mardi 28 décembre 2010

Qu'est-ce ? (Ajout : réponse)


Qu'est-ce ?

Ça couvre plus d'un m carré de la surface d'un grès, au parc du lac Beauchamp, à Gatineau (Québec).

Les photos sont médiocres. Sur le coup, je n'ai accordé qu'une attention distraite au phénomène. Je ne connais pas grand chose aux fossiles et ça semble être les traces ou les restes fossilisés de... de justement j'aimerais savoir quoi.

C'est la seule occurrence du... de ce truc-muche que j'ai vue dans tout le parc. (Erreur ! Voir «Ajout», plus bas.)

S'il y a des experts du Cambrien Cambro-ordovicien parmi mes lecteurs...

Photos : parc du lac Beauchamp, Gatineau (Québec), novembre 2010.
Contexte géologique : grès de Nepean (Cambrien Cambro-ordovicien), plate forme du Saint-Laurent ; sédimentation en eaux marines peu profondes (zone intertidale ?)

On peut cliquer sur les photos pour les agrandir.

Récompense : une reconnaissance éternelle. Enfin, disons durable et sincère.




Il semble y avoir deux textures, l'une plus fine à gauche de la boussole, l'autre plus grossière, à droite. 
Sur les deux premières photos, les alvéoles s'organisent selon un système de rangées parallèles. Les choses paraissent plus aléatoires sur les deux dernières. À défaut d'identifier le machin, je peux au moins le décrire...


Détail de la troisième photo.


AJOUT (27 octobre 2012) — Ces étranges empreintes pourraient être finalement le résultat du développement en eaux marines peu profondes de tapis microbien (biofilm) sur des sables non consolidés. Des formation semblables (wrinkle structures) ont été étudiées à l'ouest d'Ottawa, dans la même formation des grès de Nepean. Voir Donaldson et Chiarenzelli (2007) ainsi que Porada et Bouougri (2007).

Remarquez  que je n'affirme rien d'assuré et je ne suis pas certain que les structures observées au lac Beauchamp correspondent à celles décrites par ces auteurs. Mais la description des wrinkle structures que font Porada et Bouougri (2007) est très évocatrice : rides droites ou ondulées, disposées parallèlement ou en nid d'abeilles.

L'origine (biologique ou mécanique) de ces rides fait cependant l'objet de discussions.

Depuis la parution de ce billet, j'ai pu constater que ce type de structure se retrouve ailleurs aux alentours du lac Beauchamp, à la surface du même grès de Nepean. 

Pour en savoir plus, consulter les références, plus bas (accessoirement, voir aussi ce billet).


Photo (saisie d'écran) : Donaldson et Chiarenzelli (2007). «Wrinkle structure», à Ottawa, dans un grès de Nepean rouillé ; des microrides de ce genre se seraient développées en réponse à la formation d'un tapis microbien recouvrant le sable non consolidé en eaux marines peu profondes. La surface lisse à droite = poli glaciaire.


Différentes «wrinkle structures» (de type Kinneyia), dans des grès. Photos (saisies d'écran) tirées de Porada et Bouougri (2007). C. Cambrien moyen, Suède ; D. Néoprotérozoïque, Maroc ; E. Néoprotérozoïque, Namibie.


RÉFÉRENCES
  • J.A. Donaldson et J.T. Chiarenzelli, «Disruption of mats by seismic events», dans : Schieber J. et al, Atlas of microbial mat features preserved within the clastic rock record, Elsevier, 2007. (PDF téléchargeable gratuitement.)
  • Allan Donaldson, Chris Findlay, Geotour Of Frontenac Arch Biosphere Reserve, Frontenac Arch Biosphere Reserve, 25 p. (PDF téléchargeable gratuitement.)
  • Mario Lacelle, Traces fossiles du Groupe Potsdam : livret-guide d'excursion paléontologique, Société de Paléontologie du Québec, 2009, 15 pages. (Pdf téléchargeable gratuitement ; concerne la région de Beauharnois, mais valable pour l'Outaouais.)
  • H. Porada et E. Bouougri, «'Wrinkle structures' – a critical review», dans : Schieber J. et al, Atlas of microbial mat features preserved within the clastic rock record, Elsevier, 2007. (PDF téléchargeable gratuitement.)

samedi 25 décembre 2010

Noël transparent

Pont couvert du ruisseau Meech dans la vallée du même nom, Chelsea (Québec)


Paysage d’hiver vu par transparence. Sous les pavés, la plage, et sous la neige, les verts pâturages.

En attendant que résonne à nouveau le chant de la chlorophylle, passez un joyeux Noël et entreprenez la nouvelle année d’un pas résolu !


PS – Oui, Madame, oui Monsieur, la chlorophylle chante. Mais faut prêter l'oreille.



lundi 20 décembre 2010

Météorisation : exemple islandais

Joints dans un marbre élargis par érosion. (Gatineau, Québec, juin 2010)


Je n'ai déniché cette étude (lien) dont je présente un extrait plus bas qu'après avoir publié mes billets sur les lichens de Kanata et le marbre de la rivière Gatineau. Elle concerne la météorisation postglaciaire de basaltes islandais et certains paramètres qui y sont considérés, dont l'haloclastie*, ne jouent aucun rôle dans notre région, mais, d'un point de vue plus large, les conclusions de l'auteur de cette étude sur la météorisation postglaciaire en «milieux froids», particulièrement sur l’importance des joints, voies d'accès privilégiées de la météorisation, et des agents biogéniques (lichens, par exemple) sont applicables, avec toutes les précautions et réserves qui s'imposent, à la partie tempérée du Bouclier canadien que nous habitons. De mon point de vue, c'est la confirmation (recherchée depuis longtemps) que les surfaces météorisées du Bouclier canadien ont bien été développées à partir du poli glaciaire.



Gneiss vert (en creux), quartzite blanc, et granite rose recoupant les deux premiers. Le gneiss météorisé forme piscine entre les parois abruptes du quartzite et du granite qui, eux, ont conservé leur «poli glaciaire». (Cantley, Québec, juillet 2010.)


EXTRAIT
Samuel ETIENNE. «Processus et vitesses de météorisation postglaciaire de surfaces basaltiques dans le sud de l’Islande», manuscrit de l’auteur, publié dans Environnements périglaciaires, vol. 24, no 8, 1999, p. 63-75. Pdf disponible dans Internet gratuitement.

Après avoir été longtemps dénigrés, les processus biogéniques se voient attribuer un rôle de plus en plus important dans la météorisation des milieux froids [...]. Parmi les organismes impliqués, les lichens ont catalysé une grande partie des recherches récentes [...] une des actions les plus significatives des lichens dans les roches basiques est l'extraction et la libération du fer qui entraîne une augmentation de la porosité de surface sur quelques millimètres, ainsi que nous l'avons observé [...] Ce processus agit strictement en surface : lorsque le plan rocheux poli est faiblement couvert (quelques centimètres d'épaisseur) par des dépôts superficiels, les lichens sont absents, la météorisation est nulle, le poli lisse et brillant ; en revanche, dès que la mise à l'affleurement est totale, la colonisation végétale (champignons, lichens) démarre et la météorisation (augmentation de la rugosité de surface) ne tarde pas à suivre [...]. La dégradation biogénique est plus efficace au niveau des fissures et des cupules car ce sont les sites privilégiés d’installation et de développement des lichens, microchampignons et autres bactéries [...]. Par ailleurs, il est clair qu'une couverture superficielle déliquescente ne suffit pas à bloquer l'onde de gel et ne saurait inhiber la microgélifraction. La microgélifraction reste inefficace tant que les surfaces polies sont couvertes parce que l'état initial des surfaces d'abrasion glaciaire ne lui est pas favorable ; une préparation préalable à sa mise en action est indispensable et il est de plus en plus évident que les processus biogéniques se posent en acteurs incontournables.

dimanche 19 décembre 2010

Kanata : au ras du lichen

2990. Austère paysage du Bouclier canadien ; roches poncées par les glaciers. Quelques bâtiments d'un centre d'achats se profilent à l'arrière-plan tandis que l'éclairage public tarde à se manifester. 
(Kanata Town Centre Core Park, Ottawa, décembre 2010)


Il est agréable d'arriver à l'étape du dernier billet d'une série de plusieurs. Tout a été dit, mais il reste encore à montrer.

Ce n'est pas de la paresse, on a travaillé fort pour en arriver là, disons plutôt une pause bien méritée.

Pour ce qui a été dit et qui reste nécessaire à la compréhension de ce qui suit, voir les billets précédents consacrés au même site.

Afin d'éviter les redites, je n'en dirai pas plus.

Toutes les photos : Kanata Town Centre Core Park, avenue Kanata, Ottawa, 4 décembre 2010.

2931. Vue aérienne embrassant un vaste secteur. Collines et vallées forment un système désordonné dans un gneiss granitisé ; les dépressions se sont inscrites à partir de la surface unie laissée par les glaciers, il y a 12 000 ans.

2914. Point de vue rapproché. Bosses arides et creux luxuriants ; dénivellations : quelques cm. 
Estimer le taux de météorisation* depuis le départ des glaciers. 
* Météorisation : altération des roches exposées aux agents atmosphériques. De façon plus large, c'est l'ensemble des processus (mécaniques, chimiques ou biologiques) qui attaquent les roches à la surface de la Terre. 

2917. Presque au ras des lichens, maintenant. Centre de la photo : piton résistant dégagé par météorisation. Variété incongrue de stalagmite : il s'est érigé, oui, mais sans s'élever, au fur et à mesure que son environnement s'abaissait*. Quelques brindilles à l'avant-plan.
* Inutile de me dire qu'un stalagmite se forme d'une tout autre façon : faut parfois être sensible à la beauté des paradoxes...


2930, 2933. Même secteur que photos précédentes. Creux comblés par une étrange mixture. 
La photo 2930 a déjà été affichée ici.


2918 et 2920. Piste goudronnée et gneiss rubané en parallèle.

2952. Roche plus homogène. Ici et là, quelques éléments ont offert une meilleure résistance à l'érosion. Filon tenace, en diagonale, à gauche.

2924. Collection de feuilles mortes scellées sous verre. Voir seconde photo du billet du 5 déc. 2010 pour l'autre extrémité de la flaque gelée.

dimanche 12 décembre 2010

Dissolution à Gatineau : addendum à une suite

Photo © Google (octobre 2008) : île Marguerite sur la Gatineau, ville de Gatineau (Québec), extrémité ouest du secteur étudié dans le billet d'hier. Quelques failles appartenant aux principaux réseaux qui découpent le socle rocheux sont prolongées d'un trait blanc. L'astérisque indique l'ombre portée du «massif» des photos 1096 (billet d'hier) et 1107 (ce billet).

Dans mon billet du 11 décembre sur le marbre «dissous» de (et dans) la rivière Gatineau, j'écrivais que les failles* qui traversent la roche ne semblent suivre aucune direction privilégiée : en fait, il aurait été plus juste d'écrire qu'elles en suivent trop, ce qui, au niveau du plancher des vaches, amène un peu de confusion, même si le parallélisme de plusieurs ne peut échapper à l'observateur le moins attentif.

* Plus exactement des joints (cassures sans mouvement de la roche de part et d'autre de la rupture).

Me libérant des contraintes propres à la condition du piéton, j'ai prolongé, sur une photo satellite (ci-dessus), quelques-unes de ces failles d'un trait blanc. La superposition de plusieurs réseaux entrecroisés se constate aisément. Les plus évidents de ces réseaux sont, en négligeant les variations mineures, orientés NE, E-W et NNW. Un quatrième, orienté ± N-S, se manifeste, semble-t-il, de façon plus discrète.

Ces failles qui découpent le marbre sont autant de lignes de faiblesse que l'eau attaque avec grande d'aisance, d'où la création de ravines rectilignes entrecroisées (voir billet d'hier).

Le rubanement du marbre (alternance des bandes ou des anciennes couches sédimentaires) est orienté ± NE. Ceci explique l'impression (fausse), enregistrée sur le terrain, que certaine ravines seraient des rubans moins résistants à l'érosion.

(La rivière Gatineau suit une direction générale SE-NW ; dans le secteur immédiat du site concerné, elle s'infléchit pour s'orienter WNW-ESE.)

La conclusion générale de mon billet de la veille reste valable ce matin : la plupart des ravines dans le marbre, à cet endroit de la Gatineau, sont des joints agrandis par dissolution du marbre sous l'action des eaux courantes.

Photo 1107. (Voir astérisque sur la photo satellite.) Ravines entrecroisées. Cliché retiré du billet d'hier par manque de place. Aspect chaotique causé par la multiplication des enclaves résistantes dans le marbre – enclaves libérées et tombées confondues avec celles qui semblent surgir à sa surface. (Juin 2010)

samedi 11 décembre 2010

Dissolution à Gatineau : suite

Photo 1096. Marbre chargé d’enclaves de granite et de gneiss. La roche est traversée par de multiples réseaux entrecroisés de ravines. Des enclaves volumineuses forment un massif à gauche. (Juin 2010)

LOCALISATION
Gatineau (Québec) ; rive gauche de la rivière Gatineau, au N du pont Alonzo-Wright (secteur de l'île Marguerite).
SNRC 31G/05
Le site est sous les eaux de la rivière Gatineau une partie de l'année. L'endroit, interdit d’accès, présente un danger certain (variations brusques du niveau de l'eau causées par l'activité du barrage Chelsea en amont).

CONTEXTE GÉOLOGIQUE
Marbre de la province de Grenville ; roches vieilles d'un milliard d'années (voir Géolo-chronologie) ; érosion par l’eau courante, érosion différentielle.

INTRODUCTION
Billets précédents consacrés au même site : ici et ici. Les consulter pour plus de détails.

RAPPEL, RÉSUMÉ ET MÊME TOUT LE CORPS DU TEXTE EN TROIS BREFS PARAGRAPHES
Un marbre chargé d'inclusions résistantes (granite, gneiss) est exposé le long de la Gatineau. Les billets précédents parlaient du surgissement progressif de ces inclusions par dissolution du marbre que l'eau courante gruge à petit feu (ça se dit?). Aujourd'hui, je voudrais traiter de phénomènes d'érosion d'une autre nature.

Des ravines plus ou moins profondes traversent le marbre. Il n'est pas toujours évident d'attribuer leur présence à la canalisation du courant le long de certains trajets. En effet, la plupart, loin d'observer une quelconque direction favorisée, s'entrecroisent et semblent plutôt le résultat de l’élargissement par érosion de fractures rectilignes. On peut observer une progression, depuis les larges ravines aux bords arrondis jusqu’aux minces failles, nettes, aux arêtes tranchantes ou à peine émoussées.

Rappelons que la couleur rose-ocre du marbre (autrement de couleur blanche) est due à une altération superficielle.

CONCLUSION
L'aspect rectilignes de ces ravines, leurs bords parallèles indiquent qu'il s'agit de fractures attaquées de façon préférentielle par l'érosion (dissolution du marbre par les eaux courantes). La direction du courant, la structure du marbre (dont le rubanement est orienté NE), sont des phénomènes secondaires de ce point de vue, les failles, ou fractures, accélérant l'érosion selon certaines lignes.

PHOTOS
Toutes les photos : juin 2010

Photo 1066. Ravine serpentant dans la partie relativement libre d'enclaves d'un marbre. Phénomène fréquent partout sur le site, la rivière attaque le marbre par en dessous (bas de la photo, à gauche de la boussole). Ce travail explique(?) la fracture tardive, parallèle au rivage, par effondrement de la frange ainsi sapée. Noter les marmites.

Photo 1067. Détail de la photo précédente. La ravine contourne une enclave sombre tandis que la fracture tardive recoupe celle-là sans affecter celle-ci. En fait constituée d'un chapelet de marmites allongées, cette ravine est probablement(?) le résultat de la canalisation de l'eau de la Gatineau (le courant va de «haut» en «bas»), au contraire des autres illustrées dans ce billet. 

Photo 1069. Détail, encore. Autres fractures ± «fraîches».

Photo 1093. Érosion différentielle du marbre selon le degré de résistance des rubans ; ébauches de marmites (flaques circulaires).

Ajout (26 février 2012). – Lorsque l'action du ruissellement s'exerce sur une large surface, on observe le développement de rainures parallèles séparées par des arêtes vives, perpendiculaires à la rive et s'évasant vers le haut. (Source : Aubert de la Rüe, E., 1953, Rapport géologique 50 : région de Kensington, comtés de Gatineau et de Labelle. Québec, ministère des Mines, 1953, 50 pages, cartes 919 et 920 (1/63 360)) 

Le rubanement du marbre à l'île Marguerite, perpendiculaire à la rivière Gatineau, a facilité le développement de structures plus ou moins semblables (photo 1093).


Photo 1099. Coude : exploitation de fractures par l'érosion.

Photo 1189. Ravines entrecroisées (voir photo 1096, au début du billet), et marmites (à droite).


Photos 1103-1104. Dalle de marbre fracturée.
Déterminer l'âge relatif des cassures en fonction du degré d'usure de chacune.

lundi 6 décembre 2010

Hors-sujet : Kanata, glace et fer

Glace et fer : semblable développement de cristaux lamellaires ou aciculaires.

Mince couche de glace nouvelle et cristaux en forme de lames. (Voir ce billet récent.) 
Kanata Town Centre Core Park, Ottawa, 4 décembre 2010.

Météorite : enchevêtrement de cristaux de fer.
Légende originale :
Météorite métallique rare (type IID) retrouvée à Miller Butte. © MNA. Luigi Folco.
C'est la première fois que l'on retrouve une météorite de ce type en Antarctique. Ici, la surface été polie et attaquée pour révéler la structure métallique.

Détail de la première photo. Contraste accentué pour faire ressortir les cristaux aciculaires 
(en forme d'aiguilles) translucides.

dimanche 5 décembre 2010

Hors-sujet : grands espaces sauvages de Kanata

Quand j'ai affiché cette photo sur mon écran, je n'ai tout d'abord pas reconnu la scène. Pourtant, trois heures à peine séparaient la prise de vue de mon retour à la maison. Était-ce possible d'avoir déjà oublié cet impressionnant bassin rocheux inondé ? (Voir photo suivante.) 

Même endroit, vu d'en haut. Tout s'explique. Voyez, par exemple, la petite branche, en diagonale, en bas à gauche, qui se retrouve aussi dans le coin inférieur gauche de la photo précédente. Mon grand bassin n'est qu'une flaque d'eau, mes rochers ne sont que des irrégularités superficielles où se sont accumulés l'eau et les débris végétaux ! 
(L'aspect liquide de la glace, sur la première photo, provient de l'angle de réflexion de la lumière en conjonction avec un effet de flou. Les arbres et les arbustes, à l'arrière-plan, ont détruit l'effet de close-up en ramenant les éléments du premier plan à leur échelle. J'ai été victime d'un trucage dont j'étais l'auteur involontaire.)

Comparer avec la première photo. Invariance quelque soit l'échelle... 

Quelle étrange mixture se décante dans ces petits bassins ?

Si je décapsule le bouchon, qu'est-ce qui arrive ?

Mince couche de glace.

Détail ; on voit des espaces entre les longs cristaux de glace.

Autre image dont il est difficile de saisir l'échelle du premier regard : photo satellite ou est-ce que le photographe s'est contenté de regardé ce qu'il y avait à ses pieds ?

© Google ; région de l'Ungava, fosse du Labrador, Québec. Envergure de la zone (en largeur) : environ 200 km.

Toutes les photos (sauf la dernière) : Kanata Town Centre Core Park (Ottawa), 4 décembre 2010. (Voir cet autre billet.)

AJOUT, 5 déc. 2010. Certaines personnes ayant émis des doutes quand à l'identité des deux premières photos, je leur soumets les montages qui suivent. Cliquez sur les documents pour obtenir une image plus grande.



samedi 4 décembre 2010

Scoliose verbale

Paysage urbain : parc du ruisseau Watts, Kanata (Ontario), juillet 2008. Aucun rapport avec ce post, mais sans une jolie vignette pour vous accrocher, vous passerez tout droit.

Découverte, que je dois à un article de Stéphane Baillargeon paru dans Le Devoir du 3 décembre 2010 : Scolarius, logiciel en ligne (accès gratuit !) développé par Influence Communication. Cet outil note vos textes (et les miens) selon le degré de difficulté qu'ils présentent aux lecteurs.

Si vous voulez savoir à quel point vos pensées couchées sur papier (ou l'écran) sont entachées d'hermétisme ou souffrent de scoliose grammaticale, soumettez-les à Scolarius. 

Quelques extraits de mon blogue que je me suis empressé de tester avec cet outil se sont mérités des notes allant de 92 à 124. Ce qui correspond à des niveaux de difficultés qui ne rebuteraient pas des élèves du secondaire (premier cas) ou du collégial (second cas).

Vous n'avez donc aucune excuse de ne pas lire mon blogue. Venez, et restez : mes textes sont faciles à comprendre, ils ne contiennent ni piège ni obscurité et, grâce à Scolarius, aucun lecteur ne sera plus molesté lors de leur mise au point.

L'échelle de Scolarius
Niveau primaire (50-89 points), secondaire (90-119), collégial 120-149), universitaire (150-189), initié (190 et +).

Exemples de textes soumis à Scolarius
«La superposition de la carte géologique de 1962 avec la carte routière  actuelle m'avait amené à rédiger le passage rayé. Mais la consultation d'autres cartes géologiques datant de 1900 à 1940 m'oblige à plus de réserve, sinon à une piteuse rétractation. Il semble bien qu'à protéger des pierres le «malheureux géologue» de 1962, je me sois exposé à essuyer quelques tirs... En fait, M. Kirwan, le géologue en question, a correctement tracé la limite Protérozoïque/Paléozoïque. Mais le réseau routier moderne de Kanata a complètement oblitéré la structure originelle de l'endroit qui remonte au XIXe s. Les sinueuses rues de la banlieue des années 2000 n'ont aucun rapport avec le quadrillage régulier des chemins de rangs de son bucolique avatar de 1850 ou même de 1962. Il est très difficile de localiser à 100 m près un point du secteur en passant d'une carte ancienne (de ce point de vue, la carte de 1962 est d'un âge vénérable) à une carte moderne, et vice versa. Ce qui ne m'excuse pas pour autant d'avoir versé ainsi dans le vice de la précipitation.»
Pointage, échelle de Scolarius : 122.

Texte tiré de la page d'accueil de Scolarius
«Scolarius est un outil gratuit d’analyse de la lisibilité. Il analyse le niveau de difficulté d’un texte en fonction de la longueur des mots, des phrases et des paragraphes. Il s’agit d’un outil qui permet à l’utilisateur de savoir si le niveau de difficulté de son texte correspond au niveau de compréhension de la clientèle visée. Scolarius a été développé par Influence Communication. Pour l'instant, Scolarius est offert uniquement pour des textes en français. Une version anglaise sera disponible dès que l'algorithme aura été complété. Après l’avoir rédigé, nous avons soumis ce texte sur Scolarius. Le texte que vous lisez présentement a été soumis à Scolarius et il a obtenu 127 (collégial).» [C'est moi qui souligne.]

Pas clairs, mes textes ?

Conclusion
Le texte tiré du site de Scolarius, simple et clair (il importe de présenter le produit rapidement sans décourager les éventuels utilisateurs) remporte un score de difficulté plus élevé que ma prose (légèrement) alambiquée. C'est à désespérer de vouloir être songé et profond (et obscur).

Mais la question était justement : suis-je songé, profond et obscur, ou lisible ? Le verdict de Scolarius est sans appel : «Vous êtes clair et limpide, sinon accessible.»

La dernière excuse que vous aviez de ne pas fréquenter mon blogue («Trop difficile à lire !») vient donc de s’évaporer. Merci, Scolarius !

Note de ce texte sur l'échelle de Scolarius : 102 (niveau secondaire). La moindre petite retouche fait bouger le score de quelques points en plus ou en moins. Sensible, ce Scolarius !

samedi 27 novembre 2010

Lac Beauchamp : suite

Affleurement de la discordance : quelques références 


(Complément à un récent post)

Les allusions à l'«affleurement de la discordance» Protérozoïque/Paléozoïque du lac Beauchamp dans les textes consacrés à la géologie outaouaise sont très éparses et désespérément... allusives. Il a fallu patienter jusqu'en 2003 pour obtenir la description d'une certaine conséquence que nous devons au défunt CIGG*. J'en ai reproduit des passages dans un récent post (utiliser le lien donné au début du texte et rendez-vous à la section «Propos empruntés»).

* Noms en gras : voir «Références» à la fin du post.

La géologie du secteur a été cartographiée par M.E. Wilson (1920). La démarcation Protérozoïque (ou Précambrien)/Paléozoïque apparaît sur sa carte, mais il s'agit probablement d'une ligne extrapolée à partir d'affleurements isolés.

Les cartes nouvelles publiées après celle de Wilson n'en sont que des adaptations et elle reste le document original le plus récent disponible pour la compréhension de la géologie (roches en place) des environs du lac Beauchamp (détail de la carte : voir le lien donné en début de post).

Durant les années 1930 et 40, le site a été le siège d'une carrière de silice pour ensuite accueillir, jusqu'à une date avancée des années 1960, un dépotoir municipal. Ces vocations ont sans doute influencé l'allure de l'endroit et son accessibilité... Ceci explique que A.E.Wilson assurait (1946) que la discordance Précambrien/grès de Nepean (Paléozoïque) n'était observable nulle part dans la région, à la presque exception de ces affleurements du canton de March (Kanata, Ottawa), où grès de Nepean (Paléozoïque) et Précambrien percaient le sol meuble à quelques pieds l'un de l'autre, sans que leur contact soit véritablement visible. Cette configuration subsiste encore de nous jours (voir ce post).


Tiré de : Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., 2010, p.61.
Comparez la photo en a) avec celle que j'ai prise en novembre 2010.


Baird (1968), dans son guide de la géologie régionale, s'attarde brièvement à décrire le site du lac Beauchamp :
«Nepean sandstone in fairly massive form occurs in the ridge* with quarries of various sizes and ages scattered along it. Just beyond the edge of the Nepean ridge, Precambrian rocks outcrop, and the ridge boundary is the northern boundary of the Paleozoic rock plains to the south.» (P.144-145)
* Le tracé de cette crête qui borde la rive sud-est du lac est visible sur la carte en fin de post.

Hogarth (1962) est le premier, à ma connaissance, à avoir accordé un peu d'attention à l'«affleurement de la discordance» («unconformity») :
«Small exposures of unconformities can be seen at the west side of Wabassi or Beauchamp Lake (Nepean Sandstone - Precambrian granite) and along an abandoned railway west of Ste. Rose de Lima (Nepean Sandstone - Precambrian quartzite).» (P. 41 et 43)
Après cette sèche recension, Hogarth consacre un long développement à une autre «discordance», sise à moins de 20 km à l'est du lac Beauchamp, à Masson (maintenant Gatineau, secteur Masson-Angers), entre des roches du Précambrien, principalement du marbre (avec gneiss, schiste, quartzite et pegmatite), et un grès de Nepean (Paléozoïque). Le grès, qui surmonte un conglomérat truffé de galets de quartzite bien arrondis, est lui-même recouvert par un calcaire ordovicien et survient à différents niveaux, en couches horizontales, comme s'il s'était déposé sur une surface érodée. Le point le plus intéressant est que des inclusions de quartzite de nature semblable à celle des galets du conglomérat, mais plus volumineuses tout en y étant plus parcimonieusement distribuées, sont incluses dans le marbre. Le quartzite étant une roche très répandue dans les formations du Précambrien, l'origine exacte des galets du conglomérat est impossible à retracer. Reste que les inclusions du marbre incitent à rêver (c'est là ma conclusion que le texte ne propose pas explicitement).

Ce conglomérat et ces galets évoquent très fortement la discordance du lac Beauchamp.

Je n'ai pu arriver à localiser les affleurements de Ste-Rose-de-Lima à partir des indication très succinctes de Hogarth, non plus que je serais parvenu à découvrir à quel «abandoned railway» cet auteur faisait allusion. La discordance de Masson-Angers, sur les rives de la Blanche, au S du pont de chemin de fer, est sans doute d'accès restreint (variation du niveau de la rivière en aval de barrages) et je ne l'ai jamais visitée.

Sanford et Arnott (2010, p. 60-61) donnent une descriptions courte mais fouillée du site (voir photos plus haut). Le grès du lac Beauchamp («high-energy subaqueous dunes»), de teinte blanche, s’altère en gris foncé ou en brun-roux sombre. La partie inférieure, à grain moyen, contient de nombreux galets de quartzite. Les stratifications entrecroisées indiquent un transport des sédiments vers le SE. Un mouvement vers le NW, mineur, est aussi discernable.

Les stylolites (voir un exemple local à la dernière photo de ce post) sont fréquents, en particulier le long des plans de stratification. Leur formation aurait été favorisée par la présence de biofilms, lesquels, en outre, auraient concentré les éléments et les substances insolubles dans l'eau. Des traces de fossiles abondent : Diplocraterion, Skolithos et Rosselia.

Toutes ces caractéristiques sont des indices d’une déposition dans un milieu marin de haute énergie remué par le va et vient des marées. Des rib-and-furrow structures (il ne semble pas y avoir d'équivalent français), laissées par la migration de dunes sous-marines sont encore apparentes à la surface du grès (figure 66-b).



Lac Beauchamp : cartographie des dépôts meubles
Détail de : Richard, S.H. (1982)
Légende (adaptée)
QUATERNAIRE
Dépôts postérieurs à la mer de Champlain
- Dépôts organiques
7 : humus et tourbe (régions marécageuses)
- Dépôts alluviaux
6a : sable silteux, silt, sable et argile
6b : sable moyen, lité, pafois silteux
Sédiments de la mer de Champlain
- Sédiments marins d'eau profonde
3a : argile et silt
PALÉOZOÏQUE (plate-forme du Saint-Laurent)
R (rose) : grès et calcaire
PROTÉROZOÏQUE ou PRÉCAMBRIEN (Bouclier canadien, province de Grenville)
R (rosé) : roches métamorphiques et magmatiques
Astérisque blanc : «affleurement de la discordance»
Flèches bleues : chenaux de l'Outaouais abandonnés (sens du courant)
Ligne dentelée : escarpement dans la roche en place
Ligne hérissée : talus de terrasse et rebords de versant raides dans les dépôts meubles
Marteaux entrecroisés : carrière (roche)
Pelles entrecroisées : sablière ou gravière



RÉFÉRENCES
Baird D.M., Guide to the Geology and Scenery of the National Capital Area, Commission géologique du Canada, rapports divers no 15, 1968, 188 p.
Centre d'Interprétation de la géologie du Grenville (CIGG), Plan de développement intégré : sites et circuits du patrimoine naturel de la région de l'Outaouais, 2003, 188 p.
Hogarth D.D., «A Guide to the Geology of the Gatineau-Lièvre district», in : The Canadian Field-Naturalist, vol. 76, no 1, p. 1-55, janv.-mars 1962. Des tirés à part ont été imprimés.
Richard, S.H., Surficial geology, Ottawa, Ontario-Québec / Geologie de surface, Ottawa, Ontario-Québec, Commission géologique du Canada, carte série «A», 1506A, 1982, 1 feuille (1/50 000)
Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State, Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes)
Wilson A.E., Geology of the Ottawa-St. Lawrence Lowland, Ontario and Quebec, Commission géologique du Canada (CGC), Mémoires 241, 1946, 66 pages (+ cartes).
Wilson, M.E., Geology of Buckingham, Hull and Labelle Counties, Quebec, Commission géologique du Canada, carte 1691 (1/63 360), 1920.