mercredi 31 juillet 2013

Île de Hull : alignement de coïncidences (ajouts)


Note. – J'ai hésité à publier ce billet, terminé depuis un certain temps. L'hypothèse que j'y développe – l'assimilation des anciennes fosses de l'Île-de-Hull au NW du lac aux Vairons (lac Minnow) à des chenaux creusés par des torrents d'eau sous-glaciaires – est mienne. Je ne manque pas d'arguments pour la soutenir, mais je ne peux la présenter comme un fait connu et accepté.


Carte 1A. Détail annoté (montage) de Goad (1908) 
Partie de l'Île-de-Hull en 1908. Les noms de rues actuels sont en rouge. J'ai ajouté, toujours en rouge, le tracé de la rue Morin. Minnow Lake : ou lac aux Vairons (actuel parc Sainte-Bernadette). À gauche (ouest), le ruisseau de la Brasserie. 

On distingue deux chenaux (voir carte 1B) avec contournements et interruptions ; l'eau remplit les fosses les plus profondes. Le lac aux Vairons semble une fosse élargie, contenue dans un bassin escarpé. 

Les chenaux, les fosses et le lac sont aujourd'hui asséchés et «urbanisés». La carte, qui servait aux compagnies d'assurances à évaluer les risques d'incendies, ne prétend pas à une parfaite fidélité dans le rendu de la topographie.
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Il existe à Hull (Gatineau, Québec) de nombreux indices de l'existence insoupçonnée jusqu'ici de chenaux creusés dans le socle calcaire par un torrent sous-glaciaire vers la fin de la dernière glaciation (1).

1. Départ de glaces dans la région : il y a environ 12 000 ans.

Les chenaux eux-mêmes sont détruits (ou ensevelis, pour le moins, sous un quartier résidentiel), mais il subsiste suffisamment d'indices sur le terrain et dans des documents anciens (cartes et photos) pour que je sois raisonnablement affirmatif quant à leur réalité et leur nature.

Les éléments sur lesquels je fonde mon hypothèse sont les suivants :


  • La Marmite des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 7 nov. 2009), pour laquelle l'hypothèse d'une origine sous-glaciaire a été émise par des chercheurs (Sharpe et Pugin, 2007 ; billet du 13 juillet 2013) ;
  • Les coups de gouges, marques caractéristiques d'une érosion en régime noyé, qui recouvrent les parois de la marmite (billet du 15 juillet 2013) [ajout, 29 janv. 2016 : argument moins décisif que je ne le croyais, le coups de gouges pouvant s'expliquer autrement] ;
  • La faille des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 29 nov. 2009), de direction NW, zone de faiblesse dans laquelle la marmite s'est creusée ;
  • L'affleurement calcaire des Brasseurs du Temps dont la partie inférieure, surcreusée, est couverte de coups de gouge semblables à ceux de la marmite (billet du 15 juillet 2013, lien plus haut) et qui pourrait être un reliquat des...
  • ... chenaux (ennoyés?) dans le prolongement de la faille des Allumettières. Ils formaient autrefois deux chapelets parallèles de fosses inondées. Ils sont visibles sur d'anciennes cartes et photos (cartes 1A et 1B) ;
  • Le lac aux Vairons (connu aussi sous le nom de lac Minnow), aujourd'hui comblé et site du parc Sainte-Bernadette, à l'extrémité SE des chenaux.


Carte 1B. Autres annotations de la carte 1A
BT : affleurement des Brasseurs du Temps (l'édifice des BT qui date de 1910 n'apparaît pas sur la carte*) ; LM : ligne du chenal de la rue Morin ; LV : lac au Vairons (lac Minnow) et axe du chenal qui y est relié.
Mille excuses : construit entre 1902 et 1905, l’ancien château d’eau de la ville de Hull (aujourd'hui les BdT) a été agrandi en 1910. Il apparaît sur la carte sous le nom de «HULL WATERWORKS ELEC. LIGHT STATION» (non lisible sur les versions réduites mises en ligne ici). Source : Lieux patrimoniaux du Canada. (5 août 2013.)
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Tout ceci pourrait être les manifestations d'un réseau de chenaux et de marmites remontant à la dernière glaciation (ou même de cavernes et d'avens (2) ?). Le lac aux Vairons, au pied d'une colline qui aurait agit comme un obstacle à l'écoulement des eaux, serait-il lui-même une super-marmite comblée par des sédiments glaciaires et/ou post-glaciaires ? À moins qu'il ne soit le résultat d'un surcreusement glaciaire ?

2. L'idée que la marmite pourrait être un aven m'a été suggérée par Pascal Samson. (Billet du 15 juillet 2013, lien plus haut.)


Carte 2A. Détail tiré de l'Atlas du Canada
Même légende que la carte 1B.
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La rue Morin, sorte de tranchée qui m'avait toujours intrigué par ses accès abrupts, a été tracée le long d'une fosse en partie inondée d'un chenal (cartes 1A et 1B). La faille des Allumettières, zone de faiblesse du socle calcaire, aurait canalisé l'écoulement des eaux sous le glacier.

L'aspect du socle sous les lacs et les chenaux est inconnu et n'a jamais été étudié, à ma connaissance, du moins. L'examen de la roche, qui aurait pu donner des indices sur la nature de l'érosion qu'elle a subi, n'a jamais été mené non plus (3).

Ajout (1e août 2013, corrigé le 7 août 2013). – Vers 1860, il y avait jusqu'à 9 m de dénivelé entre la surface du lac aux Vairons (Minnow) et le sommet des rives. Si on ajoute à cette valeur la profondeur de l'eau, c'est tout un bassin qu'il nous faut envisager (McKellar, 1932). La nature du fond du lac reste inconnue : vase ? roc ?

3. La question du «fond» se pose aussi pour l'ancien lac Flora, actuel parc Fontaine, à l'est du lac aux Vairons. Des sondages lui avaient donné 4 m d'eau croupie, 11 m de vase, ce qui suppose que le bassin rocheux qui l'accueillait avait au moins 15 m de profondeur. Surcreusement glaciaire ?

L'affleurement des Brasseurs du Temps prend tout à coup une importance capitale : c'est le seul vestige accessible des chenaux disparus pour nous apporter un témoignage tangible sur leur nature. L'examen de la carte 1A permet de constater que le courant a dû contourner des obstacles qui subsistent sous forme d'îlots allongés, qu'il semble y avoir en des seuils résistants à l'érosion entre les fosses.


Carte 2B. Détail de 2A
On ne peut s'empêcher de remarquer que le ruisseau de la Brasserie au sud du boul. des Allumettières (grand route qui traverse la carte en montant vers la droite) est parallèle à la FA et aux LM et LV... Le lac aux Vairons (point sur la ligne LV) apparaît contenu dans un enfoncement de la colline au sud (courbe de niveau des 60 m) : une super-marmite ?...   
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Des marques d'érosion laissées par des torrents sous-glaciaires se retrouvent à Cantley (billet du 11 nov. 2009), au nord de Gatineau, et, au sud, en Ontario, jusqu'aux rives du Saint-Laurent. Le cas de Hull ne serait donc pas isolé et s'intégrerait au contraire dans une chaîne de manifestations – érosion du socle par l'eau sous pression, réseaux de chenaux, etc. – d'origine semblable (voir les débâcles glaciaires des Algoquin and Ontario Events de Shaw et Gilbert (1990)) .

Hull, ville sculptée par les eaux glaciaires ?

On peut se demander pourquoi le torrent a traversé le lit du ruisseau de la Brasserie sans l'emprunter. Selon Allard (1977), le ruisseau serait un bras de l'Outaouais qui remonterait à une époque antérieure aux glaciations. Il aurait donc été disponible pour les eaux du torrent. L'allure des berges du ruisseau nous aurait renseigné, dans la mesure où on ne les aurait pas nivelées, bétonnées et retravaillées, ou enfouies sous le remplissage

Les failles ne manquant pas dans le secteur – elles abondent même – on peut aussi se demander par quel concours de circonstances la faille des Allumettières a été choisie parmi de nombreuses autres pour canaliser les eaux sous-glaciaires.

Ajout (29 janv. 2016)

Les choses les plus évidentes sont celles qui sont les premières oubliées. Ainsi, j'aurais dû noter qu'une faille (faille Montcalm), non reportée sur les cartes de ce billet, croise le ruisseau de la Brasserie à la hauteur du château d'eau (Brasseurs du Temps). Le lit du ruisseau enregistre sur le passage de cette faille une dénivellation de 2,75 m (compartiment nord abaissé) mise à profit par une centrale hydroélectrique, aujourd'hui inactive, couplée au château. Et la chute est dans la continuité des sillons de la rue Morin. Il faudrait une mise à jour de ce billet !

Autre possibilité à envisager : les chenaux pourraient être des bras ou des affluents du ruisseau. Mais l'allure en chapelet des fosses, séparées par des seuils ou des verrous, évoque davantage l'action de l'érosion glaciaire, avec des surcreusements, que celle de l'érosion fluviatile. Une simple exploitation par l'eau de pluie de failles ou de joints vulnérables ? 

Je me garderai de conclure pour l'instant.


À venir : un vieux texte et de vieilles photos.




Références

  • Michel Allard, Le rôle de la géomorphologie dans les inventaires bio-physiques : l'exemple de la région Gatineau-Lièvre. Univ. McGill, départ. de géographie, thèse (Ph.D.), 1977, 540 pages.
  • Chas. E. Goad (éd.), Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Toronto, Montreal, London, 1 map on 44 sheets. Bibliothèque et Archives Canada
  • McKellar, «Minnow Lake As It WAs In 1858 When Hull Was Small», The Evening Citizen, Ottawa, 23 juillet 1932.
  • Shaw J. and Gilbert R., «Evidence for large-scale subglacial meltwater flood events in southern Ontario and northern New York State», Geology, vol. 18, 1990, p. 1169-1172.
  • Sharpe D. et Pugin A., Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 pages.
  • Sharpe D.R., Russell H.A.J. and Pugin A., The signifiance of buried valleys to groundwater systems in the Oak Ridges Moraine region, Ontario: extent, architecture, sedimentary facies and origin of valley settings in the ORM region, Geological Survey of Canada, Open File 6980, 2013.

mardi 30 juillet 2013

Bioblitz du ruisseau de la Brasserie : suite


Ruisseau de la Brasserie, à Gatineau, en des temps plus frisquets. (Photo 29 déc. 2011.)
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Le 10 juillet dernier, je vous informais, en simple sympathisant de la cause, du bioblitz du ruisseau de la Brasserie (Gatineau) qui allait se tenir les 12 et 13 du même mois.

Quelques résultats sont déjà disponibles :

Le site Sentinelle Outaouais/Ottawa Riverkeeper a publié plusieurs articles...
... de même que le blogue Inventaire du Ruisseau de la Brasserie...
... sans oublier celui des Libellules de Gatineau.

Quant à moi, je me suis surtout illustré en remportant le panier-cadeau de la Brûlerie (publicité gratuite mais néanmoins reconnaissante) au tirage qui a suivi l'événement. À ce compte, ce n'est plus du bénévolat, ni du dévouement à la cause...



mardi 23 juillet 2013

Graffiti à Low (Québec)


Évolution des styles graphiques pariétaux à Low (Québec), à l'est du barrage Paugan, sur la Gatineau. On note une tendance vers la surcharge et l'effet de palimpseste

Photos : falaise de marbre blanc contenant des boudins de syénite. (Voir ces anciens billets : «Low limpide» et «Laves à Low ?».)


22 août 1998.


19 juillet 2010


14 juillet 2013

Hull : moraines et vieux papiers (révisé)


NOTE. – L'hypothèse que les blocs de calcaire dont les photographies sont reproduites ici soient des vestiges de moraines qui existaient encore au début du XXe s. à Hull (Québec) est personnelle. Bien que parfaitement défendable, à mes yeux du moins, d'autres preuves sont nécessaires pour l'étayer plus solidement. 
Billet révisé le 24 juillet 2013.



Fig. 1. – Partie sud de l'Île-de-Hull (Gatineau)
À gauche, ruisseau de la Brasserie ; au sud, peu visible, l'Outaouais. En rouge : sites photographiés. Ligne pointillée bleue : axe des moraines des Allumettières ; les indications d'Ells (1901) et de Wilson (1898) manquant de clarté, le tracé est approximatif ; j'ai confondu en une seule les moraines sud et nord que très peu de distance séparait (60 m). Surface verte à droite des numéros : parc Fontaine (ancien lac Flora). Fond de la carte : modifié de © Google.
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L'utilité des vieux documents

On trouve dans l'Île-de-Hull (Gatineau), dans le secteur du boulevard des Allumettières, deux occurrences de blocs de calcaire plats ou allongés. Le till local étant d'une extrême minceur (moins d'un mètre), il est assez difficile d'expliquer la présence de ces pièces de roc dont les dimensions dépassent les deux mètres. Il est douteux que des gens se soient amusés à débiter et transporter de pareilles dalles depuis l'une des carrières de calcaire en exploitation au début du XXe s. à Hull (cf. billet du 10 juillet 2013). Les blocs, à patine chamois, sub-arrondis à anguleux, me semblent d'origine naturelle.

Leur présence constituait pour moi une énigme jusqu'à ce que d'anciens documents sur la géologie locale (Ells, 1901 ; Wilson, 1898) me (re)tombent sous les yeux. Entre autres développements, on y décrivaient deux crêtes de dépôts meubles, ou deux moraine-like ridges, orientées est-ouest, et situées exactement à l'endroit où il le fallait, du moins de mon point de vue.



Fig. 2. – Site 1. Blocs de calcaire plats ou allongés utilisés dans un vieux mur, boulevard des Allumettières, à Hull (Gatineau). Noter la patine brunâtre et l'aspect sub-arrondi. À gauche, un bloc a été scié pour laisser place au muret du trottoir (détail fig. 8). La patine et surtout l'émoussé écartent la possibilité qu'ils aient été extraits d'une des carrières autrefois exploitées à Hull. Dans ce cas, leur aspect aurait été plus anguleux, et sans doute plus frais. (Nov. 2012.)
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La crête sud, la plus longue, haute de 4 m et d'une largeur qui atteignait 60 m, s'étendait en segments discontinus à partir de la rue Saint-Rédempteur* (Chaudiere Street à l'époque) jusqu'au nord du lac Flora (actuel parc Fontaine) (voir fig. 1). Elle était composée de blocs de calcaire plats et anguleux, empilés en couches inclinées vers le sud, surmontant l'argile marine et le till glaciaire.

* Le nom de cette rue n'apparaît pas sur la carte : il s'agit de la rue à l'ouest de la rue Eddy.

L'autre crête, 60 m au nord, constituée de blocs erratiques arrondis provenant du Bouclier canadien proche (gneiss, granite), s'étendait vers l'est à partir du ruisseau de la Brasserie. Wilson (1898) signale d'autres crêtes semblables à celle-ci au nord de l'île, mais sans préciser d'avantage.

«These ridges [les crêtes nord et sud] can be traced across the portion of the city north of Lake Flora and are conspicuous features in this area (Ells, 1901, p. 18G)



Fig. 3. – Site 2. Blocs de calcaire révélés par la démolition d'une maison. (Juillet 2013.)
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Fig. 4. – Site 2. Les blocs les plus volumineux doivent atteindre, à vue de nez, 3 m de long. Je ne peux évidemment pas jurer qu'ils sont bien ceux de la moraine sud ni que, avenant que ce soit la cas, qu'ils n'aient pas été dérangés de leur position primitive avant d'apparaître ainsi au grand jour. Résultat du démantèlement d'un élément du socle par la machinerie ? Il y aurait partout des éclats frais et anguleux... (Juillet 2013.)
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Boulevard éponyme

Le tracé de la crête sud se confond à peu près avec celui du boulevard des Allumettières (jusqu'à récemment boulevard Saint-Laurent). Autant dire que tout est détruit et nivelé... L'autre, au nord, est sur le site d'une ancienne carrière exploitée dans la première moitié du XXe siècle (P6 sur ma carte des carrières, billet du 10 juillet 2013, lien plus haut). L'endroit est à présent une sorte de parking, au sud de l'aréna Robert-Guertin. Là encore, il serait vain d'espérer retrouver quelque chose.

Les photos aériennes les plus anciennes que j'ai pu consulter sont déjà trop tardives (1925, 1930) et aucune carte, géologique, topographique ou autre, ne montre quoi que ce soit de particulier à l'emplacement des crêtes-moraines.

Les moraines étant demeurées anonymes, je les baptise Moraines des Allumettières. Ce boulevard éponyme distribue décidément son toponyme à de multiples trouvailles géologiques (cf. billets sur la Marmite des allumettières et la Faille des Allumettières.)



Fig. 5. – Site 2. Le bloc central fait un peu moins de 2 m de large. Il semble y avoir plus d'une génération de blocs sur le site. Une, à patine chamois, présente des contours émoussés (fig. 7), et une autre, visible ici, aux surfaces raboteuses et aux coins anguleux, a conservé le gris original du calcaire sous une couche de saleté. (Juillet 2013.)
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Les blocs calcaire, plats, pouvaient mesurer jusqu'à 3 m de long et presque autant de large, selon Wilson (1898) qui les décrits comme anguleux. Ils étaient d'origine locale (calcaire Trenton et Black River) et avaient peu «circulé», étant donné l'absence d'usure.

Ceux que j'ai vu pourraient être décrits comme sub-arrondis - arrondis (site 1) à sub-anguleux et anguleux (site 2). Les pierres étaient peut-être plus variées que ne l'affirmait Wilson sur la foi d'une coupe unique (plus bas) ou les blocs du site 1 ne proviennent pas de la moraine, contrairement à mon hypothèse.



Désordre dans la stratigraphie ?

Wilson (1898) donne une coupe de la «moraine-like ridge» sud :


  • 5) Blocs de calcaire + sable et gravier + quelques blocs arrondis de granite, etc. : 2,4 m
  • 4) Sable fin + gravier : 0,6 m
  • 3) Argile Leda bleuâtre [mer de Champlain] : 0,4 m
  • 2) Argile à blocaux [till glaciaire] : 0,9 m
  • 1) Socle calcaire poli (stries glaciaires S60°E) : 0 m
  • Total : 4,3 m


L'embêtant est de voir les blocs de calcaire de la moraine (5) qu'on supposerait appartenir au till glaciaire (2) surmonter le sable (plage ?) et l'argile de la mer de Champlain (4 et 3), lesquels surmontent, comme il se doit, le till glaciaire. Comme les blocs devraient normalement être en position 3 ou, même, inclus dans la couche 2, il faut supposer que leur accumulation est un événement non seulement postérieur au retrait des glaces (il y a 12 000 ans dans la région), mais aussi au départ des eaux de la mer de Champlain (il y a 10 000 ans, toujours dans la région).

Wilson suppose, pour expliquer cette anomalie, un retour du glacier (retour non documenté par ailleurs en cet endroit) ou l'action d'une embâcle de glace sur l'ancêtre de l'Outaouais, plus volumineux que la rivière actuelle, après le départ des eaux marines (voir billet du 7 nov. 2009 sur la Marmite des Allumettières, lien plus haut).

NOTE (24 août 2013). – L'hypothèse que les blocs des sites décrits ici proviennent de la moraine sud m'avait semblé raisonnablement étayée par deux arguments. D'abord, la proximité des deux sites avec la moraine sud – sans parler de la possibilité qu'ils aient été recouverts par la moraine, étant donné le flou sur son emplacement exact et sa largeur (60 m) –, ensuite, le fait, affirmé par la carte 1506A de la CGC (Richard, 1982), que le till les dépôts glaciaire quaternaires ne dépassaient pas deux  un mètre dans l'Île-de-Hull, ce qui fait une couverture un peu mince pour contenir de si gros blocs. Le second argument était un peu fragile, j'en convenais déjà moi-même – rien n'empêche la présence de gros blocs disséminés dans un till mince –, est rendu caduc par le fait que d'autres cartes, de la CGC ou d'autres organismes, indiquent, au contraire, que les dépôts quaternaires (non divisés, mais surtout till et sables du proto-Outaouais) peuvent atteindre jusqu'à 3 dans le secteur des moraines et, localement, 9 m. (Voir le billet du 10 août 2013.)
Ceci n'infirme pas nécessairement mon hypothèse. Rien n'empêche que les blocs puissent provenir de la moraine sud, mais celle-ci n'apparaît plus comme la source unique et obligatoire de gros morceaux de calcaire.
Réf. S.H. Richard, 1982 – Surficial geology, Ottawa, Ontario-Québec / Geologie de surface, Ottawa, Ontario-Québec. Commission géologique du Canada, carte série «A», 1506A, 1 feuille (1/50 000).



Fig. 6. – Site 2. Des blocs sub-arrondis encore en place sont visibles au fond. Bien sûr, rien ne prouve qu'ils soient à leur emplacement primitif, tels qu'ils étaient dans la moraine sud (s'ils proviennent bien d'elle).... (Photo juillet 2013.)
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La crête nord, où se sont accumulés des blocs arrondis de gneiss et de granite provenant du Bouclier canadien tout proche (à 4 km au NW), ne cause aucun casse-tête d'ordre stratigraphique et ferait une moraine frontale* convaincante. Wilson précise que deux excroissances s'en échappaient à angle droit, vers le sud. Autant de détails qu'on ne pourra jamais vérifier.

* Moraine frontale : accumulation de débris sur le front d'un glacier construite lors d'une pause de la glace dans son retrait.



Fig. 7. – Site 2. Gros plan à travers la clôture. Tout ça n'a pas l'air tout neuf... (Juillet 2013.)
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L'utilité des travaux récents

Sharpe et Pugin (2007 ; stop 3, p. 20-26) ont décrit un champ de blocs de calcaire (1-1,5 m) épars à l'est d'Ottawa. Même si leur histoire semble compliquée (par ex., un épisode d'érosion par les eaux sous-glaciaires*), ils reposent entre le till et l'argile de la mer de Champlain (et sont à l'air libre là où l'argile a été érodée), et non pas sur cette dernière au dessus d'elle.

* L'hypothèse d'un épisode d'érosion par des torrents sous-glaciaires a été évoquée pour expliquer la formation de la Marmite des Allumettières. (Voir le billet du 7 nov. 2009, lien plus haut.)

Une énigme en chasse une autre

Si l'énigme de la présence de blocs de calcaire près du boulevard des Allumettières semble peut-être résolue, celle de leur position au dessus de l'argile de la mer de Champlain persiste.

Il arrive qu'on ne résolve pas tout à fait un mystère, on ne fait que l'enrichir. Ou le compliquer. Pour continuer à en parler...


Références

  • Ells, R.W., «Report on the Geology and Natural Resources of the Area included in the Map of the City of Ottawa and Vicinity», GSC, Annual Report, Part C., Vol. XII, no. 741, 1901.
  • D. Sharpe et A. Pugin, Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 p.
  • Wilson W.J., «Notes on the Pleistocene Geology of a Few Places in the Ottawa Valley», The Ottawa Naturalist, vol. XI, March 1898, no. 12, p. 209-220.

Ajout (23 juillet 2013)


Fig. 8. – Site 1. Non, il ne s'agit pas de ce qu'on appelle une coupe géologique. Il fallait laisser place au trottoir neuf du boulevard des Allumettières et à la gens piétonnière (dont je fais partie). (Nov. 2012.)
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Ajout (24 juillet 2013)

Curieux ces trois blocs pris dans le mur mitoyen des fondations, comme des museaux qui dépassent du béton (X rouges). Ils ont été coupés au raz du mur depuis – voir la figure 5.


Fig. 9 – Site 2. Photo déc. 2012.
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vendredi 19 juillet 2013

Poussière de roche


Calcaire après attaque par un acide. La pièce de 5 cents canadienne mesure 21,2 mm.
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Quand vient le temps d'analyser un échantillon de roche, j'en suis le plus souvent réduit aux plus élémentaires des méthodes. Faut dire que je contente la plupart du temps d'une simple loupe de géologue (grossissement 10 x).

Ici, pour les besoin de la cause (éventuel complément à un billet déjà paru), j'ai soumis un échantillon de calcaire ordovicien à une solution de «5% d'acide acétique par volume*».

Après une trempette de plusieurs heures, le calcaire avait libéré une poussière grise de composition encore indéterminée.

Ce petit morceau de roche a 440 millions d'années (voir lien plus haut).

Banal.

J'ai l'habitude de jongler sans y penser avec les centaines de millions et même les milliards d'années.

Cette fois, l'évidence est venue balayer la... poussière de l'habitude. Je libérais de la poussière (désolé de la redite) vieille de plus d'un demi milliards d'années, de la poussière qui, avant de se déposer au fond de l'océan et d'être immobilisée dans un calcaire impur, flottait en solution dans l'océan, libre, entre deux eaux.

(Une origine et un épisode terrestres en préalable à cette grande trempette sont fort probables.)

C'est la première fois que la vue de la poussière me ravit à ce point. Faut dire que c'était autre chose que de la banale saleté domestique.

C'est comme si j'avais ressuscité quelque chose en libérant une impalpable matière emprisonnée dans la roche.

Intact, le calcaire me laissait froid ; pulvérisé et réduit à ses ingrédients élémentaires, du moins quelques-uns d'entre eux, il me laissait tout attendri.

Prière de na pas éternuer devant l'image.


* Vulgaire vinaigre blanc venant directement du dépanneur.

mercredi 17 juillet 2013

L'étiquette (ajouts)


Visite annuelle à la Commission géologique du Canada, à Ottawa.

Évidemment, si tout le monde étiquetait aussi bien les roches de son parterre, l'éducation géologique des masses serait bien plus avancée...

(Photos : juillet 2013)


Calcaire de l'Ordovicien. Autant de gazon de moins à tondre...


J'ai connu ce panneau dans un état plus brillant.


Détail du panneau (voir «Ajout» à la fin du billet).


Stratifications entrecroisées ?


Ajout no 1 (18 juillet 2013)

Pour faire plaisir à certain lecteur pointilleux (cf. les Commentaires) – mais vaut mieux un lecteur pointilleux que pas de lecteur du tout –, nous nuançons notre «étiquette» :


Est-ce que tout le monde est content ?


Ajout no 2 (18 juillet 2013)

Selon Williams et al. (1984), nous serions dans la formation de Verulam (8 sur la carte). L'affleurement, au 601, rue Booth, adresse de la CGC à Ottawa, est encerclé en rouge :


Détail de Williams et al. (1984)


Le Verulam se caractérise par... Ben, renseignez-vous directement à la source :


Détail de Williams et al. (1984)


Référence (au singulier, je n'en donne qu'une)

  • Williams, D.A., Rae, A.M., and Wolf, R.R. 1984 – Paleozoic Geology of the Ottawa Area, Southern Ontario, Ontario Geological Survey, Map P.2716, Geological Series-Preliminary Map, scale 1:50 000. Geology 1982.

lundi 15 juillet 2013

Ruisseau de la Brasserie : vieux morceau intact


Ajout (29 janv. 2016)

La signification des coups de gouge dont il est question ici est à vérifier, plus d'un type environnement pouvant expliquer leur présence.

Suite du billet précédent sur les coups de gouge de la Marmite des Allumettières.


Affleurement calcaire derrière les Brasseurs du Temps, à Gatineau. La paroi verticale semble intacte, c.-à-d. non retravaillée. (Photo 13 juillet 2013)
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On trouve derrière les Brasseurs du Temps, à Hull (Gatineau) ce qui est, à ma connaissance, le seul affleurement calcaire du ruisseau de la Brasserie conservé dans son état originel, tel qu'il était avant les interventions humaines depuis le XIXe siècle. (Du moins le seul visible, il y en a peut-être d'autres enfouis sous les remplissages successifs qui ont affecté les rives.)

La partie supérieure du morceau de calcaire montre un poli d'érosion (glaciaire ?, fluviatile ?) intact ; la partie inférieure, en retrait, a été attaquée par un nouvel agent érosif ultérieurement à la formation du «poli». Sa surface est couverte de coups de gouge.

Deux définitions utiles à ce stade de l'exposé (le gras est de moi) :

1) Coups de gouge ou vagues d'érosion : se forment «en régime noyé, par action dissolvante de l'eau circulant en mouvements ondulatoires dans un remplissage de galets. Ces formes en creux, centimétriques ou décimétriques, ont un profil en long en creux de cuillère, avec une partie amont raide regardant le sens du courant, et une partie aval en pente douce.» Tiré de Juraspéléo.

2) Coup de gouge : «petite forme en creux, rarement isolée, généralement de dimensions centimétriques à décimétriques, localisée indifféremment sur les parois, à la voûte, ou sur le sol rocheux d'un conduit souterrain (parfois d'un chenal extérieur).» Source : Termium Plus.


Détail de la partie inférieure de l'affleurement de calcaire. La surface, en retrait par rapport à la partie supérieure, est couverte de coups de gouge. Le creusement de la partie inférieure est ultérieure au «polissage» de la partie supérieure. (Photo 13 juillet 2013). 
...


L'affleurement des Brasseurs du Temps est à 300 m au SE de ce que j'ai appelé la Marmite des Allumettières (billet du 7 novembre 2009) dont les parois portent aussi l'empreinte de nombreux coups de gouge. De plus, comme la marmite, il se place exactement sur la trajectoire d'une faille que j'ai découverte dans le socle calcaire, la faille des Allumettières (billet du 29 novembre 2009).

Les coups de gouge se développent en régime noyé (déf. no 1), nous l'avons vu plus haut. L'explication s'applique parfaitement à la marmite qui aurait été formée par un torrent sous-glaciaire.

Les strates inférieures couvertes de coups de gouge du calcaire des Brasseurs du temps sont intrigantes. On ne peut invoquer de régime noyé pour elles. La définition no 2 précise cependant que ces marques d'érosion peuvent apparaître sur les parois de chenaux extérieurs.

Y avait-il un réseau de cavernes, marmites, chenaux et d'avens le long de la faille des Allumettières ? (L'hypothèse que la marmite soit un aven m'a été fournie par Pascal Samson.)

Ça fait beaucoup de coïncidences pour la Marmite des allumettières et le calcaire des Brasseurs du Temps ; les coups de gouge, leur situation le long de la même faille...

À suivre, donc.


La transition entre les deux étages est nette, comme tranchée au couteau.
(Photo 13 juillet 2013)


samedi 13 juillet 2013

Marmite des Allumettière et coups de gouge


Ajout (29 janv. 2016)

Billet à revoir, la signification des coups de gouge n'est peut-être pas aussi claire que je le croyais. Bref, c'est à vérifier.


Bref retour (encore un) sur la Marmite des Allumettières, à Gatineau (Québec).

Les photos et le texte qui suivent sont fournis pour répondre à une demande spéciale.

Pour un exposé complet, voir le billet du 7 novembre 2009.

1) D'abord, une courte description et explication du phénomène :

«Pothole in the Ottawa River valley
[...]
An exposed rock surface in Gatineau Quebec reveals an isolated ~8 m deep depression eroded into the Paleozoic carbonate rock surface [...], situated ~10 m above Ottawa River level. The depression has an asymmetric, balloon-like geometry with smooth, iron-stained walls. The surface opening is less than the maximum diameter of the form. The erosion form is now devoid of sediment, but it was filled with sand and gravel; coarser sediment (gravel up to 20-30 cm) appeared towards the top of the fill [...]. There are no similar features exposed in ~500 m of excavation [...] and the original surface cover of the bedrock is unknown.

The feature is interperted as a pothole with a high-energy fill, based on landform position downflow of Gatineau valley and within the paleo-channel of the Ottawa River [...]. Fluvial polishing appears to be present on vertical walls. Fluvial erosion (corrasion) most reasonably explains the form; flow structures on the scale of this feature were needed to yield this depth of erosion. The erosion feature could represent paleo-fluvial scouring by vortices impinging on the river bed and captured while migrating downstream during high-stage flow events or floods [...]. It is also possible that the feature could represent glaciofluvial erosion during subglacial or proglacial floods or high-discharge events [...] Karst erosion is always possible in carbonate rocks; however, the lack of other solution weathering features along the rock face makes this possiblity very unlikely as the prime process explanation (Sharpe et Pugin, p. 19).» 


2) Ensuite, aperçus de coups de gouge ou vagues d'érosion sur les parois de la marmite. (Voir des exemples de coups de gouge, ici et ici, dans d'autres sites Internet.) Photos © Henri Lessard.


Marmite des Allumettières : coups de gouge sur une paroi calcaire.
(Juillet 2012)


Détail de la photo précédente.


Marmite des Allumettières : autres coups de gouge.
(Novembre 2009)


Détail de la photo précédente.


Marmite des Allumettières : coups de gouge atténués ?
(Juillet 2007)


Détail de la photo précédente.


Trois dernière photos : les coups de gouge présents aussi sur la surface horizontale au sommet de la marmite prouverait qu'il s'agit bien là du «plancher» originel à partir duquel la marmite a été creusée.


Rebord de la marmite. (Juillet 2007)


Détail de la photo précédente : coups de gouges discrets.


Vue plongeante du rebord de la marmite. (Juillet 2007)


Ce billet à une suite.

Référence (citation)

  • D. SHARPE et A. PUGIN, Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 p.


mercredi 10 juillet 2013

Bioblitz au ruisseau de la Brasserie


Cliquez sur l'image pour l'agrandir.



Les Amis du Ruisseau de la Brasserie, en partenariat avec la Sentinelle Outaouais et la Fédération Canadienne de la Faune, organisent un bioblitz au ruisseau de la Brasserie, les 12 et 13 juillet 2013 (Gatineau, secteur Hull).

Voyez le poster pour plus de renseignements.

Je ne fais que faire circuler l'information, je ne suis pas membre des organismes qui organisent l'événement.


Pour faciliter la lecture, voici le bas du poster agrandi :


Calcaires hullois : cartes topographiques


Délaissant mes rapports géologiques, j'ai été consulter la collection de cartes topographiques de la Bibliothèque publique d'Ottawa (BPO). Là dormait un trésor de renseignements, ainsi qu'une carrière supplémentaire, ignorée de mes autres sources (carrière X, plus bas).

La récolte de données a servi à enrichir et préciser la nouvelle version de ma carte des carrières de calcaire de la ville de Hull (Gatineau) que vous trouverez à la fin du billet. Outre l'ajout de la X, les carrières qui se sont montrées décidément impossible à situer (P8, et surtout P7), ou trop insignifiante (U3), ont été supprimées.

J'espère, alors que je n'ai toujours pas fini d'y travailler, pouvoir bientôt commencer à exploiter ma carte des carrières...

Pardonnez la piètre qualité des détails des cartes topographiques qui suivent. À la BPO, je me suis contenté de les photographier les cartes, avec les distorsions de perspective et de couleurs que cela entraîne.


31G/5, 1/63 360, 1935
«Original survey 1923. Revised 1935.» 
Courbes de niveau en pieds. (Détail)

1935

G6A : carrière ; P9 : carrière ; U5 : carrière ; G1 : une carrière et un escarpement (naturel ?) à l'ouest ; P6 : carrière sous un escarpement (naturel ?) ; G7? : escarpement naturel ou carrière ? La différence entre escarpement naturel et artificiel n'est pas évidente sur cette carte. G7 : carrière et escarpement naturel. [Corrections après examen photos aériennes (1927 et 1931). On pourrait aussi enlever le «?» après le G7 sur la carte. (Ajout, 12 juillet 2013.)]


31/G E, 1/50 000, Army Survey Establishment, R.C.E. 1922-24 (sic). 1955
Revised and printed 1956-58. Aerial photography R.C.A.F. 1955. 

Courbes de niveau en pieds. (Détail)

1955

G6A : carrière, en partie ennoyée ; P9 : carrière, agrandie ; X : carrière nouvelle ; U5 : carrière ; G1 : «trou d'eau» (carrière inactive inondée) ; l'escarpement subsiste ; G2? : «trou d'eau» au sud de G1. Je ne peux jurer qu'il ne s'agit pas d'une extension de cette dernière  ; P6 : carrière ; G7 : disparue (espace vert), l'escarpement subsiste


31G/5g, 1/25 000, 1963
Service topographique de l'Armée (G.R.C.), d'après des photos aériennes 
prises en 1960. Courbes de niveau en pieds. (Détail)

1963

G6A : «trou d'eau» ; P9 : carrière, encore agrandie ; X : carrière, très agrandie, partiellement inondée ; U5 : carrière, ennoyée ; G1 : carrière, escarpement disparu ; G2? : «trou d'eau» ; P6 : escarpement disparu


1968 (sans carte)

G6A : «trou d'eau» ; P9 : carrière ; X : carrière, partie nord inondée ; U5 : carrière, ennoyée ; G1 : disparue sous une rue ; G2? : disparue


31G/5g, 1/25 000, 3e édition, 1971
Div. des levés et de la cartographie, min. de l'Énergie et des Ressources. 
Renseignements à jour en 1968. Courbes de niveau en pieds. (Détail)

1971

G6A : «trou d'eau» ; P9 : carrière ; X : «trou d'eau» ; U5 : disparue ; G1 : disparue sous une rue ; G2? : excavation à sec.


1976 (sans carte)

G6A : disparue ; P9 : carrière ; X : carrière, partie nord inondée ; U5 : carrière, à moitié inondée


1983 (sans carte)

G6A : centre communautaire ; P9 : carrière, partie sud inondée, partie nord avec chemins ; X : seule subsiste l'extrémité N, sous forme d'un «trou d'eau» ; U5 : disparue (forme une baie dans la rive du ruisseau de la Brasserie)


Carte des carrières de calcaire de la ville de Hull (Gatineau) : version 2
Les codes d'identification des carrières sont de moi et se réfèrent à l'initiale des auteurs des travaux consultés ; voir le billet du 6 juillet pour la liste des carrières (sauf la X, nouveauté du présent billet) et la première version de la carte. J'ai rectifié à main levée la frontière Québec/Ontario (en rouge, en bas) que Google trace de travers. (Voir billet du 4 mai 2013.)
Compilation Henri Lessard © 2013. Fond de la carte : © Google

mardi 9 juillet 2013

Marmites on the rocks


Fig. 1. Hunter (1855). Légende originale :
Natural curiosity, Ottawa River, Canada. Two miles above Chaudière Falls, on the Hull side.
Trois marmites côte à côte dans des strates horizontales de calcaire ordovicien, à Hull (Québec)
(Saisie d'écran à partir d'un pdf disponible par Google Books.)
...


Le 10 mars dernier, je publiais ici une gravure de Hunter (fig. 1) datant de 1855 montrant un groupe de marmites dans le calcaire quelque part à Hull (Gatineau). Hunter, avare en précisions, s'était contenté d'indiquer qu'elles se trouvaient two miles (3,2 km) en amont des chutes des Chaudières, sur la rive hulloise de l'Ottawa (de l'Outaouais).


Fig. 2. Ottawa Citizen (Google).
...



J'avoue avoir entretenu de sérieux doutes sur l'existence de ces marmites. Or, voici que, cherchant tout à fait autre chose, je tombe sur un article daté de 1925 qui semble décrire un phénomène semblable, sinon la même chose (fig. 2). À un endroit nommé Pot Hole Point, sur la rive de l'Outaouais, à l'est de Tétreauville (Val-Tétreau), on trouvait, selon W.M.J., des marmites larges de cinq pieds (1,5 m) ou moins, profondes de 16 (5 m). Non loin de là, un anticlinal (pli en avec charnière vers le haut, comme un V tourné à 180 degrés) soulève les strates du calcaire.

Avec les indications de W.M.J. et de Hunter réunies, devient-il possible de circonscrire la zone où les marmites pourraient se trouver ? Hunter les situe en amont des Chaudières, W.M.J. en aval de Val-Tétreau, sur la rive de l'Outaouais, près d'un synclinal.

Or, les roches de la rive, ainsi que celles d'îles environnantes, partout horizontales, ne sont plissées dans le secteur de la baie Squaw, à la limite est de Val-Tétreau (fig. 3 et 4). Les marmites doivent donc se trouver entre la baie et les chutes des Chaudières. Tout est simple !

Sauf que W.M.J. et Hunter se contredisent : two miles ou 3,2 km en amont des Chaudières (Hunter) nous conduisent à l'ouest de Val-Tétreau, en amont de ce quartier. Parlent-ils des mêmes marmites ou l'un d'entre eux a-t-il confondu les points cardinaux ou mal estimé les distances ? (fig. 3). Reste que les seules roches visiblement – je dirais ostensiblement – plissées se trouvent près de la baie Squaw, se qui accrédite le témoignage de W.M.J.

Notons que la gravure de Hunter, autre indice, montre les marmites creusées dans des strates horizontales de calcaire : indication qui pourra être utile sur le terrain.


Fig. 3. L'Outaouais, entre Ottawa, au sud, et Hull (Gatineau), au nord. La baie Squaw est à gauche, à l'extrémité de la flèche rouge qui délimite le secteur où pourrait se trouver les marmites ; les chutes des Chaudières sont à l'autre extrémité. Cette carte ne parlera qu'aux gens du cru, mais c'est à eux que je m'adresse. Quadrillage bleu : 1 km de côté ; la ligne rouge mesure donc moins de 1,5 km, ce qui va à l'encontre des 3,2 km de Hunter (voir texte)...
Ottawa, Ontario - Quebec / Ottawa, Ontario - Québec. Centre for Topographic Information / Centre d'information topographique; Cartes topographiques de Ressources naturelles Canada 31G/5, (éd. 11) 1998; 1 feuille.
...


Avant de se lancer à la recherche des marmites, faudrait peut-être se demander à quelle distance du rivage on est toujours on the shore, envisager la possibilité que la végétation ait recouvert les marmites ou, pire, que le niveau de la rivière ait été modifié au point qu'elles soient toujours submergées.

Parce que quelque chose me dit que si elles étaient encore visibles, ça se saurait...

À suivre ?


Fig. 4. Pointe rocheuse, rive est de la baie Squaw. Les couches de calcaire, horizontales ailleurs, sont plissées et retroussées : l'anticlinal de W.M.J. ? Les marmites devraient se trouver à l'est de cet endroit, sur la rive. Arrière-plan : l'UQO. (Photo déc. 2012.)
...

dimanche 7 juillet 2013

Trou du Diable : plongée et sondages


Pièces à verser au dossier du Trou du Diable des chutes Chaudières sur l'Outaouais, à Hull (Gatineau). (Voir les billets du 15 décembre 2012 et du 3 février 2013.)


Pièce no 1

«En 1826, l'ingénieur John McTaggart qui avait travaillé à la construction du premier pont sur les Chaudières, a rapporté qu'à un certain endroit il a fait des sondages jusqu'à 300 pieds [90 m] de profondeur sans atteindre le fond de la rivière (Jolicœur, p. 38)


Pièce no 2

«Au cours de l'été 1940, Aimé Lapointe, plongeur renommé de Wrightville [quartier de Hull], est descendu à une profondeur de 75 pieds [23 m] dans le [Trou du Diable] qu'il a pu explorer à loisir jusqu'à l'endroit où se trouvait l'automobile dans lequel [sic] il a trouvé le cadavre de Gorman Edwards, d'Ottawa (Jolicœur, p. 56).» — Le texte n'en dit pas plus...


Source

Joseph Jolicœur, Histoire anecdotique de Hull, La Société historique de l'ouest du Québec, Inc., 1977, 104 p.

samedi 6 juillet 2013

Calcaires hullois : la carte


Version plus récente de la carte, voir le billet du 9 sept. 2015.

Carte des anciennes carrières de calcaire Trenton de la ville de Hull (Québec)
Les codes d'identification des carrières sont de moi et se réfèrent à l'initiale des auteurs des travaux consultés (voir la liste des carrières, plus bas). J'ai rectifié à main levée la frontière Québec/Ontario (en rouge, en bas) que Google trace de travers. (Voir le billet du 4 mai 2013.)
Erratum : en bas, lire U9 au lieu de U6.
Fond de carte : modifié de © Google.


Voici enfin – toute l'impatience était pour moi – le document promis et attendu : la carte des anciennes carrières de calcaire Trenton de la ville de Hull (Gatineau). (Voir le billet du 29 juin 2013 et ceux qui l'ont suivi jusqu'à celui-ci.)

C'est tout. Aucun commentaire. La carte enfin établie servira à d'autres billets. Pour l'instant, le fait qu'elle existe et qu'elle soit disponible suffit à me combler d'aise.

Des vues détaillées vous seront servies quant nécessité sera.



Carrières de calcaire Trenton, Hull (Gatineau)

En gras : codes d'identification figurant sur la carte.

Hogarth (1975)

H1. Cattière de McKay (1826) ; correspond à P9, G5, W4 et à U4


Ells et Ami (1901) : seulement deux carrières actives

E1. Correspond à G6B
E2. Correspond à G2


Parks (1916) ; 8 carrières actives

P.1. Wright and Company, Hull, 240 x 120 m. On y extrait des pierres de 15 à 24 pouces d'épaisseur.
P.2. Wright and Company, Hull. Gros blocs de pierre pour piliers de ponts. Au N, de petites excavations produisent de la pierre concassée. Le coin SW du terrain est à la Laurentian Stone Co. Correspond à G1.
P.3. Wright and Company, Hull. Blocaille, blocs grossiers de construction, concassage. L'école Normale Saint-Joseph de Hull a été construite avec la pierre de cette carrière (1908). La pierre a servi aussi à la construction de l'école Notre-Dame de Hull LIEN.
P.4. A. Morin, Hull
P.5. M. Lefèbre, Hull
P.6. David Laviolette, Hull. «[La carrière a fourni l'échantillon] le plus finement grenu de toutes les pierres de construction les mieux connues au Québec...» (Parks, p. 112.) Tout le produit de la carrière sert à des fins de construction : blocs grossiers, seuils, bouchardés sur le dessus, montants de fenêtres de cave. Correspond à G4 et à W5.
P.7. Joseph Leduc, Hull. Inactive. Position sur la carte : très hypothétique. Le billet du 29 juin explique notre choix (lien plus haut).
P.8. Fleming Dupuis Supply Co., Ottawa, 120 x 60 m. s'étend en profondeur sous le niveau du ruisseau ; concassage. Sa position sur la carte est approximative.
P.9. Canada Cement Company, Hull, 90 m x 400 m. «Environ 500 tonnes par jour sont retirées pour fabriquer du ciment, durant onze mois de l'année.» (Parks, p. 114.) Correspond à H1, G5, W4 et à U4


Goudge (1935) ; 5 carrières actives

G1. Wright Crushed Stone Co, Ltd., Hull ; pierre concassée, pierre pour la production de pâte au bisulfite ; autrefois exploitée pour la pierre à bâtir. Correspond à P2 et à U12.
G2. Laurentian Stone Co., Ltd., Ottawa ; pierre concassée, four à chaux
G3. Oscar Noël, Hull ; pierre de construction irrégulière (stratification entrecroisée) : pierres de 8 cm à 15 cm x 12 à 25 cm ; pierres vendues à un tailleur d'Ottawa. Correspond à U6.
G4. Abandonnée. Correspond à W5 et à P6.
G5. Canada Cement Co., Ltd., Montréal, 210 x 150 m ; ciment, pierre concassée, chaux agricole et remplissage pour l'asphalte. Correspond à H1, P9, W4 et U4.
G6A. Napoléon Tremblay, Hull. ; pierre concassée, graviers et pierre pour la production de pâte au bisulfite
G6B. Abandonnée ; sur le terrain de William Dennison, Hull
G7. Abandonnée. Doublon de U9 ?


Wilson (1938) : 5 excavations visibles

W1. Correspond à U12 et G1.
W2. Correspond à U5.
W3. Correspond à G6A*.
W4. Canada Cement ; correspond à H1, P9, G5 et U4.
W5. Correspond à P6 et G4
* L'excavation circulaire, comblée d'eau, était encore visible en 1965.


Uyeno (1974) ; 1 carrière active

U3. Carrière désaffectée («extensive filling»)
U4. Canada Cement. Correspond à H1, P9, G5 et W4.
U5. Carrière désaffectée
U6. Oscar Noël, carrière désaffectée ; correspond à G3.
U9. Excavation. Doublon de G7 ? (Erratum : notée par erreur U6 sur la carte.)
U12. Wright Crushed Stone Co. ; désaffectée («Being actively filled in 1961.») Correspond à G1.
Non reportés sur la carte : affleurements (carrières abandonnées ?), rive ouest du ruisseau de la Brasserie, au sud (U10) et au nord (U11) de l'actuel boul. des Allumettières.


Références

  • Anonyme, ca 1942 — Inventaire des ressources naturelles du comté municipal de Hull — 1942, Section de l'enquête économique, ministère de l'Industrie et du Commerce, province de Québec, E-25-45.
  • Ells R.W., Ami H.M., 1901 — Geological map of the city of Ottawa and vicinity, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 714, échelle : 1:63 360.
  • Goudge, M.F., 1935 — Limestones of Canada, Their Occurrence and Characteristics; Part III. Canada Mines Branch, Report 755, 278 pages, with maps 756 (Montréal) and 757 (Southern Québec) in pocket.
  • Hogarth, D.D., 1975 — Pioneer mines of the Gatineau Region, Quebec. Town Beavers, Publishers Reg'd, 44 p.
  • Parks, Wm.A., 1916 — Rapport sur les pierres de construction et d'ornement du Canada, vol. III, province de Québec. Ministère des Mines, Division des mines, rapport 389, 405 p.
  • Uyeno T.T., 1974 — Conodonts of the Hull Formation, Ottawa Group (Middle Ordovician), of the Ottawa-Hull area, Ontario and Québec. Commission géologique du Canada, Bull. 248.
  • Wilson, A E, 1938 — Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360).

Calcaires hullois : 1935 et 1974


Encore une carte (en fait deux), dernière étape avant la synthèse finale (voir les précédents billets, 29 juin et 2 juillet 2013) : la carte définitive (?) des anciennes carrières de calcaire Trenton de la ville de Hull (Gatineau), au Québec.

Détail annoté de Goudge (1935)
Cercles noirs : affleurements de calcaire et de calcaire pur (pas nécessairement une carrière) ; carré noir : carrière en opération ; C blanc dans un carré noir : production de ciment de Portland ; cercle étoilé (G2) : four à chaux ; nombres en noir : échantillons étudiés dans le texte original de Goudge ; codes d'identification orangés : voir la liste des carrières, plus bas
...


Report des carrières de Goudge (1935) et position de quelques carrières d'Uyeno (1974) sur la carte actuelle. Uyeno (1974) a servi à confirmer l’emplacement et l’existence de quelques carrières.
Fond de carte : modifié de © Google
...


Pour le fin mot, attendre la carte de synthèse qui remplacera la carte préliminaire publiée dans mon billet du 29 juin 2013 (lien plus haut).


Carrières de calcaire Trenton de la ville de Hull (Gatineau)

Goudge (1935)

  • G1. Wright Crushed Stone Co, Ltd., Hull ; pierre concassée, pierre pour la production de pâte au bisulfite ; autrefois exploitée pour la pierre à bâtir. Correspond à U12.
  • G2. Laurentian Stone Co., Ltd., Ottawa ; pierre concassée, four à chaux
  • G3. Oscar Noël, Hull ; pierre de construction irrégulière (stratification entrecroisée) : pierres de 8 cm à 15 cm x 12 à 25 cm ; pierres vendues à un tailleur d'Ottawa. Correspond à U6.
  • G4. Abandonnée
  • G5. Canada Cement Co., Ltd., Montréal, 210 x 150 m ; ciment, pierre concassée, chaux agricole et remplissage pour l'asphalte ; correspond à U4.
  • G6. Napoléon Tremblay, Hull. ; pierre concassée, graviers et pierre pour la production de pâte au bisulfite
  • G6B. Abandonnée ; sur le terrain de William Dennison, Hull
  • G7. Abandonnée ; doublon de U9 ?

Uyeno (1974) ; en gras : codes utilisés sur la seconde carte  

  • U3. Carrière désaffectée («extensive filling»)
  • U4. Canada Cement ; correspond à G5.
  • U5. Carrière désaffectée
  • U6. Oscar Noël, carrière désaffectée ; correspond à G3.
  • U9. Excavation ; doublon de G7 ?
  • U12. Wright Crushed Stone Co. ; désaffectée («Being actively filled in 1961.») : correspond à G1.


Références

  • Goudge, M.F., 1935 – Limestones of Canada, Their Occurrence and Characteristics; Part III. Canada Mines Branch, Report 755, 278 pages, with maps 756 (Montréal) and 757 (Southern Québec) in pocket.
  • Uyeno T.T., 1974 – Conodonts of the Hull Formation, Ottawa Group (Middle Ordovician), of the Ottawa-Hull area, Ontario and Québec. Commission géologique du Canada, Bull. 248.