samedi 14 septembre 2019

Hors sujet : archives informelles de la Cour suprême du Canada (suite)


Complément au dernier billet. Comme précédemment, du plus récent au plus ancien.


H.M.
G.B.
78



Dans un coeur percé d'une flèche :
LZ
+
BA
75



À défaut d'être finement ciselé, c'est franchement incisé :
KEN
CASEY
74
Volute décorative



Dans un coeur percé d'une flèche : début et fin d'un amour ?
1973 1982
J Z
L   7/24/82
J A
S
RIP Éros 1973-1982 ?

Faut une certaine fidélité pour revenir ajouter la date de la fin d'un amour au coeur qu'on a gravé plusieurs années plus tôt pour annoncer sa naissance à l'univers. Un peu de fatalisme aussi. (Les années sont au-dessus du J et du Z. Aussi, à la gauche du L : 7/24/82 (date de la rupture ?) La main qui a gravé les dates ne semble pas celle qui a gravé les lettres. En tout cas, elle y est allé avec un peu plus de délicatesse.)



Dans un grand coeur, avec de grandes capitales :
FRANK JEANNINE
1964



Mauvaise photo. Les parties blanches sont surexposées.
??
1963



En haut à gauche :
MK
1961 (?)
Le 1973 1982 en bas est traité par une autre photo.



H. EDEY
1960



Pas très lisible :
C.?
1955



Début et fin de l'idylle (5 sept. 1954-3 ? 1965) ?
M??g(r) H??er?
Ulrich Ruch
5.IX.54/3.?65



Illisible, sauf le coeur, mais ça semble bien ancien.

jeudi 12 septembre 2019

Hors sujet : archives informelles de la Cour suprême du Canada



RM
8/1981

Peu de gens le savent, mais il existe un belvédère à l'arrière du parking de la Cour suprême, à Ottawa. L'édifice est construit sur un plateau calcaire qui domine d'une hauteur d'environ 20 m la rivière des Outaouais. Je ne sais si la vue offerte depuis cette éminence est belle, mais vue il y a incontestablement : vue sur la rivière, l'île Hull (voir billet précédent), les usines et les buildings gouvernementaux sur la rive nord, à Gatineau, (Québec).

Un muret de pierre empêche les curieux de tomber en bas de la falaise. Des graffitis sont inscrits dans le grès tendre qui lui sert de matériau et d'une main souvent maladroite (zeugme). Plusieurs remontent à quelques décennies, certains sont plus vieux que moi, c'est dire ! Il faut croire que le rythme des inscriptions est assez lent, sinon les nouvelles auraient oblitéré les anciennes.

Je me suis employé (en marge de recherches plus sérieuses, évidemment) à répertorier les plus vénérables de ces graffitis, espérant mettre la main sur le plus ancien. Je crois l'avoir repéré, il date de 1947 (l'édifice a été construit en 1938-1940). Voyez les plus vieux de ces graffitis, le plus récent datant de 1981, disposés ici en ordre chronologique décroissant.

Je ne suis pas certain d'avoir toujours bien déchiffré les inscriptions sur lesquelles le temps est passé. Les patronymes, en particulier, peuvent donner lieu à plusieurs interprétations. Si vous pensez que je me suis trompé d'une manière ou d'une autre, laissez un commentaire. 

On notera la nette prédominance de l'anglais, en fait la seule langue présente dans tous les cas où il est possible de reconnaître la langue utilisée : comment, par exemple, deviner celle de l'auteur d'une telle inscription : RM 8/1981 ?



WE
4/16/76


Dans un drapeau en haut d'un mat (retranscription corrigée le 13 sept. 2019 à l'aide d'une nouvelle photo) :
CLAUDIA
G. GINIS
GREECE
AUG. 27-72



À l'envers :
ML
1972



ROBIN SARAH
'69'
Nous supposons qu'il ne s'agit que de l'indication de l'année. Sinon, voir Gainsbourg et Birkin :  69, année érotique.



Dans un coeur :
DOREEN
PAUL
BERNARD
SKEHEN
6 SEP 65



Dans un coeur :
PETE HALL
LOVES
DARLENE OWIER (OWLER ?)
MARCH 4(?) 1965



Vue sur l'île Hull, au milieu de la rivière des Outaouais. Voir billet précédent.



Dans un coeur :
DON
FUCKE(D?)
COLEEN
6-1963
Coleen n'a pas démenti.



Dans un ovale (coeur ?) surmonté d'une croix :
AB
1947
7 SN
La plus ancienne date relevée.


5 novembre 1963. La Cour suprême du Canada, en bas à gauche, la rivière des Outaouais servant d'autoroute aux billes de bois. Le belvédère est la structure en demi-cercle derrière l'édifice. L'île Hull, qui apparaît dans une photo plus haut, est au centre, en haut du cliché (voir billet précédent). Source : Photothèque nationale de l'air (PNA), photo A18339-10, 5 nov. 1963.

mercredi 11 septembre 2019

Désolation sur l'île Hull



Île Hull, 7 juillet 2014, dans la rivière des Outaouais. Un saule saulitaire domine herbes et arbustes. Toutes les photos (sauf celle du 4 mai 2017) ont été prises du belvédère derrière la Cour suprême, à Ottawa, avec vue sur la rive gatinoise (Hull), au Québec. Sud-ouest à gauche (amont), nord-et à droite (aval).


Localisation


  • Île Hull, à Gatineau, dans la rivière des Outaouais, sous la falaise de la Cour suprême. (Ne pas confondre avec sa grande voisine, l'Île-de-Hull, quartier de la ville de Hull (Gatineau).)
  • 45.424513, -75.706967


Autres billets à consulter sur l'île Hull





L'île Hull, dans la rivière des Outaouais (à ne pas confondre avec l'Île-de-Hull voisine !), a subi les effets des crues exceptionnelles de 2017 et 2019. Deux exceptions si rapprochées laissent planer l'idée qu'une nouvelle règle est en train de s'établir, mais ce n'est pas mon sujet.

Le jeune saule dont je surveillais la croissance sur l'île depuis le début du millénaire n'a pas résisté à la grande crue de 2017.


Avant la crue de 2017

En juillet 2014 (les dates réfèrent aux photos), le saule et des petits frères (ou des arbustes quelconques) avaient colonisé le centre de l'île. Herbes et arbustes poussaient autre-part, ici et là. La photo prise en novembre 2015 permet de se rendre compte de la part de végétation vivace enracinée sur la plate-forme calcaire qui constitue l'île.


La crue de 2017

La crue du printemps 2017 emporte le saule. La dernière photo que j'ai de l'arbre date du 4 mai de cette année.


Entre les deux crues

Durant l'été 2017, quelques arbustes qui poussaient à l'ombre du saule sont toujours visibles. Quelques rares autres subsistent ailleurs ; la partie est de l'île est rasée. La situation n'a pas notablement changé un an plus tard, en août 2018. 


Après la crue de 2019

La crue du printemps 2019 semble avoir éradiqué pratiquement toute végétation sur l'île. Étant donné la rapidité avec laquelle les herbes croissent sur n'importe quel terrain offert à leur expansion, je trouve cette aridité étonnante.

À défaut de verdure, la crue de 2019 semble avoir semé un peu de désordre dans les blocs calcaire qui jonchent l'île. Du désordre minéral, mais adieu saule, arbustes et herbes folles. J'ai beau aimer les pierres (je vous rappelle que ce blogue est consacré à la géologie de l'Outaouais), je trouve qu'on a perdu au change !



5 novembre 2015. Cette vue automnale permet de voir la part de végétation vivace enracinée sur l'île.



1er mai 2017. La crue recouvre l'île (banal et annuel), mais le saule semble n'avoir pas résisté à la la force exceptionnelle des eaux de ce printemps.



4 mai 2017, dernière image du saule (prise depuis la rive québécoise, visée vers le sud).


6 août 2017. Avec le retour de l'été, un peu de vert subsiste ou surgit. Mais plus de saule !



13 août 2018. L'eau a coulé sous les ponts. Un peu de verdure perdure sur l'aride plateau calcaire. L'extrémité aval (nord-est, à droite) est désert.



31 juillet 2019, après la crue du printemps, exceptionnelle, autant que celle de 2017 (tant d'exceptions font finir par constituer une nouvelle règle...) C'est la désolation totale, en plein milieu de l'été. Aussi vert et rugueux qu'un parking désaffecté.


3 septembre 2019. Situation presque identique.


Supplément



Le toponyme original de l'île Hull, au XIXe s. était Lone Pine Island. Et pourquoi pas Two Pines Island ? L'île Hull est au milieu de la rivière, à droite. Ottawa (Bytown) avant le Parlement : Edmund Willoughby Sewell (1800-1890), (titre original :) View of Barrack Hill and the Ottawa River at Bytown (Ottawa), ca. 1843-1859, huile sur toile. Bibliothèque et Archives Canada, C-011047, no MIKAN 2837003.


5 novembre 1963. L'île Hull, en partie couverte de végétation (pas très évidente sur cette photo en noir et blanc) servait à fixer les booms ou estacades pour le transport du bois. En bas, à gauche, la Cour suprême du Canada. J'ai pris les photos de ce billet depuis le belvédère en demi-cercle, en arrière de l'édifice. Source : Photothèque nationale de l'air (PNA), photo A18339-10, 5 nov. 1963.

mercredi 24 juillet 2019

Joli bloc à Kanata (ajout)



Photo 1A. - Pelouse bien décorée - eh non, je ne parle pas des fleurs. Une gneiss mélanocrate (noir) est recoupé par un granite gris gneissique ; tous deux ont été recoupés ensuite par un granite rose plus grossier. Kanata (Ottawa), juillet 2019. Voir AJOUT pour autre interprétation, plus probable.


Belle pierre à Kanata, banlieue d'Ottawa, à l'entrée de Petra Private. (Petra, c'est un nom prédestiné.)

Certaines personnes ont le bon goût de ne pas jeter ou ensevelir les pierres extraites ou dévoilées par les travaux de construction. La chose est particulièrement fréquente à Kanata. À quand le prix de la ville la plus « roche » ?

Le bloc, qu'on aperçoit à l'entré de la rue Petra depuis l'avenue Kanata, montre un gneiss mélanocrate (noir) recoupé par un granite gris gneissique : des rubans et des « lacets » noirs flottent, emportés par le granite. Des plissements verticaux (selon la disposition actuelle du bloc) affectent à la fois le granite gris et ses enclaves noires (voir photos 2A,B). Le tout a été recoupé ensuite par un granite orangé plus grossier, tardif. (Le bloc étant sur un terrain privé, je n'ai pas pu l'examiner avec toute l'attention qu'il méritait.)

AJOUT (12 sept. 2019)

On peut interpréter les choses différemment. Il s'agirait d'un gneiss granitique (ou antérieurement granitisé ?) lardé de filons mélanocrates qui l'ont envahi. L'ensemble aurait ensuite été plissé et puis finalement recoupé par le granite rose grossier. Les plis des filons mélanocrates font penser à ceux recoupant un marbre au lac Barnes, plus au nord (Québec). Voir billet du 30 sept. 2017.



Photo 1B. - Détail de la photo 1A. Des lambeaux de gneiss noir, parfois réduits à l'épaisseur d'une feuille, sont emportés par le granite gris, gneissique lui aussi. Le granite rose, tardif, est plus grossier.



Photo 2A. - Autre vue.



Photo 2B. - Détail de la photo 2A. Lambeaux de gneiss noir plissés en accordéon, à droite, indices de pressions verticales (selon la disposition actuelle du bloc), perpendiculaires aux longs rubans. Le granite gris a subi les mêmes pressions que les enclaves noires.



Photo 3. - Autre vue.



Photo 4. - Des roches semblables, encore en place, existent dans les environs immédiats. Lambeaux de gneiss sombre dans le granite orangé. Voyez le lit blanc plissé formant une sorte de C à l'envers, à droite. Photo juillet 2016.



Photo 5. - Vue rapprochée de l'affleurement de la photo 4. Gneiss noir recoupé par granite gris (bien visible en haut à droite) ; granite rose grossier recoupant ces deux derniers. Les mêmes ingrédients que dans le bloc de la photo 1A,B, dans des proportions différentes. Ici, le granite rose l'emporte. On peut même dire qu'il emporte tout ! Photo juillet 2016.

dimanche 14 juillet 2019

Jetée de pierre dans le ruisseau de la Brasserie, à Hull (QC).



Partie nord de l'Île-de-Hull en 1925. Ressources naturelles Canada, Photothèque nationale de l'air, photo HA67, no 60, 4 nov. 1925 (détail). Le quai dans le ruisseau de la Brasserie (en haut) est bien visible (structure rectiligne anguleuse en haut à droite). En bas à gauche, intersection des boulevards Sacré-Coeur (E-W) et Montclair (N-S). Le pont du boul. Fournier en haut à droite (aujourd'hui pont double). Voir la carte à la fin du billet.


J'ai enfin pu accéder au quai de pierre dans le ruisseau de la Brasserie, à Hull (QC).

Le quai constitue le vestige solitaire d'un projet de développement datant du début du XXe siècle. Le nord de l'Île-de-Hull devait accueillir un quartier résidentiel - le quartier Dupuisville (voir la carte à la fin du billet). Le plan des rues était déjà tracé. Le projet prévoyait en outre l'implantation d'une usine de transformation des résidus de bois des scieries locales en alcool. Un quai, le long du ruisseau de la Brasserie, avait déjà été construit. Sauf cet ouvrage dont des vestiges sont encore visibles, rien de tout ça n'a connu un début de réalisation. J'en suis encore à chercher les raisons de cet abandon. Peut-être sont-elles liées à un autre projet avorté, celui du canal de la baie Georgienne, sur les mêmes terrains (billet du 20 févr. 2019 ; suivre les liens qu'il contient). Le nord de l'Île-de-Hull est demeuré plus ou moins abandonné jusqu'à la construction de l'autoroute 5 dans les années 1960.

Voir le billet du 11 février 2019 pour plus de détail sur le quai et le quartier Dupuisville (ainsi que des cartes et d'autres photos). Suivre les liens qu'il contient.


Note (20190715). - J'ai d'abord utilisé les termes jetée, digue, mur ou chaussée pour désigner cette structure linéaire dans les eaux du ruisseau, ignorant sa véritable nature. Le terme quai convient mieux (billet du 11 févr. 2019, lien plus haut). Je corrige donc mes textes en conséquence. Il est trop tard cependant pour changer les titres des billets.

L'ouvrage devait servir de quai à l'usine en plus de faciliter son accès par voie d'eau. La mort du projet l'a privée de toute utilité. Il demeure dans le paysage, totalement ignoré. À ma connaissance, je suis le premier à rassembler des données éparses sur cette structure ; même les cartes topographiques présentent comme chose naturelle le dessin rectiligne de la rive droite du ruisseau en amont du pont du boulevard Fournier. Le quai, jouant aussi le rôle de barrage, a pourtant permis de combler une large baie que traversent sans s'en douter les automobilistes qui empruntent l'autoroute 5 au nord de l'Île-de-Hull (billet du 11 févr. 2019, lien plus haut).

J'ai profité du fait que le niveau des eaux est suffisamment bas ces derniers temps pour accéder au quai à pied sec. (Pour atteindre la jetée, il faut traverser des bretelles de l'autoroute et le bois qui longe la rive.)

Je m'attendais à quelque chose de mieux structuré. Il s'agit d'un simple amoncellement de pierres calcaires plates, sans nul ciment ou mortier, ni coffrage pour les contenir. Le limon (ou la boue) remplit les interstices, ce qui n'empêche pas que de les pierres en surface demeurent libres. L'herbe pousse dans ce terreau, assez étendu par endroit pour masquer les pierres. Je me demande si le terreau et les racines des herbes ne contribuent pas à consolider l'ensemble. Il est vrai que le courant n'est pas très fort à cet endroit, près de l'embouchure du ruisseau.

L'eau étant assez opaque, je n'ai pas pu voir comment l'amoncellement se présente en profondeur. Le quai n'émerge du ruisseau que par section, de longs segments ne sont plus visibles. Les parties intactes résistent tout de même depuis plus de 100 ans aux assauts du temps.

Photos : 11 et 14 juillet 2019


Deux segments du quai de pierre dans le ruisseau de la Brasserie (Hull, QC), près de son embouchure dans l'Outaouais, depuis le pont du boulevard Fournier.



Autre point de vue. Visée vers l'est ouest : le quai originel se poursuivait plus loin (voir billet du 20 févr. 2019, lien plus haut dans le texte).



Le quai, in situ. Le calcaire local a servi à son édification. Aucun ciment ou mortier ne retient les pierres. Étonnant qu'elles tiennent en place après plus de 100 ans. À l'arrière plan, les deux ponts des voies du boulevard Fournier.





Autre point de vue.



Ici, la boue recouvre les pierres. Le quai pourrait disparaître progressivement de la vue.



Détail.



On a utilisé une pierre forée. Beaucoup de petits éclats doivent provenir de l'action du gel. Le courant n'est pas fort dans le ruisseau, près de l'embouchure, on peut se demander à quel rythme il emporte les petits fragments.



Une vieille brique. Fait-elle partie des matériaux d'origine ? (Voir billet du 4 sept. 2016 sur les briques écossaises de la Gilmour.)



Aucun ciment, mais tout tient en place.



Galets arrondis. Font-ils partie des matériaux d'origine ?



De nombreux débris de béton sont visibles sur la rive.


Le quartier Dupuisville projeté (1908) et jamais réalisé, sauf le quai (surlignée en rouge) dans le [BreweryCreek, ou ruisseau de la Brasserie. Les rues selon le quadrillage nord-sud n'ont jamais été construites. Comparez avec la photo aérienne du début du billet. Le pont du boulevard Fournier est à droite, à l'extrémité est de la jetée. La carte n'indique cependant pas où aurait pris place l'usine de production d'alcool de bois.
Source de la carte : Cinq-Mars, Ernest E., 1908 – Hull, son origine, ses progrès, son avenir. Éditeurs Bérubé frères.