vendredi 25 juillet 2014

Disparitions aux Chaudières : mise à jour


Je compte effectuer prochainement J'ai effectué une mise à jour partielle de ma plus récente synthèse (billet du 8 juin 2014) sur la question des îles disparues de la rivière des Outaouais, secteur des chutes Chaudières (Gatineau et Ottawa).

En attendant une autre synthèse, plus complète, voici déjà quelques images.


Fig. 1.  
1. Île Hull* à Gatineau (Québec), dans la rivière des Outaouais ; 2. Île du Parlement (plutôt une péninsule ici) à Ottawa (Ontario) ; 3. Extrémité est de l'île Victoria ; 4. Cour suprême ; 5. angle NW de la Colline du Parlement ; X. Belvédère derrière la Cour suprême d'où ont été prises les photos des figures 4 et 5. Photothèque nationale de l'air, Ottawa : photo A18339-10, 5 nov. 1963, échelle : 1/3000.
* Et non l'Île-de-Hull, quartier de la ville de Hull (maintenant partie de Gatineau).


Fig. 2. Détail de la fig. 1, redressé pour comparaison avec fig. 3. Les fils de soie dentaire arrimés aux îles sont des câbles servant à contenir des masses de bois flottant. L'île du Parlement apparaît ici couverte d'arbres tandis que l'île Hull est pratiquement réduite à l'état de plate-forme rocheuse.


Fig. 3. © Google, 2013. Même cadrage qu'en 2. Noter l'absence des pitounes et la régularisation de la rive, au sud. L'île du Parlement n'est plus qu'un fantôme que l'on devine à travers la couche d'eau. L'île Hull a peu changé dans ses contours et son aspect, sinon qu'un arbre véritable (un saule) y pousse (cf. fig. suivantes et le billet du 19 avril dernier). On ne peut pas expliquer la disparition de l'île du Parlement par une variation du niveau de la rivière (mise en eau du barrage Carillon en 1965), autrement, l'île Hull aurait été elle aussi affecté. Je vous renvoie à nouveau au billet du 8 juin dernier pour plus de détails.
X : belvédère derrière la Cour suprême d'où ont été prises les photos des figures 4 et 5.


Fig. 4. Île Hull, vue depuis le belvédère de la Cour suprême (X sur les fig. 1 à 3), le 12 juillet 2014. Magnifique vue sur la ville de Gatineau et les installations de la Domtar.


Fig. 5. Zoom sur l'île Hull, vue depuis le belvédère de la Cour suprême (X sur les fig. 1 à 3), le 7 juillet 2014.

dimanche 13 juillet 2014

Disparitions aux Chaudières : le niveau baisse


Le pont de la Chaudière à Hull (Gatineau, Québec), sur l'Outaouais, le 12 juillet 2014.


Le niveau de l'Outaouais a beau s'obstiner à s'abaisser, nul pot de fleurs n'émerge au fil de l'eau en aval du pont de la Chaudière, à Hull, non plus qu'un quelconque plateau rocheux.

Le creux ou le fond de l'étiage devrait être atteint fin août, début septembre.

On verra qui s'obstinera le plus longtemps : l'observateur, qui veut voir et savoir, ou le fond de la rivière, qui craint la lumière du jour.

Pour savoir exactement de quoi on parle, consultez le billet du 8 juin dernier (photos 13a et 13b).


vendredi 4 juillet 2014

Kazabazua revue et corrigée


Photoshoper n'est pas «maquiller*». La photo qui ouvrait mon dernier billet, celui du 2 juillet, gagnait vraiment à être retouchée :



Perte de la rivière Kazabazua dans le marbre. Photo 29 juin 2014, photoshopée le 4 juillet 2014. Voir billet précédent (lien plus haut).


Ajout

Idem pour la seconde, tirée elle aussi de mon billet du 2 juillet, qui gagne tout à coup un brin de lisibilité : restes d'une marmite (?) dans la falaise de marbre, après la résurgence de la rivière.





* Maquiller. «Modifier (quelque chose) de façon à tromper, falsifier. Maquiller un testament. Maquiller un scandale politique.» (Antidote Ardoise 2)

mercredi 2 juillet 2014

Kazabazua sous le marbre


Perte de la Kazabazua, route 105, au nord de Gatineau (Québec) ; la rivière s'engouffre dans une galerie naturelle creusée dans le marbre. Photo : visée vers l'est, 29 juin 2014.
«Kazabazua provient du mot algonquin kachibadjiwan de kach, caché et djiwan, courant, d'où la signification cours d'eau souterrain ou rivière qui coule par en dessous. Le toponyme est à l'image de la topographie locale car sur le pont qui enjambe la rivière, il est possible à l'observateur averti de voir le cours d'eau disparaître sous terre.» (Commission de toponymie du Québec.)


Résumé

Phénomène karstique : perte et résurgence de la rivière Kazabazua dans un marbre («pont de pierre»). La Kazabazua est un affluent de la Gatineau.
Localisation et description du site
Village de Kazabazua, route 105, env. 1,5 km au sud de la jonction avec la route 301. Kazabazua est situé à 60 km au nord de Gatineau.
31F/16 ; 45.942499, -76.006031


Pour une fois, je me contente de contribuer à mon blogue par mes seules photos. Le texte qui suit est extrait du CIGG (2003).

«La rivière Kazabazua, qui disparaît sous une couche de marbre, a subjugué l’imaginaire des Amérindiens et continue de nous fasciner. Voir cette eau surgir en torrent continu de l’intérieur de la terre donne une impression de magie. Ce phénomène doit être mis en valeur car il est le cœur et les racines patrimoniales de la municipalité*. [...]

Le socle rocheux de la région de Kazabazua est composé majoritairement de marbre du Supergroupe de Grenville. Ces roches datent du Précambrien et représentent des roches sédimentaires métamorphisées lors de la formation de l’orogène grenvillienne, il y a un milliard d’années.

Au site de la rivière Kazabazua, le marbre est calcitique et contient des cristaux de graphite et de grossulaire. Le marbre a été érodé chimiquement et mécaniquement par l’eau de la rivière pour former le phénomène karstique du pont de pierre. Des inclusions de gneiss dans le marbre illustrent bien les phénomènes d’érosion différentielle**.»

* On attend toujours la mise en valeur.
* Érosion différentielle : voir, par exemple, mes billets sur le marbre de l'île Marguerite, à Gatineau :
12 octobre 2010, «Dissolution à Gatineau»
20 juin 2010, «Rideau pétrifié»
12 juillet 2012, «Déchaussement et herbe à la puce»


Référence

CIGG, Centre d'Interprétation de la géologie du Grenville, Plan de développement intégré : sites et circuits du patrimoine naturel de la région de l'Outaouais, 2003.


Toutes les photos : 29 juin 2014.


La Kazabazua disparait («perte», en langage spéléologique) dans un marbre rubané.

Sortie ou résurgence de la rivière sous un toit de marbre gris, env. 30 m en aval de la perte.


Marbre rubané, toit de la rivière souterraine.


Une ancienne marmite (?) dans la tranchée de marbre qui encaisse la Kazabazua, quelques m en aval de la résurgence.


Boudins de quartzite ou de granite gris dans un marbre rose, en aval de la résurgence.


Cannelures creusées par l'eau sur le toit de marbre au dessus de la rivière souterraine. Visée vers l'amont.


Étalement de la Kazabazua en aval de la résurgence.


Sur le bord de la route 105 : marbre (blanc) à graphite (noir).

lundi 30 juin 2014

L'Outaouais, 1844, vu de l'Angleterre



Canada. Including New Brunswick, Nova Scotia, Newfoubdland, &c.
(J'aime cette façon d'abrévier «etc.») Extrait de Dr. Brookes's General Atlas of Modern Geography Containing Thirty Four Maps With The New Discoveries & Territorial Arrangements. Londres, Darton and Clark, Holborn Hill [1844]. La carte mesure 10,5 po. x 8,5 po, ou env. 26,5 cm x 21, 5 cm.


La fin juin et le début juillet étant en quelque sorte un temps des fêtes estival qui fait miroir avec l'autre, l'hivernal, de la fin décembre et du début janvier, il ne faut donc pas s'étonner si le Père Noël descend du ciel apporter les cadeaux que notre sage conduite nous a destinés.

C'est ainsi qu'est venu en ma possession un exemplaire du General Atlas of Modern Geography publié à Londres en 1844 par Darton et Clark.

Je vous présente la planche consacrée à l'est du Canada.





Commentaires sur la carte et les détails


Il est amusant de voir les distorsions imposées par le temps, mais aussi par l'espace. L'Outaouais, en particulier, était à l'époque bien mieux cartographiée que ne le montre la carte. Du point de vue de l'Angleterre, dépenser du temps à détailler cette petite rivière était peut-être considéré comme du gaspillage.

Pourtant, d'où et par où venait, depuis les guerres napoléoniennes, le bois nécessaire à la construction des vaisseaux de la Royal Navy, sinon de et par l'Outaouais ?

«Les principaux centres d'abattages étaient situés dans le bassin de l'Outaouais qui renfermait les plus belles pinières du Québec (Hamelin et Roby, p. 214).»

Mais revenons à la carte.

L'Outaouais («Ottawa or Grand R.») est très sommairement représentée. Il lui manque, entre autres, les zigzags imposés par le contournement de l'Île aux Allumettes et de l'Île du Grand Calumet, à l'ouest du lac des Chats (devenu «L. Chat», au singulier).

Tout le territoire au nord de la rivière semble Terra Incognita et est laissé en blanc (ou plutôt en rose).

On se demande pourquoi des communautés déjà bien établies à l'époque (Hull, ou Wright Town, Bytown (future Ottawa), la seigneurie de la Petite-Nation) ne figurent pas sur la carte à la place du petit Lochabar* (Thurso)...

* Sic : Lochaber. J'ai relevé dans Internet quelques occurrences de Lochabar. Lochaber ou Lochabar, le nom est d'origine écossaise. L'éditeur britannique a peut-être trouvé la forme en ar plus exacte ?

Idem pour les affluents de l'Outaouais. La Dumoine, la Noire (?) et la Coulonge («Riv. du Nord»*?) sont représentées de façon approximative et pour un court tronçon en amont de leur embouchure, alors que la Gatineau, la Blanche, la Lièvre et la Petite-Nation (au Québec) sont laissées pour compte. Les rivières ontariennes sont mieux choyées : Madawasca (auj. Madawaska), Rideau et Petite Nation (auj. rivière Nation ou Nation Sud, ne pas confondre avec sa quasi homonyme su Québec, de l'autre côté de l'Outaouais...).

* La rivière du Nord rejoint l'Outaouais à l'ouest de Montréal. Je n'ai trouvé aucune mention d'une rivière de ce nom où la situe la carte, à l'extrémité ouest du «Lac Chat». Histoire de compliquer les choses, l'Outaouais à parfois été surnommée la rivière du Nord. Ah, la toponymie n'est pas une science exacte.)

Le cartographe a indiqué de nombreux peuples amérindiens. Si on reconnait les Algonquins, on suppose que les Ticameonets, que même Google ignore, doivent être nos Atikamekws (ou Attikameks). Les Piektuacamis, ignorés eux aussi de Google, me laissent perplexe. Cependant, «Pekuakami» est le nom montagnais du lac Saint-Jean (cf. peuple Pekuakamiulnuatsh.)

Mais j'entre là dans un domaine que je connais très mal.

Proposition de jeu

Trouver une carte comparable du même territoire, mais moderne, et jouer avec elle et la carte de Darton et Clark au jeu des 777 777 777 distorsions (parler d'erreurs serait injuste). L'auteur du billet vous en a déjà pointé quelques-unes.


Référence de la citation

  • Jean Hamelin, Yves Roby, Histoire économique du Québec : 1851-1896, coll. «Histoire économique et sociale du Canada français», Montréal, Fides, 1971, 440 p.



Un ancien utilisateur de l'ouvrage a indiqué au crayon de plomb l'emplacement d'Ottawa, à l'embouchure de la Rideau.