samedi 16 novembre 2013

Retour à la carrière Lang's


Fig. 1. Clair : stromatolites(?) et «other curved shapes of uncertain origin» 
de Fryson (lien plus haut). Sombre : calcaire à stratifications obliques.
(Photo 9 nov. 2013)



Résumé et liens

Stromatolites(?..., etc.) dans un calcaire bioclastique ordovicien (490-445 millions d'années) aux stratifications entrecroisées, à Ottawa.
Localisation
Carrière Lang's, Ottawa ON, angle chemin Lang's et Greenhill Way
45.447135,-75.636441
Voir billet (ce blogue) sur le même site
«Stromatolites ?...», 10 nov. 2013
  Autres billets (ce blogue) sur les stromatolites
«Colonie de stromatolites à Gatineau», 8 nov. 2009
«Stromatolites du Transitway, à Ottawa : suite», 1er nov. 2011
Lien (vers un autre site Internet)
Manor Park: Geology, par W.K. Fyson (site 2G)




Je ne peux me détacher des photos que j'ai ramenées de la carrière Lang's, à Ottawa.

La question de l'identification des ces entités ductiles à l'aspect amiboïde (sauf respect que je leur dois) fossilisées dans le calcaire n'a pas progressé, du moins pas autant que je l'aurais espéré. J'ai mon idée, déjà exprimée dans mon billet du 10 novembre (lien plus haut, dans «Résumé»).

En attendant le fin mot, reste que l'examen des photos révèle des paysages fascinants. À suivre...


Fig. 2. Vue rapprochée du mur de calcaire de la fig. 1.


Fig. 3. Gros plan sur la fig. 2. Cratères arrondis et rouille interne.


Fig. 4. Zoom encore plus rapproché sur la fig. 2. Intérieur rouillé révélé par la chute d'une «croûte» de la pierre. Ça me rappelle la photo d'une autre formation non identifiée (stromatolite ou stromatopore) : voir les deux premières photos de cet ancien billet.


Fig. 5. Nouveau détail de la fig. 2. Les sillons obliques parallèles sont des joints ou fractures creusés par l'érosion. Des débris de fossiles (bioclastes) se sont déposés en couches ou ont rempli les interstices entre les grands éléments aux formes souples. Identifications à venir.


Fig. 6. Vue rapprochée de la fig. précédente. Amas de sédiments s'étaent adapté à l'espace disponible entre les «curved shapes» de Fyson (lien plus haut).


Fig. 7. Gros plan des stromatolites(?) de la fig. 9 du billet du 10 nov. 2013 (lien plus haut). Au dessus, les stratifications du calcaire. (Photo 9 nov. 2013)


Fig. 8. Pour comparaison avec les fig. 1 et 2. © P.-A. Bourque. Légende originale : «Empilement de stromatopores globulaires formant pratiquement 80% de la roche. Un tel empilement se retrouve en général dans la partie arrière-récifale. Silurien de Gotland.» La comparaison des autres stromatopores illustrés par Bourque avec le stromatolite(?) de la fig. 7 montre la difficulté qu'il peut y avoir de distinguer à coup sûr entre stromatolites et stromatopores.

dimanche 10 novembre 2013

Stromatolites ? et aveu d'ignorance (ajouts)


Fig. 1. Détail d'un méli-mélo ordovicien à la carrière Lang's, à Ottawa. Le blanc : graffiti. (Photo 9 nov. 2013)


Résumé

Stromatolites(?..., etc.) dans un calcaire bioclastique ordovicien (490-445 millions d'années) aux stratifications entrecroisées, à Ottawa.
Localisation
Carrière Lang's, Ottawa ON, angle chemin Lang's et Greenhill Way
45.447135,-75.636441
Autre billet (ce blogue) sur le même site
«Démolition méthodique», 9 nov. 2013
Autres billets (ce blogue) sur les stromatolites
«Colonie de stromatolites à Gatineau», 8 nov. 2009
«Stromatolites du Transitway, à Ottawa : suite», 1er nov. 2011
Lien (vers un autre site Internet)
Manor Park: Geology, par W.K. Fyson (site 2G)
Photos
9 novembre 2013, sauf mention contraire.



C'est le guide géologique de l'est d'Ottawa rédigé par Fyson (2004 ; lien plus haut) qui m'a amené à visiter la carrière Lang's. Au sommet de la muraille orientale, on trouve des stromatolites(?..., etc.) qui ne manquent pas, ma fois, d'une certaine allure. Ils forment une couche d'un peu moins d'un m d'épaisseur dans un calcaire ordovicien (490-445 millions d'années). La teinte claire des stromatolites(?..., etc.) et leur structure complexe tranchent avec l'empilement des lamines sombres du calcaire bioclastique grossier qui les recouvre. Les grains, ou bioclastes (morceaux de fossiles brisés) du calcaire comblent les inégalités de la surface supérieure des stromatolites(?..., etc.) et emplissent les interstices qui subsistent entre eux. Ajouter à tout ça quelques coraux isolés.

Des stratifications entrecroisées dans le calcaire ont enregistré les changements de direction des courants soumarins.

«Stromatolite fossils marked by curved, upwardly convex laminations. [...] These and other curved shapes of uncertain origin lie within fine to coarsely fragmental bioclastic limestone.» (Fryson, légende de sa photo no 15, lien plus haut ; le gras est de moi. Voir aussi la fig. 9 du présent billet.)

Les «other curved shapes of uncertain origin» m'embêtent un peu. Je fais mes premiers pas dans le domaine des fossiles – mes sujets de prédilection sont les roches métamorphiques et les déformations tectoniques – aussi, je n'ose pas trop gloser sur ces entités qui dessinent un si bel ensemble convoluté (fig. 2 et 3). Alors, que sont ces autres formes courbes, des stromatopores ? (Voir cet ancien billet.) Ou ?...

Quand les sources mieux informées que lui sèchent devant le problème, que peut le novice ?

Si quelqu'un de plus savant que moi en ce domaine (pas difficile à trouver) savait de quoi tout ça retourne, je lui serait très reconnaissant de rédiger un petit commentaire à ce billet.

J'hésitais à parler de la carrière Lang's parce que je savais que mes descriptions ne seraient pas à la hauteur de l'intérêt du site. Mais on ne risque pas de commettre trop de bêtises en montant quelque chose ou en signalant son existence. Par contre, je dois semer le texte du présent billet de points d'interrogation envahissants.

J'avoue être émerveillé par cette muraille de formes de vie proliférantes où l'on peut surprendre le jeu des courants marins, le roulement de particules transportés par des tempêtes vieilles d'un demi milliard d'années.

Ce qui remet nos petites tempêtes dans un verre d'eau à leur juste place.


Clarification (13 nov. 2013)

«Les stromatoporoïdés (on dit plus simplement stromatopores) sont des organismes aujourd'hui disparus et dont l'affinité biologique a longtemps intrigué les paléontologues. On les a considérés comme des hydrozoaires, des cnidaires ou même des stromatolites, mais aujourd'hui il y a un assez fort concensus [sic] pour les considérer comme un groupe particulier d'éponges, les calcispongiaires, éponges au squelette massivement calcifié.» (Source : P.-A. Bourque.)

Voyez la sixième photo de la page de Bourque («Empilement de stromatopores globulaires...») et comparez avec les fig. 2 et 3 de ce billet.

Les stromatopores sont des organismes benthiques à structure en feuillets qui les rend, du moins à mes yeux, parfois difficiles à distinguer des stromatolites, édifiés par un empilement de lamines successives (voir liens sur les stromatolites dans «Résumé».)

La seule source qui traite de la carrière Lang's (Williams et Telford, 1986), outre celle utilisée pour rédiger le présent billet (Fryson, 2004), décrit un calcaire bioclastique parcouru de stratifications entrecroisées et contenant des stromatoporoïdés.

Les «curved shapes of uncertain origin» de Fryson seraient-ils les stromatoporoïdés de Williams et Telford ? Finalement, y a-t-il aussi de vétitables stromatolites à la carrière Lang’s ? Je n'ose pas me prononcer. Mais le calcaire de la carrière Lang's est assigné par Williams et Telford à la formation de Bobcaygeon, la seule de la région d'Ottawa à contenir des stromatopores (Williams et al., 1992). Elle contient aussi des stromatolites, sans que ce soit un trait distinctif cependant.

Réf. : Williams, D. and P.G. Telford, 1986. Paleozoic Geology of the Ottawa Area. Geological Association of Canada, Mineralogical Association of Canada, Canadian Geophysical Union, Joint Annual Meeting, Ottawa '86, Field Trip 8: Guidebook, 25 p. (Carrière Lang's : site 4-2A.)

Williams, D.A., P.G. Telford, A.D. McCracken and F.R. Brunton, 1992. Cambrian-Ordovician Geology of the Ottawa Region. Geological Association of Canada, Canadian Museum of Nature, CPC-II Ottawa '92, Canadian Paleontology Conference, Field Trip Guidebook No. 2, 51 p.


Fig. 2. Les stromatolites(?..., etc.) dessinant leurs
convolutions sous les stratifications entrecroisées du calcaire bioclastique.


Fig. 3. La couche de stromatolites(?) et des «other curved shapes of uncertain origin» se poursuit sur plusieurs m. J'ai pris les photos sur une petite corniche de moins d'un m de large qui longe la formation des stromatolites au sommet de la falaise (voir fig. 7). Dans un pareil cas, prendre assez de recul pour saisir un large panorama présente un certain danger.


Fig. 4. Détail rapproché des stratifications entrecroisées en haut (changements dans la direction des courants marins).


Fig. 5. Autre détail.


Fig. 6. Stratifications entrecroisées soulignées ou recoupées ici et là par l'érosion le long de lignes de faiblesse.


Fig. 7. Falaise est de la carrière Lang's. Au sommet, à droite : mur d'où proviennent les photos : on aperçoit la zone claire des stromatolites(?..., etc.), etc. de la fig. 2. (Photo 3 déc. 2011)


Fig. 8. Carte topo de 1963 montrant la carrière Lang's, au centre (échelle 1/20 000). L'artère, au sud, est le chemin de Montréal ; l'hôpital Montfort est à gauche. Les courbes de niveau sont en pieds (300 pieds = 90 m).




Fig. 9 (ajout après mise en ligne du billet). Selon Fryson, les structures convexes vers le haut (soulignées en rouge dans la vignette) sont des stromatolites. Pour «le reste», il s'agit, toujours selon Fryson, de ««curved shapes of uncertain origin». Cette photo communique avec le coin inférieur gauche de la fig. 6.

samedi 9 novembre 2013

Démolition méthodique


Construction en pierre calcaire de la carrière Lang's, à Ottawa. Je n'ai malheureusement pas de photo qui la montre en entier. L'autre extrémité du bâtiment était dans un état de conservation symétrique. (Photo 3 déc. 2012)
...

L'état dans lequel je l'ai trouvée aujourd'hui. Avouons que le travail de démolition a été proprement mené : tous les débris ont été rangé à l'intérieur des «murs». Style pré-préfabriqué incontestablement daté, et même vieillot. Le seuil en calcaire a manifestement été pré-usiné sur place. (Photo 9 nov. 2013)
...


Résumé

On annonce un billet prochain sur la carrière de calcaire Lang's, à Ottawa en déplorant la destruction d'un vieux bâtiment.
Localisation
Carrière Lang's, Ottawa ON, angle chemin Lang's et Greenhill Way
45.447135,-75.636441
Lien (vers un autre site Internet)
Manor Park: Geology, par W.K. Fyson (site 2G)



Je n'ai pas d'attestation sûre de l'existence de la carrière Lang's à Ottawa avant 1963 (cf. carte topo). Mais elle existe depuis bien avant cette époque même si je ne peux la dater avec précision. C'est une petite carrière, très modeste comparée aux autres, aujourd'hui comblées et «bâties», qui ont été exploitées dans le secteur à partir de la première moitié du XXe s.

Jusqu'à récemment, on trouvait encore les murs d'une petite construction à l'entrée de la carrière. Plus de toit, une seule pièce, bâtie en pierre calcaire éminemment locale (of course). Par je ne sais quelle négligence, je n'en ai jamais pris de bonnes photos. Sans m'y connaître beaucoup en la matière, il me semble qu'on n'élève plus de construction de cet appareil depuis une centaine d'années.

Une photo aérienne datant de 1965* montre déjà les quatre murs ouverts aux quatre vents.

* Droits de reproduction interdits, je ne peux donc pas l'afficher ici.

En septembre 2012, la maisonnette existait toujours (cf. vue Google Street, plus bas).


Autre vue. (Photo 9 nov. 2013)
...


Est-ce que les murs menaçaient de s'effondrer ? Si c'est le cas, on a, avec beaucoup de soins, mis un terme au péril. Qui est ce «on» ? Les gens du quartier ?, la Ville ?

À ce que je sache, aucun développement n'est prévu sur le terrain de la carrière. Le zonage n'admet que des constructions résidentielles. Est-ce que quelqu'un aimerait ériger sa maison à cet endroit précis afin d'avoir une vue sur un fond de carrière de sa cuisine ?

Je ne trouve aucune bonne raison qui justifie qu'on se soit – non pas sauvagement, puisque le travail a été proprement mené (cf. deuxième et troisième photos) –, mais résolument et méthodiquement attaqué à cette maisonnette qui ne dérangeait personne. Même qu'elle ajoutait un certain cachet à la carrière tout aussi abandonnée que la maison qui veillait sur elle.

Je parlerai une autre fois des mérites (géologiques) de la carrière Lang's (en attendant, voir «lien connexe», plus haut, qui mène à un guide géologique du quartier rédigé par W.K. Fyson). (C'est fait : voir le billet du 10 nov. 2013.)


Carte topo de 1963 montrant la carrière Lang's, au centre (échelle 1/20 000). L'artère, au sud, est le chemin de Montréal ; l'hôpital Montfort est à gauche. Les courbes de niveau sont en pieds (300 pieds = 90 m).
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Calcaire fossilifère de la construction (et de la carrière). (Photo 3 déc. 2012)
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Cette vue de © Google Street datant de septembre 2012 est la plus récente que j'aie montrant la maisonnette encore debout (lignes rouges).
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dimanche 3 novembre 2013

Mine Blackburn à Cantley (ajout)


Mine Blackburn, à Cantley, QC. Calcite rose et apatite turquoise. Le coupe-vent bleu fait ce qu'il peut pour s'harmoniser avec la trouvaille. (Photo 3 nov. 2013.)


Résumé

L'auteur entonne le couplet convenu sur le temps qui passe et la destruction des paysages familiers.
Localisation
Ancienne mine Blackburn (mica et apatite), chemin Blackburn, à Cantley (Québec), au nord de Gatineau.
45.555575,-75.791245
Pour en savoir plus : voir le billet du 7 mars 2012 (exploitation du mica (phlogopite) et de l'apatite). Voir aussi le billet «Skarns : article recyclé», 16 février 2012.



La mine Blackburn, connu aussi sous le noms de mine Vavasour, et ouverte en 1878 à Cantley, fut déjà la plus importante mine de mica en occident. (Voir coupes et plan plus bas.) En 1881, 500 personnes travaillaient, à la mine elle-même ou aux ateliers de traitement du mica. C’est aussi la plus profonde des mines de la région : une des tranchées atteignait 200 m de profondeur. La mine cessa ses activités en 1964. Sa fermeture mit un terme à l’exploitation du mica en Outaouais. (Tiré du billet «Histoire minière de l'Outaouais II», 7 mars 2012, lien plus haut.)

En vingt ans, j'ai visité la mine Blackburn à cinq reprises tout au plus.


Mine Blackburn : géologie (Hogarth, 1972) ; couleurs : votre serviteur. La «roche à silicate calcique» est une métapyroxénite, ou un skarn.


La première fois, c'était au début des années 1990. La mine était abandonnée depuis presque trente ans. Il suffisait de s'enfoncer dans le bois pour découvrir des tranchées étroites profondes de plusieurs mètres. J'ai jugé prudent de ne pas tenter la chance, craignant autant la descente que la remontée qui s'ensuivrait(?). Un énorme chien fou avait couru de loin pour... jouer avec moi. Très mauvais chien de garde qu'il faudrait dénoncer à ses propriétaires.

Lors de la seconde visite, dans la seconde moitié des années 1990, j'ai trouvé les tranchées comblées. Il restait les fondations des bâtiments de la mine (peut-être même une cabine, ma mémoire est floue sur ce point). Une vaste surface était couverte par des débris de roches roses (calcite) et vertes (pyroxénite) provenant sans doute des haldes*. Un collectionneur de cristaux ou de roches pouvaient encore espérer rapporter quelque chose de son expédition.

* Haldes : tas de roches stériles rejetées durant l'exploitation d'une mine.

J'y suis retourné à deux reprises en juin et juillet 2001, explorer les environs et faire des relevés aux pas et à la boussole.

Novembre 2013, le site est en développement : les rues sont tracées, les terrains vendus ou déjà construits. Les haldes de la mine servent de remblais aux rues et aux entrées de garage. Pour l'instant, la collecte de minéraux est encore possible, les observations aussi, mais, bientôt, tout sera pelousé et asphalté.

Le long du chemin Blackburn, les vieilles demeures campagnardes, les premiers pavillons de banlieue qui datent déjà de plus d'une génération ont été rejoints par de démesurées demeures de briques rosâtre. Les chiens sont tenus en laisse.

On n'arrête pas le progrès, l'étalement urbain ou l'oubli. Chacun son histoire, chacun ses regrets.


Galeries de la mine Blackburn, modifié de Van Velthuizen (1998).


Références

  • Hogarth D.D., Moore J.M., dans : Baird D.M. (compil. et édit.), 1972 — Géologie de la région de la Capitale nationale. Commision géologique du Canada, livret guide bilingue, 24e congr. géol.
  • Van Velthuizen, J., 1998, The Gow (Blackburn Mine, Cantley, Québec). Gratitude Press Canada, 214 p., reliure spirale.


«Roche à silicate calcique» verte (ici, du pyroxène) recoupée par un filon de calcite rose (cf. carte géologique plus haut). (Photo 3 nov. 2013.)


Livrets de mica (phlogopite) large de plus de 30 cm dans une masse de calcite semblable à celle de la photo plus haut. (Photo 3 nov. 2013.)


Plis dans le gneiss à biotite (cf. carte géologique). Débris de skarn et de calcite rose au sol. Les environs sont jonchés de feuillets et de paillettes de mica. (Photo 3 nov. 2013.)


Ajout (4 nov. 2013)

Vieille (1914) carte géologique de la mine Blackburn (dite aussi mine Nellis et Vavasour). La compréhension de la géologie ayant évolué, la légende est devenue en partie obsolète. Les contours des formations et la cartographie elle-même restent cependant valables. La carte a aussi un intérêt historique. Comparer avec la carte de Hogarth (1972), plus haut.



Mine Blackburn (ou Vavasour, ou Nellis, comme ici) à Cantley (Stanfield, 1914.) Les «mica-bearing veins» sont des filons de calcite rose contenant, outre le mica (phlogopite), de l'apatite.
Tirée de : J. Stanfield, 1914 — «Excursion A8 : gisements minéraux du district d'Ottawa», in : Excursions aux environs de Montréal et d'Ottawa. Commission géologique, Livret-guide no 3 (excursions A6, A7, A8, A10, A11), Ottawa, Imprimerie du Gouvernement, 1914.

vendredi 1 novembre 2013

Kingston et les formes de Gaïa



Discordance Protérozoïque/Paléozoïque du lac Beauchamp, à Gatineau (Québec). (Photo nov. 2010) A) Granite gneissique ; plus d'un milliard d'années (province géologoque de Grenville, Bouclier canadien) ; B) Discordance d'érosion ; C) Grès de Nepean ; environ 500 millions d'années (plate-forme du Saint-Laurent). Voir ce billet (même blogue) pour plus de détails.


Résumé
On traite encore du Bouclier canadien (plus d'un milliard d'années dans notre secteur), des sédiments marins, grès et calcaire, qui l'on recouvert il y a 500 millions d'années. À certains endroits (nommés ici), le contact (discordance) entre le socle et la couverture sédimentaire est visible. On peut alors observer les ondulations du continent tel qu'il était il y a un demi milliard d'années.
Localité
Au NE de Kingston (Ontario), autoroute 401, 200 m à l'ouest du viaduc de la route 15

44.288108,-76.432368
Autres localités cités : Kanata, ON, et le lac Beauchamp, Gatineau, QC (liens dans le texte).


Au fil des mois, plusieurs billets sur la discordance Protérozoïque/Paléozoïque du lac Beauchamp, à Gatineau, ainsi que sur celle, de même nature mais un peu dissimulée, de Kanata, à Ottawa, se sont accumulés dans le blogue.

Voici un lien vers un article signé Herb Helmstaedt (Frontenac News, hiver 2011, no 59) sur une discordance similaire au NE de Kingston (Ontario), sur la 401, à l'ouest de la route 15. (Affichez le no du Frontenanc News, faites défiler jusqu'à l'article «What’s in a Name? The Frontenac Arch», ou utilisez le sommaire de la colonne à gauche de l'écran.)

Gatineau, Kanata ou Kingston, c'est toujours la même discordance que l'on suit, celle qui souligne le contact entre le socle précambrien du Bouclier canadien (province de Grenville), vieux de plus d'un milliard d'années, et les sédiments marins de la plate-forme du Saint-Laurent qui ont commencé à s'y déposer il y a environ 500 millions d'années (Cambro-ordovicien ; Paléozoïque). C'était en des temps plus heureux, alors que notre continent chevauchait l'équateur.

À Gatineau et à Kanata (dans la basse vallée de l'Outaouais), les eaux, d'abord peu profondes, ont déposé des sables (grès du Cambro-ordovicien) puis, à mesure qu'elles s'approfondissaient et gagnaient sur le continent, sur le bouclier précambrien, le calcaire (à l'Ordovicien) s'est précipité et accumulé.

À Kingston, les choses se passées un peu différemment, et plus tardivement. La mer, avant d'atteindre l'emplacement de la future Kingston, a dû être assez haute pour franchir un obstacle, l'arche de Frontenac (le court bras du Bouclier canadien qui retient les Adirondacks ; voir l'article de Helmstaedt pour des cartes et de plus amples explications). Un fois cette barrière surmontée, elle a déposé directement sur le socle précambrien le calcaire (Ordovicien moyen, vers 470 Ma) que nous observons près de la 401, faisant ainsi l'économie de l'étape du grès de Nepean.



Discordance Précambrien/Paléozoïque, autoroute 401, à l'est de Kingston (Ontario), 200 m à l'ouest de la route 15. O : calcaire de l'Ordovicien moyen (plate-forme du Saint-Laurent, 470 Ma) ; Pc : granite du Précambrien, province géologique de Grenville, Bouclier canadien (plus d'un milliard d'années) ; ligne blanche : discordance (dépôt de l'O sur le Pc) représentant la surface du contient il y a un 470 millions d'années ; on voit que les couches sédimentaires épousent le relief du Bouclier. La discordance est dans un îlot ceinturé par la 401 et une bretelle d'accès.


Dans les trois cas, à Kingston, près du Saint-Laurent, comme dans la basse vallée de l'Outaouais, la discordance épouse la forme du relief d'il y a 500 millions d'années. La ligne blanche visible sur la deuxième des photos qui suivent représente donc un relief vieux d'un demi milliard d'années, le continent tel qu'il était il y a un demi milliards d'années.

Si on ne s'étonne pas que les roches subsistent si longtemps, voir les formes de Gaïa surgir intactes du passé lointain aurait tendance à m'émouvoir quelque peu.





Partie est de l'affleurement de la 401. La roche noire qui recoupe le granite rouge est probablement un dyke de diabase du faisceau de Kingston, âgé de plus de 900 Ma. Ces dykes se caractérisent par leur direction NW à N.


Ajout de dernière minute.

Autre post sur le même sujet : «A Billion Years by the Side of the Road», par Doug Bond.