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samedi 17 mai 2014

Séisme de Ladysmith (ou de Shawville) : suite


Épicentre du séisme de Shawville, 17 mai 2013, 9 h 43, magn. 5,2.
© Ressources naturelles Canada


Du nouveau dans la Revue canadienne des sciences de la Terre sur le séisme de Ladysmith (ou de Shawville) qui s’est produit il y a un an (17 mai 2013). Je n’ai accès qu’au résumé gratuit. Le gras est de moi :


The 5.2 magnitude earthquake near Ladysmith, Quebec, 17 May 2013: implications for the seismotectonics of the Ottawa–Bonnechere Graben

Shutian Ma, Pascal Audet
Department of Earth Sciences, University of Ottawa, 140 Louis Pasteur, Ottawa, ON K1N 6N5, Canada.
Revue canadienne des sciences de la Terre, 2014, 51(5): 439-451, 10.1139/cjes-2013-0215


RÉSUMÉ

Le 17 mai 2013, à 13 h 43 UTC, un séisme de magnitude mN = 5,2 a eu lieu à environ 4 km de la municipalité de Ladysmith, Québec, dans la zone sismique de l’Ouest du Québec (WQU). Cet événement a engendré peu de dommages mais il représente le plus grand séisme à se produire de long de la bordure sud-ouest de la zone WQU depuis 1935 et il permet d’obtenir des restrictions sismotectoniques au graben intracratonique d’Ottawa–Bonnechère. Nous avons effectué plusieurs analyses de la secousse principale afin de déterminer les propriétés de la source et d’obtenir de l’information sur les structures géologiques. Tout d’abord, une inversion du tenseur des moments de la secousse principale a révélé un moment de magnitude MW = 4,7 avec une rupture en sens inverse sur une faille à pendage élevé, ce qui est typique des séismes dans la zone WQU. Les courbes de dispersion pour des ondes bien enregistrées de Rayleigh ont alors servi à estimer un modèle de vitesse de la croûte, lequel a servi à relocaliser les quatre plus importantes répliques. Les hypocentres des répliques relocalisées indiquent que la rupture principale a eu lieu sur une faille à pendage nord-est, antithétique aux principales failles du graben. Une comparaison des paramètres de la source et des statistiques des répliques entre le séisme de 2010 à Val-des-Bois (MW = 5,0) et celui de 2013 à Ladysmith (MW = 4,7) révèle que l’événement de 2013 a relâché un moment de réplique plus significatif. Pris ensemble, ces résultats indiquent que les failles à angle élevé du graben Ottawa–Bonnechère pourraient être réactivées dans le régime de contraintes compressives actuelles, malgré leur orientation défavorable.

mercredi 18 septembre 2013

Séismes et argile en Outaouais


Carte tirée de Ressources naturelles Canada. J'y ai ajouté la position de Quyon.


Un bon article sur un puissant séisme qui aurait causé des glissements de terrain considérables dans l’argile de la mer de Champlain (argile à Leda, argile sensible) il y a 1000 ans est paru aujourd'hui dans l’Ottawa Citizen :

«Ancient landslides offer clues powerful earthquake that rattled Ottawa», par Tom Spears, Ottawa Citizen, 17 sept. 2013, p. C2.

Évidemment, l’article soulève la question de la répétition dans le futur de pareils tremblements de terre :

«New evidence shows that an earthquake 1,000 years ago shook the Ottawa Valley with at least 10 times more strength than the quake we had in 2010*. Very close to 1000 AD, an earthquake estimated at a magnitude of 6.1 – or possibly stronger – shook this region enough to cause 10 major landslides. One of them, at Quyon, covered an area of 31 square kilometres stretching back from the Ottawa River along the Quyon River valley. And scientist Gregory Brooks, who studied the slides, says the same seismic conditions are present today.» (T. Spears)


* Séisme de Val-des-Bois, 23 juin 2010 ; voir ce billet. Voir également ce billet sur le séisme de Shawville, le 17 mai 2013.

Le village de Quyon, au Québec, est situé environ à 40 km à l’ouest de Gatineau, sur l’Outaouais.

D’autres géologues ont déjà établi que des séismes plus anciens avaient causé de volumineux glissements de terrain, toujours dans l’argile à Leda (argile marine sensible), entre Gatineau et Montréal, sur les deux rives de l’Outaouais. L'article de Spears touche un mot à leur sujet. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, un document qui fait le point sur cette question est disponible dans Internet (pdf) :

Earthquake-Induced Landsliding East Of Ottawa; A Contribution To The Ottawa Valley Landslide Project, J.M. Aylsworth and D.E. Lawrence, Geological Survey of Canada (2003).


Carte tirée de Aylswortht et Lawrence (2003). Comme indiqué dans la légende originale, Ottawa (et Gatineau) se trouvent immédiatement à l'ouest de la zone couverte par la carte.



Les cicatrices de ces anciens glissements de terrain sont connues depuis longtemps. On croyait qu’ils s’étaient produits très peu de temps après le départ de la mer de Champlain (il y a 10 000 ans à Gatineau), dans l’argile marine encore fraîche. De nouvelles datations ont montré que cette idée étaient fausse :

«Des résultats obtenus par datation radiométrique et par investigation in situ suggèrent que la région d'Ottawa a subi deux séismes géologiquement destructeurs. L'un, daté de 4550 [années] BP*, a provoqué à l'échelle régionale des glissements de terrain dans les dépôts marins d'argile sensible. L'autre, daté de 7060 [années] BP, a causé un affaissement irrégulier du sol, des étalement latéraux, et la déformation d’épais dépôts d'argiles marines et de sables remplissent une petite cuvette profonde dans la roche en place. La magnitude de ces séismes a probablement dépassé 6,5.» (Résumé tiré de l’article d’Aylsworth et Lawrence, lien plus haut.)

(*BP : Before Present, par convention l’an 1950 de notre ère, voir Wikiki.) Les deux séismes se sont donc produits 2600 et 5110 ans avant J.-C. Celui dont parle l’article du Citizen date de 1000 après J.-C. De pareils événements se produisent donc à de très larges intervalles de temps.

À quand le prochain ?

(Ajout, 19 sept. 2013). – Le prochain billet, lui, est ici.
 

vendredi 17 mai 2013

Séisme de Shawville


Épicentre du séisme de Shawville, 17 mai 2013, 9 h 43, magn. 5,2.
© Ressources naturelles Canada


Nous sortons temporairement notre Blogue-au-Bois-dormant de sa torpeur pour annoncer qu’un séisme de magnitude 5,2 (échelle de Richter) a secoué l’Outaouais à 9 h 43 ce matin. L’épicentre était situé à 18 km au NE de Shawville (Québec). L'hypocentre, ou foyer, a été calculé à 14 km de profondeur.

Une réplique de magnitude 4,1 dont l’épicentre était situé à 20 km au NE de Shawville s’est produite à 9 h 53.

Voir le site de Ressources naturelles Canada :

Voir aussi :

  • Article du Citizen d’Ottawa ;
  • Article du Droit d'Ottawa.


Comparaisons

Le hasard a voulu que je me trouve à Ottawa, exactement au même endroit que lors du séisme de 5,0 du 23 juin 2010 (voir le billets de l’époque), ce qui facilite les comparaisons. L’intensité a été beaucoup moindre cette fois. Les vibrations, assez faibles, ont duré une trentaine de secondes et rien n’a bougé autour de moi, contrairement à ce qui s’était passé en 2010. Les documents papiers entreposés dans des boîtes disposées sur des étagères avaient alors émis un bruissement continu pendant les secousses. Une sorte de shu-shu-shu. Quelle anecdote passionnante !....

La réplique de 9 h 53 ne m’a pas échappée. Elle était beaucoup plus faible que l’événement initial et n’a pas duré plus de 10 secondes.


Évidemment, tout ceci (durée, intensité) est un peu subjectif. Voir le site des Ressources naturelles Canada pour faire le plein d'objectivité. (Liens plus haut).

On ne rapporte aucun dégât.

jeudi 11 février 2010

Pas de «A» pour la 1508A

RÉSUMÉ
La carte 1508A: Generalized Bedrock Geology Ottawa-Hull, Ontario and Québec (Harrison et MacDonald, 1980, Commission géologique du Canada ; échelle 1/125 000), est basée sur une carte de compilation antérieure (MacDonald, 1967, Carleton University, Ottawa ; 1/250 000 ; ci-après nommée 67-1), laquelle comporte des inexactitudes corrigées ou signalées par l’ajout d’errata au document qui l’accompagne. L’élaboration de la 1508A semble s’être faite sans tenir compte de ces errata et reproduit donc telles quelles les erreurs de la 67-1. Si une association de pegmatites blanches et de marbre semble se répandre à travers le territoire sans égard aux roches en place, l’effet le plus regrettable de ces confusions est d’occulter l’un des épisodes majeurs de la géologie de la région de Gatineau et d’Ottawa, la montée de roches volcaniques (Cambro-Protérozoïque) dont affleurent des vestiges à Buckingham, au Québec.

COMPILATIONS
L’un des premiers documents que se procure qui veut se renseigner sur la géologie de la région de Gatineau et d’Ottawa est la carte 1508A: Generalized Bedrock Geology Ottawa-Hull, Ontario and Québec, publiée par la Commission géologique du Canada (Harrison et MacDonald, 1980). Or, à l'usage, cette carte, il n'est pas long de le constater, comporte de nombreuses inexactitudes : contours des formations géologiques décalées de plusieurs centaines de mètres par rapport à leur position sur les cartes sources originales, zones assignées erronément à telle ou telle unité lithologique, lithologies caractéristiques absentes de la légende. Ce dernier point en particulier a pour résultat de gommer un des éléments les plus remarquables de la géologie régionale : un groupe d'affleurements, reliquats d'un épisode volcanique unique dans la province de Grenville, à Buckingham (Cambro-Protérozoïque).

À l’objection prévisible qu’on pourrait opposer : la 1508A est une carte de compilation – et, qui dit compilation dit compromis, simplification et harmonisation – , il faut maintenir qu’il s’agit bien d’erreurs, et non pas d’accommodements commandés par la nécessité de synthétiser plusieurs cartes disparates en âge et en échelle.

La 1508A (échelle : 1/125 000) est basée sur une carte de compilation antérieure (MacDonald, 1967; 1/250 000) dont elle ne reprend qu’un secteur ; voir FIGURE 1. (La carte de MacDonald sera nommée ici 67-1, du numéro du rapport géologique dont elle fait partie. Voir «Références».) La 1508A, qui accompagnait à l'origine une étude signée par Bélanger et Harrison (1980), a engendré une abondante descendance, tant imprimée que virtuelle (sur CD et/ou consultable en ligne) : voir, à ce sujet, Bélanger (1998, 2008). Or, ces nouvelles versions n’amendent aucunement les lacunes de la 1508A et les diffusent même à un public plus vaste.

Le TABLEAU qui suit regroupe les principaux «reproches» que l’on peut adresser à la 1508A et la 67-1. Il n'y est fait référence qu'aux travaux cités par la 1508A («cartes sources»), et donc disponibles à l'époque de son élaboration*. La FIGURE 2 présente les légendes de ces deux cartes, la 1508A ayant calqué la sienne sur celle de la 67-1 dont elle a repris la plupart des unités lithologiques.
* La 67-1 a été dessinée d'après les versions préliminaires, parues avant 1967, de ces documents ; voir ANNEXE [À venir].

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TABLEAU : «erreurs» des cartes de compilation 67-1 et 1508A à la lumières des cartes sources
I. – Erreurs d’attribution

Les identifications fautives sont [entre crochets]. Les sites (identifiés par des lettres) apparaissent dans un ordre qui va de l’Ouest vers l’Est (FIGURE 1). Les numéros des unités lithologiques sont tirés de la légende des cartes concernées.
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Site H. – NW d'Almonte (On)
Carte 67-1. – 8. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
1508A. – [10. Nepean Formation : sandstone]
Aurait convenu : 9. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
Carte source (Livingstone, 1974). – 6. Red granodiorite and granite
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Site D. – Rive gauche de la Gatineau, au niveau de Burnet (Qc)
Site C. – W du lac Pink (Qc)
Site L. – Rive NW du lac Pink (Qc)
Cas retirés de la discussion.
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Site J.  – Rive gauche de la Gatineau, à la hauteur de Larrimac (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 5. Diorite, gabbro, anorthosite, metagabbro
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 6. Diorite, gabbro, anorthosite, metagabbro
Carte source (Béland, 1955). – Diorite
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Site F. – Cantley et Gatineau (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 8. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 9. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
Carte source (Wilson, 1920). – 2. Quinnville granite
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Site K. – Kanata (On)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait mieux convenu : 8. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait mieux convenu : 9. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
Carte source (Kirwan, 1962). – 5. Variable assemblage of granite, granite gneiss (…)
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II. – Erreurs par omission
Roches caractéristiques absentes de la légende de la 67-1 et de la 1508A. Les identifications fautives sont [entre crochets].
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Site B. – SW du lac Meech (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 67-1 ne convenait pour cet endroit.
Source («unpublished work of D.D. Hogarth») – Cas un peu limite où l'on pourrait parler d'approximation plutôt que d'une erreur. Quant au contenu probable des «travaux inédits», voir plus bas (Hogarth, 1970).
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 1508A ne convenait pour cet endroit.
Carte source (Hogarth, 1970). – 10. Potassic aplite ; 11. Intrusive carbonatite.
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Site G. – Buckingham (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 67-1 ne convenait pour cet endroit.
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 1508A ne convenait pour cet endroit.
Carte source (Wilson, 1920). – 8. Kersantite
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FIGURE 1.
Localisation des zones énumérées dans le TABLEAU.
Détail d'une photocopie de la
67-1 (MacDonald, 1967) correspondant à la partie nord de la 1508A (Harrison et MacDonald, 1980. Cette dernière étant une version mise en couleurs de la première sur un fond topographique plus détaillé (courbes de niveau, routes, agglomérations, etc.), nous ne l'avons pas fait figurer à cause de la difficulté de reproduire ici lisiblement ce document de plus de 90 cm de large. Légendes des deux cartes à la FIGURE 2. 
Cliquez sur la carte pour obtenir un document plus grand. 


GÉNÉALOGIE DE L'ERREUR
Au simple survol du TABLEAU, on constate rapidement que, sauf pour le site H où elle «innove», et, encore, de façon malencontreuse, la 1508A reprend les erreurs de la 67-1. Sans détailler les cas un à un, le fait majeur qui se dégage de l’examen du TABLEAU est la fréquence des attributions erronées de formations à l’unité lithologique «Pegmatite, white pegmatite associated with marble» (5 des 6 cas du tableau, en excluant les cas retirés). Le plus piquant est que cette association ne devrait même pas apparaître sur la 1508A : cette carte ne reprend qu’une partie de 67-1 et l’ironie a voulu que les seuls endroits où l'association «pegmatite blanche - marbre» apparaît – à bon escient, bien sûr! – sur cette dernière sont situés hors du périmètre de la 1508A**…

** La 67-1 a probablement tiré cette association de l'unité 13 la carte de Reinhardt et al. (1964), carte dont seule la moitié Est se trouve comprise dans la 1508A : «Massive, coarse-grained white granite and white pegmatite; mainly associated with marble».


FIGURE 2
Légendes des cartes 67-1 (MacDonald, 1967) et 1508A (Harrison et Bélanger, 1980)
Montage d'une (mauvaise) photocopie de la légende de la
67-1 ; annotations entre parenthèses à l'encre noire : équivalences avec la légende de la carte 1508A qui reprend essentiellement celle de la 67-1. Ne pas tenir compte des annotations à la mine de plomb.
Cliquez sur le document pour obtenir une image lisible.


* * *

Provisoirement donc, on peut conclure qu’il apparaît que la 67-1 est entachée de défectuosités qu’elle a léguées à la 1508A. Cependant, le document de trois pages qui accompagne la 67-1 contient les lignes suivantes (MacDonald, 1967, p. 3) :

ERRATA
1. Large mass at Lat. 45º40’, Long. 75º40’, marked as 6, should be 8. [Site F.]
2. Small mass east of Buckingham marked 6 should be 8. [Site G.] Area adjoining this lacks a number and should be grouped as 2. [Sans lien avec notre propos.]

[Note. – Les unités 6, 8 et 2 de la 67-1 correspondent aux unités 7, 9 et 3 de la 1508A. Voir le TABLEAU et la FIGURE 2.]

Nous découvrons finalement que la 1508A aurait dû s’inspirer totalement de la 67-1 : de la carte et des errata, qu'elle semble avoir préféré ignorer. Mais, à propos de ces errata, il faut convenir que, si le premier règle le cas du site F, l’effet de l’erratum no 2 (site G), qui prétend racheter une bévue à bon compte, est douteux puisqu’il remplace une méprise par une autre : les roches magmatiques massives et ±foliées de l'unité 8 («Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite») ne peuvent prétendre décrire des affleurements de roches subvolcaniques (kersantite de Wilson, 1920).

Cette suite de faux pas concernant le site G est d’autant plus regrettable que ces roches subvolcaniques (roches volcaniques, ou laves, datant du Cambro-Protérozoïque, selon des travaux plus récents ; voir Lafleur et Hogarth, 1981) sont uniques dans la région, sinon dans toute la province de Grenville (FIGURE 3).

Quand au site B, on peut déplorer que cette association d’un stock d’aplite et de filons de carbonatite soit effacée de la géologie locale qui se trouve ainsi appauvrie d’un autre de ses traits les plus originaux (voir TABLEAU).

Il est également désolant que la 1508A n’ait pas repris les dykes de diabase (590 Ma) à direction E-W qui recoupent les roches de la Province de Grenville. Ces dykes, associés à l’ouverture de l’océan Iapetus et à la formation du graben d’Ottawa-Bonnechère, sont pourtant présents sur la 67-1. C’est là encore un épisode essentiel de la géologie locale qui est escamoté (FIGURE 3).


FIGURE 3
Comparaison d'un même secteur (site G) d'après la carte de Wilson (1920) et la 1508A ramenées à la même échelle. 
La 1508A est une compilation de travaux plus anciens, dont, notamment, celui de Wilson. Sur la carte de Wilson, le X, à l'Est de Buckingham, signale des masses mauves assignées à l'unité lithologique «8 : Kersantite», c'est à dire des roches subvolcaniques. (Roches volcaniques, ou laves, datant du Cambro-Protérozoïque, selon des travaux récents ; voir Lafleur et Hogarth, 1981.)
La
1508A réunit ces masses en une seule, en gommant les blancs de la carte de Wilson, intervalles où aucune roche n'affleurait, ce qui est légitime, et en simplifiant les contours, ce qui se justifie aussi. (Le même traitement a été appliqué à d'autres formations.) Cependant, elle assigne à ces roches volcaniques l'unité lithologique 7 : «Pegmatite, white pegmatite associated with marble», ce qui est aussi fort que de confondre une trompette avec une machine à laver...


POSTÉRITÉ
J’ai évoqué plus haut la descendance de la 1508A. Du membre le plus récent de sa progéniture (Géologie urbaine de la région de la capitale nationale ; Bélanger, 2008), disons seulement qu'il maintient imperturbablement la tradition qu'il a reçue en héritage. L’unité de «Pegmatite, white pegmatite associated with marble» a été remplacée par une unité de «Dykes, pegmatite», tout aussi mal venue.

Si, pour le reste de son contenu, la Géologie urbaine de la région de la capitale nationale demeure un document intéressant et fouillé, le tableau «Échelle des temps géologiques» occulte malencontreusement l’orogenèse grenvillienne (ca 1300-1000 Ma), en noyant cet événement fondamental qui a vu se former le socle même de la région de Gatineau et d'Ottawa dans un vaste Protérozoïque (2500-560 Ma) non différencié.

CONCLUSION
Il est dommage qu'une publication de la Commission géologique du Canada consacrée à la géologie de la région de la capitale fédérale soit obérée par tant de défectuosités. Il est tout aussi difficilement explicable que les (très) nombreux travaux qui ont été publié depuis 1980 ne soient pas pris en compte par Géologie urbaine de la région de la capitale nationale où j’espérais trouver, avant de la consulter, une synthèse mise à jour de l’état de nos connaissances sur la géologie régionale.

J’ai laissé tomber, durant la rédaction de ce texte que je ne tenais pas à trop étirer, quelques vétilles qu’on pourrait encore reprocher à la 1508A. Par exemple, à Kanata, toutes les lithologies semblent avoir subi un glissement de ±500 m vers l’Est (Kirwan,1962). J’ai cru constater un glissement semblable aux environs de Carleton Place (Reinhardt, 1967), sans pousser l’examen de la chose plus loin.

Dernier mot...
Et si la 1508A avait raison contre les cartes source ? J’ai contre-vérifié toutes mes affirmations, basées en premier lieu par l’examen des «sources», à l’aide de travaux publiés depuis la parution de la 1508A (1980). (Je n'ai pas fait figurer ces travaux, sauf l'article de Lafleur et Hogarth, dans les «Références», pour éviter d'alourdir le présent texte.) J’ai visité les sites énumérés dans le TABLEAU (sauf H et K). Même si je ne place pas mon expertise au niveau de celle de professionnels, je peux assurer le lecteur que, en autant qu’il est possible d’exprimer une certitude, je maintiens que, concernant les points que j’ai relevés, il y a unanimité (justifiée) des sources et autres références consultés, anciennes et nouvelles, contre la 1508A.


RÉFÉRENCES
Béland, R., 1954, Preliminary report on Wakefield area, Gatineau County(***), Quebec Dep. Mines, Prelim. Rep. 298, 7 p., map.
Bélanger, J. R. 1998, «Urban geology of Canada’s National Capital Area», Geol. Assoc. of Canada, Special Paper 42, pp. 365-384.
Bélanger, J. R., 2008, Géologie urbaine de la région de la capitale nationale / Urban geology of the national capital area, CGC, Dossier public 5311, 1 DVD.
Bélanger, J. R.; Harrison, J. E., 1980, Regional Geoscience Information : Ottawa-Hull, GSC, Paper 77-11, 18 p., with 8 maps
Hogarth, D.D., 1970, Geology of the southern part of Gatineau Park, National Capital Region, GSC, Paper 70-20, 8 p., map 7-1970.
Kirwan, J.L., 1962, «Geology of part of the Townships of March, Huntley and Nepean, Carleton County», Ontario, The Canadian Field – Naturalist, Vol. 76, No. 2, pp. 108-115.
Harrison, J. E.; MacDonald, G., 1980, Generalized Bedrock Geology Ottawa-Hull, Ontario and Québec, map 1508A, [1/125 000].
Lafleur J.; Hogarth D.D., 1981, «Cambro-Proterozoic volcanism near Buckingham, Québec», Canadian Journal of Earth Sciences, Vol. 18 : 1817-1823.
Livingstone, K. W., 1974, Geology, Arnprior, Ontario (Contributions by K.W. Livingstone, P.A. Hill, A.E. Wilson, and J.L. Kirwin), GSC, map 1363A.
MacDonald, G., 1967, Geology of the Ottawa region: A compilation, Carleton University, Geol. Paper 67-1, 3 p., map.
Reinhardt, E. W.; Wilson, A. E.; Liberty, B. A., 1964, Geology, Carleton Place, Ontario, GSC, preliminary map 7-1964.
Sabourin, R. J. E., 1965, Bristol-Masham area, Pontiac and Gatineau counties(***), Quebec Dep. Nat. Res., Geol. Rep. 110, 44 p., map.
Wilson, M. E., 1920, Geology of Buckingham, Hull and Labelle Counties, Quebec, GSC, map 1691.

Base de données du ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec e-sigeom - Examine. 
Base de données des publications scientifiques du Secteur des sciences de la Terre de Ressources naturelles Canada, GEOSCAN.

(***) Version française utilisée pour l’élaboration du présent document.

* * *

ADDENDUM
J'ai rédigé ce texte en l'an 2000 et je l'ai laissé dormir au creux d'un dossier. Depuis, des travaux ont quelque peu vieilli les roches du site G. Il s'agirait de la suite volcano-plutonique alcaline de Robitaille, datant du Mésoprotérozoïque (1 milliard d'années). Mais ceci ne change rien fondamentalement quant au propos de mon exposé.

Références :
Hogarth, D.D., Rocks Of The Mason - Buckingham - Mayo Area, With Emphasis On Mesoproterozoic Igneous Types. Ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec, GM 63238, 27 pages, 1 carte (1/20 000), 2003. 31G11.
Donald D. Hogarth ; Michel J.L. Robin, «Strontium In Feldspars Of High-K Proterozoic Igneous Rocks Of The Robitaille Suite, Buckingham, Québec», The Canadian Mineralogist, oct. 2007, v. 45, no 5, p. 1293-1306.