mercredi 14 juin 2017

Les chutes en gradins du ruisseau de la Brasserie


Fig. 1. - Scene on Brewer Creek./''Artwoork on Ottawa [sic]'' by William H. Carre 1898/Pub. The Emporium. 
Chutes du ruisseau de la Brasserie, Hull (Gatineau), QC, en 1898, avant la construction du château d'eau et de la centrale hydroélectrique en 1902. Les bâtiments sont probablement ceux de la Henry Walters and Sons (fabrique de haches). Visée vers le SW.
Pedigree de la photo : une épreuve encadrée, don de Michel Prévost, président de la Société d'histoire de l'Outaouais (SHO) au musée du patrimoine brassicole des Brasseurs-du-Temps (BdT). Marc Godin, vice-président, responsable du développement des affaires des BdT et membre du ca de Gatineau plein air (GPA), m'a aimablement transmis un fichier de l'image.



Fig. 2. - Même point de vue, ou à peu près, août 2011. L'ancienne centrale n'est plus en fonction depuis 1971 ; le château d'eau, masqué par les feuillages, à gauche, est aujourd'hui occupé par Les Brasseurs du Temps.


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Ce billet est la suite immédiate de ceux du 23 mars et du 19 mars 2017 sur la chute du ruisseau de la Brasserie, à Hull (Gatineau), QC. De façon plus large, sur l'origine du ruisseau, voir les billets du 5 févr. 2016 et du 1er mars 2014.


Le cliché de William H. Carre au début du billet (fig. 1 et détails plus bas) est l'un des rarissimes documents qui permettent de se représenter l'allure des chutes du ruisseau de la Brasserie, à Hull, dans leur état naturel, ou presque. En 1898, date de la prise de la photo, en effet, le pouvoir hydraulique des chutes était utilisé depuis presque 100 ans. Mais elles s'écoulaient à l'air libre sur presque toute leur largeur et personne encore ne semblait s'être soucié de rectifier les rives du ruisseau en aval. Au début du XXe s., la construction d'un château d'eau et d'une centrale hydraulique a considérablement modifié le paysage et la chute est depuis pratiquement occultée (fig. 2). (Voir section «Les chutes : brève histoire», plus bas.)

Dans mon billet du 23 mars 2017, j'estimais, coupe récente du ruisseau à l'appui, la hauteur des chutes à environ 9 pieds, soit 2,75 m. La coupe ne montrait toutefois qu'un seul escarpement dans le lit du ruisseau. Marc Godin, des Brasseurs-du-Temps (BdT), m'avait pourtant objecté qu'il y avait en réalité deux (ou même trois*) chutes qui se suivaient à peu de distance. On peut se demander s'il n'a pas été plus rentable, lors de la construction de la centrale électrique, de réduire les deux petites chutes en une seule, plus grande et plus facilement exploitable (hypothèse personnelle).
* La troisième (et très hypothétique) chute serait sous le pont, dans l'ombre, invisible sur la photo.

«[...] si on se fit à la hauteur des fenêtres de dimensions ''Standard'' de la Creek Brewery, on voit sur cette même photo, on peut évaluer la hauteur de ces seuils à environ 3-4 pieds de hauteur et 5-6 pieds de hauteur. Cette photographie vient donc appuyer le plan du profil modifié par Vézina ainsi que l'analyse qu'en a faite Henri. La hauteur totale du dénivelé naturel à cet endroit aurait effectivement été d'environ 9 pieds comme l'a déduit Henri [de Géo-Outaouais].» (Source : courriel de Marc Godin.)

Cette descente en gradins n'est pas incompatible avec mon hypothèse d'une origine tectonique récente (post-glaciaire) des chutes. Les failles sont rarement simples, mais surviennent habituellement en faisceaux ou réseau et il faut aussi compter avec les effets de l'érosion sur les irrégularités et fragilités du socle. Voir les billets du 5 févr. 2016 et du 1er mars 2014 à ce propos. Le fin mot de l'histoire n'est donc pas encore dit.

Sur le souci des Brasseurs du Temps de conserver le patrimoine naturel, voir le billet du 15 juillet 2013 intitulé «Ruisseau de la Brasserie : vieux morceau intact».


Les chutes : brève histoire

En 1813, Philemon Wright a fait construire une distillerie-brasserie aux chutes du ruisseau : le Brewery Creek trouve son nom. Vers 1855, Sexton Washburn, manufacturier de haches, s'installe dans les bâtiments de la brasserie. En 1886, la cie change de main et devient la Henry Walters and Sons. La Walters déménage sur l'autre rive au début du XXe s. pour faire place au château d'eau et à la centrale électrique. La centrale et le château d'eau ont été en service jusqu'en 1971. Le château est aujourd'hui occupé par Les Brasseurs du Temps tandis que la centrale demeure inutilisée. (Sources : Musée canadien de l'Histoire et Répertoire du patrimoine culturel du Québec.)



Fig. 3. - Détail de la photo de Carre. Les chutes, en deux paliers, sont nettement visibles. À la droite des chutes, écoulement de l'eau qui faisait tourner la roue de la Henry Walters and Sons. Les strates de calcaire sur les rives sont encore dans leur état naturel et portent les marques de l'érosion par l'eau.
«Une digue construite au haut de la chute dirigeait l'eau vers un canal d'amenée et de turbines, permettant ainsi à ces industries d'exploiter le pouvoir hydraulique du ruisseau. Le château d'eau construit sur ce site au début du XXe siècle exploitait également cette énergie. Tout en puisant et en filtrant l'eau potable destinée au système d'aqueduc, le complexe municipal comprenait aussi une centrale hydroélectrique qui permettait d'éclairer une partie du Vieux-Hull et quelques édifices municipaux. [...] Ce bâtiment [le château d'eau] érigé entre 1902 et 1905 comprend trois pompes hydrauliques actionnées par une chaudière à vapeur. À l'exemple des systèmes d'aqueducs alors érigés, le nouvel aqueduc de Hull filtre l'eau avant que celle-ci ne soit distribuée par un système de canalisation. Le château d'eau a fourni en eau Hull jusqu'en 1971 en utilisant jusqu'à neuf pompes dans la station.» (Source : Répertoire du patrimoine culturel du Québec.)



Fig. 4. - Agrandissement. Derrière les chutes, le pont de la rue Montcalm (Brewery Road, à l'époque). Au-delà du pont, devant la ligne d'un long bâtiment (Hanson's Wollen Mill ?), un relief irrégulier : cordes de bois, affleurement rocheux ? Si c'est le cas, il a été arasé et n'existe plus aujourd'hui ; je penche cependant pour la première hypothèse.



Fig. 5. - Figurant bénévole (agrandissement).

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