samedi 29 septembre 2012

Hors sujet : poudingue sur Mars


À gauche, conglomérat martien (et non «roches conglomérées» comme le répètent les sources ! – je dirais même qu'il s'agit d'un poudingue, un peu moins de désinvolture avec la nomenclature, non mais !) et son semblable terrien, à droite, révélés par la sonde Curiosity. Source : Olivier Lascar, Sciences et Avenir.

À propos du cas martien, la question est : la nature des galets et sables, celle de la matrice qui tient tout ça ensemble. (Ça fait deux questions.)

Ce qui est fascinant, c'est l'absolue banalité de cette image transmise de puis Mars. À croire que la nature a horreur de l'exotisme.

Enfin, un peu d'aréographie en gros plan !

jeudi 27 septembre 2012

Stromatolites : du sérieux


Stromatolites du Transitway, à Ottawa. Photo © Henri Lessard, 29 octobre 2011. L'endroit correspond au site no 9 de Nehza et Dix (2012) ; voir en particulier leur photo 7D.


Mes stromatolites du pont Champlain à Gatineau et du Transitway à Ottawa font enfin l'objet d'une publication scientifique :

Stratigraphic restriction of stromatolites in a Middle and Upper Ordovician foreland-platform succession (Ottawa Embayment, eastern Ontario), O. Nehza et G.R. Dix, 2012 ; résumé plus bas.

Je dis «mes» stromatolites», parce que je les ai un peu adoptés à force de les photographier et de les décrire. N'empêche que cet article, c'est du sérieux, en tout cas autre chose que mes petits billets...

On ne peut cependant nier que, durant presque un an (octobre 2011 à septembre 2012), ce blogue a détenu une exclusivité mondiale et même universelle (rien de moins) sur les stromatolites du Transitway d'Ottawa : en effet, les seules photos et descriptions disponibles se trouvaient ici, dans le blogue que vous consultez. (Moment de légitime fierté.)  

L'article en question est payant (25 $) et très très technique. Avis aux amateurs, faut vraiment être mordu. Il nous apprend que les stromatolites de l'est de l'Ontario datent de l'Ordovicien moyen et supérieur (soit 472-444 millions d'années). Comme la stratigraphie de l'Ordovicien dans la région est chose discutée, que la nomenclature change d'un auteur à l'autre, je préfère m'abstenir de tout développement. Ne soyez donc pas surpris si ces stromatolites semblent passer d'une formation à l'autre selon les auteurs ou les cartes consultés. Disons que selon Nehza et Dix, les stromatolites d'Ottawa et Gatineau surviennent à différents niveaux de la formation de Pamelia (shales, calcaire, dolomie).

Voici le résumé de l'article (gratuit), à vous de décider s'il en vaut la dépense, le résumé à lui seul étant pour le moins complexe et aride...


Stratigraphic restriction of stromatolites in a Middle and Upper Ordovician foreland-platform succession (Ottawa Embayment, eastern Ontario)
Odette Nehza, George R. Dix
Revue canadienne des sciences de la Terre, 10.1139/e2012-048
Article publié sur le Web le 27 septembre 2012, manuscrit reçu le 10 mars 2012 (primeur électronique, pagination non finale).

RÉSUMÉ
Les stromatolithes sont abondants et largement disséminés dans deux minces intervalles stratigraphiques de strates de l’Ordovicien moyen (Darriwilien) et supérieur (Turinien inférieur) de l’intérieur de l’avant-pays laurentien dans le rentrant d’Ottawa de l’est de l’Ontario. Ces marqueurs lithostratigraphiques coïncident avec l’inondation rapide d’origine tectonique de l’intérieur de l’avant-pays et pourraient représenter une réponse microbienne opportuniste à la charge en nutriments associée au remaniement marin peu profond (péritidal, infratidal) de systèmes terrestres ou côtiers riches en nutriments. Le reste de la séquence (Chatfieldien–Edenien) de plate-forme-avant-pays représente une sédimentation à plus grande profondeur en réponse à des taux accrus de subsidence le long de la marge laurentienne. Si les stromatolithes sont absents de ce milieu plus énergique, de la calcite d’origine microbienne est préservée sous forme de microincrustations d’allure cocciforme sur des débris squelettiques. Les stromatolithes d’âge darriwilien sont dolomitiques, sont trouvent dans la Formation de Carillon et font partie d’une séquence régionale de recouvrement transgressif (de plus de 200 km) de sédiments péritidaux mise en place au début de l’orogénèse taconique. Des dômes stromatolithiques stratiformes à imposants (2 m de diamètre) mais de faible relief contiennent des lamines rythmiques de dolomie microscopique riche et pauvre en inclusions regroupées par des surfaces d’érosion tachées d’oxydes de fer. Les dômes contiennent également des microstructures thrombolitiques. La distribution des lamines et des isotopes stables (C, O) suggère un équilibre entre la production abiotique et microbienne de carbonates, vraisemblablement influencée par la profondeur et la température de l’eau. Les stromatolithes d’âge turinien sont calcitiques et forment une mince ([inférieur à] 8 m*) unité biostromale infratidale d’envergure régionale (plus de 80 km) à la base de la Formation de Pamelia. Leur présence définit une transition verticale abrupte d’une séquence intra-bassin de roches silicoclastiques et carbonatées phosphatiques infratidales transgressives vers une séquence inter-bassin de mudstone calcaire péritidal. Des lamines arythmiques de packestone péloïde microbien, contenant possiblement des moules d’algues eucaryotes et, localement, des microstructures de spongiostromates évaporitiques, indiquent que la salinité et l’énergie étaient des contrôles majeurs de la sédimentation. L’association stromatolithes–?eucaryotes est semblable à certaines microstructures infratidales modernes et fait partie de la diversification des communautés récifales durant l’Ordovicien.

* Il m'a été impossible d'inscrire le symbole «inférieur à» sans avoir des problèmes avec les balises html.


Stromatolites du pont Champlain à Gatineau (lien au début du billet). © Photo Henri Lessard, octobre 2007. À l'époque, je prenais encore le temps de numéroter mes photos... 
L'endroit correspond au site no 8 de Nehza et Dix (2012) ; voir en particulier leur photo 7B.


Ajout, 28 sept. 2012, après lecture de l'article de Nehza et Dix (2012)
Les stromatolites calcitiques du pont Champlain et du Transitway se retrouvent dans la formation de Pamelia (Ordovicien supérieur, 461-444 millions d'années) de plate-forme du Saint-Laurent, rentrant d'Ottawa. Ils se sont développés dans des sédiments péritidaux. Il existe deux niveaux de stromatolites, séparés par moins de 2 mètres, ce qui confirme pour l'essentiel (à 2 mètres près...), les corrélations que j'avais tentées entre ceux du pont Champlain (niveau inférieur) et du Transitway (niveaux inférieur et supérieur).


Stromatolites du Transitway, à Ottawa, formation de Pamelia. Photo © Henri Lessard, 29 octobre 2011. Reprise (en entier) de la photo qui ouvre ce billet.
S : stromatolites du niveau supérieur (à droite du S, la partie montrée en détail au début de ce billet) ;
I : stromatolites du niveau inférieur : le dôme clair à la droite du I est sans doute l'un des stromatolites de ce niveau qui correspondent à ceux du pont Champlain, à Gatineau. Ces stromatolites du niveau inférieur du Transitway avaient échappé à mon attention. Il est vrai que je n'ai pas eu accès au parois, interdites au public, à l'inverse de Nehza et Dix qui on pu aller chatouiller ces stromatolites in situ...



mercredi 19 septembre 2012

Safari photo à Grenville


Autoroute 50 près de Grenville. Photo © Bernard Magnan, 2012.


Voici, pour votre ébaudissement, un échantillon de photos des tranchées de l'autoroute 50 que M. Bernard Magnan m'a récemment envoyées. La section considérée ici, encore toute neuve et riche d'affleurements frais, s'étend à l'ouest de la jonction de la 344, au nord de la ville de Grenville*.

* Ville éponyme de la province (géologique) de Grenville, en conséquence des travaux de Logan, premier directeur de la Commission géologique du Canada, dans les années 1850. Ce serait un sujet à développer...

Il est dificile d'identifier des roches simplement par photo. Corrigeons : il est souvent facile d'identifier des roches par photo, avec le risque toutefois de commettre, pour des cas particuliers, des erreurs plutôt gênantes.

Je me contenterai donc de dire, en attendant d'aller y voir, que l'on trouve dans ce secteur des paragneiss à grenat mêlés de quartzite, du marbre et le cortège de roches calco-silicatées (skarns) qui ne manque jamais de l'accompagner, des gneiss granitiques, des monzonites et des mangérites granulitiques, du gabbro, du granite et des pegmatites. Une géologie plutôt bigarrée, quoi...


Autoroute 50 près de Grenville. Photo © Bernard Magnan, 2012.

Autoroute 50 près de Grenville. Photo © Bernard Magnan, 2012.


Ces roches (grosso modo, les mêmes que dans l'Outaouais) font partie de la province de Grenville (Bouclier canadien) et sont âgées d'environ 1,2 milliard d'années, sauf les quelques discrets dykes de diabase, datés de 600 millions d'années (et présent d'ailleurs aussi en Outaouais). Au NE des affleurements photographiés, recoupant tout ce qui précède, on trouve le pluton syénitique de Chatham-Grenville, plus récent, âgé de 530 millions d'années.

Bien sûr, j'ai mon idée sur la nature des roches photographiées par M. Magnan. C'est parfois si évident qu'il faut que je me retienne à quatre mains pour ne pas ajouter quelques mots aux légendes des photos. Mais, comme le certain et l'hypothétique ne sont reconnaissables qu'à leurs extrémités opposées et que la frontière entre-eux est floue et mouvante, je préfère ne rien dire, Prudence et Retenue me soufflant de m'abstenir...

Merci à M. Magnan de m'avoir transmis ces photos et de m'avoir permis de les utiliser ici.


RÉFÉRENCE
A.R. Philpotts, 1976, Canton de Grenville (partie SE) : rapport géologique 156, ministère des Richesses naturelles (Québec), 1976, 44 pages (avec carte 1803, au 1/12 000).


Autoroute 50 près de Grenville. Photo © Bernard Magnan, 2012.

mercredi 12 septembre 2012

Opinion intempestive


Ce calcaire, une tempestite (accumulation de débris grossiers emportés vers le large durant une tempête), de n'a pas de rapport direct avec ce qui suit, mais son nom convient bien me semble-t-il à ce «billet d'opinion», l'un des rares de ce blogue. (Ottawa, cathédrale Sainte-Brigid, oct. 2011.)

«La vérité ne sort pas de la bouche de ceux qui émettent des opinions, mais de ceux qui analysent les faits de manière rigoureuse et le prouvent.» Valérie Borde

Autant dire que la vérité ne se fait pas entendre souvent, et pas à beaucoup d'endroit...

samedi 1 septembre 2012

(Presque) hors sujet : le hasard frappe deux fois


Court moment de vacuité en ce début de la fin de semaine de la fête du Travail.

Chutes de Luskville, parc de la Gatineau, date et auteur inconnus.


Contrairement à la foudre, le hasard peut frapper deux fois au même endroit.

Près des bacs de recyclage, au rez-de-chaussée de mon immeuble, un carton contenait des cadres vides abandonnés en vrac. Même si plusieurs étaient en bon état, j'ai préféré laisser tout le lot à d'autres amateurs. (Ma collection de cadres non utilisés est déjà suffisamment riche.)

Dans l'un des cadres mis au rebut, par contre, une photo était restée (voir le scan de cette photo au début du billet).

À peu de chose près, c'est l'exacte contrepartie d'un cliché que j'avais pris il y a trois ans :

Chutes de Luskville, parc de la Gatineau, juillet 2009, photographe : votre serviteur.


Étonnement.

C'est la seconde fois qu'une chose semblable survient, et pour le même site.

Réfléchissons.
  • Les chutes de Luskville (et, avec elles, le sentier qui longe le ruisseau alimentant les chutes, ainsi les belvédères le long dudit sentier) sont un endroit très courus de la région ;
  • La preuve, le billet que je leur ai consacré se maintient en tête des plus consultés de ce blogue ;
  • Il est donc normal que ce site populaire soit fréquemment photographié, et par de nombreuses personnes ;
  • La configuration du site, chutes et sentier, fait que les points de vue possibles et les cadrages intéressants sont en nombre limité ;
  • Donc, les milliers de visiteurs prennent des centaines de milliers de photos qui, forcément, se ressemblent entre elles ;
  • Il est normal que ces nombreuses photos tombent sous les yeux de nombreuses personnes ;
  • Conclusion : il est donc normal de croire reconnaître ses propres photos dans, par exemple, le débarras d'autrui.
Bref, si tout est normal, pourquoi vous énervez-vous ?