dimanche 26 juillet 2015

Banal paragneiss qui se distingue


Fig. 1. Affleurement d'un paragneiss gris sombre (pâle en surface altérée), rue de l'Oasis-des-Carrières, Cantley (Québec). Le paragneiss est recoupé de granite et de veines de quartz. Photo 26 juillet 2015 ; visée vers le nord.


Résumé

Paragneiss gris rubané, à Cantley (Québec) ; province de Grenville du Bouclier canadien (plus d'un milliard d'années). Il s'agit d'un affleurement tout à fait banal.
Localisation
Rue Oasis-de-la-Carrière, Cantley (Québec).
45.537393, -75.773909
Photos
26 juillet 2015.


C'est la seconde fois que je consacre un billet à la «banalité» d'un affleurement de Cantley. Mille excuses aux habitants de cette municipalité qui nous accueillent toujours avec courtoisie même quand nous parcourons leurs rues et chemins marteau de géologue à la main et qui ne manquent jamais de nous s'intéresser à nos «travaux», mais certaines choses sont si banales, si peu caractéristiques par elles-mêmes qu'elles deviennent emblématiques de toute la catégorie à laquelle elle appartiennent.

Être si peu extraordinaire, être si ordinaire, devient extraordinaire. Pour vous distinguer, supprimez tout ce qui vous distingue.  

Cet affleurement dégagé par la construction de la rue de l'Oasis-etc* pourrait servir d'affleurement type pour la région. Du moins pour les paragneiss. Selon Béland (1955, p. 16), la minéralogie des paragneiss de Cantley dominée par un assemblage de quartz, feldspath[s], biotite, hornblende et hypersthène. D'après ce que je constate sur le terrain, les minéraux sombres (biotite, hornblende et hypersthène) l'emportent sur les minéraux clairs (quartz et feldspaths). Il faut en juger d'après sur les cassures fraîches, et non d'après les surfaces altérées par une longue exposition à l'air et à l'eau.

* J'imagine un hypothétique Jean-Philippe Landreville-Delarigaudy habitant cette rue de l'Oasis-des-Carrières : lui faut-il deux cartes d'affaires ?

Pour un autre affleurement type («banal»), voir le billet du 21 nov. 2013, «Intraordinaire à Cantley». Voir également celui consacré à un site voisin (moins banal celui-là), «Filons à Cantley», daté du 14 juillet 2010 (fig. 5, plus bas).

Référence

  • Béland, René, Région de Wakefield : rapport final. MRNQ, DP-461, 1977 (rédigé et remis au Ministère en 1955), 91 p., avec une carte (1/63 360).


Fig. 2. Gros plan. Paragneiss sombre en cassure fraîche, granite orangé concordant. Selon Béland (1955), il s'agirait d'un gneiss à biotite, hornblende et hypersthène pour les minéraux noirs.

Fig. 3a. Autre gros plan de l'affleurement ; bandes de gneiss et de granite. L'altération de la surface atténue les couleurs. (Un éclat, en haut, au centre, montre la vraie couleur (noire) du paragneiss.) Photo 26 juillet 2015.


Fig. 3b. Détail de la photo précédente. Allure lenticulaire des bandes claires (intrusions de quartz et/ou granite) et jaunâtres.


Fig. 4. Les couleurs sur la partie supérieure de l'affleurement sont plus justes. Paragneiss noir rubané ; intrusion blanche (granite ou quartz) concordante à droite ; à gauche, en haut, une autre intrusion blanche s'installe en découpant le paragneiss. Photo 26 juillet 2015. Voir le billet du 14 juillet 2010 (lien sous la fig. 5) pour d'autres détails.


Fig. 5. L'affleurement de la rue de l'Oasis est dans la continuité de celui que j'ai déjà décrit dans un autre billet datant du 14 juillet 2010. Photo 13 juillet 2010.

mardi 21 juillet 2015

Hors sujet : le climat en froid avec le Québec ?


Bouillant cumulus congestus en pleine expansion verticale, paré à se transformer en cumulonimbus, comme pour se moquer du climat frais de l'été au Québec. 
Les photos : Gatineau, 19 juillet 2015


La planète se réchauffe, sauf au Québec, où la température persiste à demeurer sous les moyennes saisonnières.

Tant qu'il y a du soleil, soleil d'hiver, soleil d'été, moi, je ne me plains pas.

Voir les billets sur le même (hors) sujet du premier et du 11 mars 2015.


«Juin 2015 aura été le mois le plus chaud sur la planète depuis le début des relevés de température... excepté au Québec. Selon Environnement Canada, la province a enregistré des températures «entre un et deux degrés» plus basses que les normales de saison dans la majorité des régions. Exceptionnellement, le mois de mai aura même été plus chaud que juin cette année.» Source : Jasmin Lavoie, La Presse, 20 juillet 2015


Ça bouillonne et bourgeonne là-haut, mais la température au sommet du cumulus congestus oscille entre -10 °C et -20 °C.


En fait, le cumulus s'est affaissé avant d'atteindre le stade de cumulonimbus.


Pour de plus amples détails, voir le site du NOAA's National Centers for Environmental Information (NCEI) d'où est tirée la carte suivante. On constate que le frais (en bleu) touche une zone centrée sur les Grands Lacs et le sud-ouest du Québec.

© NOAA, NCEI



lundi 6 juillet 2015

Petit Poucet du Quaternaire


Fig. 1. Sablière dans un delta édifié dans la mer de Champain à l'embouchure d'une rivière alimentée par l'eau de fonte des glaciers, il y a 13 000 ans. La succession des épisodes d'accumulation/érosion/accumulation/... se déchiffre par le recoupement des strates entrecroisées. Au nord de Calumet (Québec), à l'ouest de Grenville-sur-la-Rouge. Visée approx. nord ; photo 2 juillet 2015.


Résumé

Delta sablonneux construit par l'eau de fonte des glaciers dans la mer de Champlain il y a env. 13 000 ans. Quelques dropstones(?) s’inscrivent mal dans la variation de la granulométrie des sédiments.
Localisation
Chemin Whinfield, Grenville-sur-la-Rouge (Québec), au nord-est de Calumet, à moins de 4 km de la rivière des Outaouais.
45.674108, -74.629445
Photos
2 juillet 2015


Je laisse plus qualifié que moi décrire cette sablière dans la région de Calumet, au nord de la rivière des Outaouais :

«Sédiments deltaïques et estuairiens : sable moyen à fin, fossilifère à certains endroits ; se présente le plus souvent sous forme de plaines deltaïques sableuses construites à l'embouchure des rivières dans la mer [de Champlain] au fur et à mesure que son niveau s'abaissait.» (St-Onge, 2009, carte 2140A ; version française tirée de Richard, 1991, carte 1670A.)

Dans un estuaire, les sédiments (ici, sable et gravier) sont le jouets des courants et des marées. Les stratifications entrecroisées, visibles ici (fig. 1-2a-b), témoignent de la succession des épisodes de dépôt et d'érosion des sédiments tout autant que de la direction changeante des eaux. Au sommet, des strates horizontales riches en galets et blocs recouvrent l'ensemble de ce château de sable (fig. 2-4).

Je demeure un peu perplexe devant les blocs de grandes dimensions, jusqu'à plus d'un m, qui se retrouvent à un niveau distinct de l'accumulation (fig. 5).

Ça pourrait être des dropstones (n'appelez pas l'Office de la langue française du Québec, c'est le terme accepté). Des icebergs, petits ou grands, détachés du glacier en retrait, tout proche, au nord, ont pu suivre le courant, fondre en relâchant les blocs de pierre qu'ils contenaient, et les semer chemin faisant vers le sud, vers la mer de Champlain. C'est l'histoire du Petit Poucet, version du Quaternaire. Notez, à ma connaissance, on attend toujours l'iceberg qui reviendrait au bercail grâce à ces indices...

Je n'assure rien quant à cette explication (celle des dropstones, pas celle du Petit Poucet !) – qui me paraît quand même la seule plausible.


Fig. 2a. Vue rapprochée. Les couches de sables riches en galets, au sommet, ont coiffé les plus anciennes. Les variations dans les angles et la granulométrie des strates témoignent des changements de la force et de la direction des marées et des courants.


Fig. 2b. Un-deux-trois : les trois systèmes de strates se suivent dans cet ordre. Les strates 1 et 2 s'inclinent vers le sud, vers le spectateur. La couche 3 semble mieux d'aplomb, bien à l'horizontale.


Fig. 3. Même endroit que la fig. 3, autre angle.


Fig. 4. Au sommet, le till ou le diamicton, ici un peu dérangé, est chargé de blocs d'une trentaine de cm de diamètre.


Fig. 5. Au tiers supérieur de la pente, une couche riche en blocs de bonnes dimensions (jusqu'à un m et plus) : des dropstones ? Les blocs anguleux, en bas à gauche, proviennent d'ailleurs et n'ont aucun rapport avec les sédiments du delta.


Références

  • Serge Occhietti et Pierre J.H. Richard, «Effet réservoir sur les âges 14 C de la Mer de Champlain à la transition Pléistocène-Holocène : révision de la chronologie de la déglaciation au Québec méridional», Géographie physique et Quaternaire, vol. 57, n° 2-3, 2003, p. 115-138. http://id.erudit.org/iderudit/011308ar  DOI: 10.7202/011308ar
  • St-Onge, D A; Surficial geology, lower Ottawa Valley, Ontario-Quebec / Géologie des formations en surface, basse vallée de l'Outaouais, Ontario-Québec. Commission géologique du Canada, Carte série "A" 2140A, 2009; 1 feuille, doi:10.4095/247486
  • Richard, S H; Surficial Geology, Lachute-Arundel, Québec-Ontario / Géologie des formations en surface, Lachute-Arundel, Québec-Ontario. Commission géologique du Canada, Carte série "A" 1577A, 1984; 1 feuille, doi:10.4095/120010 
  • Richard, S H; Géologie des formations en surface, Buckingham, Québec-Ontario / Surficial geology, Buckingham, Québec-Ontario. Commission géologique du Canada, Carte série "A" 1670A, 1991; 1 feuille, doi:10.4095/183823

mardi 9 juin 2015

Pêche aux céphalopodes à Val-Tétreau



Fig. 1a. Segment de l'orthocône d'un céphalopode découvert en creusant le sous-dol d'une maison du quartier Val-Tétreau, à Gatineau (Québec). Âge : Ordovicien moyen (env. 465 millions d'années). Largeur du cône env. 8 cm. J'ignore si un spécimen de cette taille est exceptionnel dans la région. Photo Rémi Lemieux (blogue «En usant mes bottines...»), juin 2015.


Ce qui est bien aujourd'hui, c'est que tout le monde est au moins aussi savant que Wikipedia. Pourquoi se casser la tête à rédiger un texte exhaustif puisque vous savez déjà (virtuellement) tout sur le sujet (qu'importe le sujet). En conséquence, je n'ai pas besoin de vous apprendre que les céphalopodes forment l'une des nombreuses classes de l'embranchement des mollusques. Les pieuvres, calmars, seiches et autres nautiles appartiennent à cette population apparue dans les mers de la fin du Cambrien il y a 500 millions d'années. C'est dire que les céphalopodes ont toutes les raisons de regarder de haut les nouveaux venus que nous sommes sur Terre.

Si un nautile a une coquille enroulée en spirale de forme caractéristique (cf. les ammonites, mais Wikiki et vous savez déjà ça...), les céphalopodes illustrés ici, non moins caractéristiques, possédent un cornet, pardon, une coquille droite et effilée. Les plus grands de ces orthocônes atteignaient 5 m de long.

Pour les amateurs, le quartier Val-Tétreau, à Gatineau (Québec), semble un terrain de chasse propice à la chasse (pêche ?) aux céphalopodes. Durant les étiages, la rivière se retire d'une plate-forme de calcaire attachée à la rive du parc Brébeuf (45.417740, -75.744836) et il n'y a qu'à se pencher pour voir les spécimens (fig. 3). On peut aussi creuser le sous-sol des maisons du quartier et faire d'impressionnantes découvertes (fig. 1a-c) ! L'accord du propriétaire est toutefois un préalable indispensable à l'entreprise de ces fouilles résidentielles, à l'abri du soleil.

Le calcaire de Val-Tétreau (partie de la plate-forme du Saint-Laurent) remonte à l'Ordovicien moyen (472-461 Ma) et appartient au groupe d'Ottawa (calcaire de Trenton).



Fig. 1b. Raboutage du spécimen. Photo Rémi Lemieux, juin 2015.



Fig. 1c. Vue en coupe. Photo Rémi Lemieux, juin 2015.



Fig. 2. Deux orthocônes de céphalopodes ramenés de la rivière des Outaouais, Val-Tétreau, par Jocelyne Pelletier, en sept. 2007. Longueur des spécimens : un peu plus de 15 cm.



Fig. 3. Mes propres trouvailles sont moins spectaculaires. Plate-forme calcaire du parc Brébeuf, rivière des Outaouais, Val-Tétreau, Gatineau (Qc). Photo (contraste accentué) nov. 2007. La pièce de cinq cents canadiens mesure 21 mm de diamètre.

jeudi 21 mai 2015

Québec envisage le forage de 6500 puits de pétrole dans l'île d'Anticosti (ajout)


«De 3900 à 6500 puits de pétrole pourraient être forés sur l'île d'Anticosti, selon des scénarios hypothétiques avancés par le ministère des Ressources naturelles du Québec lors d'une consultation publique menée sur place le 7 mai dernier.» 
Source Radio-Canada, 21 juin 2015.


À voir ou revoir


Billet (ce blogue) du 18 juin 2014, «Anticosti : l'île aux 12 000 forages». Il y est fait état de l'étude menée par l’ingénieur-géologue Marc Durand selon laquelle «il faudrait forer au moins 12 000 puits sur l’île pour extraire 1 % à 2 % de tout le pétrole. Il faudra pour cela construire toutes les infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie pétrolière.» Le document préparé par Monsieur Durand, est disponible en ligne :

12000 puits et + pour couvrir le gisement d'Anticosti

Mon billet du 5 juin 2014 : pétition (AVAAZ) toujours active : «L'île d'Anticosti, trésor en danger face aux pétrolières !». Pour accéder directement à la pétition : lien.

Articles récents d'Alexandre Shields sur le même sujet dans Le Devoir. Revoir également le dossier de l'an passé, même auteur, même journal – et même sujet, of course.

Ajout (27 mai 2015)

«Exploiter le pétrole d'Anticosti serait-il rentable ?»
Entrevue de Marc Durand, professeur et chercheur en géologie appliquée, à RDI Économie.

Merci à Jean-Louis Courteau qui m'a signalé cet entretient de suivre l'actualité avec plus d'attention que moi.