vendredi 5 janvier 2018

Bris de banquise sur l'Outaouais



Fig. 1. - 26 déc. 2017. Ruptures à la suite du soulèvement et de l'épaississement de la glace sur l'Outaouais, à la hauteur du Parlement. Profondeur de la faille : env. 2 mètres.


Voir les billets des 29 et 10 mars 2016 sur le même phénomène.


C'est reparti comme en février-mars 2016 ! La glace qui recouvre la rivière des Outaouais, d'une épaisseur inusitée, s'est élevée en dôme en amont du pont Alexandra, entre Gatineau et Ottawa, sous la colline du Parlement. En amont (à l'ouest), ce dernier se fendille, des fractures s'ouvrent et libèrent d'épais radeaux de glace qui dérivent lentement vers l'aval (vers l'est).

Il ne s'agit pas ici de glace « normale » formée à même l'eau de la rivière (glace noire), mais de neige accumulée sur la glace et consolidée par le gel (glace blanche) (fig. 10). L'épaisseur visible des plaques à la dérive dépasse les 2 mètres, valeur à laquelle il faut ajouter la mesure de la partie submergée, invisible. Comme cette partie à l'air libre est constituée de glace blanche, sa densité moindre que celle de la glace noire explique sans doute sa grande « flottabilité ».

Le fond de la rivière est entre 4,9 et 9,1 m en amont du pont, hors des parties attachées aux rives, à l'exception d'une dépression et d'un chenal passant sous le tablier, tous les deux profonds de 11 m. (Voir billet du 10 mars 2016, lien plus haut.)

Pour autant que je sache, le phénomène (dôme de glace libérant d'épais radeaux dans la rivière gelée) est nouveau. On peut expliquer l'épaisseur de la glace et la formation du dôme par les chûtes de neige et les basses températures, mais nos récents hivers ne sont pas les premiers à nous accabler sous la neige et le froid...

Sauf mention contraire, les photos sont prises depuis le pont Alexandra, entre Gatineau et Ottawa.



Fig. 2. - 26 déc. 2017. Vue vers le sud, avec la colline du Parlement dominant l'Outaouais en arrière-plan. Épaississement et soulèvement de la glace (à droite, en amont) et fractures.



Fig. 3. - 30 déc. 2017. Même endroit qu'à la fig. 2 ; une partie de la glace s'en est allée à la dérive. Au premier plan, la glace apparaît plus mince qu'au milieu de la rivière, à en juger d'après l'épaisseur des radeaux de glace libérés.



Fig. 4. - 30 déc. 2017. Aperçu de la débâcle générale.



Fig. 5. - 26 déc. 2017. Vue vers l'amont, vers le SW.



Fig. 6. - 30 déc. 2017. Même visée qu'à la fig. 5 ; il reste le rebord de la fracture en amont et une mince glace neuve en aval.



Fig. 7. - 30 déc. 2017. Détail. Au sud du dôme, les radeaux de glace sont plus minces (voir fig. 3).



Fig. 8. - 5. janv. 2018. Détail : « piscine » et plaques de glace à la dérive. L'épaisseur des plaques de glace varie d'une extrémité à l'autre.



Fig. 9. - 30 déc. 2017. Détail : lente descente des plaques détachée de la « banquise », gênée par la glace formée entre elles. L'épaisseur de la grande plaque de glace, visible aussi à la fig. 8, dépasse les 2 mètres (estimation).



Fig. 10. - 3 janv. 2018. Rebord de la plaque visible à l'avant-plan des fig. 8 et 9. Les strates de neige successives sont visibles.



Fig. 11. - 26 déc. 2017. Détail.



Fig. 12. - 26 déc. 2017. Détail.



Fig. 13. - 30 déc. 2017. Détail. Plaque rompue, glace neuve tourmentée et eau libre.



Fig. 14. - 26 déc. 2017. Détail : au sud du dôme, le soulèvement de ce dernier a comprimé la glace le long des fractures (voir fig. 15).



Fig. 15. - 26 déc. 2017. Détail : au nord du dôme ; fracture et compression. Des éclats de glace coincés se retrouvent à la verticale le long d'une faille.



Fig. 16. - 5 janv. 2018. Des plaques de glace passent sous le pont Alexandra. L'épaisseur de la plaque à l'avant-plan dépasse les 2 mètres (estimation). Photo prise depuis la pointe Nepean à Ottawa.



Fig. 17. - 5 janv. 2018. Autres plaques à la dérive ayant dépassé le pont Alexandra. À droite, le pont Cartier-Macdonald. Photo prise depuis la pointe Nepean à Ottawa.


Fig. 18 (ajout 6 janv. 2018). - Pour comparaison : l'allure «normale» de la glace sur la rivière : surface plane coupée de fractures (photo 14 avril 2015).

lundi 1 janvier 2018

Addition et voeux


Leçon de mathématique


31 décembre
+  1 seconde
Nouvelle année*

* Que nous vous souhaitons bonne, of course.

mercredi 20 décembre 2017

Roche de l'année 2017 et voeux de circonstance



Trachyte de la suite ignée de Robitaille, à L'Ange-Gardien, Qc. Échantillon recueilli en novembre 2017 sur le bord de l'autoroute 50, au NE de Buckingham, Qc, au N du chemin Doherty. Hauteur : 13 cm.


Il a fallu à Michel-Ange 1 275 329 coups de marteau pour sculpter son David ; un seul m'a suffi pour réaliser ce chef-d'oeuvre (image).

D'une unique percussion (les géologues sont des percussionnistes qui s'ignorent), j'ai réussi à produire quelque chose qui ressemble à s'y méprendre à un biface de l'Acheuléen - ce qui, du même coup, vous offre un voyage dans le temps au Paléolithique inférieur, à l'époque d'Homo heidelbergensis et autres ergaster.

La photo ne rend pas justice au velouté de la texture de la roche. Elle est en réalité d'un noir de suie, d'un noir profond et satiné, quelque chose comme une soie qui boirait la lumière. Le grain est très fin, si fin qu'il est non perceptible, même à la loupe. On dit de ce genre de roches qu'elles sont aphanatiques (phanéritiques dans le cas contraire.) Quelques phénocristaux de feldspath d'un mm sont cependant visibles ici et là.

Le choc du marteau s'est propagé en fracturant la masse rocheuse selon des paliers bien visibles par le jeu des ombres ; le coup a été donné à la base, suivant le grand axe de l'échantillon. Une arête suit d'ailleurs cette ligne en formant une saillie de bas en haut de la roche, comme une nervure. On ne peut pas parler dans le sens strict de cassures conchoïdales, comme celles d'une obsidienne, mais presque.

Il s'agit d'une lave de la suite ignée de Robitaille (SIR) dont j'ai parlé dans mon billet du 16 novembre 2017 («Volcanisme à L'Ange-Gardien, QC»). Je l'ai recueillie sur le bord de l'autoroute 50, dans les tranchées au N du chemin Doherty, à L'Ange-Gardien, près de Buckingham. Elle est âgée de 1060 millions d'années et se porte bien. Selon la carte géologique, il s'agirait d'une trachyte. Je cherchais à obtenir un échantillon gros comme le pouce (c'est assez pour un examen à la maison). Je n'ai pas pu résister à l'élégance de cet éclat arraché à la falaise.

À propos (ou plutôt hors de propos) : joyeux Noël et bonne année ! Comme mes vœux vous arrivent par l'entremise de L'Ange-Gardien, Qc, je présume que vous les recevrez de bonne grâce !



Autre vue de la trachyte.

mardi 5 décembre 2017

Au-delà du paysage : Des Laurentides aux basses-terres du Saint-Laurent



Au-delà du paysage : Des Laurentides aux basses-terres du Saint-Laurent.


Un très bon livre, un très beau livre, signé Bernard Lauriol, professeur de géologie du Quaternaire à l'Université d'Ottawa. Un ouvrage qui va devenir indispensable à qui s'intéresse à la géologie et à l'histoire du paysage des Laurentides et des basses-terres du Saint-Laurent (deux entités dont l'Outaouais fait partie).

Les photos, signées Pierre Bertrand, sont magnifiques. Avec le texte de Bernard Lauriol, elles concourent à faire de cet album un livre complet que l'on conservera dans sa bibliothèque.

L'enchaînement de courts chapitres rend la lecture agréable. L'esprit de synthèse qui a présidé à leur rédaction plaira tant aux pros qu'aux amateurs, sans compter les nombreux curieux qui se posent des tas de questions sur le paysage. Pourquoi des collines ici, une vallée là-bas, du sable à cet endroit, de l'argile à un autre, du granite un peu plus loin, puis du calcaire ?...

L'histoire de l'Outaouais, l'histoire profonde, à commencé il y a plus d'un milliard d'années avec la chaîne de montagnes de Grenville (les collines de la Gatineau et des Laurentides actuelles en sont les racines révélées par l'érosion) et se continue de nos jours alors que nous vivons pour la plupart dans les plaines d'argile laissées par la mer de Champlain il y a 10 600 ans. Suivez les étapes de cette histoire à travers les roches, les minéraux, les fossiles, les mines et les glissements de terrain...

Au-delà du paysage : Des Laurentides aux basses-terres du Saint-Laurent est publié par les Éditions Vents d'Ouest, de Gatineau.

Les mêmes auteurs avaient publié Eaux, glaces et cavernes en 2014.



4e de couverture

« La beauté se cache dans les détails. C'est ce que permet de découvrir AU-DELA DU PAYSAGE. Des Laurentides aux basses-terres du Saint-Laurent.

Bernard Lauriol et Pierre Bertrand, qui nous avaient donné il y a quelques années Eaux, glaces et cavernes, nous proposent aujourd'hui de regarder ce qui se cache dans un paysage. Leur terrain de prédilection s'étend, en Outaouais, du Pontiac à la Petite-Nation. Mais, plus qu'un parcours régional, c'est, en mots et en images, l'histoire géologique des Laurentides et des basses-terres du Saint-Laurent qu'ils nous brossent, en moins de deux cents pages.


Avec les auteurs, vous visiterez les lieux occupés il y a 6500 ans par des peuples venus des grandes plaines nord-américaines, puis cartographiés au début du XVIIe siècle par les explorateurs français. Vous découvrirez les vestiges du passé minier de l'Outaouais. Et surtout, au-delà de l'histoire, au-delà des paysages, les auteurs vous convieront à admirer affleurements de marbre et de gneiss, cristaux de rutile et d'apatite, blocs erratiques et fresques rupestres, marmites de géant et pierres de fée, vestiges préhistoriques et fossiles d'animaux ayant fréquenté nos forêts et nos rivières.


Un texte riche d'images qui vous enchanteront et vous permettront de saisir l'histoire et la beauté d'un paysage. »



Métadonnées

TITRE : Au-delà du paysage : Des Laurentides aux basses-terres du Saint-Laurent
Éditeur : VENTS D'OUEST
Auteurs : Bertrand, Pierre - Lauriol, Bernard
Collection : Asticou
Type : Souple
Date de publication : 2017/11/21
Nombre de pages : 163
PAPIER : 39,95 $
PDF NUMÉRIQUE : 24,95 $
ISBN : 9782895376057

vendredi 1 décembre 2017

D'immenses galeries prolongent la caverne de Saint-Léonard, à Montréal



Deux spéléologues marchent dans la grotte du parc Pie-XII à Saint-Léonard. Photo : Radio-Canada/Société québécoise de spéléologie. Source : Ici Radio-Canada.


« D'immenses galeries découvertes sous un parc de Saint-Léonard

Des galeries souterraines qui s'étirent sur 200 mètres. Des stalactites, des plans d'eau cristalline, de spectaculaires coulées de calcite. L'une des découvertes les plus importantes de l'histoire de la spéléologie québécoise a été annoncée aujourd'hui. Et, fait inusité, elle se trouve directement sous la ville de Montréal.

Les spéléologues Daniel Caron et Luc Le Blanc ont découvert que ce qu'on connaissait de la modeste caverne de Saint-Léonard, qui attire les visiteurs depuis des décennies dans l'arrondissement du même nom, n'était en fait qu'un hors-d'oeuvre. En creusant à peine un mètre dans le calcaire du fond de la caverne, les deux hommes ont mis à jour de nouvelles salles bien plus grandes et impressionnantes. Celles-ci s'étendent sous le parc Pie-XII et même sous les maisons et les rues avoisinantes. [...]

La plupart des grottes sont creusées par de l'eau qui dissout le roc, mais la caverne de Saint-Léonard est d'un tout autre type. C'est le poids des glaciers, il y a plus de 15 000 ans, qui a provoqué une fracture du roc. » (Philippe Mercure, La Presse, 1er déc. 2017)

Ce genre de cavernes, dites glaciotectoniques, dont le plan est habituellement en dents de scie, ont été créées lors de la dernière glaciation. Les cavernes de Saint-Léonard (les « anciennes », déjà connues, et les galeries nouvellement découvertes) en sont des exemples-types. La pression de la glace en progression a disloqué et déformé la roche, créant des vides au-dessus desquelles des dalles de roches ont pu coulisser, entraînées par le glacier. Les strates horizontales du calcaire qui forment le socle de l'île de Montréal étaient toutes désignées pour offrir une prise facile à ce type de poussée latérale. Fractures, dalles coulissées : tout ceci explique les murs verticaux et le toit plat des cavernes de ce type. 



Références


  • Jacques Schroeder, «Les cavernes : un patrimoine gravé dans le temps», in : G. Prichonnet et M.A. Bouchard, Actes du premier colloque du Patrimoine géologique du Québec, Montréal, 8-9 sept. 2000, MRNQ, MB 2004-05, 2004, p. 77-84.
  • Site de la Société québécoise de spéléologie.