dimanche 20 juin 2010

Rideau pétrifié

Photo 1055. – Rideau pétrifié émergeant d'une masse rocheuse.
(Cette photo et celles qui suivent : 19 juin 2010.)

LOCALISATION
Gatineau (Québec), rive gauche de la rivière Gatineau, secteur de l'île Marguerite
31G/05
Le site est normalement sous les eaux de la rivière Gatineau une bonne partie de l'année. L'endroit présente un danger certain (variations brusques du niveau de l'eau causées par l'activité du barrage Chelsea en amont). Ne pas s'y rendre demeure une excellente idée.

CONTEXTE GÉOLOGIQUE
Marbre flué de la province de Grenville ; roches vieilles d'un milliard d'années. (Voir Géolo-chronologie.)

DESCRIPTION
Bande de gneiss (?) sombre dans un marbre blanc (le rose est dû à une altération superficielle). La bande de gneiss est plissotée ; la dissolution lente du marbre (érosion par l'eau courante) a dégagé le gneiss qui apparaît comme la bordure d'un rideau pétrifié émergeant de la pierre. (Non, ce n'est une tentative maladroite de faire de la poésie.) Une bête érosion mécanique (comme celle des glaciers) aurait tout arasé au même niveau sans discrimination.


Photos 1062 et 1062A. – Remarquez les cupules (flèches) sous les arches (ou anticlinaux, parlons savant) du gneiss, creusées par l'eau piégée tourbillonnant entre le marbre, roche soluble, et la voûte résistante. La rivière Gatineau coule à peu près dans la direction indiquée par les flèches.

Photo 1062B. – Gros plan du «rideau» et d'une cupule. Celle-ci s'est approfondie en progressant vers l'aval, sous le gneiss, et semble présenter deux niveaux.

Photo 1143. – Vous êtes prévenus.

Photo 1083. – Certains ont prétendu contrer la dérive des continents par des moyens extrêmement naïfs.


Ajout (15 octobre 2010)
Photo 1061. – À quelques cm des photos 1055 et 1062 : autre partie du «rideau» laissant un vide se développer sous ses replis. Le stylo est visible dans le coin supérieur droit de la photo 1062. (19 juin 2010)



Ajout (26 février 2012)

Quelques documents anciens provenant des rives du «lac-Trente-et-Un-Milles»*, 60 km au nord de l'île Marguerite. Ils qui me semblent éclairer d'une lumière nouvelle ce billet.


Le long des rives du lac des Trente et Un Milles, à l'est de Bouchette, les surfaces de marbre sont piquées d'une multitude de petites cavités circulaires à section conique, ou cupules, de 2,5 cm à 20 cm d'ouverture et de 10 cm à 13 cm de profondeur, parfois davantage (jusqu'à 30 cm). Ces cupules sont contenues entre les niveaux des basses et des hautes eaux. On peut en déduire que l'action du clapotis est l'agent responsable de cette forme d'érosion due à la dissolution du carbonate de calcium (Aubert de la Rüe, 1953).

Je n'ai pas observé de phénomènes exactement similaires à l'île Marguerite, cependant, on l'a vu, des cupules isolées se sont développées à plusieurs endroits, là où des obstacles entretiennent des tourbillons stationnaires.


Phénomène de dissolution dans les marbres. Rive ouest du lac des Trente et Un Milles.
Le manche d'un marteau (?), en haut, donne l'échelle.
(Aubert de la Rüe, 1953)

Cupules de dissolution dans le marbre sur une île du lac des Trente et Un Milles. 
Le marteau, en haut, au centre, donne l'échelle.
(Aubert de la Rüe, 1956)


RÉFÉRENCES DE CETTE PARTIE
  • Aubert de la Rüe, E., 1953, Rapport géologique 50 : région de Kensington, comtés de Gatineau et de Labelle. Québec, ministère des Mines, 50 pages, cartes 919 et 920 (1/63 360). 31J05.
  • Aubert de la Rüe, E., 1956, Rapport géologique 67 : région du lac Trente-et-un-Milles, districts électoraux de Papineau, de Labelle et de Gatineau. Québec, ministère des Mines, 42 pages, carte 921 (1/63 360). 31J04

mercredi 2 juin 2010

Marmite : suite de la suite (Ajout)

Marmite des Allumettières, à Gatineau. Les travaux en cours (voir billets précédents) vont toucher le pont de chemin de fer et permettre l'installation d'un viaduc pour les deux voies du Rapibus, à l'Est (à droite) de la marmite, tout en épargnant cette dernière (?) L'orientation de la marmite (NW-SE), très bien visible sur cette photo satellite, signale la présence d'une faille dans le socle rocheux (chose banale et sans conséquences). Photo (datée du 30 sept. 2008) © Google Earth. 


Toujours à propos de la survie de la Marmite des Allumettières... (Voir le billet précédent pour les liens utiles.)

Samedi dernier, j'ai envoyé un courriel à l'échevin «responsable» de la marmite, monsieur Patrice Martin. Je lui ai brièvement présenté la chose en lui faisant part de mes inquiétudes quant à sa survie.

Hier, mardi, j'ai reçu une réponse, ma foi, plutôt encourageante. En voici l'essentiel :

«Oui, Alain Riel, conseiller municipal et géomorphologue, m'a montré cette marmite il y a quelques mois. J'aime votre idée d'une plaque d'interprétation... quoiqu'il s'agit d'un endroit où il est difficile de s'arrêter pour admirer les beautés géologiques. Ça pourrait peut-être marcher si le panneau se trouvait sur la piste cyclable en face. Je vais voir ce que je peux faire. 
Merci du tuyau.»

Il semble donc que nous soyons plusieurs à poser un œil chargé de sympathie sur cette marmite. Je retire tout ce que j'ai dit sur la supposée indifférence des gens à son égard !

Comme la marmite se trouve du côté du boulevard dépourvu de trottoir et de piste cyclable (fait qui explique peut-être en grande partie l'absence de gestes de vandalisme), on peut comprendre qu'il serait peut-être hasardeux d'inviter, même implicitement, les gens à traverser quatre voie et un terre-plein pour aller y voir de plus près...

Mais l'important est que cette formation survive à la venue de l'autobus. Jamais je n'aurais cru être obligé d'arbitrer un conflit entre le développement du transport en commun et la préservation du patrimoine géologique...

Affaire à suivre, encore... (Mais les perspectives sont plus prometteuses.)

AJOUT (5 juin 2010). – Le travail se poursuit (sans s'étendre en largeur !) Pour éviter un effet de répétition monotone, je n'affiche pas une énième photo du chantier, mais sachez que la marmite se porte bien ; même, il semble que, depuis la fin mai, on prenne soin d'éviter de l'utiliser comme lieu d'entreposage pour les outils et autres objets métalliques. J'ignore qui et combien de personnes je dois féliciter pour cette attention.

dimanche 30 mai 2010

Marmite et viaduc : suite


Chantier du boulevard des Allumettières, Gatineau, 30 mai 2010, avec l'actuel pont de chemin de fer. La Marmite des Allumettières est dans le cercle éclairci de la photo du bas, à droite. Tous les travaux semblent vouloir se faire à l'Est de celle-ci.


La photo de mon billet d'hier était tellement mauvaise que je suis retourné sur le site du chantier aujourd'hui en prendre d'autres. Aucune d'entre elles n'est vraiment spectaculaire et le seul mérite que je leur trouve est de montrer que les nouvelles installations – qui comprennent la construction d'un viaduc (2 voies du Rapibus) et le déplacement d'un pont ferroviaire – semblent bien vouloir épargner «ma» marmite.

Jusqu'ici, j'avais préféré ne pas attirer trop l'attention des gens sur ce monument naturel, trouvant déjà bon que les parois lisses de la marmite aient échappé aux graffiteurs. La situation ayant changé, je pense à présent que l'ignorance n'est plus une protection. La Marmite des Allumettières mérite un minimum d'égards, et peut-être une forme de mise en valeur (panneau explicatif ?).

J'ai envoyé hier un courriel à l'échevin concerné. Affaire à suivre...


Autres billets de ce blogue sur le même sujet ou sur les environs immédiats de la marmite :

Marmite des Allumettières, 7 nov. 2009 (le post principal sur le sujet)
Faille des Allumettières, 29 nov. 2009
Encore des marmites, 3 avril 2010
Marmite et transport en commun, 29 mai 2010

samedi 29 mai 2010

Marmite et transport en commun

Travaux, boulevard des Allumettières, à Gatineau, 29 mai 2010. Avec un peu de bonne volonté, on peut voir la «Grande Marmite», au centre de la photo. Excusez la mauvaise qualité du cliché, tel qu'il est, je vous jure qu'il s'agit d'une version améliorée... Suivez ce lien vers un ancien billet pour un meilleur aperçu.


Un viaduc est présentement en construction, boulevard des Allumettières, à Gatineau, tout près de la «Grande Marmite» (voir ce billet). Elle ne semble pas menacée par les travaux, encore que, il y a quelques jours, les ouvriers y avaient entreposé des pièces de métal en vrac (grillage, barres de fer, etc.)

Les travaux sont reliés au projet Rapibus (voies rapides pour autobus, fallait-il le préciser ?) qui prévoit la construction d'un nouvel ouvrage parallèlement à un pont de chemin de fer qui sera déplacé. On l'aurait érigé quelques mètres plus à l'ouest, et la marmite n'aurait plus été qu'un souvenir !

Le patrimoine géologique et le transport en commun semblent compatibles, du moins pour cette fois.

Affaire à suivre.

jeudi 27 mai 2010

Sécheresse, basses eaux et stromatolites (et prédation)

Stromatolites du pont Champlain, à Gatineau (Québec)
Normalement, au printemps, le site est recouvert par les eaux de la rivière des Outaouais en crue. Photo toute fraîche, prise il y a un peu plus d'une heure : ATTENTION, les pixels ne sont pas encore secs !


Le bas niveau des eaux de l'Outaouais a fait émerger plus tôt que de coutume l'affleurement des stromatolites fossiles du pont Champlain, à Gatineau (autre lien ici). La «saison des stromatolites» commence d'habitude alors que l’été est bien entamé, ou au début de l'automne, bien après que les hautes eaux du printemps se soient écoulées.

Est-ce une bonne nouvelle ? Outre les problèmes non négligeables liés au manque d'eau, une saison d'exposition prolongée n'est peut-être pas sans inconvénients pour les stromatolites, surtout si la situation actuelle devenait la norme. Il en résulterait davantage de piétinement par les curieux de tout acabit, et donc une érosion accrue, mais aussi plus de temps accordé aux herbes folles pour étendre leurs racines dans les joints, grignoter le calcaire et coloniser de nouveaux secteurs de la plate-forme.

Bientôt, des arbustes apparaîtront ici et là.

Faudra-t-il penser à protéger l'inanimé de la prédation de la vie ?

Après tout, c'est bien la vie qui a inventé la lutte pour la vie (of course), les mauvaises manières à table et les voisins.


Exemple d'une prédatrice prenant racine.

Note. – Pour être tout à fait géologiquement correct, je devrais avouer que la biosphère, globalement, protègerait plutôt les roches de l'érosion.