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samedi 9 mai 2015

Navigation au dessus d'une île


Pont de la Chaudière (Union Bridge) sur la rivière des Outaouais, à Hull (ca. 1843-1859). L'île en forme de pot de fleurs au centre du tableau n'existe plus depuis env. 1870. Edmund Willoughby Sewell, huile sur toile. Bibliothèque et Archives Canada, no d'accès 1991-120-2, négatif de copie C-011048.


Le «même» pont, aujourd'hui. Un hors-bord évoluait cet après-midi d'amont en aval du tablier. Avec la crue printanière modeste que nous connaissons, ces manœuvres et zigzags prouvent qu'il ne subsiste aucun haut-fond à cet endroit de la rivière. Quant aux pots-de-fleurs, n'en parlons même pas ! Photo 9 mai 2015, prise depuis le pont du Portage (niveau moyen de la rivière en mai 2015 : 41,86 m).


À une certaine époque, il aurait été impossible d'évoluer en hors-bord immédiatement en aval du pont de la Chaudière à Gatineau (Hull). D'abord, parce que les hors-bord n'existaient pas ; ensuite, parce que des îles auraient été dans le chemin.

Mais j'ai déjà si souvent parlé des îles disparues dans la rivières des Outaouais... Référez-vous au billet du 8 juin 2014 pour avoir un aperçu de l'ensemble du dossier. Pour tous les billets traitant du sujet, ce lien.


Ajout (29 oct. 2015)


Avec le bas niveau de la rivière (41,25 m), le (haut-) fond de la rivière se devinerait-il ? Photo 27 oct. 2015. Le hors-bord naviguait à droite (au sud) de la zone perturbée, située dans l'axe de l'arche du pont.

samedi 20 septembre 2014

Disparitions au Chaudières : nouvelle pièce au dossier


Fig. 1. Le pont de la Chaudière sur l'Outaouais, vers 1845. Le détail intéressant est la présence de plates-formes rocheuses émergeant de la rivière en aval du pont, à droite, entre le pêcheur à la ligne (juché sur la falaise de l'île Chaudière) et l'arche du pont.
Détail d'un panneau interprétatif, parc Major, Ottawa, près de la statue du colonel By. Désolé pour les déformations dues à l'objectif de ma caméra.
La légende (Union Suspension Bridge on the Ottawa River at Bytown), est en partie fautive puisque le pont suspendu se trouvait à Hull (aujourd'hui Gatineau, rive droite de l'Outaouais) et non à Bytown (Ottawa, rive gauche). La gravure est intégrée à un plan de la ville de Bytown (Ottawa) daté de 1842 (fig. 2). Toutefois, le pont suspendu, tel que représenté ici, a existé de 1844 à 1889, et la mention «Engraved by The Ottawa Citizen» (en bas, à gauche de la gravure) nous permet d'affirmer que la gravure ne remonte pas plus haut que 1845, année de la fondation du journal.


Cette gravure qui avait jusqu'ici échappé à mon attention (fig. 1) apporte un énième témoigne sur l'existence de plates-formes rocheuses qui émergeaient autrefois de l'Outaouais en aval du pont de la Chaudière, à l'endroit de ce que j'ai nommé le «Pot-de-Fleurs» et l'«Île Plate» (voir liens plus bas).

L'arche du pont, à droite, encore visible de nos jours, permet de juger du niveau de l'Outaouais. L'eau ne semble pas particulièrement basse. À ce niveau, plus rien n'émerge de la rivière depuis belle lurette, rien non plus qui trahirait la présence sous la surface de l'eau de hauts fonds.

Je ne vais pas réécrire ici ce que j'ai déjà écrit plusieurs fois ailleurs. Je vous invite à consulter les billets suivants :

D'abord, celui-ci :
puis ces deux là :



Fig. 2. Le document en entier. Source (selon le panneau au parc Major) : NA/NMC-22557/AN ; carte : Donald Kennedy, District Surveyor, 1842.

vendredi 25 juillet 2014

Disparitions aux Chaudières : mise à jour


Je compte effectuer prochainement J'ai effectué une mise à jour partielle de ma plus récente synthèse (billet du 8 juin 2014) sur la question des îles disparues de la rivière des Outaouais, secteur des chutes Chaudières (Gatineau et Ottawa).

En attendant une autre synthèse, plus complète, voici déjà quelques images.


Fig. 1 : 1963  
1. Île Hull* à Gatineau (Québec), dans la rivière des Outaouais ; 2. Île du Parlement (plutôt une péninsule ici) à Ottawa (Ontario) ; 3. Extrémité est de l'île Victoria ; 4. Cour suprême ; 5. angle NW de la Colline du Parlement ; X. Belvédère derrière la Cour suprême d'où ont été prises les photos des figures 4 et 5. Photothèque nationale de l'air, Ottawa : photo A18339-10, 5 nov. 1963, échelle : 1/3000.
* Et non l'Île-de-Hull, quartier de la ville de Hull (maintenant partie de Gatineau).


Fig. 2. Détail de la fig. 1 (1963), redressé pour comparaison avec fig. 3. Les fils de soie dentaire arrimés aux îles sont des câbles servant à contenir des masses de bois flottant. L'île du Parlement apparaît ici couverte d'arbres tandis que l'île Hull est pratiquement réduite à l'état de plate-forme rocheuse.


Fig. 3 : 2013. © Google. Même cadrage qu'en 2. Noter l'absence des pitounes et la régularisation de la rive, au sud. L'île du Parlement n'est plus qu'un fantôme que l'on devine à travers la couche d'eau. L'île Hull a peu changé dans ses contours et son aspect, sinon qu'un arbre véritable (un saule) y pousse (cf. fig. suivantes et le billet du 19 avril dernier). On ne peut pas expliquer la disparition de l'île du Parlement par une variation du niveau de la rivière (mise en eau du barrage Carillon en 1965 1962 [correction 6 août 2014]), autrement, l'île Hull aurait été elle aussi affectée. Si une partie de la péninsule a été affectée par la régularisation de la rive, toute la zone la plus éloignée du rivage existe encore, mais décapée et submergée. Je vous renvoie à nouveau au billet du 8 juin dernier pour plus de détails.
X : belvédère derrière la Cour suprême d'où ont été prises les photos des figures 4 et 5.


Fig. 4. Île Hull, vue depuis le belvédère de la Cour suprême (X sur les fig. 1 à 3), le 12 juillet 2014. Magnifique vue sur la ville de Gatineau et les installations de la Domtar.


Fig. 5. Zoom sur l'île Hull, vue depuis le belvédère de la Cour suprême (X sur les fig. 1 à 3), le 7 juillet 2014.

dimanche 8 juin 2014

Disparitions aux Chaudières : où en sommes-nous ?


Version mise à jour du billet du 1er avril 2013.

Mise à jour, 1er oct. 2018. – Voir cette importante mise à jour à la section 4 consacrée au Pot-de-Fleurs, plus bas.

Mise à jour, 25 juillet 2014. – En juillet 2014, j'ai eu l'occasion de me rendre à la Photothèque nationale de l'air (PNA) à Ottawa. Je ne prétends pas avoir exploité de façon exhaustive ses archives et les dates que j'ai obtenues doivent être interprétées avec prudence puisque je ne dispose que de séries chronologiques très lacunaires. Le nombre de photos exploitables est limité par l'échelle (à partir de 1/15 000, l'interprétation d'éléments discrets de la topographie devient délicate) ou par la saison de la prise du cliché. La période utile à qui cherche à préciser le moment de la disparition dune 'île dans l'Outaouais se limite à l'étiage, une absence durant la crue printannière ne pouvant signifier qu'une submersion temporaire. Les ajouts résultant de l'examen des photos de la PNA sont précédés de l'indication suivante, en gras : MàJ, 25 juillet 2014. (Voir aussi le billet du 25 juillet 2014.)
Autre mise à jour (7 août 2014). – Ce billet est un véritable travail en évolution continue. La cohérence souffre des pièces rapportées que sont les mises à jour, mais que faire d'autre en attendant une nouvelle synthèse ?



Fig. 1. – Les Chaudières : détail de la carte d'Austin (1882)
Au nord, Hull, aujourd'hui Gatineau (Québec) ; au sud, Ottawa (Ontario). Les numéros correspondent aux iles disparues dont le cas est examiné ici (sauf l'île Hull, la no 6, qui existe toujours). L'île sans nom, à la droite du centre, est l'île Philemon ; l'île no 5 est hors carte : voir la fig. 2. La rose des vents indique le nord magnétique ; le nord astronomique est de 10 à 15 degrés plus à l’est.



Fig. 2. – Les Chaudières ; détail de la carte publiée par le District fédéral (1957)
La frontière Québec-Ontario contourne toujours l'emplacement des îles Russell (no 2), disparues. Du coup, le détour qu'elle fait pour passer au sud de ces îles apparaît totalement immotivé à certains (voir section consacrée aux îles Russell, plus bas). Les lignes tiretées de couleur rouge et jaune correspondent à des artères projetées, jamais réalisées.


Résumé

«Mise en blogue» de ma causerie du 26 mai 2014 devant les membres de la SHO : «Trois marmites, deux pins, un pot de fleurs et quelques îlots : disparitions aux Chaudières» (lien).
La causerie portait, faut-il le préciser, sur des îles disparues de la rivière de l'Outaouais dans le secteur des Chaudières, à Hull (Gatineai) et Ottawa. Les aspects connexes déjà traités ailleurs dans le blogue (stromatolites, marmites, «Rendre à la merveille...») ne sont pas repris ici, non plus que l'ensemble des 69 diapositives du PowerPoint qui l'accompagnait ! J’ai dû faire des choix pour éviter de trop allonger le billet.
Localisation
Secteur des Chaudières, rivière des Outaouais, à Hull (maintenant Gatineau ; Québec) et Ottawa (Ontario).
45.420308,-75.723267
Principaux billets connexes (même blogue)
«Chutes des Chaudières : description et origine», 1er janv. 2013 ;
«Chaudières : disparitions durables», 1er avril 2013 ;
«Gatineau-Ottawa : courbe immotivée ?», 4 mai 2013 ;
«Courbe immotivée (reprise, ou suite)», 29 avril 2014 ;
«Trois marmites et un souper-causerie : suite», 28 mai 2014.


Les Chaudières, rivière des Outaouais : comptabilité d'un appauvrissement


Il y a deux ans, j’ai entrepris de reconstituer les Chaudières (rivière des Outaouais, à Hull et Ottawa) dans leur état primitif, tel qu’elles étaient au début du XIXe s. Le but était de comprendre les phénomènes géologiques qui ont mené à la formation des chutes des Chaudières. Le sujet est, étonnamment, totalement négligé, les derniers textes originaux de la Commission géologique du Canada traitant de la question datant de… 1917 ! (Voir billet du premier janv. 2013, lien plus haut.)

Pour les besoins de la cause, j’ai été amené à tenir une sorte de comptabilité des îles du secteur, comptabilité de plus en plus légère à mesure que je considérais des années plus récentes, le nombre d’îles allant sans cesse diminuant avec le temps.

Ce qui m'a intrigué, ce sont moins les disparitions – la rivière a subi d'autres atteintes à son intégrité – que l'absence de toute préoccupation sur ces escamotages. La plupart de ces disparitions ne sont pas, du moins à ma connaissance, documentées. Elles sont passées inaperçues, les causes et les agents demeurant mystérieux. Pourtant, la suppression de certaines îles pourrait avoir une influence sur le tracé de la frontière Québec-Ontario (voir billets du 4 mai 2013 et du 29 avril 2014, liens plus haut.)

Je présente ici un work in progress, une sorte de rapport d'étape ; j’ai travaillé avec ce qui pour moi était évident : des cartes, des photos, des œuvres picturales. Il me reste à fouiller les archives municipales et privées pour arriver à des conclusions fermes et définitives.

C’est une promenade sur les bords de l’Outaouais, à Ottawa et Gatineau, secteur Hull, à laquelle je vous invite, une déambulation à travers la petite histoire. Une petite histoire sans personnage. Rien que de l’eau, de la roche et un peu de végétation.

L'excursion pourrait être titrée «Relation d’un appauvrissement du paysage et du milieu»..

(Le secteur des cheanux entre les îles Chaudière, Albert, Victoria, etc. (fig. 1) n'a pas été étudié. Ce sera pour une autre fois.)


Aspect historique


Voir section «Histoire d’eau et de bois» du billet du 1er avril 2013 (lien plus haut).



Fig. 3. Évolution du niveau de l'Outaouais, en amont et en aval du barrage de la Chaudière
Graphiques : © Henri Lessard, 2014.
Provenances des données (voir les références à la fin du billet pour plus de détails) :
CGC : Ells et Ami, 1901.
CPRRO : Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais (CPRRO).
31G5 : Centre d'information topographique.



Fig. 4. Évolution du niveau de l'Outaouais en aval du barrage de la Chaudière à Hull et à l'île Kettle
Graphique : SHO (1995), dans : Jeffrey Vaillancourt, Gilbert Prichonnet et Michel Lamothe, «Note de recherche : Études stratigraphique et sédimentologique de sites archéologiques du parc du Lac Leamy (Gatineau) de l’Archaïque à aujourd’hui.» Recherches amérindiennes au Québec, vol. 38, n° 1, 2008, p. 79-84. DOI: 10.7202/039749ar


Les hauts et les bas de la rivière


La première objection qu'on m'oppose quand je parle des îles disparues est qu'elles ont été noyées par la hausse du niveau de la rivière suite à la mise en eaux des nombreux barrages érigés tout le long de son cours. Objection sensée, pas nécessairement fausse, qui demande à être examinée.

Section de la rivière en amont du barrage de la Chaudière

Les données indiquent une hausse notable du niveau de la rivière par rapport à la situation d’avant la mise en eau du barrage de la Chaudière, en 1910 (barrage en hémicycle, cf. fig. 6 et 14). «Le vaste barrage en fer à cheval qui contrôle le débit des Chutes Chaudière fut érigé en 1908[-1910], haussant le niveau de la rivière de dix pieds [3 m] en amont des chutes (Aldred, p. 65).» (Voir la fig. 3, graphique à gauche.)

Déjà, en 1868, la construction d'un batardeau devant les chutes avait réduit la puissance des petits rapides des Chaudières, en amont, par hausse du niveau de la rivière (Aldred, p. 87).

Durant les épisodes de sécheresse les plus sévères, il était possible autrefois de traverser la crête de la Grande Chaudière («Great Chaudière Fall» de la fig. 1) à pied sec. Le fait s‘est produit en 1870, 1882, 1900, 1906, 1908 et 1909 (Edgar Boutet).

«The original water surface was approximately 48.0 feet above datum (Ottawa datum was the top of sill of Rideau Canal Lock #1). By 1920 after the dam was built the water level had raised four feet to 52.0 and a few islands, both real and artificial were submerged*.» Source : http://aix1.uottawa.ca/~weinberg/chaudier.html

On aimerait bien en savoir plus sur ces «few islands»... (Voir un autre passage semblable dans la section «1. Île Coffin», plus loin.)

Section de la rivière aval du barrage de la Chaudière

Les variations du niveau de l’Outaouais à Hull ont moins d’amplitude depuis la mise en eau du barrage Carillon (1965 1962 [corr. 6 août 2014]), plus de 100 km en aval des Chaudières. Si, de juillet à mars, le niveau des eaux dépassent généralement les maxima d’autrefois à pareilles dates, les crues du printemps sont moins extrêmes tandis que, le reste du temps, les minima et maxima ne s’éloignent jamais trop de la moyenne annuelle, presque plate. (Voir la fig. 3, graphique à droite, et la fig. 4.)

Toutefois, aucune des disparitions relevées dans le présent document n’a coïncidé avec la mise en eau du barrage de la Chaudière ou Carillon.

MàJ, 7 août 2014. – Tenir compte mieux que je l'ai fait jusqu'ici de la double rupture dans le système de la rivière que représente la mise en eau des barrages de la Chaudière (année) et Carillon (1962). Précisions dans un billet à venir.



Les îles


(Voir fig. 1 et 2.) Les îles dont j'étudie le cas ici existent «depuis toujours» ou, pour être plus précis, apparaissent sur la carte du major Eliot (1825), la plus ancienne à montrer le secteur des Chaudières avec une exactitude et à une échelle raisonnables (ce billet). Elles figurent toutes aussi sur de multiples cartes des XIXe et XXe s., de nombreux artistes les ont représentées dans leurs œuvres picturales. La réalité de leur existence ne peut donc pas être contestée.



1. Île Coffin

Toponyme relevé sur les cartes du XIXe s.

L'île Coffin aurait été détruite pour assurer un écoulement fluide des eaux :

«Plusieurs petites îles ont disparu [des Chaudières]*. La plupart** ont été submergées par l’élévation des eaux suite à la construction du barrage [de la Chaudière]. Au moins l’une d’elles a été détruite pour améliorer la fluidité du courant (île Coffin).» (Leclair, 1982, ma traduction.)

* Lesquelles ? On aimerait savoir… ** «La plupart» ? Et les autres ?
  

Selon Holmes (1982), l'île Coffin a été détruite en 1903-1904 pour libérer l'accès au chenal au sud de l'île Victoria.

Cas trop simple qui ne nous retiendra pas davantage.



Fig. 5. Les Chaudières en 1895 : ne reste que l'île Russell Sud (à gauche ; cf. la fig. 1).
À droite : l'île Hull (no 6 sur les fig. 1 et 2), sous son ancien nom : Lone Pine Island.
Map of the City of Ottawa, P. Ontario, and the City of Hull, P. Quebec, and their adjacent suburbs. Compiled by Jonh A. Snow and Son. Provincial Land Surveyors and C.E.ng's. From Personnal Surveys and Official Records. Scale 660 feet to One Inch. [1895] (détail ; photo prise à main levée, fortes distorsions).



Fig. 6. 1927 : plus d'île Russell du tout
L'hémicycle de barrage de la Chaudière est bien visible. Les îles Russell devraient se trouver en amont du barrage, vers au sud de l'ouvrage. Comparez avec les fig. 1 et 5.
Photothèque nationale de l’air, photo HA.246.77, 5 mai 1927.


2. Îles Russell


Toponyme relevé sur les cartes des XIXe et XXe s. ; ignoré de la Commission de toponymie du Québec et du Canada.

Une carte de 1895 (fig. 5) ne montre déjà plus que l’île Sud, la plus grande des deux îles Russell. Au nord, la carte signale un shoal (banc) de la forme de l’île manquante. L’île Sud clignote ensuite d'une carte à l'autre, tantôt présente, tantôt absente. Elle apparaît encore sur plusieurs cartes «officielles» (carte topographique de 1935, carte de la CGC de 1938, une carte du Rapport Gréber datée de 1941 ; carte topo de 1955), tandis que d'autres l'ignorent (une autre carte du Rapport Gréber datée de 1947, carte du District fédéral (fig. 2) et carte topo de 1963). Les photos aériennes ne révèlent, à l'emplacement de l'île Russell Sud, que de l'eau et des installations pour canaliser les billes de bois vers le chenal au sud de l'île Victoria* (fig. 5 et 6).

Les îles Russell ont-elles été détruites pour permettre un meilleur écoulement de l'eau vers le barrage ou parce qu'elles gênaient l'acheminement du bois de flottage vers le chenal de l'île Victoria, comme l'île Coffin ? Ont-elles simplement été submergées ? La frontière Québec-Ontario n'a pas été déplacée par leur disparition et il est amusant de voir qu'elle fait toujours un détour comme pour éviter l'île Sud (qui est tout entière au Québec). (Voir fig. 7 et 8 et les billets du 4 mai 2013 et du 29 avril 2014, liens plus haut.)

* «Outside west of the ring dam are small islands with what looks like overturned concrete huts on them. They were used to anchor log booms which guided the timber cribs down to the crib slide. This web of booms and dams was very complex.» Source : http://aix1.uottawa.ca/~weinberg/chaudier.html

MàJ, 25 juillet 2014. – Les Îles Russell n'apparaissent sur aucune des photos de la PNA examinées. En fait, elles ne se laissent même pas soupçonner sous les infrastructures de tri et d'acheminement du bois flottant vers les canaux au sud de la Grande Chaudière.

MàJ, 7 août 2014. – La mise en service du barrage de la Chaudière en 1910 pourrait expliquer la disparition des îles Russell par la hausse du niveau de la rivière de 3 m qu'elle a entraînée, comme on l'a vu plus haut. Si elles semblent bien absentes de toutes les photos de 1927 (fig. 6) et plus que j'ai pu examiner, il reste à expliquer la survie de l'île Russell Sud sur les cartes au moins jusqu'en 1955.

MàJ, 25 oct. 2014). – Holmes écrit (1982, p. 6) qu'en 1867, on avait pensé supprimer l'île Russell, pour faciliter l'alimentation en eau du chenal Bronson, en aval. L'idée n'a pas eu de suite immédiate, semble-t-il, en tout cas, on n'en trouve aucune mention dans le reste du texte de Holmes. Cependant, l'entreprise ne semblait pas déraisonnable à envisager dès le XIXe siècle.



Fig. 7. Frontière Québec-Ontario : courbe immotivée ?
Pour Google, il semble que la courbe que dessine la frontière Québec-Ontario pour contourner l'île Russell Sud disparue soit totalement immotivée. En lieu et place du gracieux lacis, Google trace une sèche ligne droite. Ligne tiretée gris sombre : frontière Québec-Ontario (erronée) de Google ; en rouge : correction manuelle de la frontière.
Image retouchée de © Google, 2013.



Fig. 8. Carte topographique «officielle»
La frontière Québec-Ontario contourne toujours l'île Russell Sud (R), malgré sa disparition.
Ottawa, Ontario - Quebec / Ottawa, Ontario - Québec, Centre d'information topographique; Cartes topographiques de Ressources naturelles Canada 31G/5 [1/50 000], (éd. 11) 1998; 1 feuille.


3. Île du Glissoir

Toponyme informel créé par l’auteur du blogue

Créé en 1829 par Ruggle's Wright pour permettre aux cages de bois de contourner les chutes de la Grande Chaudière, le glissoir empruntait pour la plus grande partie de son tracé le chenal naturel au nord de l'île Philemon (fig. 9). L'îlot qui se trouvait à l'embouchure du chenal ne devait pas représenter un obstacle rédhibitoire puisqu'il a subsisté tout le temps de l'utilisation du glissoir et même ensuite, après son abandon en 1929*.

Les «rénovations urbaines» de la fin des années 1960 bouleversent le secteur. En1973, au plus tard (d’après une photo aérienne), le chenal est devenu invisible**. Il sert au transport souterrain de produits chimiques entre des bâtiments de l’usine à papier Domptar (cf. le Musée canadien de l'histoire). La rue Laurier, entre la rue Eddy et le boul. Maisonneuve, se confond en partie avec le tracé du chenal naturel.

Le bilan dans ce cas est de deux îles en moins : l'île du Glissoir, bien sûr, et aussi l'île Philemon, toutes deux réunies au continent par l'effacement du chenal, partie naturelle et partie artificielle.

* «The channel made a convenient dumping place for the earth excavated for the complex's. [Place du Portage] foundation, completely covering over Ruggle's achievement (Holmes et Small, 1982, p. 7).»
La dernière cage a emprunté le glissoir en 1908, la dernière pitoune, en 1929.
** Jusqu'aux débuts des années 1970, le chenal a servi d'égout à la rue Principale (actuelle promenade du Portage).

MàJ, 25 juillet 2014. - Les photos de la PNA n'apportent rien de vraiment nouveau. En 1968, le chenal du glissoir apparaît déjà comblé.



Fig. 9. Glissoir de Ruggles Wright, inauguré en 1829 («Slide Channel»)
Au sud du chenal : l'île Philemon. À l'embouchure du chenal : l'île du Glissoir. La carte montre un court chenal au sud de cet îlot qui ne semble pas avoir s'être montré un obstacle trop gênant.
Plan of the survey of the upper and lower villages of Hull, the property of Ruggles Wright Esquire,1840 (montage © Henri Lessard, 2013), Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 4126337.



Fig. 10. Situation actuelle, même cadrage
© Google, 2013


4. Le Pot-de-Fleurs, ou île Restle (ou Kettle)

Pot-de-Fleurs : toponyme informel créé par l’auteur du blogue ; île Restle (ou Kettle) : toponyme attesté en 1863 (voir « Ajout, 1er oct. 2018 » à la fin de cette section).

Il y a en réalité deux pots de fleurs que j'ai un moment confondu. Le premier, celui qui apparaît sur l'aquarelle de Woolford (1821, fig. 11), a probablement servi de pilier à l'Union Bridge (pont de la Chaudière), construit en 1827-28. Il aura tout aussi probablement été détruit par la construction de l'arche en pierre de 1841 sur un îlot situé quelques m au nord (l'arche existe encore : c'est la plus au sud de la section hulloise du pont de la Chaudière ; voir les fig. 12 et 13).

En fait, c'est tout un chapelet d'îles coincées entre la Petite Chaudière et l'île Philemon qui ont servi de socle aux arches du pont de la Chaudière. Ces boutons de calcaire sont les premières véritables îles «disparues» du secteur. Il faudrait tout un billet pour bien détailler les choses.

Le second pot de fleurs, le plus volumineux, en aval du pont (fig. 12), est déjà absent d'une photo datée de 1870, ce qui ne l'empêche pas de figurer sur la carte d'Austin de 1882 (fig. 1)... 

Ce pot de fleurs aurait pu continuer à égayer le paysage sans déranger personne. D'aucuns en ont décidé autrement.

La disparition du pot de fleurs (le second) a laissé place à un îlot plat qui apparaît immédiatement en aval du pont, au nord de l'emplacement occupé autrefois par le pot de fleurs lui-même (c.-à-d. plus près de la rive). (Photos datant de 1884 à 1935, une carte médiocre de 1865 ; fig. 15.) À juger d'après les photos post-1940 que j'ai pu examiner ou celles que j'ai prises en 2012-2014, ce haut-fond n'existe plus. (À noter que d’autres photos des années 1920 et 1930 ne montrent pas cet îlot plat qui devait apparaître et disparaître au gré des variations du niveau de la rivière.) Selon la carte bathymétrique actuelle (fig. 16), rien ne laisse soupçonner l'existence d'un haut fond ou de la base d'un pot de fleurs susceptible d'émerger durant les étiages. Le fond de la rivière, en aval du pont, est plat et sans relief.

Des photos satellites récentes (par ex. Bing, 2014) montrent cependant que le fond rocheux de la rivière s'entrevoit sous la couche d'eau à l'endroit de la plate forme. (Rien à l'endroit du second pot de fleurs.)

MàJ, 25 juillet 2014. - «L'île Plate» (puisque je la baptise ainsi) allongée, distincte de l'île du pot de fleurs, est avérée de 1938 à 1950. De 1952 à 1971, des vagues ou des remous délicats à interpréter signalent sa persistance (?) sous l'eau. Cependant, en 1968, une parcelle du lit pierreux de la rivière émerge à son endroit, retenant des troncs flottants. De 1983 à 1993, un pâle «fantôme» allongé est visible à travers l'eau (cf. Bing, 2014).

MàJ, 7 août 2014. – Le pot de fleurs est trop volumineux pour que sa disparition laisse supposer autre chose qu'une destruction volontaire. Si on peut imaginer que l'île Plate a payé les frais de la mise en eau du barrage Carillon en 1962, reste à expliquer sa persistance sur les photos jusqu'en 1971. Rappelons que la carte bathymétrique ignore tant l'une que l'autre des deux iles.



Fig. 11. Pot de fleurs en aval de la chute de la Grande Chaudière, 1821
La Grande Chaudière est «visible» au fond à gauche. Hull est au nord (à droite) ; l'île Chaudière est au sud (falaise à gauche).
John Eliott Woolford, Chaudière Falls, Philemon Wright's on the Ottawa, 1821, aquarelle, Musée des Beaux-Arts du Canada, no 23440.



Fig. 12. Le pont de la Chaudière (Union Bridge) et le second pot de fleurs en 1845
Le second pot de fleurs à l'avant plan correspond à l'île no 4 sur la fig. 1. Le pot de fleurs de Woolford (fig. 11) aurait été détruit par la construction de l'arche de pierre en 1841 (il devait s'élever sous le tablier, près de la maçonnerie.) Notez que le pot de fleur représenté ici est face au pont, décalé au sud de l'axe de l'arche de pierre.
Godfrey N. Frankenstein, 1845, huile sur toile, Bibliothèque et Archives Canada, C-005250.



Fig. 13. Printemps 2013
Situation actuelle, même cadrage. L'arche du pont, toujours en usage, permet de se situer.
Photo : © H. Lessard, mai 2013.


Fig. 13 bis (ajout, 21 juin 2014)
Même site, par basses eaux, 21 juin 2014 : niveau de la rivière à Hull : 41,76 m, selon la CPRRO, soit très près de la normale (cf. fig. 4). Situation le 12 juillet 2014 : voir ce billet.
Photo : © H. Lessard, 21 juin 2014.



Fig. 14. Les Chaudières, première moitié du XXe siècle
Photo non datée (années 1930 ou 1940 ?) tirée du Rapport Gréber (1950). Hull en haut (au nord), Ottawa en bas (au sud) ; le barrage et la Grande Chaudière à gauche ; à droite, le pont de la Chaudière. Un îlot est situé en aval du pont, au nord de l'emplacement occupé autrefois par le second pot de fleurs (île no 4 de la fig. 4). À juger d'après les chutes que j'ai souvent vues plus à sec qu'elles ne le sont sur cette photo, ce haut-fond n'existe plus aujourd'hui.


AJOUTS, 1er oct. 2018 et 31 mai 2020

Nous devons à W.A. Austin cette carte du « village de Hull » datée de 1863. Je viens tout juste de la découvrir dans le site de BAnQ Québec. Le pot-de-fleurs y figure, avec, en prime, son toponyme : Restle Island. (31 mai 2020. - Une autre carte que l'on m'a fait parvenir, plus lisible, montre plutôt une Kettle Island. J'en reparlerai.) Nous pouvons réduire la fourchette des années pour la disparition de l'îlot à 1863-1870 (photo de cette années, voir plus haut).


Fig. « Ajout, no 1 ». William A. Austin, Map of the village of Hull, 25 novembre 1863 (détail), BAnQ Québec. 
Lien : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/3142407
Le pot de fleurs est au centre du détail. Lîle du Glissoir y figure également.


Fig. « Ajout, no 2 ». Détail de la figure précédente : Restle Island. (Plutôt Kettle Island ?)
L'écriture est à la limite de la lisibilité, je n'ai pour l'instant que la version mise en ligne par BAnQ, d'une définition médiocre.



Fig. 15. Carte bathymétrique de l'Outaouais
Rien ne laisse soupçonner l'existence passée d'un îlot ou d'un haut-fond en aval du pont de la Chaudière (à gauche). Par contre, on distingue une plate-forme rocheuse triangulaire accrochée à la rive sud de la rivière qui correspond à mon «île du Parlement», dans la baie à l'ouest du Parlement (à droite ; île no 6 des fig. 1 et 4).
Service hydrographique du Canada, 1998, rév. 2005.



Fig. 16a. Brewary (sic) Bay (1831)
ATTENTION ! le nord est en bas. À gauche, la future Colline du Parlement ; une péninsule dans la baie immédiatement à l'ouest. Au milieu de la rivière, la future île Hull
John Burrows, Upper and Lower Bytown, showing Lots and Streets, 1831 (détail), Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 4135481.



Fig. 16b.
Détail de la Brewary (sic) et de la Brewary (resic) Bay.



Fig. 17. Barrack Hill (future Colline du Parlement) et l'île Hull (entre 1843-1859) : Two Pines Island ?
Edmund Willoughby Sewell (1800-1890), View of Barrack Hill and the Ottawa River at Bytown (Ottawa), vers 1843-1859, huile sur toile. Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 2837003.



Fig. 18. Vue de l'Outaouais depuis la Colline du Parlement (vers 1922)
L'île Hull, à droite, verdoit, tout autant que l'île-péninsule du Parlement, à gauche. Pour que la première subsiste encore de nos jours sans changement de ses contours et que la seconde soit submergée, une hausse du niveau des eaux ne fournit pas une explication convaincante. Le pont de la Chaudière, à la droite du centre de la photo.
Anonyme, vers 1922, plaque sèche à la gélatine, MP-0000.25.176, © Musée McCord.LIEN


5. Île du Parlement

Toponyme informel créé par l’auteur du blogue

6. Île Hull

Lone Pine Island sur les documents du XIXe s. Le toponyme actuel, Île Hull, est apparu sur les cartes au début du XXe s. L’Île Hull est cependant ignorée de la Commission de toponymie du Québec et du Canada.
MàJ, 26 oct. 2014. – Une carte d'Ottawa de l'Industrial and Publicity Bureau, non datée mais qui  remonte visiblement aux années d'avant la Seconde Guerre mondiale, fait figurer la Lone Pine Island. Le toponyme a donc eu une vie plus longue que je le pensais.

Généralités. – Ces deux îles ont connu des destins parallèles qui n’ont divergé que récemment. Aujourd’hui, l’île du Parlement se trouve submergée en permanence alors que les crues laissent toujours émerger de la rivière la minuscule partie de l’île Hull où pousse un jeune saule. Or, la plupart des documents (cartes, représentations, photos) montrent que, du XIXe s. à la fin du XXe s., l’île du Parlement émergeait aussi fréquemment, et même plus généreusement, que l’île Hull (fig. 18).

Le réaménagement récent des rives de l’Outaouais est sans doute pour quelque chose dans le nouvel état de fait. Tout ceci relevant de l’histoire actuelle, je devrais facilement obtenir des réponses auprès des autorités concernées. À suivre, donc.

La carte bathymétrique de la rivière (fig. 15) montre toujours une pointe triangulaire de terre à l’emplacement de l’île ou de la presqu’île du Parlement, pointe qui n’existe plus, tandis que l’île Hull émerge toujours, et culmine à 1 m d’altitude.

Les deux îles ont été selon les époques «vertes» ou nues, réduite à des plates-formes de calcaire diaclasé sans végétation, ou presque. Le saule de l’île Hull date du tournant du millénaire (il apparaît de façon certaine sur les photos consultées en 2002). Seule l’île Hull semble avoir supporté autrefois de véritables arbres (de un à quatre pins au XIXe s. : rappelons son ancien nom, Lone Pine Island). Cartes et projets d'urbanisme de la seconde moitié du XXe siècle font de cette île et de l'île Hull des espaces verts.

L’île du Parlement

Tantôt verte ou aride, tantôt île, tantôt presqu'île, péninsule ou plateau accroché à la rive. J'aurais préféré l'«île de la Brasserie» puisque une Brewary (sic) donnait, en 1831, son nom à la baie qui l’accueille (fig. 16a et b). Les risques de confusion avec le ruisseau de la Brasserie, à Hull, en face, m'ont fait reculer.

Encore verte sur une photo de 1965, pelée et inondée en 1991, l’île du Parlement semble totalement immergée depuis au moins 1999. 

[Ajout (pour répondre à une objection). – La régularisation du profil de la rive explique en partie, mais en partie seulement, la disparition de l'île du Parlement. L'île/péninsule subsiste encore, mais sous les eaux de la rivière (fig. 19).]

L’île Hull

La raison de la présence de l’île Hull, qui existe toujours, dans cette liste d'îles disparues est que, les cartes la laissant souvent innomée, l’anonymat peut être considéré comme une forme de non-existence. L’île est ignorée de la Commission de toponymie du Canada et de la Commission de toponymie du Québec. Aussi nommée Lone Pine Island sur plusieurs cartes anciennes (fig. 5). Pourquoi pas l'île-aux-deux-Pins (peinture de Sewell, vers 1843-1859), ou même davantage (une gravure de Bouchette datée de 1828 atteste de la présence d'au moins 4 pins).

La disparition de l’une, la survie de l’autre. – En 1965 (année de la mise en eau du barrage Carillon, fig. 3 et 4), l'île du Parlement apparaît sur une photo aérienne, couverte de la végétation dense et continue (arbustes ?) qu'on lui voit sur des représentations antérieures (par ex., fig. 11). Un mince bras d'eau la sépare de la rive. Sur la même photo, l'île Hull, à 200 m en amont au milieu de la rivière, se porte beaucoup plus mal. Presque nue, sauf quelques touffes vertes ici et là, elle est scindée en deux par l'eau qui occupe la vallée qui la coupe au centre. Sur une photo datée de 1999, l'île Hull, en de meilleures circonstances pour elle, émerge en entier, quoique réduite à une plate-forme de calcaire. Or, pas de trace de l'île du Parlement, qui devrait pourtant être plus encline à se dorer au soleil. Il faudrait donc supposer que le niveau de l'eau a été haussé pour l'île du Parlement tandis qu'il aurait été baissé ou maintenu inchangé pour l'île Hull...

En août 2013, durant l’étiage, j’ai pu constater que le socle calcaire est visible sous l’eau à l’endroit de l’île du Parlement.

On peut se demander si l’île Hull serait capable aujourd’hui de fournir un terreau propice à la croissance d’un seul pin. Le saule qui y a planté ses racines au tournant du millénaire est d’une espèce qui tolère bien les sols rocailleux et les inondations périodiques. Un pin trouverait le milieu moins hospitalier. (Voit billet du 19 avril 2014.)

MàJ, 25 juillet 2014. - Péninsule orientée vers le NE plutôt qu'île sur les photos de la PNA. D'abord une terre verte sans arbres (?) en 1930 (photo sans contraste), puis boisée (buissons?) en 1938, puis franchement boisée de 1944 à 1963. L'île apparaît inondée de 1965 à 1971, le feuillage des arbres émergeant de l'eau. Des pitounes sont retenues par la végétation. En 1978 et 1983, le fantôme rocheux de l'île est visible à travers l'eau et la rive de l'Outaouais est régularisée et empierrée. C'est la situation que l'on connaît encore actuellement.

MàJ, 7 août 2014. – Comme pour l'ïle Plate, on est embêté d'attribuer la disparition de l'île-péninsule-du Parlement à la mise en eau du barrage Carillon en 1962, d'autant que l'île a subsisté jusqu'en 1971. Comme pour l'île Hull, qui ne présente plus un périmètre aussi grand que sur les photos jusqu'en 1960, la hausse du niveau de la rivière (barrage Carillon) est probablement en cause (voir le billet du 1er août 2014 et atendre la parution d'un billet en préparation). Dans le cas de l'île du Parlement, la réfection de la rive a pu jouer un rôle important.



Fig. 19. Île Hull, seule
L'île Hull, au nord, sans l'île du Parlement, dans la baie au sud (haut fond rocheux visible sous l'eau, à droite, contre la rive). Sur une photo aérienne datée de 1965, l'île Hull, moins dégagée de l'eau qui empiétait davantage sur sa surface, laissait pourtant émerger l'île du Parlement.
© Google, 2013


Conclusion

Quel dernier mot apporter à un travail encore à l'état préliminaire ? Il reste à réduire les marges d'incertitudes, le flou dans les dates, à documenter les disparitions (pourquoi ? par qui ?, etc.). L'île Russell Sud est-elle devenue un simple haut-fond comme sa jumelle Nord ou a-t-elle été détruite ?

Ce que peuvent nous révéler cartes et photos à ses limites. Des fouilles dans les archives s'imposent.

Il serait intéressant d'étendre l'enquête aux nombreuses îles en amont du site des Chaudières. Pour connaître un peu la rivière, je sais que la différence entre «une île là» et «pas d'île ici» tient à de faibles variations du niveau des eaux.



Références

  • Diane Aldred, Le Chemin d'Aylmer : une histoire illustrée / The Aylmer Road: An Illustrated History, L'Association du patrimoine d'Aylmer, Aylmer, Heritage Association, photographies par Alan Aldred, traduit de l'anglais par Claude Leahey et Rodrigue Gilbert, 1994, 256 p. ISBN 0929114124
  • Anonyme, La Capitale nationale : plan d'Ottawa et des environs et du parc de la Gatineau / The National Capital: Map of Ottawa and Environs and Gatineau Park, 4e éd. / Fourth ed., Service de l'information, Commission du District fédéral / Information Division, Federal District Commission, 1957.
  • A.W. Austin, C.E., P.L. Surveyor, Plan of the Lower Village of Hull, shewing its position relative to the city of Ottawa, the property of the heirs of the late Ruggles Wright Esquire, Toronto, Chewett & Co. Lith., 1882. Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 4126312. 
  • Louise Nathalie Boucher, Interculturalité et esprit du lieu : les paysages artialisés des chutes des Chaudières (Univ. d'Ottawa), 2012. http://www.ruor.uottawa.ca/fr/handle/10393/22800
  • Edgar Boutet, Le bon vieux temps à Hull. Tome I. Notes historiques sur l'Outaouais classées et réunies en volume par la Société historique de l'ouest du Québec, Éditions Gauvin, 1970, 170 pages.
  • Centre d'information topographique, Ottawa, Ontario - Quebec / Ottawa, Ontario - Québec. Cartes topographiques de Ressources naturelles Canada 31G/5 [1/50 000], (éd. 11) 1998; 1 feuille.
  • Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais (CPRRO).
  • Ken Desson & Associates, Historical maps of the Chaudiere: an index to significant features, Ottawa, National Capital Commission. Interpretation and Heritage Directorate Canada, 1982.
  • R.W. Ells, H.M. Ami, Geological map of the city of Ottawa and vicinity, Ontario and Quebec. CGC, 1901, carte 714, échelle : 1:63 360.
  • Jacques Gréber, Projet d’aménagement de la capitale nationale. Imprimeur du Roi, 1950.
  • Hilary Holmes, «Water Channels at the Chaudiere: Interim Report», in : Louise Leclerc et Jocelyn Guindon, Chaudière Historical Documentation: "First Round" Papers. Ottawa, National Capital Commission, Prepared for Interpretation and Heritage Directorate, National Capital Commission, June 1982.
  • Hilary Holmes et Allison Small, «Timber Slides at the Chaudière: A Description And Historical Overview», in : Louise Leclerc et Jocelyn Guindon, Chaudière Historical Documentation: "First Round" Papers. Ottawa, National Capital Commission, Prepared for Interpretation and Heritage Directorate, National Capital Commission, June 1982.
  • William S. Hunter (Jr.), Hunter's Ottawa scenery, in the Vicinity of Ottawa City, Canada, Ottawa, Wm. S. Hunter Jr., 1855. (Lithographies J.H. Bufford, Boston.)
  • Louise Leclerc, «Geology of the Chaudiere», in : Louise Leclerc et Jocelyn Guindon, Chaudière Historical Documentation: "First Round" Papers, Ottawa, National Capital Commission. Interpretation and Heritage Directorate Canada, 1982.
  • Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario, carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02.
  • Jeffrey Vaillancourt, Gilbert Prichonnet et Michel Lamothe, «Note de recherche : Études stratigraphique et sédimentologique de sites archéologiques du parc du Lac Leamy (Gatineau) de l’Archaïque à aujourd’hui.» Recherches amérindiennes au Québec, vol. 38, n° 1, 2008, p. 79-84. DOI: 10.7202/039749ar

lundi 6 mai 2013

Disparitions durables : suite no 2


Note. – Pour des raisons de droits de reproduction, je ne peux maintenir en ligne les images de la première partie de ce billet. Plutôt que de le supprimer en entier, ce qui causerait des problèmes avec d'autres qui y sont reliés, je le conserve tel qu'il était, mais sans les problématiques photos. Il vous suffit de croire mes descriptions sur parole...



Une île à 1,8 m sous la surface de l'eau

L'«île du Parlement» à Ottawa, ou étape de la disparition d'un morceau de terre sous les eaux de la rivière des Outaouais. (Île no 5 dans le billet du 1er avril 2013 (voir en particulier les ajouts 5, 6 et 7 apportés au billet le 5 avril 2014) ; voir aussi celui du 22 avril 2013.)



1965 [photo supprimée]

Île ou excroissance verdoyante accrochée à la berge de la rivière des Outaouais. Partie ouest de la Colline du Parlement, à droite.



1965 (détail) [photo supprimée]

Un chenal semble séparer l'île de la rive, ce qui nous rappelle la configuration reproduite par Robert Théberge-Trépanier dans son tableau (voir billet du 22 avril, lien au début du présent billet).



1991 [photo supprimée]

Île submergée, pelée jusqu'à l'os – ou à la pierre : on distingue (détail, plus bas) sous la couche d'eau les diaclases (ou joints) du socle calcaire qui se croisent selon les directions NW et NE.



1991 (détail) [photo supprimée]

L'existence de cette île, presqu'île ou péninsule, tout dépendant du niveau de l'eau, s'explique par un plateau rocheux de forme triangulaire accroché à la rive et qui s'élargit sous l'eau par une excroissance à 1,8 m de profondeur. Cf. carte marine du ministère des Pêches et des Océans).



2002 [photo supprimée]

La rive a été aménagée et régularisée. Des blocs de calcaire forment une digue continue. Plus de trace de l'île.



2007 [photo supprimée]

Vue plus nette. La situation n'a pas fondamentalement changée depuis.




William Notman, Barrack Hill, vers 1860, sels d'argent sur papier monté sur carton - papier albuminé, 7,3 x 7 cm, don de M. James Geoffrey Notman, N-0000.193.280.1, © Musée McCord.


Ca 1860

Le niveau de la rivière, très bas, révèle l'étendue de la plate-forme calcaire qui prolonge la rive. Des diaclases (joints) découpent les surfaces les plus proches. Voir les photos du billet du 22 avril 2013 pour des épisodes plus verdoyants de l'existence de cette île - plate-forme - péninsule (lien plus haut).



John Burrows, titre original : Upper and Lower Bytown, showing Lots and Streets (détail), 1831, CARTO12353, No MIKAN 4135481, Bibliothèque et Archives Canada

1831

La carte (attention ! le nord est en bas) montre une péninsule dans Brewary (sic) Bay, à l'ouest de Barrack Hill, dans un creux de la cuesta qui se dresse face à la rivière. De fait, une Brewary (resic) se trouvait bien à l'ouest de la future Colline du Parlement (détail, plus bas). Si ce n'était du risque de confusion avec le notoirement connu ruisseau de la Brasserie (Brewery Creek, à l'origine), à Hull (Gatineau), ce serait un nom tout trouvé pour cette presqu'île anonyme. Les fortifications sur la colline, partiellement visibles à gauche, n'ont jamais été construites. L'île en bas est l'île Hull (no 6 dans le billet du 1er avril 2013, lien au début du billet).



Détail du détail.
...


Référence

  • Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario, carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02.



Ajout (19 mai 2013)

Pour compenser la disparition des photos «interdites», cette image de notre île, ou prolongement de la rive, à une époque plus verte de son existence (à gauche). Voir billet du 22 avril pour d'autres verdures (lien plus haut). (À droite, l'île Hull, verte elle aussi, no 6 dans le billet du 1er avril 2013, lien plus haut.)


Anonyme, vers 1922, plaque sèche à la gélatine, 8 x 10 cm, don de Mr. Stanley G. Triggs, MP-0000.25.176, © Musée McCord.

Ajout (13 avril 2014)

À l'examen des photos aériennes «interdites», on doute que l'hypothèse la plus plausible à première vue pour expliquer la disparition de l'île, celle invoquant la mise en eau du barrage Carillon (1965 1962 [correction 6 août 2014]), soit la bonne*. En 1965, l'île existe toujours, et apparaît couverte de la végétation dense et continue (arbustes ?) qu'on lui voit sur d'autres représentations. Un mince bras d'eau la sépare de la rive. Autrement, elle serait une péninsule étirée vers le NE (cf. «Ajout» du 20 mai 2013). Sur la même photo, l'île Hull, à un peu plus de 200 m en amont, au milieu de la rivière, se porte beaucoup plus mal. Presque nue, sauf quelques touffes d'herbes ici et là, elle est scindée en deux îlots par l'eau qui a inondé la vallée qui la coupe au centre.
* Voir la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais.
En 1999, l'île Hull, en de meilleures circonstances pour elle, émerge en entier. Or, pas de trace de l'île du Parlement, qui pourtant devrait être plus encline à se montrer au soleil. Il faut donc supposer que le barrage Carillon a haussé le niveau de l'eau pour l'île du Parlement tandis qu'il l'a baissé ou l'a maintenu inchangé pour l'île Hull... (Les autres photos prises après 2002 ne permettent pas d'en affirmer davantage, sinon que l'île Hull est généralement plus verte qu'en 1965. L'arbre qui y pousse et s'y maintient d'année en année semble devient apparent sur les photos aériennes en 2002.)


lundi 1 avril 2013

Chaudières : disparitions durables (Ajouts et retouches)


Fig. 1. – Carte publiée par le District fédéral (1957) : détail ; secteur des chutes des Chaudières, rivière des Outaouais.
Au nord, Hull (Québec), aujourd'hui Gatineau ; au sud, Ottawa (Ontario).
Voir la fig. 4 pour les chiffres manquants et voir la «Liste des îles disparues», plus bas, pour identification de ces îles. De celles numérotées ici, seule la no 6 subsiste encore aujourd'hui (c'est à vérifier pour la 5). La frontière Québec-Ontario contourne toujours l'emplacement de l'île Russell (no 2), disparue. Du coup, le détour qu'elle faisait pour passer au sud de cette île apparaît totalement immotivé. Les lignes tiretées de couleur rouge et jaune correspondent à des artères projetées jamais réalisées.


Dans la série de billets consacrés au site des Chaudières sur la rivière des Outaouais (voir billet du premier janvier 2013 en particulier), voici le dernier-né, destiné à croître et s'enrichir, sur les...


... îles disparues du secteur des Chaudières

En 1982, Louise Leclerc écrivait, à propos du secteur des Chaudières de la rivière des Outaouais, à Gatineau et Ottawa :

«The island contours have changed through the years and the island area has increased due to the lowering of the water level with the dam and to the building of cribbed wharves.

Also many small islands have disappeared. Some were submerged when the water rose up-river from the dam when the latter was built, and at least one was destroyed so as to to better the flow of water (Coffin Island) (Leclerc, 1982 ; p.4-5).»


Histoire d'eau et de bois

Encore intact au début du XIXe siècle, le site des Chaudières s'est transformé profondément. Canaux, scieries, usines et barrages (fig. 2 et 3) ont façonné une rivière très différente du cours d'eau originel.

Au début du XIXe siècle, le bois équarri, destiné principalement à l'Angleterre, prend la place majeure dans l'économie de la région. 

«Les principaux centres d'abattages étaient situés dans le bassin de l'Outaouais qui renfermait les plus belles pinières du Québec (Hamelin et Roby, p. 214).» 

Le Traité de Réciprocité de 1854 ouvre les portes du marché américain, grand demandeur de bois de sciage. Des entrepreneurs américains trouvent profitable de construire des scieries aux Chaudières, où l'énergie hydraulique est abondante et bon marché. Les entrepreneurs locaux suivent le mouvement.

«On estime que les six scieries de la Chaudière emploient en 1870 4000 hommes (Hamelin et Roby, p. 220)[...]»

«Après 1885, les chutes servirent également à la production d'électrité [...] Le vaste barrage en fer à cheval qui contrôle le débit des Chutes Chaudière fut érigé en 1908, haussant le niveau de la rivière de dix pieds [3 m] en amont des chutes (Aldred, p. 65).»

Déjà, en 1868, la construction d'un batardeau devant les chutes avait réduit la puissance des petits rapides des Chaudières, en amont, par hausse du niveau de la rivière (cf. Aldred, p. 87 ; voir billet du 10 janv. 2013).

À partir de 1890, l'industrie se réoriente vers la production des pâtes et papiers. 

«[...] l'Outaouais a été la région la plus rapidement déboisée du Québec (Blanchette, p. 74).»


(Le but de ce qui précède n’est pas de rédiger un chapitre d'une nouvelle histoire économique de la région, mais de montrer les principales étapes qui ont mené à l’industrialisation du site des Chaudières. Et ce blogue me sert avant tout de cahier de notes. Pardonnez le fréquent décousu.)


Fig. 2. – Lithographie de Hunter, 1855. Titre original : View from Barrack Hill*: Ottawa City, Canada
Le site des Chaudières, vue vers l'ouest, en 1855. L'arc de la chute de la Grande Chaudière est à droite, derrière la silhouette du pont. Au centre, fusionnées par la perspective, l'île Victoria (à gauche) et l'île Chaudière (à droite). À l'avant-plan, à droite : l'«île anonyme» (no 6) l'île Hull, voir no 6 de la section «Liste des îles...», plus bas.
Saisie d'écran à partir d'un exemplaire disponible par Google Books.
* Barrack Hill : Colline du Parlement fédéral.

Fig. ajoutée (16 avr. 2013). – La rivière des Outaouais vue depuis la Colline du Parlement, 6 avril 2013 (montage).
Même point de vue que la gravure de Hunter (fig. 2). Le pont Cartier-Macdonald du Portage (oups...) masque en partie le pont de la Chaudière, en aval des chutes. Hunter, malgré tout son mérite, a triché. Il a gauchit l'axe de l'île Victoria et sa perspective est fausse. Depuis la Colline du Parlement, il est impossible de voir aussi loin sur la rivière. En amont des chutes, sur sa gravure, l'Outaouais semble étaler ses eaux dans de multiples et profondes baies qu'on aurait du mal à repérer sur les cartes, anciennes ou modernes. Sur la photo, l'horizon est plus bas et la vue porte moins loin. Quant au nombre, à la disposition et aux dimensions des îles, ça ferait l'objet de tout un billet... Hunter ne réussit pas non plus à nous convaincre qu'il possède un juste sens des proportions. La falaise de la Cour suprême n'est pas si haute et les rives ne sont pas si escarpées, même en tenant compte des changements qui se sont produits depuis 1855 (déboisement, constructions, niveau de l'eau, etc.). C'est ce qu'on appelle la licence artistique...

Fig. 3. – Chutes des Chaudières, rivière des Outaouais, entre Gatineau (à gauche) et Ottawa (à droite), 6 juin 2006
Vue récente du même site, prise dans la direction opposée.
La chute de la Grande Chaudière, harnachée, est à l'avant-plan.
Photo : Shanta (Flickr : http://flickr.com/photos/23817022@N00/2220015238).
License cc-by-2.0, Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Ottawa_Chaudiere_Falls.jpg


Disparitions

Un examen même distrait des cartes publiées depuis le début du XIXe siècle permet de constater au fil du temps des «omission durables» dans la rivière.

Pour l’instant, je ne peux que constater ces absences et escamotages, sans pouvoir en préciser la chronologie. Leclerc, citée plus haut, avance quelques justifications et explications : réduction délibérée du nombre d'îles ou leur simple «noyade», conséquence de la hausse du niveau des eaux en amont du barrage Chaudière, en opération depuis 1910.

Dans un cas comme dans l'autre, on peut difficilement parler de disparition naturelle.


Fig. 4. – Carte d’Austin (1882) : détail.


Les numéros correspondent aux iles disparues depuis la réalisation de la carte (voir la liste plus bas). Le nord (en bas à gauche) est le nord magnétique ; le nord astronomique est entre 10 et 15 degrés de plus vers l’est.


Liste des îles disparues

Ce qui précède vous a déjà prévenu que la liste qui suit n'est qu'une ébauche que j'espère être en mesure de compléter. Pour chaque île, j'indique :


  • la carte la plus récente faisant état de son existence ; 
  • la carte plus ancienne faisant état de sa disparition...
... la disparition elle-même s'étant produite entre ces deux dates extrêmes.
Je reprends ici comme carte de base celle d'Austin (fig. 4) qui combine l'avantage d'être assez précise et assez ancienne pour servir mes propos.

1. Île Coffin (au sud de l'île Albert, Ottawa, Ontario) ; voir fig. 4. – Détruite pour assurer un écoulement fluide du courant, selon Leclerc (1982) qui ne précise pas la date ; elle apparaît sur la carte d'Austin (1882), mais plus sur la carte topographique de 1935. (Voir cette page, site Bytown.net, 7e image.)

2. Île(s) Russell (en amont du barrage Chaudière, Gatineau, Québec) ; fig. 1 et 4. – Une île ou deux, selon les cartes et, sans doute, le niveau de la rivière. Visibles sur la carte d'Austin (1882) ; la partie sud apparaît encore sur la carte topographique de 1935 (lien plus haut) et celle de Wilson (1938, détail dans mon billet du premier janv. 2013, lien au début de ce billet) ; inexistante sur la carte du District fédéral (1957). Détruite(s) pour permettre un meilleur écoulement de l'eau vers le barrage ou simplement submergée(s) ? La frontière Québec-Ontario n'a pas été déplacée par cette disparition et il est amusant de voir qu'elle fait toujours un détour vers le sud comme pour éviter l'île (qui est tout entière au Québec) (voir la fig. 1). 
(Ajout, 20 mai 2013). – Île ignorée de la Commission de toponymie du Canada et de la Commission de toponymie du Québec.

3. Île à l'embouchure du canal de l'île Philemon (Gatineau) ; fig. 1, 4 et 5. – Encore visible sur la carte du District fédéral (1957). Elle semble avoir été amalgamée à l'ile Philemon pendant les bouleversements des années 1970. Le canal, «maintenant souterrain, sert [encore ?] au transport de produits chimiques entre» les bâtiments de l’usine à papier Eddy (maintenant Domptar) ; cf. le Musée canadien des civilisations.

4. «Pot-de-Fleurs» (en amont aval du pont de la Chaudière, Gatineau, voir billet du 5 déc. 2012) ; fig. 4. – Apparaît sur la carte d'Austin (1882). Je ne possède aucune attestation plus récente de sa présence. Détruit pour enlever cet obstacle à la navigation (?) ou pour permettre d'amener plus facilement le matériel nécessaire à la construction du pont (de fer) de la Chaudière de 1889 ? Une photo prise de William James Topley datée de 1892 (billet du 20 janv. 2013) semble suggérée que l'île n'existait plus à cette époque. 
Voir «Ajouts (2 avril 2014)», plus bas.

5. Île anonyme en amont du Parlement (Ottawa) ; fig. 1. – Tantôt île, tantôt presqu'île, péninsule ou plateau accroché à la rive ; ± boisée ou rocheuse. Apparaît sur les plus anciennes cartes (1825, billet du 23 mars 2013) et sur une multitude de photos (billet du 22 avril 2013). Encore boisée sur une photo de 1965, pelée et inondée (1991), elle semble totalement immergée depuis au moins 2002 (second billet du 6 mai 2013).
Ajout (20 mai 2013). – S'explique par un plateau rocheux accroché à la rive (1,8 m de profondeur, cf. carte du Service hydrographique du Canada reproduite en fin de billet). 


6. Île Hull* anonyme dans le prolongement de l'île Victoria (Gatineau) ; fig. 1 et 4. – Cette île existe toujours. La raison de sa présence dans cette liste est que, les cartes la laissant innomée, l’anonymat peut être considérée comme une forme de non-existence. Sa superficie varie grandement selon le niveau des eaux. Boisée au XIXe s., roc à nu depuis un bon bout de temps (voir premier billet du 6 mai 2013). Un guide des rues d'Ottawa et des environs (MapArt Publishing, 2004) l’appelle «île de Hull», mais ce toponyme est réservé à ce qui constitue le Vieux-Hull, quartier entouré par le ruisseau de la Brasserie et l’Outaouais. Quel que soit son nom, les mouettes adorent cette île.
* Ajout (14 avril 2013). – Sur les cartes qui accompagnent le Rapport Holt (1915), version en ligne, on peut lire, ou plutôt reconnaître (l'inscription étant à la limite de la lisibilité), ces mots reportés sur la petite île : «Hull Isl.». J'appellerai donc dorénavant cette île «l'île Hull», puisque ce semble bien être son nom, même officieux, malgré l'euphonique douteuse («lilolle», ou «lille-Holl», avec h aspiré). LOL ! On pourra ainsi la distinguer de l'île de Hull. Tous les autres documents officiels consultés (carte topographique, carte de la Ville de Gatineau) laissent cette île anonyme. Voir aussi la Commission de toponymie du Québec.
Ajout (20 mai 2013). – Île ignorée de la Commission de toponymie du Canada et de la Commission de toponymie du Québec. Figure sur la carte du Service hydrographique du Canada (altitude 1 m) reproduite à la fin du billet. Partie visible d'un plateau en grande partie immergé à 4 m de profondeur.
Ajout (27 juin 2013). Aussi nommée Lone Pine Island sur la carte de Chas. E. Goad (1908). Voir la fig. 2 pour la justification de ce nom ; l'île y apparaît en bas, à droite. Voir également le tableau de Sewell, datant des environs de 1850 (fig. 4 du billet du 6 mai 2013), où l'île se mériterait plutôt le nom de l'île aux deux Pins. De nos jours, se serait plutôt l'île aux milles mouettes...


Fig. 5. – Carte de Desson & Associates (1892) : détail
Partie est de l'île Philemon (si j'avais eu un meilleur document sous la main je ne vous aurais pas servi celui-ci...) et le pont Cartier-Macdonald du Portage (oups...). L'ancien îlot (no 3, en vert) qui fermait le chenal reste visible par le tracé des courbes de niveau. Au sud, l'île Victoria.


Conclusion

Il est difficile d'apporter une conclusion à un travail encore à l'état si préliminaire. Il reste à réduire les marges d'incertitudes (indiquer qu'une île est disparue entre 1882 et 1935 est à peine une information), à découvrir le pourquoi et le comment de ces disparitions. L'île Russell est-elle devenue un simple haut-fond ? Il serait intéressant d'étendre l'enquête aux nombreuses îles en amont du site des Chaudières. Pour connaître un peu la rivière, je sais que la différence entre «une île là» et «pas d'île ici» tient à de faibles variations du niveau des eaux.


Références

  • Diane Aldred, Le Chemin d'Aylmer : une histoire illustrée / The Aylmer Road: An Illustrated History, L'Association du patrimoine d'Aylmer, Aylmer, Heritage Association, photographies par Alan Aldred, traduit de l'anglais par Claude Leahey et Rodrigue Gilbert, 1994, 256 p. ISBN 0929114124
  • Anonyme, La Capitale nationale : plan d'Ottawa et des environs et du parc de la Gatineau / The National Capital: Map of Ottawa and Environs and Gatineau Park, 4e éd. / Fourth ed., Service de l'information, Commission du District fédéral / Information Division, Federal District Commission, 1957.
  • Anonyme, Ottawa & Environs, Ottawa, Peter Heller Ltd., distribué par MapArt Publishing Corporation, 2004.
  • A.W. Austin, C.E., P.L. Surveyor, Plan of the Lower Village of Hull, shewing its position relative to the city of Ottawa, the property of the heirs of the late Ruggles Wright Esquire, Toronto, Chewett & Co. Lith., 1882. Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 4126312. http://data2.archives.ca/nmc/n0020966.pdf
  • Roger Blanchette, L'Outaouais, coll. «Les régions du Québec : histoire en bref», no 12, Les Presses de l'Université Laval, 2009, 180 p. (ISBN 9782763788678)
  • Ken Desson & Associates, Historical maps of the Chaudiere: an index to significant features, Ottawa, National Capital Commission. Interpretation and Heritage Directorate Canada, 1982.
  • Chas. E. Goad (éditeur), Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908, 44 feuillets. (Carte dressée par les compagnies d'assurances pour évaluer les risques liés aux incendies.)
  • Jean Hamelin, Yves Roby, Histoire économique du Québec : 1851-1896, coll. «Histoire économique et sociale du Canada français», Montréal, Fides, 1971, 440 p.
  • Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario, carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02.
  • William S. Hunter (Jr.), Hunter's Ottawa scenery, in the Vicinity of Ottawa City, Canada, Ottawa, Wm. S. Hunter Jr., 1855. (Lithographies J.H. Bufford, Boston.)
  • Louise Leclerc, «Geology of the Chaudiere», in : Louise Leclerc et Jocelyn Guindon, Chaudière Historical Documentation: "First Round" Papers, Ottawa, National Capital Commission. Interpretation and Heritage Directorate Canada, 1982.


Ajout (2 avril 2014)

Les références ont été placées avec celles du texte principal.


Ajout 1. – Les Chaudières, à Hull (en haut) et Ottawa (en bas) : photo non datée (années 1930 ou 1940 ?) tirée du Rapport Gréber (1950). Le barrage et la Grande Chaudière à gauche ; à droite, le pont de la Chaudière. Un îlot quelconque est situé immédiatemnt en aval du pont, à un emplacement qui correspond à celui du pot-de-fleurs (île no 4). À juger d'après les chutes qui sont suvent plus à sec qu'elles le sont ici, ce haut-fond n'existe plus aujourd'hui, à supposer qu'il s'agisse bien d'un élément du lit de la rivière.


Ajout 2a. – Hull (à gauche), l'Outaouais et Ottawa (à droite), années 1930 ? Photo tirée du Rapport Gréber (1950). Autre vue du «quelque chose» à l'emplacement du pot-de-fleurs, en bas, à droite. Détail plus bas.


Ajout 2b. – Détail de la photo précédente.


Ajout 3. – Selon la carte bathymétrique moderne, rien ne laisse soupçonner l'existence passée d'un îlot en aval du pont de la Chaudière (à gauche). Par contre, on distingue la plate-forme rocheuse triangulaire accrochée à la rive sud de la rivière, qui correspond à mon «île du Parlement». (Service hydrographique du Canada, 1998.)