire, d’avoir un volet visuel (Powerpoint ou autre) à la présentation.
Communication courte : Une présentation plus courte (10-20 minutes) et moins formelle qui vise à faire connaître un projet de recherche, de restauration, de mise en valeur en cours.
Panel : Une formule regroupant plusieurs intervenants autour d’un thème. Chaque intervenant fait une brève communication, après quoi les intervenants discutent sous la direction d’un animateur et répondent à ses questions et à celles du public. Certains panels seront formés par les organisateurs, d’autres peuvent être proposés par les participants.

DIRECTIVES POUR LES PROPOSITIONS

Pour soumettre une proposition de communication, vous devez faire parvenir à la Société Pièce sur pièce un résumé d’une page (250-500 mots) qui fournisse un bon aperçu du contenu et de la forme de votre présentation. La proposition devra nous parvenir par courriel ou par la poste. Les éléments suivants devraient y figurer :

  • Titre (même s’il est temporaire)
  • Plan sommaire
  • Portée géographique (village, MRC, région touchés)
  • Portée temporelle (période couverte)
  • Éléments visuels, le cas échéant
  • Matériel nécessaire (écran pour Powerpoint, projecteur, etc.)
  • Langue de la communication (français ou anglais)
  • Quelques lignes sur le présentateur
  • Coordonnées du présentateur

CRITÈRES D’ÉVALUATION

Les propositions de communications seront évaluées par un comité en janvier 2014. Les critères utilisés seront :
  • Nouveauté
  • Lien fort avec l’Outaouais, son identité, son passé
  • Qualité de la proposition
  • Pertinence du sujet pour un public large

Date limite de remise des propositions : 20 décembre 2013

Envoyer à : info@piecesurpiece.ca
ou
Société Pièce sur pièce
87, rue des Églantiers
Gatineau (Québec) J8Y 6K9

Pour en savoir plus, veuillez communiquer avec Manon Leroux à l’adresse info@piecesurpiece.ca, ou par téléphone au (438) 381-6264.






- 30 -
Je ne fais que relayer l'information. Je ne fais pas partie des organisateurs de l'événement et je n'en sais pas plus que ce que la lecture de ce communiqué m'a appris. H.L.

mercredi 16 octobre 2013

Le cratère d'Holleford


Fig. 1. Bord du cratère d’Holleford, au nord de Kingston (Ontario). Le marais au loin occupe le centre de la structure. Photo prise du chemin Holleford, visée vers le NW. Quelques pensifs ruminants ajoutent, si besoin était, au caractère bucolique de la scène.


Résumé
Illustration et description du cratère d'Holleford, au sud d’Ottawa, creusé par un météorite tombé il y a environ 550 millions d’années. Peu connu, le cratère attendait depuis longtemps sa place dans ce blogue.
Localisation
Chemin Holleford, à l'est de la route 38, en Ontario, 120 km au sud-ouest d'Ottawa, 30 km au nord-ouest de Kingston. Le cratère ne peut être examiné que du chemin Holleford qui recoupe ses bords au sud et à l’est, le centre de l'astroblème étant marécageux.
Coordonnées
44.459944,-76.632299

Sauf indication contraire, photos du billet : 13 octobre 2013. 


Il y a entre 450 et 650 millions d'années (Ma), un météorite de près de 100 m de diamètre a percuté le Bouclier canadien. L'impact, et l'explosion qui en a résulté, ont creusé un cratère profond de 770 m et large de 2,4 km (Rondot ; 1995, p. 105). 

Le cratère d'Holleford, près de Kingston, en Ontario, reste peu connu. Le cratère lui-même n'est pas visible et sa présence ne se trahit que par une dépression circulaire large de 1,5 km et profonde de 30 m, occupée par des marécages, des bois et des champs. Il a fallu disposer de photos aériennes pour que l’on remarque cette structure, en 1955, et qu’on s’y intéresse (voir fig. 2a,b).


Fig. 2a. © Google. La structure circulaire du cratère d’Holleford se discerne nettement du haut des airs. À droite (à l'est), le lac Knowlton. La ligne blanche souligne les sections du chemin Holleford où les photos qui illustrent le billet ont été prises.


Fig. 2b. Cratère d'Holleford (Andrieux et Clark ; 1969). Grand cercle blanc : limites externes du cratère d'impact. La dépression circulaire actuellement visible (fig. 1 et 2a) s'inscrit à l'intérieur de ce cercle.


L'impactite

Des forages ont révélé en profondeur la présence d'une brèche d’impact (débris rocheux fracturés et pulvérisés) dont l'accumulation atteint 300 m au centre du cratère. Elle est formée de fragments anguleux de la « roche cible » – principalement des gneiss du Bouclier canadien – flottant dans une matrice de matériel plus fin. On y a retrouvé de la coésite, variété de quartz qui se forme sous des pressions impossibles à atteindre à la surface du globe, sauf cas d'un choc colossal entre tous, comme, justement, l’impact d’un météorite. (Les termes en gras sont repris dans la coupe du cratère, fig. 4.)


Le sable et le lac

La suite de l'histoire est plus sereine. L'érosion a détruit les remparts du cratère tandis que l'eau douce occupait la dépression. Par l'étude des sables (arénites lacustres) finement laminés (rythmites) qui ont rempli le cratère en recouvrant la brèche d'impact, on a pu déterminer que le climat de l'époque était subtropical à tempéré. Quelques discrètes couches d'argile, indice d'une sédimentation en milieu non perturbé, indiquent qu’il arrivait que la surface du lac gèle, isolant ainsi la masse d’eau de l’influence de l’extérieur. Les arénites se sont à la longue cimentées en grès.


Le calcaire ordovicien

Au Paléozoïque, un calcaire marin (Ordovicien moyen ; 465 Ma) est venu recouvrir le cratère. Le tassement des sédiments lacustres et de la brèche sous ce nouveau poids explique l'attitude des strates du calcaire qui penchent vers le centre de la dépression. Le « cratère » que nous observons n'est donc pas le cratère originel, enfoui sous les sédiments et l'impactite, mais la marque en surface de sa présence souterraine.

Un indéniable charme se dégage du site. C'est peut-être dû à l'horizon bas, aux placides vaches que le va et vient des amateurs d'astroblèmes laissent absolument indifférentes. C'est peut-être aussi le paisible accord des champs et des marécages de notre époque avec une topographie vieille de 500 Ma. Une sorte de palimpseste entre le passé lointain et le présent.


Et le grès de Nepean ?

La présence de grès de Nepean (Cambro-ordovicien, env. 500-470 Ma) dans les environs du cratère vient compliquer la stratigraphie. L’avancée de la mer sur le continent ayant été accompagnée de la déposition du grès puis du calcaire à mesure qu’elle s’approfondissait en progressant sur le continent, une couche de grès de Nepean aurait dû se trouver sous le calcaire ordovicien, en contact avec les arénites du cratère.

Aucune trace du grès de Nepean ayant été relevée dans la brèche, ni dans les carottes de forage, certains supposent que la météorite a tout simplement vaporisé sous elle la couche de grès qui recouvrait le Bouclier canadien*. Le calcaire se serait déposé après l'épisode lacustre, alors que l’érosion avait démantelé les remparts du cratère** et nettoyé la contrée des débris répandus autour de l’enceinte.

Le cratère a donc pu se former à la fin de la sédimentation du grès, avant le dépôt du calcaire de l'Ordovicien moyen. L'âge du cratère d'Holleford serait donc d'environ 465 Ma.

* Des textes sur le cratère d'Holleford qualifient les arénites lacustres de grès (sandstones), ce qui n'est pas faux : ne pas le confondre cependant avec le grès de Nepean, d'origine marine, et qui ne se retrouve pas dans le cratère.
** Des débris des remparts recouvrent en effet la brèche d'impact.


Les gens du coin sont fiers de leur cratère (fig. 7a,b). Toutes les personnes à qui nous avons parlé ont pu nous en indiquer le chemin ou nous ont spontanément abordés pour nous en parler.


Fig. 3. Chemin Holleford, vue vers l’est. Le chemin coupe le cratère au sud (voir fig. 2a). À partir du rebord du cratère, le terrain descend dans le cratère lui-même pour escalader le bord opposé au loin. Le terrain descend vers la gauche (le nord), vers le centre de la dépression. Le chemin épouse la topographie du site, qui date de l'Ordovicien.


Fig. 4. Coupe du cratère d'Holleford (Andrieux et Clark ; 1969). Les sources consultées n’employant jamais la même nomenclature, je dois adapter la légende :
Calcaire : calcaire (marin) (Ordovicien moyen, 465 Ma) ;
Sable : arénites lacustres transformées en grès ;
Shiste (sic) argileux : arénites lacustres transformées en grès argileux (shale, plutôt que schiste) ;
Profile (sic) du cratère : niveau supérieur de la brèche d’impact ;
Sous le «profil» : brèche d'impact et socle précambrien fracturé (Bouclier canadien).
[Non présent sur la figure mais affleurant à l'extérieur du cratère : grès (marin) de Nepean, Cambro-Ordovicien (500-470 Ma). À ne pas confondre avec le grès (lacustre) de l'intérieur du cratère.]


Fig. 5. Vue vers le SE depuis le chemin Holleford. Les pelouses en pente couvrent le rebord intérieur du cratère. Nous sommes bien dans son enceinte.


Fig. 6. Le cratère en un paragraphe et un panneau (et une langue). Ontario Heritage Foundation, Ministry of Culture and Communications.


Fig. 7a. Les gens du coin sont fiers de leur cratère.


Fig 7b. «Crater Farm – The Babcook». Article du Frontenac News sur l'histoire de la ferme : «Five generations at Crater Farm». (Note. – Ce qu'écrit le journaliste auteur de l'article sur le cratère est totalement fantaisiste.)


Fig. 8a. Angle est du chemin Holleford (voir fig. 2a), visée vers le sud, vers le rebord du cratère : le terrain monte par palier. Paraît-il que ça serait à cause de l’érosion en marches d’escalier des couches du calcaire Ordovicien. L’explication est ici (voir la dernière image du site). AJOUT 6 oct. 2018. - Le lien ne répondant plus, voyez la fig. 9.


Fig. 8b. Photo prise au même endroit que la précédente, vue vers le nord. Le terrain descend doucement et remonte au loin, sur l’autre bord du cratère.


Fig. 9 (ajout 6 oct. 2018). Le lien à la figure 8a ne fonctionnant plus, je vous propose celui-ci, http://craterexplorer.ca/holleford-impact-structure/, qui mène à un article de Charles O'Dale. Pour parer une nouvelle défaillance, j'en extrais ce schéma. Il explique le profil irrégulier de la route à la figure 8a par érosion en palier des couches de calcaire (« Eroded Strata East of Centre ») dans la partie SE du cirque formé par le cratère. (Le reste de l'article de O'Dale vaut la lecture aussi.)


Références

  • P. Andrieux et J.F. Clark, 1969 – «Application des méthodes électriques de prospection à l’étude du cratère d’Holleford». Revue canadienne des sciences de la Terre, vol. 6, p. 1325-1337.
  • Jehan Rondot, 1995 – Les impacts météoritiques à l’exemple de ceux du Québec. Publications MNH inc., Beauport (Québec), 158 p.
  • Brian E. St. John, 1968 – «Paleolacustrine arenites in the Holleford meteorite crater, Ontario». Revue canadienne des sciences de la Terre, vol. 5, p. 935-943.

Ajout (18 oct. 2013)

Le cratère du Nouveau-Québec (Pingualuit), aux proportions semblables à celles du cratère d'Holleford, donne une idée de l'allure qu'avait celui-ci pendant son épisode lacustre.


mardi 15 octobre 2013

Stromatolites exceptionnels (enfin !)


Stromatolites du pont Champlain, à Gatineau (Québec). Paysage (officiellement) exceptionnel ! (Photo Henri Lessard, 27 mai 2010)
...


Enfin !

Les stromatolites du pont Champlain, à Gatineau, font leur entrée parmi les sites géologiques exceptionnels du Québec (SGE).

Exceptionnel et protégés. On n'y construira pas un quai, un stand à patates frites, on n'y plantera pas un pylone et on n'y étendra pas l'asphalte d'un parking, pour se limiter à quelques outrages possibles.

À leur propos, voir ces billets, dans ce blogue :

Colonie de stromatolites à Gatineau (8 nov. 2009)

Stromatolites exceptionnels (presque !) (11 mars 2013)

«Un site géologique exceptionnel est un terrain dont les caractéristiques géologiques, géomorphologiques, paysagères ou biologiques présentent un intérêt du point de vue de l'enseignement, de la recherche scientifique ou de la conservation et qui mérite d'être protégé en raison notamment d'une menace, de sa rareté ou de sa vulnérabilité.» (Sites géologiques exceptionnels du Québec (SGE))

«Selon le MRNF, cette formation de stromatolites, qui représentent la plus ancienne forme de vie fossilisée sur Terre serait, «une des plus belles au pays».» (Patricia Lanteigne, LaRevue, 14 octobre 2013, «Un site géologique jugé «exceptionnel» à Gatineau»)

«Le site géologique des Stromatolites-de-la-Rivière-des-Outaouais se situe en bordure de la rivière des Outaouais près du pont Champlain. Ce site présente un remarquable étalage de constructions stromatolitiques fossilisées. Certains auteurs qualifient cette agglomération comme l’une des plus belles au pays. Visible lorsque le niveau d’eau est bas, soit en période estivale sèche ou à l’automne, cet affleurement expose une multitude de monticules, datés de plus de 450 millions d’années, dont la plupart des sommets ont été tronqués par le passage des glaciers lors de la dernière glaciation.» (Fiche des «Stromatolites des la rivière des Outaouais», site des SGE)


Gros plan des stromatolites. (Photo Henri Lessard, 21 oct. 2007)
...


J'ai été de ceux qui ont appuyé la candidature de quelques sites de la région. Merci à Daniel Martel, du MRNQ, que l'occultation totale de l'Outaouais dans le catalogue des SGE a poussé à agir et à susciter des initiatives (voir billet du 11 mars 2013, lien plus haut). Je sais que d'autres personnes ont proposé d'autres sites, ou les mêmes que «les miens». (Pour celui des stromatolites, je n'y suis pour rien dans sa bonne fortune, les choses étaient déjà en marche quand j'ai commencé à m'impliquer.) Beaucoup de gens ont de bonnes raisons de se réjouir aujourd'hui.

Le site des stromatolites du pont Champlain («Stromatolites de la rivière des Outaouais», pour utiliser l'appellation des SGE) est le donc premier de l'Outaouais à être classé. (Voir carte des SGE, lien plus haut.) Plusieurs autres sont à l'étape «site proposé». On leur souhaite de passer rapidement à l'étape suivante, «site en consultation» pour accéder à leur tour au statut de site exceptionnel.

Ce billet, qui a débuté par «enfin», se termine donc sur les mots «à suivre...»

mercredi 9 octobre 2013

La rencontre


Route 16, au SW d'Almonte (Ontario), env. 50 km au SW d'Ottawa. Photo 6 oct. 2013.
Coordonnées : 45.18867,-76.252595.


Je l'ai reconnue tout de suite.

Je ne m'attendais pas à la voir là. Je n'étais pas à sa recherche non plus. En fait, je n'avais aucune idée de l'endroit exact où elle se trouvait.

Pour tout dire, je ne pensais même pas à elle.

Je ne la connaissais que par photo, et encore, en noir et blanc. Quand je l'ai vue en personne, le déclic s'est fait immédiatement.

Bizarre comme certaines images peuvent vous rester en tête.


Telle que je l'ai vue la première fois. Saisie d'écran, dans : Easton et Hildebrand (1994). Gneiss migmatisé plissé : Wolf Grove Gneiss (appellation informelle).


Idem, mais «en personne», 6 octobre 2013. Gneiss sombre envahi et découpé par du granite clair ; plissotements. Photo 6 oct. 2013.


Idem, cadrage moins serré. Les alentours immédiats n'offrent pas d'intérêt. Photo 6 oct. 2013.


Référence

  • R.M. Easton et R.S. Hildebrand, 1994 – «Sharbot Lake - Frontenac Terrane Relationships in the Carleton Place Map Area, Grenville Province». In : Summary of field work and other activities, Ontario Geological Survey, Miscellaneous Paper 163, Project Unit 94-07. Téléchargeable gratuitement.

lundi 7 octobre 2013

Le Trou du Diable : persuasion par compilation


Détail de la carte d'Austin (1882). Au centre, le Trou du Diable («Devil Hole»).
Titre original : Plan of the Lower Village of Hull, shewing its position relative to the city of Ottawa, the property of the heirs of the late Ruggles Wright Esquire. Surveyed by A.W. Austin, C.E., P.L. Surveyor. W.C. Chewett & Co. Lith. Toronto (1882). Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 4126312. (Télécharger le pdf depuis le site de BAC.)


Lorsque j'aborde le sujet du tourbillon Trou du Diable près des chutes des Chaudières, à Hull, sur l'Outaouais, et de la «caverne» au fond de l'eau avec laquelle il communiquerait, les quelques historiens que je connais me considèrent avec le sourire en coin que l'on réserve habituellement aux cas d'incurable naïveté.

Leur diagnostique est peut-être le bon, pourtant...

Pourtant, les témoignages de gens «sérieux» ne manquent pas. Joseph Bouchette et Philemon Wright, n'étaient ni des farceurs ni des ignorants. Le premier, arpenteur de métier, officier de marine, avait la formation scientifique et technique pour juger de ces choses ; le second, colonisateur, homme d’affaires, juge de paix, etc., était un homme pratique connaissant bien la rivière et le secteur du Trou du Diable où il avait fait construire un moulin. Tous deux ont laissés des descriptions précises, comme prises sur le vif. Ce ne sont pas les seuls d'ailleurs. N'ont pas manqué de s'ajouter, bien sûr, les anecdotes plus ou moins folkloriques, mais cela n'affaiblit pas la valeur des premiers témoignages.

À défaut de convaincre par argumentation, j'espère réussir par accumulation.

Voici une petite compilation de témoignages et de descriptions.

D'abord, le nouveau témoignage (dans ce blogue du moins, puisqu'il date de 1958), celui d'Edgar Boutet. Les autres suivent dans l'ordre chronologique.

Partout, mes interventions sont entre [crochets]. J'ai engraissé certains passages.



1958

Edgar Boutet (nouveau témoignage dans ce blogue)

Le Trou du Diable

Le «TROU DU DIABLE», aux chutes Chaudières, a longtemps hanté l'imagination des anciens de Hull qui, à son sujet, ont raconté bien des légendes qui, malheureusement, ne sont pas parvenues jusqu'à nous.

Philémon [sic] Wright, pionnier du canton de Hull, fut le premier, sauf erreur, à nous en donner une description assez précise. Au début du siècle dernier les Chaudières que le «progrès» n'avait pas encore harnachées étaient une vraie merveille de la nature.


Les chutes en 1823
Voici la description que Wright nous en a laissée en 1823.

«La chute Columbia (sic) qui avoisine le village du canton de Hull est de nature curieuse. Une chaîne de rochers, qui s'étend d'un bord à l'autre de la rivière, force l'eau de tomber perpendiculairement de la hauteur de 30 pieds [9 m]; et au haut de cette chute se trouvent trois îles, dont l'une sépare le cours d'eau et fait qu'une quatrième partie de cette eau s'éloigne, tant soit peu, de son cours naturel et vient se décharger dans un abime immense lequel a été sondé jusqu'à la profondeur de 113 pieds [34 m] ; cette eau se perd ensuite dans les entrailles de la terre, et personne n'a pu découvrir ou finalement cette eau se décharge...

Cette caverne entraîne vers elle aux hautes eaux du printemps une quantité d'arbres et de bois, et il est surprenant de voir avec quelle vélocité ces bois tournent à l'entour du gouffre, et ce par la force de l'eau qui forme et rassemble une quantité prodigieuse d'écume et brisants de l'épaisseur de six ou huit pieds [1,8 m et 2,4 m].»


Le trou du diable
Mais pourquoi le «trou du diable». Très probablement parce que, pendant de nombreuses années, on disait que celui qui tombait dans ce trou était perdu à jamais.

Benjamin Sulte[1], dans un mémoire à la Société Royale du Canada, écrivait en 1924 : «L'on croit généralement que tout objet jeté dans cette ouverture disparaît à jamais ou ne réapparaît que deux milles [3,2 km] plus bas dans la rivière près de l'embouchure de la Gatineau.»

«Un vieux résidant m'a raconté qu'il se rappelait que des garçons pêchaient dans ce trou avec 180 pieds [55 m] de ligne munie d'un plomb de deux livres [0,9 kg] et prenaient d'énormes poissons-chats de cheval.»

«Il m'a raconté aussi que lorsque l'on a construit des moulins à cet endroit un cheval et une charette tombèrent dans le trou et disparurent.»


Ses victimes
«La charrette revint à la surface mais on ne revit jamais le pauvre cheval, la théorie étant qu'il avait été dévoré par les trop nombreux poissons-chats.»

Le 16 juillet 1894 un garçonnet de six ans du nom de Brisebois dont les parents habitaient la «Petite Ferme» se noie dans le «Trou du diable» et ne fut jamais retrouvé.

Et l'on raconte que M. Millen, ancien président de la compagnie E. B. Eddy, est lui-même tombé dans le trou. Il fut heureusement sauvé d'une mort certaine par la courageuse intervention d'un M. Fabien Soulière.

En septembre 1890 un remous se forme dans l'amas de bran de scie et de planches qui tourbillonne à la surface du gouffre qui soudainement se vide partiellement. Mais jamais depuis le «Trou du diable» s'est ainsi vidé.


Son secret
Comme on l'imagine bien personne ne fut assez téméraire pour tenter d'arracher son secret au «Trou du diable» qui exerçait sur tous les esprits une influence presque terrifiante. Si bien que l'on répétait, en y croyant dur comme fer, que le trou avait attirer dans son tourbillon plus d'une centaine de victimes. C'était naturellement des propos exagérés dont est friande la rumeur publique.

Mais il devait arriver qu'un jour le «Trou du diable» fit une dernière victime et ce jour-là son secret fut révélé.

[1] Le texte de Sulte est en fait la reprise de celui d'Edgar (1898), cité plus bas.
Source : Edgar Boutet, journal Le Droit, Ottawa, 29 mars 1958, repris dans Asticou, cahier no 37, décembre 1987, p. 23-24.



1826*

John McTaggart, ingénieur

Déjà paru dans le billet du 7 juillet 2013.

«En 1826, l'ingénieur John McTaggart qui avait travaillé à la construction du premier pont sur les Chaudières, a rapporté qu'à un certain endroit il a fait des sondages jusqu'à 300 pieds [90 m] de profondeur sans atteindre le fond de la rivière.»

Source : Joseph Jolicœur, Histoire anecdotique de Hull, La Société historique de l'ouest du Québec, Inc., 1977, p 38.

* Ce qui bat le record d'ancienneté de 1832 de P. Wright invoqué plus haut (texte de Boutet (1958)).



1832

Philemon Wright (lien plus haut), fondateur du comté de Hull

Voir le texte de Boutet (1958), plus haut.



1832

Joseph Bouchette (lien plus haut), arpenteur

Déjà paru dans le billet du 15 décembre 2012.

«Above the falls the river is about 500 yards [455 m] wide, and its scenery is agreeably embellished by small grove-clad islets, rising here and there amidst the waters as they gently ripple by or rush on with more or less violence, to the vortex of the Great and Little Chaudière. The bed of the river is composed of horizontal strata of limestone, and the chute is produced by its deep and sudden subsidence, forming broken, irregular, and extraordinary chasms, one of which is called the Great, and the other, the Little Kettle or Chaudière. The former derives its name from its semicircular form and the volume of water it involves; but the latter bears no similitude to justify its appellation, the waters being precipitated into a broad, elongated, and straight fissure, extending in an oblique position north-west of the Great Kettle, and being thus strikingly contrasted with it.

The principal falls are 60 feet [18 m] high, and their width is measured by a chord of 212 feet [65 m]. They are situated near the centre of the river, and attract by their forcible indraught a considerable proportion of the waters, which, strongly compressed by the circular shape of the rock that forms the boiling recipient, descend in heavy torrents, struggling violently to escape, and rising in spay-clouds which constantly conceal the lower half of the falls, and ascend at irregular intervals in revolving columns much above the summit of the cataract.

The Little Chaudière may without much difficulty be approached from the Lower Canada shore, and the spectator, standing on a level with the top of the fall and on the brink of the yawning gap into which the floods are headlong plunged, surveys the whole length of chute and the depths of a cavern. A considerable portion of the waters of the falls necessarily escapes subterraneously after their precipitation, as much greater volume is impelled over the rock than finds a visible issue. Indeed this fact is not peculiar to the Little Chaudière, but is one of those curious characters of this part of the Ottawa of which other singular instances are observed; the waters in various places being swallowed by deep but narrow rents and fissures, leaving their natural bed almost dry, to dash on through some subterranean passage that defies the search of the explorer.»

Source : Francine Brousseau, Historique du nouvel emplacement du Musée national de l'Homme à Hull, Musée nationaux du Canada, coll. Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984, p. 11 et 15 ; c'est moi qui ai engraissé des passages.) J'ai rétabli quelques coquilles d'après un pdf du texte original : J. Bouchette, The British Dominions in North America [...], p. 191-192.] http://archive.org/details/cihm_48011



1898

J.D. Edgar

Déjà paru dans le billet du 15 décembre 2012.

«A few hundred feet east of the Great Chaudière, a portion of the waters of the Ottawa falls into a weird and mysterious chasm in the rock, known as the ''Devil's Hole.'' One marvel connected with the place is the popular belief that it is a bottomless pit, and another is the fact that anything thrown into the hole disappears, or only appears again two miles [3,2 km] down the river, where there is an intermittent upheaval of the waters near the mouth of the Gatineau.

An old resident has told the writer that he remembers boys fishing in the hole with 180 feet [55 m] of line and sinkers two pounds [4,4 kg] in weight, and catching huge channel catfish. He also stated that when the mills were being built at this point, a horse and cart fell into the hole and disappeared. The cart was thrown up at the usual outlet down the river, but the poor horse was never seen again - the theory being that the catfish were too many for him. The mills have profanely crowded over the edge of the Devil's Hole, and the subterranean outlet has probably been almost closed by the broken fragments of rock and debris thrown in from the blasting out of artificial channels. Yet any passer-by can still look down from the roadway on the Hull side of the bridge [pont des Chaudières], and see the waters foaming far below in the mysterious depths where the Indians believed an evil spirit dwelt (J.D. Edgar, 1898, p. 6-8).»

Source : J.D. Edgar, The Story of... Canada & its Capital, Morang & Co. Limited, Toronto, 1898, 217 p.



1940

Anonyme

Déjà paru dans le billet du 7 juillet 2013.

«Au cours de l'été 1940, Aimé Lapointe, plongeur renommé de Wrightville [quartier de Hull], est descendu à une profondeur de 75 pieds [23 m] dans le [Trou du Diable] qu'il a pu explorer à loisir jusqu'à l'endroit où se trouvait l'automobile dans lequel [sic] il a trouvé le cadavre de Gorman Edwards, d'Ottawa.»

Source : Joseph Jolicœur, Histoire anecdotique de Hull, La Société historique de l'ouest du Québec, Inc., 1977, p. 56.



2004

Pierre-Louis Lapointe, historien

Déjà paru dans le billet du 15 décembre 2012.

«Car il s'agit bien de trois chutes d'eau; la Grande Chaudière, la Petite Chaudière et le trou du Diable, surtout, dont les eaux, emprisonnées dans un repli escarpé de la rivière, tournent sans fin, tourbillonnant et entraînant comme dans un entonnoir tout ce qui a le malheur d'être aspiré par son siphon. Un passage souterrain évacue ces eaux, qui surgissent plus loin, en aval, au fond de la rivière.»

Source : Pierre-Louis Lapointe, L'île de Hull : une promenade dans le temps, coll. «100 ans noir sur blanc», Les Éditions GID, 2004, p. 38.

dimanche 6 octobre 2013

Grès de Nepean à Gatineau : inexcusable


Détail de la carte de Wilson (1938)
L'escarpement de l'actuel parc de l'Oasis correspond à la
carrière ( ligne avec des «piquets»).



Dans le billet inaugural de la série sur le grès du parc de l'Oasis à Gatineau, j'avais écrit que les travaux de prospection dans les années 1930 n'avaient débouché sur aucune exploitation de la roche. De fait, je n'ai trouvé dans les textes aucune mention d'une quelconque carrière à cet endroit. (Laurin Silica Property sur la carte en noir et blanc de Cole et Carnochan, plus bas.)

Or, voici qu'une carte (Wilson, 1938) que je suis inexcusable de n'avoir pas consultée plus tôt m'apprend qu'il y a bel et bien existé une carrière (Quarry, en haut et à gauche du détail de sa carte).


Détail de la carte de Wilson (1938). Elle ne s'étend pas aussi au nord que celle de Cole et Carnochan (1934), plus bas.
Légende (simplifiée : ne comprend que les unités pertinentes à l'exposé). Les couleurs franches correspondent à des zones où la roche affleure ; les couleurs pâles, à des extrapolations. 
Pléistocène et Récent. – 11. Gris (pointillé). Alluvions récentes et dépôts glaciaires.
Paléozoïque. – 4. Bleu. Formation d'Oxford : dolomie et calcaire ; 3. Gris. Formation de March : grès et dolomie gréseuse interlités ; 2. Mauve. Formation de Nepean : grès (correspond au «Potsdam Sandstone» de la carte en noir et blanc de Cole et Carnochan, plus bas.).
Précambrien. – 1. Rouge. Non divisé.

Notez qu'il devrait y avoir du Précambrien (unité 1) à l'ouest et au nord du lac Beauchamp.


Carte de Cole et Carnochan (1934).  
«Potsdam Sandstone» : correspond au grès de Nepean de la carte en couleur de Wilson.
Laurin Silica Property : actuel parc de l'Oasis ;
Ottawa Silica and Sandstone Co. : ancienne carrière du lac Beauchamp.



De la même façon, la carte indique une carrière au sud du lac Beauchamp, le long d'un autre escarpement dans le grès. Cette seconde carrière est située à l'est de celle qui est habituellement représentée sur les cartes du lac (voir billet du 20 novembre 2010).

Les carrières de la carte de Wilson (1938) expliqueraient l'aspect chaotique des deux escarpements, constitués de blocs détachés et basculés, jetés pêle-mêle au bas de la falaise. C'est à se demander si les travaux ne seraient pas aussi responsables des failles et des crevasses qui parcourent le grès le long des bords des falaises.

(Pour l'aspect chaotique de l'escarpement du parc de l'Oasis, un billet est en préparation ; pour celui du lac Beauchamp, voir le billet du 15 avril 2012.)

Dans les deux cas, les falaises prédataient les travaux. Ils ont pu les altérer, ils ne les ont pas créées.

La carte de 1938 confirme ma théorie voulant que l'escarpement du parc de l'Oasis marque la limite de la couverture du grès (unité 2) sur le Bouclier précambrien (unité 1). (Voir billet du 26 septembre 2013.) On voit en effet que la limite passe presque immédiatement sous l'escarpement. (Voir aussi le billet du 15 avril 2012, où la même question est posée à propos de l'escarpement du lac Beauchamp, lien plus haut.)

J'avoue ne pas savoir ce qu'il faut penser. D'un côté, le silence des textes, de l'autre, cette carte... Les descendants du propriétaire du terrain de l'époque, Xavier Laurin, affirment que personne dans la famille n'a conservé souvenir d'une quelconque carrière. Est-ce que Wilson aurait consigné comme quarry ce qui n'était que des travaux de prospection ?


Ajout (29 oct. 2013)


Carte topographique, 31G/5, 1/63 360, 1935 (détail)
«Original survey 1923. Revised 1935.» Courbes de niveau en pieds. (Il s'agit d'une image prise à l'aide de mon appareil photo : il peut y avoir des distorsions causées par le parallélisme approximatif de l'appareil et de la carte ainsi que par la courbure de la lentille.)



Cette carte topographique de 1935 montre des carrières à l'emplacement des escarpements du lac Beauchamp et de l'actuel parc de l'Oasis. Cependant, le symbole utilisé pour les carrières, selon la légende, est utilisé aussi sur la carte pour les escarpements naturels, comme celui de la Coline du Parlement à Ottawa. Il est donc difficile de conclure quoi que ce soit...


Références

  • L.H. Cole et R.K. Carnochan, 1934 – «Silica Deposit Near Gatineau Point, Quebec», in : Report No. 735, Mines Branch Investigations of Mineral Resources and the Mining Industry, Depart. of Mines, Canada Mines Branch, p. 3-6.
  • A.E. Wilson, 1938 – Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360)

AJOUT (30 oct. 2026)




1923.

Extrait modifié de Cole et Heber. Cercle rouge : lac Beauchamp ; BLo : boul. Lorrain ; BM E : boul. Maloney E ; CP : voie du Canadien Pacifique ; SR-BLa : Scarf Road : ancien nom, maintenant boul. Labrosse ; 1861, 2201 : échantillons recueillis et analysées par Cole et Heber (1923) ; bande orangée : tracé idéalisé des affleurements du grès de Potsdam (notre grès de Nepean). L'autoroute 50 serait au nord de Jeanne d'Arc.

Cole, L. Heber. Silica in Canada: Its Occurrence, Exploitation, and Uses. Part I. Eastern Canada. Ottawa : Government Printing Bureau, Department of Mines, Mines Branch, 1923. (No. 555).

 

Dans ce billet, je posais la question de l’existence d’une carrière oubliée au lac Beauchamp, à l'est du lac, à la hauteur de son extrémité nord. L'hypothèse reposait sur le symbole utilisé sur les cartes, une ligne barbelée, censé représenter un escarpement de carrière. Cependant, en l’absence de mention écrite de son existence, j’en étais venu à douter de sa réalité et à penser que le symbole avait été utilisé pour désigner un escarpement naturel. Or, un texte datant du premier quart du XXe s. (Cole et Heber, 1923) fait explicitement mention d’une carrière à cet endroit. (Noter que cette carrière problématique n’est pas celle, avérée et documentée, au sud et à l'ouest du lac, ouverte en 1927 par la Canada Glass Sand Ltd et dont j’ai déjà parlé : (voir cartes 1932 et 2011 ci-après, et billet du 8 janvier 2011, « Lac Beauchamp : un peu d'histoire ».)

La confirmation de l’existence de cette carrière oubliée expliquerait l’aspect disloqué de l’escarpement de grès, la position surprenante de certains blocs volumineux, en plus de confirmer le témoignage des cartes. (L’érosion qui a émoussé les arêtes des cassures datent de temps beaucoup plus reculés. Voir photos du billet du 15 avril 2012, « Lac Beauchamp : l'escarpement ».) 

Voyons le texte de 1923. Il décrit le grès de Potsdam (ou grès de Nepean) (Traduction fournie par Pilot ; le texte anglais original est placé à la fin du billet.)

« Le grès forme une crête bien marquée près de la ligne du chemin de fer du Canadien Pacifique entre Ottawa et Montréal [dans les environs d’East Templeton]. Il est taché de fer en de nombreux endroits, mais il se broie facilement et il est possible qu’on puisse le laver afin d’obtenir un produit relativement propre et pur, puisque les sections minces de la roche montrent que le fer est présent presque exclusivement dans le matériau cimentant situé entre les grains de quartz.

Les meilleurs affleurements de cette crête se trouvent à un mille à l’ouest d’East Templeton, sur les propriétés appartenant à E. Scarf, Sam Bilsky et McFadden.

Sur la propriété de Bilsky, qui est typique du district, l’escarpement s’élève à une hauteur de 50 pieds au-dessus du niveau de la voie du Canadien Pacifique, dont un embranchement ferroviaire dessert la propriété. Une vaste surface d’exploitation pourrait être aménagée rapidement et un petit lac situé [lac Beauchamp] sur la propriété fournirait suffisamment d’eau pour toutes les opérations de broyage.

Deux échantillons ont été prélevés sur cette propriété. Le no 1861 est un échantillon général de surface recueilli sur une superficie considérable, et le no 2201 est un échantillon général provenant des matériaux brisés accumulés au pied de l’escarpement, à l’extrémité sud-est du petit lac. Ces matériaux avaient été récemment extraits de la paroi de la falaise et sont représentatifs d’un tonnage important de matériau. »

L’embranchement ferroviaire dont il est question, abandonné depuis longtemps, est visible sur la carte de 1923. Il passe à l’est du lac et relie la voie du CP à un quai sur la rivière, au sud. (Il est absent des autres cartes même si des vestiges du ramblais existent encore à l'est du lac.)

La phrase suivante :

This broken material had recently been quarried from the face of the cliff, and is typical of a considerable tonnage of material.

Pourrait se traduire par :

« Ces déblais provenaient d’une extraction récente dans la falaise et étaient représentatifs d’un volume considérable de matériau. »

Le verbe to quarry signifie « extraire en carrière », « exploiter par extraction ». Il ne désigne jamais un processus naturel d’altération ou d’érosion. (Selon Pilot qui a traduit le texte anglais.)

Un élément intéressant est la mention dans le texte d’un certain monsieur E. Scarf. Les cartes de 1920, 1923 et 1932 montrent un Scarf Road à l’ouest du lac (aujourd’hui boulevard Labrosse).




1932.
Détail modifié de Cole et Carnochan. Il n'y a qu'une seule carrière de grès au lac Beauchamp, celle de l'Ottawa Silica and Sandstone Co., à l'ouest du lac. La première carrière, à l'est du lac, n'était plus ou n'avait jamais été sérieusement en exploitation. À l'évidence, Cole et Carnochan ont reproduit les contours de la carte de M.E. Wilson (1920, voir plus bas) pour figurer les affleurement du groupe de Potsdam (de Nepean) sur la leur.

L.H. Cole et R.K. Carnochan, Mines Branch Investigations of Mineral Resources and the Mining Industry, 1932 : Silica Deposit Near Gatineau Point, Quebec, Depart. of Mines, Canada Mines Branch, Report No. 735, 1934, Fig. 1.

 

Conclusion

La « vraie » carrière du lac Beauchamp, au sud et à l'ouest du plan d'eau et dont il reste des vestiges évidents dans le paysage, aurait été précédée d'une autre carrière, à l'est du lac. D'après ce que je peux en déduire de ce qui précède, elle n'aurait pas été le lieu d'une exploitation intensive ou prolongée.




1938. 

Détail de la carte d'A.E. Wilson. Le lac Beauchamp est au centre. Étrangement, seule l'hypothétique décrite par Cole et Heber figure sur la carte (Quarry et ligne barbelée) ; celle de Cole et Carnochan (1932) est absente. La carte a peut-être été dessinée d'après un levé topographique obsolète à cet endroit.

A.E. Wilson, 1938 — Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360). Disponible gratuitement à la CGC.

Légende partielle

Paléozoïque. – 4. Bleu. Formation d'Oxford : dolomie et calcaire ; 3. Gris. Formation de March : grès et dolomie gréseuse interlités ; 2. Mauve. Formation de Nepean : grès (correspond au « Potsdam Sandstone » de Cole et Heber (1923)).

Note. Je ne m'étais jamais rendu compte que cette carte était fautive à cet endroit. La bordure est du lac, tout ce qui est à l'ouest et au nord du plan d'eau n'appartient pas au grès mais au Précambrien. Voir la carte de M.E. Wilson de 1920.

 




2011. 
Modifié de CIGG. Position des carrières de silice exploitées au lac Beauchamp. P : pavillon ; S : stationnement ; * (astérisque rouge) : affleurement de la discordance (voir billet du 23 janvier 2011, « Lac Beauchamp : un milliard d'années inscrites dans la roche »).

CIGG, Centre d'Interprétation de la géologie du Grenville, Plan de développement intégré : sites et circuits du patrimoine naturel de la région de l'Outaouais, 2003, p. 95, fig. 6.3.

Le grès du lac Beauchamp a été exploité de 1927 à 1930 par la Canada Glass Sand Ltd et, de 1931 à 1941, par la Ottawa Silica and Sandstone Ltd. Après des travaux menés quelques mois en 1942 par l'Industrial Sands and Minerals Corporation, le site est abandonné. Une reprise des opérations est tentée en 1949 par l'Ottawa Silica & Rock Wool Ltd qui, malgré d'importantes sommes investies dans le but de faciliter le broyage du grès, n'a laissé traces d'aucune production.

La roche était réduite en sable qui était vendu pour servir au sablage au jet ou pour la fabrication de moules dans les fonderies. Le grès se caractérisait par sa haute teneur en silice, mais aurait gagné à être nettoyé des sulfures de fer qui le contaminaient. (Selon Maurice, 1973.)

Maurice, O.D., 1973 – Annotated list of occurences of Industrial Minerals and Building Materials in Quebec. MER, DP 184, 580 pages

 

Texte original de Cole et Heber (1923)

The [Potsdam] sandstone [notre grès de Nepean] occurs [in the vicinity of East Templeton] as a prominent ridge near the Canadian Pacific railway line from Ottawa to Montreal [in the vicinity of East Templeton]. It is iron stained in many places, but is readily crushed, and it is possible that it can be washed to a fairly clean and pure product, since thin sections of the rock show that the iron is present almost entirely in the cementing material between the quartz grains.

The best outcrops on this ridge are one mile west of East Templeton, on the properties owned by E. Scarf, Sam Bilsky, and McFadden.

On the Bilsky property, which is typical of the district, the escarpment rises to a height of 50 feet above the level of the Canadian Pacific railway track, from which a siding is run to serve the property. An extensive quarry face could quickly be obtained, and a small lake on the property would supply sufficient water for all milling purposes.

Two samples were obtained from this property. No. 1861 is a general surface sample taken over a considerable area, and No. 2201 is a general sample from the broken material piled at the foot of the escarpment at the southeast end of the small lake. This broken material had recently been quarried from the face of the cliff, and is typical of a considerable tonnage of material (p. 55).


1920. 
Détail de M.E. Wilson. Le lac Beauchamp sans la baie qui le prolonge au sud (voir le billet du 28 juillet 2018, « La forme du lac Beauchamp à Gatineau »). La géologie est plus juste que sur la carte d'A.E. Wilson (1938), plus haut.

Wilson, M. E., 1920 — Geology of Buckingham, Hull and Labelle Counties, Quebec. Commission géologique du Canada, carte 1691.

Le grès est en brun ; le Bouclier canadien est représenté par les autres couleurs au nord du lac, bleu pâle et vert olive principalement. Le vert plus sombre au sud est le calcaire qui recouvre le grès. Jaunes : Quaternaire. 

Le nom du lac sur la carte est Wabassi L. - noter aussi le Wabassi Brook. (J'ai ajouté les inscriptions Lac Beauchamp, Rivière des Outaouais et Baie McCLaurin).