mardi 10 novembre 2020

Anciennes carrières à Hull et mystères résolus




Figure 1. - Rive nord de l'Outaouais à Gatineau, depuis les îles du parc Brébeuf (à gauche) jusqu'à la baie Squaw (à droite). Voir autres figures pour détails. Photo © Bing 2020.


La carte de McGrath (1885 ; voir « Source », plus bas) que je viens de découvrir à BAnQ (fig. 4 et 5) contient une mine d'informations sur l'histoire de la ville de Hull (aujourd'hui Gatineau, Qc). Pour l'instant, contentons-nous de trois heureuses pépites : deux mystères résolus plus une surprise.

Allons-y dans le sens du courant de la rivière des Outaouais, de l'ouest vers l'est.

Premier mystère résolu (fig. 2 et 4). - Le petit chenal près de la rive du parc Brébeuf, à Val-Tétreau, entre la rive et une plate-forme rocheuse, n'a jamais cessé de m'intriguer. Je lui cherchais des causes naturelles (érosion) sans trop de conviction. Rien ne justifiait sa présence dans le paysage, il coupe à travers les diaclases du socle rocheux. Interrogations désormais sans objet : il s'agit du chenal artificiel d'un glissoir (slide) pour le passage des billes ou des cages de bois. 

De l'entrée à la sortie du glissoir, le chenal mesure environ 12 m x 360 m. Dans l'état actuel, il serait inutilisable. Selon la carte, il aurait appartenu à la E.B. Eddy, mais ce n'est pas clair

Comme ce « glissoir » a deux entrées, je suppose qu’il servait à réunir les billes flottantes ; davantage un chenal qu’un glissoir comme tel ? Quand même bizarre que personne ne se souvienne de ce glissoir... 

(Diane Aldred (1994, p. 87) affirme que la construction d'un batardeau devant les chutes des Chaudières en 1868 aurait réduit la puissance des rapides en amont par la hausse du niveau des eaux de la rivière. Est-ce que la réduction de la puissance des rapides aura diminué la nécessité de ce glissoir ? Hypothèse que je lance comme ça... Ce qui est étrange, c'est qu'aucune autre carte ne montre ce glissoir.)

La surprise (fig. 2 et 4). - Le chenal longeait une carrière dont je n'avais jamais entendue parler. Aucune source ne la signalait. Je l'ai ajouté à ma carte des carrières de la ville de Hull (voir mon billet du 9 sept. 2015, « Calcaires hullois : des cartes et des lacunes »).

Le second mystère à présent (fig. 3 et 5). - Depuis longtemps je cherchais à situer précisément une carrière abandonnée que les textes situaient sans en donner d'autres indications près de la baie Squaw, au sud de l'UQO. Sur les cartes des anciennes carrières que j'avais élaborées, je l'avais placé un peu trop au nord, tout en notant dans le texte que cette position était approximative. (Carrière U9 sur ma carte du billet du 9 sept. 2015, lien plus haut.)

Voici ce flou supprimé par ce « QUARRY » sur la carte de McGrath (fig. 5), près de l'endroit où l'on trouve une dépression anguleuse inondée. J'avais pourtant bien supposé que cette dépression avait à voir avec la carrière, mais j'avais préféré me fier aux indications imprécises des sources. Voilà à la fois une bonne leçon (je devrais davantage me fier à mon jugement) et une heureuse conclusion. Affaire classée. (J'ai modifié ma carte des carrières de la ville de Hull en conséquence.)

La carte de McGrath contient une foultitude d'informations surprenantes de ce genre. Je n'ai pas épuisé ses ressources. J'y reviendrai.

Depuis mon enfance ce coin de Hull m'intriguait. J'essayais de justifier la présence du chenal et de l'île par des phénomènes naturels, sans y parvenir. Je suis heureux d'avoir enfin la solution de ce problème qui me turlupine depuis des lustres.


Sources

  • Diane Aldred, Le Chemin d'Aylmer : une histoire illustrée / The Aylmer Road: An Illustrated History. L'Association du patrimoine d'Aylmer, Aylmer, Heritage Association, photographies par Alan Aldred, traduit de l'anglais par Claude Leahey et Rodrigue Gilbert, 1994, 256 p. ISBN 0929114124
  • Bolton McGrath, Plan of the northern shore of the Ottawa river from the western boundary of the city of Hull to the Gatineau river. 1885, BAnQ : https://numerique.banq.qc.ca:443/patrimoine/details/52327/3474338



Figure 2. - Rivière des Outaouais près du parc Brébeuf, à Gatineau. La plate-forme calcaire (à gauche, en gris) qui m'avait toujours intriguée est une ancienne carrière ; le chenal, pour l'existence duquel je n'avais jamais réussi à trouver une explication naturelle, est artificiel (voir figure 4). Le second chenal entre l'île au centre et la plate-forme à gauche est un chenal secondaire (voir encore la fig. 4). Photo © Bing, 2020.
La première version du billet ne contenait pas la bonne photo.




Figure 3a. - La baie squaw, au sud de l'UQO à Gatineau, un peu à l'est du parc Brébeuf, avec l'île Yvette-Naubert à son entrée (voir fig. 1). La petite dépression carrée au centre de la photo, rive nord de la baie, correspond à une ancienne carrière de pierre calcaire, sans doute la carrière U9 de mon billet du 9 sept. 2015, (lien dans le texte). (Voir la QUARRY de la fig. 5.) Photo © Bing 2020.




Figure 3b. - La carrière semble accessible par le bois via la piste cyclable. Photo © Google 2020.




Figue 4. - Carte de McGrath (1885 ; détail). ATTENTION, LE NORD EST EN BAS ! L'EXCAVATED CHANNEL (à droite) correspond au chenal (visible sur la fig. 2) d'un glissoir (SLIDE). Un chenal secondaire a été créé entre la petite île au centre et la plus grande à droite. La QUARRY, à l'extrême droite, m'était inconnue : elle peut expliquer la plate forme rocheuse à cet endroit. 

Texte sur la carte : OLD DAM, SLIDE, ISLAND, ISLAND COVERED AT HIGH WATER, EXCAVATED CHANNEL, QUARRY.




Figure 5. - Carte de McGrath (1885 ; détail). ATTENTION, LE NORD EST EN BAS ! La baie Squaw (nom actuel), et une QUARRY sur sa rive nord qui correspond sans doute à la carrière U9 de la carte de mon billet du billet du 9 sept. 2015, « Calcaires hullois : des cartes et des lacunes » (lien dans le texte). La carte de McGrath me permet de la situer enfin avec précision. L'île Yvette-Naubert (nom actuel) à l'entrée de la baie. 


Photos suivantes (sept. 2019) : panorama de la plate-forme et du chenal, de l'ouest vers l'est, en suivant le sens du courant.




Le chenal et la plate-forme de l'ancienne carrière.




Le chenal. Vue vers le sud, vers Ottawa.




Même chose, plus à l'est. Les diaclases, visible sous l'eau, n'ont aucune commune orientation avec le chenal, ce qui exclut une origine naturelle (érosion par élargissement de diaclases).




Vue sur la petite île.




Le tracé du chenal est bien visible ; tout est calme mais les rapides entre l'île et le rivage sont normalement très impétueux.


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