Affichage des articles dont le libellé est Ottawa. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ottawa. Afficher tous les articles

lundi 5 décembre 2022

La caverne Pooley à Ottawa

© Andrew King, Ottawa Rewind

La géologie de la région nous réserve encore des surprises. Témoin cette caverne Pooley en plein centre-ville d'Ottawa. Qui en a entendu parler ? Partant de la cathédrale Christ Church sur le plateau de l'escarpement de la rue Commissionner, elle se jette - ou se jetait - dans un chenal de la rivière des Outaouais sous le pont Pooley, près de la station de pompage de la rue Fleet (au sud du musée de la Guerre). J'ai appris son existence par le site Ottawa Rewind d'Andrew King. Un extrait de son billet, The Legend of Pooley’s Cave (c'est moi qui souligne) :

The “Park of The Provinces” [Jardin des Provinces et des Territoires, rue Wellignton] was built over what was once Brading’s Brewery. And just around the corner from that was a remarkable natural feature of a cavern that stretched east under Sparks Street for apparently more than 200 feet [60 m] all the way to Christ Church Cathedral. This legend originated from the 1800’s and described a “natural wonder” and a room of stalagmites and stalactites that were “beautiful beyond description”. But not a single mention or trace exists today of this incredible underground feature in the heart of the Nation’s Capital. [...] Upon entering the cave, a natural tunnel headed in an easterly direction towards Christ Church Cathedral. Traveling 75 feet [23 m] in a stooped position through the tunnel, it was then said that one had to go on hands and knees for another 40 feet [12 m]. Here, the tunnel widened into a room about 40 feet by 60 feet [18 m x 12 m] where stalagmites and stalactites appeared. Other descriptions mention a running waterfall inside the cave. So, this all sounds pretty cool but where would this be now and would it still possibly be there?

L'ancienne Brading’s Brewery puisait son eau à la caverne et les compagnies de boissons gazeuses Pure Spring et Crush Beverages auraient fait de même jusqu'en 1963, selon Andrew King.

Photo 1. - © Henri Lessard, avril 2014

Toujours selon M. King, les restes de l'intrigante tour érigée sur le trajet présumé de la caverne, au pied de l'escarpement de la rue Commissioner, derrière le parc des Provinces et des Territoires (photo 1), laissent sourdre un bruit d'eau courante (rushing water). L'ouverture de la tour, au sommet, a été bétonnée. 
Elle pourrait faire partie des aménagements qui de puiser l'eau de la caverne. (J'ai pris la photo en avril 2014 sans me douter le moins du monde de la signification possible de cet ouvrage qui m'intriguait.)

Photo 2. - © Henri Lessard, 4 déc. 2022

Mais une station de pompage des eaux usées voisine la tour (édifice cubique sur la photo 2) et des installations d'accès aux égouts se trouve à ses pieds. L'affichette « Sanitary Sewer /Égoût sanitaire » (en vert sur la photo 1) et les relents qui flottent dans l'air chassent les derniers doutes sur la nature du glouglou. Ce n'était pas le chant cristallin d'une eau de source qui s'entendait, mais l'écoulement des eaux usées dans des canalisations... Est-ce que l'on aurait utilisé le boyau que fournissait la caverne et les aménagements de la Brasserie ou de la Pure Spring pour installer les canalisations du quartier ? (Hypothèse personnelle.)

D'autres cavernes

Dans son état original, la caverne Pooley aurait pu faire concurrence à la caverne Laflèche de Wakefield (voir ce billet dans mon blogue) avec sa grande salle de 18 m x 12 m, ses stalagmites et ses stalactites. La caverne Laflèche traverse un marbre précambrien vieux de plus d'un milliard d'années. La caverne Pooley s'est attaqué à un calcaire ordovicien, à moitié plus jeune (444-485 millions d'années). Marbre ou calcaire, c'est le même matériau, le même minéral : la calcite, érodable et soluble.

Le calcaire ordovicien de la région s'avère décidément parcouru de crevasses et semés de vides. En vrac, on peut mentionner la caverne Cardinal dans l'est d'Ottawa, le réseau de couloirs creusés sous le lit de l'Outaouais à Pembrooke (ce billet), le « vide » dans le roc sous l'île Lemieux (ce billet), celui près du barrage des Chaudières (ce billet), sans oublier la caverne de Rockland (ce billet). Je me suis d'ailleurs laissé dire que les travaux de construction du quartier Zibi aux chutes des Chaudières avaient été compliqué par des effondrements causés par des vides insoupçonnés dans le socle rocheux. Et je ne parle pas du légendaire Trou du Diable, toujours aux Chaudières (ce billet).

Il y a quelques années, j'ai été prendre des photos dans le secteur de l'escarpement de la rue Commissioner, sans soupçonner l'existence d'une caverne. Comme elle semble avoir été oblitérée du paysage, j'ai des excuses de ne rien avoir deviné. La caverne Pooley s'ouvrait sur le plateau, près de la cathédrale Christ Church (altitude 72 m), passait apparemment sous l'escarpement et se jetait dans un chenal de l'Outaouais en aval du pont Poorley (44 m), soit une dénivellation de 28 m pour une longueur d'environ 350 255 m.

Murée, effacée, oubliée. Triste sort que celui de de la caverne Pooley... La grande salle et une partie du couloir existent peut-être encore sous terre ? Quand on pense aux dégâts que les générations de curieux ont infligés à la caverne Laflèche, je crois que la Pooley, ou ce qu'il en reste, est peut-être mieux préservée ainsi.

L'âge de la caverne (ajout)

Une note pour terminer. Les stalagmites et ses stalactites ne se forment pas en quelques mois ou quelques années. La caverne Pooley a donc plusieurs siècles (millénaires ?) d'âge. Une eau courante (eau de fonte des glaciers) ou encore l'eau salée de la mer de Champlain n'auraient pas permis la formation de stalactites et de stalagmites. La caverne, dans l'état encore intacte où on l'a décrite au XIXe s., existait depuis au plus 10 000 ans, époque du départ des eaux de la mer de Champlain. Par contre, il est possible que le conduit originel ait été creusé par l'eau de fonte des glaciers de la dernière glaciation il y a 12 000 ans et plus. (Hypothèses personnelles.)

samedi 26 juin 2021

L'Île Hull fracturée



L'Île Hull dans l'Outaouais, en face de l'Île-de-Hull, à Hull (Gatineau), vue depuis le belvédère de la Cour suprême, à Ottawa. Ce calcaire désolé (mais voyez la dernière photo) est un morceau émergé d'une plate-forme faisant partie du Groupe d'Ottawa, ou de Trenton, selon la nomenclature adoptée, datant d'il y a 465 millions d'années (Ordovicien moyen). Photo 31 juillet 2019.



Il a souvent été question dans ce blogue de l'Île Hull qui émerge des eaux de l'Outaouais à la hauteur de la Cour suprême (lien vers les billets sur le sujet), ne serait-ce que pour vous apprendre à ne pas la confondre avec l'Île-de-Hull(1) qui lui fait face et de ne surtout pas l'appeler l'île aux Mouettes comme le font des individus que je ne qualifierai pas ; certaines personnes tout aussi inqualifiables vont jusqu'à l'annexer à Ottawa, alors qu'elle est à Hull (Gatineau) (billet du 30 déc. 2020, « L'Île Hull à Ottawa ? »).

Sa forme en 8 est caractéristique. Sur certaines cartes, elle ressemble à une cacahuète. La dépression qui la coupe en deux la... coupe en deux lorsque l'eau de l'Outaouais monte assez haut pour l'envahir et faire de l'île des îlots jumeaux. 

(1) À propos de l'Île-de-Hull, voir par exemple le billet du 10 août 2013, « Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique ».

Je n'avais jamais remarqué avant les jours derniers que le réseau des diaclases ou joints dans le calcaire diffère dans les deux parties de l'île Hull. Une faille NO-SE, paralèlle à la dépression, traverse la rivière moins de 200 m en amont sans effleurer l'Île(2). Ce sont les cartes géologiques qui l'affirment, mais il faut savoir les interpréter. Ce qui est une simple faille sur papier se résout souvent sur le terrain en un faisceau de failles. Il est donc possible que l'île soit affectée par une faille secondaire non cartographiée (carte géologique plus bas), plus discrète. D'ailleurs, la faille qui passe à l'ouest a fait basculer les strates de calcaire sur la rive hulloise (photo janv. 2012 plus bas) alors que dans l'Île Hull, elles demeurent pratiquement horizontales.

(2) Dans d'autres billets, j'ai baptisé par commodité cette faille « faille Montcalm » ; elle a cependant été cartographiée par A.E. Wilson dans les années 1930. Réf. : Wilson A.E., 1946 – Geology of the Ottawa-St. Lawrence Lowland, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, Mémoire 241, 66 p. (+ cartes). La faille Montcalm est identifié par un F rouge sur la carte géologique plus bas.

Quoi qu'il en soit, la faille non cartographiée qui, je le soupçonne, coupe l'Île Hull, a peut-être juxtaposé deux compartiments du socle rocheux ayant chacun leurs réseau de joints particuliers. Il faut cependant remarquer que l'île tout entière fait partie de la même formation de calcaire de l'Ordovicien moyen (Groupe d'Ottawa ou de Trenton, 465 millions d'années), ce qui limite l'ampleur du rejet théorique de la cassure.

De tout ceci m'est venue l'idée d'aller jeter un coup d'oeil plus large voir si les systèmes de joints varient d'un secteur à l'autre de la région.

À suivre...


Saisie d'écran (Google) de l'Île Hull. 
En haut, certaines diaclases retouchées en rouge. 
Au nord, le réseau des diaclases est orthogonal. Au sud, des failles s'incurvent vers le NE. Elles semblent se superposr à un patron semblable à celui de la partie nord. 
L'inondation de la dépression au centre de l'Île l'a transformé en un couple d'îlots.

En bas, l'image intacte.
La dépression inondée entre les deux parties de l'Île Hull est paralèlle à la faille qui passe au SO de l'Île (voir la carte géologique).



Géologie de Hull (Gatineau) et d'Ottawa, séparées par la rivière des Outaouais. (Cliquer sur l'image pour l'afficher à sa pleine grandeur.)

Légende adaptée

  • Lignes noires ondulées (présentes sur la carte originale) : failles ;
  • X rouge ajouté : l'Île Hull, au milieu de la rivière des Outaouais ;
  • F rouge ajouté et segment de faille surligné en rouge : faille traversant la rivière au SO de l'Île Hull ;
  • Les couleurs (originales) : différentes formations du Paléozoïques de la plate-forme du Saint-Laurent que je ne détaille pas ici. Orangé : Groupe d'Ottawa ou de Trenton (Ordovicien moyen, 470-458 Millions d'années), calcaire et dolomie surtout ; autres couleurs : calcaire, dolomie, grès, shales (Ordovicien, 488-444 millions d'années).

Carte : A.E. Wilson, 1938 — Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360). 


Rive hulloise à l'ouest de l'Île Hull : strates de calcaire basculées par la faille notée par un F rouge sur la carte. Photo janv. 2012.





Île Hull, 7 juillet 2014. Un saule saulitaire domine herbes et arbustes. L'arbre n'a pas résisté à la grande crue de 2017. (Voir billet du 11 sept. 2019, « Désolation sur l'île Hull ».)


mercredi 30 décembre 2020

L'île Hull à Ottawa ?

 

L'île Hull, à Hull (Gatineau), le 7 juillet 2014, en face de l'Île-de-Hull (ne pas confondre !). Le saule n'a pas résisté à la crue historique de 2017 (voir billet du 11 sept. 2019, « Désolation sur l'île Hull ».)
La photo a été prise depuis le belvédère derrière la Cour suprême, à Ottawa. 
Les mouettes manquent à l'appel (lire l'article pour saisir l'allusion.)










L'habitude d'agir avec désinvolture lorsqu'il s'agit de créer ou de manipuler les cartes semble décidément bien implantée. 

Dans un billet publié le 31 mai 2020 (« Frontière Gatineau-Ottawa déplacée ? »), je dénonçais cette manie qu'avaient prise les éditeurs et diffuseurs de cartes (Google et autres) de faire flotter la frontière Québec-Ontario dans la rivière des Outaouais sans égards aux conventions reconnues et acceptées. Il leur arrive de la faire dériver au point que des îles changent de province - toujours à l'avantage de l'Ontario. Leur sens de l'initiative (ou leur sans-gêne) va jusqu'à débaptiser d'autorité des îles qui ont pourtant des toponymes reconnus (voir billet du 6 juin 2020, « Comment Isaac est devenu Kate sans cesser d'être île »). 

Pour tout cette discussion, prière de vous référez aux cartes reproduites plus bas.

On peut ajouter à ces annexions sournoises et à ces changements de noms intempestifs le cas de l'île Hull, île québécoise entre l'Île-de-Hull (ne pas confondre !), à Gatineau, et le promontoire de la Cour suprême, à Ottawa. Anciennement nommée Lone Pine Island (voir billet du 19 avril 2014), elle est depuis longtemps identifié sous le toponyme île Hull sur les cartes topographiques officielles. (Notez que si ce toponyme n'est pas reconnu par la Commission de toponymie du Québec ni inclus dans la base de données toponymiques du Canada, le fait qu'il apparaisse sur les cartes éditées par le gouvernement du Canada lui donne une légitimité certaine.)

Des éditeurs de cartes modernes l'ont renommée Île aux Mouettes - ce qui est descriptif, sans conteste, et tout à fait juste, du moins une partie de l'année, mais néanmoins abusif puisqu'elle a déjà un nom - ; dans certains cas, la frontière est déplacée vers le nord ce qui annexe l'île Hull à l'Ontario. 

Un morceau de Hull dans Ottawa ?... Et combien d'îles dans l'Outaouais pourraient se décrire comme « île aux Mouettes » ?... Presque toutes.

Une certaine légèreté semble décidément présider à l'édition des cartes privées (Google et autres, pour ne pas les nommer), souvent reprises par les autorités publiques. Je pourrais multiplier les démonstrations pour illustrer mon propos. Je me suis limité ici qu'à un nombre restreint d'exemples. 

Lors de la parution de mon billet du 31 mai 2020 (lien plus haut), Luc Villemaire m'a transmis un document rédigé sous la direction de l’arpenteur géomètre Marie Boutin, Intégrité du territoire Québécois. (J'en ai fait mention par un ajout dans le billet.) Selon ce document, la question de la frontière Québec-Ontario entre Hull et Ottawa est bien réglée :

« Le segment [de la frontière Québec-Ontario] de l'Outaouais est une frontière bien délimitée que les provinces n'ont pas mis en doute. En effet, les textes sont clairs, valides et précis (aussi bien les textes de lois que les levés d'arpentages); la limite est '' le milieu du chenal principal de la rivière des Outaouais ''. Il reste cependant que cette limite interprovinciale devrait être démarquée de façon définitive. »

Il reste aussi aux éditeurs de cartes à se mettre au courant de cette « frontière bien délimitée que les provinces n'ont pas mis en doute »... 

Je renonce à contacter Google, l'ayant déjà fait sans obtenir la moindre réponse (voir le billet du 4 mai 2013, intitulé « Courbe immotivée »).


Carte bathymétrique de l'Outaouais (détail) : carte « officielle » s'il en est. L'île Hull, au centre, est bel et bien du côté québécois de la frontière (ligne tiretée noire). 
Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario. Carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02.


Détail de l'Ottawa Topographic Map (OTM) de l'Université Carleton d'Ottawa, saisie d'écran, juin 2020. Aucun reproche à formuler à l'encontre de ce travail. La frontière Québec-Ontario est correctement reportée. IH (blanc) : île Hull, en partie noyée sous les eaux en crue de la rivière ; elle est bien au Québec.


Détail de la même Ottawa Topographic Map (OTM) de l'Université Carleton d'Ottawa, sans la couche de la photo satellite, saisie d'écran, juin 2020. L'île Hull est débaptisée « Île aux Mouettes » (à droite) et le tracé abusivement rectiligne de la frontière la place en Ontario. Ironiquement, l'île est nommée mais non représentée...
Comme si ce n'était pas assez, tout le secteur des Chaudières passe en Ontario : comparez avec le détail précédant et avec la carte de Google plus bas. (Voir billet du 31 mai 2020, « Frontière Gatineau-Ottawa déplacée ? ».)
La légende de la carte contient ce passage : « CAD and GIS files are available for direct download. Files were originally downloaded in April 2016 from the City of Ottawa Open Data Website. »


Carte provenant de l'application Topo Maps Canada de David Crawshay (détail, saisie d'écran juin 2020.) Frontière Québc-Ontario incorrecte au milieu de la rivière des Outaouais. 
Elle utilise le même fond que la carte de l'OTM, plus haut. Les erreurs se perpétuent et se répandent ainsi...


Carte : 1913. - Version en couleur d'une carte de 1902. Lone Pine Id (détail encadré à droite) : actuelle ile Hull. Qu'importe son nom, l'île est située du côté québécois de la frontière, à Hull. 
Carte photographiée à main levée, distorsions possibles. Twentheth Century Map City of Ottawa and Vicinity. 600 f./inch. A.S. Woodburn, Ottawa, 1913 (détail).


Carte topographique du gouvernement du Canada : 1923-1925. - J'ai identifié l'île Hull par IH en rouge ; toujours en rouge, j'ai souligné des segments de la frontière Québec-Ontario : l'ìle Hull est bien au Québec. 
Carte topographique : 1971. - Hull I(sland), du côté québécois de la frontière.


Carte topographique : 1976. - Île Hull (francisée), du côté québécois de la frontière. Même secteur que la carte de 1971.


Atlas de la Ville de Gatineau, saisie d'écran, juin 2020. La frontière Québec-Ontario passe au sud de l'île Hull (à droite, anonyme sur la carte).


Carte Google (2013). - J'ai corrigé la frontière en rouge (au centre). (Voir le billet du 4 mai 2013, intitulé « Courbe immotivée »). L'île Hull, à droite (sans nom), est au Québec. Google est exact sur ce point...



L'île Hull a longtemps porté le nom de Lone Pine Island. Et pourquoi pas Two Pines Island ? Elle est au milieu de la rivière, à droite. Ottawa (Byrown) avant le Parlement : Edmund Willoughby Sewell (1800-1890), (titre original :) View of Barrack Hill and the Ottawa River at Bytown (Ottawa), ca. 1843-1859, huile sur toile. Bibliothèque et Archives Canada, C-011047, no MIKAN 2837003


Vue de l'Outaouais depuis la Colline du Parlement (vers 1922). - L'île Hull, à droite, plus verte qu'aujourd'hui, mais quand même privée de son (ses) pin(s) solitaire(s). Le pont de la Chaudière, à la droite du centre de la photo.
Anonyme, vers 1922, plaque sèche à la gélatine, MP-0000.25.176, © Musée McCord.


samedi 22 août 2020

Îles du pont Champlain à Ottawa (ajouts)


Ce billet est une réponse à une requête formulée dans un commentaire de James Milks publié le 22 août 2020 dans mon billet du 6 juin 2020, « Comment Isaac est devenu Kate sans cesser d'être une île ».

La question portait sur les îles à l'ouest du pont Champlain dans l'Outaouais, entre Gatineau et Ottawa. Je n'ai malheureusement que peu d'informations à leur sujet, le secteur étant hors de ma zone de prédilection (l'Île-de-Hull et les environs). Ce billet présente ce que j'ai, en vrac, avec mise en forme minimale.


 Carte de 1827 montrant que les rapides Remic du pont Champlain avaient déjà leur nom (Remmox(?) Rapids) de même que les rapides Deschênes (Du Chene Rapid) : voir détail plus bas.
ATTENTION : le nord est en bas !
Alexander Sherriff, Rough draft of the Ground between Dows Swamp on the Rideau Canal & the Chaudiere Lake, 1827, Bibliothèque et Archives Canada, F/440/Ottawa/1827, NMC 79951.
Source : BAC, via PAssages Historiques : http://passageshistoriques-heritagepassages.ca/fra-fre/recherche_et_archives-research_and_archives/bytown.

Détail : Remmox(?) Rapids (Rapides Remic) et Du Chene Rapid (Rapides Deschênes). Rappel: attention, le nord est en bas ! Voir la notice de la Commission de toponymie du Québec à la fin du billet. 
Le pont Champlain actuel passe par les Bate, Cunningham et Riopelle Islands (du N au S). On reconnait (?) aux Remmox Rapids de la carte la Bate Island (la plus grande). Les Cunningham Island et Riopelle Island n'y apparaissent pas. La petite île allongée plus près de la rive n'existe plus ou constitue un haut fond semé d'îlots isolés.
Tout ça dans la mesure où l'on peut se fier aux plus menus détails de cette carte.


J'ai consulté quelques cartes topographiques du gouvernement du Canada. On peut les télécharger depuis le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
https://www.banq.qc.ca/accueil/


Carte topo de 1918 ; 1/63 360


  • Remic Rapids à l'emplacement du futur pont Champlain ; les îles ne sont pas nommées.
  • Aylmer Island face à Queens Park au Québec.



Carte topo de 1923 ; 1/63 360 


  • Remic Rapids à l'emplacement du futur pont Champlain.
  • Îles du futur pont Champlain, toutes en Ontario (du N au S) : Bate Island, Cunningham Island, Riopale (sic) Island.
  • Les îlots immédiatement à l'ouest du pont sont anonymes (et le sont encore).
  • Beaucoup plus à l'ouest, il y a Aylmer Island (en Ontario), face à Queens Park et The Cedars, au Québec.



Carte de 1935 ; 1/63 360 


  • Elle corrige Riopale pour Riopelle.
  • Pas de changements jusqu'à nos jours, sauf celui noté immédiatement plus bas.



Cartes 1975 et 1984 ; 1/50 000


  • L'appellation Les Cèdres (au lieu de The Cedars) a été adoptée entre la publication de la carte de 1975 et celle de 1984. Queens Park n'a pas été dépabtisé.


Notez qu'Aylmer Island est localement connue sous le nom d'Île-aux-Fesses, allez savoir pourquoi.


Commission de toponymie du Québec 

« Le pont Champlain, reliant les villes de Hull et d'Ottawa, enjambe la rivière des Outaouais à la hauteur des rapides Remic. [...] Les rapides ont été nommés en mémoire d'Isaac Remic, concessionnaire, en 1806, d'un terrain dans ce secteur, rattaché au canton de Hull. Remic était l'associé de sept autres colons dont le chef du canton, Philemon Wright, propriétaire d'une bonne partie des terres de la concession de Hull. Tous avaient pour ambition le développement de ce qui est devenu aujourd'hui Hull et ses environs. » (CTQ, consultée le 22 août 2020.)

AJOUT 1 (23 août 2020)

Il existe une île Isaac plus à lest dans la rivière, ainsi que l'indique le billet objet du commentaire prétexte au présent billet. Doit-elle son toponyme à cet Isaac Remic ? (Voir billet du 6 juin 2020.)

AJOUT 2 (23 août 2020)


© Google. Le pont Champlain, entre Gatineau (autrefois Hull, au nord) et Ottawa (au sud). Notez que la carte est correctement orientée, le nord est en haut !
Les noms des Bate, Cunningham et Riopelle Islands sont visibles.
Les rapides Remic sont visibles à l'est du pont, mais ne sont pas identifiés (sinon en petits caractères entre les îles Bate et Cunningham, dans un chenal plutôt calme de la rivière).
Le site des Stromatolites du pont Champlain, inscrit aux Sites géologique exceptionnel du Québec a été localisé (à Gatineau, à gauche du pont, sur la rive).
J'ignorais, avant de recevoir le commentaire de James Milks (voir premier paragraphe) que Google permettait à ses usagers d'ajouter des noms à ses cartes. Ça explique certains désordre dans la toponymie... Bel outil pour foutre le bordel. Chelsea Leigh Island m'en semble un exemple. Cette île est anonyme sur toutes les cartes consultées et j'ai vérifié auprès de la Commission de toponymie du Québec : aucune île Chelsea Leigh n'existe officiellement. 
Qu'il existe des noms populaires auprès des noms officiels ne me dérange pas (témoin l'Île-aux-Fesses évoquée plus haut), mais que n'importe qui impose des noms à sa fantaisie, ou pire, dépabtise des entités déjà nommées, c'est autre chose. 
J'y reviendrai.

samedi 6 juin 2020

Comment Isaac est devenu Kate sans cesser d'être île


Lire le commentaire de James Milks publié à la suite de ce billet le 22 août 2020. Voir également ma réponse à ce commentaire dans le billet du 22 août 2020.

Ce billet a une suite : billet du 30 déc. 2020, « L'île Hull à Ottawa ? »


Photo 2013 (nov.) - Lazy Bay, à Ottawa. Bay Island, à droite, Clements Island à gauche (morcelée en plusieurs îlots) ; à l'arrière plan, la section du pont qui relie Bell Island, à droite, à Lemieux Island (au fond, à gauche). Notez que je laisse les toponymes dans la langue où ils sont sur les cartes officielles. 


.
Il y a un moment déjà que je pense jeter un coup d'oeil sur le chapelet d'îles jeté entre la baie Squaw (Gatineau) et Lazy Bay (Ottawa) dans la rivière des Outaouais. Les deux baies, étroites et allongées, et l'archipel qui les relie coïncident avec le passage de la faille Hull-Gloucester, accident qui traverse la région du NW vers le SE. C'est une vieille faille, inactive depuis au moins 100 millions d'années. Elle est... Je sens que je pourrais en dire encore beaucoup, mais ce n'est pas le sujet. Voyez ce que j'en ai déjà écrit ailleurs dans ce blogue.

Chacun de ces îlots ou presque a son toponyme consacré par la tradition. La carte la plus ancienne utilisable à cet égard date de 1895 (voir carte de cette année), du moins à ma connaissance. Une carte extraite du Rapport Holt (1915) est la première, toujours à ma connaissance, à nommer la Squaw Bay (terme que la rectitude politique nous ferait rejeter aujourd'hui ; la Commission de toponyme du Québec mentionne que ce terme est péjoratif ou injurieux). Quand j'étais petit, ayant grandi dans le quartier tout près, cette appellation n'était jamais utilisée ; on parlait de la Baie des tout nus. Dieu seul sait pourquoi !

(Notez pour la suite que je respecte ici l'usage qui laisse les toponymes dans la langue où ils sont sur les cartes officielles modernes.)

Ces îles sont malheureusement difficiles à photographier. Des îles plates, vues depuis une rive tout aussi plate, n'offrent à l'objectif qu'une mince tranche. C'est comme photographier des crêpes depuis le dessus de la plaque chauffante (photos 2013).

La frontière Québec-Ontario passe au sud de l'île Young (Commission toponymie du Québec (CTQ)), Boom (CTQ) et Cape (CTQ). Google (2013, 2020A,B) remonte la frontière vers le nord, annexant ces îles à l'Ontario. Ce n'est d'ailleurs pas sa seule erreur en la matière, voir le billet « Courbe immotivée », daté du 4 mai 2013.

Les atlas en ligne des Villes de Gatineau et d'Ottawa (voir détails de ces cartes) rectifient l'erreur de Google. -- Pour ce qui est du tracé dans ces atlas de la frontière plus à l'est, aux Chaudières, voyez le billet du 31 mai 2020.

Mais tout est sujet à l'érosion, la toponymie comme les îles. Certaines ont disparues (élévation du niveau de la rivière ou travaux de régulation du lit de la rivière ? : voir billet du 8 juin 2014, « Disparitions aux Chaudières »), d'autres ont changé de nom, d'autres, enfin, ont perdu le leur et sont devenues des îles anonymes.

Clement (1895) ou Clements Island (1902, etc.), par exemple, n' est plus qu'un trio d`îlots minuscules et anonymes tandis que Nicholas (1895)/Nicholis (1902)/Nichols Island (Google 2013, etc.) semble s'être élargie ; comparez les photos satellites de Google 2020A,B avec les plus anciennes cartes affichées.

Je n'ai pas trouvé de renseignements sur l'origine des toponymes des îles québécoises, sauf sur celui de l'île Yvette-Naubert (autrice, 1918-1982 ; CTQ). Son toponyme original, North Island (1895), s'explique de lui même, étant l'île la plus au nord de l'archipel à travers la rivière. L'île Boom, au Québec, a dû servir de point d'ancrage aux estacades ou booms pour le flottage du bois.

Les choses ne sont pas plus avancées pour ce qui est des îles ontariennes. Fury Id. doit peut être son nom à sa proximité des rapides de la Petite Chaudière, immédiatement en amont des îles (1913, 1915, etc.). Bay Id., dans Lazy Bay, n'a pas cherché son nom bien loin, non plus que Rock Id. Avais-je besoin de vous débiter ces évidences ? Mais qui sont les Mary, Isaac et Nicholis (ou Nicholas, ou Nichols) immortalisés (?) par des toponymes ?

J'ignore ce qui a pu motiver le débaptisement d'Isaac Id., devenue Isabelle Island sur l'Ottawa Topographique Map de l'Université Carleton (OTM, 2020) ; elle forme ainsi un trio avec les tout aussi inexplicables Boyd et Kate Islands, îlots laissés jusque-là anonymes.


Google 2020A. - Rivière des Outaouais entre la baie Squaw, au nord (Gatineau, Québec) et Lazy Bay au sud (Ottawa, Ontario). Google fait passer la frontière Québec-Ontario trop au nord, annexant trois îles québécoises à l'Ontario (voir aussi la carte Google 2013) ; l'une d'elles, l'île Young, est en plus rebaptisée Lumpy Denommee's Island (!?) (voir Google 2020B).
Noter les rapides de la Petite Chaudière, à gauche ; le pont Noir, ou Prince-de-Galles, à droite, qui longe Lemieux Island où est construite l'usine de traitement des eaux de la Ville d'Ottawa. En haut à droite, le barrage en hémicycle de la Grande Chaudière.



.

Liste de toponymes des îles entre la baie Squaw (Québec) et la Lazy Bay (Ontario) : 1895-2020

Sauf indication contraire, l'arrêt de l'usage d'un toponyme signifie qu'une île est devenue anonyme sur les cartes et non une disparition physique. Les toponymes Squaw Bay (Québec) et Lazy Bay (Ontario) apparaissent une première fois à ma connaissance sur la carte de 1915. Sur les cartes moderne, on francise le premier toponyme en baie Squaw.

Îles québécoises (nord au sud) 

  • North Id. (Island) : ce nom n'apparaît que sur la carte de 1895 ; île anonyme en 1902, 1913 et 1915* ; aujourd'hui île Yvette-Naubert.
  • Young Id. : dès 1895 et sur toutes les cartes suivantes ; sur les cartes modernes, francisée en Île Young (CTQ). Inexplicablement nommée Lumpy Denommee's Island par Google (2020A,B) qui la place en Ontario (aussi, Google 2013).
  • Cape Id. : sur les cartes de 1895, 1902 et 1915*. Google (2013, 2020A,B) l'annexe à l'Ontario sans lui donner de nom. La CTQ reconnaît l'île Cape.
  • Shoal (haut-fond) : sur les cartes de 1895, 1902 et 1915*. Disparu des cartes.
  • Boom Id. : sur les carte de 1895, 1902 et 1915*. La carte de l'OTM (2020) nomme Boom Island la partie nord de Nichols Island en Ontario et place une Île Lemieux à l'endroit de l'île Boom au Québec. D'autres cartes récentes (non montrées ici), font de même sur ce dernier point, créant ainsi un doublon avec Lemieux Island, en Ontario. Google (2013 et 2020A) place l'île Boom (anonyme) en Ontario. La CTQ reconnaît le toponyme île Boom.
  • Note de dernière minute. - Pour compliquer d'avantage les choses, en plus de transformer l'île Young en Lumpy Denommee's Island, Google 2020B a rebaptisé l'île Boom qui est devenue Île Young. Il faut zoomer la carte de Google pour que tous ces éléments s'affichent.

Vers l'est

  • Amanda Id. : sur les cartes de 1895, 1902 et 1915*. L'île n'existe plus depuis une date à déterminer.
  • Mary Id. : sur les cartes de 1895, 1902 et 1915*. Devenue un îlot anonyme.
  • Plus loin vers l'est, en amont des Chaudières, l'île Russell. Le shoal (1902, 1913) émerge parfois pour former une seconde île qui se joint ou non à l'île principale. L'île Russell est disparue à une date indéterminée. Elle est située au Québec, malgré Google (2013, 2020A) et d'autres éditeurs de cartes. (Billet du 8 juin 2014, « Disparitions aux Chaudières »)

Îles ontariennes (nord au sud) 

  • Merrill Id. : sur toutes les cartes dès 1895.
  • Nicholis Id. (1895) ou Nicholas id (1902) ; Nichols Island sur les cartes récentes.
  • Fury Id. : sur toutes les cartes dès 1895.
  • Bell Id. : sur toutes les cartes dès 1895.
  • Rock Id. : sur les cartes de 1895, 1902 et 1915*.
  • Clement Id. (1895) ou Clements Id. (1902, 1913 et 1915*). Devenue un trio d'îlots anonymes.
  • Isaac Id. : sur les cartes de 1895, 1902 et 1915*. Selon l'OTM (2020), est devenue Kate Island** ; au nord, un îlot anonyme jusque-là est devenu Boyd Island et un îlot invisible (!), au fond de la Lazy Bay, Isabelle Island. 
  • AJOUT (23 août 2020) Cet Isaac serait-il Isaac Remic, celui qui a donné son nom aux rapides qui passent sous l'actuel pont Champlain ? Voir le billet du 22 août 2020.

Vers l'est

  • Lemieux Island : la plus grande île ; sur toutes les cartes dès 1895, sauf celle de l'OTM (2020) : celle-ci place une Île Lemieux à l'endroit de l'île Boom, au Québec. D'autres cartes récentes (non montrées ici), font de même, créant ainsi un doublon dans le secteur. La CTQ ne connaît aucune île Lemieux dans la rivière.
  • Lyon Id. : sur les cartes de 1895, 1902 et 1915*. Elle a été annexée à Lemieux Island à une date à déterminer.
*1915 : le fichier de la carte de cette année en ma possession étant d'une faible résolution, il est difficile de bien lire les toponymes. On peut les deviner en se référant aux cartes précédentes. 
** Ou Isabelle Island, la chose n'est pas très claire.

Une frontière et un « Plouf ! »

Peut-être faudrait-il parler aux cartographes et aux éditeurs de cartes pour qu'ils cessent de déplacer les frontières et s'abstiennent de débaptiser les îles au gré de leur fantaisie ? (Voyez le billet du 31 mai 2020. et celui du 4 mai 2013, intitulé « Courbe immotivée »). Je parlerai dans un billet prochain d'une autre île victime d'une annexion par distraction du cartographe et aussitôt débaptisée... 

Une anecdote pour terminer. Un ami qui a travaillé dans un ministère près de la Lazy Bay m'a assuré que l'eau était profonde à cet endroit et qu'on venait y précipiter des voitures volées. Ça serait intéressant de faire de la plongée dans le secteur. (J'ai d'ailleurs déjà vu l'été 2019 des plongeurs s'exercer à Bell et Lemieux Islands.)


Carte de 1895. - Détail autour de Lemieux Island ; Lazy Bay (sans nom) en bas à gauche, à Ottawa ; la baie Squaw (sans nom), en haut, au centre, à Hull (Gatineau). L'île immédiatement au sud de la baie Squaw est la North Id. , aujourd'hui île Yvette-Naubert. Le nom des autres îles sont plus lisibles sur la carte 1902. 
Carte photographiée à main levée, distorsions possibles. 
Notez que le quadrillage de rues du côté québécois n'a jamais existé. Plan of the City of Ottawa and Vicinity. Compiled by J.B. Brophy, C.E., 1895. 800 f./inch.


Carte de 1902. - Détail similaire à celui de la carte 1895. Little Chaudière Rapids, à l'ouest. Nicholis Id (1895) est devenue Nicholas Id. Elle est aujourd'hui Nichols Island (Google 2013, etc.). Les rapides de la Petite Chaudière à gauche (autre effet de la faille Hull-Gloucester) sous le nom de Little Chaudière Rapids.
Carte photographiée à main levée, distorsions possibles. Twentheth Century Map City of Ottawa and Vicinity. 600 f./inch. A.S. Woodburn, Ottawa, 1902.


Carte de 1913. - Version en couleur de la carte de 1902. J'en montre ici une section plus étendue. Les baies Squaw et Lazy (anonymes) à gauche, les Chaudières (Chaudière Falls) au centre. Carte photographiée à main levée, distorsions possibles. Twentheth Century Map City of Ottawa and Vicinity. 600 f./inch. A.S. Woodburn, Ottawa, 1913.


Carte de 1915. - Détail retouché (en rouge) d'une carte du Rapport Holt (1915). 
Rivière des Outaouais, entre Hull (aujourd'hui Gatineau), au nord, et Ottawa, au sud.
Edward H. Bennett (consult.), Report of the Federal Plan Commission a General Plan for the Cities of Ottawa and the Hull, 1915.
Image tirée du billet intitulé « Courbe immotivée », du 4 mai 2013.
Première apparition de Squaw Bay. La frontière Québec-Ontario (partiellement surlignée en rouge) passe au sud des îles Young et Boom. Vers l'est, elle s'incurve pour passer au sud de l'île Russell (j'ai ajouté le R et les hachures rouges) et couper le barrage en hémicycle (surligné en rouge vif) aux chutes de la Grande Chaudière (Chaudière Falls). (L'île Russell n'existe plus, ce qui fait paraître aujourd'hui la courbe de la frontière comme le résultat d'un inexplicable caprice du cartographe. Voir billet du 8 juin 2014, « Disparitions aux Chaudières ».)


Carte topographique de 1998 (1:50 000). - « Renseignements à jour en 1994. Publiée en 1998. » En bon accord avec la carte de 1915. Les écritures la rendent presque illisible, laissant juste assez d'espace pour inscrire les noms de l'île Yvette-Naubert, de l'île Young (au Québec), de Bell I. et de Lemieux I. (en Ontario). Baie Squaw et Lazy B. (Québec et Ontario). 


Google 2013. - J'ai corrigé le tracé de la frontière Québec-Ontario en rouge (voir carte 1915 pour la position de l'île Russell qui explique le détour de la frontière au centre). Google, pour ce qui nous intéresse ici, la place au nord du groupe d'îles dominé par l'île Young. (Carte tirée du billet « Courbe immotivée », daté du 4 mai 2013.). Pour la question de la frontière aux Chaudières (à droite), voir le billet précédent (31 mai 2020).


Atlas de la Ville de Gatineau, saisie d'écran, juin 2020. - La frontière Québec-Ontario passe au bon endroit.


Atlas de la Ville d'Ottawa, saisie d'écran, juin 2020. - La frontière Québec-Ontario (ligne grise pâle) passe au bon endroit.


OTM, 2020. - Détails de l'Ottawa Topographic Map (OTM) de l'Université Carleton d'Ottawa, saisie d'écran, juin 2020. De nouveaux noms apparaissent, d'autres sont déplacés de façon inexplicable. Du nord au sud : Baie Squaw, Île Lemieux (sic) au lieu d'Île Boom, Île Young, Merrill Island, Île Boom (sic) au mauvais endroit, Fury Island, Nichols Island, Bell Island, Lazy Bay, Boyd Island (nouveau nom), Kate Island (au lieu d'Isaac Island) et Isabelle Island (nouveau nom). La frontière Québec-Ontario passe au bon endroit.


OTM, 2020 (détail agrandi). 


Google 2020B. - Découverte de dernière minute. Google mêle les cartes. L'île Young est renommée Lumpy Denommee's Island et l'île Boom devient l'île Young. L'île Cape est devenue un îlot anonyme. Ajoutons que la frontière Québec-Ontario devrait passer au sud des ces îles qui sont toutes au Québec (voir carte 1915, etc.).


Photo 2013 (nov.) - Îles dans Lazy Bay, vues depuis le pont de Lemieux Island, à Ottawa. À droite, l'île Young et l'île Boom, au Québec ; à droite, Merrill et Nichols Islands.

dimanche 31 mai 2020

Frontière Gatineau-Ottawa déplacée ? (AJOUTS)


Ce billet a une suite : billet du 30 déc. 2020, « L'île Hull à Ottawa ? »

Le contenu de ce billet a été relayé en partie par A.B.C. Stratégies (Médiation culturelle : « Columbo 1806 », etc.) sur Facebook. A.B.C. Stratégies est aussi sur Twitter : @Columbo1806. Je ne suis pas sur Facebook, par contre, je suis sur Twitter sous @HLessard7.


AJOUT no 1 (31 mai 2020). - Luc Villemaire m'a transmis le document rédigé sous la direction de l’arpenteur géomètre Marie Boutin, Intégrité du territoire Québécois. Selon ce document, la question de la frontière Québec-Ontario entre Hull et Ottawa semble bien réglée :

« Le segment [de la frontière Québec-Ontario] de l'Outaouais est une frontière bien délimitée que les provinces n'ont pas mis en doute. En effet, les textes sont clairs, valides et précis (aussi bien les textes de lois que les levés d'arpentages); la limite est '' le milieu du chenal principal de la rivière des Outaouais ''. Il reste cependant que cette limite interprovinciale devrait être démarquée de façon définitive. »

J'ajouterai la remarque suivante. - Il demeure que la frontière Gatineau (Hull)-Ottawa se promène souvent d'une carte à l'autre et qu'elle partage la Grande Chaudière en proportions variables entre les deux provinces. On observe aussi une tendance récente à remonter la frontière au nord pour placer toute la Grande Chaudière en Ontario (cf. les deux cartes, AJOUT no 3, à la fin du billet).

Ceci risque d'implanter de fausses perceptions dans le public même si, du point de vue des institutions, il n'y a pas de problème ou de contestation. C'est d'autant plus périlleux que le secteur est en développement (Zibi). Les nouveaux arrivants auront l'impression de s'établir à Ottawa... Peut-être, en effet, faudrait-il que la frontière soit « démarquée de façon définitive ».

(Fin de l'ajout, début du contenu régulier.)


CARTE 1. - Atlas de la Ville de Gatineau (Québec), saisie d'écran retouchée (en rouge), 30 mai 2020.
La frontière Québec-Ontario est en gris sombre ; elle passe à l'extrémité sud du barrage en hémicycle des Chaudières (en rouge) dans la rivière des Outaouais. Son tracé entre les provinces est demeuré inchangé sur les cartes depuis les débuts du XXe siècle (voir cartes 3 et 4B).
...


CARTE 2. - Atlas de la Ville d'Ottawa (Ontario), saisie d'écran retouchée (en rouge), 30 mai 2020.
La frontière Québec-Ontario (ligne pâle ; ne pas tenir compte des hachures bleues) a été remontée vers le nord, ce qui place presque tout le barrage (arc de cercle tireté rouge) ainsi que le chenal en aval de ce dernier en Ontario.
...


Projet de lettre de demande de renseignements que je compte adresser aux maires des villes de Gatineau et d'Ottawa ainsi qu'à mes deux députés (j'habite Gatineau).

Depuis un certain temps, je remarque que les cartes, tant les cartes officielles que celles de provenances et d'utilités diverses, placent la chute de la Grande Chaudière et le barrage en hémicycle la surmontant à Ottawa, en Ontario, alors que les deux sont situés du côté québécois de la frontière, à Gatineau (Hull).

Hydro-Québec a vendu la centrale Hull-2, au nord du barrage, à Hydro-Ottawa en 2016. Mais cette transaction n'a été accompagnée d'aucune cession de terrain du Québec à l'Ontario, me semble-t-il (voir les documents dont les liens sont à l'Annexe 1).

L'Atlas de la Ville de Gatineau reproduit fidèlement le tracé de la frontière tel qu'il figure sur les cartes depuis le début du XXe siècle (voir cartes 1, 3 et 4B pour ce tracé). La Ville a conservé l'intégralité de son territoire, et la Province aussi.

Par contre, dans l'Atlas en ligne de la Ville d'Ottawa, la frontière Québec-Ontario a été remontée vers le nord de façon à ce que la majeure partie de la Grande Chaudière et du barrage tombent à l'intérieur des limites de la Ville d'Ottawa (carte 2).

Je pourrais multiplier les exemples. Je préfère ne pas allonger le billet et limiter le nombre d'images. Voyez les cartes 4A et 4B, plus bas (Annexe 2). En fait, la plupart des éditeurs de cartes (à la notable exception de Google Map) ont adopté un tracé semblable à celui de la Ville d'Ottawa ou, pire (ou mieux ?), reportent la frontière encore plus au nord (carte 4A). C'est à se demander si nous ne sommes pas devant un cas d'annexion rampante...

Notez que le barrage en hémicycle et la centrale Hull-2 sont toujours situés au Québec dans les répertoires de références :




Entre toutes ces cartes, laquelle croire ? Peut-être pourrez-vous répondre à mes questions ? (L'AJOUT no 1 répond en partie à ces questions.)


  • Y a-t-il eu une modification de la frontière entre l'Ontario et le Québec (et entre Ottawa et Gatineau) suite à la vente par Hydro-Québec de la centrale Hull-2 à Hydro-Ottawa ?
  • Si oui, y a-t-il eu une entente officielle à cet effet ? Une annonce publique ?
  • Les provinces (et à plus forte raison, les villes) ont-elles le pouvoir de modifier leurs frontières ? 
  • Finalement, le tracé de la frontière Québec-Ontario à cet endroit est-il bien établi ou ne possède-t-il qu'un caractère informel ?


Merci,

Henri Lessard
Gatineau


AJOUT no 2 (31 mai 2020)

En fait, la consultation d'autres cartes montrent que la frontière Québec-Ontario aux Chaudières peut varier d'un document à l'autre. J'ai surtout travaillé avec les cartes topographiques du Canada, les considérant comme plus fiables. Il semble donc que la frontière ne soit pas fixée aux Chaudières, ce qui autorise à la placer plus ou moins au nord ou au sud, selon sa fantaisie. Peut-être faudrait-il préciser son tracé une fois pour toute ?



Annexe 1 : quelques liens





CARTE 3. - Détail retouché (en rouge) d'une carte du Rapport Holt (1915). 
Rivière des Outaouais, entre Hull (aujourd'hui Gatineau), au nord, et Ottawa, au sud.
Source : Edward H. Bennett (consult.), Report of the Federal Plan Comission a General Plan for the Cities of Ottawa and the Hull, 1915.
Cette image est tirée du billet du 4 mai 2013 intitulé « Courbe immotivée ».
La frontière Québec-Ontario (partiellement surlignée en rouge) s'incurve pour passer au sud de l'île Russell (j'ai ajouté le R et les hachures rouges) et couper le barrage en hémicycle (surligné en rouge vif) à son extrémité sud, le plaçant ainsi, lui et le chenal en aval, presque tout entier au Québec. 
(L'île Russell n'existe plus, ce qui fait paraître aujourd'hui la courbe de la frontière comme le résultat d'un inexplicable caprice du cartographe.)
Cette carte a l'avantage d'être lisible et assez ancienne pour établir que le tracé de la frontière entre Gatineau (Hull) et Ottawa tel qu'encore représenté dans l'Atlas de la Ville de Gatineau remonte à une époque suffisamment reculée pour être un fait bien établi.
...


Annexe 2 : deux exemples récents en un

Je pourrais afficher plusieurs cartes pour appuyer mes dires, mais ce serait trop allonger la démonstration. Je me contenterai d'afficher deux autres exemples. Ils proviennent de l'Ottawa Topographic Map de l'Université Carleton d'Ottawa (cartes 4A et 4B).

Ces cartes (en fait deux affichages différents de la même carte interactive) montrent pour le moins un certain flottement dans l'usage. Sur la carte 4A, la frontière Québec-Ontario passe au nord de la Grande Chaudière et du barrage en hémicycle pour les annexer en totalité au territoire ontarien. Sur la carte 4B, version de la même carte sur un fond de photo satellite (couche de la carte qui n'a pas été mise à jour ?), la frontière passe au milieu sud de la Grande Chaudière et du barrage, les partageant moitié-moitié entre les deux provinces laissant au Québec, comme ils le sont depuis toujours. 

La frontière entre le Québec et l'Ontario au milieu de la rivière des Outaouais, fixe depuis le début du XXe siècle, semble devenue bien flottante...


CARTE 4A. - Ottawa Topographic Map, Université Carleton (Ottawa), version plan urbain, saisie d'écran non retouchée, 30 mai 2020. (Ne pas tenir compte des délimitations en rouge.)
La frontière Québec-Ontario (tirets très pâles) dans la rivière de l'Outaouais place la totalité de la Grande Chaudière et du barrage en hémicycle en Ontario. Cette carte est encore plus gloutonne que la carte 2 !
La légende de la carte contient ce passage : « CAD and GIS files are available for direct download. Files were originally downloaded in April 2016 from the City of Ottawa Open Data Website. » Le changement prédate donc la vente de la centrale Hull-2 à Hydro-Ottawa, en juin 2016... (Voir le communiqué d'Hydro-Québec en annexe 1.)
...


Carte 4B. - Ottawa Topographic Map, Université Carleton (Ottawa), version photo satellite, saisie d'écran non retouchée, 30 mai 2020. (Ne pas tenir compte des délimitations en rouge.)
De façon étrange (comparez avec 4A), la frontière Québec-Ontario (ligne blanche) correspond ici au tracé qui a prévalu depuis toujours... partage la Grande Chaudière et le barrage en deux parties égales entre les provinces... Omission de la mise à jour de cette couche ? La carte 4B contredit la 4A, ainsi que la carte 3 qui donne presque toute la Grande Chaudière...
...

AJOUT no 3 (31 mai 2020)

Contre ma volonté exprimée plus haut, j'allonge cet article de deux autres exemples récents. Il s'agit de cartes provenant de l'application Topo Maps Canada de David Crawshay. 

La Grande Chaudière, à peu près au centre de la carte, sous la structure du barrage en demi-cercle, est toute entière en Ontario. La portion de l'image où se trouve la Grande Chaudière est plus récente que le reste de la carte : je l'ai mise à jour l'été 2019, mais je ne peux dater le fichier lui-même.) (Ne pas tenir compte des pointillés rouges et des drapeaux qui sont des annotations personnelles.) © Topo Maps Canada, David Crawshay.
...


La frontière a beau être au « milieu du chenal principal de la rivière des Outaouais » (voir AJOUT no 1), elle se promène drôlement d'une carte à l'autre ! La Grande Chaudière est encore en Ontario sur cette carte récente.
...