jeudi 1 juin 2017

Le canal de drainage du lac flora à Hull QC (ajout)


Fig. 1. Partie de l'Île-de-Hull en 1887. Le lac Flora est au centre de la carte. Au sud et à l'est : rivière des Outaouais ; au sud, Ottawa. Détail de : Map of the City of Ottawa, P. Ontario, and the City of Hull, P. Quebec, and Their Adjacent Suburbs. Compiled by John A. Snow and Son, Provincial Land Surveyors and C.E.ng's from Personal Surveys and Official Records. Scale 660 Feet to One Inch (1887).
Le quadrillage des rues à Hull est approx. N-S et E-W. Photo de la carte à main levée, distorsions possibles.



Dans un billet de novembre 2015, je m'interrogeais sur le tracé du canal qui avait servi au drainage du lac Flora - actuel parc Fontaine, dans l'Île-de-Hull (maintenant Gatineau, QC). La carte de Snow et fils (1887) dont je reproduis ici des détails fournit la réponse.

La lac Flora avait la fâcheuse habitude de déborder au printemps. En 1885, on abaissa ses eaux par la construction d'un canal de drainage. Après les inondations vinrent les maladies. En effet, le lac atrophié en marécage stagnant fut bientôt transformé en dépotoir ; s'accumulant en plein centre d'un quartier ouvrier, les immondices causèrent des épidémies de choléra et de typhoïde. Le lac est finalement asséché vers 1910. La Ville offre le terrain à la C.P.R. pour qu'elle y construise une gare, laquelle ne fut jamais érigée. L'espace servi plutôt de parc de stationnement jusque dans les années 30. En 1936, le parc Fontaine fut créé et baptisé en l'honneur de l'ancien maire de Hull, Joseph-Éloi Fontaine. (Paragraphe modifié et augmenté de : Ottawa : passé & présent ; le gras est de moi.)

À propos du «vers 1910», l'historien Raymond Ouimet précise que le lac Flora fut comblé de 1912 à 1919. (Source : http://raymond-ouimet.e-monsite.com/pages/saviez-vous-que.html)

Or, la carte de Snow et fils (1887) est la seule, à ma connaissance, qui montre un ruisseau courant du lac Flora vers l'Outaouais. Le ruisseau, naturel ou non, est, à l'évidence, canalisé sur une bonne partie ce son cours - voyez ces segments rectilignes parallèles aux rues et se raboutant à angle droit (fig. 3). Par hautes eaux, il a dû arriver (?) que le courant s'inverse et que l'eau s'écoule de la rivière vers le lac (aggravant les inondations évoquées plus haut ?). Le niveau du parc Fontaine, construit sur le lac comblé, descend en effet à 44 m, soit une altitude souvent dépassée par les eaux de l'Outaouais. Des sondages avaient donné au lac 4 m d’eau stagnante et 11 m de vase (voir ce billet du 10 août 2013). Paraît-il que le niveau du lac fluctuait avec celui de la rivière ; je n'ai pas de référence pour appuyer cette dernière affirmation.

Le mystère du tracé du canal de drainage est donc résolu. Reste cependant à savoir combien de temps ce canal a subsisté.

Enfin, pour conclure ce billet sur une note fantastique, voyez le site «Les Quatre Saisons» de Jean Provencher à propos des feux follets du lac Flora :
http://jeanprovencher.com/2014/05/03/un-lac-complet-de-feux-follets/


Fig. 2. Détail de la région du lac Flora. 
Correspondance des noms de rue de l'époque (1887) avec les actuels :
Albert (N-S) = Champlain ; Albert (E-W) = Hôtel-de-Ville ; Albion = Dollard ; Alfred = Papineau ; Alma = Notre-Dame-de-l'Île ; Brittania = Maisonneuve ; Catherine = Charlevoix ; Chamberlain = néant ; Dalhousie = néant ; Division = Élizabeth-Bruyère ; First = des Allumettières ; Flora = Arthur-Guérin ; Frances = Ste-Hélène ; Inkerman = Champlain ; Kent = Kent ; Lake = Laval ; Lorne = Maisonneuve ; Metcalfe = Isisdore-Ostiguy ; Ottawa = néant ; Queen = des Allumettières ; River = néant ; Russell = Falardeau ; St-Hyacinthe = St-Hyacinthe ; St-Henry = St-Henri ; St-Florent = St-Florent ; Second = St-Étienne ; Stuart = Notre-Dame-de-l'Île ; Third = Verdun ; Victoria = Victoria ; Wright = Laurier.


Fig. 3. Reprise de la figure 2 ; le canal de drainage du lac est rehaussé en rouge. Il passe par les rues Division (aujourd'hui Élizabeth-Bruère), Inkerman (Champlain), coupe à travers des pâtés de maisons et les rues Alma (Notre-Dame) et Wright (Laurier).


AJOUT (11 mai 2019)

On peut cliquer sur les images pour les voir à leur pleine grandeur.



Fig. 4. - Même secteur que les fig. 2 et 3, 1925. Le lac Flora, asséché, n'est plus qu'une tache grise. Des sections du canal de drainage du lac Flora sont bien visibles (voir fig. 5).
Ressources naturelles Canada, Photothèque nationale de l'air, photo HA67, no 60, 4 nov. 1925 (détail).



Fig. 5. - La partie recourbée du canal partant du lac, est ici surlignée par une ligne noire pleine. L'extrémité du canal débouchant dans la rivière des Outaouais correspond peut-être à une structure rectiligne surlignée elle aussi par une ligne pleine. La résolution de la photo ne permet cependant pas d'être affirmatif sur ce dernier point. Le reste du canal, à travers les rues et les terrains bâtis, n'est pas visible. Son trajet est représenté par une ligne noire tiretée.
La partie plus pâle, en bas de la photo, n'est pas couverte par les fig. 2 et 3.
Le pont Alexandra et le chemin de fer qui l'emprunte pour traverser l'Île-de-Hull datent de 1898-1900. Voir le billet du 25 août 2017, « Ruisseau de la Brasserie : chronologie ».

4 commentaires:

  1. Il serait intéressant de visiter les berges de la rivière des Outaouais pour trouver la ''sortie'' du ruisseau, ce que je me propose de faire et envoyer des photos.

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    1. Désolé de publier votre commentaire si tard. Ceci dit, j'ai fait le parcours du canal à pied et il n'en subsiste aucune trace. Pour les berges de l'Outaouais, il faudra attendre que le niveau des eaux s'abaisse.

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  2. Je me permet d'ajouter mon grain de sel à ce sujet.Je suis né su la rue Kent entre Verdun et Cénier où j'ai habité jusqu'en 1954. Mon aire de jeux s'étendait jusqu'à la rivière des Outaouais,particulièrement entre verdun et la quai de Hull derrière le stade Décosse de Laurier à la rivière où il y avait un boisé épais qu'on appelait - le jungle ou la jungle.
    Je ne me souviens pas d'avoir vu une décharge quelconque entre 1938 et 1948, il en va de même pour les rues St-Laurent, Champlain Notre-Dame et Laurier qui ne montraient aucun signe de décharge ou crique.
    Un vieux résident de Gatineau, intéressé aux archives diverses.
    Jacques Valiquette, jackov@videotron.ca

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    1. Quelqu'un m'a parlé d'un égout à ciel ouvert qui devait suivre le tracé de ce canal de vidage. Je ne sais pas à quelle époque cet égout a subsisté. Je continue mes recherches. Merci de vos précisions !

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