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mercredi 11 novembre 2009

Marbres sculptés par les glaciers (Cantley)

Photo © Lise Massicotte (1999)

PHOTOS
Les photos de ce billet sont une gracieuseté de © Lise Massicotte (1999).

OBJET
Marbres sculptés par les glaciers et des courants d'eau sous-glaciaires.

LOCALISATION
SNRC 31G/12
Sablière à Cantley (Québec). Route 307 (Montée de la Source), au Nord du chemin St-Andrew ; côté Ouest de la route. Propr. : Les Entreprises Vetel Ltée, accès interdit.

DESCRIPTION
Les sablières que longe la route 307, à Cantley (Québec), résument en un raccourci saisissant les épisodes les plus extrêmes, chronologiquement parlant, de l’histoire géologique de la région ; des migmatites et des marbres, formées il y a plus d’un milliard d’années, et des phénomènes d’érosion remontant à la dernière glaciation du Quaternaire (voir Chronologie).

Photo © Lise Massicotte (1999)

Dans un précédent billet, j’ai parlé des migmatites qui forment la colline à l’Est de la route. Des reliefs plus discrets affleurent du côté opposé ; le socle rocheux, à cet endroit, est constitué de marbre, roche moins résistante à l’érosion. Cette fragilité relative explique sans doute la différence d’altitude de part et d’autre de la route (175 m au dessus du niveau de la mer pour les marbres, 200 m pour les migmatites).

Les glaciers qui ont recouvert le Nord du continent américain lors de la dernière glaciation ont laissé après leur départ (Chronologie) un paysage profondément modifié. L’un des principaux effets de leurs avancées et reculs, en plus de l’accumulation d’importantes quantités de sédiments fins ou grossiers, a été un adoucissement du relief. Un peu partout, au Nord de l'Amérique, affleure des roches moutonnées [lien à installer], usées et arrondies. Les glaciers, par les poussières et blocs rocheux qu’ils incorporaient dans leur masse ou qu’ils traînaient sous eux, ont agit comme un papier sablé promené par une main particulièrement lourde. (Le glacier, ou inlandsis, a atteint plusieurs milliers de mètres d’épaisseur.)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Le relief bas et arrondi de la colline de marbre (pente douce en aval du glacier, plus raide en amont) est caractéristique d’un relief glaciaire. Le fait est banal et résulte du «ponçage» que je viens d’évoquer, mais quelque chose de plus rend le site exceptionnel. Des sillons parallèles, des chenaux, sont imprimés dans le marbre ; le dessin de ces cannelures est compliqué par endroit par des dérivations sinueuses ou des canaux transversaux tardifs.

La régularité et la pureté de ces formes, l'éclat du marbre, confèrent à ce décor un caractère quelque peu irréel.

Ces formes d’érosion sont le résultat d’écoulement d’eau sous pression à la base du glacier. Par moment, la pression a été suffisante pour soulever le glacier et le suspendre au dessus du socle rocheux.


Photo © Lise Massicotte (1999)

Les figures 1 et 2 (tirées de Sharpe et Shaw, 1994 ; voir Sources) illustrent le comportement des nappes d'eau en présence d'obstacles qui gênaient sont écoulement. Le marbre, en effet, n'est pas homogène et contient de nombreuses inclusions de roches étrangères plus résistantes et qui faisaient donc saillie : boudins de granite blanc, souvent rouillé, sections cassantes de gneiss(?) sombres. L'eau passait par dessus ces obstacles à moins qu'elle ne soit obligée de les contourner. Dans ce dernier cas, le courant était canalisé derrière l’obstacle en deux torrents au pouvoir érosif augmenté par les tourbillons qui l’agitaient.



FIGURES
A, B et C (tirées de Sharpe et Shaw, 1986 ; texte en anglais) : évolution de l’érosion en présence d’une enclave résistante dans le marbre.

Les géologues donnent des noms parfois imagés à ces formes sculptées : cavetto, marques obstacles, chenaux, gorges, formes en S (coups de gouges), sillons et queue-de-rat (rat-tail)… On distingue à la surface du marbre de nombreuses stries glaciaires, marques laissées par le passage de morceaux de roche emprisonnés dans la glace.

Photo © Lise Massicotte (1999)

À L'ÉCHELLE DE LA RÉGION
Il est possible que le même événement responsable du creusement de la Marmite des Allumetières et des marmites de Devil Lake décrites dans un autre billet ait été à l'origine des formes d'érosion sous-glaciaire de Cantley.

Photo © Lise Massicotte (1999)

PHOTOS
© Lise Massicotte (1999)
Pour leur interprétation : le marbre est gris ; les inclusions de granite, blanches et parfois rouillées – on voit le même granite dans les migmatites du côté Est de la route. (Un billet prochain expliquera la présence de ces enclaves (xénolites) disloqués et dispersés, fréquentes dans les marbres de la région.)

03 : vue d’ensemble d’un affleurement. À gauche, en haut : un chenal secondaire, oblique, en forme d'incisive, recoupe les sillons horizontaux ; l'eau, dans ce cas, s'écoulait vers le haut. Notez les enclaves de granite rouillé. (Le Sud est à gauche.)
04 : détail de 03.
07 : détail de 03 ; irrégularités dans le tracés des chenaux, une marmite (avant-plan). Un marteau de géologue, au centre, donne l’échelle.
08 : détail de 03 ; un xénolite de granite forme saillie au dessus du marbre, moins résistant.
10 : vue vers le Sud et aperçu d’un mur vertical (photo 11).
11 : au Sud de la photo 03.
13 : une crête, expliquée par la présence d'un alignement de xénolites résistants.
15 : chenal.
16 : formes complexes (vue vers le Sud).
17 : large couloir. Vue vers le Nord. Les épaisses couches de sable qui recouvrent le site sont aussi un vestige de la dernière glaciation.

CHRONOLOGIE LOCALE
Formation des roches de la province de Grenville – les «Laurentides» : roches magmatiques, volcaniques et sédimentaires métamorphisées, dont les paragneiss, marbres et granites de Cantley – (1 300 000 000 - 1 000 000 000 ans) ;
Dernière des glaciation du Quaternaire, dite du Wisconsinien (80 000-10 000 ans) ;
Épisode de la mer de Champlain (12 000-10 000 ans)

RÉFÉRENCES
SHARPE D., PUGIN A. — Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, Commission géologique du Canada, dossier public 5596, 2007, 44 p.
SHARPE D.R., SHAW, J., 1988 — «Erosion of bedrock by subglacial meltwater, Cantley, Québec.» The Geological Society of America Bulletin, vol. 101, p. 1011 1020.
SHARPE D.R., SHAW, J., 1994 — «Formes d'érosion et sédiments glaciomarins, Cantley.» Dans R. GILBERT (compil.), Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du Sud-Est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, arrêt no 16, p. 15-16 (trad.)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

Photo © Lise Massicotte (1999)

lundi 30 juillet 2018

Site glaciaire de Cantley


Version française.

Version anglaise.


Geodoxa, dont j'ai déjà parlé dans ce blogue (billet du 10 oct. 2016), a mis en ligne un nouveau vidéo sur le site glaciaire de Cantley, au nord de Gatineau (versions française et anglaise ; voir aussi mon billet du 11 nov. 2009).

La vidéo est la plus complète de celles de Geodoxa sur ces marbres sculptés par des courants d'eau sous le glacier. Elle a été réalisée en vue d’une excursion menée par Dave Sharpe et Hazen Russell qui aura lieu le 9 août dans le cadre du 

CANQUA/AMQUA 2018Joint meeting of the Canadian and American Quaternary Associations​Crossing borders in the Quaternary7-11 août 2018, Ottawa


J'ai souvent cité les noms des glaciologues Dave Sharpe et de John Shaw dans mon blogue. Ont peut retrouver les billets concernés en suivant ces liens Sharpe et Shaw. (Les deux liens conduisent grosso modo aux mêmes articles ; la recherche par patronyme a pu mener à des homonymes.)

J'ai été peiné d'apprendre récemment par le site Geodoxa le décès du glaciologue J. Shaw (en anglais) :



dimanche 20 décembre 2015

Sablières de Cantley : état des choses (corrections)


Suite dans le billet du 22 déc. 2015.


1. Migmatites, résultat de l'invasion lit-par-lit d'un gneiss sombre par du granite rosâtre. Sablière de la Montée de la Source, à Cantley (Québec), côté est de la route 307. Photo 19 sept. 2015.

Photos : sauf indication contraire, 19 sept. 2015. 
Les passages entre [crochets] ou rayés : corrections, 22 déc. 2015.


Voici une courte description des sablières de la Montée de la Source, à Cantley, avec références et état d'avancement du dossier (cf. préservation du site : voir section Protection). Par rapport à ce que j'ai envoyé par courriel à l'un des exploitants actuels [d'une carrière du secteur] (Eurovia Québec CSP inc.), ce texte est un peu plus complet, sauf l'absence d'une pièce-jointe, dont l'essentiel est cependant donné à l'Annexe 2.


Sablières et carrières de Cantley, route 307, au nord du chemin St-Andrew

Localisation, propriétaires et exploitant(s)

Sablières et une carrière à Cantley (Québec) : migmatites lit-par-lit et marbre gris sculpté par des torrents sous-glaiciaires. Route 307 (Montée de la Source), au nord du chemin St-Andrew.
SNRC 31G/12
45.590609, -75.786596

Propriétaires et exploitants

Propr. : M. Tremblay et M. Vanesse (Sharpe, 2015) [propr. du terrain du côté ouest de la 307 uniquement ; ancienne carrière Pageau.)
Exploitant (côté ouest) : aucune activité.
Exploitant [et propriétaire] (côté est) : Eurovia Québec CSP inc. et/ou Carrière Cantley Pageau , JDL. Voir photo 5. Accès interdit, sites dangereux.

Autres billets décrivant le site

D'autres textes et d'autres photos dans les billet du 7 nov. 2009 (migmatites du côté est de la 307) et du billet du 11 nov. 2009 (marbres sculptés, côté ouest).

Description générale

Les roches du site considéré, des deux côtés de la 307, appartiennent à la province (géologique) de Grenville et datent de plus d'un milliard d'années. Ce sont les racines d'une ancienne chaîne de montagnes érodée. Les roches ont été polies par les glaciers (roches moutonnées) qui ont disparu il y a environ 12 000 ans. Le sable qui recouvre les formations a été accumulé par un esker, ou cour d'eau qui s'écoulait sous les glaces.



À l'ouest de la 307 : les marbres de Cantley

De ce côté de la roue se trouve un banc de marbre gris. En plus du poli glaciaire, la roche porte les marques sous la forme de cannelures de toutes dimensions de l'érosion par de puissants torrents sous-glaciaires.

Je décris le site (très brièvement) dans mon blogue :



Voir aussi l'«Annexe 2».



À l'est de la 307 : les migmatites de Cantley

Une colline fourni un aperçu exceptionnel sur des affleurements de gneiss et de granite entrelités (migmatites) : le gneiss sombre est envahi lit-par-lit par des feuillets de granite clair (blanc ou orangé). Par endroit, de minces plaques de carbonates recouvrent la roche (photo 4). Ces fragile reliques se sont formées par précipitation des minéraux à la faveur d'une diminution de la pression que subissait l'eau circulant sous le glacier.

Je décris le site (très brièvement) dans mon blogue :





Notoriété

Ces formes d'érosion (cannelures) sont uniques et ont fait l'objet de nombreux articles scientifiques (voir Références). Chaque année, les étudiants en géologie des universités d'Ottawa et Carleton viennent en expédition les examiner. Le site jouit d'une grande réputation, tant locale («les marbres de Cantley») que nationale et davantage (Sharpe et Shaw, 1988, dans le Geological Society of America Bulletin).



Protections

Le site des marbres de Cantley est inscrit dans la liste des Sites géologiques exceptionnels du Québec (SGE ; site sous étude). Des extraits de la demande d'inscription aux SGE que j'ai transmise en 2011 sont disponibles à l'Annexe 2.

La Ville de Cantley, dans son Plan d'urbanisme (Annexe 1) entends protéger et mettre en valeur les sites de chaque côté de la route 307. Elles les destine à la création d'un parc géologique.

Un groupe de personnes a demandé au gouvernement du Québec de placer le site des marbres sculptés sous la protection de la Loi sur les biens culturels (Sharpe, 2015), p. 75).



Utilisation primitive du territoire

La carte topographique du secteur datant de 1952 (Wakefield, Québec, 31G/12, partie ouest, disponible en ligne à Bibliothèque et Archives nationales du Québec) montre, pour le secteur qui nous intéresse (des deux côtés de la route), des collines boisées au milieu des champs. Aucune sablière, gravière ou carrière sur les lieux. Pourtant, le texte de Sharpe (2015, p. 70) indique bien qu'une gravière était exploitée dès 1934 sur le site à l'est de la 307. L'exploitation générale, selon cet auteur, n'a cependant commencé qu'en 1954.

Références

  • [Carte topographique du Canada à l'échelle de 1:50 000] 31 G/12 West Half, Wakefield, 1952 (56), SNRC: 31-G-12-W, no cat. Iris : 0002670330 Lien : http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0002670330
  • SHARPE David, 2015 — «The Sculpted Rocks of Cantley», Up the Gatineau!, vol. 41, p. 68-78
  • SHARPE D., PUGIN A., 2007 — Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, Commission géologique du Canada, dossier public 5596, 44 p.
  • SHARPE D.R., SHAW, J., 1988 — «Erosion of bedrock by subglacial meltwater, Cantley, Québec.» The Geological Society of America Bulletin, vol. 101, p. 1011 1020.
  • SHARPE D.R., SHAW, J., 1994 — «Formes d'érosion et sédiments glaciomarins, Cantley.» Dans R. GILBERT (compil.), Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du Sud-Est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, arrêt no 16, p. 15-16 (trad.)

ANNEXE 1

Plan d'urbanisme de la Ville de Cantley (2005)

Lien :
http://www.cantley.ca/sites/default/files/docs/plan%20urbanisme%20version%20finale%20aout2005.pdf

J'ai mis quelques passages en gras.

«L’impact visuel [des carrières et sablières] sur le paysage semble le plus décrié, surtout lorsque l’exploitation se fait en bordure d’une route et qu’aucun couvert végétal ne masque l’aire d’exploitation. Ainsi, les sites exploités en bordure des routes achalandées ou des circuits touristiques sont les plus dommageables pour la qualité de nos paysages, particulièrement lorsqu’ils sont visibles sur une grande distance. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’une attention particulière doit être portée aux sites visibles de la montée de la Source. Par contre, la restauration de sites, une fois l’exploitation terminée, peut atténuer grandement les impacts négatifs de certains sites, particulièrement pour les carrières et sablières qui ne présentent pas de déformations importantes par rapport à l’état naturel du terrain environnant.» (p 41.)

«6.4 Valoriser les affleurements et les escarpements rocheux situés à l'ouest et à l’est de la montée de la Source, entre les chemins Holmes et St-Andrew, en y constituant un parc géologique qui permettra la pratique d’activités éducatives et récréatives légères, voire un théâtre en plein-air.
6.5 Favoriser la création d’un circuit récréotouristique de type champêtre à quatre pôles, intégrant : a) l’axe patrimonial du chemin Ste-Élisabeth; b) le parc géologique de la montée de la Source; c) le chemin champêtre du Mont-des-Cascades et le paysage environnant; d) les équipements récréatifs du Mont-Cascades.» (p. 55)


ANNEXE 2

Extraits de la demande d'inscription des marbres de Cantley (côté ouest de la 307) aux Sites géologiques exceptionnels du Québec que j'ai déposée en 2011. Le site est présentement inscrit, mais non classé.

«Les marbres de Cantley. – Formes d’érosion glaciaire créées par l’action puissante de l’eau de fonte sous-glaciaire» (Sharpe et Shaw, 1994) dans un marbre grenvillien (glaciation du Wisconsinien).

Marbre riche en graphite, de couleur blanche à grise, contenant des inclusions résistantes de gneiss et de granite. Il forme des reliefs discrets (roches moutonnées) au milieu d’un dépôt de sable et de gravier, reste d’un cône alluvial subaquatique édifié dans la mer de Champlain. On y a trouvé des fossiles marins : Portlandia arctica, Macoma balthica et Mytilus edulis.

La surface lisse du marbre présente des cannelures créées par les effets d’écoulements d’eau de fonte sous-glaciaire. On remarque, outre des cannelures et des sillons, des marques d’obstacles causées par la présence des inclusions résistantes, des chenaux ou gorges, des coups de gouge ou marques en croissant (formes en S), des crêtes résiduelles et des queues de rats.

Le site, unique dans la région, a fait l’objet de plusieurs études publiées dans divers rapports ou revues spécialisées. En 2005, la Revue canadienne des sciences de la Terre/Canadian Journal of Earth Sciences a utilisé une photo du site en couverture pour les numéros de son volume 42.



2. Sablière de la Montée de la Source, à Cantley (Québec), côté est de la route 307, depuis son extrémité sud. Gneiss sombre et granite clair entremêlés (migmatites). La carrière, non visible, exploite l'escarpement nord de la colline.



3. Même site, vue de la route, visée vers le SE. Photo juillet 2007 (le «1995» est un numéro de fichier). Pour les phots 2 et 3, la partie rouillée au sommet de la colline correspond sans doute à la partie qui affleurait avant l'exploitation du site (1954, voir Sharpe, 2015, p. 70) et le dégagement du roc. Le X : voir photo 1.



4. Concrétion de carbonates plaquée sur le gneiss : ces fragiles reliques ont été formées il y a plus de 12 000 lorsque le relâchement de la pression de l'eau sous le glacier permettait la précipitation des minéraux, dont la calcite. Champ de la photo : env. 30 cm.


5. En face des migmatites du coté est, route 307 (montée de la Source).

mercredi 31 juillet 2013

Île de Hull : alignement de coïncidences (ajouts)


Note. – J'ai hésité à publier ce billet, terminé depuis un certain temps. L'hypothèse que j'y développe – l'assimilation des anciennes fosses de l'Île-de-Hull au NW du lac aux Vairons (lac Minnow) à des chenaux creusés par des torrents d'eau sous-glaciaires – est mienne. Je ne manque pas d'arguments pour la soutenir, mais je ne peux la présenter comme un fait connu et accepté.


Carte 1A. Détail annoté (montage) de Goad (1908) 
Partie de l'Île-de-Hull en 1908. Les noms de rues actuels sont en rouge. J'ai ajouté, toujours en rouge, le tracé de la rue Morin. Minnow Lake : ou lac aux Vairons (actuel parc Sainte-Bernadette). À gauche (ouest), le ruisseau de la Brasserie. 

On distingue deux chenaux (voir carte 1B) avec contournements et interruptions ; l'eau remplit les fosses les plus profondes. Le lac aux Vairons semble une fosse élargie, contenue dans un bassin escarpé. 

Les chenaux, les fosses et le lac sont aujourd'hui asséchés et «urbanisés». La carte, qui servait aux compagnies d'assurances à évaluer les risques d'incendies, ne prétend pas à une parfaite fidélité dans le rendu de la topographie.
...


Il existe à Hull (Gatineau, Québec) de nombreux indices de l'existence insoupçonnée jusqu'ici de chenaux creusés dans le socle calcaire par un torrent sous-glaciaire vers la fin de la dernière glaciation (1).

1. Départ de glaces dans la région : il y a environ 12 000 ans.

Les chenaux eux-mêmes sont détruits (ou ensevelis, pour le moins, sous un quartier résidentiel), mais il subsiste suffisamment d'indices sur le terrain et dans des documents anciens (cartes et photos) pour que je sois raisonnablement affirmatif quant à leur réalité et leur nature.

Les éléments sur lesquels je fonde mon hypothèse sont les suivants :


  • La Marmite des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 7 nov. 2009), pour laquelle l'hypothèse d'une origine sous-glaciaire a été émise par des chercheurs (Sharpe et Pugin, 2007 ; billet du 13 juillet 2013) ;
  • Les coups de gouges, marques caractéristiques d'une érosion en régime noyé, qui recouvrent les parois de la marmite (billet du 15 juillet 2013) [ajout, 29 janv. 2016 : argument moins décisif que je ne le croyais, le coups de gouges pouvant s'expliquer autrement] ;
  • La faille des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 29 nov. 2009), de direction NW, zone de faiblesse dans laquelle la marmite s'est creusée ;
  • L'affleurement calcaire des Brasseurs du Temps dont la partie inférieure, surcreusée, est couverte de coups de gouge semblables à ceux de la marmite (billet du 15 juillet 2013, lien plus haut) et qui pourrait être un reliquat des...
  • ... chenaux (ennoyés?) dans le prolongement de la faille des Allumettières. Ils formaient autrefois deux chapelets parallèles de fosses inondées. Ils sont visibles sur d'anciennes cartes et photos (cartes 1A et 1B) ;
  • Le lac aux Vairons (Minnow Lake), aujourd'hui comblé et site du parc Sainte-Bernadette, à l'extrémité SE des chenaux.


Carte 1B. Autres annotations de la carte 1A
BT : affleurement des Brasseurs du Temps (l'édifice des BT qui date de 1910 n'apparaît pas sur la carte*) ; LM : ligne du chenal de la rue Morin ; LV : lac au Vairons (lac Minnow) et axe du chenal qui y est relié.
* Mille excuses : construit entre 1902 et 1905, l’ancien château d’eau de la ville de Hull (aujourd'hui les BdT) a été agrandi en 1910. Il apparaît sur la carte sous le nom de «HULL WATERWORKS ELEC. LIGHT STATION» (non lisible sur les versions réduites mises en ligne ici). Source : Lieux patrimoniaux du Canada. (5 août 2013.)
...


Tout ceci pourrait être les manifestations d'un réseau de chenaux et de marmites remontant à la dernière glaciation (ou même de cavernes et d'avens (2) ?). Le lac aux Vairons, au pied d'une colline qui aurait agit comme un obstacle à l'écoulement des eaux, serait-il lui-même une super-marmite comblée par des sédiments glaciaires et/ou post-glaciaires ? À moins qu'il ne soit le résultat d'un surcreusement glaciaire ?

2. L'idée que la marmite pourrait être un aven m'a été suggérée par Pascal Samson. (Billet du 15 juillet 2013, lien plus haut.)


Carte 2A. Détail tiré de l'Atlas du Canada
Même légende que la carte 1B.
...


La rue Morin, sorte de tranchée qui m'avait toujours intrigué par ses accès abrupts, a été tracée le long d'une fosse en partie inondée d'un chenal (cartes 1A et 1B). La faille des Allumettières, zone de faiblesse du socle calcaire, aurait canalisé l'écoulement des eaux sous le glacier.

L'aspect du socle sous les lacs et les chenaux est inconnu et n'a jamais été étudié, à ma connaissance, du moins. L'examen de la roche, qui aurait pu donner des indices sur la nature de l'érosion qu'elle a subi, n'a jamais été mené non plus (3).

Ajout (1e août 2013, corrigé le 7 août 2013). – Vers 1860, il y avait jusqu'à 9 m de dénivelé entre la surface du lac aux Vairons (Minnow) et le sommet des rives. Si on ajoute à cette valeur la profondeur de l'eau, c'est tout un bassin qu'il nous faut envisager (McKellar, 1932). La nature du fond du lac reste inconnue : vase ? roc ?

3. La question du «fond» se pose aussi pour l'ancien lac Flora, actuel parc Fontaine, à l'est du lac aux Vairons. Des sondages lui avaient donné 4 m d'eau croupie, 11 m de vase, ce qui suppose que le bassin rocheux qui l'accueillait avait au moins 15 m de profondeur. Surcreusement glaciaire ?

L'affleurement des Brasseurs du Temps prend tout à coup une importance capitale : c'est le seul vestige accessible des chenaux disparus pour nous apporter un témoignage tangible sur leur nature. L'examen de la carte 1A permet de constater que le courant a dû contourner des obstacles qui subsistent sous forme d'îlots allongés, qu'il semble y avoir en des seuils résistants à l'érosion entre les fosses.


Carte 2B. Détail de 2A
On ne peut s'empêcher de remarquer que le ruisseau de la Brasserie au sud du boul. des Allumettières (grand route qui traverse la carte en montant vers la droite) est parallèle à la FA et aux LM et LV... Le lac aux Vairons (point sur la ligne LV) apparaît contenu dans un enfoncement de la colline au sud (courbe de niveau des 60 m) : une super-marmite ?...   
...


Des marques d'érosion laissées par des torrents sous-glaciaires se retrouvent à Cantley (billet du 11 nov. 2009), au nord de Gatineau, et, au sud, en Ontario, jusqu'aux rives du Saint-Laurent. Le cas de Hull ne serait donc pas isolé et s'intégrerait au contraire dans une chaîne de manifestations – érosion du socle par l'eau sous pression, réseaux de chenaux, etc. – d'origine semblable (voir les débâcles glaciaires des Algoquin and Ontario Events de Shaw et Gilbert (1990)) .

Hull, ville sculptée par les eaux glaciaires ?

On peut se demander pourquoi le torrent a traversé le lit du ruisseau de la Brasserie sans l'emprunter. Selon Allard (1977), le ruisseau serait un bras de l'Outaouais qui remonterait à une époque antérieure aux glaciations. Il aurait donc été disponible pour les eaux du torrent. L'allure des berges du ruisseau nous aurait renseigné, dans la mesure où on ne les aurait pas nivelées, bétonnées et retravaillées, ou enfouies sous le remplissage. 

Les failles ne manquant pas dans le secteur – elles abondent même – on peut aussi se demander par quel concours de circonstances la faille des Allumettières a été choisie parmi de nombreuses autres pour canaliser les eaux sous-glaciaires.

Ajout (29 janv. 2016)

Les choses les plus évidentes sont celles qui sont les premières oubliées. Ainsi, j'aurais dû noter qu'une faille (faille Montcalm), non reportée sur les cartes de ce billet, croise le ruisseau de la Brasserie à la hauteur du château d'eau (Brasseurs du Temps). Le lit du ruisseau enregistre sur le passage de cette faille une dénivellation de 2,75 m (compartiment nord abaissé) mise à profit par une centrale hydroélectrique, aujourd'hui inactive, couplée au château. Et la chute est dans la continuité des sillons de la rue Morin. Il faudrait une mise à jour de ce billet !

Autre possibilité à envisager : les chenaux pourraient être des bras ou des affluents du ruisseau. Mais l'allure en chapelet des fosses, séparées par des seuils ou des verrous, évoque davantage l'action de l'érosion glaciaire, avec des surcreusements, que celle de l'érosion fluviatile. Une simple exploitation par l'eau de pluie de failles ou de joints vulnérables ? . 

Je me garderai de conclure pour l'instant.


À venir : un vieux texte et de vieilles photos.




Références

  • Michel Allard, Le rôle de la géomorphologie dans les inventaires bio-physiques : l'exemple de la région Gatineau-Lièvre. Univ. McGill, départ. de géographie, thèse (Ph.D.), 1977, 540 pages.
  • Chas. E. Goad (éd.), Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Toronto, Montreal, London, 1 map on 44 sheets. Bibliothèque et Archives Canada
  • McKellar, «Minnow Lake As It WAs In 1858 When Hull Was Small», The Evening Citizen, Ottawa, 23 juillet 1932.
  • Shaw J. and Gilbert R., «Evidence for large-scale subglacial meltwater flood events in southern Ontario and northern New York State», Geology, vol. 18, 1990, p. 1169-1172.
  • Sharpe D. et Pugin A., Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 pages.
  • Sharpe D.R., Russell H.A.J. and Pugin A., The signifiance of buried valleys to groundwater systems in the Oak Ridges Moraine region, Ontario: extent, architecture, sedimentary facies and origin of valley settings in the ORM region, Geological Survey of Canada, Open File 6980, 2013.

dimanche 2 octobre 2016

La mine Back-Wallingford : la solution qui fait boum ! (Ajout)


Suite de mon billet d'hier : «Sauvons la mine Wallingford-Back !», 1er oct. 2016.

PÉTITION (Avaaz) pour sauver la mine Back-Wallingford.

AJOUT (6 oct. 2016) - The Guardian (UK) parle de la mine Back-Wallingford !
https://www.theguardian.com/world/2016/oct/05/canadian-wallingford-back-mine-petition
(Merci à Chantal Crête, porte-parole des Amis de la mine Back, de m'avoir signalé le fait.)

AJOUT (8 oct. 2016). - À la fin du billet, la couverture médiatique complète sur l'affaire. Gracieuseté des Amis de la mine Back.



Mine Back-Wallingford, au nord de Buckingham, QC. Photo tirée de la page de la pétition, auteur inconnu (de moi en tout cas, qu'il se signale pour que je le crédite).


Au cours des dernières années, la MRC de Papineau, par l'entremise du CLD Papineau, a commandité plusieurs études qui arrivent toutes à la conclusion de l'opportunité et de la nécessité de préserver la mine Back-Wallingford et de l'excellente idée que ça serait de la mettre en valeur.

En tout cas, jusqu'à récemment, personne n'a proposé de faire sauter la mine.

Autant dynamiter la tour de Pise parce qu'elle fait de l'ombre ou démanteler la tour Eiffel parce que c'est plein de courants d'air, on s'enrhume à la visiter. Remarquez, je n'en condamne pas moins le comportement des milliers de visiteurs qui, cet été, par leur manque de civisme, ont congestionné les chemins des collines et ont rendu la vie impossible aux habitants du secteur. L'exaspération de ces derniers se comprend aisément.

Voir ces reportages pour plus de détails (voir couverture médiatique plus complète ajoutée en fin de billet) :

La mine Back-Wallingford (c'est mon opinion que je donne ici, mais elle traduit assez bien les conclusions des études) constitue un site unique, tant du point de vue historique, patrimonial, esthétique et récréo-touristique. Les gens à qui j'ai montré les photos du site prises dans Internet ont été estomaqués par la beauté et la majesté des lieux. (Faites une recherche, ces photos ne sont pas difficiles à trouver. J'hésite à les employer ici, question droits d'auteur.)

Back-Wallingford, c'est la seule mine en l'état que l'Outaouais conserve. C'est aussi la seule pour laquelle nous possédons un dossier exceptionnel rédigé à partir d'interviews des ouvriers de la mine encore en vie (Denis Doyon et Guy-Louis Poncelet, 2006). Le matériel et le documentaire nous dictent la nécessité de préserver ce morceau de notre patrimoine humain et industriel.

Or, aujourd'hui, le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles du Québec (MDRN) ordonne à la MRC de Papineau de sécuriser le site (le dynamiter) ou d'élaborer un projet de mise en valeur. Le Ministère a pourtant inscrit la mine dans la liste des sites à l'étude pour s'ajouter aux sites géologiques exceptionnels (SGE) déjà reconnus (voir mon billet précédent). On protégeait ce que, maintenant, on ne verrait pas d'objection à voir détruire.

La MRC a choisi la solution qui fait boum.

Hier exceptionnelle et désirable, aujourd'hui nuisance publique.

Faudrait savoir...

Merci à Mathieu Nobert et aux amis de la mine Back qui ont attiré mon attention sur ces études dont la plupart m'étaient inconnues.


Études sur la mine Back-Wallingford
  • CIGG, Centre d'interprétation de la géologie du Grenville, Plan de développement intégré : Sites et circuits du patrimoine naturel de la région de l’Outaouais, Partenaires du PDI : Conseil régional de développement de l'Outaouais, Développement économique Canada - pour les régions du Québec, Les CLD de l'Outaouais, Agence de traitement numérique de l'Outaouais.
  • André E. Lalonde, Université d’Ottawa, et Richard Charlebois, CLD Papineau, La mine Back-Wallingford : Un projet géotouristique dans la MRC de Papineau, s.d.
  • Denis Doyon et Guy-Louis Poncelet (coll.), La mine Back-Wallingford : Réalisation d'une enquête ethnologique en prévision de la mise en valeur du site de la mine Back, CIGG, CLD Papineau, Culture et Communications Québec, janvier 2006. 
  • Luc Lafrenière, Minéralogie de la mine Back-Wallingford : un projet géotouristique en Outaouais, mémoire baccalauréat, Département des sciences de la Terre, Université d'Ottawa, 2006. https://drive.google.com/file/d/0B3udmeSsnEYrS0ppT0tYc0lRMzg/view
  • Zins Beauchesne et associés, Étude d'opportunité pour le développement de la mine Back : rapport final présenté à la MRC Papineau et au CLD de Papineau, déc. 2005.



Couverture du rapport La mine Back-Wallingford : Un projet géotouristiquedansla MRC de Papineau, s.d., par André E. Lalonde, Université d’Ottawa, et Richard Charlebois, CLD Papineau. Photo Collection Bastien.On voit les piliers de pierre qui soutiennent le toit de la mine.



Une meilleure idée de l'échelle des grandeurs... Photo tirée du rapport La mine Back-Wallingford...


AJOUT (8 oct. 2016)

Couverture médiatique complète jusqu’à ce jour, du plus récent au plus ancien ; fournie par Les amis de la mine Back. (Suite dans mon billet du 23 octobre.)

  • Article Le Droit, opinion 6 octobre 2016, Pascal Samson,  Sauvons la mine Wallingford Back  http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/votre-opinion/201610/06/01-5028156-sauvons-la-mine-wallingford-back.php?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter
  • Article journal, NatuurBeheer, "Een ruwe diamant": Canadezen starten petitie om verlaten grot van ondergang te redden  http://www.demorgen.be/wetenschap/-een-ruwe-diamant-canadezen-starten-petitie-om-verlaten-grot-van-ondergang-te-redden-bcd3a23d/
  • Article revue Les Affaires_6 octobre, 2016, Par Yannick Clerouin, Alain Mckenna et Julien Abadie :  Cette incroyable mine québécoise est devenue une attraction touristique… pour le meilleur et pour le pire.  http://www.lesaffaires.com/strategie-d-entreprise/10-choses-a-savoir/10-choses-a-savoir-jeudi/590523?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_term=6-10-2016&utm_content=10-choses-jeudi
  • Entrevue radiophonique 104,7fm_Solide comme le Roch, 6 octobre 2016, entrevue de M.Morin, voisin de la mine.  http://www.fm1047.ca/lecteur/audio/la-mine-wallingford-back-un-joyau-pas-au-grand-336861.mp3
  • Article Le Droit_5 octobre 2016, Benoit Sabourin :  Mine Wallingford-Back : aux élus de trancher  http://www.lapresse.ca/le-droit/actualites/petite-nation/201610/05/01-5027821-mine-wallingford-back-aux-elus-de-trancher.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_actualites_98069_section_POS2
  • Article Info07-Petite-Nation_5 octobre 2016, Jessy Laflamme :  Mine Wallingford-Back : les élus de Papineau analyseront la question bientôt  http://www.lapetitenation.com/actualites/societe/2016/10/5/mine-wallingford-back---les-elus-de-papineau-analyseront-la-ques.html
  • Reportage de Florence Ngué-No, Ici Ottawa-Gatineau-RadioCanada _  5 octobre 2016 :  Rien n’est réglé au sujet de l’ancienne mine Wallingford-Back  http://ici.radio-canada.ca/regions/ottawa/2016/10/05/008-mine-wallingford-back-sort-incertain-mrc-papineau.shtml
  • Entrevue, Ici-Canada _5 octobre 2016, entrevue_Martine Caron, membre Les Amis de la mine Back  https://twitter.com/iciottgat/status/783805062468349952
  • Entrevue radiophonique, 104,7 FM  Solide Comme le Roch, 5 octobre 2016, entrevue Chantal Crête, membre Les Amis de la mine Back  http://www.fm1047.ca/lecteur/audio/une-petition-est-lancee-pour-sauver-un-joyau-un-336673.mp3
  • Article The Guardian_ 5 octobre 2016,  Ashifa Kassam:  A ‘Diamond in the rough’: Canadians aim to save fantastical abandoned site  https://www.theguardian.com/world/2016/oct/05/canadian-wallingford-back-mine-petition
  • Article du magazine Global Mining magazine :  5 octobre 2016, Dale Benton: The Story of The Wallingford Back-mine  http://www.miningglobal.com/miningsites/2086/The-story-of-the-Wallingford-Back-Mine
  • Article Le Droit, 4 octobre 2016, Benoit Sabourin :  La pétition pour la sauvegarde de la mine de Mulgrave-et-Derry prend du gallon  http://www.lapresse.ca/le-droit/actualites/petite-nation/201610/03/01-5027057-la-boutique-des-121-tresors-inauguree.php
  • Reportage CTV-Ottawa, 4 octobre 2016, Megan Shaw: Dispute over abandoned mine http://ottawa.ctvnews.ca/video?clipId=965553
  • Reportage CTV update_4 octobre 2016 : Growing debate about what to do with abandoned Western-Quebec mine http://ottawa.ctvnews.ca/growing-debate-over-what-to-do-with-abandoned-western-quebec-mine-1.3101884
  • Article Ottawa Metro_ 4 octobre 2016, Haley Ritchie: Petition Launched to Save Scenic Quebec Cave From Demolition  http://www.metronews.ca/news/ottawa/2016/10/04/petition-launched-to-save-scenic-quebec-cave-from-demolition.html
  • Article CBC news_4 octobre_2016, Trevor Pritchard : Save ‘breathtaking’ West Quebec Mine From Demolition, Petition Urges  http://www.cbc.ca/news/canada/ottawa/wallingford-back-mine-demolition-petition-1.3788137
  • Article de blogue Géo.Outaouais-Henri Lessard, 2oct_2016, La mine Wallingford-Back : La solution qui fait BOOM ! http://geo-outaouais.blogspot.ca/2016/10/la-mine-back-wallingford-la-solution.html
  • Article de blogue Lac-Simon Blogspot_2 octobre 2016: La mine Wallingford-Back III : Pétition et Facebook lancée http://lacsimon.blogspot.ca/2016/10/la-mine-wallingford-back-iii-petition.html
  • Article de Blogue Géo.Outaouais-Henri Lessard_1oct_2016 :  Sauvons la mine Wallingford-Back
  •   http://geo-outaouais.blogspot.ca/2016/10/photo-tiree-de-sabina-1986-p.html?m=1
  • Article LeBulletin_1octobre_2016, Louis Charles Poulin : Une pétition lancée pour sauver la mine Wallingford-Back  http://www.lebulletin.net/Actualites/2016-10-01/article-4654712/Une-petition-lancee-pour-sauver-la-mine-Wallingford-Back/1
  • Énergie 104.1 Gatineau-Ottawa 104.1_29 septembre 2016: Quel est l’avenir de l’ancienne mine Wallingford-Back  http://www.iheartradio.ca/energie/energie-gatineau-ottawa/nouvelles/quel-est-l-avenir-de-l-ancienne-mine-wallingford-back-1.1970915
  • Article du blogue Lac-Simon Blogspot_29 septembre 2016 :  La mine Wallingford II, un comité s’organise http://lacsimon.blogspot.ca/2016/09/une-mine-cest-plus-quun-trou-pierre.html
  • Reportage Radio Canada_28 septembre 2016, Florence Ngué-No :  Une ancienne mine de l’Outaouais menacée d’être dynamitée  http://ici.radio-canada.ca/regions/ottawa/2016/09/28/007-mine-wallingford-back-menacee-destruction-doit-etre-securisee.shtml?isAutoPlay=1
  • Article Info07 Petite-Nation_28 septembre 2016, Jessy Laflamme :  Mine Wallingford-Back, un comité veut éviter le pire  http://www.lapetitenation.com/Actualites/2016-09-28/article-4652235/Mine-Wallingford-Back-%3A-un-comite-veut-eviter-le-pire/1
  • Éditorial LeDroit_28 septembre 2016, Pierre Jury: Une mine, c’est plus qu’un trou  http://www.lapresse.ca/le-droit/opinions/editoriaux/pierre-jury/201609/28/01-5025398-une-mine-cest-plus-quun-trou.php?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter
  • Info07 Petite-Nation_27 septembre 2016, Jessy Laflamme: Rencontre prévue pour sauver la mine Wallingford-Back  http://www.lapetitenation.com/Actualites/2016-09-27/article-4651103/Rencontre-prevue-pour-sauver-la-mine-Wallingford-Back/1
  • Article de blogue Lac-Simon Blogspot, 27 septembre : La mine Wallingford-Back  http://lacsimon.blogspot.ca/2016/09/la-mine-wallingford-back.html
  • Article Le Droit_27 septembre 2016, Benoit Sabourin : Au secours de la mine Wallingford-Back  http://www.lapresse.ca/le-droit/actualites/petite-nation/201609/27/01-5025112-au-secours-de-la-mine-wallingford-back.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_actualites_98069_section_POS5
  • Article Info07_23 septembre 2016, Louis Charles Poulin : Qu’adviendra-t-il de la mine Wallingford-Back  http://www.lapetitenation.com/Actualites/Politique/2016-09-23/article-4647470/Qu%26rsquo%3Badviendra-t-il-de-la-mine-Wallingford-Back%3F/1
  • Article Le Droit_25 août 2016, Benoit Sabourin : Mulgrave-et-Derry victime de la popularité d’une mine abandonnée  http://www.lapresse.ca/le-droit/actualites/petite-nation/201608/25/01-5014089-mulgrave-et-derry-victime-de-la-popularite-dune-mine-abandonnee.php
  • CTV news_29 janvier 2016 : Underground hockey in an abandoned mine  http://ottawa.ctvnews.ca/underground-hockey-in-an-abandoned-mine-1.2757891
  • Article blogue Narcity Vancouver_ 26 juillet 2016: 17 Amazing places in Canada to travel to if you’re Young, Broke and Restless  http://www.narcity.com/vancouver/17-amazing-places-in-canada-you-need-to-travel-to-if-youre-young-broke-and-restless/
  • Article blogue,Taylor on  a trip_21 juillet 2016 :  I think my Canadian is showing: Ottawa and Wallingford-Back mine  http://tayloronatrip.com/ottawa-wallingford-back-mine
  • Article ExitMag_7 juillet 2016, La mine de Wallingford-Back  http://www.exitmag.ca/mag/quoi-de-neuf/item/977-mine-wallingford-back
  • Article Blogue Narcity Montréal_15 juin 2016 : La plus belle grotte à seulement deux heures de Montréal  http://www.narcity.com/montreal/la-grotte-quil-faut-que-tu-visites-cet-ete-a-2-heures-de-montreal/
  • Article MTL Blog_15 juin 2016 : The insane grotto two hours away from Montreal that’s totally worth roadtripping to this summer  http://www.mtlblog.com/2016/06/the-insane-grotto-two-hours-away-from-montreal-thats-totally-worth-roadtripping-to-this-summer/
  • Reportage CTV news_29 janvier 2016 : Underground hockey in an abandoned mine  http://ottawa.ctvnews.ca/underground-hockey-in-an-abandoned-mine-1.2757891
  • Article Atlas Obscura: Mulgrave-and-Derry, Canada, Wallingford-Back mine  http://www.atlasobscura.com/places/wallingford-back-mine
  • Mémoire baccalauréat, Luc Lafrenière, 13 mars 2006:  Minéralogie de la mine Back-Wallingford : un projet géotouristique en Outaouais.  https://drive.google.com/file/d/0B3udmeSsnEYrS0ppT0tYc0lRMzg/view

Sites internet qui parlent de la beauté de la mine Back.

  • The DreamCatcheuse_juillet 2016 : http://www.google.ca/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=16&ved=0ahUKEwix9570zrTPAhXJ24MKHeHYBp0QFghnMA8&url=http%3A%2F%2Fthedreamcatcheuse.com%2F2016%2F07%2Fwallingford-back-mine%2F&usg=AFQjCNFxRczXass8fakJhPK1rnI7Rvc-8g&sig2=1K_BUxOG50MF2hccMXhahw
  • Scubapedia : http://scubapedia.ca/index.php/Mine_Back
  • Capital Gems : http://www.capitalgems.ca/wallingford-back-mine.html
  • Neptune Scuba : http://www.neptune-scuba.info/ca/qc/mine-back-mine-fr.html
  • Uer : https://www.uer.ca/locations/show.asp?locid=28028
  • One Land Mag : http://www.google.ca/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=24&ved=0ahUKEwiu4uG10bTPAhWH0YMKHRk5Cbo4FBAWCC8wAw&url=http%3A%2F%2Fonelandmag.com%2Fjournee-la-mine-back-wallingford%2F&usg=AFQjCNGdKP8w2WRqkifSLbxgcKS5EoARPQ&sig2=Tx6BD-zCKdT3u_0K4znOdA&bvm=bv.134052249,d.amc


Divers vidéos

  • http://imgur.com/gallery/4IaYw?third_party=1?reg
  • https://www.youtube.com/watch?v=H0kO8QH1JkA
  • https://www.youtube.com/watch?v=n0Hxx2wQacc


jeudi 16 février 2012

Skarns : article recyclé


Skarns, veines et filons

Texte rédigé pour le défunt Bulletin du CMO (Club de minéralogie de l'Outaouais) vers 1997. À cette époque, j'avais la veine pédagogique beaucoup plus affirmée qu'aujourd'hui. Je dépensais beaucoup d'efforts à être bref, clair, exhaustif et compréhensible. Très rapidement, je me suis rendu compte que, sans un peu de bonne volonté de la part du lecteur, tout ce travail est peine perdue !... Je republie ce texte, avec quelques retouches, même s'il contient des redites par rapport à ce blogue (voir par exemple ici et là).


L’Outaouais est vieux, très vieux. Pensez, les roches et minéraux qu’on y trouve ont toutes les chances d’être âgés de plus d’un milliard d’années (qu’ils ne paraissent pas, avouez-le !)

La plupart des sites explorés par les collectionneurs et les prospecteurs dans la région se nichent dans des roches reliées à une période particulière de l’histoire du continent. Il s’agit des veines de fluorite-apatite-calcite et de leurs roches hôtes privilégiées, les skarns.

C’est dans ces veines et leurs environs que s’est concentré l’essentiel de l’activité minière de l’Outaouais à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. On les a fouillées pour en extraire de l’apatite, de la phlogopite et de la molybdénite. Dans les années 1950, on a espéré y exploiter des minéralisations radioactives (uranium, thorium, etc.) (1). Tous ces gisements n’ont plus de valeur économique (quoique, pour ce qui est de l’uranium, la question, au grand dam de plusieurs, se pose à nouveau...), mais pour les collectionneurs de minéraux et les géologues, ces roches conservent leurs attraits.

(1) Tous les skarns ne sont pas nécessairement porteurs de minéraux radioactifs, lesquels ne se confinent pas aux skarns, mais peut être aussi associé à des pegmatites (granite grossier) blanches. Mais toutes les pegmatites blanches ne sont pas pour autant porteuses de minéralisations radioactives...

Petit lexique minéral avant d'aller plus loin
APATITE (n. f.) • Phosphate de calcium comprenant du fluor et du chlore. Les apatites de la région de Gatineau sont des fluorapatites. Source de phosphate (engrais, industrie chimique).
FLUORITE (n. f.) • Fluorure de calcium. Fondant (acier, aluminium, verreries et céramique) ; industrie chimique ; optique. Uniquement recherchée par les amateurs de beaux cristaux dans la région.
PHLOGOPITE (n. f.) • Silicate ; variété de mica magnésien. Isolant thermique et électrique – peintures, panneaux de gypse, ciments, etc. – lunettes de poêles et fourneaux (autrefois).
MOLYBDÉNITE (n. f.) • Sulfure de molybdène ; minerai de cet élément. Aciers réfractaires ; industrie chimique.


Carte 1. – Géologie simplifiée du sud-ouest du Québec et de l'est de l'Ontario.
C'est dans la CCM (voir texte) que l'on retrouve les skarns et les veines de calcite.
Carte Henri Lessard, 1997


Quelques repères géologiques et chronologiques
Les skarns et les veines à fluorite-apatite-calcite (veines de calcite à partir d'ici) affleurent dans une partie du Bouclier canadien que l’on nomme la Province de Grenville, plus précisément dans la CCM (Ceinture centrale des métasédiments), une division de la Province de Grenville (voir carte). (Ne cherchez pas cet acronyme dans Internet : celui-ci, CMB, pour Central Metamorphic Belt, est quasiment le seul usité par les géologues.)

Remontons dans le temps, pas trop loin s’il vous plaît : le petit milliard d’années évoqué plus haut suffira.

À cette époque, la Province de Grenville en était au terme d'une longue suite d’événements qui s'étaient succédés durant 300 millions d’années. Des continents et des arcs insulaires s’étaient télescopés et empilés pour édifier une chaîne de montagnes, aujourd’hui érodée jusqu’à la racine, mais qui devait se comparer altitude et en ampleur à l’actuelle Himalaya.

La CCM constitue un collage de terranes volcano-plutoniques et sédimentaires métamorphisés (2) durant l’orogenèse grenvillienne (3). En parcourant les collines de l’Outaouais, nous «marchons» en fait à 20 ou 30 km sous terre : c’est à cette profondeur que les roches du paysage se sont formées. On peut imaginer l'ampleur du travail de l’érosion à la quantité de rocs enlevés pour que ce sous-sous-sol devienne le sol.

Les veines de calcite et les skarns sont le résultat de processus qui se sont déroulés à ces profondeurs, sous des pressions énormes, à des températures qui ont pu atteindre 670° C.

(2) Le métamorphisme est la transformation d’une roche à l’état solide (sans fusion), lorsque soumise à des conditions de pressions et /ou de températures nouvelles. Par exemple, les actuels marbres de la CCM sont d’anciens calcaires, et les paragneiss sont des shales et des roches argileuses métamorphisés.
(3) Orogenèse : édification des chaînes de montagnes.

Entre plusieurs mots...
L'origine des veines de calcite et de leurs roches hôtes ont fait l’objet de débats qui durent encore. Les roches hôtes ont été désignées sous des noms variés, skarns, pyroxénites, ou roches calco-silicatées (RCS).

Ce dernier terme résume bien leur composition, dominée par les silicates de calcium (et de magnésium) tels le diopside ou l’actinote. Pour le reste des ingrédients, farcissez de phlogopite, scapolite, titanite, apatite, calcite et pyrite, et saupoudrez de molybdénite et de pyrrhotite. Les RCS peuvent renfermer des ségrégations granitiques pegmatitiques. Certains skarns (entre plusieurs mots, adoptons celui-ci, le plus court) se distinguent par leur teneur en minéraux radioactifs, dans la région d'Otter Lake, dans le Pontiac, par exemple. Chez d’autres, ces minéraux sont absents.

Le métasomatisme expliqué
On observe que les skarns longent de façon concordante les marbres et les gneiss et qu’ils sont généralement associés de façon étroite aux premiers (voir carte 2). Il existe tous les cas de transition entre les skarns, les marbres chargés de silicates de calcium et magnésium et les marbres plus ou moins purs.

Les skarns présentent un aspect rubané ou massif et leur grain est moyen à très grossier. Tout comme les marbres, roches particulièrement ductiles, ils ont réagi de façon plastique aux pressions tectoniques et se sont injectées par des failles dans les roches environnantes. Dans le détail, à l’échelle de l’affleurement, les skarns montrent des variations de texture, de granulométrie et de composition parfois déroutantes (photos 1 et 2).



Photos 1 et 2. – Skarns (larges vues)
Diverses teintes de vert : skarns ; rose : filons et masses de calcite ; rouge vin : granite. Les parties claires (gris-vert) des skarns comprennent de la calcite grise (marbre), mais il est difficile sur photos de préciser les contours des lithologies. On peut admirer la sinuosité des lignes et l'aspect souple des contacts, ou demeurer longuement perplexe devant ce méli-mélo.
Autoroute 5 au S de Wakefield (Qc). (Photos, oct. 2008, déjà publiées dans un ancien billet.)


On suppose que les skarns se sont constitués par des réactions de métasomatisme entre des marbres magnésiens silicieux (dolomies impures) et des gneiss durant le métamorphisme régional. Marbres et gneiss auraient échangé des éléments qui se seraient diffusés à travers les roches, par une mixture de fluides, d’éléments volatils et d'atomes nomades (vous venez de lire une sorte de définition du métasomatisme). Dans ce bain de fluides et de minéraux, les gneiss ont fourni le silicium, l’aluminium, le sodium et le potassium, tandis que le calcium et le magnésium étaient déjà disponibles in situ, dans les marbres dolomitiques (4).

(4) Précisons pour la clarté de l'exposé qu'un marbre est constitué de calcite (carbonate de calcium). Avec un peu de magnésium (Mg) dans la formule, on obtient de la dolomite (et donc, du marbre dolomitique). Les marbres de la région (dolomitiques ou non), le plus souvent blancs ou gris, ont un grain réduit comparé à celui, grossier, des filons de calcite rose.

Certains géologues affirment que ce «bain» résulte plutôt d'une interaction complexe entre les marbres et des pegmatites. En plus de «skarnifier» les marbres (les pegmatites apportant le silicium, l'aluminium, etc.), cette interaction aurait saturé les fluides hydrothermaux accompagnant les pegmatites en carbone et calcium ; ces fluides auraient pu ensuite créer les accumulations de calcite rose dans le skarn lui même, ou le déborder et migrer plus loin, dans d'autres milieux (photo 5).


Carte 2. – Intrication des marbres et des skarns à Cantley (Qc), au N de Gatineau.
Pas d'inquiétude : les skarns de ce secteur ne sont pas porteurs de minéraux radioactifs...
«Undivided Metamorphic Rocks» : gneiss et granites, principalement.
«Partridge Lake» : lac à la Perdrix.
Carte tirée de Hogarth (1988).


Veines, dykes et carbonatites
Il suffit qu'une veine de calcite affleure pour qu'accourent les collectionneurs de minéraux. On a aussi appelé ces veines, qui se réduisent parfois à des masses irrégulières, filons-dykes (veins dykes) pour souligner leur caractère intrusif et souvent discordant dans les roches encaissantes. Elles peuvent atteindre plusieurs centaines de mètres de longueur par quelques mètres en largeur. C’est de ces veines et de leur voisinage que provient l’essentiel de l’apatite et de la phlogopite extraites autrefois dans la région. Elles restent des sites de choix pour la collecte de beaux minéraux. L’apatite, de couleur rouge ou verte – une fluorapatite en fait – forme des cristaux idiomorphes (5) de quelques cm à plusieurs dm. À certains endroits, des livrets de phlogopite idiomorphe qui se mesurent normalement en centimètres, ont atteint 1,5 m de large.

(5) C’est à dire «bien formés». À l’inverse, un cristal dont les contours sont quelconques et qui n’a pas développé ses formes propres est dit xénomorphe («formes étrangères»).


Photo 3. – Skarn
Skarn (bleu gris) recoupé de granite (rouge sombre), de calcite rose (en bas et à la gauche du centre) et d'apatite turquoise (peu perceptible ici, voir photo suivante).
Chelsea, Qc (oct. 2008).

Photo 4. – Skarn (détail)
Calcite rose et apatite turquoise. Masse blanchâtre et filons blancs : granite ?
Chelsea, Qc (oct. 2008).


La structure de ces veines se construit selon une zonation concentrique : des cristaux de diopside se projettent à partir des parois; suivent des couches de phlogopite et de calcite puis vient au centre un noyau de calcite-fluorine où sont épars des cristaux de phlogopite et d’apatite (6). La trémolite-actinote est associée au diopside. La liste des minéraux accessoires est la suivante : barytine, fluorine, microcline, molybdénite, pyrite, scapolite, titanite et tourmaline.

(6) Tout ceci, d'après les «textes» ; sur le terrain, la réalité m'a toujours semblé plus complexe et plus inventive (Voir photo 4.)

Il arrive que les veines passent à des marbres ordinaires par réduction de la taille du grain et par décoloration de la calcite. Leur existence suppose un apport en certains minéraux, outre ceux déjà évoqués, le fluor par exemple, nécessaire, avec le phosphate, au développement des cristaux de fluorapatite.

Des géologues considèrent que certaines veines de calcite seraient des carbonatites, c.-à-d. des roches ignées composées en majeure partie de carbonates (comme d'ailleurs il en existe dans la région).

Le débat n'est pas clôt. La question est de savoir si les fluides qui ont mené à la formation des veines de calcite sont les mêmes qui avaient auparavant participé à la création des skarns, ces premières étant manifestement tardives par rapport à ces derniers qu'elles traversent au mépris de leur fabrique (veines discordantes, voir carte 3).

Dates
Une limite supérieure de l’âge des skarns et des veines de calcite est donnée par celui du métamorphisme (1185 millions d’années dans la région de Mont-Laurier), une limite inférieure par l’âge minimun de l’intrusion des pegmatites et des carbonatites (près de 1030 millions d’années pour les une et les autres). Il s’agit là d’une marge confortable, marge d’incertitude ou marge d’erreur, comme il vous plaira de la considérer.


Photo 5. – Veine de calcite à phlogopite et fluorite verte recoupant un orthogneiss :
preuve que ces intrusions de calcite débordent des skarns auxquels on les associes habituellement.
Chelsea (1999).


Hier et demain
Les gisements associés aux skarns et aux veines de calcite se caractérisaient par leur taille modeste (à l'échelle mondiale) et leur dispersion. Ceci, joint à leur contours imprévisibles, explique qu'ils aient été abandonnés peu à peu, parfois dès le XIXe siècle pour les mines d'apatite. La dernière mine de mica de l'Outaouais (la mine Blackburn de Cantley, un moment la principale du Québec) a été fermée en 1964.


Carte 3. – Mine Blackburn de Cantley (dite aussi mine Vavasour, Gemmill et Nellis), Qc.
En activité de 1878 à 1964. Elle est située à l'W du territoire représenté sur la carte 2. 
La «Roche à silicate calcique» correspond aux roches calco-silicatées de notre texte (skarns).
Les «veines de [calcite] à mica et apatite» sont numéroté de 1 à 8 sur la carte. De direction NE-SW à NNE-SSW, elles recoupent le plan de foliation des roches de même que les contacts lithologiques et se prolongent hors du skarn jusque dans le gneiss à biotite. 
Carte tirée de Hogarth et al. (1972).


Aujourd'hui, si les prospecteurs et les compagnies minières font à nouveau les yeux doux à notre région, cherchez la cause du côté de l'augmentation du prix de l'uranium (dans les skarns, veines de calcite et des pegmatites) et des terres rares (ces dernières étant associées à des carbonatites). Là encore, la petite taille des gisements, leur faible teneur et leur dispersion cause problème : en compliquant la découverte de gîtes exploitables (du point de vue des compagnies minières), en éparpillant la prospection sur un large territoire (du point de vue des habitants du dit territoire)...


RÉFÉRENCES
  • Hogarth D.D., 1988 — «Chemical composition of fluorapatite and associated minerals from skarn near Gatineau, Québec.» Mineralogical Magazine ; vol. 52, p. 347-358.
  • Hogarth D.D., Moyd L., Rose E.R., Steacy H.R., 1983 — Localités minéralogiques classiques en Ontario et au Québec. CGC ; rapport divers 37, 84 p.
  • Hogarth D.D., Rushforth P., 1986 — Selected mineral localities in the Precambrian north of Ottawa. GAC/MAC/CGU, Joint Annual Meeting, Ottawa, 1986, Field Trip Guidebook 9B, 23 p.
  • Hogarth D.D., Moore J.M., dans : Baird D.M. (compil. et édit.), 1972 — Géologie de la région de la Capitale nationale. Commision géologique du Canada, livret guide bilingue, 24e congr. géol. internat., Montréal, excursions B23 à B27, 2 fois 36 p.
  • Lapointe, S., Gauthier, M., Nantel, S., 1993 — Étude d’indices d’uranium, de thorium et de molybdène dans la région de Maniwaki - Grand-Remous. MERQ, MB 93-68, 102 p.
  • Lentz D.R., 1991 — U-, Mo-, and REE-bearing pegmatites, skarns and veins in the Central Metasedimentary Belt, Grenville Province, Ontario. GCA/MAC/SEG; Joint Annual Meeting, Toronto 1991, Field Trip Guidebook A9, 16 p.
  • Shaw D.M., Moxham R.L. et al., 1963 — «The petrology and geochimistry of some Grenville skarns – Part I-II.» Canadian Mineralogist ; v. 7, p. 420-442 et 578-616.