mercredi 14 janvier 2015

La caverne Laflèche au fil des ans


Fig. 1. Ancienne entrée de la caverne Laflèche,
11 janvier 2015. Comparer avec la fig. 2.


Résumé

Descriptions et plans de la caverne Laflèche, à Val-des-Monts (Québec).
Exploitant
Arbraska Laflèche
Localisation
Près de Wilson's Corner, au nord de Gatineau (Québec) :
255, route Principale - route 307 Nord, Val-des-Monts, Québec J8N 4B7 (C'est la première fois que je vois une caverne avec un numéro civique...)
45.646593, -75.791761

Suite : billet du 15 janv. 2015.


La caverne Laflèche (Wakefield Cave, caverne Pélissier), au nord de Gatineau (Québec), n'était, de façon inexplicable, jamais apparue au sommaire de ce blogue. En janvier 2015, j'ai eu la chance de la visiter en compagnie de Bernard Lauriol, professeur titulaire au département de géographie de l'Université d'Ottawa. Monsieur Lauriol est l'auteur de travaux nombreux sur les cavernes et l'érosion du marbre (cf. billet du 12 juillet 2012) ainsi que du tout récent livre Eaux, glaces et cavernes, illustré par les photos de Pierre Bertrand (billet du 2 oct. 2014).

Je parlerai prochainement de cette visite guidée ; pour l'instant, je me contente de mettre en ligne différents documents rédigés depuis sa découverte en 1865. Longtemps considérée comme la plus longue caverne du Bouclier canadien, la caverne Laflèche demeure l'une des plus connue et des plus facilement accessible. Elle a pris place dans une colline de marbre de la province de Grenville du Bouclier canadien (plus d'un milliard d'années).

La caverne est aujourd'hui propriété d'Arbraska Laflèche qui organise des visites guidées de la caverne, mais aussi des parcours dans les arbres, des rallyes et offre des «tyroliennes extrêmes» ! Je vous conseille fortement le détour, seul, en couple ou avec les enfants. Vous serez bien accueillis, les guides sont sympathiques et d'un enthousiasme toujours renouvelé.

(Avis de déclaration de conflits d'intérêts : j'ai eu droit à un chocolat chaud et une galette, au chalet d'accueil, après ma visite gratuite, ce qui entache sérieusement mon objectivité.)


Les images...



Fig. 2. Grant (1869)
...


Fig. 3. Grant (1869)
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Fig. 4. Schroeder et Desmarais (1988). La coupe est orientée dans le sens opposé de celle de la fig. 3. On reconnaît l'entrée et la grande chambre au centre de la colline sur les deux représentations.
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Fig. 5. Modifié d'Arbraska Laflèche (panneau à l'extérieur de la caverne : la photo peut avoir distordue les proportions).
...


... et les textes

Grant : The Wakefield Cave (1869)

Le texte de Grant (1869) sur la Wakefield Cave est trop long pour être reproduit ici. Je trouverai un moyen pour le rendre disponible en ligne. En attendant, j'en extrais pour le blogue les deux gravures qui l'illustrent. (Voir le billet du 15 janvier 2015 pour le texte de Grant.)


Benjamin Sulte (1875) : La Caverne de Wakefield

«En 1875, Sulte avait publié en brochure un récit intitulé la Caverne de Wakefield, comté d'Ottawa [1] ; il y racontait la visite qu'il avait faite de cette caverne située en territoire québécois et connue seulement de quelques citoyens d'Ottawa. Le propriétaire de «cette merveille de la nature», un dénommé Pélissier, était l'un des colons qui avaient commencé à s'y intéresser en 1866-1867. Ces curieux avaient d'abord entrevu au flanc de la montagne «une espèce d'arcade ou de haute porte cochère, terminée par un enfoncement dans le rocher qui présentait à l'intérieur une cave fraîche et éclairée de six pieds de haut sur un carré de quinze pieds.» Quelques-uns de ces curieux, dont le propriétaire du terrain, avaient exploré une partie de la cave par la suite, mais les origines de la caverne étaient restées mystérieuses.

Sulte essaie d'y voir clair. Il commence son récit en décrivant la géologie des Laurentides au pied desquelles se trouve la caverne. Il décrit ensuite la cave. Elle est «propre comme un sou neuf», lavée qu'elle a été par le travail des eaux qui en ont fait un passage jadis avant de former le lac Pélissier [2] qui dort deux cents pieds plus bas entre de hautes montagnes, tandis qu'un autre lac se cacherait sous la caverne, dans un passage inférieur, avant de se déverser dans le lac Pélissier. Les fées et les loups-garous n'y ont eu rien à faire comme certains l'avaient cru...» (Texte tiré de Dionne ; 2000.)

Notes ajoutées

[1] Montréal, la Compagnie Burland-Desbarats, 1875, 28 pages.
[2] Le lac Armida, au pied de la colline qui héberge la caverne Laflèche, s'est donc déjà appelé le lac Pélissier, comme nous l'avons vu plus haut. La caverne Laflèche est dans de nombreuses source anciennes nommée caverne Pélissier.


Béland (1955, p. 75-77) : la Caverne Laflèche

«La caverne Laflèche, à un mille et demi au nord de Wilson Corners est l'une des attractions touristiques du pays. Elle est située près d'un petit lac, dans un banc de calcaire [marbre] Grenville. Le calcaire est rempli de fragments de gneiss et de pegmatite de toutes formes et grosseurs auxquels les exploitants de la caverne attribuent des noms et des origines des plus fantaisistes. [Note. – Il s’agit des exploitants de l’époque (1955), et non pas des exploitants actuels !]

L'entrée de la caverne, à 100 pieds environ au-dessus du niveau du lac, donne sur un couloir qui s'élargit progressivement en une chambre mesurant une centaine de pieds de longueur par vingt pieds de largeur. La voûte, au point le plus élevé, doit être à une vingtaine de pieds au-dessus du plancher, et on y voit poindre des racines d'arbres. Cette chambre se prolonge à son autre extrémité par un couloir tortueux qui aboutit à un puits vertical dont la profondeur est de 95 pieds. Le long des parois s'ouvrent de petites niches et des couloirs très étroits, à demi remplis de graviers bien triés d'origine fluviatile. Le fond du puits est rempli d'eau mais on y distingue l'ouverture d'un couloir en direction du lac et qui communique probablement avec ce dernier car la mare d'eau au fond du puits monte et baisse en même temps que le niveau du lac.

Les parois des couloirs et ouvertures sont lisses : on y remarque ici et là des revêtements et des cordons stalactitiques. Les seules aspérités considérables sont des fragments de gneiss qui pendent des voutes ou font saillie le long des murs.

Lors de sa découverte en 1865, la caverne était à demi remplie de graviers, et les couloirs étaient presque complètement obstrués. On a depuis dégagé les principaux couloirs et installé un système d'éclairage et des escaliers permettant de parcourir la caverne en toute sécurité. La longueur totale des couloirs accessibles, y compris la grande chambre mais non le puits vertical, est d'environ 400 pieds.

Cette caverne a été évidemment creusée par les eaux qui s'infiltraient le long des joints et des fissures et dissolvaient lentement le calcaire. Les premières cavités furent occupées et agrandies par une rivière souterraine qui y amena des sables et des graviers. Les couloirs furent obstrués quand le niveau de base de la rivière souterraine fut élevé, au moment sans doute où des cours d'eau gonflés par la fonte des glaciers empruntaient la vallée du petit lac pour se rendre à la mer Champlain. La caverne serait pré-Champlain, et probablement pré-glaciaire.»


Hogarth (1962)

Fig. 6. Hogarth (1962). Les stalactites sont les cordons stalactitiques de Béland (1955).
...


Schroeder et Desmarais (1988) : avec la mer de Champlain...

«Avec 402 mètres de développement, la Caverne Laflèche est la plus longue grotte connue du Bouclier canadien. Elle est située au nord d'Ottawa dans une petite lentille de marbre entourée de gneiss de la province de Grenville, région qui a été couverte par les inlandsis du Pléistocène. La morphologie de la grotte suggère qu'elle est apparue par dissolution en régime noyé, bien qu'elle soit aujourd'hui inactive et perchée au-dessus de la nappe aquifère. Elle a ensuite fonctionné comme un piège en contact avec l'extérieur par 4 ouvertures perchées au sommet des versants et a été complètement colmatée par des dépôts détritiques qui ont été ensuite partiellement évacués. Ces sédiments consistent en sables divers, graviers et blocs stratifiés, qui ont été injectés dans la grotte en 3 phases à caractère glaciaire ou fluvioglaciaire. La dernière phase détritique est concomitante de la transgression marine postglaciaire datée dans la région à 12 200 ans. Une importante encoche de dissolution horizontale découverte dans la grotte à 239 m a.n.m. est attribuée à cette mer transgressive -- dite de Champlain --, relevant ainsi son niveau local de 26 mètres. Enfin durant l'Holocène, les eaux d'infiltration ont surtout construit des coulées calcitiques interstratifiées de sables grossiers, ce qui les rend très vulnérables à la gélivation fort efficace depuis le creusement d'une galerie artificielle à la base du réseau.» (Résumé de l'article.)


Schroeder (2004) : sans la mer de Champlain

(Mon résumé ; les éléments trop évidents décrits dans les autres textes ne sont pas repris ici.)

La caverne est composée de deux parties étagées réunies par un puits de 20 m de haut. Un réseau de conduits communique avec un plan d'eau au nord. Une encoche de dissolution horizontale à 239 m d'altitude montre que la caverne a déjà été occupée par un plan d'eau (un lac)*.

Chronologie
Vers 25 000 ans BP (fin du Wisconsinien moyen)
Création et remplissage de la caverne : les eaux sous pression à la base de l'inlandsis dissolvent le marbre par des joints et des failles. Il existe un réseau de fractures subverticales N-S et un réseau subhorizontal : le premier sert de patron pour le puits et un dôme au dessous de la grande salle tandis que le second contrôle la géométrie des conduits et des galeries) ; lorsque la pression diminue, les sédiments glaciaires s'accumulent.
Avant 11 000 ans BP
Les eaux sous-glaciaires creusent le plafond et créent des chenaux de voûtes avant, leur pression augmentant, de nettoyer la caverne de ses dépôts glaciaires.
La caverne est envahie par les eaux d'un lac glaciaire qui a précédé la mer de Champlain.
Vers 11000 ans BP
Mer de Champlain (qui n'atteint pas le site)*.
8400 ans BP
Injection de dépôts fluvio-glaciaires extérieurs par un flot de boue.

* Schroeder a donc abandonné son hypothèse de 1988 selon laquelle la mer de Champlain aurait envahie la caverne. Il attribuait à cette invasion l'encoche des 239 m.


Bernard Lauriol (2015)

Selon Bernard Lauriol (comm. personnelle, 2015), la caverne date du dernier interglaciaire, le Sangamonien (110 000 - 130 000 ans). Plus de détails dans un autre billet.


Références

  • Béland, René, Région de Wakefield : rapport final. MRNQ, DP-461, 1977 (rédigé et remis au Ministère en 1955), 91 p., avec une carte (1/63 360).
  • Dionne, René, Histoire de la littérature franco-ontarienne – Tome II, Les Éditions du Vermillon, Ottawa, 2000, pp. 95-96 (pagination d’après une épreuve préliminaire du livre).
  • Grant, J.A., 1869, «Superficial Geology of the Valley of the Ottawa and the Wakefield Cave», Transactions of Ottawa Natural History Society, [22 p.]. La partie consacrée à la Wakefield Cave commence à la p. 14.
  • Hogarth D.D., «A Guide to the Geology of the Gatineau-Lièvre district», in : The Canadian Field-Naturalist, vol. 76, no 1, p. 1-55, janv.-mars 1962.
  • Jacques Schroeder, «Les cavernes : un patrimoine gravé dans le temps», in : G. Prichonnet et M.A. Bouchard, Actes du premier colloque du Patrimoine géologique du Québec, Montréal, 8-9 sept. 2000, MRNQ, MB 2004-05, 2004, p. 77-84.
  • Jacques Schroeder & Luc Desmarais, «Morphologie et sédiments de la plus grande grotte du Bouclier canadien : la Caverne Laflèche, Québec», Annales de la Société géologique de Belgique [En ligne], vol. 111 (1988), fascicule 1 (Sédimentologie karstique), 173-182 URL : http://popups.ulg.ac.be/0037-9395/index.php?id=314

vendredi 2 janvier 2015

Marbre, rouille, boudins et lacets


Message privé ; il ne s'adresse pas à vous – sauf si vous êtes le «vous» à qui il s'adresse et qui d'ailleurs est un tu...

Après tout, un blogue est aussi un moyen de communication !

Photos : 29 oct. 1999


1. Inclusions d'un quartzite rouillé dans un marbre de la province de Grenville, à Chelsea (Québec). C'est, en version aérienne, ce que tu explores en mode lacustre et sous-aquatique.

2. Détail de la photo 1. Le boudinage (pincements) du ruban rouillé, au centre, n'a pas été mené jusqu'à la rupture en plusieurs fragments ou boudins.


3. Même endroit ; marbre gris rubané. Variation de l'amplitude des plis selon l'épaisseur des lits. Le lacet qui ondule, au centre de l'image, se donne beaucoup plus de mal que ses confrères plus épais et se contorsionne avec une évidente bonne volonté pour suivre la trajectoire commune. (En fait. il y a plus d'un lacet, dont un, parallèle au principal sans épouser chacune de ses ondulations et méandres.)

4. Détail de 3.

jeudi 1 janvier 2015

Mine Blackburn et souhaits quelconques



Mine de mica-apatite Blackburn, ou Vavasour, à Cantley (Québec), en 1942. Photo O. Lafontaine, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). (J'ai accentué les contrastes du document.)
E6,S7,SS1,P6299. Description dans BAnQ : Vavasour Mine-Blackburn Bross, Cantley / O. Lafontaine. - 1942.


Pour le premier jour de la deux mille quinzième année, une image que j'ai trouvée par hasard dans le site de la BAnQ et qui ne pourra jamais servir à transmettre de quelconques souhaits à quiconque, qu'importe l'occasion.

Quoique ?

Voir aussi le billet du 3 nov. 2013 sur la mine Blackburn (et suivre les liens).



Mine Blackburn (ou Vavasour) : géologie (Hogarth, 1972) ; couleurs : votre serviteur. La «roche à silicate calcique» est une métapyroxénite, ou un skarn ; les veines de mica-apatite, surlignées en rouge, recoupent les formations. On peut tenter de reconnaître les deux bâtiments de la photo.
Source : Hogarth D.D., Moore J.M., dans : Baird D.M. (compil. et édit.), 1972 — Géologie de la région de la Capitale nationale. Commision géologique du Canada, livret guide bilingue, 24e congr. géol.

mardi 30 décembre 2014

Trou-du-Diable aux Chaudières : demande de renseignements


Ajout (22 janv. 2015)

Hydro-Québec a répondu a ma requête. Voir plus bas le passage en rouge.

Ajout (28 janv. 2015)

Mais voir le Rapport de la CSST qui décrit les cavernes et failles dans le socle calcaire des Chaudières (billet du 28 janv. 2015).


Carte d'Austin (1882 ; détail). Au centre, le tourbillon du Trou-du-DiableDevil Hole») ; rivière des Outaouais, Hull (Gatineau), au Québec. La ligne irrégulière, à gauche, qui coupe l'image de haut en bas, est la chute de la Petite Chaudière. Le nord est à ± 2 heures.  

Titre original : Plan of the Lower Village of Hull, shewing its position relative to the city of Ottawa, the property of the heirs of the late Ruggles Wright Esquire. Surveyed by A.W. Austin, C.E., P.L. Surveyor. W.C. Chewett & Co. Lith. Toronto (1882). Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 4126312. (Télécharger le pdf depuis le site de BAC.)


Photo © Google. Même site, cent trente ans plus tard.
1. Centrale Hull-1 (Hydro-Québec) ; 2. Centrale Hull-2 (Hydro-Québec ; hors photo) ; 3. Centrale Eddy ; 4. Ancien moulin à papier «A», Eddy ; 5. Ancienne fabrique d'allumettes et de seaux Eddy ; 6. Ancien complexe Eddy. TdD. Trou-du-Diable. À droite : pont de la Chaudière (rue Eddy), à Gatineau (Québec). Les centrales Hull-1 et Eddy sont érigées sur la chute de la Petite Chaudière.



Demande de renseignements adressée à Hydro-Québec en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels (RLRQ, c. A-2.1), 4 décembre 2014.

L'affaire suit son cours et a déjà franchi les premières étapes. Le texte qui suit est une version adaptée pour le blogue de ma demande.


Objet : demande d’information sur le lieu-dit le Trou-du-Diable, centrales Hull-1 et Hull-2, Gatineau
Numéro de confirmation de la demande initiale d’information : [...]


[...]

Je suis membre de la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO) et je tiens un blogue sur la géologie de la région de Gatineau (geo-outaouais.blogspot.ca). Depuis quelques temps, je mène des recherches personnelles sur le lieu-dit le Trou-du-Diable situé entre la centrale Hull-1 et le pont de la Chaudière, à Gatineau, sur la rivière des Outaouais. La centrale elle-même est construite sur la chute de la Petite Chaudière. (Voir carte et photo, plus haut.)

Plusieurs témoignages datant du XIXe siècle affirment qu’il existait au fond de la rivière une caverne ou un passage quelconque qui évacuait une partie des eaux qui tombaient de la Petite Chaudière, chute sur laquelle a été construite la centrale Hull-1.

Les premiers témoignages sur le Trou-du-Diable émanent de Bouchette (1797-1841), l’arpenteur bien connu, et de John MacTaggart (1791-1830), ingénieur qui a travaillé à la construction du premier pont de la Chaudière (Union Bridge). Ces personnes, par leur profession, tendaient vers une description exacte des choses et ne se seraient pas aventuré à propager des légendes ou des à peu près. (Annexe, plus bas.)

Si, par la suite, le folklore s’est emparé du phénomène et que les anecdotes plus ou moins sérieuses se sont accumulées à propos du Trou-du-Diable, cela n’affaiblit en rien la validité des premiers témoignages.

L’idée d’un passage sous la rivière peut paraître de prime abord invraisemblable. Signalons pourtant qu’il existe effectivement un réseau de cavernes long de plus de 10 km sous la rivière des Outaouais près de l’Île aux Allumettes («Ottawa River Caves»). Les spéléologues les connaissent bien. Jacques Schroeder (UQÀM) date leur formation de l’époque glaciaire (ref. plus bas).

Bref, j'en arrive à ma demande d'information peut s’articuler selon les points suivants :


  • Est-ce que Hydro-Québec confirmer ou infirmer l’existence d’un passage, d’une caverne ou d’un gouffre dans le lit de l’Outaouais à l’aplomb du Trou-du-Diable ? ;
  • Est-il possible d’obtenir une carte du fond de la rivière à cet endroit (les cartes bathymétriques ne donnent aucun renseignement pour cette zone) ? ;
  • Serait-il possible de visiter des centrales Hull-1 et Hull-2 et de rencontrer le personnel et la direction ?

J’espère qu’il sera possible de satisfaire à ma curiosité ou, du moins, de me fournir quelques pistes d'explications.

Veuillez recevoir, Madame, mes salutations distinguées.

Henri Lessard
[...]
Gatineau
Blogue geo-outaouais.blogspot.ca

Réponses d'Hydro-Québec, datée du 8 janvier 2015 (extrait) :

«En réponse aux points 1 et 2 de votre demande, nous vous informons qu'Hydro-Québec ne peut statuer sur l'existence d'un passage, d'une caverne ou d'un gouffre dans le lit de la rivière des Outaouais puisque aucune étude n'a été effectuée à cet effet. Également, Hydro-Québec ne détient aucune carte spécifique du fond de cette rivière. / Quant au point 3, nous vous indiquons qu'Hydro-Québec n'organise aucune visite publique de la centrale Hull-2.» [Remarque : les points 2 et 3 ont été inversés dans la réponse.]



Référence

Jacques Schroeder (UQAM), «Les cavernes : un patrimoine gravé par le temps», dans : Gilbert Prichonnet et Michel A. Bouchard (éditeurs), Actes du premier colloque du Patrimoine géologique du Québec, MB 2004-05, p. 77-84, Gouvernement du Québec, 2004.



p. j. 

Annexe. Descriptions du Trou-du-Diable





Annexe 1

Le Trou du Diable : descriptions

Textes tirés du billet du 7 octobre 2013 du blogue Géo-Outaouais, «Le Trou du Diable : persuasion par compilation». Certains passages ont été mis en gras :

Les références sont données à la fin de chaque passage cité.


1826

John McTaggart, ingénieur

«En 1826, l’ingénieur John McTaggart qui avait travaillé à la construction du premier pont sur les Chaudières, a rapporté qu’à un certain endroit [cf, le Trou-du-Diable] il a fait des sondages jusqu’à 300 pieds [90 m] de profondeur sans atteindre le fond de la rivière.»

Source : Joseph Jolicœur, Histoire anecdotique de Hull, La Société historique de l’ouest du Québec, Inc., 1977, p 38.


1823

Philemon Wright, fondateur de Hull

« À son état naturel, sans barrage comprimant l'eau, sans moulin en appauvrissant le volume, la chute était beaucoup plus pittoresque qu'aujourd'hui. La description suivante de la Chaudière, par Wright, nous donne une autre idée de la chute que celle que nous en avons actuellement :

'' La Chûte [sic] Columbia qui avoisine le village du Township de Hull, est de nature curieuse. Une chaîne de rocher, qui s'étend d'un bord à l'autre de la rivière, force l'eau de tomber perpendiculairement de la hauteur de trente pieds ; et au haut de cette chûte se trouvent trois isles, dont l'une sépare le cours d'eau et fait qu'une quatrième partie de cette eau s'éloigne, tant soit peu, de son cours naturel et vient se décharger dans un abîme immense, lequel a été sondé jusqu'à la profondeur de 113 pieds ; cette eau se perd ensuite dans les entrailles de la terre, et personne n'a pu dé-couvrir où finalement cette eau se décharge. Cette chute offre d'immenses cavernes, de forme irrégulière, et d'environ trente pieds de profondeur ; le nombre de rochers et cavernes qui s'y rencontrent est très considérable. Les lits et couches varient et sont de forme curieuse et rare. 


Cette caverne entraîne vers elle aux hautes eaux du printemps une quantité d'arbres et autres bois ; et il est surprenant de voir avec quelle vélocité ces bois tournent à l'entour du gouffre, et ce par la force de l'eau qui forme et rassemble une quantité prodigieuse d'écume et brisans, de l'épaisseur de six ou huit pieds.'' (Journal, Assemblée législative, Bas-Canada, 1823-1824, appendice R). » (Brault, p. 24, note 8.)


Source : Lucien Brault, Hull 1800-1950, Éditions Université d'Ottawa, 1950, 266 p. + carte pliée.

Une version réduite de ce texte est parue dans : Edgar Boutet, journal Le Droit, Ottawa, 29 mars 1958, repris dans Asticou, cahier no 37, décembre 1987, p. 23-24.


1832

Joseph Bouchette, arpenteur, officier de marine

«Above the falls the river is about 500 yards [455 m] wide, and its scenery is agreeably embellished by small grove-clad islets, rising here and there amidst the waters as they gently ripple by or rush on with more or less violence, to the vortex of the Great and Little Chaudière. The bed of the river is composed of horizontal strata of limestone, and the chute is produced by its deep and sudden subsidence, forming broken, irregular, and extraordinary chasms, one of which is called the Great, and the other, the Little Kettle or Chaudière. The former derives its name from its semicircular form and the volume of water it involves; but the latter bears no similitude to justify its appellation, the waters being precipitated into a broad, elongated, and straight fissure, extending in an oblique position north-west of the Great Kettle, and being thus strikingly contrasted with it.

The principal falls are 60 feet [18 m] high, and their width is measured by a chord of 212 feet [65 m]. They are situated near the centre of the river, and attract by their forcible indraught a considerable proportion of the waters, which, strongly compressed by the circular shape of the rock that forms the boiling recipient, descend in heavy torrents, struggling violently to escape, and rising in spay-clouds which constantly conceal the lower half of the falls, and ascend at irregular intervals in revolving columns much above the summit of the cataract.

The Little Chaudière may without much difficulty be approached from the Lower Canada shore, and the spectator, standing on a level with the top of the fall and on the brink of the yawning gap into which the floods are headlong plunged, surveys the whole length of chute and the depths of a cavern. A considerable portion of the waters of the falls necessarily escapes subterraneously after their precipitation, as much greater volume is impelled over the rock than finds a visible issue. Indeed this fact is not peculiar to the Little Chaudière, but is one of those curious characters of this part of the Ottawa of which other singular instances are observed; the waters in various places being swallowed by deep but narrow rents and fissures, leaving their natural bed almost dry, to dash on through some subterranean passage that defies the search of the explorer.»

Source : Francine Brousseau, Historique du nouvel emplacement du Musée national de l’Homme à Hull, Musée nationaux du Canada, coll. Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984, p. 11 et 15. (J’ai rétabli quelques coquilles d’après un pdf du texte original : J. Bouchette, The British Dominions in North America [...], p. 191-192.])


1890

En septembre 1890 un remous se forme dans l’amas de bran de scie et de planches qui tourbillonne à la surface du gouffre qui soudainement se vide partiellement. Mais jamais depuis le «Trou du diable» s’est ainsi vidé.»

Source : Edgar Boutet, journal Le Droit, Ottawa, 29 mars 1958, repris dans Asticou, cahier no 37, décembre 1987, p. 23-24.


1940

«Au cours de l’été 1940, Aimé Lapointe, plongeur renommé de Wrightville [quartier de Hull], est descendu à une profondeur de 75 pieds [23 m] dans le [Trou du Diable] qu’il a pu explorer à loisir jusqu’à l’endroit où se trouvait l’automobile dans lequel [sic] il a trouvé le cadavre de Gorman Edwards, d’Ottawa.»

Source : Joseph Jolicœur, Histoire anecdotique de Hull, La Société historique de l’ouest du Québec, Inc., 1977, p. 56.


2004

Pierre-Louis Lapointe, historien

«Car il s’agit bien de trois chutes d’eau; la Grande Chaudière, la Petite Chaudière et le trou du Diable, surtout, dont les eaux, emprisonnées dans un repli escarpé de la rivière, tournent sans fin, tourbillonnant et entraînant comme dans un entonnoir tout ce qui a le malheur d’être aspiré par son siphon. Un passage souterrain évacue ces eaux, qui surgissent plus loin, en aval, au fond de la rivière.»

Source : Pierre-Louis Lapointe, L’île de Hull : une promenade dans le temps, coll. «100 ans noir sur blanc», Les Éditions GID, 2004, p. 38.




Installations de l'ancienne papetière Eddy (à droite), jusqu'à récemment Domtar, maintenant Windmill Development Group, Ltd., et de la centrale Eddy Hull-2, (à gauche). Pour l'historique du site, consulter, entre autres, le Musée canadien des civilisations : lien et lien. Vue sur le Trou-du-Diable (sous l'eau, faut se pencher) depuis le pont de la Chaudière à Gatineau (Québec). Photo avril 2013.


jeudi 11 décembre 2014

Montréal sous les eaux (ajouts + p.-s. + ajout)


L'archipel de Montréal © Spatialities (lien).
...


C'est un billet de Vincent Destouches dans le site de L'actualité (« Montréal sous la neige les eaux ») qui a attiré mon attention sur cette carte réalisée par les Spatialities (version réduite).


« Et si la moitié des calottes glaciaires du monde fondait… ?
Il ne s’agit pas du point de départ d’un film catastrophe hollywoodien, mais plutôt de la prémisse d’une série de cartes visant à sensibiliser à la lutte contre les changements climatiques.
Après Los Angeles, Seattle, Portland, San Diego, Vancouver et Palm Springs, le site Spatialities a imaginé ce qu’il adviendrait du Grand Montréal si le niveau de la mer augmentait de 40 mètres. » (V. Destouches)


Un coup d'œil sur la carte suffira pour remarquer que le français semble destiné à souffrir tout particulièrement de la montée des eaux. Qu'est-ce, par exemple, que le « Courant du Prairies de la Mer » ? Mais les Spatialities avouent eux-mêmes leurs lacunes en français et se disent ouverts aux commentaires.

Il faut bien noter que la une hausse prévue du niveau des océans d'ici l'an 2100 n'est que de 0,50 à 1 m, « seulement ». C'est pas demain la veille donc que le Mont-Royal sera une île et que la rivière des Prairies servira de lit à un courant marin.

Bien sûr, la hausse des eaux ne cessera pas comme par magie le premier janvier 2101 : les eaux continueront à empiéter sur les continents. Certains parlent de 12 à 22 m supplémentaires, voire 70 m, si l'Antarctique-Est fondait (Wikiki)... Advenant ce scénario extrême (quand même lointain et hypothétique), que resterait-il de Montréal ? Rappelons que le Mont-Royal atteint les 234 m.

Ajout (11 déc. 2014). – La carte des Spatialities est une fiction dans la mesure où, si la mer monte de 40 m, il y aura forcément un léger enfoncement du continent sous le poids de l'eau, une remontée de même ampleur des Laurentides en réaction, de l'érosion ici, des dépôts de sédiments là, des côtes qui reculeront, des plages qui se développeront, des deltas aussi... Bref, les éventuels rivages ne ressembleraient qu'en loin à ce que montre la carte. Sans compter l'activité humaine.

Tout ça me donne d'entreprendre une carte semblable pour la région de Gatineau. Nous n'avons pas de Mont-Royal, mais le Mont-King, dans le parc de la Gatineau (plus de 350 m), au nord de la ville, ferait un remplaçant convaincant*...

* Autre ajout (11 déc. 2014). – J'aurais dû avoir la présence d'esprit de me rappeler que tout l'Outaouais (la rivière), à Gatineau, est au dessus de 40 m (rivage à 44 m à Orléans, Ottawa, et à la Upper Duck Island) et qu'une hausse du biveau des mers de 40 m n'aurait forcément pas le même impact qu'à Montréal. Du barrage de la Chaudière, à Gatineau, jusqu'au barrage Carillon, 105 km en aval, le niveau de la rivière ne change pratiquement pas et les rives contiennent les eaux sans leur laisser beaucoup de jeu (la ligne des 50 et même des 60 m n'est jamais loin du rivage).

Sous le barrage Carillon, la situation change rapidement. L'embouchure de la rivière Noire, à la Baie des Seigneurs, 6 km en aval, est à 25 m. Des îlots, immédiatement en amont de Montréal, ont leurs rives à 23 m. À la pointe est de l'île de Montréal, l'altitude des îles dans le fleuve descend jusqu'à 7 m (près de l'Île à l'Aigle).

Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point Montréal, et tout le fleuve en aval, était «bas», et donc vulnérable à la montée des eaux. Habitant à 50 m au dessus du niveau de la mer, j'avais un peu l'impression que le plateau de l'Île-de-Hull se prolongeait jusqu’à l'Atlantique. (J'exagère.)

Conséquence immédiate : si je voulais faire une carte semblable à celle de Montréal pour Gatineau, je devrais supposer une hausse de 50 à 60 m du niveau des mers.

PS. – Merci à Flora Urbana d'avoir diffusé à son tour la carte de Montréal sous les eaux. 

Ajout (12 déc. 2014). – Au terme de calculs que l'honnêteté m'interdit de qualifier de savants parce que valeurs arrondies et négation de la complexité du réel ont eu beau rôle, j'en arrive à la conclusion que l'enfoncement de la croûte terrestre sous le poids d'une couche d'eau de 40 m serait de 3 m. 

Soyons clair cependant : mes calculs ne prétendent pas à la rigueur (je les détaillerai plus tard) et j'espère simplement être arrivé à un ordre de grandeur crédible.