samedi 5 octobre 2013

Grès de Nepean à Gatineau : safari-photo



01. Nous voilà prévenus !...


Résumé. – On parle ici d'un escarpement, parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpîtal, à Gatineau (Québec), dans le grès de Nepean (Paléozoïque, 500 millions d'années), de blocs erratiques déposés à la fin de la dernière glaciation (12 000 ans), de la mer de Champlain (12 000 - 10 000 ans) et du proto-Outaouais (10 000 - 5000 ans). Ce billet est une suite (liens plus bas). 
Voilà, c'est tout. Plus long, ça ne serait plus un résumé, mais un exposé.

Sauf indication contraire : toutes les photos, 28 sept. 2013.


Habituellement, je fais en sorte que chacun des billets du blogue soit indépendant, autant que faire se peut quand il s'agit d'une série consacrée au même site. Cette fois-ci, j'y renonce. La lecture des billets des 14 et 26 septembre est nécessaire à la pleine compréhension du safari-photo que je vous présente aujourd'hui. Il est inutile que je m'attarde ici à redire en de nouveaux mots ce que j'ai déjà dit sur le grès de Gatineau (grès de Nepean, pour vous donner son nom officiel) et d'expliquer le contexte général qui fait l'intérêt du parc de l'Oasis. Reportez-vous aux premiers billets, notamment pour les cartes :




02. L'escarpement du parc de l'Oasis, vu du boul. de l'Hôpital. Le grès discrètement, rouille dans l'ombre. C'est déjà un miracle que personne n'ait pensé à bétonner le roc. (Photo 15 juin 2011.)



03. Parc de l'Oasis (partie sud) ; la boussole donne le nord, à droite. Partout, les glaciers ont poli le grès, pas au point d'effacer leurs propres traces. Les stries glaciaires indiquent que la glace s'est écoulée du NW vers le SE (du coin supérieur droit vers le coin inférieur gauche de la photo).



04a. Parc de l'Oasis. Le grès de Nepean (ainsi nommé d'après la localité type, à l'ouest d'Ottawa), après tout, n'est que du sable cimenté sous l'eau il y a 500 millions d'années. Des galets anguleux de quartzite provenant du Bouclier canadien, emprisonnés dans la matrice sableuse, ont eux aussi été arasés par les glaciers.



04b. Parc de l'Oasis. Lits de galets enfouis sous les couches de sables ultérieures (en haut et en bas ; les galets sont blancs ou gris). Évaluer la force des courants nécessaires à déplacer ces gros morceaux de roche.



05. Parc de l'Oasis. Tout le long de l'escarpement, le grès est faillé et crevassé. Les crevasses principales, longues de plusieurs m, sont parallèles au rebord de l'escarpement. Les cassures sont «récentes» (ne me demandez pas de préciser davantage) et présentent des arêtes anguleuses. Les failles s'agrandissent, des quartiers de grès se détachent, glissent et penchent vers l'ouest (voir fig. 07). Sur des photos aériennes datant de 1965 alors que tout le secteur était agricole, les crevasses étaient déjà présentes. Ceci leur donne un âge minimum ; elles datent sûrement de plus longtemps.



06. Parc de l'Oasis. Bloc de granite (ou de gneiss granitisé, la surface altérée ne permet pas d'être très affirmatif), presque englouti par une fracture ouverte sous lui. Le même bloc a été (mieux) photographié par Alain P. Tremblay (voir la fig. 2 du billet du 26 sept., lien plus haut).



07. Nord du parc de l'Oasis. Quartier de grès détaché de la falaise, mais demeuré debout. La surface originelle, à gauche (ouest), longuement exposée aux éléments, a été météorisée et l'érosion différentielle a fait ressortir la succession des lits sableux. 



08. Champ au nord du parc de l'Oasis, près de l'escarpement. Till glaciaire, riche en sable et galets. (cf. le till de St-Colomban, fig. 4bis du billet du 26 sept., lien plus haut.) À partir de cet endroit, vers le nord et le NE, le sol s'épaissit et les affleurements rocheux plus rares.



9a.



09a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Les blocs sont des sujets peu photogéniques. Sur les clichés, ils paraissent invariablement plus petits qu'ils ne sont, banalisés et insignifiants. La plupart des blocs du secteurs sont des granites ou des gneiss plus ou moins granitisés et plus ou moins recouverts de lichens. Ils sont arrondis et proviennent du Bouclier canadien tout près. J'ai vu, assez loin de la falaise, un bloc anguleux de grès local. Arrachage artificiel ou débitage naturel ? (Voir fig. 5 du billet du 26 sept. 2013, lien plus haut.)
On peut calculer la croissance des lichens en examinant des photos prises à 11 ans d'intervalle d'un bloc erratique du parc de la Gatineau : billet du 6 août 2011.



10. Champ au nord du parc de l'Oasis, à l'est de l'escarpement. «Gouttières» dans le grès, orientées NNW. Les rebords sont émoussés, ce qui trahit un «certain âge» - encore une fois, ne me demandez pas de préciser. On remarque que le grès, loin de la falaise, n'est pas faillé.



11a.



11a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Bloc sur une surface de grès dénudée ; plus grande dimension env. 1,80 m. Il a déjà été photographié (avec de meilleurs résultats) par Alain P. Tremblay (voir fig. 1 et 8 du billet du 26 sept. 2013, lien plus haut). Il s'agit d'un gneiss étonnamment net comparé aux autres blocs des environs aux surfaces saturées de lichens. Il y a indubitablement eu des blocs qui ont été dégagés et déplacés «récemment» par rapport aux autres. La cassure du bloc, à droite sur la photo 9a, est parfaitement fraîche. (Comparez avec le granite en 9b.)


11c. Champ au nord du parc de l'Oasis. Socle de grès et ruisseau.



12a.



12a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Autre souvenir du temps des glaciers : train de fractures de broutage, causées par le choc répété d'une roche emprisonnée dans la glace qui progressait (fractures concaves). Le mouvement de la glace est toujours NW-SE (de la droite vers la gauche, obliquement, en suivant l'axe du train). Voir le billet du 28 nov. 2009.



13a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Ruisseau. À l'évidence, l'érosion par l'eau a emporté les particules fines du till, révélant ainsi les galets et blocs qui y étaient dissimulés.



13b.


14a. La silhouette du bloc de la fig. 11 est visible à la droite du centre de la photo. Le grès est étonnamment plat : les strates régulières dont il est formé explique sans doute le phénomène. Sur le Bouclier canadien, au nord, les mêmes glaces ont sculpté un relief en roches moutonnées dans des gneiss et des granites.



14a et b. Talus au nord du parc de l'Oasis. Au sommet, surface plane exploitée par les agriculteurs. C'est le rebord de la couche d'argile laissée par la mer de Champlain (12 000 – 10 000 ans). En bas du talus, nous sommes dans la zone déblayée par l'ancêtre de la rivière des Outaouais (proto-Outaouais) entre 10 000 et 5000 ans (voir billet du 26 sept., lien plus haut). Le fait que le till glaciaire (fig. 8) et même le socle gréseux sous jacents à l'argile soient exposés prouve que le déblayage a été ici assez efficace.
Bref, nous sommes ici près du rivage du proto-Outaouais, à plus de 2 km au nord de la rivière actuelle.


15. Talus au nord du parc de l'Oasis ; vue vers le nord. Ce haut plateau d’argile cultivé, morceau de campagne en pleine ville, est le fond de la mer de Champlain, au sommet de la ville...
 


Sorte de conclusion

L'escarpement du parc de l'Oasis est au sud et à l'ouest d'un talus abrupt dans l'argile de la mer de Champlain. La différence d'altitude entre le bas du talus et le sommet correspond à la couche de glaise marine qui a été emportée par l'ancêtre de la rivière des Outaouais, beaucoup plus large que l'actuelle, entre 10 000 et 5000 ans avant aujourd'hui (voir billet du 26 sept. 2013, lien plus haut).

Pour fouler le fond de la mer de Champlain, il nous a fallu partir du fond de (l'ancienne) rivière des Outaouais, et grimper. Le monde à l'envers !


Chronologie locale

  • 80 000 - 12 000 ans : dernière glaciation (glaciation du Wisconsinien) ; till glaciaire, blocs erratiques ;
  • 12 000 - 10 000 ans : mer de Champlain ; dépôt d’un épais manteau d'argile ;
  • 10 000 - 5000 ans : proto-Outaouais : érosion locale de l’argile marine ;
  • Depuis 4700 ans : l'Outaouais confiné à ses proportions actuelles.

samedi 28 septembre 2013

Atlas de la Ville de Gatineau


C'est nouveau ?

L'Atlas de la Ville de Gatineau permet des zooms encore plus détaillés que ceux de Google.

Je viens de le découvrir. Des heures de plaisir en perspective...


© Atlas de Gatineau.
Parc Laflamme (?), Gatineau (Québec). Vue sur le bloc erratique visible dans les figures 1 et 8 du billet précédent (centre de la photo).

jeudi 26 septembre 2013

Grès de Nepean à Gatineau + blocs erratiques (ajouts)


Fig. 1. Socle de grès dénudé au milieu des champs et bloc erratique (Gatineau, parc Laflamme, au N parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpital). M'étonnerais beaucoup qu'il soit là comme une cerise oubliée sur un plateau depuis la fin de la dernière glaciation... N'empêche, la question qui nous vient immédiatement à l'esprit : mais où est donc passé le reste du till glaciaire qui devait recouvrir le secteur ? Voir la fig. 8 pour un autre point de vue. Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Résumé (ajouté après coup). – On parle ici du secteur du parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpîtal, à Gatineau (Québec), du grès de Nepean (Paléozoïque, 500 millions d'années), de blocs erratiques déposés à la fin de la dernière glaciation (12 000 ans), de la mer de Champlain (12 000 - 10 000 ans) et du proto-Outaouais (10 000 -5000 ans). Ce billet est une suite (lien immédiatement plus bas). Voilà, vous avez tout.


Dans mon billet du 14 septembre dernier, j’ai parlé d’activités de prospections dans les années 1930 sur un plateau de grès, à Gatineau, limité à l’ouest par un escarpement (fig. 3). Le tout était perdu au milieu de ce qui était à l’époque des terres bordées par des champs et des champs bordés par des terres. Aujourd’hui, l’escarpement s’étire comme un lacet entre des parkings et des fonds de cours (fig. 7). Le rebord du plateau est occupé par un parc étroit, le parc Oasis (nom très local et très descriptif, n’est-ce pas ?). Même si les analyses avaient montré que le grès avait la pureté nécessaire à la production de sable destiné à l’industrie du verre, aucune exploitation ne fut entreprise. Le terrain appartenait à un certain Xavier Laurin.

Alain P. Tremblay, arrière-petit neveu de M. Laurin, me disait récemment que, quand il était petit, alors que l’urbanisation n’avait pas touché le secteur, il se trouvait un champ de blocs erratiques au nord de l’escarpement. (Conversation à l'origine du billet du 14 sept., lien plus haut.) Comme je lui répondais que les blocs devaient sans doute avoir été emportés ou détruits depuis – un boulevard, un hôpital, un quartier résidentiel, ça change le paysage –, il me répondit qu’au contraire, ils existaient toujours. Pour venir à bout de mon incrédulité – disons plutôt de ma surprise –, il m’en a transmis les photos toutes récentes que vous voyez ici.

(Selon certaines cartes, les blocs seraient au parc Laflamme. Les cartes récentes laissent cependant le parc anonyme.)


Fig. 2. Le grès près de l'escarpement est parcouru de fissures. Celle-ci a failli engloutir un bloc erratique de bonne taille. Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


J’irai voir ce champ urbain semé de blocs erratiques dès que possible. La présence de ces blocs m’intrigue : pourquoi sont-ils si nombreux, ou apparents, à cet endroit, et pas ailleurs ?

La carte des dépôts meubles (fig. 4) donne peut-être un indice. Les terrains en vert-de-gris (unité no 8) sont couverts de sédiments laissés par l’ancêtre de la rivière des Outaouais, le proto-Outaouais qui s’est établi dès le retrait de la mer de Champlain il y a 10 000 ans. Presque tout Gatineau (secteur Gatineau) était sous la rivière à cette époque. Les précurseurs des Grands-Lacs se déversaient alors dans l’Outaouais par un exutoire qui passait par le lac Nipissing. Le débit de la rivière a pu atteindre 200 fois celui du cours d'eau actuel (Gilbert, 1994, p. 7). L’argile de la mer de Champlain (en bleu, unité no 3) a été en partie déblayée par le courant, au point de mettre à nu le till glaciaire et, même, le socle rocheux (R et R, surfaces roses).

Les lignes dentées sur la carte suivent les contours des terrasses créées par le proto-Outaouais. Elles permettent de mesurer l’ampleur de l'ancien cours d’eau.

Les blocs, tout erratiques qu’ils étaient, eux, n’ont pas été remué par ce remue-ménage. L’argile disparue, les éléments plus fins du till itou, les blocs ont été dégagés par l’érosion fluviatile. Puis, la rivière s’est progressivement réduite à ses proportions actuelles qu’elle a atteintes il y a 4700 ans. Je doute cependant que les blocs de notre champ soient demeurés dans leur position originale depuis ce temps. Les cultivateurs ont dû en déplacer quelques-uns qui gênaient les travaux agricoles – sans parler des défricheurs.


Fig. 3. Carte de Cole et Carnochan (1934). La région qui nous intéresse ici est la Laurin Silica Property, à gauche. Potsdam sandstone = grès de Nepean dans notre texte.


Fig. 4. Même secteur qu'à la fig. 3. Détail annoté de la carte de Richard et al. (1978)
Légende (simplifiée)
Récents. – 10 : dépôts organiques ; humus, tourbe ; 9 : dépôts fluviatiles récents ; sable, matières organiques.
Post-Champlain. – Dépôts fluviatiles de chenaux abandonnés de l'Outaouais : silt, argile (8) et sable (7).
Dépôts de la mer de Champlain. – Faciès sub-littoral, sable (4) ; faciès d'eau profonde ; argile, silt (3).
Pré-Champlain (dépôts glaciaires). – 1 : till.
Roche en place. – R : Paléozoïque ; calcaire, dolomie, grès, shale ; R : Précambrien, complexe métamorphique-plutonique. (Note. – Les R et les R sont intervertis sur la cartes à certains endroits. Par exemple, le R au sud du X blanc devrait être un R. Pas la seule carte de sa série à déconner... Voir ici et ici.)
L : zones de glissements de terrain  ; ligne dentée : talus de terrasse fluviale ; ligne piquetée : escarpement dans la roche en place ; B noir : lac Beauchamp.
Pour ce qui suit, voir la fig. 7. H blanc : hôpital de Gatineau (qui n’existait pas en 1978) ; X blanc : champ de blocs erratiques ; l'escarpement dans le grès passe entre H et X.


Fig. 4 bis (ajout, 4 oct. 2013, tant qu'à accumuler la documentation...) Détail annoté de Lajoie (1967)
Légende (très simplifiée). Pour tous les sols : nom du sol ; texture ; matériau originel
Sols du site de l'escarpement de grès dont il est question ici
Cb. St-Colomban ; loam sableux et rocheux ; till non calcaire. D. Dalhousie ; loam argileux ; argile. Pc. Pontiac ; loam limoneux à loam argilo-limoneux ; limon mince sur argile. X. Éboulis, berges escarpées et ravinées ; surface argileuse ; terrains éboulés ou varinés.
Autres sols de la zone couverte par la carte
Au. Alluvion, non différenciée ; surface sableuse ; alluvion récente stratifiée. Auh. Alluvion, non différenciée ; surface argileuse ; alluvion récente stratifiée. F. Farmington ; loam ; till mince sur roc calcaire. Lc. Lachute ; loam limoneux ; alluvion limoneuse récente. Le. Lesage ; loam sablo-graveleux ; gravier et sable stratifiés sur argile. R. Ste-Rosalie ; argile ; argile marine grise. R1. Ste-Rosalie ; loam argileux ; argile marine grise. Ri. Rideau ; argile, argile grise marine. Rn. Ripon ; sable loameux ; sable loameux et sable. Up. Uplands ; sable ; sable moyen. √. Terrains rocheux non-différenciés ; --- ; till rocheux et affleurements. [Symbole papyrus.] Marécage.
Légende détaillée des sols du site de l'escarpement
Cb/U - 4√. Sol St-Colomban (Cb)/ondulé (U) - très pierreux, nombreux affleurements (4√).
Pc + D/Lm - 0. Sol Pontiac (Pc) + sol Dalhousie/plat (Lm) - sans pierres ni affleurements (0).
X/E - 0. Éboulis (X)/escarpé (E) - sans pierres ni affleurements (0).


H noirs : hôpital de Gatineau ; X : champ de bloc erratique, selon fig. 4.


Fig. 5. Ça, ça ressemble à du bon vieux granite (cassure rose fraîche en bas). Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Fig. 6. Un bloc, un arbre, un bloc, deux arbres... Je plains les anciens cultivateurs qui devaient se débattre avec ces blocs qui n'ajoutaient pas vraiment à la fertilité de leurs champs...
Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Si l’on superpose la carte de Cole et Carnochan (fig. 3) sur celle de Richard et al. (fig. 4), on se rend compte que ce dernier a indiqué R (Précambrien) là où les premiers indiquent (correctement) du grès du Paléozoïque (hachures obliques). Richard et al. auraient dû employer le R souligné, symbole du Paléozoïque. Petite erreur comme je soupçonne qu'il s'en est produites d'autres du même genre ailleurs sur la carte. À voir...

Raison de plus pour aller y faire un tour si des roches de deux ères coexistent. Quoique, ça m’étonnerait de trouver beaucoup d'affleurements ou, rêvons un peu, une autre discordance Précambrien/Paléozoïque comme celle du lac Beauchamp, plus à l’est (voir billet du 23 janvier 2011).


À suivre...


Fig. 7. Secteur de l'hôpital de Gatineau. © Google. H : hôpital ; X : champ couvert de blocs erratiques ; ligne rouge : escarpement dans le grès de Nepean (limite ouest du parc de l'Oasis). Ajout (30 sept. 213). – Le terme «champ» peut induire en erreur. Il existe bien, mais il faudrait parler d'un plat sur le rebord du plateau et qui communique avec des ravins encaissés qui découpent le talus des «hautes terres» dans l'argile marine, au nord et è l'est du X (surfaces planes cultivées).


Fig. 8. Secteur couverts de blocs erratiques. Plusieurs sont bien visibles. J'ai repéré celui photographié à la fig. 1 (cercle blanc). Le X blanc indique la position probable du photographe et la flèche l'angle de visée. Rien n'échappe à l'œil de © Google...


Ajout (1er octobre 2013)

Selon Alain P. Tremblay, les blocs sur ce terrain n'auraient pas été dérangés depuis presque 90 ans. Le terrain a toujours servi de pâturage et non pour l'agriculture, la couche de terre étant trop mince et les environs trop accidentés.

Cependant, j'ajouterais que le champ où se trouvent les blocs communique avec des ravins qui découpent un talus abrupt, au N et à l'E du site. Au sommet du talus, le plat terrain est cultivé – c'est comme un coin de campagne enfoncé dans la ville. (Voir, fig. 7, les champs à la droite et au dessus du X rouge.) Le champ de blocs est comme une première marche entre l'escarpement de grès et le talus qui n'est autre chose que le rebord de la couche d'argile déposée au fond de la mer de Champlain – voir le texte plus haut. (Pour aller de l'ancien fond de la rivière à l'ancien fond de la mer, faut grimper au sommet de la ville. Paradoxe !)


Ajout (4 octobre 2013)

Une question toutefois demeure ou s'impose entre toutes : pourquoi cet escarpement dans le grès ? On sait qu'il est naturel, qu'il existe depuis les années 1930 (billet du 14 sept. 2013, lien plus haut) pour le moins. Je ne connais rien dans les parages qui correspondent à cette orientation N-S. L'escarpement est-il entièrement dans le grès, c.-à-d. que la roche sous la falaise est-elle encore du grès ? Les cartes, ou bien ne permettent de trancher, ou sont fautives (cf., «Note» de la fig. 4 bis). Ça pourrait être le front de la couche de grès sur le socle Précambrien, comme au lac Beauchamp (billet du 15 avril 2012).

C'est pas moi, apparemment, qui résoudrai le mystère.


Références

  • L.H. Cole et R.K. Carnochan, 1934 – «Silica Deposit Near Gatineau Point, Quebec». In : Report No. 735, Mines Branch Investigations of Mineral Resources and the Mining Industry, Depart. of Mines, Canada Mines Branch, p. 3-6.
  • Gilbert, Robert (compil.), 1994 – Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du sud-est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, 1994; 86 pages.
  • Paul G. Lajoie, Étude pédologique des comtés de Hull, Labelle et Papineau (Québec). Direction de la recherche, min. de l'Agriculture du Canada, min. de l'Agriculture et de la Colonisation de la province de Québec, collège Macdonald de l'université McGill, 1967, 106 pages + 5 cartes en couleur (1/63 360).
  • Richard, S H; Gadd, N R; Vincent, J -S; 1978 – Surficial Materials and Terrain Features of Ottawa-Hull, Ontario-Québec / Dépôts meubles et formes du relief d'Ottawa-Hull, Ontario-Québec. Commission géologique du Canada, carte série «A», 1425A, 1 feuille, 1/125 000.

jeudi 19 septembre 2013

Séismes et argile en Outaouais (suite et ajout)


J'aimerais apporter un supplément d’information à mon billet d’hier sur les glissements de terrain de l’an mille, à Quyon (Québec).

Le reportage de Tom Spears paru dans l’Ottawa Citizen du 18 septembre et qui avait été le prétexte de mon billet était avant tout un exposé des travaux de Gregory R. Brooks, chercheur à la Commission géologique du Canada. Je n’ai peut-être pas assez bien fait ressortir le fait hier. Pour ceux qui aiment aller à la source, une épreuve d'un article de M. Brooks à paraître dans le Quaternary Research est disponible dans Internet (ScienceDirect).

Disponible, à la condition de débourser 31,50 $, US ou CAN, à ce prix, ça ne fait pas très grande différence. Pour ma part, je préfère me contenter du résumé (gratuit) :

«A landslide debris field covering ~ 31 km2, the presence of large sediment blocks up to hundreds of meters long, and the exposure of deposits of a single landslide along the incised course of the Quyon River are evidence of a massive failure of sensitive Champlain Sea glaciomarine sediments along the lower Quyon Valley, southwestern Quebec, Canada. Seventeen radiocarbon ages indicate that the failure occurred between 980 and 1060 cal yr BP. Twenty-four additional radiocarbon ages reveal that nine landslides within a 65-km belt in the Quyon–Ottawa area also occurred at approximately this time. In combination, the contemporaneous occurrence of ten landslides between 980 and 1060 cal yr BP, the setting or morphology of five of the other failures, and the close proximity of two of the failures to the Quyon Valley landslide provide circumstantial evidence of a paleoearthquake-triggering mechanism. The paleoearthquake is estimated to be Mw ~ 6.1 or larger, with the epicenter within the West Quebec Seismic Zone. A common earthquake-triggering mechanism for the three largest landslides in eastern Canada suggests a close link between massive failures of sensitive glaciomarine sediments and the regional seismicity.»



«Figure 9. Map of the Ottawa Valley showing the locations of the Quyon Valley landslide (shaded polygon) and other landslides (white stars) mentioned in the text (a—Murphy Road, b—Alary Road, c—Luskville, d—upper Quyon River, e—Breckenridge Valley and f—Beacon Hill).» Tiré de Brooks (2013) (lien plus haut) : malgré les apparence, il s'agit de la version agrandie de la miniature disponible en ligne.


Pour les autres qui, comme moi, hésiteraient à dépenser et qui aimeraient quand même «voir», The Landslide Blog a commenté le travail de Brooks, avec, en prime une carte couleur tirée de son article (lien). Je la reprends ici à mon tour.



«Figure 1. A) Location of study area in eastern Canada. B) Shaded relief map showing the landslide source and depositional areas within the lower Quyon Valley, Quebec. The source area is subdivided into the upper and lower scar zones, based on the obvious constriction in the valley (marked by arrows). Arrows also mark the transition from the lower scar zone and depositional area. Also shown are three separate, but much smaller, landslide scars (labeled SC1 to SC3) and the village of Quyon. The shaded relief map is based on a LiDAR-derived DEM (LiDAR DEM, © Government of Quebec).» Tiré de Brooks (2013), dans The Landslide Blog (liens plus haut).


Le journal The Equity (Pontiac) a aussi fait écho aux travaux de Brooks :

«There are more than 250 landslide scars in the Ottawa Valley and most of these landslides occurred in prehistoric times.
As part of the Public Safety Geoscience program, the GSC, NSR is conducting a study to determine how long ago some of the larger ancient landslides happened in the greater Ottawa area including Pontiac. [...] The GSC team has approached landowners in Pontiac in the Breckenridge, Luskville, Eardley, Quyon and Clarendon area to ask if they could work on their land.» (Andrea Cranfield, The Equity, 19 sept. 2013.)


Ajout (20 sept. 2013)

On peut aussi consulter le document publié par Russel et al. (2011) auquel a collaboré Brooks et intitué Deglacial history of the Champlain Sea basin and implications for urbanization. La section «Earth Flow Scars of Breckenridge Valley», rédigée par Brooks et Medioli, décrit les cicatrices de glissements de terrain préhistoriques et historiques (le plus récent de la dernière catégorie datant de 2008) à Breckenridge, entre Quyon et Gatineau. Voir ci-dessous la figure 2-7 et les extraits du texte :





«Breckenridge Creek is a tributary of the Ottawa River, located approximately 14 km northwest of Aylmer, Gatineau, Quebec. Draining ~66 km2, the creek watershed encompasses i) Precambrian bedrock, which forms the steep western side of the Gatineau Hills, ii) a quasi-flat plain underlain by fine-grained Champlain Sea deposits, and, along its lower 2 km, iii) an erosional terrace of the Ottawa River (Fig. 2-7). Across the surfaces of the Champlain Sea plain and the terrace, the stream network has eroded steep-sided valleys that are incised up to about 30 m deep (shallower on the terrace) into Champlain Sea sediments. [...] Breckenridge Valley is particularly notable because of the large clustering of earth flow scars along the stream network where it crosses the Champlain Sea plain. Twenty six of these scars (numbered 1 to 26 in Fig. 2-7) represent large prehistoric failures that occurred along Breckenridge Creek or one of its larger tributaries. The scars range from 13 000 to 252 000 m2 and have retrogression distances of 50 to 920 m. [...] Three radiocarbon dates from [layer of organic material buried beneath prehistoric-aged spoil] range between 1115 to 1205* yr BP (Brooks unpublished data). A second buried layer of organic material, including large logs, can be found at the upstream end of the spoil on the north side of the creek. [...] The ages of two wood samples from near the top of the bank range from 7000 to 7105 yr BP (Brooks unpublished data) and are evidently part of the same layer that contained wood aged 7050 ± 80 (GSC-6233), 7030 ± 70 (GSC-6243) and 6980 ± 80** (GSC-6246) yr BP that was collected by the GSC in 1996. The presence of these two buried organic layers of markedly different age within the spoil and the backscarp reveal that the 2008 failure occurred through the remobilization of older earth flow spoil and that one of the older failures occurred at about 7000 yr BP.» (J'ai retiré du texte les réf. à des figures non reprises ici.)

* Dates proches de celles du glissement de terrain de Quyon.
** Dates près de celle de 7060 BP établie par Aylsworth et Lawrence (2003) pour d'autres glissements de terrain à l'est de Gatineau (voir dans le billet précédent, lien plus haut).

Tout ça fait un peu compilation à la hâte. Mais c'est précisément ce que je voulais faire.


Références
  • Gregory R. Brooks, 2013 – «A massive sensitive clay landslide, Quyon Valley, southwestern Quebec, Canada, and evidence for a paleoearthquake triggering mechanism», Quaternary Research, Corrected Proof, available online 24 August 2013.
  • Brooks, G.R. and Medioli, B.A., 2011. «Stop 2-3: Earth flow scars of Breckenridge Valley». In: Deglacial history of the Champlain Sea basin and implications for urbanization. Russell, H.A.J., Brooks, G.R. and Cummings, D.I. (Editors), Joint annual meeting GAC-MAC-SEG-SGA, Ottawa, Ontario, May 25-27, 2011, Field Guide Book, p. 57-61. Geological Survey of Canada, Open File 6947*.
  • Nouveau (ajout 30 sept. 2013) Brooks, G.R., Medioli, B.E., Aylsworth, J.M., and Lawrence, D.E., 2013 – A compilation of radiocarbon dates relating to the age of sensitive clay landslides in the Ottawa Valley, Ontario-Québec. Geological Survey of Canada, Open File 7432, 62 p. doi:10.4095/292913*.
  • Russell, H.A.J., Brooks, G.R., and Cummings, D.I. (ed.), 2011. Deglacial history of the Champlain Sea basin and implications for urbanization; Joint annual meeting GAC-MAC-SEG-SGA, Ottawa, Ontario, May 25–27, 2011; Fieldtrip guidebook; Geological Survey of Canada, Open File 6947, 96 p. doi:10.4095/289555*

* Publications disponible gratuitement dans Géoscan ; taper le doi de la publication qui figure à la fin de la notice bibliographique dans l'outil recherche.

mercredi 18 septembre 2013

Séismes et argile en Outaouais


Carte tirée de Ressources naturelles Canada. J'y ai ajouté la position de Quyon.


Un bon article sur un puissant séisme qui aurait causé des glissements de terrain considérables dans l’argile de la mer de Champlain (argile à Leda, argile sensible) il y a 1000 ans est paru aujourd'hui dans l’Ottawa Citizen :

«Ancient landslides offer clues powerful earthquake that rattled Ottawa», par Tom Spears, Ottawa Citizen, 17 sept. 2013, p. C2.

Évidemment, l’article soulève la question de la répétition dans le futur de pareils tremblements de terre :

«New evidence shows that an earthquake 1,000 years ago shook the Ottawa Valley with at least 10 times more strength than the quake we had in 2010*. Very close to 1000 AD, an earthquake estimated at a magnitude of 6.1 – or possibly stronger – shook this region enough to cause 10 major landslides. One of them, at Quyon, covered an area of 31 square kilometres stretching back from the Ottawa River along the Quyon River valley. And scientist Gregory Brooks, who studied the slides, says the same seismic conditions are present today.» (T. Spears)


* Séisme de Val-des-Bois, 23 juin 2010 ; voir ce billet. Voir également ce billet sur le séisme de Shawville, le 17 mai 2013.

Le village de Quyon, au Québec, est situé environ à 40 km à l’ouest de Gatineau, sur l’Outaouais.

D’autres géologues ont déjà établi que des séismes plus anciens avaient causé de volumineux glissements de terrain, toujours dans l’argile à Leda (argile marine sensible), entre Gatineau et Montréal, sur les deux rives de l’Outaouais. L'article de Spears touche un mot à leur sujet. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, un document qui fait le point sur cette question est disponible dans Internet (pdf) :

Earthquake-Induced Landsliding East Of Ottawa; A Contribution To The Ottawa Valley Landslide Project, J.M. Aylsworth and D.E. Lawrence, Geological Survey of Canada (2003).


Carte tirée de Aylswortht et Lawrence (2003). Comme indiqué dans la légende originale, Ottawa (et Gatineau) se trouvent immédiatement à l'ouest de la zone couverte par la carte.



Les cicatrices de ces anciens glissements de terrain sont connues depuis longtemps. On croyait qu’ils s’étaient produits très peu de temps après le départ de la mer de Champlain (il y a 10 000 ans à Gatineau), dans l’argile marine encore fraîche. De nouvelles datations ont montré que cette idée étaient fausse :

«Des résultats obtenus par datation radiométrique et par investigation in situ suggèrent que la région d'Ottawa a subi deux séismes géologiquement destructeurs. L'un, daté de 4550 [années] BP*, a provoqué à l'échelle régionale des glissements de terrain dans les dépôts marins d'argile sensible. L'autre, daté de 7060 [années] BP, a causé un affaissement irrégulier du sol, des étalement latéraux, et la déformation d’épais dépôts d'argiles marines et de sables remplissent une petite cuvette profonde dans la roche en place. La magnitude de ces séismes a probablement dépassé 6,5.» (Résumé tiré de l’article d’Aylsworth et Lawrence, lien plus haut.)

(*BP : Before Present, par convention l’an 1950 de notre ère, voir Wikiki.) Les deux séismes se sont donc produits 2600 et 5110 ans avant J.-C. Celui dont parle l’article du Citizen date de 1000 après J.-C. De pareils événements se produisent donc à de très larges intervalles de temps.

À quand le prochain ?

(Ajout, 19 sept. 2013). – Le prochain billet, lui, est ici.