dimanche 30 mai 2010

Marmite et viaduc : suite


Chantier du boulevard des Allumettières, Gatineau, 30 mai 2010, avec l'actuel pont de chemin de fer. La Marmite des Allumettières est dans le cercle éclairci de la photo du bas, à droite. Tous les travaux semblent vouloir se faire à l'Est de celle-ci.


La photo de mon billet d'hier était tellement mauvaise que je suis retourné sur le site du chantier aujourd'hui en prendre d'autres. Aucune d'entre elles n'est vraiment spectaculaire et le seul mérite que je leur trouve est de montrer que les nouvelles installations – qui comprennent la construction d'un viaduc (2 voies du Rapibus) et le déplacement d'un pont ferroviaire – semblent bien vouloir épargner «ma» marmite.

Jusqu'ici, j'avais préféré ne pas attirer trop l'attention des gens sur ce monument naturel, trouvant déjà bon que les parois lisses de la marmite aient échappé aux graffiteurs. La situation ayant changé, je pense à présent que l'ignorance n'est plus une protection. La Marmite des Allumettières mérite un minimum d'égards, et peut-être une forme de mise en valeur (panneau explicatif ?).

J'ai envoyé hier un courriel à l'échevin concerné. Affaire à suivre...


Autres billets de ce blogue sur le même sujet ou sur les environs immédiats de la marmite :

Marmite des Allumettières, 7 nov. 2009 (le post principal sur le sujet)
Faille des Allumettières, 29 nov. 2009
Encore des marmites, 3 avril 2010
Marmite et transport en commun, 29 mai 2010

samedi 29 mai 2010

Marmite et transport en commun

Travaux, boulevard des Allumettières, à Gatineau, 29 mai 2010. Avec un peu de bonne volonté, on peut voir la «Grande Marmite», au centre de la photo. Excusez la mauvaise qualité du cliché, tel qu'il est, je vous jure qu'il s'agit d'une version améliorée... Suivez ce lien vers un ancien billet pour un meilleur aperçu.


Un viaduc est présentement en construction, boulevard des Allumettières, à Gatineau, tout près de la «Grande Marmite» (voir ce billet). Elle ne semble pas menacée par les travaux, encore que, il y a quelques jours, les ouvriers y avaient entreposé des pièces de métal en vrac (grillage, barres de fer, etc.)

Les travaux sont reliés au projet Rapibus (voies rapides pour autobus, fallait-il le préciser ?) qui prévoit la construction d'un nouvel ouvrage parallèlement à un pont de chemin de fer qui sera déplacé. On l'aurait érigé quelques mètres plus à l'ouest, et la marmite n'aurait plus été qu'un souvenir !

Le patrimoine géologique et le transport en commun semblent compatibles, du moins pour cette fois.

Affaire à suivre.

jeudi 27 mai 2010

Sécheresse, basses eaux et stromatolites (et prédation)

Stromatolites du pont Champlain, à Gatineau (Québec)
Normalement, au printemps, le site est recouvert par les eaux de la rivière des Outaouais en crue. Photo toute fraîche, prise il y a un peu plus d'une heure : ATTENTION, les pixels ne sont pas encore secs !


Le bas niveau des eaux de l'Outaouais a fait émerger plus tôt que de coutume l'affleurement des stromatolites fossiles du pont Champlain, à Gatineau (autre lien ici). La «saison des stromatolites» commence d'habitude alors que l’été est bien entamé, ou au début de l'automne, bien après que les hautes eaux du printemps se soient écoulées.

Est-ce une bonne nouvelle ? Outre les problèmes non négligeables liés au manque d'eau, une saison d'exposition prolongée n'est peut-être pas sans inconvénients pour les stromatolites, surtout si la situation actuelle devenait la norme. Il en résulterait davantage de piétinement par les curieux de tout acabit, et donc une érosion accrue, mais aussi plus de temps accordé aux herbes folles pour étendre leurs racines dans les joints, grignoter le calcaire et coloniser de nouveaux secteurs de la plate-forme.

Bientôt, des arbustes apparaîtront ici et là.

Faudra-t-il penser à protéger l'inanimé de la prédation de la vie ?

Après tout, c'est bien la vie qui a inventé la lutte pour la vie (of course), les mauvaises manières à table et les voisins.


Exemple d'une prédatrice prenant racine.

Note. – Pour être tout à fait géologiquement correct, je devrais avouer que la biosphère, globalement, protègerait plutôt les roches de l'érosion.

samedi 3 avril 2010

Encore des marmites

Marmites dans un dolomie (calcaire magnésien), à Guelph (Ontario). 
La flèche indique l'arête formée par le recoupement des deux puits.
Photo tirée de : Micheal Kunert et Mario Coniglio, 2002.

Pour comparaison, la marmite des Alumettières, à Gatineau, dans du calcaire (2007).

ADOPTION
Depuis que j'ai en quelque sorte adopté la marmite des Allumettières, à Gatineau, je ne néglige rien pour tenter de relier ce monument naturel à d'autres semblables qui pourraient exister dans la région. En plus des travaux déjà cités en références dans mon billet du 7 novembre 2009, j'aimerais ajouter un article qui a échappé à mon attention lorsqu'il est paru en 2002. (Il est vrai que j'étais à l'époque plus réticent à élargir la compréhension de la notion de «région» jusqu'au point que j'atteins ici.)

L'ARTICLE
Micheal Kunert et Mario Coniglio,
«Origin of vertical shafts in bedrock along the Eramosa River valley near Guelph, southern Ontario.»  
Revue canadienne des sciences de la Terre, vol. 39, p. 43–52, 2002.
Le résumé gratuit (reproduit plus bas) est disponible ici.

MON RÉSUMÉ
On trouve, dans la région de Guelph (Ontario), dans la vallée de la rivière Eramosa, des puits verticaux, ou marmites en forme de tube, creusés dans une dolomie (calcaire magnésien). Leur étude conforte l'hypothèse que la marmite des Allumettières soit la conséquence de courants d'eau sous-glaciaires. Dans le cas des puits de Guelph, il est possible que les plus grandes marmites soient la reprise de phénomènes karstiques* immédiatement antérieurs à la dernière glaciation.
* Mots suivis d'un astérisque : voir «Lexique», plus bas.

RÉSUMÉ «OFFICIEL»
Plusieurs puits cylindriques, verticaux à sub-verticaux, se retrouvent dans les affleurements à relief accidenté de la Formation Amabel (Silurien moyen) le long de la rivière Eramosa, à environ 10 km au nord-est de Guelph. Le diamètre de ces puits varie de < 1 m à 10 m et les profondeurs atteignent 12 m. Ils se présentent sous forme de dépressions isolées mais sont généralement regroupés ensemble [sic] et forment des murs de roc sinueux. Ces dépressions peuvent contenir du sol, des sédiments fins, des débris de la roche dolomitique environnante et des roches clastiques arrondies de lithologies du socle précambrien. Le till est remarquablement absent. Ces puits se retrouvent tout près d’interstices caverneux qui ont été formés à l’époque du Pré-Wisconsinien[*] au Wisconsinien précoce, suggérant une possible origine karstique. Cependant, les puits cylindriques, avec leurs plus grands diamètres au point milieu, des intérieurs sculptés et des axes inclinés ainsi que l’absence de flûtes verticales et de till, tirent probablement leur origine d’une décharge fluvio-glaciaire à la fin du Wisconsinien tardif. La cavitation a peut-être aidé au développement de ces puits, rehaussant la puissance d’érosion des eaux de fonte chargées de sédiments.

Lexique
Wisconsinien, glaciation du : dernière des grandes glaciations du Quaternaire. Elle a débuté il y a environ 80 000 ans et s'est terminée à des dates d'autant plus tardives que nous considérons des régions plus au nord (13 400 ans à Guelf, 12 000 ans à Gatineau).
Karst : type de paysage formé par dissolution en surface du calcaire par les eaux courantes pouvant aboutir à la formation de cavités souterraines et de gouffres.

 (A) Intérieur du Devil’s Well près de Guelph (Ontario), montrant les murs lisses et l'ouverture en surplomb. 
Profondeur : 13 m ; diamètre : de 5 à 6,4 m. 
La flèche blanche pointe un personnage qui donne une idée des dimensions du phénomène.
(B) Puit circulaire caractérisé par un axe incliné. Profondeur : 2,5 m, diamètre : 1 m.
(C) Clastes polis et arrondis dont la mise en mouvement par l'eau a permis de creuser le puits. 
La carte est graduée en cm.
Photos tirées de : Micheal Kunert et Mario Coniglio, 2002. (Texte : mon adaptation.)


 Pour comparaison encore, la marmite des Allumettières, à Gatineau (2007). On remarque l'ouverture en surplomb et les parois lisses ; la symétrie, par contre, est (beaucoup) moins achevée...

jeudi 11 février 2010

Pas de «A» pour la 1508A

RÉSUMÉ
La carte 1508A: Generalized Bedrock Geology Ottawa-Hull, Ontario and Québec (Harrison et MacDonald, 1980, Commission géologique du Canada ; échelle 1/125 000), est basée sur une carte de compilation antérieure (MacDonald, 1967, Carleton University, Ottawa ; 1/250 000 ; ci-après nommée 67-1), laquelle comporte des inexactitudes corrigées ou signalées par l’ajout d’errata au document qui l’accompagne. L’élaboration de la 1508A semble s’être faite sans tenir compte de ces errata et reproduit donc telles quelles les erreurs de la 67-1. Si une association de pegmatites blanches et de marbre semble se répandre à travers le territoire sans égard aux roches en place, l’effet le plus regrettable de ces confusions est d’occulter l’un des épisodes majeurs de la géologie de la région de Gatineau et d’Ottawa, la montée de roches volcaniques (Cambro-Protérozoïque) dont affleurent des vestiges à Buckingham, au Québec.

COMPILATIONS
L’un des premiers documents que se procure qui veut se renseigner sur la géologie de la région de Gatineau et d’Ottawa est la carte 1508A: Generalized Bedrock Geology Ottawa-Hull, Ontario and Québec, publiée par la Commission géologique du Canada (Harrison et MacDonald, 1980). Or, à l'usage, cette carte, il n'est pas long de le constater, comporte de nombreuses inexactitudes : contours des formations géologiques décalées de plusieurs centaines de mètres par rapport à leur position sur les cartes sources originales, zones assignées erronément à telle ou telle unité lithologique, lithologies caractéristiques absentes de la légende. Ce dernier point en particulier a pour résultat de gommer un des éléments les plus remarquables de la géologie régionale : un groupe d'affleurements, reliquats d'un épisode volcanique unique dans la province de Grenville, à Buckingham (Cambro-Protérozoïque).

À l’objection prévisible qu’on pourrait opposer : la 1508A est une carte de compilation – et, qui dit compilation dit compromis, simplification et harmonisation – , il faut maintenir qu’il s’agit bien d’erreurs, et non pas d’accommodements commandés par la nécessité de synthétiser plusieurs cartes disparates en âge et en échelle.

La 1508A (échelle : 1/125 000) est basée sur une carte de compilation antérieure (MacDonald, 1967; 1/250 000) dont elle ne reprend qu’un secteur ; voir FIGURE 1. (La carte de MacDonald sera nommée ici 67-1, du numéro du rapport géologique dont elle fait partie. Voir «Références».) La 1508A, qui accompagnait à l'origine une étude signée par Bélanger et Harrison (1980), a engendré une abondante descendance, tant imprimée que virtuelle (sur CD et/ou consultable en ligne) : voir, à ce sujet, Bélanger (1998, 2008). Or, ces nouvelles versions n’amendent aucunement les lacunes de la 1508A et les diffusent même à un public plus vaste.

Le TABLEAU qui suit regroupe les principaux «reproches» que l’on peut adresser à la 1508A et la 67-1. Il n'y est fait référence qu'aux travaux cités par la 1508A («cartes sources»), et donc disponibles à l'époque de son élaboration*. La FIGURE 2 présente les légendes de ces deux cartes, la 1508A ayant calqué la sienne sur celle de la 67-1 dont elle a repris la plupart des unités lithologiques.
* La 67-1 a été dessinée d'après les versions préliminaires, parues avant 1967, de ces documents ; voir ANNEXE [À venir].

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TABLEAU : «erreurs» des cartes de compilation 67-1 et 1508A à la lumières des cartes sources
I. – Erreurs d’attribution

Les identifications fautives sont [entre crochets]. Les sites (identifiés par des lettres) apparaissent dans un ordre qui va de l’Ouest vers l’Est (FIGURE 1). Les numéros des unités lithologiques sont tirés de la légende des cartes concernées.
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Site H. – NW d'Almonte (On)
Carte 67-1. – 8. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
1508A. – [10. Nepean Formation : sandstone]
Aurait convenu : 9. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
Carte source (Livingstone, 1974). – 6. Red granodiorite and granite
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Site D. – Rive gauche de la Gatineau, au niveau de Burnet (Qc)
Site C. – W du lac Pink (Qc)
Site L. – Rive NW du lac Pink (Qc)
Cas retirés de la discussion.
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Site J.  – Rive gauche de la Gatineau, à la hauteur de Larrimac (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 5. Diorite, gabbro, anorthosite, metagabbro
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 6. Diorite, gabbro, anorthosite, metagabbro
Carte source (Béland, 1955). – Diorite
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Site F. – Cantley et Gatineau (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 8. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait convenu : 9. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
Carte source (Wilson, 1920). – 2. Quinnville granite
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Site K. – Kanata (On)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait mieux convenu : 8. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Aurait mieux convenu : 9. Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite
Carte source (Kirwan, 1962). – 5. Variable assemblage of granite, granite gneiss (…)
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II. – Erreurs par omission
Roches caractéristiques absentes de la légende de la 67-1 et de la 1508A. Les identifications fautives sont [entre crochets].
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Site B. – SW du lac Meech (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 67-1 ne convenait pour cet endroit.
Source («unpublished work of D.D. Hogarth») – Cas un peu limite où l'on pourrait parler d'approximation plutôt que d'une erreur. Quant au contenu probable des «travaux inédits», voir plus bas (Hogarth, 1970).
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 1508A ne convenait pour cet endroit.
Carte source (Hogarth, 1970). – 10. Potassic aplite ; 11. Intrusive carbonatite.
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Site G. – Buckingham (Qc)
Carte 67-1. – [6. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 67-1 ne convenait pour cet endroit.
1508A. – [7. Pegmatite, white pegmatite associated with marble]
Rien dans la légende de la 1508A ne convenait pour cet endroit.
Carte source (Wilson, 1920). – 8. Kersantite
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FIGURE 1.
Localisation des zones énumérées dans le TABLEAU.
Détail d'une photocopie de la
67-1 (MacDonald, 1967) correspondant à la partie nord de la 1508A (Harrison et MacDonald, 1980. Cette dernière étant une version mise en couleurs de la première sur un fond topographique plus détaillé (courbes de niveau, routes, agglomérations, etc.), nous ne l'avons pas fait figurer à cause de la difficulté de reproduire ici lisiblement ce document de plus de 90 cm de large. Légendes des deux cartes à la FIGURE 2
Cliquez sur la carte pour obtenir un document plus grand. 


GÉNÉALOGIE DE L'ERREUR
Au simple survol du TABLEAU, on constate rapidement que, sauf pour le site H où elle «innove», et, encore, de façon malencontreuse, la 1508A reprend les erreurs de la 67-1. Sans détailler les cas un à un, le fait majeur qui se dégage de l’examen du TABLEAU est la fréquence des attributions erronées de formations à l’unité lithologique «Pegmatite, white pegmatite associated with marble» (5 des 6 cas du tableau, en excluant les cas retirés). Le plus piquant est que cette association ne devrait même pas apparaître sur la 1508A : cette carte ne reprend qu’une partie de 67-1 et l’ironie a voulu que les seuls endroits où l'association «pegmatite blanche - marbre» apparaît – à bon escient, bien sûr! – sur cette dernière sont situés hors du périmètre de la 1508A**

** La 67-1 a probablement tiré cette association de l'unité 13 la carte de Reinhardt et al. (1964), carte dont seule la moitié Est se trouve comprise dans la 1508A : «Massive, coarse-grained white granite and white pegmatite; mainly associated with marble».


FIGURE 2
Légendes des cartes 67-1 (MacDonald, 1967) et 1508A (Harrison et Bélanger, 1980)
Montage d'une (mauvaise) photocopie de la légende de la
67-1 ; annotations entre parenthèses à l'encre noire : équivalences avec la légende de la carte 1508A qui reprend essentiellement celle de la 67-1. Ne pas tenir compte des annotations à la mine de plomb.
Cliquez sur le document pour obtenir une image lisible.


* * *

Provisoirement donc, on peut conclure qu’il apparaît que la 67-1 est entachée de défectuosités qu’elle a léguées à la 1508A. Cependant, le document de trois pages qui accompagne la 67-1 contient les lignes suivantes (MacDonald, 1967, p. 3) :

ERRATA
1. Large mass at Lat. 45º40’, Long. 75º40’, marked as 6, should be 8. [Site F.]
2. Small mass east of Buckingham marked 6 should be 8. [Site G.] Area adjoining this lacks a number and should be grouped as 2. [Sans lien avec notre propos.]

[Note. – Les unités 6, 8 et 2 de la 67-1 correspondent aux unités 7, 9 et 3 de la 1508A. Voir le TABLEAU et la FIGURE 2.]

Nous découvrons finalement que la 1508A aurait dû s’inspirer totalement de la 67-1 : de la carte et des errata, qu'elle semble avoir préféré ignorer. Mais, à propos de ces errata, il faut convenir que, si le premier règle le cas du site F, l’effet de l’erratum no 2 (site G), qui prétend racheter une bévue à bon compte, est douteux puisqu’il remplace une méprise par une autre : les roches magmatiques massives et ±foliées de l'unité 8 («Granite, quartz monzonite, granodiorite, tonalite, massive and foliated; also associated migmatite») ne peuvent prétendre décrire des affleurements de roches subvolcaniques (kersantite de Wilson, 1920).

Cette suite de faux pas concernant le site G est d’autant plus regrettable que ces roches subvolcaniques (roches volcaniques, ou laves, datant du Cambro-Protérozoïque, selon des travaux plus récents ; voir Lafleur et Hogarth, 1981) sont uniques dans la région, sinon dans toute la province de Grenville (FIGURE 3).

Quand au site B, on peut déplorer que cette association d’un stock d’aplite et de filons de carbonatite soit effacée de la géologie locale qui se trouve ainsi appauvrie d’un autre de ses traits les plus originaux (voir TABLEAU).

Il est également désolant que la 1508A n’ait pas repris les dykes de diabase (590 Ma) à direction E-W qui recoupent les roches de la Province de Grenville. Ces dykes, associés à l’ouverture de l’océan Iapetus et à la formation du graben d’Ottawa-Bonnechère, sont pourtant présents sur la 67-1. C’est là encore un épisode essentiel de la géologie locale qui est escamoté (FIGURE 3).


FIGURE 3
Comparaison d'un même secteur (site G) d'après la carte de Wilson (1920) et la 1508A ramenées à la même échelle. 
La 1508A est une compilation de travaux plus anciens, dont, notamment, celui de Wilson. Sur la carte de Wilson, le X, à l'Est de Buckingham, signale des masses mauves assignées à l'unité lithologique «8 : Kersantite», c'est à dire des roches subvolcaniques. (Roches volcaniques, ou laves, datant du Cambro-Protérozoïque, selon des travaux récents ; voir Lafleur et Hogarth, 1981.)
La
1508A réunit ces masses en une seule, en gommant les blancs de la carte de Wilson, intervalles où aucune roche n'affleurait, ce qui est légitime, et en simplifiant les contours, ce qui se justifie aussi. (Le même traitement a été appliqué à d'autres formations.) Cependant, elle assigne à ces roches volcaniques l'unité lithologique 7 : «Pegmatite, white pegmatite associated with marble», ce qui est aussi fort que de confondre une trompette avec une machine à laver...


POSTÉRITÉ
J’ai évoqué plus haut la descendance de la 1508A. Du membre le plus récent de sa progéniture (Géologie urbaine de la région de la capitale nationale ; Bélanger, 2008), disons seulement qu'il maintient imperturbablement la tradition qu'il a reçue en héritage. L’unité de «Pegmatite, white pegmatite associated with marble» a été remplacée par une unité de «Dykes, pegmatite», tout aussi mal venue.

Si, pour le reste de son contenu, la Géologie urbaine de la région de la capitale nationale demeure un document intéressant et fouillé, le tableau «Échelle des temps géologiques» occulte malencontreusement l’orogenèse grenvillienne (ca 1300-1000 Ma), en noyant cet événement fondamental qui a vu se former le socle même de la région de Gatineau et d'Ottawa dans un vaste Protérozoïque (2500-560 Ma) non différencié.

CONCLUSION
Il est dommage qu'une publication de la Commission géologique du Canada consacrée à la géologie de la région de la capitale fédérale soit obérée par tant de défectuosités. Il est tout aussi difficilement explicable que les (très) nombreux travaux qui ont été publié depuis 1980 ne soient pas pris en compte par Géologie urbaine de la région de la capitale nationale où j’espérais trouver, avant de la consulter, une synthèse mise à jour de l’état de nos connaissances sur la géologie régionale.

J’ai laissé tomber, durant la rédaction de ce texte que je ne tenais pas à trop étirer, quelques vétilles qu’on pourrait encore reprocher à la 1508A. Par exemple, à Kanata, toutes les lithologies semblent avoir subi un glissement de ±500 m vers l’Est (Kirwan,1962). J’ai cru constater un glissement semblable aux environs de Carleton Place (Reinhardt, 1967), sans pousser l’examen de la chose plus loin.

Dernier mot...
Et si la 1508A avait raison contre les cartes source ? J’ai contre-vérifié toutes mes affirmations, basées en premier lieu par l’examen des «sources», à l’aide de travaux publiés depuis la parution de la 1508A (1980). (Je n'ai pas fait figurer ces travaux, sauf l'article de Lafleur et Hogarth, dans les «Références», pour éviter d'alourdir le présent texte.) J’ai visité les sites énumérés dans le TABLEAU (sauf H et K). Même si je ne place pas mon expertise au niveau de celle de professionnels, je peux assurer le lecteur que, en autant qu’il est possible d’exprimer une certitude, je maintiens que, concernant les points que j’ai relevés, il y a unanimité (justifiée) des sources et autres références consultés, anciennes et nouvelles, contre la 1508A.


RÉFÉRENCES
Béland, R., 1954, Preliminary report on Wakefield area, Gatineau County(***), Quebec Dep. Mines, Prelim. Rep. 298, 7 p., map.
Bélanger, J. R. 1998, «Urban geology of Canada’s National Capital Area», Geol. Assoc. of Canada, Special Paper 42, pp. 365-384.
Bélanger, J. R., 2008, Géologie urbaine de la région de la capitale nationale / Urban geology of the national capital area, CGC, Dossier public 5311, 1 DVD.
Bélanger, J. R.; Harrison, J. E., 1980, Regional Geoscience Information : Ottawa-Hull, GSC, Paper 77-11, 18 p., with 8 maps
Hogarth, D.D., 1970, Geology of the southern part of Gatineau Park, National Capital Region, GSC, Paper 70-20, 8 p., map 7-1970.
Kirwan, J.L., 1962, «Geology of part of the Townships of March, Huntley and Nepean, Carleton County», Ontario, The Canadian Field – Naturalist, Vol. 76, No. 2, pp. 108-115.
Harrison, J. E.; MacDonald, G., 1980, Generalized Bedrock Geology Ottawa-Hull, Ontario and Québec, map 1508A, [1/125 000].
Lafleur J.; Hogarth D.D., 1981, «Cambro-Proterozoic volcanism near Buckingham, Québec», Canadian Journal of Earth Sciences, Vol. 18 : 1817-1823.
Livingstone, K. W., 1974, Geology, Arnprior, Ontario (Contributions by K.W. Livingstone, P.A. Hill, A.E. Wilson, and J.L. Kirwin), GSC, map 1363A.
MacDonald, G., 1967, Geology of the Ottawa region: A compilation, Carleton University, Geol. Paper 67-1, 3 p., map.
Reinhardt, E. W.; Wilson, A. E.; Liberty, B. A., 1964, Geology, Carleton Place, Ontario, GSC, preliminary map 7-1964.
Sabourin, R. J. E., 1965, Bristol-Masham area, Pontiac and Gatineau counties(***), Quebec Dep. Nat. Res., Geol. Rep. 110, 44 p., map.
Wilson, M. E., 1920, Geology of Buckingham, Hull and Labelle Counties, Quebec, GSC, map 1691.

Base de données du ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec e-sigeom - Examine
Base de données des publications scientifiques du Secteur des sciences de la Terre de Ressources naturelles Canada, GEOSCAN.

(***) Version française utilisée pour l’élaboration du présent document.

* * *

ADDENDUM
J'ai rédigé ce texte en l'an 2000 et je l'ai laissé dormir au creux d'un dossier. Depuis, des travaux ont quelque peu vieilli les roches du site G. Il s'agirait de la suite volcano-plutonique alcaline de Robitaille, datant du Mésoprotérozoïque (1 milliard d'années). Mais ceci ne change rien fondamentalement quant au propos de mon exposé.

Références :
Hogarth, D.D., Rocks Of The Mason - Buckingham - Mayo Area, With Emphasis On Mesoproterozoic Igneous Types. Ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec, GM 63238, 27 pages, 1 carte (1/20 000), 2003. 31G11.
Donald D. Hogarth ; Michel J.L. Robin, «Strontium In Feldspars Of High-K Proterozoic Igneous Rocks Of The Robitaille Suite, Buckingham, Québec», The Canadian Mineralogist, oct. 2007, v. 45, no 5, p. 1293-1306.