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vendredi 24 janvier 2014

Paysages pré-glaciations : annonce d'un ajout


Je n'en fini pas d'ajouter des éléments à mon billet du 25 nov. 2011 intitulé «Paysage pré-glaciations (ajouts et ajouts)».

Pour l'instant, les documents s'y entassent dans un ordre relatif. Un jour, je reverrai tout ça, et il y règnera un ordre que je ne ressentirai plus le besoin de qualifier.



Carte des chenaux pré-glaciaires de l'Outaouais. Très vieux travail (1901), jamais contredit à ma connaissance. 
Source : R. W. Ells, «Ancient Channels of the Ottawa River», The Ottawa Naturalist, vol. XV, no 1, avril 1901, p. 17-30, avec une carte. Disponible dans Internet.



Fig. 1 C. Détails de Ells (1901).
Légende
_ _ _ _ _ : ancien chenal (pré-glaciaire) de l'Outaouais ; 
_ ._ ._ ._ : ligne de partage des eaux (Height of Land) ;
Hull : aujourd'hui Gatineau.


Tiens, Ottawa était au Québec avant les glaciations...

Ajout (9 févr. 2014)

Les notes qui suivent sont destinées avant tout à mon usage. Elles n'ont rien de confidentiel.

À propos de l'Outaouais, de son allure avant et après les glaciations.

«Donc, en suivant le cours de l’actuelle rivière des Outaouais sur le dépôt argileux Champlain à partir de Portage-du-Fort (Pontiac) jusqu’à l’archipel montréalais, nous constatons qu’il se caractérise par une succession de paliers aux eaux calmes formant souvent des élargissements en forme de lacs, et de descentes en escaliers où coulent les eaux courantes ou rapides (Lajoie, 2009, p. 13).»

«Si le glacier a modifié par creusement le lit préglaciaire de l'Ottawa [de l'Outaouais], il a pu affouiller des ombilics, susciter par là des verrous rocheux, élaborer aussi des sillons parallèles au chenal principal ; ainsi s'expliquerait la présence des îles, des rapides et des lacs [...] [I]l semble acquis [que le tracé préglaciaire de la rivière] a été repéré au Sud de la ville d'Ottawa, à partir de l'extrémité aval du lac des Chênes. On nous décrit en effet à plusieurs milles de la capitale un lit préglaciaire où l'on constate ''par de forages de puits la présence d'une large vallée profondément comblée de drift'' [Goldthwait, Keele et Johnston] ; notre impression est que si on pouvait la suivre de bout en bout, on la verrait aboutir à l'Ottawa à l'amont de Masson, ce qui éliminerait le coude de Hull et les chutes des Chaudières.»(Blanchard, 1949, p. 155 et 156).»

«The main topographic features of the Laurentian Upland and the St. Lawrence Lowland were in existence before events of the Pleistocene and Recent periods modified the surface (Mackay, 1947, p. 3).»

«The major topographic features of the Ottawa Valley have been carved out by selective processes of normal erosion acting upon the harder and softer rocks of the Precambrian Shield and the Paleozoic Lowlands. By the end of Pliocene, The Ottawa-St. Lawrence Valley was probably an extensive peneplain. In the east, St. Andrews and Rigaud Mountains rose as small monadnocks above the surrounding plain. The peneplain was traversed by the ancestral Ottawa River which flowed into an ancestral St. Lawrence River near Montreal, and the pre-glacial Ottawa River followed much the same course as the modern river. It is possible that there was not a single large river comparable in size to the present Ottawa River, but a number of streams whose valleys are in part now occupied by the River.
 

In some parts of its course the Ottawa River follows pre-glacial channels, but many of the old valleys have been blocked with till and thick deposits of clays and sands. The numerous rapids along the Ottawa River indicate that it does not always follow its former channel (Mackay, 1949, p. 57).» [Mackay se réfère ici à l'article de Ells (1901) d'où est tirée la carte reproduite (détails) plus haut.]

«The features of the first order of magnitude [the Ottawa Valley] were the products of ''normal ersosion''. The 1000 foot Eardley escarpment, the undulating surface of the Paleozoic rocks, the isolated prominences of St. Andrews and Tigaud Mountains, were all in existence before glaciation (Mackay, 1949, p. 60).»





Références

  • Raoul Blanchard, «Études canadiennes (Troisième série). III. ― Les pays de l'Ottawa.» Revue de géographie alpine, 1949, vol. 37, no 2, p. 135-272. doi: 10.3406/rga.1949.5460
    http://www.persee.fr/doc/rga_0035-1121_1949_num_37_2_5460
  • R. W. Ells, «Ancient Channels of the Ottawa River», The Ottawa Naturalist, vol. XV, no 1, avril 1901, p. 17-30, avec une carte. Disponible dans Internet. 
  • Paul-Gérard Lajoie, Glacio-isostasie et évolution de l'argile marine (Champlain) et des matériaux parentaux des sols sur le Bouclier laurentidien et sur les terrasses anciennes et actuelles de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent, 2009 (doc. auto-édité, disponible dans Internet.) 
  • J.W. Goldthwait, J. Keele and W.A. Johnston, Excursion A10. Pleistocene : Montreal, Covey Hill and Ottawa, in : Geological Survey, Guide book no.3, Excursions in the neighbourhood of Montreal and Ottawa (excursions A6, A7, A8, A10, A11), Ottawa : Government Printing Bureau, 1913, 162 p. (with maps). 
  • W.A. Johnston, Pleistocene and Recent Deposits in the Vicinity of Ottawa, With a Description of the Soils. Commission géologique du Canada, Mémoires 101, 69 pages, 1917, avec carte 1662 (1/63 360).
  • J. Ross Mackay, «Physiography of the Lower Ottawa Valley.» Revue canadienne de Géographie, 1949, vol. 3, p. 53-97. 
  • J. Ross Mackay, «The North Shore of the Ottawa River: Qyon to Montebello, Quebec.» Revue canadienne de Géographie, 1947, vol. 1, p. 3-9.

mercredi 15 janvier 2014

Géologie-fiction


Résumé

Essai de géologie-fiction, ou plutôt de géopolitique-fiction : ont refait le passé glaciaire du continent nord-américain pour lui dessiner un nouveau visage. Plus exactement, un professeur à la retraite se demande si des glaciations moins sévères n'auraient pas assuré la prédominance du français en Amérique du Nord.
L'auteur du blogue est sceptique.
Une partie du matériel de ce billet est tiré de celui du 25 nov. 2012.


Steven Dutch, professeur de sciences naturelles et appliquées à la retraite, s’est demandé quel aurait été le visage géopolitique de l'Amérique du Nord contemporaine si les grandes glaciations du Quaternaire* avaient été moins sévères – lire, si les glaces étaient descendues moins au sud (carte 1).

(Réf. : Steven Dutch, Natural and Applied Sciences, University of Wisconsin - Green Bay, «What If? The Ice Ages Had Been A Little Less Icy?», Geological Society of America meeting, Philadelphia, PA, October 22, 2006.)

* Quaternaire : 2,59 millions d'années – aujourd'hui.

Le tapis de sédiments accumulés par les avancées et les reculs successifs des glaces durant le Quaternaire a empêché le rétablissement du réseau hydrographique primitif dans ses conditions initiales. Par érosion, par comblement des anciennes vallées fluviales ou accumulation de débris* créant obstacle, l'aspect du continent a été remodelé. Avant le Quaternaire, un grand fleuve, le fleuve Bell (carte 2), drainait le continent du NW des États-Unis (Montana) jusqu'à la mer du Labrador, au nord du Québec. Le Saint-Laurent prenait sa source à l'ouest des Grands Lacs actuels, au Minnesota ; ceux-ci n'existaient pas encore : ils sont le résultat d'une intense érosion glaciaire sélective.

* En plus des sédiments glaciaires comme tels, il faut compter avec les sédiments lacustres ou marins (cf. mer de Champlain) post-glaciaires.

C'est une géographie complètement différente de celle qui nous est coutumière.

Avec un Saint-Laurent «originel» demeuré intact et en l’absence des Grands Lacs, l'histoire aux XVIIe et XVIIIe s. aurait été différente ; les Français, toujours selon Dutch, auraient été en mesure d'atteindre plus aisément l’intérieur du continent et de s’assurer une emprise territoriale qui aurait isolé la Nouvelle-Angleterre en la confinant à la côte de l’Atlantique.

Selon Dutch, la Nouvelle-France aurait pu, en l'absence de glaciations sévères, dominer le continent et entraver la croissance de la Nouvelle-Angleterre. Donc, pas d'États-Unis ou de Go West, young man :

«If a northern route across Ohio [by St. Lawrence] suggested by some authors were re-established after ice retreat, the headwaters of the St. Lawrence would have been in North Carolina. In this scenario, the axis of transportation west of the Appalachians would be northward. With access from Canada so much easier, this region might have remained solidly Canadian, possibly even French. The Thirteen Colonies might have remained hemmed in along the Atlantic coast. » (Dutch, 2006, lien plus haut ; le gras est de moi.)

J’ai des réserves.

La Nouvelle-France n'était pas en manque de territoire, au contraire, mais bien de population. Plus de colons aurait affermi sa position mieux qu'un bouleversement de l'hydrographie continentale. En 1759, la population de la Colonie s’élevait à 70 000 âmes, contre 1 6000 000 pour la Nouvelle-Angletrre (source).

M. Dutch semble tout simplement oublier que les Français tenaient de toute façon les Grands Lacs et la Louisiane, et que la Nouvelle-Angleterre était déjà coupée de l’arrière-pays au delà des Appalaches (Wikiki).

La théorie de M. Dutch me semble donc fragile (politiquement, du moins ; géographiquement, c'est une autre question, qui dépasse mes compétences).


Autres spéculations (partie révisée le 19 janv. 2014)

Après toutes ces spéculations, j'ai bien envie de vous soumettre à mon tour un problème de géologie-fiction. Après le départ de la mer de Champlain, il y a 10 000 ans, la rivière des Outaouais, au débit beaucoup plus généreux que celui du cours d'eau actuel, se divisait en deux bras à l'est de la future ville d'Ottawa*. Le bras nord a subsisté, c'est la rivière actuelle ; le bras sud s'est asséché - les tourbières Mer Bleue (CCN) et d'Alfred (pdf) en sont les vestiges. Si l'inverse s'était produit, si la rivière avait préféré le bras sud, la Colline du Parlement serait peut-être aujourd'hui à Gatineau, au Québec.

* Notons que les territoires des villes d'Ottawa et de Gatineau se trouvaient à cette époque en bonne partie submergés par l'Outaouais.

Imaginez les conséquences de cet état de fait ! (À suivre.) (Début d'une suite ici.)



Carte 1. Géologie-fiction. Carte tirée de Dutch (2006), lien plus haut.
«The map above shows how present drainage systems might be different in the counterfactual world [c.-à-d. en supposant que les glaciations aient été moins puissantes]. With no blockage of the ancestral Hudson Bay-Mississippi drainage divide at high elevations, plus less infilling of valleys by glacial deposits, it would have been far easier for the ancestral upper Missouri River to re-establish its course into Canada. The area shown in orange would be lost to the Mississippi drainage system. The area shown in green is a minimal estimate of drainage to the St. Lawrence that would not have been diverted. The Ohio River is discussed below. Magenta indicates areas around the present Great Lakes that might have remained connected to the Mississippi drainage had the Great Lakes not been excavated. This area is highly speculative but is intended to suggest that not all the drainage diversions were one-way. The Mississippi gained drainages from Pleistocene diversions, but also may have lost drainages. [...] The importance of the Great Lakes to American history can hardly be overstated. If the ice sheets had never advanced deeply into the U.S., there would be no Great Lakes, no Erie Canal, no easy water access into the interior. Chicago, Milwaukee, Detroit, Cleveland, Buffalo and Toronto would not exist in their present forms.» (Dutch, 2006 ; la partie en jaune représente le bassin du Mississipi ; le gras est de moi.)





Carte 2. Tirée de Sears (2013), reprise de Duk-Rodkin et Hughes (1994).
Réseau hydrographique de l’Amérique du Nord avant les grandes glaciations, à l'Oligocène inférieur (34 - 28 Ma).
St Lawrence : Saint-Laurent «originel» (avant les glaciations du Quaternaire). La source du fleuve se place à l’ouest des Grands Lacs (qui n’existaient pas encore), au Minnesota. L’Outaouais n’existait pas encore non plus semble-t-il. À partir de la position approximative du lac Témiscamingue actuel, au lieu de la rivière qui s'écoule vers le sud puis l'est pour joindre le Saint-Laurent, un cours d’eau drainait un bassin vers l’actuelle baie d’Hudson (HB). (L'absence de toute influence du graben d'Ottawa-Bonnèchere sur le drainage m'étonne, mais ce serait une tout autre histoire à développer...)
Earley Oligocene : Oligocène inférieur (34 - 28 Ma).
Légende originale (complément), Sears (2013). HB—Hudson Bay; HS—Hudson Strait; LCL—Lewis and Clark Line; NAMC—Northwest Atlantic Mid-Ocean Channel; RMT—Rocky Mountain Trench; S SASK—South Saskatchewan River.
Reférences:
Duk-Rodkin, A., and Hughes, O.L., 1994 – «Tertiary-Quaternary drainage of the pre-glacial MacKenzie River basin». Quaternary International, v. 22–23, p. 221–241, doi: 10.1016/1040-6182(94)90015-9.
James W. Sears, 2013 – «Late Oligocene–early Miocene Grand Canyon: A Canadian connection?» GSA Today, v. 23, no 11, doi: 10.1130/GSATG178A.1. (Article ici, pdf ou html.)


dimanche 25 novembre 2012

Paysage pré-glaciations (ajouts, ajouts et rajouts)


Avertissement. – Ce billet est une compilation menée au petit bonheur de documents de sources diverses sur un sujet particulier. Il ne s'agit pas d'un exposé et nulle volonté de synthèse n'a guidé son élaboration. Une version mieux ordonnée viendra quand la nécessité de faire le ménage s'imposera.


Fig. 1A. Tirée de Middleton (2004).


Encore un petit billet pour répondre à un lecteur :

«Peut-on reconstituer le paysage des Laurentides d'avant les grandes glaciations du Quaternaire ?»

Réponse. — La reconstitution du paysage pré-glaciation laurentien ne mobilise pas beaucoup de monde. Il faut des originaux comme vous et moi pour s'intéresser à la question.

Voici, malgré tout, quelques pistes pour vous aider.

(Note. – Je profite de l'occasion pour me confectionner par ce billet une bibliographie informelle mais commode sur cette question qui m'intéresse particulièrement. Ce billet été augmenté et étoffé à plusieurs reprises après sa mise en ligne sans que son aspect, portant les stigmates conjugués de l'improvisation et de la précipitation, ne soit amendé. Les «AJOUTS» ne sont pas signalés. )


1A) Voir Middleton (Geoscience, 2004), p. 54, pour le drainage préglaciaire des Grands Lacs ; l'article reproduit la carte de Spencer (1890) reproduite au début de ce billet et qui reste l'une des plus à jour, c'est dire à quel point le sujet n'est plus d'actualité depuis longtemps*.

* Voir cependant les sections 7 et 8.

1B) Cartes du réseau hydrographique supposé de la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent durant le Tertiaire (-65 millions à -2.6 millions d'années).


Fig. 1B
G : position approximative de Gatineau.
Modifié de Grabau, 1913 et 1924.


Le retrait par érosion des sédiments du Paléozoïque avait formé une cuesta, ancêtre de l'escarpement du Niagara. Les rivières, qui trouvaient leur source dans le Bouclier canadien («Laurentian Old-Land») coulaient vers le SW. Les Grands Lacs actuels sont figurés en pointillé. Ce schéma, considéré maintenant comme obsolète, semble une variante de la carte de Spencer.

Source : Amadeus W. Grabau, Principles of Stratigraphy : Volume Two, Dover Publications, Inc., New York, 1964 (réimpr. de l'édition de 1924, par A.G. Seiler, New York. Comme il m'est impossible de photocopier ou de scanner les pages de mon exemplaire sans briser la reliure, j'ai pris ces images dans le pdf de la version d'A.G. Seiler and Company (New York, 1913), au site de la BHL (Biodiversity Heritage Library).


1C) Carte des chenaux pré-glaciaires de l'Outaouais. Très vieux travail (1901), jamais contredit à ma connaissance. Source : R. W. Ells, «Ancient Channels of the Ottawa River», The Ottawa Naturalist, vol. XV, no 1, avril 1901, p. 17-30, avec une carte. Disponible dans Internet.



Fig. 1 C. Détails de Ells (1901).
Légende
_ _ _ _ _ : ancien chenal (pré-glaciaire) de l'Outaouais ; 
_ ._ ._ ._ : ligne de partage des eaux (Height of Land) ;
Hull : aujourd'hui Gatineau.



2A) Quelque chose de plus tangible et de plus local (et de plus récent) : existe-t-il encore au Québec des morceaux de sol datant d'avant les glaciations ? Il semble que oui : «Les altérités du bouclier canadien : premier bilan d’une campagne de reconnaissance», de Mireille Bouchard et Alain Godard (1984), dans : Géographie physique et Quaternaire, vol. 38, no 2, p. 149-163.

2B) Voir aussi, mais moins accessible : Mireille Bouchard, Serge Jolicœur et Jean-Pierre Peulvast (2007), «Altération et évolution géomorphologique du bouclier canadien dans le sud-ouest du Québec», in : Du continent au bassin versant. Théories et pratiques en géographie physique (Hommage au professeur Alain Godard), Presses Universitaires Blaise-Pascal, p. 39-54.



Fig. 2A. Modifiée (lettrage retouché) de Bouchard, Jolicœur et Peulvast (2007).
Paléosurfaces de la bordure des Laurentides au nord de Montréal» entre les lacs Écho au SE et Tibériade au NW, en passant par le Mont-Tremblant («Montagne-Tremblante»).
(Cliquer sur l'image pour qu'elle s'affiche à sa pleine grandeur.)


2C) Excellent article de la même série dont le résumé et les images sont désormais (au moins depuis le 19 avril 2013) accessibles gratuitement :

Mireille Bouchard, Serge Jolicoeur, «Chemical weathering studies in relation to geomorphological research in southeastern Canada», Geomorphology, vol. 32, nos 3–4, mars 2000, pages 213–238.

http://dx.doi.org/10.1016/S0169-555X(99)00098-7
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0169555X99000987



Fig. 2C. St. Lawrence Lowlands (from Mont Tremblant to Saint-Jérôme, southwestern Québec).»
Bouchard et Jolicœur (2000)


3) Outre la coupe reproduite ci-dessus, des sources qui traitent de la région du Mont-Tremblant qui vous intéresseront sans doute plus particulièrement, cher lecteur à l'origine de ce billet :

De Brigitte Poirier et Robert-André Daigneault, «La mise en valeur du patrimoine géologique du Sentier national du Québec dans les Laurentides», Le Naturaliste Canadien, vol. 135, no 1, hiver 2011, p. 45-55. PDF téléchargeable gratuitement.

Voir aussi : Poirier, Brigitte (2008), Identification, évaluation et sélection de géosites potentiels le long du sentier national du Québec dans la MRC des Laurentides : une contribution à l'offre écotouristique régionale des municipalités de Labelle et de La Conception, mémoire (thèse de maîtrise en géographie), Univ. de Montréal. PDF téléchargeable. Nous en tirons ce court extrait qui nous a charmé (p. 48) :

«L'évolution géomorphologique des paysages du Bouclier canadien a été très peu étudiée au Canada.»

Ben tiens, qu'est-ce que je disais plus haut ? (Voir aussi section 8.)


4) Saviez-vous que si la dernière glaciations avait été moins intenses, le visage politique de l'Amérique du Nord aurait été différent tout en étant plus français ? Voir «What If? The Ice Ages Had Been A Little Less Icy?», Steven Dutch (2006). Il s'agit d'une vision à l'échelle continentale, ne cherchez pas là un aperçu au ras des pâquerettes de votre arrière-cours dans les Laurentides...

«If a northern route across Ohio [by St. Lawrence] suggested by some authors were re-established after ice retreat, the headwaters of the St. Lawrence would have been in North Carolina. In this scenario, the axis of transportation west of the Appalachians would be northward. With access from Canada so much easier, this region might have remained solidly Canadian, possibly even French. The Thirteen Colonies might have remained hemmed in along the Atlantic coast. » (Dutch, 2006)



Fig. 4. Tirée de Dutch (2006).


«The map above shows how present drainage systems might be different in the counterfactual world [c.-à-d. en supposant que les glaciations aient été moins puissantes]. With no blockage of the ancestral Hudson Bay-Mississippi drainage divide at high elevations, plus less infilling of valleys by glacial deposits, it would have been far easier for the ancestral upper Missouri River to re-establish its course into Canada. The area shown in orange would be lost to the Mississippi drainage system. The area shown in green is a minimal estimate of drainage to the St. Lawrence that would not have been diverted. The Ohio River is discussed below. Magenta indicates areas around the present Great Lakes that might have remained connected to the Mississippi drainage had the Great Lakes not been excavated. This area is highly speculative but is intended to suggest that not all the drainage diversions were one-way. The Mississippi gained drainages from Pleistocene diversions, but also may have lost drainages.» (Dutch, 2006)

5) Carte du drainage de l'Amérique du Nord avant le Quaternaire ; Plummer (2007), Physical Geology and the Environment :



Fig. 5. Modifiée de Plummer (2007).
Réseaux hydrographiques de l'Amérique du Nord avant et après les glaciations.
Comparez avec la carte de la section 4. La provenance des cartes de Plummer (2007) doit être la
même que celle de la carte de la section 9.


(Mon résumé du texte de Plummer (2007)). Les Grands Lacs sont un exemple d'érosion glaciaire intensive. Leur bassin, excavé dans le socle rocheux, atteint des profondeurs situées sous le niveau de la mer. Pour les créer, les glaciers ont repris et approfondi des vallées fluviales, artères d'un réseau hydrographique pré-Quaternaire*. Des sections de ces anciennes vallées, masquées ailleurs par les sédiments glaciaires, sont visibles ça et là (voir cependant Cunhai Guo au point 7, à propos de ces «anciennes vallées fluviales».)

* (Quaternaire : 2,59 millions d'années-aujourd'hui ; Âge des glaciations et de la naissance de l'humanité.)

(Mes commentaires à propos des deux cartes ci-haut). Le Mississippi s'est agrandi au dépend d'une partie du bassin du Saint-Laurent et a capturé des segments d'un réseau hydrographique, maintenant disparu amoindri, qui s'écoulait dans l'océan par la baie d'Hudson et le détroit du même nom. L'actuel Mackenzie, au NW, a dévié vers le NW une autre partie de ce réseau démembré.

6) Pour une vision (temporellement) plus profonde :

«Calcul de l’érosion à long terme en région de socle autour de grands astroblèmes du Québec et de France», Géographie physique et Quaternaire, vol. 60, n° 2, 2006, p. 131-148, Jean-Philippe Degeai et Jean-Pierre Peulvast (2006).



Fig. 6. Tirée de Degeai et Peulvast (2006).
On voit les Montérégiennes être peu à peu dégagées par l'érosion (à droite).


7A) À propos des «vallées enfouies» du sud de l'Ontario, souvent interprétées comme des vestiges du réseau hydrographique préglaciations, voir : Cunhai Gao, «Buried bedrock valleys and glacial and subglacial meltwater erosion in southern Ontario, Canada». Canadian Journal of Earth Sciences, 2011, 48(5): 801-818, 10.1139/e10-104 (article payant).

Voici un résumé personnel de l'article : On a relevé plusieurs vallées dans le socle rocheux (Paléozoïque) du sud de l'Ontario sous les sédiments glaciaires. Diverses hypothèses ont été avancées pour expliquer leur formation, la plus connue étant qu'il s'agirait des reliques d'un réseau hydrographique datant d'avant les glaciations. Gao (2011), au contraire, favoriserait plutôt celle voulant que ces vallées aient été creusées sous les glaciers par l'eau de fonte*.

* À ce sujet, voir mes billets suivants : lien, et lien.

En particulier, la fosse Laurentienne qui, à l'est de l'escarpement du Niagara relie la baie Georgienne au lac Ontario (voir la carte de Spencer au début du billet), aurait été excavée par érosion mécanique par les glaces (comme les Grands Lacs, du reste) et aucun vestige d'un réseau hydrographique préglaciation ne saurait s'y trouver.

Le socle du sud de l'Ontario a été fortement modifié par le passage des glaces et l'idée que, sous les sédiments meubles, se trouve un paysage préglaciaire simplement retouché par les glaciations est à abandonner.

7B) En accès libre, les mêmes travaux : Cunhai Gao : Origin of regional buried bedrock valleys in the Great Lakes region: a case study in southern Ontario.



Fig. 7B. Tirée de Gao (2011) ; vallées incises dans
le socle rocheux, sud de l'Ontario, selon différents auteurs.


8) En complément de la partie 7, voir aussi, de Sharpe et Russell (2004), téléchargeable gratuitement (of course) dans GéoGratis : Basin Analysis Applied to Modelling Buried Valleys in the Great Lakes Basin :

«More than a 100 years after Spencer (~1890)* inferred that a Tertiary Laurentian river network played a key formative role in shaping the Great Lakes basin, no clear idea of the geometry, extent and the sedimentary fill in any buried valley in southern Ontario has been established.» (Sharpe et Russell, 2004.)

* Voir section 1A et B.

9) Encore une reconstitution du drainage pré-glaciaire de l'Amérique du Nord. Sources :


  • Duk-Rodkin, A., and Hughes, O.L., 1994 – «Tertiary-Quaternary drainage of the pre-glacial MacKenzie River basin». Quaternary International, v. 22–23, p. 221–241, doi: 10.1016/1040-6182(94)90015-9.
  • James W. Sears, 2013 – «Late Oligocene–early Miocene Grand Canyon: A Canadian connection?» GSA Today, v. 23, no 11, doi: 10.1130/GSATG178A.1. (Article ici, pdf ou html.)



Fig. 9. Tirée de Sears (2013), reprise de Duk-Rodkin et Hughes (1994).
Earley Oligocene = 34 - 28 Ma.
Légende générale, pour cette carte et les autres dans Sears (2013). 1—Cypress Hills and Wood Mountain; 2—Upper Missouri River; 3—Eastern Great Basin rift; 4—Early Grand Canyon; HB—Hudson Bay; HS—Hudson Strait; LCL—Lewis and Clark Line; NAMC—Northwest Atlantic Mid-Ocean Channel; RG—Rio Grande; RMT—Rocky Mountain Trench; S SASK—South Saskatchewan River; U. COLO—Upper Colorado River.


Bonnes lectures !