vendredi 15 août 2014

Disparitions aux Chaudières : l'Île Plate submergée, ou éliminée ?



Fig. 1. Le barrage Chaudière et le pont de la Chaudière, à Hull (Québec), sur l'Outaouais, vers 1925(?) (d'après une photo datée provenant du même lot) ; visée vers le SW. En aval du pont, dans l'axe de l'arche, à droite (nord), l'«Île Plate». L'île n'apparaît pas sur la carte du lit de la rivière (fig. 5) et s'est totalement absentée du paysage depuis 1971 semble-t-il (fig. 2 et 6).
Merci à Bernard Lacroix qui m'a gracieusement fournit un pdf de la photo, fichier que lui-même devait à l'amabilité de M. Paul Rankin, directeur général de la Domtar Hull-Ottawa. Le pedigree du cliché s'arrête-là pour l'instant ! (Il proviendrait me dit-on de la Photothèque nationale de l'Air (PNA).) La présence de cette île suppose un relief d'environ 2,4 m dans le lit de la rivière, relief qui n'apparaît pas sur les cartes bathymetriques.


Résumé
Retour sur les disparitions aux Chaudières : l'Île Plate contre l'eau qui monte
Autres billets reliés au même sujet
8 juin 2014 (et suivre les liens) ;
25 juillet 2014 ;
5 déc. 2012.
Localisation
Secteur des Chaudières, Hull (maintenant Gatineau) (Québec) et Ottawa (Ontario).
45.421898, -75.717666


Est-il bien raisonnable de consacrer un si long développement à un minuscule îlot tout plat qui ne faisait pas 50 m de long et qui repose tout probablement au fond d'une rivière qu'on a rehaussée au point de l'obliger à noyer ses propres terres, riveraines ou insulaires ? Oui, parce que le destin de cette Île Plate - ainsi l'ai-je nommée - jette un éclairage sur celui d'autres îles disparues dans le secteur (voir billet du 8 juin 2014, lien plus haut). Autre raison, et qui devrait être suffisante en elle-même, il me plaît, à moi, de procéder ainsi et de disposer certaines données dans ce billet.

Quand on est une île, faire du plat pour attirer l'attention n'est peut-être pas de la meilleure inspiration. Le résultat, contraire à l'intention initiale, peut mener tout droit à la disparition, l'effacement, la submersion.

Témoin le sort de la petite Île Plate – ainsi l'ai-je nommée, voir billet du 8 juin 2014, lien plus haut – qui s'étendait en aval de l'arche du pont de la Chaudière, à Hull (fig. 1). Elle a clignoté d'une photo à l'autre, tantôt présente, tantôt absente, suivant le niveau des eaux, au moins jusqu'en 1971. Aujourd'hui, plus rien, ou presque, ne trahit sa présence ancienne dans la rivière (fig. 2 et 6), que ce soit pendant les crues ou durant les étiages.

Le niveau de la rivière des Outaouais sous le barrage de la Chaudière s'est élevé d'environ 1,7 mètre depuis les années 1940. Du moins, en ce qui concerne les basses eaux : il semble bien en effet que la rivière, à Hull et Ottawa, ne descende plus jusqu'au point qui permettrait à certaines îles ou terres d'émerger.

La hausse la plus significative à suivi la mise en eau du barrage Carillon à plus d'une centaine de km en aval de Hull, en 1962*. Nous tenons peut-être là l'explication de la disparition de l'Île Plate.

* Sans épiloguer sur la question, si le niveau moyen de la rivière a été rehaussé, ses « hauts» ont été, à l'inverse, mieux contenus et sont d'une ampleur moindre qu'autrefois. (Voir la fig. 4 du billet du 8 juin 2014, lien plus haut.)

Sauf que l'île a survécu aux changements du régime des eaux au moins jusqu'en 1971, on l'a dit plus haut. Comme les variations du niveau de la rivière se sont maintenues à des cotes régulières d'une année à l'autre depuis 1965 (CPPRO), le lien, si évident à première vue, entre la disparition de l'île et la hausse du niveau des eaux devient problématique.

La carte bathymétrique de l'Outaouais (fig. 5) n'indique aucun relief à l'emplacement de l'Île Plate ; le lit de la rivière y apparaît plat et uni. C'est comme si elle n'avait jamais existée.

Cet été, le hasard m'a permis de voir évoluer un hors-bord «au dessus» de l'île. S'il en reste quelque chose, ça ne semble pas constituer une menace pour la navigation !

Note. – L'île Plate est distincte d'une autre ilot, qui, jusque vers 1870, émergeait immédiatement un peu au sud de celle-ci, au milieu du chenal, en aval du pont, et que j'ai baptisé le Pot-de-Fleurs (fig. 5). (Voir billets du 8 juin 2014 et du 5 déc. 2012, liens plus haut.)



Niveaux des eaux

La carte bathymétrique de la rivière (fig. 5) indique une profondeur uniforme de 3,7 m sous le pont de la Chaudière et en aval de celui-ci, notamment à l'emplacement de l'île Plate. Le niveau zéro de la carte est fixé à 40,8 m d'altitude. Ce niveau zéro semble élevé quand on le compare à d'anciens chiffres.

Voici quelques chiffres (anciens et actuels) qui ne concernent que les plus bas niveaux de la rivière, les seuls qui m'intéressent, entendu que l'absence de l'île Plate sur des photos prises durant la crue du printemps ne permet pas de présumer de son éventuelle présence durant l'étiage, en août, quand le débit s'étiole.



Niveau minimum de l'Outaouais à Hull (écluses Rideau), 1876-1947

  • Minimum annuel, moyenne pour la période : 39,47 m
  • Minimum annuel le plus bas : 38,68 m (1914)
  • Minimum annuel le plus haut : 40,39 m (1928)
Source : Rapport Gréber, 1950, p. 30.


Niveaux de l'Outaouais durant les basses eaux à Hull (stations Hull et écluses Rideau), 1940-1962

  • Minimum, moyenne pour la période : 40 m
  • Minimum, plus basse valeur pour la période : 39,4 m
  • Minimum, plus haute valeur pour la période : 40,8 m
Source : fig. 4 du billet du 8 juin 2014, lien plus haut, valeurs approchées, déduites des courbes du graphique.


Minimum quotidien de l'Outaouais à Hull (station Hull), 1965-2014

  • Moyenne pour la période* : 41,18 m
  • Moyenne annuelle la plus basse : 40,91 m (1983)
  • Moyenne annuelle la plus haute : 41,39 m (1972)
* Moyenne ne comprenant que les sept premiers mois de 2014.
Source : CPRRO.


Le niveau minimal moyen de la rivière à Hull pour la période 1876-1962 était de 39,5 à 40 m. Les niveaux les plus haut (40,39 m et 40,8 m) parviennent tout juste, au mieux, à égaler le niveau zéro des cartes marines actuelles. Après 1962 (mise service du barrage Carillon), le niveau minimal moyen est monté à 41,4 m et la valeur la plus basse (40,91 m) reste encore supérieure de 11 cm au niveau zéro de référence. Entre 1965 et 2014, le régime des eaux a été constant, on l'a vu plus haut, et sans grandes fluctuations.

La hausse post-1962 est notable. Cependant, l'Île Plate est demeurée visible au moins jusqu'en 1971. La hausse du niveau des eaux ne suffit pas à expliquer sa disparition.



Constance

Or, pour que l'Île Plate émerge si constante dans sa forme et ses dimensions d'une photo à l'autre**, il faut supposer qu'elle forme un plateau bien délimité dans le lit de la rivière. Ajoutons que le fait d'apparaître ainsi sur tant de photos durant des décennies exclut l'hypothèse que l'île ne surgissait à l'air libre que dans des cas d'étiages exceptionnellement bas. (De même, son absence sur d'autres photos montre que la rivière la submergeait souvent.) Mais, nous l'avons vu, le niveau de la rivière était autrefois plus bas.

** J'ai pu examiner de nombreuses photos aériennes datées de 1938 à 1971 où l'île Plate est visible. Voir le billet du 8 juin 2014, lien plus haut.

Quel était le niveau de la rivière à l'époque où la photo de la fig. 1 a été prise ? Prenons la valeur moyenne des basses eaux de la période 1876-1947 donnée plus haut, soit 39,47 m (arrondissons à 39,5 m). Avec une rivière à la cote 39,5 m, la profondeur de l'eau sous le pont de la Chaudière aurait encore été de 2,4 m***.

*** En 1914, lorsque les eaux ont atteint leur creux historique (38,68 m), la profondeur de la rivière sous le pont était de 1,58 m. J'aimerais avoir une photo du site datant de l'été 1914 !...

Donc, il faut supposer qu'existait autrefois en aval du pont de la Chaudière un plateau culminant à 2,4 m du lit de la rivière. C'est là la condition minimale pour que l'Île Plate émerge durant les étiages d'amplitude moyenne. Une telle altitude est à l'intérieur de la résolution de la carte bathymétrique. L'Île Plate devrait y apparaître sous la forme d'un plateau submergée à 1,3 m sous le niveau zéro. Or, la carte n'indique rien à son emplacement (fig. 5).



Conclusion

Est-il possible que subsiste au fond de la rivière un relief de 2,4 m de hauteur en aval du pont de la Chaudière à Hull ? Un tel relief n'atteindrait pas l'altitude voulue (3,7 m) pour émerger, au moins occasionnellement, de la rivière depuis au moins 1968 ou 1971 (cf. barrage Carillon, mise en eau 1962). Ça expliquerait qu'un hors bord puisse passer au dessus sans problème. Sur quelques photos aériennes datant de 1983 à 2013, l'île semble pourtant se deviner comme une vague tache allongée à travers les eaux.

Mais ce fantôme est en complète contradiction avec l'absence de toute trace de l'Île Plate sur la carte bathymétrique (fig. 5). (Une version plus ancienne de la carte, datant des environs de 1970, est, de ce point de vue, identique à la carte actuelle.)

Il est plus prudent de conclure, lorsque la carte contredit la réalité, que c'est la carte qui se trompe.

Ou alors, l'Île Plate a été détruite à une date indéterminée (après 1971 ?). Il m'est arrivé de me demander s'il ne s'agissait pas d'une plate-forme artificielle qu'on aurait démantelé...



Conclusion de la conclusion

Il y aurait eu deux reliefs au fond de la rivière, en aval du pont de la Chaudière : celui du pot-de-fleurs, qui émergeait en permanence, détruit, en tout ou partie, vers 1870 (billet du 8 juin 2014, lien plus haut) et celui de l'Île Plate, plus modeste, qui partageait son temps entre submersion et émersion. Si l'on se fie à la carte bathymétrique (fig. 5), un travail de nivellement du lit de la rivière s'est produit à une époque – ou à des époques – indéterminées.

Finalement, les deux termes du choix offert par le titre du billet, «L'Île Plate, submergée ou éliminée», ne s'excluent pas nécessairement.


Références
  • Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais (CPRRO).
  • Jacques Gréber, Projet d’aménagement de la capitale nationale. Imprimeur du Roi, 1950.
  • Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario, carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02.



Fig. 2. Pont de la Chaudière, 12 juillet 2014. Le niveau des eaux est plus haut qu'à la fig. 1. Ceci suffit-il à expliquer l'absence de l'île Plate, située dans l'axe de l'arche du pont ? Si je n'ai malheureusement pas relevé le niveau de l'Outaouais à Hull pour le 12 juillet 2014, le niveau moyen de la rivière en juillet à cet endroit pour la période 1965-2014, soit 41,49 m, peut en donner une bonne approximation. (Le niveau était de 41,76 m le 21 juin (billet du 13 juillet 2014) et de 41,38 m, le 28 juillet). Source des données : CPRRO.



Fig. 3. Photo 12 juillet 2014. La ligne blanche courte représente la partie hors de l'eau d'un pilier ; la ligne plus longue, celle hors de l'eau du même pilier sur la fig. 1 (détail à la fig. 4). Les mesures ont été prises en comparant la longueur de différents éléments visibles sur les deux photos. L'exercice, à la limite de la résolution des images et basé en partie sur des mesures estimées, comporte une marge d'erreur assez grande, j'en suis tout a fait conscient !



Fig. 4. Détail de la fig. 1. Comparez avec la photo de la fig. 3, prise en juillet 2014. La différence du niveau de la rivière entre les deux photos atteint environ 1 mètre (en faveur de 2014), ce qui donnerait 40,50 m, soit un niveau inférieur à celui du niveau zéro des cartes actuelles. Est-ce qui explique l'apparition de l'Île Plate ?



Fig. 5. Carte bathymétrique de la rivière des Outaouais (détail). Le niveau zéro de référence est fixé à 40,8 m (niveau des basses eaux). Remarquez à quel point le lit de la rivière forme un planché uni en aval du pont de la Chaudière (profondeur 3,7 m). La position approximative de l'Île Plate est donnée par le trait rouge supérieur, à gauche ; celle du pot-de-fleurs, par le trait rouge inférieur. Aucun relief résiduel à leur emplacement dans le lit de la rivière.



Fig. 6. L'Île Plate devrait se trouver au premier plan, au centre de la photo. Je l'ai prise en me tenant à l'aplomb du centre de l'arche du pont de la Chaudière, à Hull. (Photo 12 juillet 2014 ; visée vers l'est.)

vendredi 1 août 2014

Les Chaudières : discussion privée


Ce billet n'est destiné qu'à fournir des aliments visuels à une discussion (verbale), d'où son aspect un peu abrupt, sans commentaire. Il traite du secteur des Chaudières, à Hull et Ottawa. Sinon, pour en savoir plus, voir les billets du 25 juillet 2014 et (surtout) du 8 juin 2014.


Les Chaudières en 1938. Barrage et chute de la Grande Chaudière en haut à gauche ; Hull (Québec), au nord ; Ottawa (Ontario), au sud. L'île Hull, à droite, au milieu de la rivière des Outaouais, entre Hull, au nord, et Ottawa, au sud, plus large et plus symétrique qu'aujourd'hui (cf. fig. Suivantes). Au sud de l'île, une plate-forme verte s'avance dans la rivière : «l'île» du Parlement rattachée à la rive.
Source : Photothèque nationale de l'air (PNA), photo A6352-40 (détail), 25 sept. 1938.


En 1963, l'île Hull est réduite aux proportions qu'on lui connaît aujourd'hui. Malgré la hausse du niveau de la rivière que cela traduit, l'île du Parlement (ici péninsule boisée) n'est pas autrement affectée.
Source : Photothèque nationale de l'air (PNA), photo A18339-10, 5 nov. 1963.



© Google. Situation actuelle (2013). On devine, à travers l'eau, les parties submergées de l'île Hull ; l'île ou péninsule du Parlement, effacée du paysage, s'entrevoit elle aussi, à droite, près de la rive, sous la couche d'eau. (Ne pas tenir compte du X blanc, en bas à gauche, qui provient d'un usage de la photo dans le billet du 25 juillet 2014, lien plus haut.)



Carte bathymétrique de la rivière des Outaouais en aval de la Grande Chaudière. L'île Hull, au centre de l'image ; l'île-péninsule du Parlement, au sud, sous la forme d'une excroissance rattachée à la rive. Le niveau de la rivière ne peut descendre plus bas que 0,6 m (île Hull) ou 1,2 m (île du Parlement) sans que, dans leurs entourages immédiats, la plate-forme rocheuse qui les prolonge n'émerge, ce qui ne s'est jamais produit à ma connaissance.
Légende la carte (extrait) : «Les profondeurs sont en mètres et sont réduites au zéro des cartes (un niveau de basses eaux), lequel à Hull est de 40,8 mètres au-dessus du niveau de référence géodésique (RG).» 
Selon la SHO (1995), dans Vaillancourt et al. (2008 ; voir billet du 8 juin 2014, lien plus haut), le niveau de la rivière à Hull (station Hull et écluses Rideau) ne descend plus au dessous de 41,25 m à 41,6 m* durant l'étiage depuis la mise en eau du barrage Carillon (1965 1962 [corr. 7 août 2014]). Avant cette date, ces valeurs étaient de 39,4 m et 40,8 m**.
* Données 1965-1987. Valeurs approximatives d'après les courbes du graphique.
** Connées 1940-1962. Valeurs approximatives d'après les courbes du graphique.

Source de la carte  : Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario, carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02 (détail).

mardi 29 juillet 2014

Les Chaudières : quand le bois cache la rivière


Collection du CN, Musée des sciences et de la technologie du Canada, no d'image CN000207, SMSTC/Collection CN.


Une image du genre de celles qui valent mille mots. Je serai donc bref : flottage et triage du bois sur l'Outaouais, en amont des chutes de la Chaudière, à Ottawa, vers 1926. Le nord est à droite ; la zone représentée mesure environ 500 m x 650 m.

On reconnaît le pont Noir (ou pont Prince-de-Galles) qui servait uniquement aux trains, et l'île Lemieux (en haut, à droite ; le rivage à gauche est celui des plaines Lebreton, à Ottawa).
(45.411340, -75.725069)

Tant de billes de bois assemblées en petits tas, en petits carrés rassemblés à leur tour pour attendre de passer, le moment venu, dans les chenaux qui leur évitent de culbuter dans la Grande Chaudière*. On n'en voit presque plus la rivière ! Cette photo a quelque chose de fascinant et de monstrueux à la fois.

* Voir, entre autres, le billet du 8 juin 2014.


lundi 28 juillet 2014

Hors sujet : l'homme de Néanderthal évolue vers la couleur


L'homme de Néanderthal, reconstitutions de G. Wandel tirées de l'ouvrage de E. Grahmann (version française, 1955, p. 119). Le texte du Grahmann précise bien : «Les Néandertaliens avaient [...] sans doute une intelligence satisfaisante et savaient s'en servir.» Merci de nous rassurer ! Il me semble pourtant que la minceur de son cuir chevelu devait causer des problèmes à notre pauvre bonhomme de Néanderthal. Est-ce que ça expliquerait sa calvitie ? Et, en retour, sa calvitie expliquerait-elle la morosité de son expression ?


 © Cicero Moares. Reconstitution d'un homme de Néanderthal. Si le profil et le trois-quarts sont inversés, ce sont les mêmes poses, les mêmes points de vue, le même cadrage que dans la reconstitution de Wandel. On note, outre une pilosité plus généreuse, la mine plus éveillée du personnage.


J'ai découvert la reconstitution de l'homme de Néanderthal qui chapeaute ce billet dans La Préhistoire de l'Humanité de R. Grahmann, ouvrage publié (version française du moins) en 1955. Le profil et le trois-quarts sont basés sur des crânes différents : crâne de la Ferrassie à gauche (profil), celui de La Chapelle-aux-Saints à droite (trois-quarts). Grahmann a emprunté la reconstitution à un certain G. Wandel, sans précision de date pour le travail original.

Feuilletant un autre livre sur le même sujet, Last Ape Standing, de Chip Walter (2013), je tombe sur le même dessin ou presque, signé Cícero Moraes, mais plus jeune d'une soixantaine d'années. Entre les deux reconstitutions, les techniques ont changé, l'ordinateur est venu faciliter bien des choses et les conceptions sur l'homme de Néanderthal se sont modifiées.

L'orientation des têtes est identique sur les reconstitutions de Wandel et Moares. On ne peut s'empêcher de penser que ce dernier a voulu mettre au goût du jour un ouvrage datant d'une autre génération, montrer que l'homme de Néanderthal continue d'évoluer même de nos jours (vers la couleur et la pilosité, sans parler de l'intelligence, la physionomie du Néanderthalien de Moares étant animée par une lueur dans le regard qui annonce un esprit vif et amène). 

Plus vraisemblablement, il pourrait s'agir d'une réminiscence inconsciente, tout à fait explicable si Moares tout comme moi entretient un goût pour les vieux livres.

Ou alors, c'est le hasard. Après tout, il n'y a pas cent façons de faire poser une tête, préhistorique ou pas.

Moares a basé sa reconstitution sur un seul crâne, différent de ceux utilisés par Wandel. Voir son site Internet, qui, soit dit en passant, vaut le détour et, même, qu'on s'y attarde.


Vieux livres

Quand on me demande pourquoi j'aime les vieux livres dépassés par l'évolution (sans jeu de mots) du savoir comme celui de Grahmann, je réponds que (grand A), il s'en trouve de très bien faits et que j'aurais tort de m'en priver et que (grand B) la lecture d'anciens ouvrages m'oblige à (petit a) «corriger» mentalement leur contenu, ce qui est un excellent exercice de remémorisation et de synthèse des connaissances acquises à des sources plus récentes ; que (petit b) ça me permet d'entrevoir les controverses scientifiques dans une perspective un peu plus vaste et, enfin (petit c), que ça me procure un délicieux quoique fallacieux sentiments de supériorité sur leurs auteurs.

Fallacieux, parce que j'ai beau savoir un tas de choses que ce Monsieur Grahmann ignorait et pour lesquelles il aurait payé cher, ce savant monsieur reste quand même beaucoup plus... savant que moi.

Paradoxe : c'est pas parce qu'on en sait plus long que quelqu'un que le savoir de ce dernier ne dépasse pas le nôtre.




Références

  • R. Grahmann, La Préhistoire de l'Humanité : introduction à l'étude de l'évolution corporelle et culturelle de l'Homme, Payot, traduit de l'allemand par L. Lamorlette, 1955, 336 p.
  • Chip Walter, Last Ape Standing: The Seven-Million-Year- Story of How and Why We Survived, Walker & Company, New York, 2013, 222 p.


vendredi 25 juillet 2014

Disparitions aux Chaudières : mise à jour


Je compte effectuer prochainement J'ai effectué une mise à jour partielle de ma plus récente synthèse (billet du 8 juin 2014) sur la question des îles disparues de la rivière des Outaouais, secteur des chutes Chaudières (Gatineau et Ottawa).

En attendant une autre synthèse, plus complète, voici déjà quelques images.


Fig. 1 : 1963  
1. Île Hull* à Gatineau (Québec), dans la rivière des Outaouais ; 2. Île du Parlement (plutôt une péninsule ici) à Ottawa (Ontario) ; 3. Extrémité est de l'île Victoria ; 4. Cour suprême ; 5. angle NW de la Colline du Parlement ; X. Belvédère derrière la Cour suprême d'où ont été prises les photos des figures 4 et 5. Photothèque nationale de l'air, Ottawa : photo A18339-10, 5 nov. 1963, échelle : 1/3000.
* Et non l'Île-de-Hull, quartier de la ville de Hull (maintenant partie de Gatineau).


Fig. 2. Détail de la fig. 1 (1963), redressé pour comparaison avec fig. 3. Les fils de soie dentaire arrimés aux îles sont des câbles servant à contenir des masses de bois flottant. L'île du Parlement apparaît ici couverte d'arbres tandis que l'île Hull est pratiquement réduite à l'état de plate-forme rocheuse.


Fig. 3 : 2013. © Google. Même cadrage qu'en 2. Noter l'absence des pitounes et la régularisation de la rive, au sud. L'île du Parlement n'est plus qu'un fantôme que l'on devine à travers la couche d'eau. L'île Hull a peu changé dans ses contours et son aspect, sinon qu'un arbre véritable (un saule) y pousse (cf. fig. suivantes et le billet du 19 avril dernier). On ne peut pas expliquer la disparition de l'île du Parlement par une variation du niveau de la rivière (mise en eau du barrage Carillon en 1965 1962 [correction 6 août 2014]), autrement, l'île Hull aurait été elle aussi affectée. Je vous renvoie à nouveau au billet du 8 juin dernier pour plus de détails.
X : belvédère derrière la Cour suprême d'où ont été prises les photos des figures 4 et 5.


Fig. 4. Île Hull, vue depuis le belvédère de la Cour suprême (X sur les fig. 1 à 3), le 12 juillet 2014. Magnifique vue sur la ville de Gatineau et les installations de la Domtar.


Fig. 5. Zoom sur l'île Hull, vue depuis le belvédère de la Cour suprême (X sur les fig. 1 à 3), le 7 juillet 2014.