dimanche 28 septembre 2014

Marbre, rideaux et vieilles guenilles


Ce billet a désormais une suite (26 oct. 2014).

1. Inclusion (gneiss ? quartzite ? ou ?...) retirée d'un marbre grenvillien (plus d'un milliard d'années) au fond du Lac-des-Seize-Îles, dans les Laurentides. L'eau du lac a lentement dissout le marbre (calcaire) et a laissé en relief les inclusions plissées de gneiss ou de granite, plus résistantes. Photos et cueillette en plongée : Jean-Louis Courteau (2014).

Blogues de Jean-Louis Courteau (à voir absolument, mais après lecture de ce billet).


J'en ai souvent parlé, le marbre dans notre région contient nombre d'inclusions (bandes de gneiss ou de quartzite, intrusions de granite, etc.) qui ont été plissées, démembrées et dispersées par les forces tectoniques. Le marbre, ductiles et fluable, a agi comme un solide «pâteux», les inclusions, plus ou moins fragiles, se sont plissées ou brisées.

(Voir les articles du blogue liés au libellé «Marbre (fluage)»).

Le résultat peut-être assez spectaculaire.

Parfois, on a l'impression de tenir des fragments de draperies.

Témoin ce fragment de (gneiss, ou quartzite, ou granite...) fortement plissé, ramené du fond du Lac-des-Seize-Îles dans les Laurentides par Jean-Louis Courteau (fig. 1). L'eau a lentement dissous le marbre (calcaire) et a laissé en relief le gneiss ou le granite, plus résistant.

Le lac, d'orientation N-S, suit d'ailleurs le trajet d'une importante bande de marbre.

Mes rideaux font à peu près le même genre de plis que ce fragment. L'altération de sa surface ne me permet pas toutefois de préciser sa nature : gneiss, quartzite ou granite...


Autres billets du blogue sur le même sujet illustrés par des photos de Jean-Louis



2. Le phénomène ne s'observe pas qu'au fond des lacs. Cette photo tirée de mes archives personnelles (juin 2010) montre un gneiss tordu imparfaitement dégagé du marbre qui le contient par l'érosion fluviatile. Rive de l'île Marguerite, Gatineau (Québec). On dirait de vieilles guenilles...


3. J'ai souligné en rouge l'allure des plis de l'échantillon ramené par Jean-Louis ; la contraction de la plaque rocheuse est d'environ 70 %. La présence de marbre lors de la contraction tout autour, il y a un milliards d'années, a sans doute joué dans le fait qu'elle ne se soit pas rompue. Voir section «Autres billets du blogue sur le même sujet...» Photo modifiée de Jean-Louis Courteau.



mercredi 24 septembre 2014

À bas l'orthogneiss !


Montage-photo tiré du site de Ouest-France (23 sept. 2014). Légende originale : «En quelques jours, un mur ancien et une partie de la roche ont disparu. | DHD»


Un Breton risque les foudres de la justice pour avoir détruit l'affleurement d'un orthogneiss rare qui lui masquait la vue sur la mer...

Orthogneiss : gneiss d'origine plutonique ; par ex. granite montrant une orientation privilégiée de ses minéraux acquise sous les pressions tectoniques.

«La mairie de Locquirec, dans le Finistère, a porté plainte contre un habitant de la commune accusé d'avoir découpé au marteau-piqueur une roche orthogneiss, très ancienne et très rare, qui lui cachait la vue. [...] ''La pierre de Locquirec n'est pas protégée mais elle fait partie du patrimoine de notre ville, il n'en existe que quelques filons en Bretagne'', a déclaré Yves-Marie Le Lay, président de l'association Dour Ha Douar, qui défend la patrimoine local. L'association a d'ailleurs organisé un rassemblement au pied du rocher, pour y afficher un panneau «Ici, destruction du patrimoine». (Le Monde, 24 sept. 2014)

Un article du Figaro (24 sept 2014) précise qu'il s'agit d'un granite vieux de 2 milliards d'années qui n'existe qu'en Bretagne et qui serait «sous protection», contrairement à ce qu'affirme Le Monde. Faudrait savoir.

Voir aussi l'article paru dans Ouest-France (23 sept. 2013), à l'origine de l'affaire.

Heureusement, ici, aucun rocher n'est menacé de subir un sort pareil pour la bonne raison que la mer ne se rend plus en Outaouais depuis le départ de la mer de Champlain, il y a 10 000 ans. Nos rochers n'obstruent la vue de personne et sont donc en parfaite sécurité.

Quoique... (voir billet du 20 mai 2014 : «À bas la falaise !».)

samedi 20 septembre 2014

Disparitions au Chaudières : nouvelle pièce au dossier


Fig. 1. Le pont de la Chaudière sur l'Outaouais, vers 1845. Le détail intéressant est la présence de plates-formes rocheuses émergeant de la rivière en aval du pont, à droite, entre le pêcheur à la ligne (juché sur la falaise de l'île Chaudière) et l'arche du pont.
Détail d'un panneau interprétatif, parc Major, Ottawa, près de la statue du colonel By. Désolé pour les déformations dues à l'objectif de ma caméra.
La légende (Union Suspension Bridge on the Ottawa River at Bytown), est en partie fautive puisque le pont suspendu se trouvait à Hull (aujourd'hui Gatineau, rive droite de l'Outaouais) et non à Bytown (Ottawa, rive gauche). La gravure est intégrée à un plan de la ville de Bytown (Ottawa) daté de 1842 (fig. 2). Toutefois, le pont suspendu, tel que représenté ici, a existé de 1844 à 1889, et la mention «Engraved by The Ottawa Citizen» (en bas, à gauche de la gravure) nous permet d'affirmer que la gravure ne remonte pas plus haut que 1845, année de la fondation du journal.


Cette gravure qui avait jusqu'ici échappé à mon attention (fig. 1) apporte un énième témoigne sur l'existence de plates-formes rocheuses qui émergeaient autrefois de l'Outaouais en aval du pont de la Chaudière, à l'endroit de ce que j'ai nommé le «Pot-de-Fleurs» et l'«Île Plate» (voir liens plus bas).

L'arche du pont, à droite, encore visible de nos jours, permet de juger du niveau de l'Outaouais. L'eau ne semble pas particulièrement basse. À ce niveau, plus rien n'émerge de la rivière depuis belle lurette, rien non plus qui trahirait la présence sous la surface de l'eau de hauts fonds.

Je ne vais pas réécrire ici ce que j'ai déjà écrit plusieurs fois ailleurs. Je vous invite à consulter les billets suivants :

D'abord, celui-ci :
puis ces deux là :



Fig. 2. Le document en entier. Source (selon le panneau au parc Major) : NA/NMC-22557/AN ; carte : Donald Kennedy, District Surveyor, 1842.

mardi 16 septembre 2014

Hors sujet : carte postales de Chelsea

Rien que pour faire plaisir à un ami qui reçoit des amis...

Le petit pont couvert du ruisseau Meech, à Chelsea, chemin Cross Loop.

Les photos datent de 2008 à 2011.







Hors sujet, mais pas tout à fait



Utiliser une petite marmite naturelle comme cendrier...

Minables !


Marmites dans un marbre rubané, rive de l'Outaouais, parc Bell, Arnprior (Ontario) ; photos 14 sept. 2014.

lundi 15 septembre 2014

Hors sujet, mais vraiment hors sujet...





Parfois, en ses moments de recueillement, l'homme – puisque c'est bien de lui qu'il s'agit – laisse son front d'incliner vers le sol.

Certaines bonnes âmes ont obligeamment pourvu à l'appui qui manque épisodiquement à son crâne lourd.


Qu'elles en soient remerciées.



Photos (janv. 2009) : urinoirs avec appui-tête capitonnés (restaurant de Chelsea, en Outaouais, Québec).




samedi 13 septembre 2014

Conglomérat du groupe de Flinton


Fig. 1. Conglomérat métamorphisé du groupe de Flinton, au nord de Kaladar, en Ontario. Le degré d'aplatissement de certains galets (en clair) flottant dans une matrice de gneiss (sombre) est étonnant. Il n'est pas toujours facile de distinguer les galets de quartzite (blancs) des galets de granite (blancs ou roses).


Résumé

Conglomérat métamorphisés du groupe de Flinton, en Ontario, province de Grenville du Bouclier canadien. Âge du conglomérat : sédimentation après 1,15 milliard d'années ; métamorphisme vers 1,03 milliard d'années.
Localisation
Route 41, entre Kaladar et Northbrook (Ontario)
SNRC 31C/14


Il y a un peu plus d'un milliard d'années, une couche de boue, galets et blocs s'est déposée dans un bassin d'arrière-arc volcanique, sur les bord du Bouclier canadien. Ce genre de mélange hétérogène porte le nom de conglomérat.

Sitôt déposé («sitôt» à l'échelle de l'histoire du continent...), le conglomérat de Flinton (du village éponyme de l'Est ontarien) s'est trouvé impliqué dans les épisodes tectono-métamorphiques, très compliqués, de l'époque.

À l'origine simple plaquage d'argile et de blocs rocheux, le conglomérat a été comprimé et métamorphisé : la boue est devenue gneiss, les galets et blocs, arrachés au Bouclier déjà métamorphisé auparavant, ont conservé l'allure du corps originel d'où ils provenaient : quartzite, granite, marbre...

Sous la pression tectonique, blocs et galets ont été aplatis à l'état de... galettes, ou de coussins plats. Ce qui était un assemblage de gros cailloux dans une matrice argileuse a pris l'aspect de motifs paisley quelque peu psychédéliques (fig. 12).

L'érosion a ramené le tout à la surface il y a déjà quelque 600 millions d'années. Il m'arrive de me demander ce qu'il adviendrait de nos constructions et objets s'ils connaissaient les mêmes avatars – sédimentation, enfouissement, compression, métamorphisme et exhumation – ; je tente d'imaginer un viaduc, un Boeing, une machine à laver, nos écrans plats tectonisés et aplatis...     


Références

  • E.L. Bruce, Mineral Deposits of the Canadian Shield. Toronto, The MacMillan Company of Canada Limited, , 428 p., 1933.
  • A. Davidson, Tectonic History of the Grenville Province, Ontario. [Precambrian '95: Tectonics and metallogeny of Early and Middle Precambrian orogenic belts; Montreal, PQ; CA; août 28 - Septembre 1, 1995] Geological Survey of Canada, Open File 3142, 1995.
  • John M. Moore Jr., Peter H. Thompson, «The Flinton Group: a late Precambrian metasedimentary succession in the Grenville Province of eastern Ontario». Revue canadienne des sciences de la Terre, vol. 17, 1980, p. 1685-1707. 10.1139/e80-178 Disponible par Internet : lien (sommaire de la revue) et lien (pdf de l'article).


Toutes les photos en couleur : 7 sept. 2014.

Route 41, au N de Kaladar (Ontario)


Fig. 2. Vue plus large de la paroi de la fig. 1.


Fig. 3. Blocs de granite aplatis dans une matrice gneissique.


Fig. 4. Des galets ont du s'adapter à la présence du galet orangé (centre de la photo).


Fig. 5. Galet granitique rose aplati. Dans l'ombre de pression, à gauche, du quartz blanc s'est installé (les veines de quartz blanc abondent dans le secteur) .



Fig. 6 et 7. Vues générales. Direction des formations : NE.


Route 41, au N de Northbrook (Ontario)


Fig. 8. Galets de quartzite dans une matrice gneissique.




Fig. 9 et 10. Rares galets noirs dans un ensemble de galets de quartzite blanc : chert noir ou lave ? Le galet brisé de la fig. 10 est soudé par une veine de granite rose.


Fig. 11. Le galet, en haut, semble avoir déformé des lits de granite ? (ou avoir incurvés les galets voisins, pas toujours facile de distinguer...).


Fig. 12. Conglomérat de Hasting (ancien nom du conglomérat de Flinton). Photo d'un des sites que j'ai visités ou de l'un des nombreux autres dans le secteur. Elle provient d'un vieux livre (Bruce, 1933) que le hasard m'a fait découvrir le lendemain de mon expédition). La pièce de monnaie est un 10 cents canadien (à l'époque comme aujourd'hui d'un diamètre de 18 mm).

lundi 1 septembre 2014

Hors sujet : l'amour du crapaud ordinaire


Grenouille léopard* tenant, faute de mieux, le rôle de crapaud ordinaire ; rive de la Gatineau, à Gatineau (Québec), 27 août 2011.


«Je pense que c’est en conservant notre amour enfantin pour les arbres, les poissons, les papillons, les crapauds etc., que l’on rend un peu plus probable la possibilité d’un avenir paisible et décent.» 
(George Orwell, Réflexions sur le crapaud ordinaire, cité par Simon Leys.)


* Selon un billet du blogue Flora Urbana que je découvre alors que je termine le mien, il s'agit d'une Lithobates pipiens.