samedi 30 septembre 2017

Plis et plongements dans un marbre (revu)


Billet réécrit le 19 octobre 2017, le lendemain d'un retour sur le site (première visite : 27 août 2017). Cette nouvelle version apporte quelques précisions qui manquaient à l'originale sans modifier le fond du texte.


Photo 1. - Partie ouest d'une tranchée de route dans un marbre gris. Route 366, face au lac Barnes, en Outaouais, env. 2 km à l'est de Ladysmith.
De gauche à droite (de l'ouest vers l' est) : plis déversé dans le marbre souligné par de minces lits d'amphibolites noires précédemment isoclinalement plissées (voir photo 8) ; large filon oblique de granite gris clair ; marbre, à nouveau. La suite (partie est) de la tranchée : photo 2.



Photo 2. - Partie est de la même tranchée de route. Le dyke oblique de granite gris clair de la photo 1 passe au dessus de bandes de marbre contenant de minces lits d'amphibolites noires. Notez le plis isoclinal dans le lit noir, en haut, à droite. Au centre de la photo, en bas : boudins de granite gris clair (photo 3) ; à droite : inclusion d'un gabbro(?) recoupé par du granite gris clair (photo 7).


Résumé

Marbre contenant des inclusions mafiques et granitiques. Les plis et dislocations ont enregistré le transport vers l'ouest de compartiments de l'écorce terrestre il y a plus d'un milliard d'années dans la province de Grenville du Bouclier canadien.
Localisation
Route 366, face au lac Barnes, en Outaouais, env. 2 km à l'est de Ladysmith (60 km au NW du centre-ville de Gatineau, Qc).


Cette tranchée de route dans le marbre est toute neuve, en tout cas très récente. En témoigne l'éclat du marbre blanc. Kretz (1977, p. 27) signale en effet que le marbre dolomitique est d'un blanc éclatant en cassure fraîche, ce qui est le cas ici*. L'affleurement mériterait à plus d'un titre de figurer dans les guides géologiques de la région. Pas seulement parce qu'il est frais, mais surtout par l'aperçu qu'il donne sur l'histoire tectonique de la région.
* L'éclat du marbre n'est pas un indice infaillible. Cependant, le contraste entre les bandes grises et blanches souligne les contraintes tectoniques subies par la roche, et c'est ce qui m'importe ici. 

On reconnaît sans mal le marbre, gris ou blanc se (marbre calcitique ou dolomitique). Les intrusions noires sont des amphibolites (gabbro +/-métamorphisé), très fréquentes dans les marbres et les gneiss de la région. Un grand filon de granite gris clair coupe la tranchée de bas en haut. La tectonique a travaillé les roches de façon très différente de part et d'autre du filon de granite (photos 1-2) :

À l'ouest (photo 1), de minces lits d'amphibolites (en boir) dans un marbre gris sont pris dans un plis déversé pointant vers l'ouest. On note que les amphibolites ont d'abord été plissées de façon serrée (plis isoclinal) avant d'être reprises par le plis déversé (photos 1 et 8).

À l'est (photo 2), le rubanement du marbre blanc et gris plonge vers l'ouest ; les amphibolites sont étirées et plissées. Notez le plis isoclinal dans une amphibolite noire et boudinées (photo 4).

On retrouve inclus dans le marbre, côté est, un train de boudins de granite gris clair (photo 3) et de gabbro(?) (photo 7). Le gabbro a été recoupé par du granite gris clair avant d'être incorporé dans le marbre. J'ignore à quel point tous les granites clairs rencontrés ici sont apparentés, mais ils se ressemblent énormément. (Pour un observateur non averti, le granite gris et le marbre gris sont faciles à confondre.)

Il y a clairement discontinuité de style tectonique de part et d'autre du filon oblique de granite gris clair. Ce dernier recoupe à la fois le rubanement du marbre de la partie est et le plis déversé de la partie ouest. Aucun signe de déformation ou d’amorce de rupture n'est apparent dans le filon de granite massif, ses bords demeurant nets et parallèles. On observe toutefois un rubanement interne parallèle à ses bords. Enfin, à l'ouest, on observe nul boudin de granite ou de gabbro, mais ce peut être un hasard.

Dans sa partie supérieure, les différentes parties de l'affleurement présentent une attitude plus homogène, le flanc supérieur du plis déversé, le filon oblique de granite gris clair et le rubanement du marbre prenant une allure concordante à plongement vers l'ouest. C'est à se demander si le plis déversé n'est pas le résultat du décollement de la partie ouest le long du filon oblique. Le fait que les lits d'amphibolites noires sur le flanc supérieur du plis déversé montrent des plis isoclinaux pareils à ceux visibles à l'est amène à penser que ce plis est tardif, qu'il a repris des éléments déjà plissés de façon serrée.

Les déformations et ruptures visibles ici ont enregistré le transport de compartiments de la croûte terrestre vers l'ouest durant l'orogénie de la province de Grenville il y a plus d'un milliard d'années.

Toutes les photos datent du 27 août 2017.


Références

  • Kretz R., 1977 — Fort-Coulonge - Otter Lake - Kazabazua area. MRNQ, DPV 514, 309 p., with 4 maps, 1:63 630 to 1:7 920.
  • Kretz R., 1997 — Metamorphic crystallization: Exemples from the Ottawa Valley and the Laurentian Highlands. GAC/MAC, Joint Ann. Meet., Ottawa, 1997, field trip guidebook A6, 28 p.




Photo 3. - Un boudin de granite gris clair (visible au bas de la photo 2) dans le marbre ; au dessus, replis d'un mince lit mafique (amphibolite) boudiné.



Photo 4. - Plis isoclinal dans une amphibolite noire. (Voir photos 5-6.)



Photo 5. - Plis et boudinage dans une amphibolite au dessus d'un budin de granite gris clair : gros plan de la photo 4.



Photo 6. - Gros plan des inclusions sombres de la photo 4.



Photo 7. - Détail d'un gabbro (?) non métamorphisé, recoupé, avant d'être inclus dans le marbre, par un granite gris clair. L'inclusion est visible en bas, à droite, de la photo 2.



Photo 8 (ajout 30 sept. 2017). - Plis isoclinaux sur le flanc du plis déversé (photo 1).

vendredi 15 septembre 2017

La carrière Wright à Hull et la CCN






Détail annoté d'une carte publiée dans la brochure Planning Canada's National Capital publiée par la Commission du district fédéral (CDF) en 1948.
RB : ruisseau de la Brasserie ; RO : rivière des Outaouais.
Carrières de calcaire
G1 : carrière Wright ; G2 : carrière Laurentian ; P9 : carrière de la Canada Cement ; P6 et U5 : autres carrières.
P : Parlement (pour situer les choses).
Le parc Jacques-Cartier (angle NE de l'Île-de-Hull) est limité à l'époque aux terrains de la Gilmour and Hughson (voir ces billets) ; le parc du lac Flora (au centre de l'Île ; parc Fontaine depuis 1936 : voir ce billet), amputé de sa partie à l'est de la rue Laval.
Pour les carrières de calcaire dans Hull, voir le billet du 9 sept. 2015, « Calcaires hullois : des cartes et des lacunes » (suivre aussi les liens qu'il contient.


Je viens de dénicher chez un bouquiniste un exemplaire de la brochure Planning Canada's National Capital : An Introduction To The National Capital Plan, publiée par la Commission du district fédéral (CDF) en 1948, en préparation au Rapport Gréber (voir ce billet).

(La CDF est l'ancêtre de la Commission de la capitale nationale.)

La brochure montre, page 33, une carte de la région d'Ottawa et Hull. Par un détail, elle est curieusement en lien avec mon billet du 1er sept. 2017 sur la carrière de calcaire Wright. Intitulée Map showing the FDC's responsabilities in the Urban Area, la carte est très schématique. Elle laisse par exemple la région du lac Leamy en blanc, comme si ce dernier n'existait pas. Il est d'autant plus curieux, considérant cette omission de taille, d'y voir figurer la carrière Wright, à nul titre pourtant un élément proéminente du paysage, sous forme d'un lac fermé (G1). Les auteurs n'ont pas cru nécessaire d'inclure la carrière de la Canada Cement (P9), plus vaste et autrement plus visible. Ils auraient pu ne pas négliger la U5, comparable en dimensions à la carrière Wright et ennoyée elle aussi depuis au moins 1925. Tout ceci rend la présence la carrière Wright sur la carte incompréhensible. 

La question se pose d'autant plus que la carrière ne fait pas partie des propriétés de la Commission. C'est un détail inutile au milieu d'une carte qui ne décrit que l'essentiel.  

La date de publication de la brochure, 1948, peut induire en erreur. La carte a sans doute été dessinée plusieurs années auparavant. En effet, un indice trahit son âge. L'île du ruisseau de la Brasserie (RB) au sud du pont de la rue Montcalm y figure alors qu'elle était disparue avec les travaux de bétonisation des rives en 1938 (voir ce billet). La carte avait donc 10 ans de retard sur la réalité. Le site Ottawa Passé & Présent nous apprend que c'est justement en 1938 que Jacques Gréber reçut le mandat d'élaborer ce qui allait devenir son Projet d'aménagement de la capitale nationale (mieux connu sous le nom de Rapport Gréber). La Deuxième Guerre mondiale bouleversa l'échéancier. La plupart des photos qui figurent dans le Rapport datent d'ailleurs de 1938.

Ceci peut expliquer l'anachronisme de la carte de la page 33. Autre incongruité, le « parc du lac Flora » (au centre de l'Île-de-Hull), sur le site du lac asséché, était le parc Fontaine depuis 1936 (Ouimet, 2017).

La carrière Wright figure aussi sur une carte imprimée en 3e de couverture de la brochure. Donc, sa présence sur la carte à l'intérieur n'est pas accidentelle ; (re)donc, elle est intentionnelle. C'est à se demander si la CDF ne comptait pas l'aménager et l'intégrer à ses plans ? Gérer un lac artificiel entre un boulevard et une voie ferrée, enclavé dans un quartier résidentiel et industriel, n'aurait pas constitué une tâche aisée. Mais on aurait pu parler, avec 50 ans d'avance, de lac de la Carrière...


Bibliographie


  • The Federal District Commission, Planning Canada's National Capital : An Introduction To The National Capital Plan. Prepared by The Information Committee of the National Capital Planning Commitee, Grenville W. Goodwin, chairman, Walter Bowker, director of information; designed and produced by The National Film Board of Canada; november 1948; 48 p.
  • Jacques Gréber, 1950, Projet d’aménagement de la capitale nationale. Imprimeur du Roi. Disponible en ligne : https://qshare.queensu.ca/Users01/gordond/planningcanadascapital/greber1950/index.htm
  • Raymond, Ouimet, « Le parc Fontaine raconté : la petite histoire du parc Fontaine, ancien lac Flora », conférence, 17 août 2017, 19 h, organisée par Gatineau plein air, parc Fontaine, rue Charlevoix, Gatineau, QC.

vendredi 1 septembre 2017

Topographie hulloise : ancienne carrière Wright (billet réécrit)


AJOUT (13 sept. 2017)
Gabriel Machado m'a communiqué quelques précisions sur la carrière Wright. Voir à la fin du texte.

Billet mis en ligne le 1er sept. 2017, réécrit en entier le 11 sept.

À voir : billet du blogue sur les carrières de calcaire à Hull :
9 sept. 2015, « Calcaires hullois : des cartes et des lacunes » (suivre aussi les liens qu'il contient).

Sorte de suite, billet du 24 mai 2019, « La carrière Wright ennoyée, Hull, Qc, vers 1945-1950 ».

La carrière Wrigth, à Hull : un billet réécrit en entier...

Je m'étais en partie fié pour écrire la première version de ce billet sur un site Internet (GeoOttawa ; aucun lien avec Géo-Outaouais) qui offre la possibilité de superposer des photos aériennes de différentes époques à la carte actuelle de la région. Les seules vues aériennes disponibles qui montrent la carrière Wright datent de 1928.

Or, je me suis rendu compte après coup (c.-à-d. après publication de la version initiale du présent billet) que le site ne réalisait pas une superposition exacte des photos de 1928 avec la carte moderne. Le décalage, moins de 50 m, était assez important pour invalider mes propos.

Je ne jette la pierre à personne. J'aurais dû me rendre compte de l'erreur immédiatement. Faute avouée est entièrement pardonnée, surtout quand les torts sont partagés, non ? Il me reste à réparer les dégâts.


Non, je ne jette la pierre à personne.
Petit cristal de pyroxène (Lac-à-la-Perdrix, Qc)

Et à revenir sur mes propos...

Dans sa première version, ce billet affirmait que la carrière Wright continuait à faire sentir son influence sur la topographie de la ville. La dénivellation entre la façade du bâtiment du CISSSO, rue Lois, et le parking, à l'arrière, était censé représenter le rebord de l'ancienne carrière.

Il aurait fallu lire (il aurait fallu écrire) :

La carrière Wright coïncide avec le parking situé derrière le bâtiment du CISSSO, rue Lois ; la carrière a été comblée et ne se remarque plus dans le paysage ; la dénivellation entre la rue Lois et le parking derrière le bâtiment, soulignée par un mur de soutènement, ne correspond pas au rebord de la carrière comme je l'avais cru ; il correspond plutôt à la pente naturelle du terrain qui s'incline vers le ruisseau de la Brasserie ou à l'escarpement qui figure sur les cartes topographiques de 1908/1918* jusqu'à celle de 1956/1958. (Voir « Complément », plus bas.) Jusqu'à quel point l'escarpement et la topographie naturelle des lieux ont été modifiés par l'activité humaine, c'est un point que je ne peux préciser pour le moment.
* Cartes topo : date de cueillette des données/date de publication.

D'ailleurs, les photos aériennes de GeoOttawa ne montrent aucune carrière en 1965 et 1976, ce qui suppose qu'elle avait déjà été comblée à ces dates. C'est ce que corrobore, en gros, les cartes topographiques. Sur les éditions de 1956/1958 et 1960/1963 des cartes topographiques, la carrière apparaît ennoyée. Uyeno, dans un texte paru en 1974, affirme que la carrière était abandonnée et «actively filled in 1961». La carte topographique de 1968/1971 fait cependant réapparaître la carrière, à sec (et active ?). Elle disparaît définitivement des cartes en 1975/1976. À ces dates, ni la carrière ni les édifices actuels ne sont présents. Au lieu, on voit une sorte de terrain vague, des bâtiments épars, des autos stationnées.

D'ailleurs, pourquoi combler une carrière pour, une fois le terrain nivelé avec les environs, la vider pour y construire des bâtiments ?

Donc tout est conforme à la logique et au bon sens. Une carrière a existé, a été abandonnée et le terrain réutilisé pour être intégré au tissu urbain. La carrière Wright, active depuis au moins 1916 (voir « Historique »), a été abandonnée et noyée dans les années 1950 pour être finalement comblée dans les années 1960. 

N'empêche que passer par l'étape d'une carrière à ciel ouvert n'est pas la façon la plus rapide de construire ce qu'il y a de plus plat dans l'architecture urbaine moderne : un parking.


Historique


Les données sur la carrière Wright remontent au début du XXe siècle (Parks ; 1916). La Wrigth and Company produisait de la pierre concassée. Selon Goudge (1935), la Wright Crushed Stone Co. Ltd. produisait de la pierre concassée, de la pierre pour la production de pâte au bisulfite ; elle avait auparavant été exploitée pour la pierre à bâtir. Une autre carrière, la Laurentian Stone Co. Ltd., était exploitée au sud de la carrière Wright (photo 4 et carte 2). J'y reviendrai.


Complément : l'escarpement derrière la Caisse populaire


Un escarpement s'interposait entre la carrière et le boulevard St-Joseph, au moins jusqu'en 1956/1958 si l'on se fie aux cartes topographiques (voir carte 1). J’ignore s’il était naturel ou s’il constituait une extension du front de la carrière (je penche pour la première hypothèse). Dans un cas comme dans l'autre, il explique la dénivellation qui existe entre l’avant (boul. St-Joseph) et l’arrière (rue Lois) de la Caisse populaire. Notez que la vallée du ruisseau de la Brasserie s'étend jusqu'au boulevard St-Joseph et qu'il est conforme aux attentes de voir le terrain descendre de cette artère vers le cours d'eau, de l'ouest vers l'est. L'escarpement peut n'être qu'un élément de la vallée du ruisseau. 


AJOUT (13 sept. 2017)

Gabriel Machado m'a communiqué quelques précisions sur les carrières Wright et Laurentian. Je résume ici le contenu de deux courriels qu'il m'a envoyé :

Les deux carrières qui nous intéressent sont séparées par la rue Amherst. Au nord de celle-ci, la carrière Wright (G1 sur les cartes 1 et 2), traversée par la rue Émile-Bond (anciennement rue Cousineau) ; au sud, la carrière Laurentian, bordée à l'ouest par la rue Crémazie (G2 sur la carte 2).  (Les deux carrières sont visibles sur la photo 4.) En 1945, la carrière Wright était ennoyée et la Laurentian en exploitation. Toutes deux ont été remblayées avec des déchets domestiques entre 1960 et 1965, sans doute par la ville de Hull, mais les informations manquent à ce sujet. Le tout a été recouvert de terre et de pierres. Par la suite, les sites sont demeurés sans utilisation précise jusqu'en 2002, année où ils ont été aménagés en stationnements. Des puits d'évacuation de biogaz ont été installés au dessus des deux carrières. Il n'est pas possible de construire des bâtiments sur ces terrains, à moins d'engager beaucoup de frais. (Source : Gabriel Machado, sept. 2017)

Autres choses encore. J'ai découvert hier (12 sept.) une carte
montrant une carrière Wright ennoyée à l'intérieur d'une brochure de la Commission du district fédéral publiée en 1948 (la carrière Laurentian n'y apparaît pas). Les cartes topographiques, comme je l'indique plus haut dans le billet, montrent les deux carrières ennoyées en 1956/1958. Des photos aériennes, comme je l'indique aussi, datant de 1965 et 1976, montrent des terrains vagues semés de bâtiments épars et de parkings, ce qui indique que le site a eu une utilisation post-dépotoir avant de prendre l'allure actuelle.

Enfin, pour terminer, comme il existe beaucoup de carrières comblées dans la ville de Hull, j'aimerais savoir lesquelles ont servi ainsi de dépotoirs. Plusieurs de ces carrières sont aujourd'hui bâties.



Références

  • Goudge, M.F., 1935 – Limestones of Canada, Their Occurrence and Characteristics; Part III. Canada Mines Branch, Report 755, 278 pages, with maps 756 (Montréal) and 757 (Southern Québec) in pocket.
  • Parks, Wm.A., 1916 – Rapport sur les pierres de construction et d'ornement du Canada, vol. III, province de Québec. Ministère des Mines, Division des mines, rapport 389, 405 p.
  • Uyeno T.T., 1974 – Conodonts of the Hull Formation, Ottawa Group (Middle Ordovician), of the Ottawa-Hull area, Ontario and Québec. Commission géologique du Canada, Bull. 248.



Photo 1. - Carrière de calcaire de la Wright Crushed Stone Co, Ltd., rive gauche du ruisseau de la Brasserie, à Hull. Photo : Goudge, 1935. Vue vers le SE. La carrière était située rue Amherst, entre le boul. St-Joseph et le ruisseau. Correspond à G1 dans la carte du billet du 9 sept. 2015 (voir cartes 1 et 2). La carrière produisait de la pierre concassée, de la pierre pour la production de pâte au bisulfite ; elle avait auparavant été exploitée pour la pierre à bâtir.



Photo 2. - Le même site de nos jours, vue vers le NW : parking du CISSS (Centre Intégré de Santé et de Services Sociaux de l'Outaouais). La carrière est derrière le CISSSO, sous le parking. Le mur de soutènement sur la rue Lois, partie gauche de la photo, s'explique par la topographie du terrain qui s'incline vers l'est, vers le ruisseau de la Brasserie. Photo © Google.



Photo 3. - La carrière de calcaire Wrigth, à l'ouest (à gauche) du ruisseau de la Brasserie, en 1930 ; Photothèque nationale de l'air ( PNA), A2181-30 (détail). Dans le coin sud-est de la carrière, on reconnaît les rails qui rejoignent le fond de la carrière sur la photo 1. Le pont de chemin de fer sur le ruisseau sert maintenant à un sentier récréatif (derrière l'actuelle polyvalente de l'Île) ; l'autoroute 50 et le Rapibus longent aujourd'hui la rive ouest du ruisseau. Le nord est à env. 13 h.



Photo 4. - La carrière de calcaire Wrigth, vers le centre de la photo, en 1927 ; Photothèque nationale de l'air ( PNA), HA246-77 (détail). Le nord est à env. 14 h. De gauche à droite, le quadrilatère dessiné par les artères principales se compose de la rue Montcalm, du boul. St-Joseph, du boul. Montclair et de la rue St-Rédempteur. Une seconde carrière est visible au sud de la Wright : la carrière de la Laurentian Stone Co., Ltd, G2 sur la carte 2.




Carte 1. - Hull, sur l'Outaouais. Carte topographique, «Original survey 1923. Revised 1935.» (Détail annoté, courbes de niveau en pieds). La carrière Wright correspond au no G1 (pour les autres nos, voir le billet du 10 juillet 2013). La carrière apparaît ici doublée à l'ouest par un escarpement, naturel ou artificiel.



Carte 2. - Carte routière, 1964 (détail). Les nos (G1, U5...) correspondent à ceux visibles sur la carte 1, avec ajout de la G2 (Laurentian Stone Co., Ltd., Ottawa ; pierre concassée, four à chaux). La quarry G1 correspond à la carrière Wright, à l'angle Amherst et Crémazie. Le nord est à env. 13 h.

dimanche 27 août 2017

Ruisselets perdus dans l'Île-de-Hull : du nouveau







Carte 1. - Île-de-Hull, 1918. Deux ruisselets se jettent dans dans une baie du ruisseau de la Brasserie (Brewery Creek), au nord de l'île. L'un s'écoule à partir du lac Flora, au centre de l'île ; l'autre dans l'angle NE de celle-ci. La courbe de niveau des 150 pieds (46 m) s'évase près de leur embouchure, comme il est normal dans ce genre de configuration.
Carte topographique, échelle de 1/63 360, 31-G-05, Ottawa (détail). Publiée en 1918. (« Department of Militia and Defence 1908. Reprinted with corrections 1918. Surveyed in 1906. ») Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Cote : G 3400 s63 C37 31-G-05 1918 CAR. Numéro catalogue Iris : 0002684558. http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0002684558


J'ai parlé dans ce blogue du couple de ruisselets qui se jetaient autrefois – ou qui se seraient jetés, toute la question est là ! – dans le ruisseau de la Brasserie, au nord de l'Île-de-Hull. L'existence de ces deux cours d'eau n'est pas tout à fait avérée. Même si j'entretiens un fort parti pris en faveur de leur réalité, il demeure des sceptiques. Mon hypothèse initiale reposait sur une carte publiée en 1915 par la (très sérieuse) Commission géologique du Canada (Jonhston, 1915 ; carte 2). Or, une seconde carte topographique du début  du XXe s. vient conforter l'hypothèse de leur existence (carte 1). Les ruisselets y apparaissent clairement et sans équivoque.

Billets du blogue reliés au même sujet
1er nov. 2015 , « Ruisselet perdu et retrouvé »
7 nov. 2015, « Île-de-Hull : ruisseaux et coïncidences »
1er juin 2017, « Le canal de drainage du lac flora à Hull QC »


Ces ruisselets ont existé, la preuve, ils ont incisé le terrain ! Les courbes de niveau, sur la rive du ruisseau de la Brasserie, forment en effet des échancrures à leur embouchure, ainsi qu'il est normal dans ce genre de situation (cartes 1 et 2).

Les cartes 1 et 2 sont basées sur des levées du Department of Militia and Defence. Qu'elles concordent entre elles n'est donc pas étonnant. Il serait étonnant par contre que deux cartes émises par des organismes officiels contiennent une erreur aussi grosse que celle de faire figurer des ruisselets fictifs dans un territoire urbain habité depuis plus de cent ans. En pleine brousse, loin des zones peuplées, une telle bévue serait pardonnable, mais à un peu plus d'un km du Parlement...

Dans mon billet du 7 nov. 2015, je soulignais le fait que les canaux et canalisations actuels servant à l'évacuation des eaux de pluies s'ajustent parfaitement aux tracés des ruisselets, comme si les ingénieurs avaient prolongé la ligne d'écoulement des eaux vers le ruisseau de la Brasserie (carte 3). Est-ce que les deux ruisselets coulent encore, sous terre, canalisé, cachés à nos yeux ? Ils semblent avoir disparu du paysage dès les années 1920.






Carte 2 Johnston (1915). - On voit les deux ruisselets déjà représentés dans la carte 1 se jeter dans le ruisseau de la Brasserie. Carte « Based on a map published by the Department of Militia and Defence », comme la première.
W.A. Johnston, 1915 – Ottawa, Carleton and Ottawa Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, Carte géologique polychrome 1662, 1 feuille (1/63 360), doi:10.4095/107538






Carte 3. - Île-de-Hull (Gatineau, Québec)
Fond de la carte : Atlas du Canada ; annotations et graphisme : Henri Lessard, 2013-2015.
Légende partielle (version complète dans le billet du 7 nov. 2015.)
Ruisseau de la Brasserie : à l'ouest et au nord de l'Île-de-Hull ;
Rivière des Outaouais : au sud et à l'est de l'Île-de-Hull ;
X : système actuel de fossés et de canalisations ;
X' : cours d'eau intermittent, fossé (Québec, 1984, Atlas de la Ville de Gatineau) ;
4c : ancienne baie visible sur les cartes 1 et 2 ;
4d et 4d' (en bleu) : anciens ruisselets (voir cartes 1 et 2) ;
5b : ancien lac Minnow (schématique), ou lac aux Vairons (parc Ste-Bernadette actuel) ;
5c : ancien lac Flora (schématique), aujourd'hui parc Fontaine ;
Cercle blanc : canalisation déversant l'eau ; cercle noir : canalisation recueillant l'eau.

vendredi 25 août 2017

L'histoire qui s'efface


« L'histoire qui s'efface », article de Patrick Duquette sur les vols de plaques commémoratives dans la région (Le Droit, 24 août 2017) :


« Les gens l'ignorent, mais Champlain a sans doute marché à l'endroit où tu te trouves, insiste Michel Prévost [président de la Société d'histoire de l'Outaouais]. Et on ne peut pas blâmer les touristes, les cyclistes et les piétons qui passent dans le secteur de l'ignorer. Comment veux-tu qu'ils le sachent si on enlève toutes les plaques ? »

Que dire de plus ? S'il faut expliquer aux gens qu'il y a des choses qui ne se font pas... 

(Une petite erreur dans l'article : les deux pagaies de bronze du monument aux Voyageur ne sont pas disparues au début du mois d'août, comme il est suggéré. J'ai signalé leur disparition le 13 juillet dernier à la CCN - qui ne m'a pas répondu. Peut-être est-elle un peu déboussolée ? En consultant la carte des pistes cyclables publiée par la CCN, je constate à l'instant que le parc Brébeuf, où s'élève le monument au père Brébeuf, a été englobé dans le parc Moussette, qui se trouve immédiatement à l'ouest, tandis qu'un nouveau parc Brébeuf apparaît, à l'est, séparé de la statue de son père éponyme, dans le secteur du Pont Noir... Les natifs de l'endroit verront l'aberration sans plus d'explication.)

Un professeur de géologie de l'Université d'Ottawa à qui je signalais le vol des pagaies m'a répondu que ses élèves, quand il les amenait au parc Brébeuf, s'étonnaient de voir les pagaies « encore » là...

Nous en sommes arrivés là...



Photos : monument aux Voyageurs, en 2007 et le 11 juillet 2017 (billet du 13 juillet 2017).