mercredi 2 juin 2010

Marmite : suite de la suite (Ajout)

Marmite des Allumettières, à Gatineau. Les travaux en cours (voir billets précédents) vont toucher le pont de chemin de fer et permettre l'installation d'un viaduc pour les deux voies du Rapibus, à l'Est (à droite) de la marmite, tout en épargnant cette dernière (?) L'orientation de la marmite (NW-SE), très bien visible sur cette photo satellite, signale la présence d'une faille dans le socle rocheux (chose banale et sans conséquences). Photo (datée du 30 sept. 2008) © Google Earth. 


Toujours à propos de la survie de la Marmite des Allumettières... (Voir le billet précédent pour les liens utiles.)

Samedi dernier, j'ai envoyé un courriel à l'échevin «responsable» de la marmite, monsieur Patrice Martin. Je lui ai brièvement présenté la chose en lui faisant part de mes inquiétudes quant à sa survie.

Hier, mardi, j'ai reçu une réponse, ma foi, plutôt encourageante. En voici l'essentiel :

«Oui, Alain Riel, conseiller municipal et géomorphologue, m'a montré cette marmite il y a quelques mois. J'aime votre idée d'une plaque d'interprétation... quoiqu'il s'agit d'un endroit où il est difficile de s'arrêter pour admirer les beautés géologiques. Ça pourrait peut-être marcher si le panneau se trouvait sur la piste cyclable en face. Je vais voir ce que je peux faire. 
Merci du tuyau.»

Il semble donc que nous soyons plusieurs à poser un œil chargé de sympathie sur cette marmite. Je retire tout ce que j'ai dit sur la supposée indifférence des gens à son égard !

Comme la marmite se trouve du côté du boulevard dépourvu de trottoir et de piste cyclable (fait qui explique peut-être en grande partie l'absence de gestes de vandalisme), on peut comprendre qu'il serait peut-être hasardeux d'inviter, même implicitement, les gens à traverser quatre voie et un terre-plein pour aller y voir de plus près...

Mais l'important est que cette formation survive à la venue de l'autobus. Jamais je n'aurais cru être obligé d'arbitrer un conflit entre le développement du transport en commun et la préservation du patrimoine géologique...

Affaire à suivre, encore... (Mais les perspectives sont plus prometteuses.)

AJOUT (5 juin 2010). – Le travail se poursuit (sans s'étendre en largeur !) Pour éviter un effet de répétition monotone, je n'affiche pas une énième photo du chantier, mais sachez que la marmite se porte bien ; même, il semble que, depuis la fin mai, on prenne soin d'éviter de l'utiliser comme lieu d'entreposage pour les outils et autres objets métalliques. J'ignore qui et combien de personnes je dois féliciter pour cette attention.

dimanche 30 mai 2010

Marmite et viaduc : suite


Chantier du boulevard des Allumettières, Gatineau, 30 mai 2010, avec l'actuel pont de chemin de fer. La Marmite des Allumettières est dans le cercle éclairci de la photo du bas, à droite. Tous les travaux semblent vouloir se faire à l'Est de celle-ci.


La photo de mon billet d'hier était tellement mauvaise que je suis retourné sur le site du chantier aujourd'hui en prendre d'autres. Aucune d'entre elles n'est vraiment spectaculaire et le seul mérite que je leur trouve est de montrer que les nouvelles installations – qui comprennent la construction d'un viaduc (2 voies du Rapibus) et le déplacement d'un pont ferroviaire – semblent bien vouloir épargner «ma» marmite.

Jusqu'ici, j'avais préféré ne pas attirer trop l'attention des gens sur ce monument naturel, trouvant déjà bon que les parois lisses de la marmite aient échappé aux graffiteurs. La situation ayant changé, je pense à présent que l'ignorance n'est plus une protection. La Marmite des Allumettières mérite un minimum d'égards, et peut-être une forme de mise en valeur (panneau explicatif ?).

J'ai envoyé hier un courriel à l'échevin concerné. Affaire à suivre...


Autres billets de ce blogue sur le même sujet ou sur les environs immédiats de la marmite :

Marmite des Allumettières, 7 nov. 2009 (le post principal sur le sujet)
Faille des Allumettières, 29 nov. 2009
Encore des marmites, 3 avril 2010
Marmite et transport en commun, 29 mai 2010

samedi 29 mai 2010

Marmite et transport en commun

Travaux, boulevard des Allumettières, à Gatineau, 29 mai 2010. Avec un peu de bonne volonté, on peut voir la «Grande Marmite», au centre de la photo. Excusez la mauvaise qualité du cliché, tel qu'il est, je vous jure qu'il s'agit d'une version améliorée... Suivez ce lien vers un ancien billet pour un meilleur aperçu.


Un viaduc est présentement en construction, boulevard des Allumettières, à Gatineau, tout près de la «Grande Marmite» (voir ce billet). Elle ne semble pas menacée par les travaux, encore que, il y a quelques jours, les ouvriers y avaient entreposé des pièces de métal en vrac (grillage, barres de fer, etc.)

Les travaux sont reliés au projet Rapibus (voies rapides pour autobus, fallait-il le préciser ?) qui prévoit la construction d'un nouvel ouvrage parallèlement à un pont de chemin de fer qui sera déplacé. On l'aurait érigé quelques mètres plus à l'ouest, et la marmite n'aurait plus été qu'un souvenir !

Le patrimoine géologique et le transport en commun semblent compatibles, du moins pour cette fois.

Affaire à suivre.

jeudi 27 mai 2010

Sécheresse, basses eaux et stromatolites (et prédation)

Stromatolites du pont Champlain, à Gatineau (Québec)
Normalement, au printemps, le site est recouvert par les eaux de la rivière des Outaouais en crue. Photo toute fraîche, prise il y a un peu plus d'une heure : ATTENTION, les pixels ne sont pas encore secs !


Le bas niveau des eaux de l'Outaouais a fait émerger plus tôt que de coutume l'affleurement des stromatolites fossiles du pont Champlain, à Gatineau (autre lien ici). La «saison des stromatolites» commence d'habitude alors que l’été est bien entamé, ou au début de l'automne, bien après que les hautes eaux du printemps se soient écoulées.

Est-ce une bonne nouvelle ? Outre les problèmes non négligeables liés au manque d'eau, une saison d'exposition prolongée n'est peut-être pas sans inconvénients pour les stromatolites, surtout si la situation actuelle devenait la norme. Il en résulterait davantage de piétinement par les curieux de tout acabit, et donc une érosion accrue, mais aussi plus de temps accordé aux herbes folles pour étendre leurs racines dans les joints, grignoter le calcaire et coloniser de nouveaux secteurs de la plate-forme.

Bientôt, des arbustes apparaîtront ici et là.

Faudra-t-il penser à protéger l'inanimé de la prédation de la vie ?

Après tout, c'est bien la vie qui a inventé la lutte pour la vie (of course), les mauvaises manières à table et les voisins.


Exemple d'une prédatrice prenant racine.

Note. – Pour être tout à fait géologiquement correct, je devrais avouer que la biosphère, globalement, protègerait plutôt les roches de l'érosion.

samedi 3 avril 2010

Encore des marmites

Marmites dans un dolomie (calcaire magnésien), à Guelph (Ontario). 
La flèche indique l'arête formée par le recoupement des deux puits.
Photo tirée de : Micheal Kunert et Mario Coniglio, 2002.

Pour comparaison, la marmite des Alumettières, à Gatineau, dans du calcaire (2007).

ADOPTION
Depuis que j'ai en quelque sorte adopté la marmite des Allumettières, à Gatineau, je ne néglige rien pour tenter de relier ce monument naturel à d'autres semblables qui pourraient exister dans la région. En plus des travaux déjà cités en références dans mon billet du 7 novembre 2009, j'aimerais ajouter un article qui a échappé à mon attention lorsqu'il est paru en 2002. (Il est vrai que j'étais à l'époque plus réticent à élargir la compréhension de la notion de «région» jusqu'au point que j'atteins ici.)

L'ARTICLE
Micheal Kunert et Mario Coniglio,
«Origin of vertical shafts in bedrock along the Eramosa River valley near Guelph, southern Ontario.»  
Revue canadienne des sciences de la Terre, vol. 39, p. 43–52, 2002.
Le résumé gratuit (reproduit plus bas) est disponible ici.

MON RÉSUMÉ
On trouve, dans la région de Guelph (Ontario), dans la vallée de la rivière Eramosa, des puits verticaux, ou marmites en forme de tube, creusés dans une dolomie (calcaire magnésien). Leur étude conforte l'hypothèse que la marmite des Allumettières soit la conséquence de courants d'eau sous-glaciaires. Dans le cas des puits de Guelph, il est possible que les plus grandes marmites soient la reprise de phénomènes karstiques* immédiatement antérieurs à la dernière glaciation.
* Mots suivis d'un astérisque : voir «Lexique», plus bas.

RÉSUMÉ «OFFICIEL»
Plusieurs puits cylindriques, verticaux à sub-verticaux, se retrouvent dans les affleurements à relief accidenté de la Formation Amabel (Silurien moyen) le long de la rivière Eramosa, à environ 10 km au nord-est de Guelph. Le diamètre de ces puits varie de < 1 m à 10 m et les profondeurs atteignent 12 m. Ils se présentent sous forme de dépressions isolées mais sont généralement regroupés ensemble [sic] et forment des murs de roc sinueux. Ces dépressions peuvent contenir du sol, des sédiments fins, des débris de la roche dolomitique environnante et des roches clastiques arrondies de lithologies du socle précambrien. Le till est remarquablement absent. Ces puits se retrouvent tout près d’interstices caverneux qui ont été formés à l’époque du Pré-Wisconsinien[*] au Wisconsinien précoce, suggérant une possible origine karstique. Cependant, les puits cylindriques, avec leurs plus grands diamètres au point milieu, des intérieurs sculptés et des axes inclinés ainsi que l’absence de flûtes verticales et de till, tirent probablement leur origine d’une décharge fluvio-glaciaire à la fin du Wisconsinien tardif. La cavitation a peut-être aidé au développement de ces puits, rehaussant la puissance d’érosion des eaux de fonte chargées de sédiments.

Lexique
Wisconsinien, glaciation du : dernière des grandes glaciations du Quaternaire. Elle a débuté il y a environ 80 000 ans et s'est terminée à des dates d'autant plus tardives que nous considérons des régions plus au nord (13 400 ans à Guelf, 12 000 ans à Gatineau).
Karst : type de paysage formé par dissolution en surface du calcaire par les eaux courantes pouvant aboutir à la formation de cavités souterraines et de gouffres.

 (A) Intérieur du Devil’s Well près de Guelph (Ontario), montrant les murs lisses et l'ouverture en surplomb. 
Profondeur : 13 m ; diamètre : de 5 à 6,4 m. 
La flèche blanche pointe un personnage qui donne une idée des dimensions du phénomène.
(B) Puit circulaire caractérisé par un axe incliné. Profondeur : 2,5 m, diamètre : 1 m.
(C) Clastes polis et arrondis dont la mise en mouvement par l'eau a permis de creuser le puits. 
La carte est graduée en cm.
Photos tirées de : Micheal Kunert et Mario Coniglio, 2002. (Texte : mon adaptation.)


 Pour comparaison encore, la marmite des Allumettières, à Gatineau (2007). On remarque l'ouverture en surplomb et les parois lisses ; la symétrie, par contre, est (beaucoup) moins achevée...