samedi 28 janvier 2012

Saint-André-Avellin : église géologiquement correcte (ajouts)


Note. – J'ai appris après la mise en ligne de ce billet que le style architectural de l'église de Saint-André-Avellin que je présentais comme unique – façade en pierre de taille et murs latéraux en pierre du pays – était commun à l'époque de sa construction (cf. le billet du 1er octobre 2012). Ce qui ne change rien au questionnement fondamental du billet : d'où proviennent les pierres de la façade ?


Église de Saint-André-Avellin (Québec).
Façade en pierre calcaire taillée.

(Janvier 2012)


LOCALISATION
Saint-André-Avellin, route 321, sur les rives de la Petite-Nation, entre Gatineau et Montréal, à 15 km au nord de la rivière des Outaouais ; 3500 habitants.
Site Internet de la municipalité :
http://www.ville.st-andre-avellin.qc.ca/
Musée des pionniers de Saint-André-Avellin :
http://www.museedespionniers.qc.ca/Bienvenue.html


UBIQUISTE CALCAIRE
De face...
Le voyageur non averti qui arrive à Saint-André-Avellin en venant du sud via la route 321 remarque (ou ne remarque pas, c'est selon) que l'église du village, inaugurée en 1886, montre une façade en calcaire gris, le même calcaire qui a servi à la construction de tant de bâtiments en Outaouais, mais aussi dans l'Est ontarien, à Montréal, etc.

Ce calcaire ordovicien quelque peu ubiquiste a été utilisé abondamment, depuis la construction du canal Rideau jusqu'à la pierre concassée qui tapisse votre entrée de garage en passant par les murs des bâtiments publics et privés des XIXe et XXe siècles. Pour ériger l'Outaouais, il a fallu d'abord le gruger et le trouer de carrières.

Le voyageur soupèse les options qui se présentaient à l'époque. Qu'en était-il du prix du transport des pierres depuis la carrière d’où elles étaient extraites ? Perplexe, notre voyageur se demande pourquoi on n'a pas préféré, pour l'église de ce village situé en plein Bouclier canadien, se tourner vers les ressources locales : blocs de granite et de gneiss, par exemple. Les glaciers en ont laissé des millions et des milliards dans la couche de débris laissée sur place après leur départ (till glaciaire*). Il suffit (presque) de se pencher pour les ramasser. Les études de faisabilité de l'époque ont dû conclure qu'il coûtait moins cher de faire venir de Hull (ou de Montréal, ou d’Ottawa, ou…) des pierres déjà taillées que de dégrossir les durs blocs de granite locaux. Quant à entreprendre d’ouvrir une carrière à flanc de colline...

* Le lien conduit à un article de la version anglaise de Wikipedia.


Détail de la pierre calcaire de l'église.
Comparer avec cet autre calcaire.


... et de profil
Notre voyageur aurait avantage à apprendre qu'il vaut parfois mieux aborder les choses de biais plutôt que de front. Un regard jeté sur les côtés de l'édifice révèle une tout autre réalité. L'église est bien construite en pierres locales (gneiss, granite, etc.), jointes par du mortier. Le revêtement calcaire se révèle n'être qu'un placage sur la façade, un embellissement. Le calcaire, c'est le crèmage sur la gâteau. Les murs, la structure, le bâtiment lui-même, sont d'une autre matière.


Flanc est de l'église de Saint-André-Avellin ;
mur en pierre taillée : granite, gneiss, etc.
(Janv. 2012)


Peut-être que l'aspect bariolé des roches du Bouclier canadien paraissait peu compatible avec la destination d’un bâtiment religieux ? Ou que les possibilités architecturales du calcaire, plus uniforme, plus façonnable, lui ont valu d'être préféré pour la façade de l'église. Décision logique, pleine de bon sens.


Mur est de l'église. Pierre de taille 
(gneiss, granite, etc.)

Détail : gneiss granitiques et autres.


La consultation du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin nous apprend qu’une certaine fébrilité a présidé à la construction de l’église :
«Construite en pierres taillées du pays, à la limite d'un plateau qui surplombe la rivière de la Petite-Nation, [l'église] fut inaugurée pour la messe de minuit 1886. Avec son transept d'inspiration romane, ce magnifique bâtiment remplace l'église précédente bâtie en 1876 et incendiée en 1886[.] Témoin du courage et de la foi de nos ancêtres, elle atteste aussi du travail des artisans et de la générosité des paroissiens.» (Tiré du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin.)
Ceci expliquant peut-être le compromis qui a consister à réserver le calcaire pour la façade du bâtiment ?... Notons que la très jolie maison, immédiatement à l'est de l'église, l'ancien presbytère, achevée presque dix ans après l'église, est aussi en pierre calcaire taillée (actuelle maison Francine-Rochon) :
«[La maison Francine Rochon.] Cet imposant bâtiment en pierres bosselées servait autrefois de presbytère. Construit en 1895, après l'incendie du premier presbytère en 1882, [il] faisait l'orgueil des habitants de la paroisse. En 1991, la Fabrique vendit le presbytère qui est offert aujourd'hui en location.» (Tiré du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin.)


Maison Francine-Rochon (1895). Ancien presbytère, 
à l'est de l'église de Saint-André-Avellin (janv. 2012).  
Le bâtiment est en pierre taillée (calcaire).


CARRIÈRES
D'où provient ce calcaire ? Saint-André-Avellin est situé, je l'ai déjà dit, en plein Bouclier canadien. Le calcaire affleure au sud, à Hull (aujourd'hui Gatineau), à Ottawa, dans l'est de l'Ontario ainsi qu'à Montréal, dans ce qu'on appelle la plate-forme du Saint-Laurent.

Des ouvrages (voir «Références», à la fin de ce billet), datant de 1913 et 1914, les plus proches chronologiquement de l'époque de la construction de l'église que j'ai pu trouver, indiquent la présence de carrières de calcaire à Hull, Ottawa et Montréal de même que dans l'est de l'Ontario, au sud de la rivière des Outaouais.


«Map of the Province of Quebec Showing the Chief Quarries», détail annoté. 
Tiré de Parks (1914).
Légende (traduction)
Calcaire ; Marbre ; Serpentine ; Granite ; Granite noir ; Grès ; Ardoise
Hull = aujourd'hui Gatineau.


La carrière de calcaire la plus près de Saint-André-Avellin se trouve à l'est de Grenville (astérisque surmonté d'un G). Le rapport d'où est tiré cette carte souligne la mauvaise qualité des pierres extraites de cette carrière abandonnée (en 1914, année de publication du rapport). Il est plus raisonnable de penser que le calcaire qui a servi à la façade de l'église de Saint-André-Avellin provenait de Hull même si on ne peut exclure une origine montréalaise. Le territoire de Montréal apparaît ici comme un gruyère troué par les nombreuses carrières de calcaire qui le parsèment. Ancêtres des nids-de-poule ?
Note. – Si vous examinez la carte attentivement, vous verrez, à droite de l'astérisque que j'ai ajouté, l'inscription «St. André Avelin». J'ai retrouvé cette graphie («Avellin» avec un l unique) sur d'autres anciennes cartes.



L'un de ces ouvrages (Parks, 1914) mentionne bien une carrière abandonnée près de Grenville, plus de 35 km au sud-est de Saint-André-Avellin. La pierre qui y était extraite n'était cependant pas de première qualité.

La pierre calcaire de l'église de Saint-André-Avellin me semble impeccable, ce qui semble exclure qu'il provienne de la carrière de Grenville. Le site de la municipalité précise bien que l'église a été «construite en pierres taillées du pays» (passage cité plus haut). J'ignore si on entend par là uniquement la pierre qui a servi aux murs ou si l'on inclus dans ces «pierres du pays» celle qui a servi au parement de la façade. Et à partir de quelle distance les pierres cessent d'être «du pays» ?


Zones et carrières des formations de Black River et de Trenton (calcaire), en Ontario, détail annoté.
Tiré de Parks (1913).
Cette carte de l'Ontario permet de compléter celle du Québec. Plusieurs carrières ontariennes étaient plus près de Saint-Andrée-Avellin que celle de Hull ou Montréal, au Québec. L'obstacle de la rivière des Outaouais était-il plus rédhibitoire que celui de la distance auquel le chemin de fer offrait une solution commode ? (Le réseau des voies ferrées figure sur la carte ci-haut.)


Quoi qu'il en soit, les sources de calcaire les plus proches (si on néglige la carrière de Grenville) se trouvaient à Hull ou en Ontario, de l'autre côté de la rivière des Outaouais (voir les cartes). Accordons cependant créance aux  rédacteurs du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin et concluons provisoirement, en attendant plus ample informé, que le calcaire ne provient pas de très loin du village, peut-être même de Grenville, malgré les remontrances de Parks (1914) à ce sujet.

En fait, le calcaire pourrait tout aussi bien venir de Montréal, guère plus éloignée de Saint-André-Avellin que Hull. Mais ne me demandez pas de décider d'un calcaire ordovicien de la plate forme du Saint-Laurent s'il provient de Hull, Ottawa, Grenville ou Montréal, et je ne crois pas que la chose soit possible par simple examen visuel.

Je vais essayer d'en savoir plus long sur cette église et les pierres qui l'ont bâtie. Je vous tiendrai au courant.

GÉOLOGIQUEMENT CORRECT
L'église de Saint-André-Avellin a inauguré un concept nouveau, l'architecture géologiquement correcte. (Ça vaut bien d'être mis en gras.) À ce que je sache, c'en est toujours le seul exemple en Outaouais. L'assise du continent nord-américain est constituée par le Bouclier canadien (granite et gneiss). Là où il semble disparaître du paysage, il n'est en réalité que recouvert par un placage de roches sédimentaires. Dans notre région, ce sont le calcaire, le grès et les schistes de la plate-forme du Saint-Laurent, datant pour la plupart de l'Ordovicien (488-444 Ma)*.

* (Passages rayés : voir mon billet du 1er octobre 2012 à propos de l'église de Maryhill, en Ontario, construite en 1877, ainsi que la note, en début du présent billet.)

Ces roches sédimentaires ne sont que le crèmage sur le gâteau autrement plus volumineux du Bouclier canadien. Tout comme pour l'église de Saint-André-Avellin, la structure portante est assurée par le granite et les gneiss tandis que le calcaire ne constitue qu'une pellicule décorative.

Au parc du lac-Beauchamp, à Gatineau, on peut observer le contact entre le Bouclier canadien (1 milliard d'années) avec les roches de la plate-forme du Saint-Laurent (du grès, dans ce cas, datant d'environ 500 millions d'années). (Voir ce billet, dans ce blogue, et celui-ci.)


Pour ce muret en bordure du trottoir, on n'a pas hésité
à utiliser les blocs de gneiss du till glaciaire local.
Saint-André-Avellin (janv. 2012).

RÉFÉRENCES
Parks, W A, 1914. Report on the building and ornamental stones of Canada, vol. III, Province of Quebec. Canada Mines Branch, Report no. 279, 386 pages, doi:10.4095/288108
Parks, W A, 1913. Rapport sur les pierres de construction et d'ornement du Canada, vol. I. Canada Mines Branch, Report 100a, 541 pages, doi:10.4095/285521

Note
On écrit granite, du point de vue géologique ou pétrographique, pour désigner un type de roche magmatique de teinte claire (riche en quartz et feldspath) ; le terme granit est habituellement réservé aux pierre de taille d'un certain grain et d'une dureté certaine. Dans un sens strictement géologique, la plupart des granits ne sont pas des granites, mais tout autre chose. (La plupart des marbres ne sont pas plus des marbres, toute pierre tendre facilement taillable pouvant être qualifiée de marbre en architecture...)


AJOUT (8 mars 2012)
Carte modifiée de : Jacob, H.-L., Ledoux, R., 2003 – Les pierres à bâtir dans les constructions anciennes au Québec. Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des parcs, GT 2003-01, 18 p. Elle donne une bonne idée de l'étendue des affleurements de calcaire et de dolomie* ordoviciens en Outaouais (bleu foncé) de même que du grès cambro-ordovicien. Astérisque noir au NW de Montebello : Saint-André-Avellin. Les deux carrières de granit(e) à l'ouest de Lachute seront l'objet d'un prochain billet.
* Dolomie : calcaire magnésien.


AJOUT (10 mars 2012)
J'ai été consulter aujourd'hui quelques ouvrages à la bibliothèque de Gatineau. La récolte de renseignements est mince. Le plus disert de ces documents, publié à l'occasion du centenaire de la paroisse Saint-André-Avellin, nous apprend que la «façade de l'église est en pierres taillées provenant de la région», ce qui nous laisse au point où nous en étions. Les murs de côté, «d'une épaisseur de trois pieds sont de pierres plates de la base à la toiture». 

D'où viennent ces pierres, taillées ou plates, mystère.

Je me suis tourné vers les pages où figuraient les plans de l'église, redessinés en 1987, les originaux étant introuvables. On y indique que la façade est en «pierre grise taillée» tandis que les flancs, eux, sont en... «pierre grise taillée». Eux aussi.

Cette confusion est d'autant plus étonnante que ces plans, bien levés, illustrent la différence de patron entre la façade aux pierres taillées et les flancs de l'église, d'un appareil moins régulier.

Bref, je devrai peut-être m'adresser à saint Judes, patron des causes désespérées.

Source : Société historique de Saint-André-Avellin, Église centenaire, paroisse Saint-André-Avellin, 1851-1987 : album souvenir, 74 p. + plans et pages non paginées (cote 971.422 S678e RES.(H), bibl. de Gatineau, Maison du Citoyen)


AJOUT (7 octobre 2012)
Voir mon billet du 1er octobre 2012 à propos de l'église de Maryhill, en Ontario, construite en 1877.

lundi 9 janvier 2012

Anthropocène

Exemple typique de fleur de l'Anthropocène.

Pour la seconde fois de suite, au lieu de pondre un billet 100 % maison, je vous invite à aller voir ailleurs ce qui s'écrit. Faut dire que le changement d'année est doublé de rien de moins qu'un changement d'ère. Alors, je me ménage.

Louis-Gilles Francœur signe dans le Devoir d'aujourd'hui (encore ce journal, on va finir par croire que j'ai un parti pris) un article tout à fait passionnant sur l'avènement de l'Anthropocène :

«L'Anthropocène, l'ère des déséquilibres
Les changements provoqués par l'homme auraient fait entrer la Terre dans une nouvelle époque géologique [...]
Cent ans de réflexion sur l'évolution de l'humanité débouchent sur un constat scientifique sans précédent dans l'histoire de la planète: une de ses espèces vivantes, Homo sapiens, est en train de rompre des équilibres fondamentaux au point de menacer sa propre survie.
La profondeur de ces changements est telle qu'ils se comparent aux grands événements qui ont historiquement bouleversé de fond en comble les équilibres millénaires, comme l'impact de cette météorite géante qui aurait provoqué la disparition des dinosaures.» (L.-G. Francœur, Le Devoir.)

Quelques lecteurs du Devoir ont réagi : l'Anthropocène, une ère en trop ou, somme toute, un bienfait ? Voyez, par exemple, cet article de Nature Geoscience (2012, vol. 5, no 1) auquel nous réfère l'un de ces lecteurs très réactifs (et très optimistes) : et si l'Anthropocène nous épargnait le retour d'un nouvel âge glaciaire ? (Lien.) Personnellement, je trouve un peu grande la distance entre les faits constatés et ce genre de conclusion jovialiste.

Le concept anthropocénique est l'air depuis pas mal d'années. Au dire de certains, il semble clair que nous sommes entrés depuis le XIXe siècle, avec l'industrialisation, dans une nouvelle ère géologique, encore que d'autres font coïncider les débuts de l'Anthropocène avec l'avènement de l'agriculture au Néolithique, il y a plus de 10 000 ans...

«La définition de l'anthropocène, néologisme construit à partir du grec ancien Άνθρωπος (anthropos, «être humain»), et dont la première occurrence remonte à un ouvrage du journaliste Andrew Revkin [1992] présuppose que les activités anthropiques seraient devenues la contrainte dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui jusque là avaient prévalu ; l'action de l'espèce humaine serait une véritable force géophysique agissant sur la planète.» (Extrait de Wikipedia, l'encyclopédie de ceux qui ne cherchent pas plus loin.)

L’activité humaine a affecté l'environnement à tel point qu'il est en train de se créer une couche stratigraphique distincte que les archives de la planète conserveront pendant des dizaines de millions d'années et plus. Déchets, pollution, radiations, déforestation, extinctions, changements climatiques, etc., tout cela laissera des traces durables. Nos lointains descendants, successeurs ou remplaçants, dans plusieurs millions d'années, pourront pointer du doigt (je suppose qu'ils auront quelque chose qui ressemblera à des doigts...) une strate rocheuse au milieu d'une séquence et dire : «Là, c'est la couche de l'Anthropocène, ensuite, immédiatement au dessus, est venu...»

Est venu quoi ?

vendredi 6 janvier 2012

Les vertiges du vieux Goethe dans l'échelle de Ritcher*


«Bâtiment vulnérable aux tremblements de terre - Le Goethe-Institut déménagera» titrait aujourd'hui Le Devoir (article de Frédérique Doyon).
Goethe aurait-il le vertige, tout au sommet de l'échelle de Richter ?
«Le Goethe-Institut déménagera bientôt en bas de la côte du boulevard Saint-Laurent, a appris Le Devoir.» (Lequel l'apprend à son tour à ses lecteurs.)

«Carte simplifiée de l'aléa sismique» (modifiée), Ressources naturelles Canada
G : Gatineau ; M : Montréal. Les deux villes sont dans «l'orangé vif», dernier degré avant le plus élevé dans l'échelle de l'«aléa relatif».


Il me semble avoir rappelé à quelques reprises que nous vivons dans l'une des zones les plus à risques du point de vue sismique au Canada. (Lien particulier et autre lien particulier ; lien général.) «Nous» très inclusif puisqu'il englobe la population de la vallée du Saint-Laurent de l'Outaouais.

«Contrairement à ce qu'on pense, la vallée du Saint-Laurent est l'une des régions à plus haut risque sismique en Amérique du Nord** [...]» (Autre extrait de l'article du Devoir.)

* Le titre de ce post est une allusion ni très subtile ni très heureuse (avouons-le) au roman de Johann Wolfgang von Goethe, Les Souffrances du jeune Werther, paru en 1774. L'œuvre valu à son obscur et novice auteur une renommée instantannée et déclencha, dit-on, une vague du suicides à travers l'Europe.

** Il aurait été plus juste d'écrire «la vallée du Saint-Laurent et de l'Outaouais sont (etc.)»

vendredi 23 décembre 2011

Remplissez le blanc



Pour le temps des Fêtes, faites vos vœux !

Voici une carte de vœux en blanc, ou plutôt une carte de vœux suspendus à trois points de suspension. 

Remplacez les «...» de la carte par ce qui vous plaira : biens matériels ou spirituels, êtres ou voyages. (On peut cumuler.)

Et, dans le pire des cas, avec elle, au moins vous aurez eu votre Noël blanc*!...

* Ce blanc (et noir) est quand même, notez-le bien, en RGB...

samedi 19 novembre 2011

Stromatolites : une faille dans l'explication

Carte : Williams et al., 1984. (Commission géologique de l'Ontario (CGO).)
Failles qui découpent le socle rocheux de la région d'Ottawa. (Si le territoire québécois semble vierge de toute fracture, c'est qu'il s'agit d'une carte publiée par le gouvernement de l'Ontario. Malheureusement, les données disponibles pour la portion du Québec représentée ici datent considérablement. Mais, qu'on ne s'illusionne pas, le Québec n'est pas moins craquelé !...) 



Voir le billet du 18 déc. 2021, « Stromatolites et thrombolites de Westboro à Ottawa »

J'ai déjà écrit que le socle rocheux de notre région est parcouru de failles nombreuses (voir mon billet sur la Faille des Allumetières). Le sujet à lui seul mériterait qu'un billet lui soit consacré, mais, pour l'instant, j'aimerais compléter ma série de posts sur les stromatolites de Gatineau (lien) et d'Ottawa (lien, lien) en tentant de répondre à une question tout simple : pourquoi apparaissent-ils brusquement et pourquoi disparaissent-ils de même ?

Sans détailler la carte ou sa légende (ce qui nous mènerait trop loin), on peut remarquer (détail de la carte, plus bas) que la section du Transitway où affleurent des stromatolites est comprise entre, grosso modo la rivière des Outaouais (à l'W), et une faille (à l'E).

Carte : modifiée de Williams et al., 1984 
Légende (adaptée) 
A : stromatolites du pont Champlain, à Gatineau (voir ce billet) ; 
B et trait orangé : station Dominion du Transitway ; section du Transitway, à Ottawa, où des stromatolites sont visibles ; 
X : faille, Transitway, à l'W de l'ave Parkdale (indiquée par la flèche, voir photos plus bas). 
(Note : l'élaboration de cette carte a précédé de peu la construction du Transitway. J'ai surimposé au document le tracé de la section actuelle du Transitway entre la station Dominion (B) et la faille.)

Ordovicien moyen (472-461 millions d'années)* 
7 : formation de Bobcaygeon ; calcarénite, calcaire 
6 : formation de Gull River ; dolomie, calcaire, shale, grès 

* Les stromatolites se trouvent donc dans la formation 6 (Ordovicien moyen) ; d'autres sources placent ceux de Gatineau (A) dans la formation de Pamelia (Groupe d'Ottawa), de l'Ordovicien inférieur (488-472 millions d'années) supérieur (458-443 million d'années). Ne me demandez pas de trancher un débat entre stratigraphistes diplômés...


À l'E de la faille rehaussée en rouge (celle de gauche), le compartiment de l'écorce terrestre s'est affaissé** ; les stromatolites existent, mais sont sans doute encore plusieurs m sous le niveau de la surface du socle rocheux. À l'W de la station Dominion du Transitway (B), l'érosion a réduit le roc de plusieurs m sous le niveau des stromatolites. Entre ces deux bornes (station et faille), la surface du socle coïncide avec le niveau des stromatolites. De quel beau hasard nous bénéficions !

** Ce qu'indique les petite flèches rehaussées en rouge : elles pointes vers le compartiment affaissé.

Si on prolonge les failles vers le NW, vers Gatineau (Québec), on remarque que les stromatolites du pont Champlain (A), quoique affleurant plus ou moins au niveau de l'eau, appartiennent au compartiment abaissé. L'effondrement de ce compartiment s'est fait de guingois : la pointe SE est plus enfoncée*** que sa partie NW. À cet endroit (A), l'érosion a effectué juste le travail qu'il fallait pour rejoindre les stromatolites. (Une autre hypothèse serait qu'il existe deux couches de stromatolites distinctes...) D'après la carte topographique, les points A et B sont près de la ligne des 60 m d'altitude, le B un peu plus haut, le A un peu plus bas.

*** D'ailleurs, sans élaborer, on remarque que la pointe SE de compartiment conserve un reste de la formation no 7, plus récente que la 6 qu'elle recouvre. Plus au N, on atteint les niveau plus profonds de la formation 6.

L'apparition et la disparition soudaine des stromatolites s'expliquent donc par un jeu conjugué de la tectonique et de l'érosion. Bref, il y a une faille et une lacune dans l'explication !...

Resterait à délimiter l'extension exact de la surface primitivement colonisée par les stromatolites...


Faille dans le calcaire (X orangé sur le détail de la carte de Williams et al. (1984)) ; Transitway, à l'W de l'avenue Parkdale. À gauche (W) : formation de Gull River ; dolomie, calcaire, shale, grès ; à droite (E) : formation de Bobcaygeon ; calcarénite, calcaire.
Le « pli » de l'autobus articulé épouse la cassure de l'écorce terrestre : pure coïncidence ! Photo 22 octobre 2011.

Détail de la faille. Le compartiment de droite (à l'E) s'est affaissé par rapport à celui de gauche, ainsi que l'indique le retroussement des lits. Photo 22 octobre 2011.

Référence (au singulier, puisqu'il n'y en a qu'une)
  • Williams, D.A., Rae, A.M., and Wolf, R.R. 1984; Paleozoic Geology of the Ottawa Area, Southern Ontario, Ontario Geological Survey, Map P.2716, Geological Series-Preliminary Map, scale 1:50 000. Geology 1982.


Ajout, 28 septembre 2012

Voir le billet du 27 septembre 2012 à propos d'un article qui traite des stromatolites de l'est de l'Ontario en général et de ceux du Transitway et du pont Champlain en particulier. Il apparaît, entre autres, que deux niveaux de stromatolites sont visibles au Transitway.