mardi 10 novembre 2020

Anciennes carrières à Hull et mystères résolus




Figure 1. - Rive nord de l'Outaouais à Gatineau, depuis les îles du parc Brébeuf (à gauche) jusqu'à la baie Squaw (à droite). Voir autres figures pour détails. Photo © Bing 2020.


La carte de McGrath (1885 ; voir « Source », plus bas) que je viens de découvrir à BAnQ (fig. 4 et 5) contient une mine d'informations sur l'histoire de la ville de Hull (aujourd'hui Gatineau, Qc). Pour l'instant, contentons-nous de trois heureuses pépites : deux mystères résolus plus une surprise.

Allons-y dans le sens du courant de la rivière des Outaouais, de l'ouest vers l'est.

Premier mystère résolu (fig. 2 et 4). - Le petit chenal près de la rive du parc Brébeuf, à Val-Tétreau, entre la rive et une plate-forme rocheuse, n'a jamais cessé de m'intriguer. Je lui cherchais des causes naturelles (érosion) sans trop de conviction. Rien ne justifiait sa présence dans le paysage, il coupe à travers les diaclases du socle rocheux. Interrogations désormais sans objet : il s'agit du chenal artificiel d'un glissoir (slide) pour le passage des billes ou des cages de bois. 

De l'entrée à la sortie du glissoir, le chenal mesure environ 12 m x 360 m. Dans l'état actuel, il serait inutilisable. Selon la carte, il aurait appartenu à la E.B. Eddy, mais ce n'est pas clair

Comme ce « glissoir » a deux entrées, je suppose qu’il servait à réunir les billes flottantes ; davantage un chenal qu’un glissoir comme tel ? Quand même bizarre que personne ne se souvienne de ce glissoir... 

(Diane Aldred (1994, p. 87) affirme que la construction d'un batardeau devant les chutes des Chaudières en 1868 aurait réduit la puissance des rapides en amont par la hausse du niveau des eaux de la rivière. Est-ce que la réduction de la puissance des rapides aura diminué la nécessité de ce glissoir ? Hypothèse que je lance comme ça... Ce qui est étrange, c'est qu'aucune autre carte ne montre ce glissoir.)

La surprise (fig. 2 et 4). - Le chenal longeait une carrière dont je n'avais jamais entendue parler. Aucune source ne la signalait. Je l'ai ajouté à ma carte des carrières de la ville de Hull (voir mon billet du 9 sept. 2015, « Calcaires hullois : des cartes et des lacunes »).

Le second mystère à présent (fig. 3 et 5). - Depuis longtemps je cherchais à situer précisément une carrière abandonnée que les textes situaient sans en donner d'autres indications près de la baie Squaw, au sud de l'UQO. Sur les cartes des anciennes carrières que j'avais élaborées, je l'avais placé un peu trop au nord, tout en notant dans le texte que cette position était approximative. (Carrière U9 sur ma carte du billet du 9 sept. 2015, lien plus haut.)

Voici ce flou supprimé par ce « QUARRY » sur la carte de McGrath (fig. 5), près de l'endroit où l'on trouve une dépression anguleuse inondée. J'avais pourtant bien supposé que cette dépression avait à voir avec la carrière, mais j'avais préféré me fier aux indications imprécises des sources. Voilà à la fois une bonne leçon (je devrais davantage me fier à mon jugement) et une heureuse conclusion. Affaire classée. (J'ai modifié ma carte des carrières de la ville de Hull en conséquence.)

La carte de McGrath contient une foultitude d'informations surprenantes de ce genre. Je n'ai pas épuisé ses ressources. J'y reviendrai.

Depuis mon enfance ce coin de Hull m'intriguait. J'essayais de justifier la présence du chenal et de l'île par des phénomènes naturels, sans y parvenir. Je suis heureux d'avoir enfin la solution de ce problème qui me turlupine depuis des lustres.


Sources

  • Diane Aldred, Le Chemin d'Aylmer : une histoire illustrée / The Aylmer Road: An Illustrated History. L'Association du patrimoine d'Aylmer, Aylmer, Heritage Association, photographies par Alan Aldred, traduit de l'anglais par Claude Leahey et Rodrigue Gilbert, 1994, 256 p. ISBN 0929114124
  • Bolton McGrath, Plan of the northern shore of the Ottawa river from the western boundary of the city of Hull to the Gatineau river. 1885, BAnQ : https://numerique.banq.qc.ca:443/patrimoine/details/52327/3474338



Figure 2. - Rivière des Outaouais près du parc Brébeuf, à Gatineau. La plate-forme calcaire (à gauche, en gris) qui m'avait toujours intriguée est une ancienne carrière ; le chenal, pour l'existence duquel je n'avais jamais réussi à trouver une explication naturelle, est artificiel (voir figure 4). Le second chenal entre l'île au centre et la plate-forme à gauche est un chenal secondaire (voir encore la fig. 4). Photo © Bing, 2020.
La première version du billet ne contenait pas la bonne photo.




Figure 3a. - La baie squaw, au sud de l'UQO à Gatineau, un peu à l'est du parc Brébeuf, avec l'île Yvette-Naubert à son entrée (voir fig. 1). La petite dépression carrée au centre de la photo, rive nord de la baie, correspond à une ancienne carrière de pierre calcaire, sans doute la carrière U9 de mon billet du 9 sept. 2015, (lien dans le texte). (Voir la QUARRY de la fig. 5.) Photo © Bing 2020.




Figure 3b. - La carrière semble accessible par le bois via la piste cyclable. Photo © Google 2020.




Figue 4. - Carte de McGrath (1885 ; détail). ATTENTION, LE NORD EST EN BAS ! L'EXCAVATED CHANNEL (à droite) correspond au chenal (visible sur la fig. 2) d'un glissoir (SLIDE). Un chenal secondaire a été créé entre la petite île au centre et la plus grande à droite. La QUARRY, à l'extrême droite, m'était inconnue : elle peut expliquer la plate forme rocheuse à cet endroit. 

Texte sur la carte : OLD DAM, SLIDE, ISLAND, ISLAND COVERED AT HIGH WATER, EXCAVATED CHANNEL, QUARRY.




Figure 5. - Carte de McGrath (1885 ; détail). ATTENTION, LE NORD EST EN BAS ! La baie Squaw (nom actuel), et une QUARRY sur sa rive nord qui correspond sans doute à la carrière U9 de la carte de mon billet du billet du 9 sept. 2015, « Calcaires hullois : des cartes et des lacunes » (lien dans le texte). La carte de McGrath me permet de la situer enfin avec précision. L'île Yvette-Naubert (nom actuel) à l'entrée de la baie. 


Photos suivantes (sept. 2019) : panorama de la plate-forme et du chenal, de l'ouest vers l'est, en suivant le sens du courant.




Le chenal et la plate-forme de l'ancienne carrière.




Le chenal. Vue vers le sud, vers Ottawa.




Même chose, plus à l'est. Les diaclases, visible sous l'eau, n'ont aucune commune orientation avec le chenal, ce qui exclut une origine naturelle (érosion par élargissement de diaclases).




Vue sur la petite île.




Le tracé du chenal est bien visible ; tout est calme mais les rapides entre l'île et le rivage sont normalement très impétueux.


lundi 26 octobre 2020

Hors sujet : « la Babine » lance un appel à tous (Ajouts)




Le pont de « la Babine », promenade du Lac-des-Fées, à Gatineau. Il ne paie pas de mine, mais je l'ai connu en plus mauvais état. À une époque, le garde-fou à droite (côté sud) avait été arraché. La réparation est visible sur place. Photo oct. 2020.





Le pont de la Babine

Il est discret, il s'efface du paysage à mesure que les arbres qui l’environnent croissent et que la végétation se resserre autour de lui : le petit pont de pierre au-dessus du ruisseau du Lac-des-Fées, à Gatineau, au sud de la promenade du même nom, à la hauteur du pavillon Lucien-Brault de l’UQO.

Ce pont, c’est le « pont de la Babine ». Quand j’étais enfant et ado (années 60 et 70), j’habitais tout près et le site était en effet connu sous le nom de « la Babine ». J’ignore si ce toponyme officieux s’est maintenu dans l'usage.

Mais pourquoi un pont à cet endroit du sentier du Lac-des-Fées sur la promenade ? La personne qui, venant du sentier de la promenade, emprunte le pont se bute aussitôt franchi son arche unique, à un escarpement boisé haut de 25 m (voir cartes 1 et 2). Là, un abrupt sentier l'invite, s'il craint les escalades, à rebrousser chemin. 

Autant dire que le pont conduit à un cul-de-sac.

Ce pont qui ne conduit nulle part n’a pas de nom officiel (à ce que je sache) et n’a pas d’histoire non plus. Quand a-t-il été construit ? Et pourquoi ? A-t-il déjà eu une utilité ? Aujourd’hui, il paraît à l’abandon, la piste goudronnée du sentier récréatif qui y mène est bosselée et semée de nids de poule, la végétation envahit ses abords. Questionnée à son sujet, la Commission de la capitale nationale (CCN), de qui dépend la promenade, renvoie les curieux à la ville de Gatineau, propriétaire du pont, selon elle*.
*Selon une personne travaillant à la Ville de Gatineau qui a questionné la CCN au sujet du pont. 

Petit pont mal aimé dont personne ne veut !




La croix lumineuse (la nuit, du moins) de Val-Tétreau, au sommet de l'escarpement, rue Boucherville. Photo oct. 2020.

L’escalier et la croix

Mais le pont de la Babine n'est pas seul ouvrage du secteur. Autrefois, au lieu du sentier, se trouvait un escalier en bois, couleur sang de bœuf. Il faisait la jonction entre le pont et le sommet de l’escarpement où s'élève la grande croix lumineuse de Val-Tétreau, à l'extrémité nord de la rue Boucherville. (Voir Réseau patrimoine.)

Sans le pont, le ruisseau rendait l’escalier inaccessible ; sans l’escalier, le pont n’a plus aucune véritable utilité. La croix justifie-t-elle l'existence de l'escalier ? Point important pour ce qui suit, l'accès au pont et à l'escalier a toujours été limité aux piétons et aux cyclistes, via le sentier récréatif de la promenade.


1950 : année à marquer d’une croix

Le pont et l’escalier semblent bien avoir été conçus exprès pour conduire à la croix lumineuse. Érigée sous l’initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Hull et du Nord de l’Outaouais, elle a été inaugurée le 25 juin 1950 à l’occasion des célébrations du 75e anniversaire de l’incorporation de la municipalité de Hull et du 150e anniversaire de la fondation de Hull. (Hull est maintenant partie de Gatineau.) Une procession de 12 000 personnes, présidée par l’archevêque d’Ottawa, Mgr Alexandre Vachon, s’était dirigée, partant de cette ville, vers le parc Columbia, près du sanatorium Saint-Laurent*. Primitivement haute de 9,4 m, la croix a été surélevée à 23,9 m en 1995 (Réseau Patrimoine, lien plus haut), soit la hauteur de l'escarpement sous elle.
*Ouvert en 1937 ; hôpital Pierre-Janet depuis1967.



Seuil et piliers de l'ancien escalier depuis le
haut de l'escarpement : le petit pont se trouve tout
en bas (hors cadre). C'est à-pic ! Photo oct. 2020.

La personne à l’origine de l’érection de la croix, le constable Oscar Duquette, est aussi un des concepteurs de la promenade du Lac-des-Fées. « En 1938, il lança le projet de la promenade du Lac-des-Fées en proposant l’aménagement d’un boulevard national à Hull. [...] Une partie importante du tracé proposé à l’époque par Oscar Duquette correspond à l’actuelle promenade du Lac-des-Fées. Aménagée durant les années 1950 par la [Commission du district fédéral, ancêtre de la] Commission de la capitale nationale, cette voie de communication fait partie des 38 km de promenades panoramiques qui sillonnent le parc de la Gatineau*. » (Wikipédia
*En 2008, le pont d'étagement du boulevard des Allumetières qui traverse la promenade et le ruisseau du Lac-des-Fées, 800 m au nord du pont de la Babine, a été baptisé viaduc Oscar-Duquette. (Wikipédia, lien plus haut)

La promenade

La promenade, la croix et, sans doute, les aménagements secondaires comme le pont et l’escalier, faisaient donc partie du même projet d’embellissement de la ville dans l'esprit de leur concepteur, M. Duquette. Mais la promenade du Lac-des-Fées, on vient de le voir, n'a été construite par la CCN (Commission du District fédéral, ou CDF, à l’époque) que « dans les années 1950 » - et non en ou pour 1950 ! Je ne peux être plus précis pour l'instant, cependant, une carte topographique publiée en 1958, mais réalisée d'après des photos aériennes prises en 1955, montre la promenade achevée. (Voir la « Mise au point » et l'« Ajout », plus bas : la promenade est post-1952.)

Le lien du pont et de l’escalier, tous deux sur le terrain de la promenade, avec la croix et la journée du 25 juin 1950 devient problématique. 

Déviation

En comparant des cartes et des photos d’avant et après la construction de la promenade, j’ai constaté que le pont de la Babine enjambe une section artificielle du ruisseau. Le cours d’eau a été dévié à partir d'un point immédiatement en amont du pont (voir les cartes 1 et 2). Si on lui avait conservé ses méandres originaux, le ruisseau croiserait la promenade et coulerait à partir de ce point de déviation de l'autre côté de la chaussée. La section artificielle disparaît à la vue dans une canalisation moins de 200 au sud du pont. (Le ruisseau termine sa course souterraine en se jetant dans le ruisseau de la Brasserie*.) Les eaux s'accumulent volontiers dans un bas terrain qui correspond à l'ancien ruisseau, entre la promenade (côté est) et le parking de l'UQO**.
*Selon des cartes topographiques, le ruisseau dévié coulait à l’air libre jusqu’à la voie ferrée à l’E du manège militaire (actuel trajet du Rapibus) en 1955 (carte topo de 1958 réalisée d'après des photos aériennes prises en 1955) ; la situation actuelle prévalait sur la carte topo de 1963 (réalisée d'après des photos aériennes prises en 1960). Un habitant du secteur m’a raconté que l’enfouissement du ruisseau avait été réclamée par la population suite à la noyade d’un enfant.
** Avons-nous oublié de préciser ce point ? Le lac des Fées est à 1,5 km au nord du pont de la Babine.

La promenade n'offrait aucune facilité à ceux qui, venant en automobile, auraient voulu accéder au sommet de l'escarpement par l’escalier - et n'en offre toujours pas. Ce dernier et le pont ne sont accessibles qu’à pied ou à vélo, uniquement à partir de la promenade. Les 12 000 processionnaires de juin 1950 ne sont sûrement pas passés par l’escalier, à supposé qu’il ait existé à ce moment. L’accès à la croix était plus facile par la rue Boucherville (voir les cartes 1 et 2)


Terrain humide du côté est de la promenade du Lac-des-Fées, derrière le parking du pavillon Lucien-Brault de l'UQO. Cette zone correspond sans doute à l'ancien trajet du ruisseau du Lac-des-Fées. À l'avant-plan, la piste cyclable. Photo oct. 2020.

SOS

Bref, si la promenade a été construite « dans les années 1950 », il est illusoire d'envisager que la promenade elle-même, la déviation du ruisseau, préalable à la construction du pont et de l'escalier, aient été achevées à temps pour le 25 juin 1950, jour de l'inauguration de la croix de Val-Tétreau.

MISE AU POINT (28 oct. 2020)

Fin 1952, aucun travail n'avait encore été commencé sur le terrain en vue construction de la promenade à en juger d'après l'Insurance plan of the city of Hull, Que., daté de novembre de cette année. Ceci est confirmé en outre par une photo aérienne datant de 1951. Une autre photo aérienne prise en 1927 montre qu'un sentier aurait préexisté à l'escalier de la Babine, avant même la construction du pont et la déviation du ruisseau. Détails dans la section « Ajout (3 nov. 2020) », plus bas.

En l’absence de données plus précises, j’ai tendance à croire que la réalisation du projet du constable Duquette s’est faite en deux épisodes décalés et indépendants ; l’érection de la croix en 1950 (sur un terrain municipal), la construction de la promenade et de ses équipements et la déviation du ruisseau « dans les années 1950 » (sur des terrains de la CDF/CCN). Deux juridictions : comment se sont-elles entendues pour coordonner les travaux ?

Selon l'Atlas de la Ville de Gatineau, nous sommes assurés que la croix est sur un terrain municipal tandis que le pont et l'escalier (et toute la promenade et tout l'escarpement jusqu'à son sommet) appartiennent à la CCN. Je ne comprends pas pourquoi la Ville et la CCN se disputent à qui n'est pas le propriétaire du pont. Qui réparait l'escalier à l'époque, dans les années 1970, où les vandales en démontaient régulièrement des morceaux (voir plus bas) ? Qui a réparé le garde-fou arraché du pont (voir première photo) ? La Ville ou la CCN ?

Tant que la Covid m’empêchera d’aller consulter la collection de photos aériennes de la Photothèque nationale de l'air (PNA), je n’en saurai pas plus sur la chronologie de tous ces travaux, à moins qu’un lecteur plus savant que moi veuille bien me communiquer ce qu'il sait. 
Je n'ai pas réussi à trouver la date exacte des travaux de la promenade. Et si quelqu'un pouvait m'éclairer sur les autres aspects de l'affaire, je lui en serais extrêmement reconnaissant ! (C’est un SOS, un appel à tous.)



La croix originale (le jour de son inauguration, le 25 juin 1950 ?) Photo Pierre-Louis Lapointe (Réseau Patrimoine, lien plus haut.)

Utilité

Si l'escalier et le pont ont été construit trop tard pour l'inauguration de la croix ; s’ils sont dépourvus des facilités nécessaires à accommoder même un petit groupe de gens (pas de parking, obligation de monter à pied un long escalier), à qui, à quoi servaient-ils ?

Sauf la croix, que personne ne visite de toute façon (exception faite du jour de l'inauguration), il n'y a rien à voir en haut de l'escalier...

Servait-il à permettre aux Val-Tétrois de se rendre à l'école secondaire Saint-Jean-Baptiste* inaugurée en 1962 (aujourd’hui pavillon Lucien-Brault de l’UQO), en face de la Babine, de l'autre côté de la promenade ? Mais encourager les élèves à longer le boisé de l'escarpement, rue Boucherville, et à se diriger à son extrémité isolée pour prendre l'escalier n’est peut-être pas de la meilleure inspiration. Une fois passé le pont, il leur aurait fallu traverser la promenade, loin de toute traverse pour piétons**. Le chemin le plus pratique passait par le boul. Taché et la rue Scott.

*Successivement devenue ensuite la polyvalente de la Promenade, la D’Arcy McGee High School, le pavillon Lucien-Brault de l’UQAH puis de l’UQO.
**C’est ce que j’ai longtemps pendant plusieurs années, même lorsque les vandales s'ingéniaient à rendre le pont de moins en moins praticable (voir plus bas), mais j’habitais proche de l’escalier et c’était pour moi la voie la plus directe pour me rendre à l’école Saint-Patrice, sur la rue Laramée.

Peut-être servait-il aux patients du sanatorium Saint-Laurent ?

Bref, la croix est venue trop tôt, ou la promenade trop tard ; l’accès limité à la Babine ne justifie pas la construction du pont et de l’escalier à cet endroit ; l’escalier ne servait à rien puisqu’on l’a laissé se détériorer et qu’on ne l’a pas remplacé après sa démolition (voir plus bas dans « Souvenirs personnels »), laquelle a rendu le pont inutile. Et trop de juridictions sont assurément ou potentiellement en cause : la Ville, la CCN, la Commission scolaire (?) et le sanatorium Saint-Laurent (?), sans compter la croix (?)...

Je réitère mon SOS ! 


Les abords du pont de la Babine depuis la piste récréative de la promenade du Lac-des-Fées. Photo oct. 2020. 

Souvenirs personnels

Mes plus vieux souvenirs de l'escalier et du pont datent de 1965, année où nous avons aménagé à Val-Tétreau. Après 1970, l'escalier a commencé à souffrir de vandalisme et des planches étaient régulièrement arrachées des marches ou du garde-fou. La CCN (ou la Ville ?), au début, réparait les dégâts, puis a renoncé. Quand j'allais à l'école Saint-Patrice, rue Laramée (1974-1976), l’escalier était à l’abandon et il fallait composer avec l'absence de sections entières. Pour la suite, mes souvenirs deviennent moins précis. Il me semble que l'escalier était détruit ou quasiment en 1990-1992. Aujourd’hui, il n’en reste que les piliers de béton. (Curieusement, Google conserve le souvenir de son existence (voir carte 1). Dans quelle base de données a-t-il puisé ce renseignement ?)

Le fait qu'on ne l'ait jamais remplacé plaide pour le peu de nécessité de l'escalier ; ce qui ne fait que renforcer le mystère de sa construction... Depuis sa démolition, le pont est orphelin et sans vocation.

Il me souvient qu'à une certaine époque (ma mémoire n'est pas très précise), un des garde-fous du pont avait été descellé et avait été laissé gisant sur le tablier. Les dégâts ont été réparé (par qui ? ; voir photo de 2015).

Même s'il ne sert plus à grand chose, il suffirait d'un peu d'entretien, d'un brin de toilette pour redonner au pont de la « la Babine » un peu de son lustre d'autrefois.  

Un pont qui ne mène nulle part, ça ferait un bon argument promotionnel pour attirer les visiteurs, ce petit pont mal aimé que personne ne veut ! 




CARTE 1. - Google surligne le parcours de l'escalier démoli par une pâle ligne blanche comme s'il existait encore. La ligne tiretée bleue indique le cours original du ruisseau. R : ruisseau du Lac-des-Fées, section naturelle (en haut) et artificielle (en bas).

Les petits bonshommes verts

En 1967(?), en automne (à la rentrée des classes, si mes souvenirs sont bons), le bruit s’est répandu à mon école - Saint-Jean de Brébeuf à Val-Tétreau - que des « petits bonshommes verts » avaient été vus à la Babine. » Ils auraient communiqué aux témoins de leur apparition leur intention de revenir sur les lieux à 19 h (on disait 7 heures du soir), le soir même ou le lendemain, je ne sais plus. Plusieurs dizaines de personnes s'étaient réunies dans l'escalier et autour du pont. (Selon Gilles Lacasse, voisin de la Babine à l'époque, la GRC eut du mal à assurer la circulation sur la promenade, encombrée de véhicules – autre preuve du peu de capacité du site à accueillir les foules). Peut-être effarouchés par ce comité d'accueil (dont j'étais l'un des membres), les petits bonshommes verts ont préféré demeurer discrets. (Je fus déçu, mais non surpris). Le Droit s'était fendu d'un court article dans ses pages intérieures. J'aimerais remettre la main dessus, mais la date exacte des événements m'échappe.

Marmites et coups de gouge

Le socle calcaire sous le pont montre des évidences d'érosion par l'eau courante (marmites, coups de gouge) trop prononcées pour résulter de l'action du paisible ruisseau depuis les 70 dernières années. (Le pont, rappelons-le, est sur une section artificielle du ruisseau datant des années 1950.)

On peut se demander si un cours d'eau plus puissant n'a pas coulé à cet endroit après la glaciation, avant la déposition de l'argile de la mer de Champlain. Les eaux de la section artificielle sur laquelle est construit le pont auraient dégagé le socle rocheux érodé de la couche de glaise qui subsistait.

Voir les billets sur la Marmite des Allumettières.





CARTE 2. - LÉGENDE

Ovale rouge : la Babine.

E (pointillé rouge) : escalier en bois (démoli) ;
P : pont de la Babine.

1 : escarpement ;
2 : ruisseau du Lac-des-Fées (cours original préservé) ;
3 (tireté bleu foncé) : ruisseau du Lac-des-Fées : cours original ;
4 : ruisseau du Lac-des-Fées : section artificielle ;
5 : entrée du ruisseau dans la canalisation souterraine.

CHPJ : centre hospitalier Pierre-Janet ;



PLdF :
promenade du Lac-des-Fées (sentier du LdF en pointillé gris de chaque côté) ;
UQO : Université du Québec en Outaouais (A.-T. : pavillon Alexandre-Taché ; L.-B. : pavillon Lucien-Brault).





Des coups de gouge et une marmite dans le calcaire sous le pont ; érosion fluviatile. 
Photos mars 2015.




Pont condamné ? Affiche « Danger » à la sortie du pont (côté ouest, ou côté escarpement) : il y en a une aussi à l'autre extrémité du pont, mais il n'en reste que le poteau. Posée par la Ville ou la CCN ? Photo 27 oct. 2020.











AJOUT (3 nov. 2020)

J'ai contacté par courriel la Commission de la capitale nationale (CCN) pour obtenir les dates du début et de la fin des travaux de la construction de la promenade du Lac-des-Fées. On m'a répondu qu'elle avait été construite « dans les années 1950 », ce que nous savions déjà. J'attends à présent plus de précision de leur part. En attendant le fin mot de l'histoire, voici quelques documents visuels pour alimenter le dossier. Si l'on se fie à eux, la promenade a été construite après 1952 et elle était achevée en 1957. 
 
Évidemment, savoir de quand date la promenade ne nous dira pas qui a fait construire le pont « de la Babine » et son escalier à flanc d'escarpement, ni pourquoi ils ont été construits. (Sûrement pas pour l'inauguration de la croix, en juin 1950.) Affaire à suivre.


On peut cliquer sur les images pour les voir plus grandes.

Novembre 1952. - Aucun travail n'avait encore été commencé sur le terrain en vue de la construction de la promenade du Lac-des-Fées à en juger d'après l'Insurance plan of the city of Hull, Que., daté très précisément de novembre 1952. 

LÉGENDE DES RETOUCHES

T : croix lumineuse de Val-Tétreau, érigée en 1950 ;
Rectangle rouge : pont de la Babine, post-1952 ;
Ligne pointillée rouge : escalier post-1952, maintenant détruit ;
Ligne rouge pleine : promenade du Lac-des-Fées, post-1952.
Rue Boucherville : elle longe l'escarpement au pied duquel coule le ruisseau,

1 (ligne bleue pleine) : cours original du ruisseau du Lac-des-Fées, conservé jusqu'à aujourd'hui ;
2 (ligne tiretée bleue) : section abolie du ruisseau après la construction de la promenade du Lac-des Fées ;
3 (ligne bleue pleine) : tronçon artificiel du ruisseau aménagé pendant ou après la construction de la promenade disparaissant dans une canalisation souterraine.

Escarpement : à droite (à l'est) de la rue Boucherville ;
SSL : sanatorium Saint-Laurent, aujourd'hui CH Pierre-Janet ;
CMY : collège Marguerite d'Youville (sœurs grises), site de l'actuel pavillon Alexandre-Taché de l'UQO.

NB. - Certains tronçons de rues vides de maisons n'ont existé que sur plans. Il y a un désaccord sur une partie du trajet du ruisseau entre cette carte et les autres documents utilisés pour les retouches.

Insurance plan of the city of Hull, Que. Toronto ; Underwriters' Survey Bureau Limited, 1952, 49 pl. en coul. [pl. 28], 1: 600, BAnQ, Centre d'archives de l'Outaouais, P1000,S2,D4, 0003820664. https://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2247012. [La publication est datée à l'intérieur de novembre 1952.] 


1927. - Même secteur que la carte de 1952. Photo prise avant la construction de la promenade du Lac-des-Fées et la déviation d'une partie du ruisseau qu'elle a entraînée et avant la construction du futur pont de la Babine (P blanc) sur le tronçon dévié du ruisseau.
Photothèque nationale de l'air (PNA), photo HA246-76 (détail), 5 mai 1927. 

1927 (détail). - À gauche : le ruisseau (cours original) ; cercle blanc : position du futur pont de la Babine ; lignes pointillées : sentiers (?) sur l'escarpement boisé. Le sentier sud, correspond, à la gauche du cercle, au tracé du futur escalier. En bas, à gauche : extrémité nord de la rue Boucherville. 
À droite : même détail, contraste retouché et sans les lignes blanches pour rendre visibles les traces des deux sentiers.



26 janv. 1955. - Tracés préliminaires. - Le tracé des promenades de la Gatineau et du Lac-des-Fées (Gatineau Parkway et Lac des fees (sic) Parkway) est reporté à la main en vert sur ce document. Il ne correspond pas au tracé réel (voir cartes suivantes). Je ne peux affirmer si la date donnée correspond à la réalisation du document ou à autre chose.
Federal District Commission. [Partial Map of Ottawa-Hull Region]. Gatineau and Lac Des Fees Parkways [26/01/1955] (détail). Bibliothèque et Archives Canada, no d’identification : 2163337.

1957. - Les promenades achevées. - Promenades achevées ou projetées (GATINEAU PARKWAY et LAC DES FEES PARKWAY). Cependant, leur tracé est un peu approximatif (voir la carte de droite), surtout celui de la promenade de la Gatineau près du lac des Fées (FAIRY LAKE). On a l’impression que la carte a été mise à jour rapidement. Les lignes tiretées rouge sur l'original indiquent des routes projetées. Cette carte routière indique donc que, pour le moins, la promenade du Lac-des-Fées était achevée en 1957.
Commission du District fédéral, Service de l’information, La capitale nationale : plan d’Ottawa et des environs et du parc de la Gatineau. Édition 1957 (détail).

2020. - Situation actuelle. J’ai surligné en gris la promenade de la Gatineau qui n’était pas très apparente sur l’original. Le repère rouge indique la position du pont de la Babine.
Modifiée de © Collector Classic, Esri.

 

Détail de la carte de 1957 : le PARC COLUMBIA figure au nord du sanatorium Saint-Laurent. 
PLdF : promenade du Lac-des-Fées ;
Ligne tiretée bleue : j'ai souligné le cours du ruisseau du Lac-des-Fées : ou la carte est infidèle, ou la ruisseau a été dévié après la construction de la promenade. Or, le pont de la Babine a été construit sur la partie déviée du ruisseau. Le pont et l'escalier seraient post-1957 ? 
Le noms de quelques rues a été changé ; certaines rues n'existent plus.
Le nom de la pauvre rue Châteaubriand a été tronqué d'une drôle de façon : CH BRIAND. (Ce qui ne veut pas dire chemin Briand !)
 
 

 
1951. - Photo venue à la dernière minute. Comparer avec celle de 1927. (Les deux photos ne sont pas pareillement orientées.) 
Le point blanc (P) indique la position approximative du futur pont de la Babine. La flèche (à gauche) indique l'ombre de la croix inaugurée en juin 1950. 
À droite, on voit le boul. Saint-Joseph ; à gauche, le prolongement de la rue Boucherville. Ce prolongement est aujourd'hui une simple piste.
Cliché PNA, A13142-36 [ou 38], 6 et 7 juin 1951, alt. 5300'. Tirée d'Arkéos inc., Autoroute Laramée/McConnell, Hull : Évaluation de l'intérêt archéologique. Gouv. du Québec, Min. des Transports, Direct. de l'Outaouais, février 2001.


mardi 13 octobre 2020

Brique écossaise du lac Leamy (AJOUT)

Photo Paul Paquette, lac Leamy, Gatineau QC, 2017.
Cette demi-brique a été découverte par M. Paul Paquette au lac Leamy (Gatineau QC), à l'endroit où s'élevait le moulin à vapeur de la scierie d'Andrew Leamy (1854-1874 ; voir billet du 6 août 2020 ; « Le canal oublié du lac Leamy ».)

L
a brique portait une marque de son fabriquant. Seule la fin des trois lignes de l'inscription était lisible :

... ENT
... (W?)N & SON
...LEY


M. Paquette a aussitôt fait le lien avec les briques réfractaires importées d'Écosse trouvées sur le site voisin de l'ancien moulin à vapeur de la Gilmour & Hughson, au parc Jacques-Cartier (1873-1933 ; voir billet du 21 sept. 2020, « Les briques écossaises de la Gilmour ».

L'Écosse a longtemps été une grande productrice de briques réfractaires. Elles étaient recherchées pour leur qualité et les commandes affluaient de partout au monde. Le Château Frontenac par exemple se pare d'un « revêtement mural de brique de Glenboig orangée [1]. » À propos de la briquerie de Glenboig, justement, on dit ceci : « C'était la plus grande manufacture de briques réfractaires au monde à la fin du XIXe s. et les GLENBOIG ont été exportées dans presque tous les pays industrialisés (ma traduction) [2]. »

J'ai consulté le site Internet de Cranston, Scotland's Brick Industry, consacré, comme son nom l'indique, à l'industrie de la brique en Écosse. N'ayant pu trouver parmi sa nomenclature de briques une qui corresponde à celle de M. Paquette, j'ai envoyé un courriel à M. Cranston pour lui demander d'éclaircir la question.

[1]. - « Lieux patrimoniaux du Canada », http://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=1320, consulté le 4 mars 2017.
[2]. - « It was the largest fireclay company in the world at the end of the 19th century and GLENBOIG firebricks were being exported to nearly every industrial country in the world. » http://www.scottishbrickhistory.co.uk/glenboig-3/, consulté le 4 sept. 2016.

Voici la réponse de M. Cranston, venue par courriel, texte et photo :

Photo Mark Cranston.
« Yes indeed your brick is Scottish and would have read "Patent R Brown & Son, Paisley''. 

Robert Brown was a very influential businessman in the Paisley, Glasgow area and he was also the Provost of Paisley for a number of years.

He owned several brickworks in the area, Ferguslie Fireclay Works, Shortroods Brick and Tile Works and the Caledonian Brick and Drain Pipe Works. »

Bref, la brique de M. Paquette est bien d'origine et de fabrication écossaise. Celle de M. Cranston est toutefois plus photogénique que la sienne...

La brique du lac Leamy et de celles de la Gilmour pourraient cependant provenir de remplissages récents (après 1950). Mais comme elles ont été trouvées à l'endroit où se sont élevés autrefois des moulins à vapeur, j'accorde un poids relatif à cette hypothèse. Les briques ont toutes les chances d'être des reliques de ces anciens moulins.

Elles ont traversé l'Atlantique pour servir quelque part à quelque chose avant d'être répandues au sol ! Il serait intéressant de savoir s'il y a eu d'autres moulins à vapeur dans la région. Sujet à explorer...

Notons que si les fondateurs de la Gimour étaient d'origine écossaisse, Andrew Leamy était d'origine irlandaise (voir mes deux billets cités plus haut).

Montage et retouches Henri Lessard © 2018.


Le lac Leamy : position du moulin à vapeur de la scierie d'Andrew Leamy, 1884 vs 2018.

1884 (carte)
A : Old Canal (datant de 1848); 
B : New Canal (datant de 1865); 
C : Leamy’s Old Steam Mill; 
D : décharge du Lac Leamy dans l’Outaouais; 
E : entrée du cours d’eau intermittent qui s’écoulait dans le ruisseau de la Brasserie; 
RG : rivière Gatineau; pointillé dans la Gatineau : estacades.
Modifié du Plan of the government works at the mouth of the Gatineau River. Surveyed by W.J. Macdonald. P.L.S. Ottawa, Dec. 6th 1884. J.H. Roy (détail).
No MIKAN 4133993, 
Bibliothèque et Archives Canada.


2018, photo satellite (© Google)
I : île dans la Gatineau ; 
LC : lac de la Carrière.

AJOUT (14 oct. 2020)

À propos de la possibilité de trouver des briques écossaises ailleurs dans la région, signalons celle trouvée à Rockland (ON) et dont parle le site Scotland's Brick and Tile Manufacturing Industry de Mark Cranston.

Il s'agit d'une Gartcraig Scotland No 6*. Elle a été trouvée par Helen Pace : « The brick we found in our yard in Rockland, Ontario, Canada », selon ses propres mots.

* Le site de la Gilmour a donné une Gartcraig Scotland No 1. (Voir le billet du billet du 21 sept. 2020, « Les briques écossaises de la Gilmour ».)

Gartcraig Scotland No 6.
Photo Helen Pace, Rockland ON, dans : 

Rockland est située à moins de 50 km à l'est de Gatineau, sur la rive droite de l'Outaouais, en Ontario. 

« In 1868, a young entrepreneur, William Cameron Edwards, decided to establish a sawmill at the McCaul point [Rockland]. [...] The woodmill owned by W. C. Edwards closed in 1926, as a result of the economic turmoil following the First World War. » (Wikipédia)

Le moulin à vapeur de Rockland a été la proie des flammes en 1875 pour être ensuite reconstruit*. 

* Hughson, John W. et Courtney C.J. Bond. Hurling Down The Pine. The story of the Wright, Gilmour and Hughson Families, Timber and Lumber Manufacturers in the Hull and Ottawa Region and on the Gatineau River, 1800-1920. Chelsea, Historical Society of the Gatineau, 1987, 3e édition, révisée, (1re éd. 1964), p. 51.

Moulin à scies (à vapeur) Edwards, à Rockland ON, en 1914. Au loin, la rivière des Outaouais et la Bouclier canadien, au Québec, sur la rive nord.

Source : Histoire de Rockalnd. E. Paul, 1914 ; don de John Conningham, Bibliothèque Publique de Clarence-Rockland, Digital Prescott Russell en Numérique.  

Le fait que ces briques réfractaires écossaises n'ont été rencontrées jusqu'ici que sur le site d'anciens moulins à vapeur conforte l'hypothèse qu'elles proviennent bien de ces moulins. Mais pourquoi tant de briques disparates pour trois moulins à vapeur ? La question, déjà posée dans le billet du billet du 21 sept. 2020 (« Les briques écossaises de la Gilmour ») n'a toujours pas trouvé de réponse satisfaisante. Le fait qu'ils aient souvent été incendiés et reconstruits explique peut-être en partie la variété des débris.

Brique après brique, nous arriverons bien à quelque chose...

lundi 21 septembre 2020

Hors sujet : Les briques écossaises de la Gilmour


Il y a une suite à cet article : billet du 13 oct. 2020, « Brique écossaise du lac Leamy » :
https://geo-outaouais.blogspot.com/2020/10/brique-ecossaise-du-lac-leamy.html


Texte adapté de mon article : Henri Lessard, « Les briques écossaises de la compagnie Gilmour », Hier Encore, no 10, 2018 (p. 48-53). Voir le billet du 4 sept. 2016 qui l'a précédé et inspiré : « Hors sujet : briques écossaises à Gatineau ».)

Les photos sont de moi et ont été prises en octobre-novembre 2015 et en août-septembre 2016, sauf indication contraire pour la date.


Photo 1. La Maison du vélo (X sur la Carte 1),
ancien bâtiment administratif de la 
Gilmour & Hughson construit en 1892.


INTRODUCTION

Depuis quelque temps, je mène des recherches pour m’assurer de l’existence d'anciennes digues sur la rive droite du ruisseau de la Brasserie, au nord de l'Île-de-Hull. À défaut de poser le pied sur l’une de ces constructions[1], je suis malgré tout parvenu à mettre la main sur quelque chose de tout à fait palpable et même de carrément pondérable, vous en conviendrez : un surprenant lot de briques d'origine écossaise (Lessard, 2016).

[1]. - La rédaction de ce texte date de 2017. Depuis la parution de cet article en 2018, je suis parvenu à mettre pied sur cette digue ou jetée. Voir le billet du 19 nov. 2015, « Ruisseau de la Brasserie : recyclage d'anciennes structures » et suivre les liens.

L'extrémité NE de l'Île-de-Hull forme un promontoire à la pointe duquel le ruisseau de la Brasserie se jette dans l'Outaouais. Ce plateau régulier est aujourd'hui partie du parc Jacques-Cartier. La Maison du Vélo, petite construction en pierre calcaire locale, constitue le centre du secteur (Photo 1). Elle accueillait à l’origine les bureaux de la Gilmour & Hughson Company[2] qui, de 1873 à 1920, a exploité une scierie sur le terrain (carte 1).

[2]. - « Le bâtiment a été construit [en 1892] par Richard Lester, un maçon d’Ottawa, pour loger le siège social de l’entreprise forestière de la Gilmour Hughson Lumber Co. » « Lieux patrimoniaux du Canada », http://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=10859, consulté le 4 mars 2017.

CALEDONIA


La rive du ruisseau sous le promontoire est jonchée de débris de toutes sortes, ancres de béton, pièces de fer rouillé, briques sans nombre, intactes, brisées ou réduites à des éclats, pierres taillées en calcaire. On y trouve aussi les ruines d’un convoyeur (conveyor, ou jackladder) qui acheminait les billes de bois à la scierie, sur le plateau, des empilements de lattes laissées à pourrir sur place depuis presque 100 ans et servant de terreau à un boisé (cf. « Laths Piled 10’ High » sur la Carte 1 ; voir Lessard, 2015a).

Le promeneur curieux remarque que les briques, éparses ou en tas, portent en creux des inscriptions en lettres capitales : CALEDONIA, GLENG..., etc. (Encadré no 2).

J'ai d'abord cru qu'il s'agissait de noms de villes et de cantons de l'est de l'Ontario (cf. Caledonia, Glengarry, etc.). Quelques efforts de déchiffrement plus tard et, avec l'aide de Google, la vérité m'est apparue : il s'agissait plutôt de marques de briques... écossaises !


HURLL NWR : fabriquée en Écosse pour
la North Western Railway des... Indes !


ENCADRÉ 1. – LE SITE DE LA GILMOUR & HUGHSON DANS L’ÎLE-DE-HULL

Note. - Données à considérer avec prudence. Les sources ne donnent pas toujours les mêmes dates et il est parfois difficile de concilier entre-elles les différentes relations des faits. Les données suivies d'un [HB] proviennent de Hughson et Bond (1987) ; d'un [Dm], de Louise Dumoulin (2016) et d'un [Dv], de Davidson (1998).
J'ai aussi examiné des photos de la Photothèque nationale de l'air (PNA). J'ai uniformisé les noms des compagnies et des entreprises d'après la forme anglaise d'origine pour palier aux appellations disparates utilisées par les sources.


  • 1841. - Constitution de la Gilmour & Company [HB] par Allan et James Gilmour, nés en Écosse [Dm] ;
  • 1873. - Installation de la Gilmour & Company à la confluence du ruisseau de la Brasserie et de la rivière des Outaouais ; construction de la première scierie à vapeur [HB] ;
  • 1875. - Incendie de la première scierie à vapeur qui est reconstruite [HB] ;
  • 1884*. - La seconde scierie à vapeur est détruite par un incendie et n'est pas reconstruite [HB) ;
  • 1891. - Constitution de la Gilmour & Hughson [HB] ;
  • 1892. - Construction du bureau administratif (Maison du Vélo actuelle) et décision de rebâtir la scierie à vapeur qui est opérationnelle en 1894 [HB] ;
  • 1896. - Constitution de la Gilmour & Hughson Ltd. [HB] ;
  • 1900. – Le Grand Feu de Hull : la cour à bois de la Gilmour est réduite en cendres [Dm] ;
  • 1920. - La Gilmour and Hughson Ltd. passe aux mains de la Riordon & Co. de Montréal ; banqueroute de la Riordon [HB] ;
  • 1921. - La Gilmour and Hughson Ltd. passe à la Gatineau Co. Ltd., filiale de la Canadian International Paper Co. (CIP) [HB] ;
  • 1925. - Cessation des activités [Dm) ;
  • 1930. – Proposition de l’érection sur le terrain d'un monument en l’honneur des citoyens de Hull morts à la Grande Guerre [HB] ;
  • 1933. - La Commission du district fédéral achète le terrain ; démolition de la scierie. Le bureau administratif demeure de même que la cheminée de la scierie [Dv].
  • 1938. – La Commission du district fédéral accepte le projet de monument ; la Seconde Guerre mondiale ajourne sa réalisation. Le projet renaît en 1950, sans suite [HB] ;
  • 1951-1954. - Destruction de la cheminée. Une photo de la PNA d'avril 1951 atteste que la cheminée était encore debout ; une autre qu’elle n’existait plus en mai 1954 ;
  • Vers 1954. – L’édifice des bureaux accueille la bibliothèque municipale. Le bâtiment est ensuite occupé par un théâtre de poche, le Grenier, où se produit le Théâtre du Pont-Neuf ;
  • 1959. – La Commission du district fédéral devient la Commission de la capitale nationale ;
  • 1992. – L’édifice des bureaux est classé édifice fédéral du patrimoine reconnu (consulter note [2]) ;
  • 1995-aujourd’hui. – Maison du Vélo dans l’édifice des bureaux.
* Le texte indique 1874, ce qui est sans doute une erreur [HB, p. 47].



Restes d'un mur de pierre taillée au pied du talus
du ruisseau de la Brasserie ; des pierres taillées
éparses gisent au sol à côté. Une poutrelle de fer
non visible est demeurée prise dans l'assemblage. 
Photo 14 sept. 2020.


VENUES DE LOIN

L'Écosse a longtemps été une grande productrice de briques réfractaires. Elles étaient recherchées pour leur qualité et les commandes affluaient de partout au monde. À propos de la briquerie de Glenboig, par exemple, on dit ceci : « C'était la plus grande manufacture de briques réfractaires au monde à la fin du XIXe s. et les GLENBOIG ont été exportées dans presque tous les pays industrialisés (ma traduction)[3]. »

[3]. - « It was the largest fireclay company in the world at the end of the 19th century and GLENBOIG firebricks were being exported to nearly every industrial country in the world. » http://www.scottishbrickhistory.co.uk/glenboig-3/, consulté le 4 sept. 2016.

Le Château Frontenac par exemple se pare d'un « revêtement mural de brique de Glenboig orangée »[4].

[4]. - « Lieux patrimoniaux du Canada », http://www.historicplaces.ca/fr/rep-reg/place-lieu.aspx?id=1320, consulté le 4 mars 2017.


Photo 2. - Élément de l'arche (Davidson ; 1998).


J'ai consulté par courriel Mark Cranston qui tient le site Scotland's Brick Industry, consacré, comme son nom l'indique, à l'industrie de la brique en Écosse (Mark Cranston, voir Références).

La présence d'une si grande variété de marques de briques à un seul endroit lui est apparue très surprenante.


ENCADRÉ 2. – MARQUES DE BRIQUES IDENTIFIÉES SUR LE TERRAIN DE LA GIMOUR

Selon Mark Cranston, comm. personnelles, sept. 2016, et son site Internet, Scotland's Brick Industry (voir Références).

ASB... (ASBESTOS)
CALEDONIA
CUMBERNAULD
GARTCRAIG
GARTCRAIG SCOTLAND NO 1
GLENBOIG
HURLL GLASGOW
HURLL NWR
...GHEAD (BOGHEAD)
OB... (OBSIDIAN)
...STER (FOSTER ? (brique anglaise))
.../77CAR : ?
Brique avec un cartouche sans nom.


Selon Mark Cranston, les briques marquées HURLL NWR (photo no 2) auraient été fabriquées en Écosse pour la North Western Railway des... Indes[5] ! Que sont-elles venues faire à Hull, P.Q. ? Je doute qu'en partance de l’Écosse, elles aient transité par les Indes avant d'aboutir sur la propriété de la Gilmour, deux km en aval du Parlement d’Ottawa !

[5]. - Scotland's Brick Industry, http://www.scottishbrickhistory.co.uk/hurll-nwr/, consulté le 5 sept. 2016 ; suivre les liens dans la page.


HURLL GLASGOW


Au cours de nos échanges, nous nous sommes demandés, M. Cranston et moi, si la Gilmour ne se serait pas fournie en briques parmi des surplus de stocks. Ça expliquerait l'étonnante variété de marques concentrées en un seul endroit.

Davidson (1998) signale bien la présence de fire bricks le long du rivage, mais sans s’attarder à les décrire. Il ne touche mot, par exemple, des marques imprimées qu’elles portent. Selon lui, les pierres taillées en calcaire tout comme les briques proviennent de la scierie de la Gimour et de sa cheminée. Il mentionne aussi de larges fragments d’une arche de brique et de pierre. J’ai repéré l’un de ces fragments, entièrement fait de briques « normales » m’a-t-il semblé – c.-à-d. non marquées. La liste des objets retrouvés dans l’eau ou sur le rivage est évocatrice : câbles de fer, maillons de chaînes, bandes de fer rouillées, « blacksmith spikes » (crampons ?), clous et fragments de la scie d’une scierie.


GARTCRAIG


HYPOTHÈSES

L'étonnant, redisons-le, n'est pas la présence de briques réfractaires écossaises en Outaouais : l'Écosse en a exporté à travers le monde entier, on l’a vu. C'est plutôt la grande variété des marques qui surprend.

Les suppositions raisonnables ne sont pas légion :

• Hypothèse no 1. – Les briques proviendraient de la dernière scierie à vapeur construite par la Gilmour, construite en 1893 et démolie en 1933 (Encadré no 1). Quoi de plus approprié pour une machine à vapeur fixe que des briques réfractaires ? (Ce qui amène d’inévitables questions supplémentaires : que sont devenus les débris des deux premières scieries incendiées ? Et comment faire la distinction entre les briques des trois scieries, en supposant qu’il n’y a pas eu de réemploi ?) Mais j'imagine mal des entrepreneurs édifier leurs installations industrielles à partir de surplus de stocks de briques dépareillées. Autre fait dissonant, les briques semblent n'avoir jamais servi (nulle trace de mortier ou ciment, sauf sur les restes de l'arche. Cependant, Davidson (1998) présente cette idée non pas comme une hypothèse, mais comme un fait évident en lui-même. De plus, Mark Cranston (comm. pers., 5 sept. 2016) ne voit pas d’inconvénient à supposer un approvisionnement à partir de surplus de stocks. Ajoutons que les débris éparpillés sur la rive sont ceux qu’on s’attendrait à trouver dans les environs d’une scierie démolie.


CUMBERNAULD


• Hypothèse no 2. – Les briques ont pu entrer dans la composition de chargements de remplissage. Hypothèse recevable puisque les rives du ruisseau de la Brasserie ont effectivement été « remplies » à plusieurs endroits, notamment par du matériel provenant des plaines Le Breton, à Ottawa (Samson, 2012, p. 25). Selon Raymond Ouimet (comm. pers., 11 févr. 2017), on a même trouvé des... pierres tombales près du convoyeur ! Ça ne règle pas la question de l’aspect de bric et de broc qui se dégage de cette accumulation de briques disparates. Quelle compagnie les aurait conservées rien que pour les jeter ensuite ? Cette hypothèse, qui a eu ma faveur un moment, ne fait que pelleter le problème (expression appropriée !) plus loin.

Pour compliquer les choses, l'escarpement, tout près de la rive, est difficilement lisible. À l’origine, je le croyais taillé par l’érosion dans l’argile marine, mais la terre est semée de débris rocheux qui laissent soupçonner du remplissage ou des déversements. La végétation, très dense, empêche de discerner une quelconque séquence dans les déversements et autres interventions humaines. Je doute qu’il subsiste un seul mètre cube du plateau et des rives qui soit demeuré dans son état naturel tant on y a creusé, déboisé, reboisé, bâti et démoli pour enfin y éparpiller des débris de toutes provenances.


Briques en tas, surtout des CALEDONIA.


CONCLUSION
À la fin, je serais plutôt enclin à me ranger du côté de Cranston et de Davidson. Les briques proviendraient bien de la scierie à vapeur de la Gilmour. Notons en plus que les fondateurs de la Gilmour étaient nés en Écosse (Encadré no 1).

Ceci n’empêche pas de chercher au pied du promontoire des matériaux de remplissage provenant de sources diverses. Je pense aux pierres tombales, par exemple.

Cette dernière remarque est d’autant plus sensée que plusieurs années ont séparé la démolition de la scierie de celle de la cheminée (Encadré no 1). On peut supposer qu’aux moins deux vagues de débris se sont succédé sous le promontoire, sans compter la possibilité que les restes d’autres industries voisines aient été « dumpés » à cet endroit (la Woods Manufacturing, par exemple, industrie textile expropriée en 1960 par la CCN dont la manufacture était située au sud de la Gilmour (Dumoulin, s.d.).



Briques en vrac...


Cuites en Écosse, enterrées ou noyées en Outaouais, ces briques ont connu un drôle de destin. On ne finit jamais de (re)découvrir le passé. La région conserve dans ses archives informelles (c’est ainsi que je qualifie les remplissages) des éléments du passé industriel de l’Écosse et de l’Outaouais. Le local rejoint l’universel...


Il serait amusant de retourner certaines de ces briques en Écosse, pour meubler les archives de M. Cranston. Expédier des briques par la poste est prohibitif. Si un mécène veut financer leur voyage de retour… Il en coûterait environ 140 $ pour poster quatre briques par surface, en Écosse ; veuillez allouer 4 à 12 semaines pour la livraison.


Photo 3. - Vestige d'un certain
décorum : pierre calcaire taillée.


Après examen de photos de la Photothèque nationale de l'air (PNA) de Ressources naturelles Canada (RNCan), à Ottawa, l'histoire du site m'est apparue beaucoup plus riche et complexe que je l'imaginais. Plusieurs jours seraient nécessaires pour dépouiller et interpréter toutes les photos et dresser un portrait raisonnablement complet de l’évolution de cette partie du parc Jacques-Cartier. Par exemple, ce qui semble être quatre gros réservoirs, chacun pouvant contenir une maison, apparaissent sur des photos aériennes de 1933 et 1938. Une piste de course oblongue occupe le côté est du plateau en 1938. Dix ans plus tard, les réservoirs n'y sont plus, mais un matériel clair est déposé ou excavé dans leurs fondations tandis que le fantôme de la piste de course transparaît dans la pelouse. Des installations sont toujours présentes du côté ouest du plateau au moins jusqu’en 1956 et... On n’en finirait pas et c’est un autre sujet ! (Voir billet du 23 août 2017, « Les quatre réservoirs oubliés de l'ex-Gilmour à Hull », et suivre les liens.)

Merci à Louise Dumoulin qui a lu l’ébauche de ce texte et qui m’a communiqué de pertinentes remarques. (Les erreurs résiduelles sont de mon fait !)



.

CARTE 1. ─ Terrain de la Gilmour & Hughson Company (acheté dans les années 1920 par la Canadian International Paper Co.) en 1928. Au nord : ruisseau de la Brasserie (embouchure) ou Brewery Creek ; à l'est : l'Outaouais, ou Ottawa River ; le bâtiment carré marqué par un X est l’ancien bureau administratif, maintenant la Maison du Vélo (voir photo 1). Le Saw Mill (moulin à scie) est à l’extrémité NE du terrain. Remarquez les « Laths Piled 10' High » sur la rive du ruisseau : à ce propos, voir Géo-Outaouais (2015a).
Modifié de : Insurance plan of Hull, Quebec, 1928, Toronto ; Montreal : Underwriters' Survey Bureau Limited, 1 carte en 33 coupures : coul. ; 63 x 54 cm chac., échelle : 1:600, feuillet no 25 (3851615_025), Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Centre d'archives de Québec de BAnQ, P600,S4,SS1,D3, Numéro catalogue Iris : 0003851615.
Lien : http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0003851615


RÉFÉRENCES




dimanche 13 septembre 2020

Mammatus à Gatineau




Quelques mammatus. Photos : Gatineau, 27 nov. 2019.

« Mammatus ou mamma (du latin signifiant mamelle ou mamelon) est un terme qui désigne en météorologie des poches circulaires à la base de nuages convectifs tels les altocumulus et les cumulonimbus. » (Wikiki.)

La formation des mammatus répond aux variations de pressions entre le nuage et la couche d'air plus sèche et plus froide sous jacente. J'en ai rarement vu d'aussi beaux. Il y a quelque chose de magique dans la vision d'un ciel en boules d'ouate, tout molletonné. Hélas, on ne peut pas aller s'étendre sur la base des nuages.

Les variations de teintes d'une photo à l'autre proviennent de mes tentatives d'ajuster correctement mon appareil.



Le ciel est molletonné, et bien cordé.



Photo plus réaliste quant à la luminosité du ciel. 



Mammatus, version angélique...



... ou version infernale. 



Ciel tourmenté.