jeudi 8 novembre 2018

Le présent vient de rajeunir de 50 ans !


Les gneiss, granites etc. qui composent cette falaise datent de plus d'un milliard d'années. Histoire de placer le propos de ce billet en perspective... 
Jonction de la route 309 et de l'avenue de l'Ange-Gardien à l'Ange-Gardien, Qc. Photo 4 nov. 2018.


Autre ajustement à apporter à nos horloges, autrement plus important que le retour à l'heure normale que nous avons dû faire la fin de semaine dernière.

Le présent vient de rajeunir de 50 ans !

J'ai découvert la chose en ajoutant une note à mon précédent billet.

La Commission internationale de stratigraphie ne semble plus dater les événements en années « avant aujourd'hui » (AA, ou, plus fréquemment, BP, pour Before Present), comme le veut une convention adoptée par les archéologues, climatologues et autres paléontologues.

Le « présent » en question a été placé en 1950, histoire de bénéficier d'un point de référence fixe. (Ceci évite d'avoir à vieillir le passé d'un an chaque année, ce qui, soit dit en passant, serait pourtant conforme à la réalité.)

Or, la Commission date à présent (si je puis dire) les événements en « yr b2k » (years before AD 2000), soit en « années avant l'an 2000, Anno Domini ».

Autrement dit, le présent vient d'être rajeuni d'un demi siècle.

Bonne nouvelle pour bon nombre de personnes, moi inclus. Vous sentez-vous soudainement plus jeunes ?

Inconvénient, les personnes nées après l'an 2000 ont un âge négatif ou n'existent tout simplement pas.

(Il reste que ce nouvel usage risque de créer beaucoup de confusion. Quand quelqu'un parlera d'un événement s'étant produit « avant aujourd'hui », il ne sera pas clair si cela signifie avant 1950 (années BP ou AA), comme autrefois, ou avant l'an 2000 (années « yr b2k »), selon la nouvelle façon. 


mardi 6 novembre 2018

Antropocène et Meghalayen



Évolution de l'empreinte de l'Antropocène sur un marbre précambrien saisie en trois étapes, à Low, au nord de Gatineau, QC. Première photo : 22 août 1998. Photos Henri Lessard (les deux autres sont visibles plus bas.)


Autres billets du blogue sur l'Antropocène : lien.





Nous venons à peine de passer à l'heure normale que je découvre que nous avons changé d'âge géologique. Et ceci depuis juillet dernier. La nouvelle m'avait échappé. Voici ce court billet pour que vous aussi soyez au courant. (Et l'Antropocène dans tout ça ? Qu'il ne nous fasse pas une crise, il attendra son tour : voir la seconde partie du billet.)


Bienvenue dans le Meghalayen, notre nouvel âge géologique

Par Benjamin Robert, Sciences et Avenir, 23 juillet 2018

(Note : j'ai ajouté les liens dans le texte et mis quelques termes en gras. H.L.)


Photo 19 juillet 2010.

« La Commission internationale de stratigraphie a divisé l'holocène, notre époque géologique actuelle, en trois sous-parties. Nous voici donc dans un nouveau chapitre géologique, le Meghalayen, depuis environ... 4200 ans. Une décision qui ne fait pas véritablement consensus au sein de la communauté scientifique. [...]
Pour déterminer de nouvelles périodes dans les échelles géologiques, les scientifiques doivent identifier des événements précis qui ont impacté l'ensemble du globe. [...]
L'holocène, notre époque géologique actuel [sic], dure depuis 11 700 ans, ce qui marque la fin de la dernière grande glaciation, et le début d'une époque au climat plus doux. Ce 12 juillet 2018, la Commission internationale de stratigraphie (ICS) a publié sur son site internet le nouveau découpage en trois parties de l'holocène, qui n'était jusqu'alors pas divisé. L'âge greenlandien constitue le premier étage de l'holocène, jusqu'à 8300 ans avant aujourd'hui, date qui marque le début de l'ère du Nordgrippien.
[...]
La période du Nordgrippien laisse la place au Meghalayen, l'âge géologique actuel, 4200 ans avant aujourd'hui. À cette date, un épisode de sécheresse intense a éradiqué un certain nombre de civilisations dans le monde entier. Pour témoigner de cette époque, les scientifiques se sont basés sur une modification des atomes d'oxygène présents dans les couches d'une stalagmite de la caverne de Mawmluh dans l'état de... Meghalaya, au nord de l'Inde.
[...]
L'holocène vient d'être divisé en trois parties alors même qu'une partie des scientifiques parle d'ores et déjà de la fin de cette époque géologique, qui serait remplacée par l'Antropocène : un nouvel âge géologique marqué par l'impact de l'humain sur l'ensemble de l'écosystème terrestre (même si sa définition précise fait l'objet de recherches en cours).
Une équipe de l'Union Internationale des Sciences Géologiques (IUGS) travaille actuellement sur la question, mais à ce jour, elle n'a toujours pas remis de rapport officiel à la Commission. Le terme n'a donc pas de signification officielle d'un point de vue géologique. Pour l'IUGS, "le terme "Anthropocène" a plus de sens d'un point de vue sociologique que d'un point de vue géologique et stratification des roches sédimentaires". »
Note 1. - Si vous consultez les documents sources (liens plus haut), vous verrez que la Commission internationale de stratigraphie ne date les subdivisions de l'Holocène en années « avant aujourd'hui », ou AA (ou BP, pour Before Present, le « présent » ayant été arbitrairement fixé par convention à 1950) mais en « yr b2k » (years before AD 2000), soit en « années avant l'an 2000, Anno Domini.) Les subdivisions de l'Holocène selon sont, en yr b2k  :
Greenlandien : 11 700 ans
Northgrippien : 8326 ans
Meghalayen : 4250 ans.



Photo 14 juillet 2013.


Puisque nous parlons de l'Antropocène, je suis récemment tombé sur un article très intéressant qui traite de cette question, ou de ce qui sera dans un lointain avenir. La conclusion des auteurs est que notre civilisation aura une durée de vie trop brève pour se mériter un nom en « -cène ». Les géologues du futur, ceux qui viendront dans 66 millions d'années, parlerons sans doute d'une crise pour qualifier notre temps, mais pas de l'Antropocène (ou de ce qui en tiendra lieu dans leur vocabulaire). (Le recul de 66 millions d'années n'a pas été choisie au hasard. Il correspond au laps de temps qui nous sépare d'une autre crise, fameuse entre toutes, la crise KT (Crétacé-Tertiaire) qui a vu la disparition des dinosaures. Dans 66 millions d'années, la crise de l'Antropocène (qu'importe le nom qu'on lui donne ou qu'on lui donnera) sera-t-elle perceptible dans les archives géologique de la Terre ?

La réponse des auteurs (je ne vous fait pas languir, mais lisez quand même les extraits qui suivent) est oui. Nos dégâts s'étaleront sur des temps extrêmement brefs. On en verra encore les traces dans 66 millions d'années, mais le bouleversement que nous auront apporté paraîtra un événement aussi intense que ponctuel.

Quelques extraits :


L'Anthropocène, le regard et les réflexions d'un géologue

Pierre Thomas, Laboratoire de Géologie de Lyon / ENS Lyon
Olivier Dequincey

« Le mot « Anthropocène » a été introduit à la fin du XXème pour nommer une “époque” géologique où l'homme serait un facteur géologiquement dominant, au moins aussi important que les autres facteurs géologiques “naturels”. L'époque que nous commençons a-t-elle une réalité géologique et correspond-elle à ces critères pour “mériter” le nom d'Anthropocène ?
[...]
Notre civilisation changera profondément ou disparaitra. Sa durée totale se comptera donc en siècles ou en millénaires, et non pas en millions d'années. Depuis quelques milliers d'années, et pour encore combien d'autres, l'humanité modifie son environnement. Cette modification se marque dans l'enregistrement géologique. Un géologue du futur qui ignorerait l'existence de notre civilisation verra certainement, enregistrés dans les sédiments (surtout marins) correspondant à notre époque et mis à l'affleurement par l'histoire géologique (1) des variations rapides et inhabituelles dans la nature et la granulométrie des sédiments, conséquences de variations rapides d'environnements sur les continents, (2) des roches bizarres, difficiles à expliquer autrement que par des artéfacts “industriels”, (3) des niveaux avec des anomalies chimiques et isotopiques, (4) les manifestations de variations climatiques plus rapides qu'ordinairement, et non corrélées à des paramètres astronomiques, (5) un très rapide bouleversement des fossiles, surtout sous forme de disparition-raréfaction d'espèces et d'homogénéisation des survivants. Un géologue du futur en conclura qu'il s'est passé à cette époque [sic !] quelque chose de très inhabituel.
[...]
Notre civilisation changera profondément ou disparaitra. Sa durée totale se comptera donc en siècles ou en millénaires, et non pas en millions d'années. [...] c'est bien plus court que les 12 Ma [Ma = million d'années] de durée de vie moyenne d'une époque géologique se terminant en ”-cène”. L'Anthropocène n'existera pas en tant qu'époque géologique avec la définition actuelle d'époque géologique !
Mais en plus des époques géologiques, les géologues ont défini les crises géologiques, dont la fameuse crise KT (= Crétacé-Tertiaire, il y a 66 Ma), dont la plus terrible des crises, la crise PT (= Permo-Trias, il y a 252 Ma)… Ces crises sont géologiquement très brèves (de quelques mois pour la crise KT, si la chute de la météorite en est bien le facteur prépondérant) à quelques centaines de milliers d'années pour les autres. Ce que nous faisons à notre planète s'apparente bien plus à une crise qu'à une époque. Si l'Anthropocène n'aura sans doute pas de réalité géologique en tant qu'époque, la crise anthropique en aura (hélas) sans doute une. »

lundi 15 octobre 2018

L'automne à Gatineau



Panorama depuis le belvédère Ramparts, parc de la Gatineau. Les ombres des nuages soulignent la succession des chaînes de collines, révélées ou masquées tour à tour par l'éclairage changeant. Visée vers l'ENE. Photo Henri Lessard, 13 oct. 2018.

Le point blanc à gauche sous l'horizon est la soucoupe de la station satellite Gatineau de Ressources naturelles Canada, chemin McClelland, à Cantley, Qc, distante de 10 km. Depuis l'orbite d'un satellite, elle doit être plus difficile à localiser...

Plus près, sous le belvédère, l'extrémité SE du lac Meech ; la Gatineau, cachée par les reliefs, coule entre le lac et Cantley.

La photo a été réalisée samedi dernier un peu grâce au service de navette gratuit offert par la Commission de la capitale nationale et la Société de transport de l'Outaouais dans le cadre du « Coloris automnal de la CCN ». (Je me rends bien compte que je leur fais de la publicité gratuite.)

La navette ne vous mènera cependant pas jusqu'au belvédère Ramparts. Un peu d'effort est nécessaire. Il faut descendre de l'autobus sur la promenade, au belvédère Étienne-Brûlé (qui n'est pas mal lui non plus), et prendre le sentier pédestre no 3 qui grimpe vers le nord, à travers les collines, puis le 28, pour l'atteindre. Distance : 2,5 km à vol d'oiseau, un peu plus avec les détours et les dénivelés.

Jusqu'où porte la vue ? Jusqu'à Buckingham sur la Blanche ? Au-delà ? Compter les chaînes de collines permet-il de l'évaluer ?

Ma photo vaut ce qu'elle vaut. Sur une échelle des chefs-d'oeuvre qui irait de 1 à 10, elle se mérite un 2. Sur place cependant, la scène était magnifique. Les ombres des nuages glissaient sur les chaînes de collines, masquant l'une, laissant l'autre dans la lumière.

samedi 6 octobre 2018

Hors sujet : arrêt de porte



Photo AP.


Un américain découvre que son arrêt de porte est une météorite estimée à 130 000 $. ASSOCIATED PRESS (lien).





Mon arrêt de porte à moi est un galet de calcaire ordovicien d'origine locale qui n'a aucune valeur marchande ou autre. Mais je l'aime bien quand même.

La pièce de 2 dollars canadiens vaut 200 cents (canadiens, of course, ou 154 cents américains) et mesure 28 mm de diamètre.




dimanche 9 septembre 2018

Régolithe (encore) inédit en Outaouais


« [R]egolith [from the Precambrian-Paleozoic interface] has been observed at several places north of the Ottawa River (D.D.H., unpublished). » (Hogarth et al., 1988, p. 388)

On aimerait en savoir plus sur ces « several places», quarante ans après !


Source :
Donald D. Hogarth, Peter Rushforth, Robert H. McCorkell, 1988 - « The Blackburn Carbonatites, Near Ottawa, Ontario: Dykes With Fluidized Emplacement. » Canadian Mineralogist, vol.26, pp. 377-390. http://rruff.info/doclib/cm/vol26/CM26_377.pdf


Se contenter en attendant le billet du 23 janvier 2011, « Lac Beauchamp : un milliard d'années inscrites dans la roche », photo 3/3 :



Discordance Protérozoïque (bas)/Paléozoïque Haut), lac Beauchamp, Gatineau QC.
Texte et photo : Henri Lessard, juillet 2007, revu septembre 2018.

En haut : le grès de Nepean, de couleur grise, présente le caractère d'un conglomérat : il est truffé de galets qui lui donnent une apparence grêlée. 
En bas : le granite (province de Grenville, Bouclier canadien), de teinte claire. 
Entre les deux, une bande de matière friable, couleur orangée, semée, elle aussi, de galets. Il s'agit d'un paléosol qui remonte à l’époque précédant la déposition du grès il y a 500 millions d'années. On peut aussi parler d'un régolithe, résultat de l'altération aérienne. ou météorisation, du Bouclier canadien.