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dimanche 20 décembre 2015

Sablières de Cantley : état des choses (corrections)


Suite dans le billet du 22 déc. 2015.


1. Migmatites, résultat de l'invasion lit-par-lit d'un gneiss sombre par du granite rosâtre. Sablière de la Montée de la Source, à Cantley (Québec), côté est de la route 307. Photo 19 sept. 2015.

Photos : sauf indication contraire, 19 sept. 2015. 
Les passages entre [crochets] ou rayés : corrections, 22 déc. 2015.


Voici une courte description des sablières de la Montée de la Source, à Cantley, avec références et état d'avancement du dossier (cf. préservation du site : voir section Protection). Par rapport à ce que j'ai envoyé par courriel à l'un des exploitants actuels [d'une carrière du secteur] (Eurovia Québec CSP inc.), ce texte est un peu plus complet, sauf l'absence d'une pièce-jointe, dont l'essentiel est cependant donné à l'Annexe 2.


Sablières et carrières de Cantley, route 307, au nord du chemin St-Andrew

Localisation, propriétaires et exploitant(s)

Sablières et une carrière à Cantley (Québec) : migmatites lit-par-lit et marbre gris sculpté par des torrents sous-glaiciaires. Route 307 (Montée de la Source), au nord du chemin St-Andrew.
SNRC 31G/12
45.590609, -75.786596

Propriétaires et exploitants

Propr. : M. Tremblay et M. Vanesse (Sharpe, 2015) [propr. du terrain du côté ouest de la 307 uniquement ; ancienne carrière Pageau.)
Exploitant (côté ouest) : aucune activité.
Exploitant [et propriétaire] (côté est) : Eurovia Québec CSP inc. et/ou Carrière Cantley Pageau , JDL. Voir photo 5. Accès interdit, sites dangereux.

Autres billets décrivant le site

D'autres textes et d'autres photos dans les billet du 7 nov. 2009 (migmatites du côté est de la 307) et du billet du 11 nov. 2009 (marbres sculptés, côté ouest).

Description générale

Les roches du site considéré, des deux côtés de la 307, appartiennent à la province (géologique) de Grenville et datent de plus d'un milliard d'années. Ce sont les racines d'une ancienne chaîne de montagnes érodée. Les roches ont été polies par les glaciers (roches moutonnées) qui ont disparu il y a environ 12 000 ans. Le sable qui recouvre les formations a été accumulé par un esker, ou cour d'eau qui s'écoulait sous les glaces.



À l'ouest de la 307 : les marbres de Cantley

De ce côté de la roue se trouve un banc de marbre gris. En plus du poli glaciaire, la roche porte les marques sous la forme de cannelures de toutes dimensions de l'érosion par de puissants torrents sous-glaciaires.

Je décris le site (très brièvement) dans mon blogue :



Voir aussi l'«Annexe 2».



À l'est de la 307 : les migmatites de Cantley

Une colline fourni un aperçu exceptionnel sur des affleurements de gneiss et de granite entrelités (migmatites) : le gneiss sombre est envahi lit-par-lit par des feuillets de granite clair (blanc ou orangé). Par endroit, de minces plaques de carbonates recouvrent la roche (photo 4). Ces fragile reliques se sont formées par précipitation des minéraux à la faveur d'une diminution de la pression que subissait l'eau circulant sous le glacier.

Je décris le site (très brièvement) dans mon blogue :





Notoriété

Ces formes d'érosion (cannelures) sont uniques et ont fait l'objet de nombreux articles scientifiques (voir Références). Chaque année, les étudiants en géologie des universités d'Ottawa et Carleton viennent en expédition les examiner. Le site jouit d'une grande réputation, tant locale («les marbres de Cantley») que nationale et davantage (Sharpe et Shaw, 1988, dans le Geological Society of America Bulletin).



Protections

Le site des marbres de Cantley est inscrit dans la liste des Sites géologiques exceptionnels du Québec (SGE ; site sous étude). Des extraits de la demande d'inscription aux SGE que j'ai transmise en 2011 sont disponibles à l'Annexe 2.

La Ville de Cantley, dans son Plan d'urbanisme (Annexe 1) entends protéger et mettre en valeur les sites de chaque côté de la route 307. Elles les destine à la création d'un parc géologique.

Un groupe de personnes a demandé au gouvernement du Québec de placer le site des marbres sculptés sous la protection de la Loi sur les biens culturels (Sharpe, 2015), p. 75).



Utilisation primitive du territoire

La carte topographique du secteur datant de 1952 (Wakefield, Québec, 31G/12, partie ouest, disponible en ligne à Bibliothèque et Archives nationales du Québec) montre, pour le secteur qui nous intéresse (des deux côtés de la route), des collines boisées au milieu des champs. Aucune sablière, gravière ou carrière sur les lieux. Pourtant, le texte de Sharpe (2015, p. 70) indique bien qu'une gravière était exploitée dès 1934 sur le site à l'est de la 307. L'exploitation générale, selon cet auteur, n'a cependant commencé qu'en 1954.

Références

  • [Carte topographique du Canada à l'échelle de 1:50 000] 31 G/12 West Half, Wakefield, 1952 (56), SNRC: 31-G-12-W, no cat. Iris : 0002670330 Lien : http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0002670330
  • SHARPE David, 2015 — «The Sculpted Rocks of Cantley», Up the Gatineau!, vol. 41, p. 68-78
  • SHARPE D., PUGIN A., 2007 — Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, Commission géologique du Canada, dossier public 5596, 44 p.
  • SHARPE D.R., SHAW, J., 1988 — «Erosion of bedrock by subglacial meltwater, Cantley, Québec.» The Geological Society of America Bulletin, vol. 101, p. 1011 1020.
  • SHARPE D.R., SHAW, J., 1994 — «Formes d'érosion et sédiments glaciomarins, Cantley.» Dans R. GILBERT (compil.), Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du Sud-Est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, arrêt no 16, p. 15-16 (trad.)

ANNEXE 1

Plan d'urbanisme de la Ville de Cantley (2005)

Lien :
http://www.cantley.ca/sites/default/files/docs/plan%20urbanisme%20version%20finale%20aout2005.pdf

J'ai mis quelques passages en gras.

«L’impact visuel [des carrières et sablières] sur le paysage semble le plus décrié, surtout lorsque l’exploitation se fait en bordure d’une route et qu’aucun couvert végétal ne masque l’aire d’exploitation. Ainsi, les sites exploités en bordure des routes achalandées ou des circuits touristiques sont les plus dommageables pour la qualité de nos paysages, particulièrement lorsqu’ils sont visibles sur une grande distance. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’une attention particulière doit être portée aux sites visibles de la montée de la Source. Par contre, la restauration de sites, une fois l’exploitation terminée, peut atténuer grandement les impacts négatifs de certains sites, particulièrement pour les carrières et sablières qui ne présentent pas de déformations importantes par rapport à l’état naturel du terrain environnant.» (p 41.)

«6.4 Valoriser les affleurements et les escarpements rocheux situés à l'ouest et à l’est de la montée de la Source, entre les chemins Holmes et St-Andrew, en y constituant un parc géologique qui permettra la pratique d’activités éducatives et récréatives légères, voire un théâtre en plein-air.
6.5 Favoriser la création d’un circuit récréotouristique de type champêtre à quatre pôles, intégrant : a) l’axe patrimonial du chemin Ste-Élisabeth; b) le parc géologique de la montée de la Source; c) le chemin champêtre du Mont-des-Cascades et le paysage environnant; d) les équipements récréatifs du Mont-Cascades.» (p. 55)


ANNEXE 2

Extraits de la demande d'inscription des marbres de Cantley (côté ouest de la 307) aux Sites géologiques exceptionnels du Québec que j'ai déposée en 2011. Le site est présentement inscrit, mais non classé.

«Les marbres de Cantley. – Formes d’érosion glaciaire créées par l’action puissante de l’eau de fonte sous-glaciaire» (Sharpe et Shaw, 1994) dans un marbre grenvillien (glaciation du Wisconsinien).

Marbre riche en graphite, de couleur blanche à grise, contenant des inclusions résistantes de gneiss et de granite. Il forme des reliefs discrets (roches moutonnées) au milieu d’un dépôt de sable et de gravier, reste d’un cône alluvial subaquatique édifié dans la mer de Champlain. On y a trouvé des fossiles marins : Portlandia arctica, Macoma balthica et Mytilus edulis.

La surface lisse du marbre présente des cannelures créées par les effets d’écoulements d’eau de fonte sous-glaciaire. On remarque, outre des cannelures et des sillons, des marques d’obstacles causées par la présence des inclusions résistantes, des chenaux ou gorges, des coups de gouge ou marques en croissant (formes en S), des crêtes résiduelles et des queues de rats.

Le site, unique dans la région, a fait l’objet de plusieurs études publiées dans divers rapports ou revues spécialisées. En 2005, la Revue canadienne des sciences de la Terre/Canadian Journal of Earth Sciences a utilisé une photo du site en couverture pour les numéros de son volume 42.



2. Sablière de la Montée de la Source, à Cantley (Québec), côté est de la route 307, depuis son extrémité sud. Gneiss sombre et granite clair entremêlés (migmatites). La carrière, non visible, exploite l'escarpement nord de la colline.



3. Même site, vue de la route, visée vers le SE. Photo juillet 2007 (le «1995» est un numéro de fichier). Pour les phots 2 et 3, la partie rouillée au sommet de la colline correspond sans doute à la partie qui affleurait avant l'exploitation du site (1954, voir Sharpe, 2015, p. 70) et le dégagement du roc. Le X : voir photo 1.



4. Concrétion de carbonates plaquée sur le gneiss : ces fragiles reliques ont été formées il y a plus de 12 000 lorsque le relâchement de la pression de l'eau sous le glacier permettait la précipitation des minéraux, dont la calcite. Champ de la photo : env. 30 cm.


5. En face des migmatites du coté est, route 307 (montée de la Source).

mercredi 11 novembre 2009

Marbres sculptés par les glaciers (Cantley)

Photo © Lise Massicotte (1999)

PHOTOS
Les photos de ce billet sont une gracieuseté de © Lise Massicotte (1999).

OBJET
Marbres sculptés par les glaciers et des courants d'eau sous-glaciaires.

LOCALISATION
SNRC 31G/12
Sablière à Cantley (Québec). Route 307 (Montée de la Source), au Nord du chemin St-Andrew ; côté Ouest de la route. Propr. : Les Entreprises Vetel Ltée, accès interdit.

DESCRIPTION
Les sablières que longe la route 307, à Cantley (Québec), résument en un raccourci saisissant les épisodes les plus extrêmes, chronologiquement parlant, de l’histoire géologique de la région ; des migmatites et des marbres, formées il y a plus d’un milliard d’années, et des phénomènes d’érosion remontant à la dernière glaciation du Quaternaire (voir Chronologie).

Photo © Lise Massicotte (1999)

Dans un précédent billet, j’ai parlé des migmatites qui forment la colline à l’Est de la route. Des reliefs plus discrets affleurent du côté opposé ; le socle rocheux, à cet endroit, est constitué de marbre, roche moins résistante à l’érosion. Cette fragilité relative explique sans doute la différence d’altitude de part et d’autre de la route (175 m au dessus du niveau de la mer pour les marbres, 200 m pour les migmatites).

Les glaciers qui ont recouvert le Nord du continent américain lors de la dernière glaciation ont laissé après leur départ (Chronologie) un paysage profondément modifié. L’un des principaux effets de leurs avancées et reculs, en plus de l’accumulation d’importantes quantités de sédiments fins ou grossiers, a été un adoucissement du relief. Un peu partout, au Nord de l'Amérique, affleure des roches moutonnées [lien à installer], usées et arrondies. Les glaciers, par les poussières et blocs rocheux qu’ils incorporaient dans leur masse ou qu’ils traînaient sous eux, ont agit comme un papier sablé promené par une main particulièrement lourde. (Le glacier, ou inlandsis, a atteint plusieurs milliers de mètres d’épaisseur.)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Le relief bas et arrondi de la colline de marbre (pente douce en aval du glacier, plus raide en amont) est caractéristique d’un relief glaciaire. Le fait est banal et résulte du «ponçage» que je viens d’évoquer, mais quelque chose de plus rend le site exceptionnel. Des sillons parallèles, des chenaux, sont imprimés dans le marbre ; le dessin de ces cannelures est compliqué par endroit par des dérivations sinueuses ou des canaux transversaux tardifs.

La régularité et la pureté de ces formes, l'éclat du marbre, confèrent à ce décor un caractère quelque peu irréel.

Ces formes d’érosion sont le résultat d’écoulement d’eau sous pression à la base du glacier. Par moment, la pression a été suffisante pour soulever le glacier et le suspendre au dessus du socle rocheux.


Photo © Lise Massicotte (1999)

Les figures 1 et 2 (tirées de Sharpe et Shaw, 1994 ; voir Sources) illustrent le comportement des nappes d'eau en présence d'obstacles qui gênaient sont écoulement. Le marbre, en effet, n'est pas homogène et contient de nombreuses inclusions de roches étrangères plus résistantes et qui faisaient donc saillie : boudins de granite blanc, souvent rouillé, sections cassantes de gneiss(?) sombres. L'eau passait par dessus ces obstacles à moins qu'elle ne soit obligée de les contourner. Dans ce dernier cas, le courant était canalisé derrière l’obstacle en deux torrents au pouvoir érosif augmenté par les tourbillons qui l’agitaient.



FIGURES
A, B et C (tirées de Sharpe et Shaw, 1986 ; texte en anglais) : évolution de l’érosion en présence d’une enclave résistante dans le marbre.

Les géologues donnent des noms parfois imagés à ces formes sculptées : cavetto, marques obstacles, chenaux, gorges, formes en S (coups de gouges), sillons et queue-de-rat (rat-tail)… On distingue à la surface du marbre de nombreuses stries glaciaires, marques laissées par le passage de morceaux de roche emprisonnés dans la glace.

Photo © Lise Massicotte (1999)

À L'ÉCHELLE DE LA RÉGION
Il est possible que le même événement responsable du creusement de la Marmite des Allumetières et des marmites de Devil Lake décrites dans un autre billet ait été à l'origine des formes d'érosion sous-glaciaire de Cantley.

Photo © Lise Massicotte (1999)

PHOTOS
© Lise Massicotte (1999)
Pour leur interprétation : le marbre est gris ; les inclusions de granite, blanches et parfois rouillées – on voit le même granite dans les migmatites du côté Est de la route. (Un billet prochain expliquera la présence de ces enclaves (xénolites) disloqués et dispersés, fréquentes dans les marbres de la région.)

03 : vue d’ensemble d’un affleurement. À gauche, en haut : un chenal secondaire, oblique, en forme d'incisive, recoupe les sillons horizontaux ; l'eau, dans ce cas, s'écoulait vers le haut. Notez les enclaves de granite rouillé. (Le Sud est à gauche.)
04 : détail de 03.
07 : détail de 03 ; irrégularités dans le tracés des chenaux, une marmite (avant-plan). Un marteau de géologue, au centre, donne l’échelle.
08 : détail de 03 ; un xénolite de granite forme saillie au dessus du marbre, moins résistant.
10 : vue vers le Sud et aperçu d’un mur vertical (photo 11).
11 : au Sud de la photo 03.
13 : une crête, expliquée par la présence d'un alignement de xénolites résistants.
15 : chenal.
16 : formes complexes (vue vers le Sud).
17 : large couloir. Vue vers le Nord. Les épaisses couches de sable qui recouvrent le site sont aussi un vestige de la dernière glaciation.

CHRONOLOGIE LOCALE
Formation des roches de la province de Grenville – les «Laurentides» : roches magmatiques, volcaniques et sédimentaires métamorphisées, dont les paragneiss, marbres et granites de Cantley – (1 300 000 000 - 1 000 000 000 ans) ;
Dernière des glaciation du Quaternaire, dite du Wisconsinien (80 000-10 000 ans) ;
Épisode de la mer de Champlain (12 000-10 000 ans)

RÉFÉRENCES
SHARPE D., PUGIN A. — Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, Commission géologique du Canada, dossier public 5596, 2007, 44 p.
SHARPE D.R., SHAW, J., 1988 — «Erosion of bedrock by subglacial meltwater, Cantley, Québec.» The Geological Society of America Bulletin, vol. 101, p. 1011 1020.
SHARPE D.R., SHAW, J., 1994 — «Formes d'érosion et sédiments glaciomarins, Cantley.» Dans R. GILBERT (compil.), Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du Sud-Est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, arrêt no 16, p. 15-16 (trad.)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

lundi 30 juillet 2018

Site glaciaire de Cantley


Version française.

Version anglaise.


Geodoxa, dont j'ai déjà parlé dans ce blogue (billet du 10 oct. 2016), a mis en ligne un nouveau vidéo sur le site glaciaire de Cantley, au nord de Gatineau (versions française et anglaise ; voir aussi mon billet du 11 nov. 2009).

La vidéo est la plus complète de celles de Geodoxa sur ces marbres sculptés par des courants d'eau sous le glacier. Elle a été réalisée en vue d’une excursion menée par Dave Sharpe et Hazen Russell qui aura lieu le 9 août dans le cadre du 

CANQUA/AMQUA 2018Joint meeting of the Canadian and American Quaternary Associations​Crossing borders in the Quaternary7-11 août 2018, Ottawa


J'ai souvent cité les noms des glaciologues Dave Sharpe et de John Shaw dans mon blogue. Ont peut retrouver les billets concernés en suivant ces liens Sharpe et Shaw. (Les deux liens conduisent grosso modo aux mêmes articles ; la recherche par patronyme a pu mener à des homonymes.)

J'ai été peiné d'apprendre récemment par le site Geodoxa le décès du glaciologue J. Shaw (en anglais) :



samedi 13 juillet 2013

Marmite des Allumettière et coups de gouge


Ajout (29 janv. 2016)

Billet à revoir, la signification des coups de gouge n'est peut-être pas aussi claire que je le croyais. Bref, c'est à vérifier.


Bref retour (encore un) sur la Marmite des Allumettières, à Gatineau (Québec).

Les photos et le texte qui suivent sont fournis pour répondre à une demande spéciale.

Pour un exposé complet, voir le billet du 7 novembre 2009.

1) D'abord, une courte description et explication du phénomène :

«Pothole in the Ottawa River valley
[...]
An exposed rock surface in Gatineau Quebec reveals an isolated ~8 m deep depression eroded into the Paleozoic carbonate rock surface [...], situated ~10 m above Ottawa River level. The depression has an asymmetric, balloon-like geometry with smooth, iron-stained walls. The surface opening is less than the maximum diameter of the form. The erosion form is now devoid of sediment, but it was filled with sand and gravel; coarser sediment (gravel up to 20-30 cm) appeared towards the top of the fill [...]. There are no similar features exposed in ~500 m of excavation [...] and the original surface cover of the bedrock is unknown.

The feature is interperted as a pothole with a high-energy fill, based on landform position downflow of Gatineau valley and within the paleo-channel of the Ottawa River [...]. Fluvial polishing appears to be present on vertical walls. Fluvial erosion (corrasion) most reasonably explains the form; flow structures on the scale of this feature were needed to yield this depth of erosion. The erosion feature could represent paleo-fluvial scouring by vortices impinging on the river bed and captured while migrating downstream during high-stage flow events or floods [...]. It is also possible that the feature could represent glaciofluvial erosion during subglacial or proglacial floods or high-discharge events [...] Karst erosion is always possible in carbonate rocks; however, the lack of other solution weathering features along the rock face makes this possiblity very unlikely as the prime process explanation (Sharpe et Pugin, p. 19).» 


2) Ensuite, aperçus de coups de gouge ou vagues d'érosion sur les parois de la marmite. (Voir des exemples de coups de gouge, ici et ici, dans d'autres sites Internet.) Photos © Henri Lessard.


Marmite des Allumettières : coups de gouge sur une paroi calcaire.
(Juillet 2012)


Détail de la photo précédente.


Marmite des Allumettières : autres coups de gouge.
(Novembre 2009)


Détail de la photo précédente.


Marmite des Allumettières : coups de gouge atténués ?
(Juillet 2007)


Détail de la photo précédente.


Trois dernière photos : les coups de gouge présents aussi sur la surface horizontale au sommet de la marmite prouverait qu'il s'agit bien là du «plancher» originel à partir duquel la marmite a été creusée.


Rebord de la marmite. (Juillet 2007)


Détail de la photo précédente : coups de gouges discrets.


Vue plongeante du rebord de la marmite. (Juillet 2007)


Ce billet à une suite.

Référence (citation)

  • D. SHARPE et A. PUGIN, Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 p.


mardi 22 décembre 2015

Sablières de Cantley : état des choses (suite)


1. Carrière DJL, Cantley (Québec). Gneiss rubané envahi lit-par-lit et découpé par un granite rosâtre. Photo 2 mai 1999.


Résumé

Question de propriété : sablières/carrière(s) à Cantley (Québec) : migmatites lit-par-lit et marbre gris sculpté par des torrents sous-glaciaires («marbres de Cantley») ; route 307, Montée de la Source, au nord du chemin St-Andrew. SNRC 31G/12
45.590609, -75.786596


Il y a un peu de confusion autour des carrières/sablières du secteur des marbres de Cantley (Québec). Dans mon esprit du moins. (Voir billet du 20 déc. 2015, «Sablières de Cantley : état des choses».) Les questions de propriété m'étant en général indifférentes, tant que j'ai accès aux affleurements, je n'ai peut-être pas été assez attentif.

Récapitulons.

Il y a les migmatites du côté est de la 307 (billet du 7 nov. 2009), et les marbres sculptés par les torrents sous-glaciaires («marbres de Cantley») du côté ouest (billet du 11 nov. 2009).

Du côté est... Une carte exprimera mieux les choses :


Photo satellite : © Google
Carrières et sablières du secteur des marbres de Cantley (no 3). Route principale : la 307 (Montée de la Source) ; les deux chemins secondaires sont, au sud, le chemin St-Andrew et, au nord, le chemin Holmes.
  • 1. Construction DJL inc., carrière Cantley : usine d'enrobés bitumineux, granulats (photo 2) ; «sablière Cantley» selon d'autres sources. DJL est propriétaire du terrain, sauf erreur de ma part.
  • 2. Carrière Cantley de DJL inc. (?), au nord du site 1.
  • 3. Marbres de Cantley, sculptés par des torrents sous-glaciaires. Aucune activité, ancienne carrière Pageau ; site du futur Parc géologique (Plan d'urbanisme de la Municipalité de Cantley (2005). Propriétaires actuels :  M. Tremblay et M. Vanesse (Sharpe, 2015).
  • 4. Denis Thom Sable & Gravier (?), 1324, montée de la Source, Cantley (Québec)
  • 5. Dépôt de matériaux secs (fermé).
  • ?. Eurovia Québec CSP inc. : exploite une sablière du côté est de la route 307 sans être propriétaire du terrain. D'autres carrières et sablières se trouvent au sud et au nord du secteur.

Compliquons encore les choses. Il existe un certain contentieux entre Construction DJL inc., d'une part, et les citoyens et le conseil de Cantley d'autre part :
« Opposition à la demande d'exploitation d’une carrière par Construction DJL inc. – Le conseil municipal a exprimé son désaccord et son opposition à l’égard de toute décision provinciale autorisant l’ouverture d’une exploitation d’une carrière, tel que demandé par Construction DJL inc. Une copie de la résolution sera transmise au ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) ainsi qu’à toute instance concernée pour considération.» (Site de la Municipalité de Cantley, 8 avril 2014.)

Voir les autres articles dans les Références.

Pourquoi tout ceci ? Pour répondre à des questions qu'on m'a posées.

Références



2. Route 307, face aux migmatites de la photo 1 : site 1 de la photo de Google. Sept. 2015.





mercredi 31 juillet 2013

Île de Hull : alignement de coïncidences (ajouts)


Note. – J'ai hésité à publier ce billet, terminé depuis un certain temps. L'hypothèse que j'y développe – l'assimilation des anciennes fosses de l'Île-de-Hull au NW du lac aux Vairons (lac Minnow) à des chenaux creusés par des torrents d'eau sous-glaciaires – est mienne. Je ne manque pas d'arguments pour la soutenir, mais je ne peux la présenter comme un fait connu et accepté.


Carte 1A. Détail annoté (montage) de Goad (1908) 
Partie de l'Île-de-Hull en 1908. Les noms de rues actuels sont en rouge. J'ai ajouté, toujours en rouge, le tracé de la rue Morin. Minnow Lake : ou lac aux Vairons (actuel parc Sainte-Bernadette). À gauche (ouest), le ruisseau de la Brasserie. 

On distingue deux chenaux (voir carte 1B) avec contournements et interruptions ; l'eau remplit les fosses les plus profondes. Le lac aux Vairons semble une fosse élargie, contenue dans un bassin escarpé. 

Les chenaux, les fosses et le lac sont aujourd'hui asséchés et «urbanisés». La carte, qui servait aux compagnies d'assurances à évaluer les risques d'incendies, ne prétend pas à une parfaite fidélité dans le rendu de la topographie.
...


Il existe à Hull (Gatineau, Québec) de nombreux indices de l'existence insoupçonnée jusqu'ici de chenaux creusés dans le socle calcaire par un torrent sous-glaciaire vers la fin de la dernière glaciation (1).

1. Départ de glaces dans la région : il y a environ 12 000 ans.

Les chenaux eux-mêmes sont détruits (ou ensevelis, pour le moins, sous un quartier résidentiel), mais il subsiste suffisamment d'indices sur le terrain et dans des documents anciens (cartes et photos) pour que je sois raisonnablement affirmatif quant à leur réalité et leur nature.

Les éléments sur lesquels je fonde mon hypothèse sont les suivants :


  • La Marmite des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 7 nov. 2009), pour laquelle l'hypothèse d'une origine sous-glaciaire a été émise par des chercheurs (Sharpe et Pugin, 2007 ; billet du 13 juillet 2013) ;
  • Les coups de gouges, marques caractéristiques d'une érosion en régime noyé, qui recouvrent les parois de la marmite (billet du 15 juillet 2013) [ajout, 29 janv. 2016 : argument moins décisif que je ne le croyais, le coups de gouges pouvant s'expliquer autrement] ;
  • La faille des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 29 nov. 2009), de direction NW, zone de faiblesse dans laquelle la marmite s'est creusée ;
  • L'affleurement calcaire des Brasseurs du Temps dont la partie inférieure, surcreusée, est couverte de coups de gouge semblables à ceux de la marmite (billet du 15 juillet 2013, lien plus haut) et qui pourrait être un reliquat des...
  • ... chenaux (ennoyés?) dans le prolongement de la faille des Allumettières. Ils formaient autrefois deux chapelets parallèles de fosses inondées. Ils sont visibles sur d'anciennes cartes et photos (cartes 1A et 1B) ;
  • Le lac aux Vairons (Minnow Lake), aujourd'hui comblé et site du parc Sainte-Bernadette, à l'extrémité SE des chenaux.


Carte 1B. Autres annotations de la carte 1A
BT : affleurement des Brasseurs du Temps (l'édifice des BT qui date de 1910 n'apparaît pas sur la carte*) ; LM : ligne du chenal de la rue Morin ; LV : lac au Vairons (lac Minnow) et axe du chenal qui y est relié.
* Mille excuses : construit entre 1902 et 1905, l’ancien château d’eau de la ville de Hull (aujourd'hui les BdT) a été agrandi en 1910. Il apparaît sur la carte sous le nom de «HULL WATERWORKS ELEC. LIGHT STATION» (non lisible sur les versions réduites mises en ligne ici). Source : Lieux patrimoniaux du Canada. (5 août 2013.)
...


Tout ceci pourrait être les manifestations d'un réseau de chenaux et de marmites remontant à la dernière glaciation (ou même de cavernes et d'avens (2) ?). Le lac aux Vairons, au pied d'une colline qui aurait agit comme un obstacle à l'écoulement des eaux, serait-il lui-même une super-marmite comblée par des sédiments glaciaires et/ou post-glaciaires ? À moins qu'il ne soit le résultat d'un surcreusement glaciaire ?

2. L'idée que la marmite pourrait être un aven m'a été suggérée par Pascal Samson. (Billet du 15 juillet 2013, lien plus haut.)


Carte 2A. Détail tiré de l'Atlas du Canada
Même légende que la carte 1B.
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La rue Morin, sorte de tranchée qui m'avait toujours intrigué par ses accès abrupts, a été tracée le long d'une fosse en partie inondée d'un chenal (cartes 1A et 1B). La faille des Allumettières, zone de faiblesse du socle calcaire, aurait canalisé l'écoulement des eaux sous le glacier.

L'aspect du socle sous les lacs et les chenaux est inconnu et n'a jamais été étudié, à ma connaissance, du moins. L'examen de la roche, qui aurait pu donner des indices sur la nature de l'érosion qu'elle a subi, n'a jamais été mené non plus (3).

Ajout (1e août 2013, corrigé le 7 août 2013). – Vers 1860, il y avait jusqu'à 9 m de dénivelé entre la surface du lac aux Vairons (Minnow) et le sommet des rives. Si on ajoute à cette valeur la profondeur de l'eau, c'est tout un bassin qu'il nous faut envisager (McKellar, 1932). La nature du fond du lac reste inconnue : vase ? roc ?

3. La question du «fond» se pose aussi pour l'ancien lac Flora, actuel parc Fontaine, à l'est du lac aux Vairons. Des sondages lui avaient donné 4 m d'eau croupie, 11 m de vase, ce qui suppose que le bassin rocheux qui l'accueillait avait au moins 15 m de profondeur. Surcreusement glaciaire ?

L'affleurement des Brasseurs du Temps prend tout à coup une importance capitale : c'est le seul vestige accessible des chenaux disparus pour nous apporter un témoignage tangible sur leur nature. L'examen de la carte 1A permet de constater que le courant a dû contourner des obstacles qui subsistent sous forme d'îlots allongés, qu'il semble y avoir en des seuils résistants à l'érosion entre les fosses.


Carte 2B. Détail de 2A
On ne peut s'empêcher de remarquer que le ruisseau de la Brasserie au sud du boul. des Allumettières (grand route qui traverse la carte en montant vers la droite) est parallèle à la FA et aux LM et LV... Le lac aux Vairons (point sur la ligne LV) apparaît contenu dans un enfoncement de la colline au sud (courbe de niveau des 60 m) : une super-marmite ?...   
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Des marques d'érosion laissées par des torrents sous-glaciaires se retrouvent à Cantley (billet du 11 nov. 2009), au nord de Gatineau, et, au sud, en Ontario, jusqu'aux rives du Saint-Laurent. Le cas de Hull ne serait donc pas isolé et s'intégrerait au contraire dans une chaîne de manifestations – érosion du socle par l'eau sous pression, réseaux de chenaux, etc. – d'origine semblable (voir les débâcles glaciaires des Algoquin and Ontario Events de Shaw et Gilbert (1990)) .

Hull, ville sculptée par les eaux glaciaires ?

On peut se demander pourquoi le torrent a traversé le lit du ruisseau de la Brasserie sans l'emprunter. Selon Allard (1977), le ruisseau serait un bras de l'Outaouais qui remonterait à une époque antérieure aux glaciations. Il aurait donc été disponible pour les eaux du torrent. L'allure des berges du ruisseau nous aurait renseigné, dans la mesure où on ne les aurait pas nivelées, bétonnées et retravaillées, ou enfouies sous le remplissage. 

Les failles ne manquant pas dans le secteur – elles abondent même – on peut aussi se demander par quel concours de circonstances la faille des Allumettières a été choisie parmi de nombreuses autres pour canaliser les eaux sous-glaciaires.

Ajout (29 janv. 2016)

Les choses les plus évidentes sont celles qui sont les premières oubliées. Ainsi, j'aurais dû noter qu'une faille (faille Montcalm), non reportée sur les cartes de ce billet, croise le ruisseau de la Brasserie à la hauteur du château d'eau (Brasseurs du Temps). Le lit du ruisseau enregistre sur le passage de cette faille une dénivellation de 2,75 m (compartiment nord abaissé) mise à profit par une centrale hydroélectrique, aujourd'hui inactive, couplée au château. Et la chute est dans la continuité des sillons de la rue Morin. Il faudrait une mise à jour de ce billet !

Autre possibilité à envisager : les chenaux pourraient être des bras ou des affluents du ruisseau. Mais l'allure en chapelet des fosses, séparées par des seuils ou des verrous, évoque davantage l'action de l'érosion glaciaire, avec des surcreusements, que celle de l'érosion fluviatile. Une simple exploitation par l'eau de pluie de failles ou de joints vulnérables ? . 

Je me garderai de conclure pour l'instant.


À venir : un vieux texte et de vieilles photos.




Références

  • Michel Allard, Le rôle de la géomorphologie dans les inventaires bio-physiques : l'exemple de la région Gatineau-Lièvre. Univ. McGill, départ. de géographie, thèse (Ph.D.), 1977, 540 pages.
  • Chas. E. Goad (éd.), Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Toronto, Montreal, London, 1 map on 44 sheets. Bibliothèque et Archives Canada
  • McKellar, «Minnow Lake As It WAs In 1858 When Hull Was Small», The Evening Citizen, Ottawa, 23 juillet 1932.
  • Shaw J. and Gilbert R., «Evidence for large-scale subglacial meltwater flood events in southern Ontario and northern New York State», Geology, vol. 18, 1990, p. 1169-1172.
  • Sharpe D. et Pugin A., Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 pages.
  • Sharpe D.R., Russell H.A.J. and Pugin A., The signifiance of buried valleys to groundwater systems in the Oak Ridges Moraine region, Ontario: extent, architecture, sedimentary facies and origin of valley settings in the ORM region, Geological Survey of Canada, Open File 6980, 2013.

mardi 23 juillet 2013

Hull : moraines et vieux papiers (révisé)


NOTE. – L'hypothèse que les blocs de calcaire dont les photographies sont reproduites ici soient des vestiges de moraines qui existaient encore au début du XXe s. à Hull (Québec) est personnelle. Bien que parfaitement défendable, à mes yeux du moins, d'autres preuves sont nécessaires pour l'étayer plus solidement. 
Billet révisé le 24 juillet 2013.



Fig. 1. – Partie sud de l'Île-de-Hull (Gatineau)
À gauche, ruisseau de la Brasserie ; au sud, peu visible, l'Outaouais. En rouge : sites photographiés. Ligne pointillée bleue : axe des moraines des Allumettières ; les indications d'Ells (1901) et de Wilson (1898) manquant de clarté, le tracé est approximatif ; j'ai confondu en une seule les moraines sud et nord que très peu de distance séparait (60 m). Surface verte à droite des numéros : parc Fontaine (ancien lac Flora). Fond de la carte : modifié de © Google.
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L'utilité des vieux documents

On trouve dans l'Île-de-Hull (Gatineau), dans le secteur du boulevard des Allumettières, deux occurrences de blocs de calcaire plats ou allongés. Le till local étant d'une extrême minceur (moins d'un mètre), il est assez difficile d'expliquer la présence de ces pièces de roc dont les dimensions dépassent les deux mètres. Il est douteux que des gens se soient amusés à débiter et transporter de pareilles dalles depuis l'une des carrières de calcaire en exploitation au début du XXe s. à Hull (cf. billet du 10 juillet 2013). Les blocs, à patine chamois, sub-arrondis à anguleux, me semblent d'origine naturelle.

Leur présence constituait pour moi une énigme jusqu'à ce que d'anciens documents sur la géologie locale (Ells, 1901 ; Wilson, 1898) me (re)tombent sous les yeux. Entre autres développements, on y décrivaient deux crêtes de dépôts meubles, ou deux moraine-like ridges, orientées est-ouest, et situées exactement à l'endroit où il le fallait, du moins de mon point de vue.



Fig. 2. – Site 1. Blocs de calcaire plats ou allongés utilisés dans un vieux mur, boulevard des Allumettières, à Hull (Gatineau). Noter la patine brunâtre et l'aspect sub-arrondi. À gauche, un bloc a été scié pour laisser place au muret du trottoir (détail fig. 8). La patine et surtout l'émoussé écartent la possibilité qu'ils aient été extraits d'une des carrières autrefois exploitées à Hull. Dans ce cas, leur aspect aurait été plus anguleux, et sans doute plus frais. (Nov. 2012.)
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La crête sud, la plus longue, haute de 4 m et d'une largeur qui atteignait 60 m, s'étendait en segments discontinus à partir de la rue Saint-Rédempteur* (Chaudiere Street à l'époque) jusqu'au nord du lac Flora (actuel parc Fontaine) (voir fig. 1). Elle était composée de blocs de calcaire plats et anguleux, empilés en couches inclinées vers le sud, surmontant l'argile marine et le till glaciaire.

* Le nom de cette rue n'apparaît pas sur la carte : il s'agit de la rue à l'ouest de la rue Eddy.

L'autre crête, 60 m au nord, constituée de blocs erratiques arrondis provenant du Bouclier canadien proche (gneiss, granite), s'étendait vers l'est à partir du ruisseau de la Brasserie. Wilson (1898) signale d'autres crêtes semblables à celle-ci au nord de l'île, mais sans préciser d'avantage.

«These ridges [les crêtes nord et sud] can be traced across the portion of the city north of Lake Flora and are conspicuous features in this area (Ells, 1901, p. 18G).»



Fig. 3. – Site 2. Blocs de calcaire révélés par la démolition d'une maison. (Juillet 2013.)
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Fig. 4. – Site 2. Les blocs les plus volumineux doivent atteindre, à vue de nez, 3 m de long. Je ne peux évidemment pas jurer qu'ils sont bien ceux de la moraine sud ni que, avenant que ce soit la cas, qu'ils n'aient pas été dérangés de leur position primitive avant d'apparaître ainsi au grand jour. Résultat du démantèlement d'un élément du socle par la machinerie ? Il y aurait partout des éclats frais et anguleux... (Juillet 2013.)
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Boulevard éponyme

Le tracé de la crête sud se confond à peu près avec celui du boulevard des Allumettières (jusqu'à récemment boulevard Saint-Laurent). Autant dire que tout est détruit et nivelé... L'autre, au nord, est sur le site d'une ancienne carrière exploitée dans la première moitié du XXe siècle (P6 sur ma carte des carrières, billet du 10 juillet 2013, lien plus haut). L'endroit est à présent une sorte de parking, au sud de l'aréna Robert-Guertin. Là encore, il serait vain d'espérer retrouver quelque chose.

Les photos aériennes les plus anciennes que j'ai pu consulter sont déjà trop tardives (1925, 1930) et aucune carte, géologique, topographique ou autre, ne montre quoi que ce soit de particulier à l'emplacement des crêtes-moraines.

Les moraines étant demeurées anonymes, je les baptise Moraines des Allumettières. Ce boulevard éponyme distribue décidément son toponyme à de multiples trouvailles géologiques (cf. billets sur la Marmite des allumettières et la Faille des Allumettières.)



Fig. 5. – Site 2. Le bloc central fait un peu moins de 2 m de large. Il semble y avoir plus d'une génération de blocs sur le site. Une, à patine chamois, présente des contours émoussés (fig. 7), et une autre, visible ici, aux surfaces raboteuses et aux coins anguleux, a conservé le gris original du calcaire sous une couche de saleté. (Juillet 2013.)
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Les blocs calcaire, plats, pouvaient mesurer jusqu'à 3 m de long et presque autant de large, selon Wilson (1898) qui les décrits comme anguleux. Ils étaient d'origine locale (calcaire Trenton et Black River) et avaient peu «circulé», étant donné l'absence d'usure.

Ceux que j'ai vu pourraient être décrits comme sub-arrondis - arrondis (site 1) à sub-anguleux et anguleux (site 2). Les pierres étaient peut-être plus variées que ne l'affirmait Wilson sur la foi d'une coupe unique (plus bas) ou les blocs du site 1 ne proviennent pas de la moraine, contrairement à mon hypothèse.



Désordre dans la stratigraphie ?

Wilson (1898) donne une coupe de la «moraine-like ridge» sud :


  • 5) Blocs de calcaire + sable et gravier + quelques blocs arrondis de granite, etc. : 2,4 m
  • 4) Sable fin + gravier : 0,6 m
  • 3) Argile Leda bleuâtre [mer de Champlain] : 0,4 m
  • 2) Argile à blocaux [till glaciaire] : 0,9 m
  • 1) Socle calcaire poli (stries glaciaires S60°E) : 0 m
  • Total : 4,3 m


L'embêtant est de voir les blocs de calcaire de la moraine (5) qu'on supposerait appartenir au till glaciaire (2) surmonter le sable (plage ?) et l'argile de la mer de Champlain (4 et 3), lesquels surmontent, comme il se doit, le till glaciaire. Comme les blocs devraient normalement être en position 3 ou, même, inclus dans la couche 2, il faut supposer que leur accumulation est un événement non seulement postérieur au retrait des glaces (il y a 12 000 ans dans la région), mais aussi au départ des eaux de la mer de Champlain (il y a 10 000 ans, toujours dans la région).

Wilson suppose, pour expliquer cette anomalie, un retour du glacier (retour non documenté par ailleurs en cet endroit) ou l'action d'une embâcle de glace sur l'ancêtre de l'Outaouais, plus volumineux que la rivière actuelle, après le départ des eaux marines (voir billet du 7 nov. 2009 sur la Marmite des Allumettières, lien plus haut).

NOTE (24 août 2013). – L'hypothèse que les blocs des sites décrits ici proviennent de la moraine sud m'avait semblé raisonnablement étayée par deux arguments. D'abord, la proximité des deux sites avec la moraine sud – sans parler de la possibilité qu'ils aient été recouverts par la moraine, étant donné le flou sur son emplacement exact et sa largeur (60 m) –, ensuite, le fait, affirmé par la carte 1506A de la CGC (Richard, 1982), que le till les dépôts glaciaire quaternaires ne dépassaient pas deux  un mètre dans l'Île-de-Hull, ce qui fait une couverture un peu mince pour contenir de si gros blocs. Le second argument était un peu fragile, j'en convenais déjà moi-même – rien n'empêche la présence de gros blocs disséminés dans un till mince –, est rendu caduc par le fait que d'autres cartes, de la CGC ou d'autres organismes, indiquent, au contraire, que les dépôts quaternaires (non divisés, mais surtout till et sables du proto-Outaouais) peuvent atteindre jusqu'à 3 dans le secteur des moraines et, localement, 9 m. (Voir le billet du 10 août 2013.)
Ceci n'infirme pas nécessairement mon hypothèse. Rien n'empêche que les blocs puissent provenir de la moraine sud, mais celle-ci n'apparaît plus comme la source unique et obligatoire de gros morceaux de calcaire.
Réf. S.H. Richard, 1982 – Surficial geology, Ottawa, Ontario-Québec / Geologie de surface, Ottawa, Ontario-Québec. Commission géologique du Canada, carte série «A», 1506A, 1 feuille (1/50 000).



Fig. 6. – Site 2. Des blocs sub-arrondis encore en place sont visibles au fond. Bien sûr, rien ne prouve qu'ils soient à leur emplacement primitif, tels qu'ils étaient dans la moraine sud (s'ils proviennent bien d'elle).... (Photo juillet 2013.)
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La crête nord, où se sont accumulés des blocs arrondis de gneiss et de granite provenant du Bouclier canadien tout proche (à 4 km au NW), ne cause aucun casse-tête d'ordre stratigraphique et ferait une moraine frontale* convaincante. Wilson précise que deux excroissances s'en échappaient à angle droit, vers le sud. Autant de détails qu'on ne pourra jamais vérifier.

* Moraine frontale : accumulation de débris sur le front d'un glacier construite lors d'une pause de la glace dans son retrait.



Fig. 7. – Site 2. Gros plan à travers la clôture. Tout ça n'a pas l'air tout neuf... (Juillet 2013.)
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L'utilité des travaux récents

Sharpe et Pugin (2007 ; stop 3, p. 20-26) ont décrit un champ de blocs de calcaire (1-1,5 m) épars à l'est d'Ottawa. Même si leur histoire semble compliquée (par ex., un épisode d'érosion par les eaux sous-glaciaires*), ils reposent entre le till et l'argile de la mer de Champlain (et sont à l'air libre là où l'argile a été érodée), et non pas sur cette dernière au dessus d'elle.

* L'hypothèse d'un épisode d'érosion par des torrents sous-glaciaires a été évoquée pour expliquer la formation de la Marmite des Allumettières. (Voir le billet du 7 nov. 2009, lien plus haut.)

Une énigme en chasse une autre

Si l'énigme de la présence de blocs de calcaire près du boulevard des Allumettières semble peut-être résolue, celle de leur position au dessus de l'argile de la mer de Champlain persiste.

Il arrive qu'on ne résolve pas tout à fait un mystère, on ne fait que l'enrichir. Ou le compliquer. Pour continuer à en parler...


Références

  • Ells, R.W., «Report on the Geology and Natural Resources of the Area included in the Map of the City of Ottawa and Vicinity», GSC, Annual Report, Part C., Vol. XII, no. 741, 1901.
  • D. Sharpe et A. Pugin, Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 p.
  • Wilson W.J., «Notes on the Pleistocene Geology of a Few Places in the Ottawa Valley», The Ottawa Naturalist, vol. XI, March 1898, no. 12, p. 209-220.

Ajout (23 juillet 2013)


Fig. 8. – Site 1. Non, il ne s'agit pas de ce qu'on appelle une coupe géologique. Il fallait laisser place au trottoir neuf du boulevard des Allumettières et à la gens piétonnière (dont je fais partie). (Nov. 2012.)
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Ajout (24 juillet 2013)

Curieux ces trois blocs pris dans le mur mitoyen des fondations, comme des museaux qui dépassent du béton (X rouges). Ils ont été coupés au raz du mur depuis – voir la figure 5.


Fig. 9 – Site 2. Photo déc. 2012.
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dimanche 25 novembre 2012

Paysage pré-glaciations (ajouts, ajouts et rajouts)


Avertissement. – Ce billet est une compilation menée au petit bonheur de documents de sources diverses sur un sujet particulier. Il ne s'agit pas d'un exposé et nulle volonté de synthèse n'a guidé son élaboration. Une version mieux ordonnée viendra quand la nécessité de faire le ménage s'imposera.


Fig. 1A. Tirée de Middleton (2004).


Encore un petit billet pour répondre à un lecteur :

«Peut-on reconstituer le paysage des Laurentides d'avant les grandes glaciations du Quaternaire ?»

Réponse. — La reconstitution du paysage pré-glaciation laurentien ne mobilise pas beaucoup de monde. Il faut des originaux comme vous et moi pour s'intéresser à la question.

Voici, malgré tout, quelques pistes pour vous aider.

(Note. – Je profite de l'occasion pour me confectionner par ce billet une bibliographie informelle mais commode sur cette question qui m'intéresse particulièrement. Ce billet été augmenté et étoffé à plusieurs reprises après sa mise en ligne sans que son aspect, portant les stigmates conjugués de l'improvisation et de la précipitation, ne soit amendé. Les «AJOUTS» ne sont pas signalés. )


1A) Voir Middleton (Geoscience, 2004), p. 54, pour le drainage préglaciaire des Grands Lacs ; l'article reproduit la carte de Spencer (1890) reproduite au début de ce billet et qui reste l'une des plus à jour, c'est dire à quel point le sujet n'est plus d'actualité depuis longtemps*.

* Voir cependant les sections 7 et 8.

1B) Cartes du réseau hydrographique supposé de la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent durant le Tertiaire (-65 millions à -2.6 millions d'années).


Fig. 1B
G : position approximative de Gatineau.
Modifié de Grabau, 1913 et 1924.


Le retrait par érosion des sédiments du Paléozoïque avait formé une cuesta, ancêtre de l'escarpement du Niagara. Les rivières, qui trouvaient leur source dans le Bouclier canadien («Laurentian Old-Land») coulaient vers le SW. Les Grands Lacs actuels sont figurés en pointillé. Ce schéma, considéré maintenant comme obsolète, semble une variante de la carte de Spencer.

Source : Amadeus W. Grabau, Principles of Stratigraphy : Volume Two, Dover Publications, Inc., New York, 1964 (réimpr. de l'édition de 1924, par A.G. Seiler, New York. Comme il m'est impossible de photocopier ou de scanner les pages de mon exemplaire sans briser la reliure, j'ai pris ces images dans le pdf de la version d'A.G. Seiler and Company (New York, 1913), au site de la BHL (Biodiversity Heritage Library).


1C) Carte des chenaux pré-glaciaires de l'Outaouais. Très vieux travail (1901), jamais contredit à ma connaissance. Source : R. W. Ells, «Ancient Channels of the Ottawa River», The Ottawa Naturalist, vol. XV, no 1, avril 1901, p. 17-30, avec une carte. Disponible dans Internet.



Fig. 1 C. Détails de Ells (1901).
Légende
_ _ _ _ _ : ancien chenal (pré-glaciaire) de l'Outaouais ; 
_ ._ ._ ._ : ligne de partage des eaux (Height of Land) ;
Hull : aujourd'hui Gatineau.



2A) Quelque chose de plus tangible et de plus local (et de plus récent) : existe-t-il encore au Québec des morceaux de sol datant d'avant les glaciations ? Il semble que oui : «Les altérités du bouclier canadien : premier bilan d’une campagne de reconnaissance», de Mireille Bouchard et Alain Godard (1984), dans : Géographie physique et Quaternaire, vol. 38, no 2, p. 149-163.

2B) Voir aussi, mais moins accessible : Mireille Bouchard, Serge Jolicœur et Jean-Pierre Peulvast (2007), «Altération et évolution géomorphologique du bouclier canadien dans le sud-ouest du Québec», in : Du continent au bassin versant. Théories et pratiques en géographie physique (Hommage au professeur Alain Godard), Presses Universitaires Blaise-Pascal, p. 39-54.



Fig. 2A. Modifiée (lettrage retouché) de Bouchard, Jolicœur et Peulvast (2007).
Paléosurfaces de la bordure des Laurentides au nord de Montréal» entre les lacs Écho au SE et Tibériade au NW, en passant par le Mont-Tremblant («Montagne-Tremblante»).
(Cliquer sur l'image pour qu'elle s'affiche à sa pleine grandeur.)


2C) Excellent article de la même série dont le résumé et les images sont désormais (au moins depuis le 19 avril 2013) accessibles gratuitement :

Mireille Bouchard, Serge Jolicoeur, «Chemical weathering studies in relation to geomorphological research in southeastern Canada», Geomorphology, vol. 32, nos 3–4, mars 2000, pages 213–238.

http://dx.doi.org/10.1016/S0169-555X(99)00098-7
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0169555X99000987



Fig. 2C. St. Lawrence Lowlands (from Mont Tremblant to Saint-Jérôme, southwestern Québec).»
Bouchard et Jolicœur (2000)


3) Outre la coupe reproduite ci-dessus, des sources qui traitent de la région du Mont-Tremblant qui vous intéresseront sans doute plus particulièrement, cher lecteur à l'origine de ce billet :

De Brigitte Poirier et Robert-André Daigneault, «La mise en valeur du patrimoine géologique du Sentier national du Québec dans les Laurentides», Le Naturaliste Canadien, vol. 135, no 1, hiver 2011, p. 45-55. PDF téléchargeable gratuitement.

Voir aussi : Poirier, Brigitte (2008), Identification, évaluation et sélection de géosites potentiels le long du sentier national du Québec dans la MRC des Laurentides : une contribution à l'offre écotouristique régionale des municipalités de Labelle et de La Conception, mémoire (thèse de maîtrise en géographie), Univ. de Montréal. PDF téléchargeable. Nous en tirons ce court extrait qui nous a charmé (p. 48) :

«L'évolution géomorphologique des paysages du Bouclier canadien a été très peu étudiée au Canada.»

Ben tiens, qu'est-ce que je disais plus haut ? (Voir aussi section 8.)


4) Saviez-vous que si la dernière glaciations avait été moins intenses, le visage politique de l'Amérique du Nord aurait été différent tout en étant plus français ? Voir «What If? The Ice Ages Had Been A Little Less Icy?», Steven Dutch (2006). Il s'agit d'une vision à l'échelle continentale, ne cherchez pas là un aperçu au ras des pâquerettes de votre arrière-cours dans les Laurentides...

«If a northern route across Ohio [by St. Lawrence] suggested by some authors were re-established after ice retreat, the headwaters of the St. Lawrence would have been in North Carolina. In this scenario, the axis of transportation west of the Appalachians would be northward. With access from Canada so much easier, this region might have remained solidly Canadian, possibly even French. The Thirteen Colonies might have remained hemmed in along the Atlantic coast. » (Dutch, 2006)



Fig. 4. Tirée de Dutch (2006).


«The map above shows how present drainage systems might be different in the counterfactual world [c.-à-d. en supposant que les glaciations aient été moins puissantes]. With no blockage of the ancestral Hudson Bay-Mississippi drainage divide at high elevations, plus less infilling of valleys by glacial deposits, it would have been far easier for the ancestral upper Missouri River to re-establish its course into Canada. The area shown in orange would be lost to the Mississippi drainage system. The area shown in green is a minimal estimate of drainage to the St. Lawrence that would not have been diverted. The Ohio River is discussed below. Magenta indicates areas around the present Great Lakes that might have remained connected to the Mississippi drainage had the Great Lakes not been excavated. This area is highly speculative but is intended to suggest that not all the drainage diversions were one-way. The Mississippi gained drainages from Pleistocene diversions, but also may have lost drainages.» (Dutch, 2006)

5) Carte du drainage de l'Amérique du Nord avant le Quaternaire ; Plummer (2007), Physical Geology and the Environment :



Fig. 5. Modifiée de Plummer (2007).
Réseaux hydrographiques de l'Amérique du Nord avant et après les glaciations.
Comparez avec la carte de la section 4. La provenance des cartes de Plummer (2007) doit être la
même que celle de la carte de la section 9.


(Mon résumé du texte de Plummer (2007)). Les Grands Lacs sont un exemple d'érosion glaciaire intensive. Leur bassin, excavé dans le socle rocheux, atteint des profondeurs situées sous le niveau de la mer. Pour les créer, les glaciers ont repris et approfondi des vallées fluviales, artères d'un réseau hydrographique pré-Quaternaire*. Des sections de ces anciennes vallées, masquées ailleurs par les sédiments glaciaires, sont visibles ça et là (voir cependant Cunhai Guo au point 7, à propos de ces «anciennes vallées fluviales».)

* (Quaternaire : 2,59 millions d'années-aujourd'hui ; Âge des glaciations et de la naissance de l'humanité.)

(Mes commentaires à propos des deux cartes ci-haut). Le Mississippi s'est agrandi au dépend d'une partie du bassin du Saint-Laurent et a capturé des segments d'un réseau hydrographique, maintenant disparu amoindri, qui s'écoulait dans l'océan par la baie d'Hudson et le détroit du même nom. L'actuel Mackenzie, au NW, a dévié vers le NW une autre partie de ce réseau démembré.

6) Pour une vision (temporellement) plus profonde :

«Calcul de l’érosion à long terme en région de socle autour de grands astroblèmes du Québec et de France», Géographie physique et Quaternaire, vol. 60, n° 2, 2006, p. 131-148, Jean-Philippe Degeai et Jean-Pierre Peulvast (2006).



Fig. 6. Tirée de Degeai et Peulvast (2006).
On voit les Montérégiennes être peu à peu dégagées par l'érosion (à droite).


7A) À propos des «vallées enfouies» du sud de l'Ontario, souvent interprétées comme des vestiges du réseau hydrographique préglaciations, voir : Cunhai Gao, «Buried bedrock valleys and glacial and subglacial meltwater erosion in southern Ontario, Canada». Canadian Journal of Earth Sciences, 2011, 48(5): 801-818, 10.1139/e10-104 (article payant).

Voici un résumé personnel de l'article : On a relevé plusieurs vallées dans le socle rocheux (Paléozoïque) du sud de l'Ontario sous les sédiments glaciaires. Diverses hypothèses ont été avancées pour expliquer leur formation, la plus connue étant qu'il s'agirait des reliques d'un réseau hydrographique datant d'avant les glaciations. Gao (2011), au contraire, favoriserait plutôt celle voulant que ces vallées aient été creusées sous les glaciers par l'eau de fonte*.

* À ce sujet, voir mes billets suivants : lien, et lien.

En particulier, la fosse Laurentienne qui, à l'est de l'escarpement du Niagara relie la baie Georgienne au lac Ontario (voir la carte de Spencer au début du billet), aurait été excavée par érosion mécanique par les glaces (comme les Grands Lacs, du reste) et aucun vestige d'un réseau hydrographique préglaciation ne saurait s'y trouver.

Le socle du sud de l'Ontario a été fortement modifié par le passage des glaces et l'idée que, sous les sédiments meubles, se trouve un paysage préglaciaire simplement retouché par les glaciations est à abandonner.

7B) En accès libre, les mêmes travaux : Cunhai Gao : Origin of regional buried bedrock valleys in the Great Lakes region: a case study in southern Ontario.



Fig. 7B. Tirée de Gao (2011) ; vallées incises dans
le socle rocheux, sud de l'Ontario, selon différents auteurs.


8) En complément de la partie 7, voir aussi, de Sharpe et Russell (2004), téléchargeable gratuitement (of course) dans GéoGratis : Basin Analysis Applied to Modelling Buried Valleys in the Great Lakes Basin :

«More than a 100 years after Spencer (~1890)* inferred that a Tertiary Laurentian river network played a key formative role in shaping the Great Lakes basin, no clear idea of the geometry, extent and the sedimentary fill in any buried valley in southern Ontario has been established.» (Sharpe et Russell, 2004.)

* Voir section 1A et B.

9) Encore une reconstitution du drainage pré-glaciaire de l'Amérique du Nord. Sources :


  • Duk-Rodkin, A., and Hughes, O.L., 1994 – «Tertiary-Quaternary drainage of the pre-glacial MacKenzie River basin». Quaternary International, v. 22–23, p. 221–241, doi: 10.1016/1040-6182(94)90015-9.
  • James W. Sears, 2013 – «Late Oligocene–early Miocene Grand Canyon: A Canadian connection?» GSA Today, v. 23, no 11, doi: 10.1130/GSATG178A.1. (Article ici, pdf ou html.)



Fig. 9. Tirée de Sears (2013), reprise de Duk-Rodkin et Hughes (1994).
Earley Oligocene = 34 - 28 Ma.
Légende générale, pour cette carte et les autres dans Sears (2013). 1—Cypress Hills and Wood Mountain; 2—Upper Missouri River; 3—Eastern Great Basin rift; 4—Early Grand Canyon; HB—Hudson Bay; HS—Hudson Strait; LCL—Lewis and Clark Line; NAMC—Northwest Atlantic Mid-Ocean Channel; RG—Rio Grande; RMT—Rocky Mountain Trench; S SASK—South Saskatchewan River; U. COLO—Upper Colorado River.


Bonnes lectures !