samedi 25 avril 2015

Laves d'Avoca (suite et ajout)

Complément au billet précédent.


Photo Lafleur et Hogarth (1981).
...


Mon matétiel ne me permet par de fournir de vues détaillées de l'échantillon du dyke de lave(?) du chemin Avoca, à l'est de Gatineau (voir billet précédent). Cette reproduction d'une microphotographie d'une lave (trachyandésite) de Gatineau, secteur Buckingham (Lafleur et Hogarth, 1981) donne un bonne idée de ce que je peux voir avec mon microscope 60x.

La légende originale de la photo se lit comme suit : «Euhedral and skeletal oligoclase laths in trachytic alignment in microporphyritic trachyandesite

On pourrait en extraire l'information utile à notre propos sans trahir les auteurs en disant les choses ainsi : «Bâtonnets bien formés ou résiduels de feldspath dans une lave (trachyandésite) microporphyrique.»

«Les épanchements des trachyandésites sont de type subaérien et proviennent d'orifices en échelon ou de fissures. » (Tiré du résumé de l'article de Lafleur et Hogarth. C'est moi qui souligne.)

La trachyandésite de Lafleur et Hogarth (1981) correspond à la kersantite aphanatique de Wilson (1920). La roche a été provisoirement datée du Cambro-Protérozoïque (540 millions d'années) par Lafleur et Hogarth avant d'être assignée par Hogarth (2003) à la suite volcanique et plutonique de Robitaille datée de 1060 millions d'années.

Référence (voir billet précédent pour les articles qui y sont déjà cités.)


Ajout, ou notes à moi-même (26 avril 2015)

Philpotts (1976) signale de minces dykes de lamprophyre qui recoupent un marbre et une pegmatite près du pluton de syénite de Chatham-Grenville, à l'est du dyke du chemin Avoca. Si le pluton a été daté de 530 millions d'années, l'âge de ces dykes est incertain, et rien n'indique un lien entre eux et le pluton. Le lamprophyre forme de minces dykes (60 cm x plusieurs centaines de m). Il s'agit d'une roche grise à patine brun grisâtre, à grain fin et porphyrique. Les phénocristaux de hornblende et de biotite sont sertis dans une matrice de plagioclase, de magnétite, de hornblende et de biotite. Quelques dykes contiennent de gros phénocristaux de plagioclase altéré.

Dupuy (réf. dans le billet du 24 avril 2015) mentionne que les dykes de diabase du faisceau de Grenville (590 millions d'années) de la région de Papineauville (à l'ouest du chemin Avoca), habituellement à grain moyen ou grossier, peuvent, quand ils sont minces (moins d'un m), être à granulométrie très fine et même aphanatique. Mais les dykes de diabase sont de direction est-ouest alors que le dyke du chemin Avoca est de direction ±NW.
http://geo-outaouais.blogspot.ca/2009/11/geo-chronologie-de-loutaouais.html

Référence nouvelle

A.R. Philpotts, Partie sud-est du canton de Grenville, ministère des Richesses naturelles, Québec, RG-156, 1976, 44 pages, avec une carte (1/12 000).

vendredi 24 avril 2015

Lave ? du chemin Avoca


Lire le commentaire de JLC et ma réponse pour voir d'autres aspects de la question.

Lire aussi la suite (billet du 25 avril 2015).


Falaise de marbre blanc traversée par deux dykes sombres ; l'un, mince et vertical, l'autre, plus large et à l'horizontale. (Le mince «dyke» vertical, à droite, est une coulisse laissée par l'eau qui s'écoule.) Autoroute 50, près du chemin Acoca, entre Gatineau et Montréal. Photo 12 avril 2015.


Résumé

Dykes mélanocrates (sombres) dans un marbre de Grenville âgé de plus d'un milliard d'années.
On se questionne sur leur nature : intrusions superficielles (laves) ou intrusions profondes disloquées et dispersées par les pressions tectoniques ?
Localisation
Autoroute 50 et chemin Avoca, bretelle d'accès vers l'ouest.
31G/10
45.651050, -74.752419


Ce billet se termine par un aveu d'ignorance. Soyez-en informė.

Les affleurements de marbre du sud-ouest du Québec (marbre de Grenville) apparaissent habituellement lardés de bancs de roches diverses et traversés d'intrusions magmatiques de toutes sortes. Les deux dykes sombres (mélanocrates) dans la falaise de marbre blanc de la photo n'ont donc rien pour surprendre à première vue.

Le plus large des deux dykes, coudé à l'horizontale au sommet de la falaise, a été disloqué, ainsi que l'indique la rupture franche à son extrémité gauche, et entraîné par un mouvement de fluage du marbre loin des autres fragments du corps d'origine.

Tout à côté, un petit dykelet vertical traverse le marbre de haut en bas.

Or, il est difficile d'admettre que la trituration en profondeur de la masse rocheuse, capable de rompre et de basculer le dyke le plus large pour l'amener tout près du plus mince aie épargné ce dernier, qui serait demeuré intact, tout droit et tout d'une pièce, indifférent aux bouleversement général.

On pourrait arguer qu'un bon intervalle de temps a séparé l'intrusion de chacun des dykes ; le dyke horizontal, pour parler en termes idoines, serait pré-tectonique (et pré-fluage) ; le dyke vertical, post-tectonique (post-fluage). Peu probable, surtout que l'intervalle a pu se mesurer en millions d'années et aussi compte tenu de leur similarité d'aspect et, sans doute aussi, de nature.

Les deux intrusions sont en effet d'aspect similaire : noires, contacts francs et rectilignes avec le marbre. Je n'ai pu échantillonner que le dyke vertical, l'autre étant hors de portée.

Le dyke vertical est formée d'une roche gris sombre à grain très fin, de l'ordre du dixième de mm, ce qui n'aide pas à en déterminer la minéralogie. Cependant, de fines aiguilles de feldspath clair (< 0,1 mm x < 30 mm) apparaissent dispersées dans la matrice sombre. On dit d'une roche présentant cet aspect qu'elle a une texture porphyrique, caractéristique des laves. Les minces baguettes des phénocristaux soulignent l'évidence, à savoir que la roche n'a subie aucune contrainte tectonique après son refroidissement qui aurait provoqué la déformation ou la recristallisation de sa matière. J'ai pu distinguer aussi de très fins cristaux de mica noir.

Habituellement, les roches magmatiques qui recoupent les marbres grenvilliens sont des granites ou des gabbros bien grenus qui se sont cristallisés dans les profondeurs de l'écorce terrestre.

La rupture et le transport du dyke horizontal, culbuté et se terminant en cul-de-sac anguleux, cassé net, se sont produits dans les profondeurs de la croûte terrestre, là où les roches sont ductiles et dociles aux pressions tectoniques.. Au contraire, la texture du dyke vertical, semé d'aiguilles fines de feldspath, suppose une mise en place dans les étages supérieurs de la croûte, donc sous de faibles pressions.

Enfin, les contacts des dykes avec le marbre, nets et rectilignes, supposent des mise en place dans des conditions similaires de calme, pré ou post- tectonique.

Alors ?

Argument pour une origine profonde des dykes
  • Rupture et transport du dyke le plus large par fluage du marbre.
Argument pour une mise en place à un niveau superficiel des dykes
  • Texture porphyrique du dyke le plus mince.
Arguments pour une mise en place simultanée des dykes
  • Identité de leur aspect ; même contact franc et net avec le marbre.
Argument contre une mise en place simultanée des dykes
  • Le fluage du marbre qui a rompu le dyke horizontal aurait disloqué le mince dyke voisin.
Argument indifférent
  • Les contacts francs et nets avec le marbre conviennent à une mise en place profonde ou superficielle des magmas.

Alors, je sais pas comment départager ces contradictions.

Affaire à suivre.


Complément pour les mordus

On sait qu'il existe des laves à Gatineau, dans le secteur Buckingham* (kersantite de Wilson, trachyte-latite et kérantite de la suite de Robitaille, décrite par Hogarth qui l'a datée de 1060 milliard d'années). Selon Dupuy et al., on trouve des petits corps de latite à l'ouest de Saint-André-Avellin, entre Gatineau et notre affleurement de la 50. Il s'agit d'une roche microgrenue porphyrique. Certaines laves de Buckingham ressemblent aussi, par leurs aiguilles de feldspath éparses, à la roche du chemin Avoca.

* J'en ai vaguement parlé dans un vieux billet (11 février 2010, «Pas de «A» pour la 1508A»). Faudrait que j'y revienne plus longuement.


Références

  • Dupuy H., Sharma K.N.M. et al., Carte de la région de Thurso-Papineauville. MÉRQ, MB 89 08, 1989, 1/20 000.
  • Hogarth, D.D., Rocks Of The Mason - Buckingham - Mayo Area, With Emphasis On Mesoproterozoic Igneous Types. Ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec, GM 63238, 27 pages, 1 carte (1/20 000), 2003. 31G11.
  • Donald D. Hogarth ; Michel J.L. Robin, «Strontium In Feldspars Of High-K Proterozoic Igneous Rocks Of The Robitaille Suite, Buckingham, Québec», The Canadian Mineralogist, oct. 2007, v. 45, no 5, p. 1293-1306.
  • Wilson, M. E., Geology of Buckingham, Hull and Labelle Counties, Quebec, GSC, map 1691, 1920, 1/63 360.



Vue rapprochée des dykes. Photo 19 avril 2015.



Le dyke vertical, large d'un peu moins d'un mètre. Le contact avec le marbre blanc est franc et rectiligne. Photo 19 avril 2015.



Ils ne se touchent pas, ne se recoupent pas non plus... Photo 19 avril 2015.

samedi 18 avril 2015

Cinquante blocs de grès


Ruines des fondations de la maison du colonel By à Ottawa, Major's Hill (parc Major). Photo 5 avril 2015.


J'ai remis en ligne mon billet du 7 avril dernier.

mardi 7 avril 2015

Presque cinquante blocs de grès


Ruines et monument de la maison du colonel By à Ottawa, Major's Hill (parc Major). Photo 5 avril 2015.


Résumé

Tentative sans prétentions scientifiques d'évaluer la nature des blocs du till glaciaire du centre-ville d'Ottawa à partir des pierres ayant servi aux fondations de la maison du colonel By, construite à la fin des années 1820.
Autres billets connexes
19 nov. 2014, «Les chemins des erratiques», et suivre les liens vers d'autres billets


«La maison du Colonel By, qui était située sur Major's Hill* [...] à Bytown [Ottawa], a été la résidence officielle de cet ingénieur qui supervisait les travaux de construction du canal Rideau [1826-1832]. [...] La maison a été détruite par les flammes en 1849. [...] L'emplacement exact de la maison a été un mystère pendant plus de 100 ans jusqu'en 1972 lorsque l'historienne Dr. Mary Burns a effectué des recherches archéologiques pour la Commission de la Capitale Nationale.» Adapté de Wikiki. Voir la page du site de la Commission de la capitale nationale (CCN) consacrée Major's Hill.

* L'appellation populaire est «parc Major».

1826, c'est le début des travaux du canal Rideau, c'est aussi le tout début de l'histoire de la ville d'Ottawa (d'abord Bytown, un simple village, avant de devenir Ottawa en 1855), le terrain était vierge, on s'affairait à construire le canal Rideau qui allait réunir le Saint-Laurent à l'Outaouais. Dans ces conditions, je présume que, lorsqu'il a été question d'ériger la maison du superviseur des travaux, le colonel By, on s'est contenté des roches qui tombaient sous la main dans les alentours immédiats, dans un sol non encore bouleversé par l'occupation humaine. (La maison est au sommet d'une cuesta dont le front domine la rivière du haut de ses quelques 35 m.) De fait, un examen rapide des vestiges des fondations montre qu'il y a un peu de tout : des gneiss et des granites du Bouclier canadien, lequel se trouve à moins de 7 km au nord, du calcaire et d'autres roches sédimentaires on ne peut plus locales.

Parmi celles-ci, des blocs de grès, minoritaires, mais en quantités non négligeables. La majorité de toutes ces pierres sont des blocs erratiques apportés par les glaciers. Quelques blocs de calcaire ont sans doute été prélevés des affleurements qui abondent autour. 

Cette restriction mise à part, on a de bonnes raisons de croire, en tout cas de supposer légitimement, que les pierres des fondations offrent un échantillonnage assez représentatif des pierres du till glaciaire local tel qu'il était à cet endroit avant que l'urbanisation ne bouleverse tout.

J'ai donc compté les pierres une à une, histoire d'en savoir plus sur ce till local.


Pierres des fondations de la maison du colonel By au parc Major

    (Décompte initial supprimé ; les blocs sont actuellement en recomptage. Disons simplement pour l'instant qu'un examen rapide m'a permis de répertorier 48 blocs de grès parmi les 600 et quelques blocs des fondations. Même en me supposant un taux d'erreur énorme dans l'identification des roches (pour le nombre total de blocs, la marge d'erreur ne doit pas être énorme), la proportion de grès reste sans commune avec celle de l'Île-de-Hull*.)

* Il faut avouer que les conditions du décompte initial (5 avril 2015) n'étaient pas idéales. Pour ne pas trop attirer l'attention – le parc est un endroit très passant – je me suis contenté de compter les blocs en tournant autour des six moignons plus ou moins réguliers qui subsistent des fondations, les mains dans les poches. Le résultat du premier décompte est donc approximatif dans la mesure où certains blocs ont sans doute été compté deux fois, d'autres, pas du tout... De même, l'identification des roches s'est faite de manière purement visuelle. Il n'était pas question d'entretenir en public un tête-à tête-trop étroit et trop prolongé avec chaque bloc, ni de tester sa dureté. Il s'agit de ruines historiques, interdiction de rayer les pierres pour juger de leur dureté et de leur composition, par exemple. Bref, mes résultats étaient et sont encore approximatifs, mais je pense qu'ils sont quand même globalement justes.

J'ai déjà signalé la grande rareté du grès de Nepean dans le till glaciaire de l'Île-de-Hull (d'après les blocs sur les pelouses, l'examen d'excavation et un repérage des roches ici et là, voir le billet du 19 nov. 2014, lien plus haut). Cinq blocs erratiques de grès pour toute l'Île à ce jour - et encore, je ne peux garantir qu'ils sont tous «d'origine» et que certains n'ont pas été déménagés pour garnir une pelouse ou un parc. Remarquez que je n'ai pas ratissé toute l'Île et que mon recensement n'a aucune prétention scientifique.

N'empêche que les ruines de la maison By sont beaucoup plus riches en grès, en nombre absolu et en proportions, que toute l'Île-de-Hull.

Est-ce que les constructeurs de la maison ont favorisé le grès, roche dure ? Je ne crois pas, si l'on tient compte du grand nombre de calcaire friable et fissible et friable que j'ai vu. L'impression, je me répète, est qu'ils ont pris ce qui leur tombait sous la main.

S'il y a tant de grès à Ottawa, pourquoi boude-t-il l'Île-de-Hull ? Le parc Major est à l'est de l'Île, à la même distance que celle-ci des sources potentielles de grès, au nord de Gatineau. Le till glaciaire ne devrait montrer aucune variation à ces endroits.


Détail modifié de la carte de Sandford et Arnott, 2010. 
Certains éléments de la cartes sont décrits dans d'anciens billets (voir liens au début du présent billet).Légende très simplifiée
Précambrien ; province de Grenville du Bouclier canadien, plus d'un milliard d'années
  • Blanc : roches métamorphiques et plutoniques.
Plate-forme du Saint-Laurent ; Cambro-ordovicien et Ordovicien, ca 515-445 millions d'années
  • Jaune : grès de Nepean. Orangé, teintes de bleu et de gris: calcaire, dolomie, grès et shales.
Lignes noires : failles.

Annotations (H. Lessard, 15 nov. 2014, 6 avril 2015)
Flèches noires : trajectoires des glaciers (NW-SE ou N-S) ; CB : maison du colonel By ; G : rivière Gatineau ; O : rivière des Outaouais ; 1. Affleurement de gneiss signalé par Hogarth (1970) ; 2. bloc erratique de grès du parc de la Gatineau ; 3. Source possible du bloc du point 4 (Île-de-Hull) en supposant un mouvement des glaces plein sud ; 4. Blocs erratiques de grès de l'Île-de-Hull.
Remarques. – Plusieurs blocs de grès sont visibles dans l'Île-de-Hull ; par commodité, ils sont tous représentés par le point 4 sur la carte, l'échelle rendant inutile un surcroît de précision. Les flèches qui partent des points 1 et 3 ne dessinent que quelques trajets possibles parmi tous ceux qui, venant du nord ou du N-W, ont pu aboutir aux points 2 et 4. Strictement parlant, la direction N-S (flèche entre les points 3 et 4) n'a été enregistrée que dans la partie est du secteur représenté ici. J'extrapole peut-être un peu en supposant ce mouvement possible à partir du point 3. Les erratiques du point 4 proviendraient plus probablement des alentours des points 1 et CB (mouvement vers NW-SE).
* Liens plus haut, au début du billet.


Références
  • Hogarth, D.D., 1970, Geology of the southern part of Gatineau Park, National Capital Region, GSC, Paper 70-20, 8 p., map 7-1970.
  • Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State, Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes)


Angle SW des fondations la maison du colonel By, parc Major. Photo 5 avril 2015.


Détail des ruines d'un pan des fondations la maison du colonel By, parc Major. Photo 5 avril 2015.


Mêmes ruines, autre morceau. Il y a un peu de tout. En vrac : granite, gneiss, calcaire et grès... Photo 5 avril 2015.

lundi 30 mars 2015

Gabbro pincé


Version longue d'un billet écourté (13 nov. 2014).



Zone de cisaillement de Maberly, route 7, à l'est de Maberly (Ontario), 12 octobre 2014.


Lentille de gabbro à hornblende pincée dans des gneiss droits (détail). Les cristaux de hornblende (en noir) ont l'allure de têtards glissant les uns sur les autres. 

Vue avec arm's length de recul, comme on dit (visée vers l'E) :





Deux dernières photos : vues de l'extrémité opposée du même affleurement (visée vers l'W). Certains rubans, étirés et comprimés par les forces tectoniques, se pincent et s'évasent tandis que d'autres conservent des bords relativement parallèles.






Élégance des courbes.