mercredi 16 mai 2018

Inondations à Hull, version 1928 : mise à jour


Voir la mise à jour de mon billet du 19 avril 2018 sur les inondations du printemps 1928 à Hull (QC).

Superposition par transparence de la zone inondée en 1928 sur celle de 2017 (dans le cadre) :


Source de la carte de fond (détail) : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2017/05/survol-inondations-cartes-quebec/index.html (et JuxtaposeJS).

samedi 12 mai 2018

Carrière de feldspath perdue et retrouvée à Gatineau (MàJ)


Mise à jour du billet du 4 août 2017 sur la mine de feldspath au nord du lac Beauchamp (Sainte-Rose-de-Lima), QC. Allez-y voir à quoi correspondent ces deux photos (et d'autres) :







jeudi 3 mai 2018

Le Parlement : neque fluctuat neque mergitur !


Le Parlement fédéral englouti par le brouillard ? Que non, sa silhouette se dresse, droite au-dessus des vagues de brumes ! Neque fluctuat neque mergitur (latin approximatif). Photos 3 mai 2018, peu après 14 h.



Le Parlement, à Ottawa, menacé d'être englouti par le brouillard qui monte de l'Outaouais. Espérons que les fenêtres sont fermées !



La vague de brume se fait transparente. Est-ce le reflux ?



La brume se déchire, la Colline a résisté aux assauts. Un brouillard si persistant est quand même inhabituel.



Quelques minutes plus tôt, depuis le pont Alexandra. Des vagues agitaient le brouillard sous la Colline du Parlement. Elles semblaient aspirées par la vallée du canal Rideau, à la gauche du Parlement.



Les photos rendent mal l'impression qu'on avait de marcher au dessus d'un tapis de ouate.



Sous le brouillard, la rivière, par transparence.

jeudi 19 avril 2018

Inondations à Hull, version 1928 (ajouts)



PHOTO 1A
Lac Leamy et ruisseau de la Brasserie, 
Hull, QC, printemps 1928 
(voir plus bas une version annotée).
Photo A27:13, 14 mai 1928, 
Ressources naturelles Canada.


Cette photo impressionnera ceux qui reconnaissent les lieux. On y voit le lac Leamy, au nord de l'Île-de-Hull, se vider dans le ruisseau de la Brasserie. Un couloir inondé, large de 600 mètres, relie le lac et le ruisseau.

Un an après les inondations records du printemps 2017, je découvre cet étonnant cliché dans la collection de la Photothèque nationale de l'air (Ressources naturelles Canada). Il date du 14 mai 1928. (Bien entendu, il m'est tombé sous les yeux alors que je cherchais autre chose.)

Je savais déjà que le lac Leamy se vidait autrefois dans le ruisseau de la Brasserie durant les crues par l'intermédiaire d'un ruisselet intermittent (voir billet du 12 juin 2017, « Trait d'union lac Leamy - ruisseau de la Brasserie » ; voir aussi photo 2). Or, ce que la photo 1A montre est loin d'être une mince rigole ou un modeste torrent printanier. C'est une véritable nappe d'eau qui s'échappe du lac, menaçant de noyer la voie ferrée du CP, à gauche.

Si la chose se reproduisait aujourd'hui, les autoroute 5 et 50 seraient coupées. C'est du moins ce que j'ai d'abord pensé (voir photo 1B).

Reportant les zones inondées sur une carte topographique (carte 1), je constate que l'ampleur du désastre n'a pas la magnitude que je croyais. Les eaux se tiennent en bas de la ligne des 45 m d'altitude. C'est moins que le record de l'an dernier (45,20 m à la marina de Hull, le 7 mai 2017 ; données CPRRO).

Alors, pourquoi un spectacle semblable ne s'est pas reproduit en 2017 ? Les autoroutes n'ont pas été coupées ou submergées (du moins pas dans la zone couverte par la photo, sauf erreur de ma part).

Les remblais des autoroutes 5 et 50, lesquelles n'existaient pas en 1928, ont sans doute fait fonction de digues ; il faut tenir compte aussi des remplissages multiples qui ont modifié l'allure des berges du ruisseau de la Brasserie.

La configuration des lieux ayant changé, le résultat de la monté des eaux n'a pas été le même.

Question : jusqu'à quelle année de semblables débordements du lac Leamy ont-ils été observés ?



CARTE 1. - Carte topographique, 1994
Cadre bleu : cadre de la photo 1A de 1928 : bleu transparent : zone inondée sur la photo: flèche noire pointillée : trajet du cours d'eau intermittent par lequel, autrefois, le lac Leamy se vidait dans le ruisseau de la Brasserie par temps de crue ; LC : partie nord du lac de la Carrière, ancienne carrière de la Canada Cement ; court trait noir (à gauche de la flèche) : passage ouvert entre le lac de la Carrière et le lac Leamy en 1996.
La zone inondée en 1928 empiète sur les autoroutes 5 et 50, au sud et à l'est du lac Leamy.


PHOTO 1B. - Version anotée de la photo 1A.
La largeur du couloir inondé entre le lac Leamy et le ruisseau de la Brasserie atteint 600 m. Lignes blanches tiretées : trajet des autoroutes actuelles (approx.) ; mince flèche en pointillé : ruisselet intermittent par lequel le lac se vidait durant les crues (approx.),  voir photo 2 ; C : petite carrière inondée, rive droite du ruisseau de la Brasserie (voir ce billet) ; CP : voie du canadien Pacifique, rive droite du ruisseau de la Brasserie.
AJOUT 20 avril 2018. - La cour à bois de la Gilmour & Hughson, au nord du pont du boul. Fournier (« Road to Gatineau Point » ou Chemin de la Gatineau, selon les cartes de l'époque). 



PHOTO 2. - Détail de la photo A2:55, 20 avril 1928. Photothèque nationale de l'air
Ressources naturelles Canada.
En haut : le lac Leamy, couvert d'une plaque de glace à la dérive ; D : décharge du lac Leamy vers l'Outaouais ; RB : ruisseau de la Brasserie ;  flèches tiretées noires : écoulement des eaux par le lien intermittent entre le lac et le ruisseau. Sur les deux tiers du parcours, le lien prend l'aspect d'une profonde baie. La crue n'avait pas encore atteint les proportions qu'elle aurait le 14 mai (photo 1AB).




AJOUT (16 mai 2018)

Carte des inondations de la crue de 2017 à Gatineau : situation le 5 mai 2017. Le 7 mai, au maximum de la crue, l'Outaouais a atteint la cote des 45,20 m à la marina de Hull ; le 5 mai, le niveau était de 44,80 m.


À gauche : Hull (Gatineau) ; à droite : Ottawa. L'Outaouais coule entre les deux villes ; la Gatineau et la Rideau rejoignent l'Outaouais, venant respectivement de l'ouest et de l'est. On discerne par transparence, en pâle sous le bleu, les zones inondées.
Source de la carte : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2017/05/survol-inondations-cartes-quebec/index.html.


Détail. Superposition par transparence (dans le cadre) de la zone inondée le 14 mai 1928 (photo 1A) sur la photo du 5 mai 2017.

À l'intérieur du cadre :
0 (gris clair) : zones épargnées par les inondations en 1928 et 2017 ;
1 (gris sombre) : zones inondées en 1928, mais épargnées en 2017 ;
2 (bleu-gris) : zones inondées en 1928 et en 2017 ;
3 (bleu clair) : zones inondées en 2017, mais épargnées en 1928.

Si on fait abstraction du lac de la Carrière (LC), dont le creusement était à un stade moins avancé en 1928), on voit que les secteurs touchés par l'inondation sont plus étendus en 1928, même si la crue a été moins forte qu'en 2017 (moins de 45 m contre 45,20 m). En particulier, la baie au nord de l'Imprimerie nationale (1), dans le ruisseau de la Brasserie, protégée par l'autoroute 5, est demeurée au sec en 2017. 

Il y a un peu de jeu dans mon dessin mais les résultats sont globalement corrects. Notez que sur la carte de Radio-Canada, les ponts et viaduc paraissent noyés dans le bleu des rivières : c'est un artefact, ces ouvrages étant demeurés au dessus des eaux, sauf exceptions locales.

lundi 2 avril 2018

Que reste-t-il du Vieux-Hull ?


Alors qu'une nouvelle menace plane sur le Vieux-Hull – érection possible d'un couple de tours géantes – deux livres arrivent à point pour nous rafraîchir la mémoire ou tout simplement nous faire prendre conscience du voile d'ignorance que nous jetons sur notre propre patrimoine. (Si le mot ignorance vous semble exagéré, je l’assume pour ma part.)

(Voir mon billet du 16 mars 2018).



« ... entre 1969 et 1974, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau adoptait un décret pour construire dans le Vieux-Hull le complexe de la Place-du-Portage pour y construire des édifices afin d'y loger des milliers de fonctionnaires fédéraux. Au coeur de cette guerre pour l'unité nationale, 1500 maisons et commerces sont démolis et 5000 résidents du centre-ville de Hull sont expropriés. » (Hugues Théorêt, « Dehors tout le monde ! », Hier encore, no 3, 2011, p. 10-16.)

Des commerces prospères ont disparu, des familles n'ont pas trouvé à se reloger. À cela s'est ajouté des incendies fort opportuns qui ont détruit des édifices patrimoniaux : l'église Notre-Dame-de-Grâce (12 sept. 1971), l'Hôtel-de-Ville (28-29 octobre 1970)...

Que reste-t-il du Vieux-Hull ?



Le Quartier du Musée : histoire et architecture
Michelle Guitard
Les Presses de l'Université d'Ottawa
ISBN 978-276032-674-3
320 pages, 39,95 $ (papier)

Il subsiste dans le Vieux-Hull une enclave à peu près épargnée par les expropriations, démolitions, percées d'autoroutes et incendies – même le Grand Feu de 1900 (site de l'historien Raymond Ouimet) n’a pas osé y toucher. Il s’agit du Quartier du Musée – d’après le Musée canadien de l’histoire, inauguré en 1989. (Qu’il me soit permis de trouver ironique de nommer un quartier historique d’après une construction récente élevée à ses dépens.)


« Première paroisse catholique française de Hull, avec ses bâtiments institutionnels, résidentiels et commerciaux, le Quartier du Musée regroupe un ensemble de références socioéconomiques et historiques, plus particulièrement pour la société catholique et canadienne-française de la région. Un des rares témoins de la Ville de Hull d’avant 1900, son patrimoine bâti ancien reflète l’adaptation des divers courants architecturaux de la région de la capitale nationale du Canada : 53 des bâtiments de ce quartier datent d’avant 1910, alors que 44 d’entre eux précèdent l’incendie de 1900. » (Extrait de la quatrième de couverture.)

L'ouvrage de Michelle Guitard tient à la fois du guide et de l'encyclopédie. On voit passer les générations par l’énumération des legs, des ventes et les changements de vocation des bâtiments.

Mme Guitard fait un sort à l'expression « maison allumette ». Il faudrait parler de maison de style hullois, variété du style néo-gothique victorien de la fin du XIXe s. « La maison hulloise, avec sa structure de bois autoportante et son pignon sur rue, s'épanouit dans l'Outaouais. (p. 15)». Ce style s'est développée aux États-Unis et se à Ottawa, dans les cantons de l'Est et au Nouveau-Brunswick.

L'expression fait image, elle est passée dans l’usage. Il est vrai qu'elle donne mauvaise presse à un style illustré par des maisons de qualité.

Je revois les maisons de mon quartier d'un autre oeil depuis que j'ai ce livre.



La ville allumette : une enquête de Judith Allison
Maureen Martineau
vlb éditeur
ISBN 978-2-89649-732-4
392 pages, 29,95 $ (papier)

Tandis que Mme Guitard illustre et défend ce qui subsiste, Maureen Martineau nous fait voyager entre l'ère des expropriations et l'époque contemporaine. Elle étend le théâtre des opérations à toute l'Île-de-Hull, aux chutes Chaudières et aux plaines Lebreton jusqu'au Nunavik.

Son roman policier La ville allumette (quand je disais que l’expression fait image et est passée dans l’usage…) met en vedette la sergente-détective Judith Allison, venue en Outaouais suivre un stage de formation en contre-terrorisme de la Gendarmerie royale. Un stage pratique, et pas seulement théorique ! 

Les liens entre les personnages tissent un réseau complexe et imprévu. Maureen Martineau n’y va pas à l’économie, les intrigues se déploient sur plusieurs niveaux (parler ici de l’intrigue au singulier serait injuste). De vraies allumettes de la E.B. Eddy y tiennent un rôle (cf. le site les Trésors du Patrimoines).


« Alors même qu'il est un fugitif traqué, l'activiste Jacob Lebleu prépare des attentats contre Jean-Marc Courville, un promoteur immobilier sans scrupule aux projets mégalomanes. Ce dernier a notamment dans sa mire l'île de Hull et la dernière « maison allumette » de la rue Falardeau, épargnée par les grues de son père en 1969. Cette année-là, près de 6000 résidents aux moyens modestes avaient été expropriés. Lebleu, originaire de la région, ne l'a pas oublié. » (Extrait de la quatrième de couverture.)

Inuits, Algonquins, Hullois, promoteurs et parias, policiers et éco-terroristes, les Allumettières de jadis (site les Trésors du Patrimoines) (par l'entremise d'une surprenante relique) se croisent et s’entrecroisent. Le roman y trouve une épaisseur historique et humaine indéniable.

L’une des qualités principales de ce roman  est d’ailleurs de nous présenter des personnages complexes, personne n’en sort tout à fait blanc.

J’ai l’habitude de lire des romans dont l’action se passe ailleurs : Montréal, Prague, Bombay ou même la planète Mars. Pour la première fois, j’ai entre les mains un roman qui décrit des endroits qui me sont familiers, qui sont sous mes yeux chaque jour ou presque. Même le tunnel de l’ancienne gare Union d’Ottawa, fermée en 1966, fait resurgir de vieux souvenirs d’enfant…

Je ne vous raconte pas la fin, je ne voudrais pas ouvrir les vannes à l’indiscrétion.