vendredi 24 juin 2016

Hors sujet : écrans électroniques géants rue Rideau




Des écrans électroniques géants accolés dos à dos sont apparus rue Rideau, à Ottawa, l'automne dernier. Ces Janus d'un nouveau style affichent des publicités et des informations changeantes et inessentielles, à la portée et à la connaissance de quiconque les cherche où les a cherché. Leur caractère superfétatoire est patent.

De cent mètres en cent mètres (l'écart type entre deux couples de panneaux), vous êtes bercés par une douce musique délavée - vous savez, le genre de musique qui hante les ascenseurs, les salles d'attente ou que certaines instances vous infligent au téléphone non sans vous avoir assuré auparavant que «votre appel est important pour nous». Et, lorsque vous atteignez le no man's land entre deux installations, momentanément hors de portée de leurs filets sonores, vous tombez dans les rets de celui installé en face, de l'autre côté de la rue, puisqu'il y a un décalage entre les dispositifs sur chaque trottoir.

Déjà, trouver un commerce ou un café qui ne vous gâche pas votre sortie avec sa « musique d'ambiance » est une gageure. Les refuges à l'abri de l'insignifiance sonore se font rares.

Vous aimez les feux d'artifice ? Ressentez-vous pour autant le besoin de vous faire infliger sans arrêt des flashs et explosions de lumières dans les yeux ? Ça fatiguerait et ça empêcherait de bien voir. C'est la même chose pour les oreilles : parfois, souvent même, pas de musique du tout conviendrait mieux. Il n'y a plus moyen d'aller nulle part sans se faire marteler les oreilles par un beat répétitif ou se les faire engluer par une sirupeuse mélodie.

Les travaux de construction, plus à l'ouest, sur la rue Rideau, retarde peut-être l'expansion des écrans jumeaux. J'appréhende le moment où ils se répandront dans la section épargnée de la rue. (Qui sait, on les a peut-être accouplé pour qu'ils se reproduisent ? Quoique, accouplés dos à dos...)

Douce vengeance : j'ai pu remarquer que personne ne les remarque, ces écrans. Les gens passent sans en tenir compte. Leur efficacité promotionnelle est nulle, ou presque. Beaucoup de bruit pour rien (sinon pour rompre le long silence de ce blogue que j'ai un peu délaissé). 



mardi 26 avril 2016

Hors sujet : danger, Mère Nature méchante


Si j'en crois la Ville d'Ottawa, le seul endroit sécuritaire sur cette photo serait la surface de gneiss ; pour le reste, méfiez-vous du végétal ! (et encore, je ne tiens pas compte des insectes !) Ottawa, Goulbourn Forced Road, secteur de Kanata, 17 mai 2009.


Mère Nature ne rate jamais une occasion d'irriter l'épiderme, de piquer ou même de mordre la chair de quiconque est assez inconscient pour aller se promener en son sein. La Ville d'Ottawa, à qui la sécurité de ses citoyens tient à cœur, lance un avertissement au public :


« … when walking through dense vegetation, wear goggles, gloves, long pants and long-sleeved shirts. Thoroughly wash boots and gloves with soap and water before taking off your protective clothing. »

Le plus simple serait de visiter les bois en auto, comme dans les publicités télévisées... Voir l'article «City memo to nature lovers in Ottawa: Wear goggles, don't touch anything», par Tom Spears, Ottawa Citizen, 26 avril 2016.


mardi 29 mars 2016

Banquise en Outaouais


Suite du billet du 10 mars 2016.

17 février 2016. Ma plus ancienne photo du dôme de glace (depuis le pont Alexandra).

13 mars 2016. Presque un mois plus tard, la situation semble gelée.

18 mars 2016. Le dôme se rapproche lentement du pont Alexandra. Le Musée de l'Histoire du Canada à Gatineau en arrière-plan.

20 mars 2016. Quelques mètres encore. Le bombement du dôme est bien apparent sur cette photo. La Colline du Parlement à l'arrière-plan.

21 mars 2016. Situation stable.

22 mars 2016. Lentement mais sûrement.

26 mars 2016. La glace épaisse est disparue. La glace «normale« qui la suivait en amont a pris sa place.

26 mars 2016. Des éléments de la «banquise» entre le pont Alexandra (derrière nous) et le pont Cartier-MacDonald.
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J'emprunte le pont Alexandra entre Gatineau et Ottawa depuis des années et je n'ai jamais vu un tel phénomène.

Un dôme de glace s'est formé en amont du pont. De spectaculaires fractures ont résulté de cette surrection inusitée. La croûte glacée présentait une bonne épaisseur, au moins 3 m (estimation) pour les tranches révélées par les fractures. Le dôme a subsisté pendant plus d'un mois (je l'ai découvert le 17 février et ses derniers éléments sont passés sous le pont Alexandra le 25 mars) et sans qu'aucun affaissement notable n'en diminue la hauteur.

L'ensemble avait tout l'aspect d'un rift, avec failles, vallées encaissées, basculement de compartiments, etc. En amont du dôme, la rivière était partiellement couverte d'une glace «normale».

La glace n'est peut-être pas plus épaisse que de coutume (j'avoue n'avoir pas de réponse sur le sujet pour le moment), mais quelque chose l'a soulevée, brisée, et maintenu les fragments «en l'air» pendant plus d'un mois. La croûte elle-même est le résultat de l'accumulation de couches de glace de neige blanche (ce qui est bien visible sur certaines photos). Je crois me souvenir qu'il a déjà neigé sur la rivière au cours des hivers passés sans que ce phénomène ne se produise.

Le dôme coïncidait avec une dépression profonde de plus de 11 m dans le lit de la rivière, le lit se tenant autrement entre 5 et 8 m. (Valeurs minimales, la rivière étant en crue, il faudrait ajouter +/- 1 m à ces profondeurs : voir la carte reproduite dans le billet du 10 mars 2016.) Un peu en amont du dôme (et donc de la dépression), un chenal naturel, profond de 9 à 23 m suit le dessin de la rive sud à partir du canal Rideau et passe sous le pont.

Une glace nouvelle (glace de neige ?), d'aspect grumeleux occupait les vallées et les intervalles entre les fragments de la «banquise». Ceux des fragments qui se trouvaient le plus en aval ont dérivé les premiers. On pouvait suivre leur descente de jour en jour. C'est ainsi qu'un morceau surnommé «la galette» par un ami est passé sous le pont dès le 14 mars (photos plus bas).

Le dôme lui-même s'est mis à dériver lentement à partir du 18 mars. Sans se presser : ce n'est que le 25 que les épaisses plaques de glace ont été remplacées en amont du pont par la glace «normale», plus mince, qui la suivait.

Le 26, une partie importante de la «banquise» était demeurée accrochée à la rive sud entre le pont Alexandra et le pont Cartier-MacDonald. J'ai pu voir un fragment isolé, jusque là immobile, se mettre en mouvement, descendre le courant sur quelques m, tourner sur lui-même pour finalement s'immobiliser. L'impression est que cet iceberg miniature s'était échouée sur le fond de la rivière. Le lit ayant une profondeur de 7 à 10 à cet endroit (même remarque que plus haut concernant les profondeurs), on a une idée de l'épaisseur de la partie non visible de la glace nécessaire à son ancrage.

Il faut noter que l'hiver n'a pas été des plus vigoureux. À quelques centaines de m en aval, il y avait pénurie de glace ! Le dynamitage annuel de la glace sur la Rideau, à Ottawa, a été annulé pour cause d'une «accumulation de glace inférieure à la normale» :


«Les opérations visant à dégager la glace sur la rivière Rideau [...] ont été annulées. En effet, divers facteurs environnementaux, notamment le temps clément et l’accumulation de glace inférieure à la normale pour ce temps de l’année, rendent le dynamitage inutile au-dessus des chutes Rideau à la hauteur du pont de la promenade Sussex.» (Ville d'Ottawa, 11 mars 2016 : http://ottawa.ca/fr/nouvelles/annulation-du-dynamitage-de-la-glace-sur-la-riviere-rideau)



Question / conclusion

Qu'est-ce qui a soulevé la glace à cet endroit particulier et a maintenu son dôme ancré sur place durant plus d'un mois ?


12 mars 2016. Soulèvement, rupture et basculements. Noter la faille qui se prolonge à partir des fragments de la croûte disloquée.

17 mars 2016. Tout l'ensemble s'est rapproché du pont Alexandra d'où les photos ont été prises.

21 mars 2016. Presque sous le pont : le gâteau à étages.

12 mars 2016. Avant le gâteau, il y avait eu la «galette».
Les éléments les plus en aval du dôme de glace ont dérivé les premiers.

13 mars 2016. Un peu plus près. La mince tige mesure 1,5 m.

14 mars 2016. Sous le pont.

12 mars 2016. Au sud du dôme, les plaques de glace minces se chevauchent sous la pression.

12 mars 2106. Au nord du dôme, la glace plie et forme un couple synclinal/anticlinal.
12 mars 2016. Fractures qui se prolongent vers l'aval.

17 mars 2016.

17 mars 2016. Détail.


Ajout (4 avril 2016). - Pour comparaison : l'allure «normale» de la glace sur la rivière (photo 14 avril 2015).

mardi 15 mars 2016

L'Éléphant et le pot-de-fleurs


«L'Éléphant», parc provincial Hopewell Rocks, Nouveau-Brunswick, le 29 octobre 2013 et le 14 mars 2016. Photo tirée d'un article de la Presse canadienne repris dans l'Ottawa Citizen du 14 mars 2016.


L'Éléphant, l'iconique pot-de-fleurs du parc provincial Hopewell Rocks, au Nouveau-Brunswick, s'est effondré.

Les coupables sont connus. Il s'agit d'un duo de vandales qui travaillent en alternance, j'ai nommé Gel et Dégel.

Nous avons aussi perdu au moins un pot-de-fleurs en Outaouais. Dans notre cas, le coupable serait plutôt la bêtise humaine. Comme le méfait remonte à environ 150 ans, les responsables sont demeurés anonymes. Voir illustration plus bas (et les billets du 5 déc. 2012 et du 6 juin 2014).

Le parc provincial Hopewell Rocks est un parc provincial du Nouveau-Brunswick, situé dans la réserve de biosphère de Fundy. Il fait partie du bassin des Maritimes, un bassin sédimentaire qui s'est formé au Carbonifère et qui a accueilli les sédiments détriqiques résultant de l'érosion des Appalaches. Les roches sont composées de conglomérat entrecoupé de fines couches de grès (adapté de Wikiki).


Notre pot-de-fleurs de l'Outaouais, en 1821, couronné de végétation, en l'aval des chutes des Chaudières, devant l'endroit où passe l'actuel ponts des Chaudières. Chaudière Falls, Philemon Wright's on the Ottawa, John Elliott Woolford, 1821, 14,9 x 23,8 cm, aquarelle ; Musée des Beaux-Arts du Canada, no 23440.

jeudi 10 mars 2016

Tectonique des glaces à Gatineau



Tectonique glaciaire entre Ottawa (à gauche) et Gatineau (à droite). Photo 3 mars 2016, depuis le pont Alexandra.


L'Outaouais, en amont du pont Alexandra, entre Gatineau et Ottawa, semble jouer à une sorte de tectonique des glaces d'un genre inusité.

La couche de glace, particulièrement épaisse, se brise, se retrousse, et se confectionne un rift, avec plateaux, canyons, défilés secondaires et falaises.

Les photos, malheureusement, rendent mal le spectacle. On y perd la perspective, le contraste blanc sur blanc manque de photogénie et, même de visu sur place (sur le pont), il est difficile de saisir l'échelle. Ainsi, l'épaisseur de la glace : je dirais 3 mètres ?

Le fond de la rivière se tient entre 4,9 et 9,1 m en amont du pont, hors des parties attachées aux rives (voir carte), à l'exception d'une dépression et d'un chenal passant sous le pont, tous les deux profonds de 11 m*. [Ajout, 12 mars 2016. - Les fractures semblent bien s'être formées près du rebord aval de la dépression de 11 m ; toute la zone, vue de la rive, forme un dôme qui soulève la couche de glace. Autres photos à venir.]
* Le niveau de base de la carte marine (plus bas) correspond aux basses eaux, soit 40,8 m. La rivière étant en crue (43,1 m le 10 mars), il faut ajuster les profondeurs en conséquence.  

On a l'impression que quelque chose surgissant de la rivière a soulevé et brisé la croûte de glace. Est-ce que des remous entre le plat et les creux du lit ont engendré le phénomène ? Ça ne ressemble pas à une embâcle, en tout cas. Les plaques de glace, en effet, s'écartent au lieu de s'empiler.



Autre vue. Rift central avec des cassures secondaires découpant des plateaux. Photo 6 mars 2016.



Autre vue. Surfaces concaves des plateaux de glace. Photo 3 mars 2016.



Détail du rift et de l'escarpement le mieux visible. Photo 6 mars 2016. La «falaise» doit bien mesurer 3 m de haut ? Les photos rendent mal la perspective.



Relief du lit de la rivière ; le pont Alexandra est en haut, à droite ; le rift de glace se trouve au sud du pont. La zone fracturée se trouve au dessus de la dépression fermée de 11 m. (Le «S» dans la dépression, sous le «11», signifie »Sable». Ajouter 2 m et plus aux profondeurs, la rivière étant en crue, voir le texte.) Source de la carte : Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario, carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02 (détail).