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dimanche 10 octobre 2021

Crises de nerfs, géologie et Énergie noire




Colline de gneiss sur le bord de la 307, à Cantley, Québec, 1989.
Jean-Marie Cossette, 1989. Photos de Cantley, Farrelton, Low et Wakefield ; photo no 58. 
BAnQ, notice détaillée : P690,S1,D89-165. 
Permalien : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/3156226.


Je l'ai déjà dit (voir ce billet), il suffit qu'un site attire mon attention pour que les cartes géologiques l'ignorent ou le couvrent à une échelle trop grande qui oblitère tous les détails utiles. Si des cartes détaillées sont disponibles, le site est inaccessible ou bien, encore plus enrageant, il se trouve sur un blanc de la carte, à un endroit que le géologue n'a pas couvert pour une raison ou une autre. Il suffit également que je parte en expédition pour que je découvre, une fois arrivé au but, qu'on vient de bâtir une maison exactement sur l'affleurement rare, près d’un chemin perdu dans les bois, qui avait motivé mon déplacement. Faut le faire exprès.

J’hésite ; s’agit-il de sadisme ou de simples taquineries de mauvais goût ? Une telle persévérance ne peut être que volontaire.

Autre exemple de perversité :

Je cherche des photos d'une colline de gneiss sur le bord de la route 307, à Cantley, au nord de Gatineau. J'en possède plusieurs, prises par moi-même, mais j'en voudrais une montrant le site comme il l'était encore vers 1990, avant qu'un détail particulier et très intéressant ne soit recouvert par du remplissage.

Justement, Bibliothèque et Archives nationales du Québec conserve une série de photos prises à basse altitude depuis un avion en 1989. L'appareil (l'avion) a survolé la route depuis Gatineau jusqu'à Farrelton et Low en passant par Wakefield et Cantley. L'appareil (photographique) a pris plusieurs séquences continues de clichés durant le vol. Miracle, je vais avoir ma photo !

Je les passe une à une à l'écran, en suivant l'ordre, du sud vers le nord ; l'affleurement qui m'intéresse apparaît, la partie sud de la colline se pointe sur un cliché ; c'est le cinquante-huitième du lot. La prochaine photo, la cinquante-neuvième, sera la bonne !

Non ! Une nouvelle séquence débute au cinquante-neuvième cliché. La partie centrale de la colline, celle qui m'intéresse, n'a pas été photographiée. Une photo de plus et j'aurais été satisfait. Le photographe a pris une pause (et non une pose) exactement au mauvais moment, au mauvais endroit. La séquence de photos, qui couvre plusieurs km, s'interrompt précisément à quelques mètres de l'endroit qui m'intéresse.

C'est de la méchanceté pure, de la cruauté mentale caractérisée, de la délectation dans le mal.

Encore récemment, voyez :

Je visite régulièrement un chantier dans l'Île-de-Hull (billet du 3 août 2021). On creuse le calcaire pour établir les fondations d'un building. Les bords de l'excavation, qui représentent mis bout à bout des dizaines de mètres de contour, sont tous visibles. Tous ? Non, LA zone intéressante, là où une faille coupe les strates du calcaire, est masquée. Elle ne représente que quelques mètres dans les centaines du pourtour des fondations. Ces quelques mètres, moins de dix, sont invisibles, masqués de tous les angles possibles par : a) des panneaux de bois entourant une partie de chantier, b) un renflement dans le contour du dit chantier et c) une rampe d'accès en pierres...

Notez bien que c'est le seul endroit du chantier ainsi rendu inaccessible aux regards des curieux. Le seul.

Quelqu’un, quelque part a tout planifié pour me faire enrager. J’aimerais faire sa connaissance pour lui parler entre quatre-z-yeux.


Chantier du WE 2, rue Eddy, à Hull (Gatineau). Le X noir à gauche, indique la position du site qui m'intéresse, au pied du mur de soutènement en bois. Une rampe d'accès le masque ; de tous les angles possibles, l'endroit est caché par quelque chose. 
Photo 4 oct. 2021.

Ma théorie est qu'un surplus d'énergie emplit l'Univers et que ce dernier doit lui trouver des exutoires pour la dissiper. Sinon, tout risque de sauter, un nouveau Big Bang emportera tout. Le moyen le plus efficace, apparemment, c’est de nous causer des crises de nerfs. À moi, à vous, à tout le monde. C'est peut-être ce que les astrophysiciens appellent l'énergie noire ?

Bon, si l'équilibre de la création en dépend, j’accepte de souffrir en silence. Et je cesse de me me sentir personnellement visé.


lundi 30 juillet 2018

Site glaciaire de Cantley


Version française.

Version anglaise.


Geodoxa, dont j'ai déjà parlé dans ce blogue (billet du 10 oct. 2016), a mis en ligne un nouveau vidéo sur le site glaciaire de Cantley, au nord de Gatineau (versions française et anglaise ; voir aussi mon billet du 11 nov. 2009).

La vidéo est la plus complète de celles de Geodoxa sur ces marbres sculptés par des courants d'eau sous le glacier. Elle a été réalisée en vue d’une excursion menée par Dave Sharpe et Hazen Russell qui aura lieu le 9 août dans le cadre du 

CANQUA/AMQUA 2018Joint meeting of the Canadian and American Quaternary Associations​Crossing borders in the Quaternary7-11 août 2018, Ottawa


J'ai souvent cité les noms des glaciologues Dave Sharpe et de John Shaw dans mon blogue. Ont peut retrouver les billets concernés en suivant ces liens Sharpe et Shaw. (Les deux liens conduisent grosso modo aux mêmes articles ; la recherche par patronyme a pu mener à des homonymes.)

J'ai été peiné d'apprendre récemment par le site Geodoxa le décès du glaciologue J. Shaw (en anglais) :



vendredi 27 janvier 2017

Photogénique marbre de Cantley


Photo © Richard Perron, 2016
Marbre sculpté de Cantley (QC), photo © Richard Perron, déc. 2016.
Le marbre a été creusé par un torrent qui s'écoulait sous la glace lors de la dernière glaciation. L'eau s'écoulait du nord (droite) vers le sud (gauche). Un obstacle résistant dans le marbre (inclusion silicieuse au dessus de l'appareil photo) a fait obstacle au courant et a préservé de son action érosive une bande de roche à son aval.

Billets sur le même sujet


Pour en savoir et en voir plus sur Richard Perron et son travail :
E-Portfolio : RichardPerron.ca
Photos : www.flickr.com/perronr
www.facebook.com/RichardPerronPortrait

lundi 10 octobre 2016

Cantley sous la glace


 
La suite (deux vidéos) à la fin du billet.


Geodoxa est un excellent site consacré à la géologie glaciaire. Si vous désirez tout savoir sur les processus d'érosion glaciaire et les formes qui résultent du passage des glaces ou du travail par des torrents sous-glaciaires, je vous conseille les vidéos créés et mis en ligne par Guy Leduc, ingénieur-géologue.

Raison supplémentaire de visionner ces vidéos. Le site des marbres sculptés de Cantley (voir mon billet du 11 nov. 2009) est décrit en détail. Ces marbres rassemblent en un seul endroit une variété de S forms (formes sculptées) spectaculaires. Selon M. Leduc, le site de Cantley est de calibre mondial.

Voyez en particulier les vidéos de la série «Les débâcles de l'ère glaciaire» (ces vidéos ont été intégrées au billet le 20 nov. 2016) :


«Vers la fin de l'époque glacière l'eau de fonte des glaciers a joué un rôle plus important que l'on ne croyait. Ces eaux auraient été la cause de plusieurs catastrophes à l'échelle régionale sur plusieurs continents. Depuis ces dernières décennies, les glaciologues reconnaissent l'existence de ces catastrophes. Dans les années 80, des géologues canadiens lancent une controverse qui persiste encore aujourd'hui, à savoir que les immenses champs de drumlins se sont formés par des débâcles des eaux sous glacières. Ces catastrophes seraient d'envergure presque continentales. Le seul obstacle d'une telle théorie est de démontrer comment de telles quantités d'eau auraient pu émerger de la base du glacier Laurentien.»


Marbre sculpté de Cantley, QC, au nord de Gatineau. Vidéo Geodoxa (saisie d'écran).



Marbre sculpté de Cantley, photo © Lise Massicotte, 1999. Voir mon billet du 11 nov. 2009.





mardi 22 décembre 2015

Sablières de Cantley : état des choses (suite)


1. Carrière DJL, Cantley (Québec). Gneiss rubané envahi lit-par-lit et découpé par un granite rosâtre. Photo 2 mai 1999.


Résumé

Question de propriété : sablières/carrière(s) à Cantley (Québec) : migmatites lit-par-lit et marbre gris sculpté par des torrents sous-glaciaires («marbres de Cantley») ; route 307, Montée de la Source, au nord du chemin St-Andrew. SNRC 31G/12
45.590609, -75.786596


Il y a un peu de confusion autour des carrières/sablières du secteur des marbres de Cantley (Québec). Dans mon esprit du moins. (Voir billet du 20 déc. 2015, «Sablières de Cantley : état des choses».) Les questions de propriété m'étant en général indifférentes, tant que j'ai accès aux affleurements, je n'ai peut-être pas été assez attentif.

Récapitulons.

Il y a les migmatites du côté est de la 307 (billet du 7 nov. 2009), et les marbres sculptés par les torrents sous-glaciaires («marbres de Cantley») du côté ouest (billet du 11 nov. 2009).

Du côté est... Une carte exprimera mieux les choses :


Photo satellite : © Google
Carrières et sablières du secteur des marbres de Cantley (no 3). Route principale : la 307 (Montée de la Source) ; les deux chemins secondaires sont, au sud, le chemin St-Andrew et, au nord, le chemin Holmes.
  • 1. Construction DJL inc., carrière Cantley : usine d'enrobés bitumineux, granulats (photo 2) ; «sablière Cantley» selon d'autres sources. DJL est propriétaire du terrain, sauf erreur de ma part.
  • 2. Carrière Cantley de DJL inc. (?), au nord du site 1.
  • 3. Marbres de Cantley, sculptés par des torrents sous-glaciaires. Aucune activité, ancienne carrière Pageau ; site du futur Parc géologique (Plan d'urbanisme de la Municipalité de Cantley (2005). Propriétaires actuels :  M. Tremblay et M. Vanesse (Sharpe, 2015).
  • 4. Denis Thom Sable & Gravier (?), 1324, montée de la Source, Cantley (Québec)
  • 5. Dépôt de matériaux secs (fermé).
  • ?. Eurovia Québec CSP inc. : exploite une sablière du côté est de la route 307 sans être propriétaire du terrain. D'autres carrières et sablières se trouvent au sud et au nord du secteur.

Compliquons encore les choses. Il existe un certain contentieux entre Construction DJL inc., d'une part, et les citoyens et le conseil de Cantley d'autre part :
« Opposition à la demande d'exploitation d’une carrière par Construction DJL inc. – Le conseil municipal a exprimé son désaccord et son opposition à l’égard de toute décision provinciale autorisant l’ouverture d’une exploitation d’une carrière, tel que demandé par Construction DJL inc. Une copie de la résolution sera transmise au ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) ainsi qu’à toute instance concernée pour considération.» (Site de la Municipalité de Cantley, 8 avril 2014.)

Voir les autres articles dans les Références.

Pourquoi tout ceci ? Pour répondre à des questions qu'on m'a posées.

Références



2. Route 307, face aux migmatites de la photo 1 : site 1 de la photo de Google. Sept. 2015.





dimanche 20 décembre 2015

Sablières de Cantley : état des choses (corrections)


Suite dans le billet du 22 déc. 2015.


1. Migmatites, résultat de l'invasion lit-par-lit d'un gneiss sombre par du granite rosâtre. Sablière de la Montée de la Source, à Cantley (Québec), côté est de la route 307. Photo 19 sept. 2015.

Photos : sauf indication contraire, 19 sept. 2015. 
Les passages entre [crochets] ou rayés : corrections, 22 déc. 2015.


Voici une courte description des sablières de la Montée de la Source, à Cantley, avec références et état d'avancement du dossier (cf. préservation du site : voir section Protection). Par rapport à ce que j'ai envoyé par courriel à l'un des exploitants actuels [d'une carrière du secteur] (Eurovia Québec CSP inc.), ce texte est un peu plus complet, sauf l'absence d'une pièce-jointe, dont l'essentiel est cependant donné à l'Annexe 2.


Sablières et carrières de Cantley, route 307, au nord du chemin St-Andrew

Localisation, propriétaires et exploitant(s)

Sablières et une carrière à Cantley (Québec) : migmatites lit-par-lit et marbre gris sculpté par des torrents sous-glaiciaires. Route 307 (Montée de la Source), au nord du chemin St-Andrew.
SNRC 31G/12
45.590609, -75.786596

Propriétaires et exploitants

Propr. : M. Tremblay et M. Vanesse (Sharpe, 2015) [propr. du terrain du côté ouest de la 307 uniquement ; ancienne carrière Pageau.)
Exploitant (côté ouest) : aucune activité.
Exploitant [et propriétaire] (côté est) : Eurovia Québec CSP inc. et/ou Carrière Cantley Pageau , JDL. Voir photo 5. Accès interdit, sites dangereux.

Autres billets décrivant le site

D'autres textes et d'autres photos dans les billet du 7 nov. 2009 (migmatites du côté est de la 307) et du billet du 11 nov. 2009 (marbres sculptés, côté ouest).

Description générale

Les roches du site considéré, des deux côtés de la 307, appartiennent à la province (géologique) de Grenville et datent de plus d'un milliard d'années. Ce sont les racines d'une ancienne chaîne de montagnes érodée. Les roches ont été polies par les glaciers (roches moutonnées) qui ont disparu il y a environ 12 000 ans. Le sable qui recouvre les formations a été accumulé par un esker, ou cour d'eau qui s'écoulait sous les glaces.



À l'ouest de la 307 : les marbres de Cantley

De ce côté de la roue se trouve un banc de marbre gris. En plus du poli glaciaire, la roche porte les marques sous la forme de cannelures de toutes dimensions de l'érosion par de puissants torrents sous-glaciaires.

Je décris le site (très brièvement) dans mon blogue :



Voir aussi l'«Annexe 2».



À l'est de la 307 : les migmatites de Cantley

Une colline fourni un aperçu exceptionnel sur des affleurements de gneiss et de granite entrelités (migmatites) : le gneiss sombre est envahi lit-par-lit par des feuillets de granite clair (blanc ou orangé). Par endroit, de minces plaques de carbonates recouvrent la roche (photo 4). Ces fragile reliques se sont formées par précipitation des minéraux à la faveur d'une diminution de la pression que subissait l'eau circulant sous le glacier.

Je décris le site (très brièvement) dans mon blogue :





Notoriété

Ces formes d'érosion (cannelures) sont uniques et ont fait l'objet de nombreux articles scientifiques (voir Références). Chaque année, les étudiants en géologie des universités d'Ottawa et Carleton viennent en expédition les examiner. Le site jouit d'une grande réputation, tant locale («les marbres de Cantley») que nationale et davantage (Sharpe et Shaw, 1988, dans le Geological Society of America Bulletin).



Protections

Le site des marbres de Cantley est inscrit dans la liste des Sites géologiques exceptionnels du Québec (SGE ; site sous étude). Des extraits de la demande d'inscription aux SGE que j'ai transmise en 2011 sont disponibles à l'Annexe 2.

La Ville de Cantley, dans son Plan d'urbanisme (Annexe 1) entends protéger et mettre en valeur les sites de chaque côté de la route 307. Elles les destine à la création d'un parc géologique.

Un groupe de personnes a demandé au gouvernement du Québec de placer le site des marbres sculptés sous la protection de la Loi sur les biens culturels (Sharpe, 2015), p. 75).



Utilisation primitive du territoire

La carte topographique du secteur datant de 1952 (Wakefield, Québec, 31G/12, partie ouest, disponible en ligne à Bibliothèque et Archives nationales du Québec) montre, pour le secteur qui nous intéresse (des deux côtés de la route), des collines boisées au milieu des champs. Aucune sablière, gravière ou carrière sur les lieux. Pourtant, le texte de Sharpe (2015, p. 70) indique bien qu'une gravière était exploitée dès 1934 sur le site à l'est de la 307. L'exploitation générale, selon cet auteur, n'a cependant commencé qu'en 1954.

Références

  • [Carte topographique du Canada à l'échelle de 1:50 000] 31 G/12 West Half, Wakefield, 1952 (56), SNRC: 31-G-12-W, no cat. Iris : 0002670330 Lien : http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0002670330
  • SHARPE David, 2015 — «The Sculpted Rocks of Cantley», Up the Gatineau!, vol. 41, p. 68-78
  • SHARPE D., PUGIN A., 2007 — Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, Commission géologique du Canada, dossier public 5596, 44 p.
  • SHARPE D.R., SHAW, J., 1988 — «Erosion of bedrock by subglacial meltwater, Cantley, Québec.» The Geological Society of America Bulletin, vol. 101, p. 1011 1020.
  • SHARPE D.R., SHAW, J., 1994 — «Formes d'érosion et sédiments glaciomarins, Cantley.» Dans R. GILBERT (compil.), Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du Sud-Est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, arrêt no 16, p. 15-16 (trad.)

ANNEXE 1

Plan d'urbanisme de la Ville de Cantley (2005)

Lien :
http://www.cantley.ca/sites/default/files/docs/plan%20urbanisme%20version%20finale%20aout2005.pdf

J'ai mis quelques passages en gras.

«L’impact visuel [des carrières et sablières] sur le paysage semble le plus décrié, surtout lorsque l’exploitation se fait en bordure d’une route et qu’aucun couvert végétal ne masque l’aire d’exploitation. Ainsi, les sites exploités en bordure des routes achalandées ou des circuits touristiques sont les plus dommageables pour la qualité de nos paysages, particulièrement lorsqu’ils sont visibles sur une grande distance. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’une attention particulière doit être portée aux sites visibles de la montée de la Source. Par contre, la restauration de sites, une fois l’exploitation terminée, peut atténuer grandement les impacts négatifs de certains sites, particulièrement pour les carrières et sablières qui ne présentent pas de déformations importantes par rapport à l’état naturel du terrain environnant.» (p 41.)

«6.4 Valoriser les affleurements et les escarpements rocheux situés à l'ouest et à l’est de la montée de la Source, entre les chemins Holmes et St-Andrew, en y constituant un parc géologique qui permettra la pratique d’activités éducatives et récréatives légères, voire un théâtre en plein-air.
6.5 Favoriser la création d’un circuit récréotouristique de type champêtre à quatre pôles, intégrant : a) l’axe patrimonial du chemin Ste-Élisabeth; b) le parc géologique de la montée de la Source; c) le chemin champêtre du Mont-des-Cascades et le paysage environnant; d) les équipements récréatifs du Mont-Cascades.» (p. 55)


ANNEXE 2

Extraits de la demande d'inscription des marbres de Cantley (côté ouest de la 307) aux Sites géologiques exceptionnels du Québec que j'ai déposée en 2011. Le site est présentement inscrit, mais non classé.

«Les marbres de Cantley. – Formes d’érosion glaciaire créées par l’action puissante de l’eau de fonte sous-glaciaire» (Sharpe et Shaw, 1994) dans un marbre grenvillien (glaciation du Wisconsinien).

Marbre riche en graphite, de couleur blanche à grise, contenant des inclusions résistantes de gneiss et de granite. Il forme des reliefs discrets (roches moutonnées) au milieu d’un dépôt de sable et de gravier, reste d’un cône alluvial subaquatique édifié dans la mer de Champlain. On y a trouvé des fossiles marins : Portlandia arctica, Macoma balthica et Mytilus edulis.

La surface lisse du marbre présente des cannelures créées par les effets d’écoulements d’eau de fonte sous-glaciaire. On remarque, outre des cannelures et des sillons, des marques d’obstacles causées par la présence des inclusions résistantes, des chenaux ou gorges, des coups de gouge ou marques en croissant (formes en S), des crêtes résiduelles et des queues de rats.

Le site, unique dans la région, a fait l’objet de plusieurs études publiées dans divers rapports ou revues spécialisées. En 2005, la Revue canadienne des sciences de la Terre/Canadian Journal of Earth Sciences a utilisé une photo du site en couverture pour les numéros de son volume 42.



2. Sablière de la Montée de la Source, à Cantley (Québec), côté est de la route 307, depuis son extrémité sud. Gneiss sombre et granite clair entremêlés (migmatites). La carrière, non visible, exploite l'escarpement nord de la colline.



3. Même site, vue de la route, visée vers le SE. Photo juillet 2007 (le «1995» est un numéro de fichier). Pour les phots 2 et 3, la partie rouillée au sommet de la colline correspond sans doute à la partie qui affleurait avant l'exploitation du site (1954, voir Sharpe, 2015, p. 70) et le dégagement du roc. Le X : voir photo 1.



4. Concrétion de carbonates plaquée sur le gneiss : ces fragiles reliques ont été formées il y a plus de 12 000 lorsque le relâchement de la pression de l'eau sous le glacier permettait la précipitation des minéraux, dont la calcite. Champ de la photo : env. 30 cm.


5. En face des migmatites du coté est, route 307 (montée de la Source).

vendredi 13 novembre 2015

Cantley se développe (suite)



1. Agmatite (variété de migmatite, voir Wikiki) d'allure fantomatique, dans une sablière de Cantley (Québec). Le granite rose découpe un gneiss sombre encore malléable. Montage à l'ancienne manière (épreuve papier, colle et carton) : clichés juillet 2000.


Résumé

Migmatites de styles variés à Cantley (Québec) menacées de disparition ; Province de Grenville (plus d'un milliard d'années) du Bouclier canadien
Autres billets sur le même sujet
13 nov. 2009, «Migmatites de Cantley»
2 avril 2014, «Cantley se développe»
Localisation
Montée Saint-Amour, Cantley (Québec) ; sablière et marécage au N du chemin Lamoureux.
31G/12 ; 45.580466, -75.719112


Encore un coin de mon terrain de jeux qui va m'être escamoté. On le recouvre de structures de toutes sortes, en veux-tu, en voilà, des super- et des infra-. De mon point de vue, on le trouerait comme un gruyère, le résultat serait le même. Des choses disparaissent. Comme ces migmatites qui vont s'effacer du paysage sous l'une des résidences qui poussent un peu partout à Cantley.

Ou bien les affleurements seront recouverts (photo 5) ou bien, enclos dans l'arrière-cour d'un domicile, ils deviendront inaccessibles (les autres photos).

Mais je suis trop sentimental. S'attacher à des roches, des paysages et des souvenirs...



2. Quand j'y suis retourné, après une absence de 15 ans, il pleuvait, la sablière était à demi-enfouie sous un remplissage d'argile en vue de la construction d'une maison. Le marécage (devant l'affleurement) débordait. Manque de recul, couleurs disparues sous le luisant de la pluie, difficile de décrire ce qu'on voit quand on ne le voit pas ! La surface rocheuse, abrupte et polie par les glaciers, était déjà glissante par temps sec. J'ai pas osé tenter l'escalade. Revenir par une météo plus clémente, avant que l'endroit soit habité ? Photo 1er nov. 2015. 
Note. – La surface a beau être indistincte, je constate quand même que je n'ai pas photographié le même pan de l'affleurement qu'en 2000 (photo 1).



3. Surface horizontale : tout aussi mouillée, mais on voit mieux. Photo 1er nov. 2015.



4. Les stries glaciaires ont une orientation NNW-NNE. Toujours utile de le noter. Photo 1er nov. 2015.



5. Pour cette autre agmatite  – les filons de granite rose découpent le gneiss en éléments plus anguleux —, revenir sur les lieux ne servira à rien. Elle est désormais sous le remplissage (photo 2). Photo juillet 2000.

jeudi 1 janvier 2015

Mine Blackburn et souhaits quelconques



Mine de mica-apatite Blackburn, ou Vavasour, à Cantley (Québec), en 1942. Photo O. Lafontaine, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). (J'ai accentué les contrastes du document.)
E6,S7,SS1,P6299. Description dans BAnQ : Vavasour Mine-Blackburn Bross, Cantley / O. Lafontaine. - 1942.


Pour le premier jour de la deux mille quinzième année, une image que j'ai trouvée par hasard dans le site de la BAnQ et qui ne pourra jamais servir à transmettre de quelconques souhaits à quiconque, qu'importe l'occasion.

Quoique ?

Voir aussi le billet du 3 nov. 2013 sur la mine Blackburn (et suivre les liens).



Mine Blackburn (ou Vavasour) : géologie (Hogarth, 1972) ; couleurs : votre serviteur. La «roche à silicate calcique» est une métapyroxénite, ou un skarn ; les veines de mica-apatite, surlignées en rouge, recoupent les formations. On peut tenter de reconnaître les deux bâtiments de la photo.
Source : Hogarth D.D., Moore J.M., dans : Baird D.M. (compil. et édit.), 1972 — Géologie de la région de la Capitale nationale. Commision géologique du Canada, livret guide bilingue, 24e congr. géol.

mercredi 2 avril 2014

Cantley se développe...


Photo 1. Gneiss granitisé, ou migmatisé ; l'intrusion du granite rose a désorganisé et disloqué le gneiss (au centre) : la migmatite tourne ici à l'agmatite (aspect bréchique). Sablière Hogan, à Cantley (Québec) : site 1 sur la photo 2. (Juillet 2007.)
À la droite de la photo : sa petite jumelle.


Résumé

L'auteur prouve encore une fois qu'il aime chialer.
Localisation
Sablière au sud du chemin Hogan, à Cantley, au nord de Gatineau (Québec). (Ne pas confondre avec la sablière un peu à l'ouest, près de la route 307)
45.57051,-75.7621
Contexte géologique
Gneiss ± migmatisés (granitisés) âgés d'un milliard d'années, province de Grenville du Bouclier canadien. Le site est recouvert du sable et du gravier d'un cône alluvial subaquatique qui débouchait des glaces en retrait dans la mer de Champlain, il y a moins de 12 000 ans.
Autres billets reliés à des sites du même secteur
«Migmatites de Cantley», 7 nov. 2009
«Marbres sculptés de Cantley», 11 nov. 2009
(D'autres liens dans le texte.)


C'était une honnête sablière qui ne faisait de mal à personne. En juillet 2007, j'y ai pris des photos des gneiss et des migmatites qui composent les roches moutonnées mises au jour par l'exploitation du sable. Depuis, aucune occasion de revisiter le site que j'avais exploré à fond, me semblait-il, ne s'est présentée. Le blogue lui a consacré deux billets vite faits et pas très substantiels (en déc. 2009 et en juillet 2011). La sablière et le gneiss méritaient mieux. Après tout, c'est là que j'ai trouvé ce qui me sert de photo d'identité pour le blogue (photo 1).

Un survol de l'endroit par Google Map vient de me révéler que la sablière est cernée par les développements immobiliers. Avoir su, j'y serais allé pour les vues panoramiques que j'avais négligé de prendre en 2007, accaparé que j'étais par le gneiss.

Cantley se développe et plusieurs sites d'intérêt géologiques disparaissent. (Voir le billet du 3 nov. 2013.) On se demande si les nouveaux voisins de la sablière vont prendre soin d'elle ? Certains, après tout, prennent soin de «leurs roches» (billet du 14 juillet 2010).

Je cherche une morale ou une conclusion à cette affaire. La seule chose que je trouve est : vive le développement tant que vous voudrez, mais ne saccagez pas mes terrains de jeux.


Référence

Sharpe D. et Pugin A., Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 pages. [Le guide traite surtout des marbres sculptés par les torrents sous-glaciaires, plus au nord, mais un même esker a alimenté des cônes alluviaux subaquatiques (sable et gravier) aux deux endroits.]


Photo 2. Chemin Hogan en haut ; la sablière, passablement reverdie (centre droit), est cernée par de nouvelles rues que je viens tout juste de découvrir. 1 : photos 1, 3-5, 8 ; 2 : photos 6-7. © Google.


Photo 3. Gneiss gris envahi par un granite rose concordant. Le filon de granite fait un coude discordant pour passer d'un niveau à un autre : à la faveur d'une faille scellée par l'intrusion ? Vue vers l'est ; site no 1 sur la photo 2. (Juillet 2007.)


Photo 4. Même site que photo 3, autre angle. Dos arrondi d'une roche moutonnée, polie par les glaciers. La boussole : son miroir pointe vers le N. (Juillet 2007.)


Photo 5. Site 1 de la photo 2. © Google.


Photo 6. Site 2 de la photo 2. © Google.


Photo 7. Gneiss migmatisé (migmatite lit-par-lit). Site 2 sur la photo 2. Le granite (rose) prend une teinte blanche au contact du gneiss (gris). Boussole : le miroir pointe vers le N. (Juillet 2007.)


Photo 8. Détail du «coude» de la photo 3. Le granite rose coupe de gneiss de façon tranchée et diffuse à la fois. (Juillet 2007.)

mercredi 5 février 2014

Pierres qui roulent (suite outaouaise)


Éboulement à Cantley (Québec), chemin Cambertin, le 15 octobre 2010 ; Le Droit, 16 oct. 2010, p. 18. La légende parle d'une «roche effondrée» sur le chemin Pink et d'un «éboulis» rue Cambertin. La photo semble bien avoir été prise chemin Cambertin, où de la roche s'est bel et bien effondrée. (Voir les photos qui suivent.)


Nous aussi nous avons de beaux éboulements (cf. précédent billet). Simplement, on en fait pas tout un plat.

Photos qui suivent : chemin Cambertin, Cantley (Québec), 24 oct. 2010. 
45.550647,-75.775198

Bon, je sais, c'est pas vraiment une primeur...


Cicatrice d'un éboulement dans une falaise de marbre, à Cantley, au nord de Gatineau (Québec), le 15 oct. 2010. La photo, tout comme celles qui suivent, a été prise le 24 oct. 2010. Contraste marqué entre la surface longuement exposée du marbre (noir) et sa couleur en cassure fraîche (blanc).


Le personnage donne l'échelle. Visée vers le sud.


Fragment disloqué de granite (pegmatite) transporté dans le marbre (surface noircie par intempérisme). Le granite, plus résistant, fait saillie par rapport au marbre. Il a néanmoins été tout aussi raboté que la marbre par l'érosion glaciaire. Tout ceci est parfaitement banal. Voir le site voisin (billet du 11 nov. 2009) et cet autre, dans le parc de la Gatineau (billet du 7 décembre 2009), ou encore celui-ci, à Chelsea (billet du 4 déc. 2009), pour des exemples des mêmes phénomènes.


Surface polie du marbre (poli glaciaire) avec les fragments de granite en relief. Celui de la photo précédente se retrouve au centre de celle-ci.


Gros plan sur le marbre : graphite gris ; au bout du doigt, cristal de feldspath gris.


De l'autre côté du chemin (côté est), du gneiss (orthogneiss mafique) recoupé de granite rose. Le contact entre le marbre et le gneiss doit coïncider avec le tracé nord-sud du chemin à cet endroit.

mercredi 1 janvier 2014

2014 : résolutions et mauvais plis


Cantley (Québec)
À gauche : détail de la carte de Béland (1955, publiée en 1977) au 1/63 360 ; à droite : même zone, détail de la carte de Hogarth (1981) au 1/10 000. 
En supposant que le ? rouge indique le point qui nous intéresse (cf. photo en fin de billet), nous ne sommes pas plus avancé dans un cas comme dans l'autre : la carte de 1955 est trop générale et celle de 1981, infiniment plus détaillée, laisse tout le secteur en blanc. On arrête pas le progrès ? Inutile de lui faire obstacle : il s'arrête de lui-même à l'est du point qui nous intéresse.
Route et chemins : à l'ouest : route 307 (peu visible) ; au nord : ch. Denis ; au sud : ch. Taché.


Résumé

L'auteur tente de vous apitoyer en détaillant ses petites misères ; le tout se termine par des vœux de bonne année et l'invitation classique à prendre de bonnes résolutions. D'un point de vue plus général, on s'interroge sur l'Univers et les conditions de son équilibre.
Localisation
Cantley (Québec), 45.522768,-75.759345
Dernier billet, même secteur
«Drôles de zébrures à Cantley», 1er déc. 2013



J'ai le pli.

Claire Bretécher, bédéiste mère de Cellulite et autre Agrippine, disait qu'elle avait «le pli» (1). Le patelin où elle voulait se rendre était toujours sur le pli de la carte routière – c'était avant les GPS et Google Map –, ce qui compliquait la manipulation de la dite carte et l'établissement de l'itinéraire. Rien en effet n'est plus difficile à manipuler (plier-replier) qu'une carte routière.

(1) Source : interview télévisée ou imprimée vue à la fin du précédent millénaire.

Avoir le pli (au sens bretéchien) : être en butte aux complications de la vie.

Je sympathise d'autant plus que je souffre des symptômes d'un mal semblable. Je ne sais comment nommer ses différentes manifestations. J'ai «le blanc» ? J'ai «le gribouillis» ?

Supposons, par exemple, que je m'intéresse de près à la géologie de tel ou tel secteur. Le site est accessible (à pied, à vélo, en voiture, sinon par autobus). Après consultation des cartes géologiques, je constate que :


  • A) Une carte à grande échelle (1/50 000 ou 1/63 360) couvre le secteur. Trop générale, elle ne m'est d'aucune utilité ou, d'une utilité très relative ;
  • B) Le secteur est couvert par une carte récente, détaillée (petite échelle, 1/10 000 ou mieux) ; parfait, sauf que la géologie n'a pas été établie au delà d'un certain ruisseau, d'une certaine rue ou d'une certaine ligne de rang : l'endroit qui m'intéresse est un blanc (géologiquement parlant) sur la carte.

Ce genre de désagrément se produit beaucoup plus souvent que les lois de la statistique ne le voudraient. Pourquoi les secteurs qui m'intéressent doivent-ils obligatoirement se situer en bordure des cartes géologiques ? L'équilibre de l'Univers dépend-il d'un certain degré de frustration (2) qu'il importe de me faire subir à tout prix ?

(2) Nouveau subtil (et à l'origine involontaire) rappel à l'œuvre de Bretécher.


Coin SE du secteur des cartes de Béland (1955, échelle 1/63 360) et Hogarth (1981, échelle 1/10 000) cadré plus haut. Pour les zones couvertes par les deux cartes, on voit l'effet du changement d'échelle.


Comment nommer ou décrire ce mal ? J'ai «le blanc» ?, «la lacune» ? ou j'ai «la bordure» ?

Autre cas enrageant et non moins fréquent ; beaucoup de cartes géologiques publiées au cour des dernières décennies sont des bleus réalisés à partir d'un tracé à la main sur un fond de cartes topographiques. L'esthétique en souffre, mais c'est au profit de la diffusion rapide des travaux. Il y a belle lurette, je dirais même grande et belle lurette, j'en avais commandée une exprès pour comprendre la nature d'un affleurement qui m'intriguait.

Je reçois la carte. Elle est irréprochable, compte tenu des réserves formulées plus haut. Partout, la carte est lisible, partout, sauf à l'endroit de l'affleurement qui m'intéresse où le gribouillis à la main se superpose à une inscription de la carte topographique. C'est indéchiffrable. Champollion lui-même aurait capitulé devant ce palimpseste de pattes de mouches.

Comment nommer ce mal autrement qu'en disant «j'ai le gribouillis» ? «J'ai le bleu» ?

Autres cas fréquemment rencontrés : quand un site m'intéresse, il a tendance à se nicher dans l'un des coins d'une carte topographique au 1/50 000. Fatalité onéreuse : pour avoir la couverture complète du secteur, il me faut 4 cartes au 1/50 000 (aujourd'hui disponible gratuitement par Internet, il est vrai). Dernièrement, nouvelles mésaventures avec les cartes nautiques de la rivière des Outaouais. Il m'aurait fallu en acheter une seconde rien que pour obtenir la couverture d'un tout petit secteur qui ne figurait pas sur la première. Par chance, la seconde carte n'est plus disponible sur le marché. Je n'ai donc rien eu à débourser...

Vraiment, quelle chanceux je suis (3)!

(3) Par contre, un exemplaire de la carte est disponible à la bibliothèque publique d'Ottawa.

Je ne parle pas de cet affleurement rare, en plein bois, tout près d'un chemin de terre, découvert par l'étude attentive d'une carte géologique détaillée (cf. la carte commandée évoquée plus haut). Le rêve à portée de main. Trente km à vélo par monts et par vaux et par vents contraires (4). Arrivé sur place, une seule maison, toute neuve, isolée à plus de 500 m de la plus proche habitation, construite sur le seul affleurement rocheux du secteur, exactement sur le site que j'entendais explorer.

(4) Curieusement, au retour, les vents étaient tout aussi contraires.

Là, ce n'est plus un mauvais coup du sort aveugle, c'est du sabotage, de la perversion pure, de la méchanceté délibérée.

Je pourrais donner l'adresse des responsables de cet acte de vandalisme géologique. Je m'abstiens, trop bon que je suis.

Après ce long billet de doléances, j'ai du mérite à trouver le cœur de vous souhaiter bonne année 2014 (je suppose que vous aurez eu la patience de lire ces lignes jusqu'ici).

Prenez de bonnes résolutions, guérissez de vos mauvais plis !


Contact entre métasédiments (vert, à gauche) et un pluton de syénite (gris clair, à droite) ; site correspondant au ? des cartes géologiques plus haut. (Montage photographique, photos juillet 2007)


Références

  • Hogarth D.D., 1981 — Partie ouest de la région de Quinnville. MÉRQ, DPV 816, 28 p., avec une carte au 1/10 000.
  • Béland R., 1977 (1955) — Région de Wakefield. MRNQ, DP 461, 91 p., avec une carte au 1/63 360.

mercredi 11 décembre 2013

Les murs bleus de Cantley (billet à moitié cuit)


Note. – Selon un lecteur, la crocidolite décrite ici serait de l'antigorite bleue, une forme de serpentine. (Voir le commentaire dans ce billet.)

Fig. 1. Fénite de Perkins (Val-des-Monts), en Outaouais, au nord de Gatineau (Québec). Amphibole sodique bleue (arfvedsonite), feldspath potassique orangé (microcline), calcite ou dolomite blanchâtre ; le noir est du mica (phlogopite?). La pièce d'un dollar canadien, échangeable indifféremment contre quatre vingt-cinq cents ou quatre trente sous, a un diamètre de 26,5 mm.


En bref

Murs de crocidolite? dans des métasédiments à Cantley (Québec) ; province de Grenville du Bouclier canadien (1 milliard d'années).
Localisation
Chemin Ste-Élizabeth, Cantley (Québec)
45.540454,-75.744129
Rue Noémie, Cantley (Québec)
45.541882,-75.75084
31G/12
Liens (dans ce blogue)
«Intraordinaire à Cantley», 21 nov. 2013
«Miroir de faille», 14 juill. 2012
«Chelsea : dykes et brèches de calcite», 6 nov. 2012
Photos
Chemin Ste-Élzabeth : juillet 2007
Rue Noémie : nov. 2012


«Les murs bleus de Cantley». Ça pourrait être le titre d'un roman Arlequin. Plus prosaïquement, je désigne ainsi les plans recouverts de crocidolite? bleue qui recoupent des métasédiments (quartzite ou paragneiss) à Cantley, au nord de Gatineau (Québec).

La crocidolite est une amphibole sodique, justement surnommée «amiante bleue»*. Dans le cas des murs décrits ici, il pourrait s'agir d'un autre type d'amphibole et je donne cette identification sous toutes réserves. La crocidolite? du chemin Ste-Élizabeth (fig. 5-8) se défait en fibres, mais aussi en tiges ou en lames longues de plusieurs cm ayant une consistance à la fois souple et cassante. Celle de la rue Noémie (fig. 2-4) a une couleur gris-vert qui ne doit pas nous alarmer : un même minéral peut se présenter sous des variétés de différentes teintes. Le titre du billet devrait donc être «Les murs bleus (ou verts) de Cantley».

* La crocidolite est «utilisée dans l'industrie, [elle est] hautement toxique, [et] provoque le cancer du poumon et le mésothéliome (cancer de la plèvre supérieure).» (Voir Wikiki.) En pleine nature, en gros cristaux pas très volatiles, il n'y a aucun danger.

Peut-être y a-t-il un lien entre les murs et la présence de plutons de granite gneissique à proximité de chacun d'eux (voir billet du 21 nov. 2013, lien plus haut) ? Peut-être s'agit-il de croissance de cristaux sur le plan d'un miroir de faille (slickenslides ; voir billet du 14 juillet, lien plus haut) ? Dans tous les cas, on a l'impression d'une croissance minérale le long d'un plan qui pourrait bien en effet être la trace d'une faille.

Enfin, nous ne voyons que les vestiges ou la bordure d'un corps qui devait avoir une certaine épaisseur.

L'amphibole bleue, le feldspath potassique orangé (microcline) ainsi que la présence d'hématite rappellent les fénites** (voir le billet du 6 nov. 2012) observées ailleurs à Cantley et à l'est de la municipalité, à Perkins (Val-des-Monts) (Hogarth et al., 1987). Un élément important de ces fénites est l'arfvedsonite, un autre type d'amphibole sodique bleue qui se cristallise sous forme de petites aiguilles (cristaux aciculaires) parallèles ou enchevêtrées (voir fig. 1). On trouve aussi d'autres amphiboles sodiques, telle la riébeckite (dont la crocidolite est d'ailleurs la variété fibreuse) et la richtérite.

** Fénite : roche hôte modifiée par diffusion ou imprégnation (métasomatisme) suite à l'introduction d'une roche ignée alcaline ou d'une carbonatite.

Je ne suis pas minéralogiste et l'analyse chimique de mes échantillons est hors de ma portée. Les amphiboles bleues et vertes de Cantley, qu'elles soient fibreuses ou aciculaires, sont des manifestations d'un type de magmatisme rare qui se manifeste par des intrusions de fluides alcalins et de carbonatites, roches ignées composées de carbonates – minéralogiquement, c'est un peu comme du marbre fondu. Ici, nous avons non pas la roche intrusive, mais plutôt le résultat de son assimilation par les roches encaissantes (fénite). Selon toute vraisemblance, les fluides ont été canalisés par des fractures.

Fénites, carbonatites, minéraux alcalins, amphiboles aux noms imprononçables... Faute de trouver un moyen élégant de le boucler, je devrai soit renoncer à publier ce billet à moitié cuit, soit promettre de revenir sur le sujet.

Devinez quelle option j'ai prise.



Fig. 2. Rue Noémie, à Cantley (Québec) : mur de crocidolite? gris-vert. En rouge sombre : hématite.



Fig. 3. Gros plan de la fig. 2.



Fig. 4. Rue Noémie, Cantley. Le mur de crocidolite, discordant par rapport au paragneiss rubanés à gauche (au nord). L'affleurement est en marge d'un pluton de granite (monzonite quartzifère), au sud. Voir la fig. 8 du billet du 21 nov. 2013 (lien plus haut).



Fig. 5. Chemin Ste-Élizabeth (Cantley). Autre mur de crocidolite? dans (ou sur) un quartzite blanc. Le feldspath orangé semble recouper la crocidolite (voir fig. 8). L'orientation des cristaux de crocidolite est verticale, comme dans le cas de la rue Noémie.



Fig. 6. Autre vue de la fig. 5. La crocidolite est est aussi nommée amiante bleue. Le surnom semble bien s'appliquer ici. Des filons de feldspath orangé recoupent la crocidolite (voir fig. 8).



Fig 7. Gros plan de la crocidolite? du chemin Ste-Élizabeth. On dirait une sorte de plumage un peu mal en point...


Fig. 7 bis (ajout après mise en ligne). Détail de la fig. 7. Aspect effiloché et esquilleux de la crocidolite.



Fig. 8. Détail de la fig. 6. Du rouge (hématite), comme dans le cas de la fig. 2 ; le feldspath orangé recoupe la crocidolite.


Référence

Hogarth D.D., Chao G.Y., Townsend M.G., 1987 — «Potassium- and fluorine-rich amphiboles from the Gatineau area, Québec», Canadian Mineralogist, vol. 25, p. 739-753.

dimanche 1 décembre 2013

Drôles de zébrures à Cantley (ajout)


Fig. 1. Vue estivale du phénomène. Quartzite et paragneiss vert «zébrés» à Cantley (Québec). Nord à gauche. Photo juillet 2007.


Résumé

Stries parallèles à la surface de lits de quartzite et de paragneiss vert (province de Grenville du Bouclier canadien ; âge : un milliard d'années)
Localisation
Rue des Chênes, près de sa jonction avec la rue du Domaine-Champêtre, Cantley, au nord de Gatineau (Québec)
45.521246,-75.76096
31G/12
Sites proches semblables à propos de quartzite et de paragneiss
«Filons à Cantley», 14 juillet 2010.
«Intraordinaire à Cantley», 21 nov. 2013


Fig. 2. La formation, vue en coupe. Quartzite blanc, paragneiss vert et granite orangé (en fait, intrusions de feldspath) rubanés. Visée vers le nord. Photo juillet 2007.


Fig. 3. Même site, quelques m au nord de la fig. 1. Les stries parallèles se retrouvent sur plusieurs plans verticaux successifs (surfaces des lits ou rubans de quartzite). Le délitement naturel de la roche n'est pas influencé par la présence des zébrures. Photo nov. 2012. (Voir aussi fig. 10.)


Fig. 4. Détail de la fig. 3. Stries d'un miroir de faille ? (cf. billet du 14 juillet 2012) ? Je ne crois pas (voir fig. 5.) Le quartzite (à gauche), vu en coupe, ne semble pas touché par phénomène.


Fig. 5. Gros plan de la fig. 4. S'agirait-il plutôt de linéations – étirement des cristaux par des contraintes tectoniques orientées ? Miroir de faille ou linéations, le phénomène se limite à l'interface entre les lits du quartzite. De plus, il ne semble y avoir aucune recristallisation des minéraux le long des lignes, aucune contrainte n'a agi au cœur de la matière. J'aurais donc tendance à écarter ces deux hypothèses.


Alors ? (C'est le début du texte que les photos et leurs légendes ne font que compléter, c'est pour ça la lettrine et les grands caractères.)

Qu'est-ce ?

Vos lumières sont les bienvenues. (Fin du texte et de l'exposé.)


Fig. 6. Détail de la fig. 2. Quartzite à gauche (ouest), interlité de bandes et de lentilles d'un paragneiss vert à droite ; le tout est un peu granitisé (orangé). Constatons à nouveau que les zébrures ne concernent que l'interface entre des lits du complexe quarztite-paragneiss et que la roche elle-même n'est pas autrement affectée. Photo juillet 2007.


Ajout après mise en ligne : photos oubliées et conclusion


Fig. 7. Autre section de l'affleurement de quartzite ; rayures obliques, en haut, à gauche. Les publisacs, pour une fois utile à quelque chose, fournissent un genre d'échelle. Photo nov. 2012.


Fig. 8. Gros plan, même endroit. Cette fois, les rayures sont des ruptures peu profondes (la même «découpe» s'observe sur la fig.3, à gauche). Le parallélisme n'est plus aussi bien conservé. La veine de feldspath orangé, en haut à gauche, semble peu ou pas autant affectées par les coupures. Photo nov. 2012.


Fig. 9. Détail de la fig. 8. Sorte de boudinage (rupture en boudins parallèles par étirement) ? Qu'est-ce qui remplissait les intertices, de la calcite ? J'ai déjà observé un paragneiss vert imprégné de calcite, tout près du site, sur le chemin Taché.


Fig. 10. Zoom sur la fig. 3.


Faute de mieux, je retiens donc l'hypothèse d'un phénomène de boudinage limité à l'interface (mince paragneiss vert) entre les rubans (lits) de quartzite.