lundi 9 octobre 2017

Petits karsts à Gatineau, Qc



Fig. 1. - Rigoles dans un calcaire ordovicien, au sud du lac des Fées, Gatineau, Qc. Photo 9 oct. 2017.


Résumé

Paysages karstiques miniatures à Gatineau, Qc, dans un calcaire ordovicien.
Localisation 
Site 1. - Sud du lac des Fées, Gatineau, Qc, entre les promenades de la Gatineau et du lac des Fées
Site 2. - Piste cyclable, à la hauteur de la baie Squaw dans la rivière des Outaouais, Gatineau, Qc.


On observe souvent dans la région des lapiès (Wikiki), ou des environnements karstiques (Wikiki) que l'eau de pluie façonne en dissolvant le calcaire : cannelures ou rigoles à la surface, élargissement des diaclases, apparition d'avens miniatures et, peut-être même, développement d'un réseau de cavernes tout aussi miniature.

De quand datent ces lapiès ? Les processus liés à la formation de ces phénomènes sont-ils encore actifs ? Au plus, ils datent du déblayage de l'argile marine de la mer de Champlain par l'ancêtre de la rivière des Outaouais, déblayage achevé il y a environ 8500 ans. (Voir billet du 11 mars 2014, « Géologie-fiction : suite de la tourbière Mer Bleue ».) Mais ils sont fort probablement plus récents.

Ont-ils précédé la formation du sol et l'arrivée de la végétation ? Un élément de réponse ici :


« Rain water is slightly acidic and this acid (carbonic acid) readily dissolves the rock, carrying it away as an invisible solution. Rain water which first passes through soil before reaching the limestone becomes much more acidic and is capable of dissolving a greater quantity of rock. » (Source : The Karst of Ireland)

Comme vous voyez, je suis pris au dépourvu et je me pose un tas de questions sans pouvoir toujours obtenir de réponse. Si vous en savez plus que moi, n'hésitez pas !

Détail intéressant : quand je soufflais en direction d'une des ouvertures, une buée se formait, indice qu'un courant frais montait du fond du « gouffre » (figure 4). Y a-t-il un réseau souterrain unissant ces crevasses et avens ? Leur profondeur était d'environ 50 cm, mais des accumulations de débris ont pu fausser les mesures. 

La surface du calcaire dans les deux sites illustrés montre des inclinaisons sensibles ; nous sommes sur le rebord de la faille Hull-Gloucester et les strates, à l'origine horizontales, ont basculé avec les mouvements des compartiments de l'écorce terrestre (billet du 6 mars 2016, « Failles, vallées et escarpements à Gatineau et Ottawa »). Le calcaire lui-même date de l'Ordovicien (groupe d'Ottawa, env. 465 millions d'années).


Référence utile


  • Marie-Anne Geurts et J. Bjornson, « Un karst de régime nival : le ruisseau Cardinal, Municipalité d'Ottawa-Carleton », dans : Marie-Anne Geurts, Acta Geographica Ottaviensia, volume 2, Visites dans l’Ontario de l’Est, Géomorphologie, Palynologie, p. 9-23, 2009.



Site 1. - Sud du lac des Fées, Gatineau, Qc, entre les promenades de la Gatineau et du lac des Fées



Fig. 2. - Diaclase élargie par l'érosion (et mise à profit par un arbre) ; rigoles suivant la pente du calcaire. L'inclinaison de la surface rocheuse provient de la proximité d'une faille. Photo 9 oct. 2017.



Fig. 3. - Sections de diaclases élargies en ovales. Photo 9 oct. 2017.



Fig. 4. - L'air qui montait de cette ouverture provoquait la condensation de ma respiration. Le courant d'air frais qui émergeait provenait-il d'un réseau de cavernes miniature qui réunirait les crevasses et ouvertures des alentours ? Photo 9 oct. 2017.



Fig. 5. - Rigoles dans le calcaire. (Voir fig. 2.) Photo 9 oct. 2017.


Site 2. - Piste cyclable, à la hauteur de la baie Squaw dans la rivière des Outaouais, Gatineau, Qc.



Fig. 6. - Rigoles et diaclases élargies dans un calcaire ordovicien de la même formation que celui du site 1. Photo 13 mai 2012.



Fig. 7. - Photo 13 mai 2012.Fig. 7a. - Érosion horizontale sous la surface du calcaire. Photo 13 mai 2012.



Fig. 8. - Diaclases élargies par l'érosion. Photo 13 mai 2012.

mardi 3 octobre 2017

Skarn Lawless, Campbell's Bay, Qc


Photo 1. - « Skarn Lawless » : excursion du défunt club de Minéralogie de l'Outaouais (CMO) à un skarn à diopside vert et calcite rose, le 29 avril 2000 ; route 301, 10 km à vol d'oiseau au NE de Campbell's Bay (et 3 km au nord du lac Lawless).
Au dessus du personnage à chemise à carreaux bleus : lentille de calcite rose dans le skarn vert. La masse blanchâtre irrégulière au dessus de la lentille serait de la scapolite (à vérifier sur place). À gauche, un filon plissé de calcite.



Photo 2. - Même pan de la tranchée de route que les photos 1 et 3, vu en août 2017. La lentille de calcite claire de la photo 1 demeure visible, mais les couleurs des autres lithologies sont perdues sous la couche d'altération noire.

Résumé

Skarn à diopside vert, calcite rose et granite blanc ; province géologique de Grenville, 1 milliard d'années.
Localisation
Route 301, 10 km à vol d'oiseau au nord de Campbell's Bay, QC, et 3 km au nord du lac Lawless, dans un segment de la route E-W. 
45.783380, -76.495830
Photos 1 à 11 : vue vers le sud, est à gauche, ouest à droite.


On pouvait admirer une spectaculaire roche calco-silicatée (ou skarn, voir billet du 16 févr. 2012) à diopside vert et à calcite rose dans une tranchée de la route 301 au nord de Campbell's Bay. J'en parle à l'imparfait, même si le site existe encore, mais 20 ans après les premières visites (photos 12-14), les couleurs ont perdu de leur éclat. Comparez les photos prises en 1997, 2000 et 2017. Une patine noire recouvre les surfaces et la déroutante bigarrure de vert, rose et blanc qu'offrait la tranchée n'est plus qu'un souvenir. Faisant face au nord, elle est maintenue dans l'ombre, dans un état d'humidité permanent qui n'a pas aidé à lui conserver son air pimpant d'origine.

Dans mes filières, la tranchée apparaît sous le nom de skarn Lawless, du nom du lac situé à 3 km au sud sur la route 301. J'ai pris connaissance du site par les membres du défunt club de Minéralogie de l'Outaouais (CMO). Ils venaient y chercher notamment des cristaux de sphène et de scapolite. Je crois qu'il s'y trouvait aussi, sur le site même ou dans les parages, de la molybdénite. Remarquez que je n'ai jamais vu quelqu'un extraire un cristal potable de la tranchée...

Selon la carte de Madore et al. (1994), la route traverse à cet endroit une large zone de marbre et roches calco-silicatées à carbonates et diopside.

Kretz (1977) place dans le même secteur (je simplifie les données de sa carte) un leucogranite et une syénite à Ca-pyroxène (diopside), des skarns à pyroxène vert (diopside) et un marbre à calcite rose.

Les deux points de vue sont conciliables selon que l'on considère le skarn comme résiduel dans le granite ou ce dernier comme intrusif dans le premier. Discussion qui dépasse le cadre de ce billet.

Je tenais surtout à montrer à quel point un affleurement se détériore rapidement (mais les affleurements aussi âgés situé du côté nord de la route, faisant face au soleil de midi et restant au sec, demeurent en bon état) ; je tenais aussi à utiliser de vieux documents péniblement amassés à l'époque pré-digitale. J'ai déjà tenté la démonstration pour un autre affleurement (billet du 1er mars 2103).

La séquence des événements, telle que je peux la reconstituer (lecture personnelle des choses), est la suivante : formation du skarn à diopside vert (photo 1) ; intrusion de granite blanc formant un gneiss lit-par-lit avec le skarn (photos 4, 6-7) ; mobilisation du skarn, associé à l'intrusion de calcite rose (photos 1, 8-9), pour recouper de façon discordante le gneiss lit-par-lit (photos 8-9). Skarn et gneiss apparaissent, à l'extrémité ouest de l'affleurement, surmonter un marbre chargé de fragments divers (photo 11).


Références

  • Kretz R., 1977 — Fort-Coulonge - Otter Lake - Kazabazua area. MRNQ, DPV 514, 309 p., with 4 maps, 1:63 630 to 1:7 920.
  • Madore L., Sharma K.N.M., Globenski Y. et Giguère E., 1994 — Synthèse géologique de la région de Fort-Coulonge (SNRC 31F). MRNQ, MB 94-39, 23 p., avec une carte au 1/100 000.


Photo 3. - Granite blanc et reliquats du skarn vert. Les petits bonhommes fixes permettent de se repérer d'une photo à l'autre. Photo 29 avril 2000.


Photo 4. - La proportion de granite blanc augmente. La rouille devient très apparente. Photo 29 avril 2000.



Photo 5. - Même pan de roche que sur les photos 4 et 6 ; photo prise en août 2017. Sauf la tache blanche rouillée, au centre (que l'on retrouve à la droite de la photo 4), il ne reste plus grand chose de visible des roches.


Photo 6. - Le mélange granite et skarn tourne au gneiss rubané. Photo 29 avril 2000.


Photo 7. - Granite blanc et gneiss rubané au sommet, recoupé, en bas par un skarn vert à calcite rose. Photo 29 avril 2000.


Photo 8. - Vue en bas de la photo précédente. Granite blanc et gneiss rubané au sommet. Plus bas, une langue de skarn vert et de calcite rose recoupe le gneiss rubané. La calcite rose semble elle-même intrusive dans le skarn (voir photo 9). Photo 29 avril 2000.


Photo 9. - Extrémité ouest de la masse de skarn vert envahie par de la calcite rose ; marbre mobilisé à droite. Photo 29 avril 2000.



Photo 10. - Même endroit que la photo 9, cadrage semblable, août 2017.


Photo 11. - Marbre mobilisé et skarn vert clair (?) à droite. Photo 29 avril 2000.


AJOUT (après rédaction du billet).


Tant qu'à sortir ses vieilles choses... Voici trois photos prises le 5 novembre 1997 au skarn Lawless par François Lévesque, du CMO. Le personnage au casque jaune est votre serviteur, version 20 ans plus jeune.



Photo 12. - Travail sous la masse de calcite rose visible à la photo 9.



Photo 13. - Je n'ai plus mon casque jaune mais j'ai toujours cette veste bleue qui reste ma préférée : aucune crainte de la salir.



Photo 14. - Granite grossier blanc (pegmatite) semé de diopside vert et recoupé par des intrusions de calcite rose grossière. Marteau : 30 cm.

samedi 30 septembre 2017

Plis et plongements dans un marbre (revu)


Billet réécrit le 19 octobre 2017, le lendemain d'un retour sur le site (première visite : 27 août 2017). Cette nouvelle version apporte quelques précisions qui manquaient à l'originale sans modifier le fond du texte.


Photo 1. - Partie ouest d'une tranchée de route dans un marbre gris. Route 366, face au lac Barnes, en Outaouais, env. 2 km à l'est de Ladysmith.
De gauche à droite (de l'ouest vers l' est) : plis déversé dans le marbre souligné par de minces lits d'amphibolites noires précédemment isoclinalement plissées (voir photo 8) ; large filon oblique de granite gris clair ; marbre, à nouveau. La suite (partie est) de la tranchée : photo 2.



Photo 2. - Partie est de la même tranchée de route. Le dyke oblique de granite gris clair de la photo 1 passe au dessus de bandes de marbre contenant de minces lits d'amphibolites noires. Notez le plis isoclinal dans le lit noir, en haut, à droite. Au centre de la photo, en bas : boudins de granite gris clair (photo 3) ; à droite : inclusion d'un gabbro(?) recoupé par du granite gris clair (photo 7).


Résumé

Marbre contenant des inclusions mafiques et granitiques. Les plis et dislocations ont enregistré le transport vers l'ouest de compartiments de l'écorce terrestre il y a plus d'un milliard d'années dans la province de Grenville du Bouclier canadien.
Localisation
Route 366, face au lac Barnes, en Outaouais, env. 2 km à l'est de Ladysmith (60 km au NW du centre-ville de Gatineau, Qc).


Cette tranchée de route dans le marbre est toute neuve, en tout cas très récente. En témoigne l'éclat du marbre blanc. Kretz (1977, p. 27) signale en effet que le marbre dolomitique est d'un blanc éclatant en cassure fraîche, ce qui est le cas ici. L'affleurement mériterait à plus d'un titre de figurer dans les guides géologiques de la région. Pas seulement parce qu'il est frais, mais surtout par l'aperçu qu'il donne sur l'histoire tectonique de la région.

On reconnaît sans mal le marbre, gris ou blanc se (marbre calcitique ou dolomitique). Les intrusions noires sont des amphibolites (gabbro +/-métamorphisé), très fréquentes dans les marbres et les gneiss de la région. Un grand filon de granite gris clair coupe la tranchée de bas en haut. La tectonique a travaillé les roches de façon très différente de part et d'autre du filon de granite (photos 1-2) :


À l'ouest (photo 1), de minces lits d'amphibolites (en boir) dans un marbre gris sont pris dans un plis déversé pointant vers l'ouest. On note que les amphibolites ont d'abord été plissées de façon serrée (plis isoclinal) avant d'être reprises par le plis déversé (photos 1 et 8).


À l'est (photo 2), le rubanement du marbre blanc et gris plonge vers l'ouest ; les amphibolites sont étirées et plissées. Notez le plis isoclinal dans une amphibolite noire et boudinées (photo 4).


On retrouve inclus dans le marbre, côté est, un train de boudins de granite gris clair (photo 3) et de gabbro(?) (photo 7). Le gabbro a été recoupé par du granite gris clair avant d'être incorporé dans le marbre. J'ignore à quel point tous les granites clairs rencontrés ici sont apparentés, mais ils se ressemblent énormément. (Pour un observateur non averti, le granite gris et le marbre gris sont faciles à confondre.)


Il y a clairement discontinuité de style tectonique de part et d'autre du filon oblique de granite gris clair. Ce dernier recoupe à la fois le rubanement du marbre de la partie est et le plis déversé de la partie ouest. Aucun signe de déformation ou d’amorce de rupture n'est apparent dans le filon de granite massif, ses bords demeurant nets et parallèles. On observe toutefois un rubanement interne parallèle à ses bords. Enfin, à l'ouest, on observe nul boudin de granite ou de gabbro, mais ce peut être un hasard.


Dans sa partie supérieure, les différentes parties de l'affleurement présentent une attitude plus homogène, le flanc supérieur du plis déversé, le filon oblique de granite gris clair et le rubanement du marbre prenant une allure concordante à plongement vers l'ouest. C'est à se demander si le plis déversé n'est pas le résultat du décollement de la partie ouest le long du filon oblique. Le fait que les lits d'amphibolites noires sur le flanc supérieur du plis déversé montrent des plis isoclinaux pareils à ceux visibles à l'est amène à penser que ce plis est tardif, qu'il a repris des éléments déjà plissés de façon serrée.


Les déformations et ruptures visibles ici ont enregistré le transport de compartiments de la croûte terrestre vers l'ouest durant l'orogénie de la province de Grenville il y a plus d'un milliard d'années.


Toutes les photos datent du 27 août 2017.



Références


  • Kretz R., 1977 — Fort-Coulonge - Otter Lake - Kazabazua area. MRNQ, DPV 514, 309 p., with 4 maps, 1:63 630 to 1:7 920.
  • Kretz R., 1997 — Metamorphic crystallization: Exemples from the Ottawa Valley and the Laurentian Highlands. GAC/MAC, Joint Ann. Meet., Ottawa, 1997, field trip guidebook A6, 28 p.




Photo 3. - Un boudin de granite gris clair (visible au bas de la photo 2) dans le marbre ; au dessus, replis d'un mince lit mafique (amphibolite) boudiné.



Photo 4. - Plis isoclinal dans une amphibolite noire. (Voir photos 5-6.)



Photo 5. - Plis et boudinage dans une amphibolite au dessus d'un budin de granite gris clair : gros plan de la photo 4.



Photo 6. - Gros plan des inclusions sombres de la photo 4.



Photo 7. - Détail d'un gabbro (?) non métamorphisé, recoupé, avant d'être inclus dans le marbre, par un granite gris clair. L'inclusion est visible en bas, à droite, de la photo 2.



Photo 8 (ajout 30 sept. 2017). - Plis isoclinaux sur le flanc du plis déversé (photo 1).

mercredi 27 septembre 2017

Vidéos, roches et gemmes, par Philippe Belley



Philippe M. Belley, Spinel and Forsterite crystals at the Parker mine, Québec.


Philippe M. Belley, du Département de Sciences de la Terre, l'Océan, et l'Atmosphère, Université de Colombie-Britannique, a publié beaucoup d'articles sur la géologie d'ici et d'ailleurs au pays (Nunavut, Colombie-Britannique). Il vient de rendre disponible par You Tube des vidéos sur la chaîne « Geology of Gems & Minerals ».

Honte à moi, lors de nos premiers contacts par courriels, je ne me suis pas rendu compte tout de suite que j'avais déjà cité un de ses articles dans mon blogue (billet du 2 janv. 2017, « Calcite bleue et orangée le long de l'autoroute 5, Chelsea et Wakefield, QC »). Au moins, je me souvenais avoir souvent vu son nom au cours de mes recherches périodiques dans Internet. Philippe est présent sur Mindat et il figure souvent au sommaire de revues spécialisées comme Canadian Mineralogist et Rocks and Minerals.

Philippe est aussi un collectionneur de cristaux - ce que je ne suis pas, je fais de la géologie en marchant et en photographiant. Il collectionne aussi les gemmes (voir vidéo plus bas), sans en tailler lui-même.

Je vous invite vivement à regarder ses vidéos et à lire ses articles. Le contenu de ses vidéos est accessible au grand public ; ses articles sont plus techniques et s'adressent à un lectorat scientifique. J'avoue que leur niveau me dépasse souvent, mais il est possible, quand un sujet nous intéresse, de faire soi-même sa propre vulgarisation et de tirer profit de textes très avancés. Bref, allez-y voir ! Pour apprendre sur la géologie de l'Outaouais (et d'ailleurs), et pour apprendre à identifier les minéraux.



Philippe M. Belley, Graphite Crystals and Gem Diopside in Québec.


Quelques autres liens


vendredi 15 septembre 2017

La carrière Wright à Hull et la CCN






Détail annoté d'une carte publiée dans la brochure Planning Canada's National Capital publiée par la Commission du district fédéral (CDF) en 1948.
RB : ruisseau de la Brasserie ; RO : rivière des Outaouais.
Carrières de calcaire
G1 : carrière Wright ; G2 : carrière Laurentian ; P9 : carrière de la Canada Cement ; P6 et U5 : autres carrières.
P : Parlement (pour situer les choses).
Le parc Jacques-Cartier (angle NE de l'Île-de-Hull) est limité à l'époque aux terrains de la Gilmour and Hughson (voir ces billets) ; le parc du lac Flora (au centre de l'Île ; parc Fontaine depuis 1936 : voir ce billet), amputé de sa partie à l'est de la rue Laval.
Pour les carrières de calcaire dans Hull, voir le billet du 9 sept. 2015, « Calcaires hullois : des cartes et des lacunes » (suivre aussi les liens qu'il contient.


Je viens de dénicher chez un bouquiniste un exemplaire de la brochure Planning Canada's National Capital : An Introduction To The National Capital Plan, publiée par la Commission du district fédéral (CDF) en 1948, en préparation au Rapport Gréber (voir ce billet).

(La CDF est l'ancêtre de la Commission de la capitale nationale.)

La brochure montre, page 33, une carte de la région d'Ottawa et Hull. Par un détail, elle est curieusement en lien avec mon billet du 1er sept. 2017 sur la carrière de calcaire Wright. Intitulée Map showing the FDC's responsabilities in the Urban Area, la carte est très schématique. Elle laisse par exemple la région du lac Leamy en blanc, comme si ce dernier n'existait pas. Il est d'autant plus curieux, considérant cette omission de taille, d'y voir figurer la carrière Wright, à nul titre pourtant un élément proéminente du paysage, sous forme d'un lac fermé (G1). Les auteurs n'ont pas cru nécessaire d'inclure la carrière de la Canada Cement (P9), plus vaste et autrement plus visible. Ils auraient pu ne pas négliger la U5, comparable en dimensions à la carrière Wright et ennoyée elle aussi depuis au moins 1925. Tout ceci rend la présence la carrière Wright sur la carte incompréhensible. 

La question se pose d'autant plus que la carrière ne fait pas partie des propriétés de la Commission. C'est un détail inutile au milieu d'une carte qui ne décrit que l'essentiel.  

La date de publication de la brochure, 1948, peut induire en erreur. La carte a sans doute été dessinée plusieurs années auparavant. En effet, un indice trahit son âge. L'île du ruisseau de la Brasserie (RB) au sud du pont de la rue Montcalm y figure alors qu'elle était disparue avec les travaux de bétonisation des rives en 1938 (voir ce billet). La carte avait donc 10 ans de retard sur la réalité. Le site Ottawa Passé & Présent nous apprend que c'est justement en 1938 que Jacques Gréber reçut le mandat d'élaborer ce qui allait devenir son Projet d'aménagement de la capitale nationale (mieux connu sous le nom de Rapport Gréber). La Deuxième Guerre mondiale bouleversa l'échéancier. La plupart des photos qui figurent dans le Rapport datent d'ailleurs de 1938.

Ceci peut expliquer l'anachronisme de la carte de la page 33. Autre incongruité, le « parc du lac Flora » (au centre de l'Île-de-Hull), sur le site du lac asséché, était le parc Fontaine depuis 1936 (Ouimet, 2017).

La carrière Wright figure aussi sur une carte imprimée en 3e de couverture de la brochure. Donc, sa présence sur la carte à l'intérieur n'est pas accidentelle ; (re)donc, elle est intentionnelle. C'est à se demander si la CDF ne comptait pas l'aménager et l'intégrer à ses plans ? Gérer un lac artificiel entre un boulevard et une voie ferrée, enclavé dans un quartier résidentiel et industriel, n'aurait pas constitué une tâche aisée. Mais on aurait pu parler, avec 50 ans d'avance, de lac de la Carrière...


Bibliographie


  • The Federal District Commission, Planning Canada's National Capital : An Introduction To The National Capital Plan. Prepared by The Information Committee of the National Capital Planning Commitee, Grenville W. Goodwin, chairman, Walter Bowker, director of information; designed and produced by The National Film Board of Canada; november 1948; 48 p.
  • Jacques Gréber, 1950, Projet d’aménagement de la capitale nationale. Imprimeur du Roi. Disponible en ligne : https://qshare.queensu.ca/Users01/gordond/planningcanadascapital/greber1950/index.htm
  • Raymond, Ouimet, « Le parc Fontaine raconté : la petite histoire du parc Fontaine, ancien lac Flora », conférence, 17 août 2017, 19 h, organisée par Gatineau plein air, parc Fontaine, rue Charlevoix, Gatineau, QC.