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dimanche 6 octobre 2013

Grès de Nepean à Gatineau : inexcusable


Détail de la carte de Wilson (1938)
L'escarpement de l'actuel parc de l'Oasis correspond à la
carrière ( ligne avec des «piquets»).



Dans le billet inaugural de la série sur le grès du parc de l'Oasis à Gatineau, j'avais écrit que les travaux de prospection dans les années 1930 n'avaient débouché sur aucune exploitation de la roche. De fait, je n'ai trouvé dans les textes aucune mention d'une quelconque carrière à cet endroit. (Laurin Silica Property sur la carte en noir et blanc de Cole et Carnochan, plus bas.)

Or, voici qu'une carte (Wilson, 1938) que je suis inexcusable de n'avoir pas consultée plus tôt m'apprend qu'il y a bel et bien existé une carrière (Quarry, en haut et à gauche du détail de sa carte).


Détail de la carte de Wilson (1938). Elle ne s'étend pas aussi au nord que celle de Cole et Carnochan (1934), plus bas.
Légende (simplifiée : ne comprend que les unités pertinentes à l'exposé). Les couleurs franches correspondent à des zones où la roche affleure ; les couleurs pâles, à des extrapolations. 
Pléistocène et Récent. – 11. Gris (pointillé). Alluvions récentes et dépôts glaciaires.
Paléozoïque. – 4. Bleu. Formation d'Oxford : dolomie et calcaire ; 3. Gris. Formation de March : grès et dolomie gréseuse interlités ; 2. Mauve. Formation de Nepean : grès (correspond au «Potsdam Sandstone» de la carte en noir et blanc de Cole et Carnochan, plus bas.).
Précambrien. – 1. Rouge. Non divisé.

Notez qu'il devrait y avoir du Précambrien (unité 1) à l'ouest et au nord du lac Beauchamp.


Carte de Cole et Carnochan (1934).  
«Potsdam Sandstone» : correspond au grès de Nepean de la carte en couleur de Wilson.
Laurin Silica Property : actuel parc de l'Oasis ;
Ottawa Silica and Sandstone Co. : ancienne carrière du lac Beauchamp.



De la même façon, la carte indique une carrière au sud du lac Beauchamp, le long d'un autre escarpement dans le grès. Cette seconde carrière est située à l'est de celle qui est habituellement représentée sur les cartes du lac (voir billet du 20 novembre 2010).

Les carrières de la carte de Wilson (1938) expliqueraient l'aspect chaotique des deux escarpements, constitués de blocs détachés et basculés, jetés pêle-mêle au bas de la falaise. C'est à se demander si les travaux ne seraient pas aussi responsables des failles et des crevasses qui parcourent le grès le long des bords des falaises.

(Pour l'aspect chaotique de l'escarpement du parc de l'Oasis, un billet est en préparation ; pour celui du lac Beauchamp, voir le billet du 15 avril 2012.)

Dans les deux cas, les falaises prédataient les travaux. Ils ont pu les altérer, ils ne les ont pas créées.

La carte de 1938 confirme ma théorie voulant que l'escarpement du parc de l'Oasis marque la limite de la couverture du grès (unité 2) sur le Bouclier précambrien (unité 1). (Voir billet du 26 septembre 2013.) On voit en effet que la limite passe presque immédiatement sous l'escarpement. (Voir aussi le billet du 15 avril 2012, où la même question est posée à propos de l'escarpement du lac Beauchamp, lien plus haut.)

J'avoue ne pas savoir ce qu'il faut penser. D'un côté, le silence des textes, de l'autre, cette carte... Les descendants du propriétaire du terrain de l'époque, Xavier Laurin, affirment que personne dans la famille n'a conservé souvenir d'une quelconque carrière. Est-ce que Wilson aurait consigné comme quarry ce qui n'était que des travaux de prospection ?


Ajout (29 oct. 2013)


Carte topographique, 31G/5, 1/63 360, 1935 (détail)
«Original survey 1923. Revised 1935.» Courbes de niveau en pieds. (Il s'agit d'une image prise à l'aide de mon appareil photo : il peut y avoir des distorsions causées par le parallélisme approximatif de l'appareil et de la carte ainsi que par la courbure de la lentille.)



Cette carte topographique de 1935 montre des carrières à l'emplacement des escarpements du lac Beauchamp et de l'actuel parc de l'Oasis. Cependant, le symbole utilisé pour les carrières, selon la légende, est utilisé aussi sur la carte pour les escarpements naturels, comme celui de la Coline du Parlement à Ottawa. Il est donc difficile de conclure quoi que ce soit...


Références

  • L.H. Cole et R.K. Carnochan, 1934 – «Silica Deposit Near Gatineau Point, Quebec», in : Report No. 735, Mines Branch Investigations of Mineral Resources and the Mining Industry, Depart. of Mines, Canada Mines Branch, p. 3-6.
  • A.E. Wilson, 1938 – Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360)



samedi 5 octobre 2013

Grès de Nepean à Gatineau : safari-photo



01. Nous voilà prévenus !...


Résumé. – On parle ici d'un escarpement, parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpîtal, à Gatineau (Québec), dans le grès de Nepean (Paléozoïque, 500 millions d'années), de blocs erratiques déposés à la fin de la dernière glaciation (12 000 ans), de la mer de Champlain (12 000 - 10 000 ans) et du proto-Outaouais (10 000 - 5000 ans). Ce billet est une suite (liens plus bas). 
Voilà, c'est tout. Plus long, ça ne serait plus un résumé, mais un exposé.

Sauf indication contraire : toutes les photos, 28 sept. 2013.


Habituellement, je fais en sorte que chacun des billets du blogue soit indépendant, autant que faire se peut quand il s'agit d'une série consacrée au même site. Cette fois-ci, j'y renonce. La lecture des billets des 14 et 26 septembre est nécessaire à la pleine compréhension du safari-photo que je vous présente aujourd'hui. Il est inutile que je m'attarde ici à redire en de nouveaux mots ce que j'ai déjà dit sur le grès de Gatineau (grès de Nepean, pour vous donner son nom officiel) et d'expliquer le contexte général qui fait l'intérêt du parc de l'Oasis. Reportez-vous aux premiers billets, notamment pour les cartes :




02. L'escarpement du parc de l'Oasis, vu du boul. de l'Hôpital. Le grès discrètement, rouille dans l'ombre. C'est déjà un miracle que personne n'ait pensé à bétonner le roc. (Photo 15 juin 2011.)



03. Parc de l'Oasis (partie sud) ; la boussole donne le nord, à droite. Partout, les glaciers ont poli le grès, pas au point d'effacer leurs propres traces. Les stries glaciaires indiquent que la glace s'est écoulée du NW vers le SE (du coin supérieur droit vers le coin inférieur gauche de la photo).



04a. Parc de l'Oasis. Le grès de Nepean (ainsi nommé d'après la localité type, à l'ouest d'Ottawa), après tout, n'est que du sable cimenté sous l'eau il y a 500 millions d'années. Des galets anguleux de quartzite provenant du Bouclier canadien, emprisonnés dans la matrice sableuse, ont eux aussi été arasés par les glaciers.



04b. Parc de l'Oasis. Lits de galets enfouis sous les couches de sables ultérieures (en haut et en bas ; les galets sont blancs ou gris). Évaluer la force des courants nécessaires à déplacer ces gros morceaux de roche.



05. Parc de l'Oasis. Tout le long de l'escarpement, le grès est faillé et crevassé. Les crevasses principales, longues de plusieurs m, sont parallèles au rebord de l'escarpement. Les cassures sont «récentes» (ne me demandez pas de préciser davantage) et présentent des arêtes anguleuses. Les failles s'agrandissent, des quartiers de grès se détachent, glissent et penchent vers l'ouest (voir fig. 07). Sur des photos aériennes datant de 1965 alors que tout le secteur était agricole, les crevasses étaient déjà présentes. Ceci leur donne un âge minimum ; elles datent sûrement de plus longtemps.



06. Parc de l'Oasis. Bloc de granite (ou de gneiss granitisé, la surface altérée ne permet pas d'être très affirmatif), presque englouti par une fracture ouverte sous lui. Le même bloc a été (mieux) photographié par Alain P. Tremblay (voir la fig. 2 du billet du 26 sept., lien plus haut).



07. Nord du parc de l'Oasis. Quartier de grès détaché de la falaise, mais demeuré debout. La surface originelle, à gauche (ouest), longuement exposée aux éléments, a été météorisée et l'érosion différentielle a fait ressortir la succession des lits sableux. 



08. Champ au nord du parc de l'Oasis, près de l'escarpement. Till glaciaire, riche en sable et galets. (cf. le till de St-Colomban, fig. 4bis du billet du 26 sept., lien plus haut.) À partir de cet endroit, vers le nord et le NE, le sol s'épaissit et les affleurements rocheux plus rares.



9a.



09a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Les blocs sont des sujets peu photogéniques. Sur les clichés, ils paraissent invariablement plus petits qu'ils ne sont, banalisés et insignifiants. La plupart des blocs du secteurs sont des granites ou des gneiss plus ou moins granitisés et plus ou moins recouverts de lichens. Ils sont arrondis et proviennent du Bouclier canadien tout près. J'ai vu, assez loin de la falaise, un bloc anguleux de grès local. Arrachage artificiel ou débitage naturel ? (Voir fig. 5 du billet du 26 sept. 2013, lien plus haut.)
On peut calculer la croissance des lichens en examinant des photos prises à 11 ans d'intervalle d'un bloc erratique du parc de la Gatineau : billet du 6 août 2011.



10. Champ au nord du parc de l'Oasis, à l'est de l'escarpement. «Gouttières» dans le grès, orientées NNW. Les rebords sont émoussés, ce qui trahit un «certain âge» - encore une fois, ne me demandez pas de préciser. On remarque que le grès, loin de la falaise, n'est pas faillé.



11a.



11a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Bloc sur une surface de grès dénudée ; plus grande dimension env. 1,80 m. Il a déjà été photographié (avec de meilleurs résultats) par Alain P. Tremblay (voir fig. 1 et 8 du billet du 26 sept. 2013, lien plus haut). Il s'agit d'un gneiss étonnamment net comparé aux autres blocs des environs aux surfaces saturées de lichens. Il y a indubitablement eu des blocs qui ont été dégagés et déplacés «récemment» par rapport aux autres. La cassure du bloc, à droite sur la photo 9a, est parfaitement fraîche. (Comparez avec le granite en 9b.)


11c. Champ au nord du parc de l'Oasis. Socle de grès et ruisseau.



12a.



12a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Autre souvenir du temps des glaciers : train de fractures de broutage, causées par le choc répété d'une roche emprisonnée dans la glace qui progressait (fractures concaves). Le mouvement de la glace est toujours NW-SE (de la droite vers la gauche, obliquement, en suivant l'axe du train). Voir le billet du 28 nov. 2009.



13a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Ruisseau. À l'évidence, l'érosion par l'eau a emporté les particules fines du till, révélant ainsi les galets et blocs qui y étaient dissimulés.



13b.


14a. La silhouette du bloc de la fig. 11 est visible à la droite du centre de la photo. Le grès est étonnamment plat : les strates régulières dont il est formé explique sans doute le phénomène. Sur le Bouclier canadien, au nord, les mêmes glaces ont sculpté un relief en roches moutonnées dans des gneiss et des granites.



14a et b. Talus au nord du parc de l'Oasis. Au sommet, surface plane exploitée par les agriculteurs. C'est le rebord de la couche d'argile laissée par la mer de Champlain (12 000 – 10 000 ans). En bas du talus, nous sommes dans la zone déblayée par l'ancêtre de la rivière des Outaouais (proto-Outaouais) entre 10 000 et 5000 ans (voir billet du 26 sept., lien plus haut). Le fait que le till glaciaire (fig. 8) et même le socle gréseux sous jacents à l'argile soient exposés prouve que le déblayage a été ici assez efficace.
Bref, nous sommes ici près du rivage du proto-Outaouais, à plus de 2 km au nord de la rivière actuelle.


15. Talus au nord du parc de l'Oasis ; vue vers le nord. Ce haut plateau d’argile cultivé, morceau de campagne en pleine ville, est le fond de la mer de Champlain, au sommet de la ville...
 


Sorte de conclusion

L'escarpement du parc de l'Oasis est au sud et à l'ouest d'un talus abrupt dans l'argile de la mer de Champlain. La différence d'altitude entre le bas du talus et le sommet correspond à la couche de glaise marine qui a été emportée par l'ancêtre de la rivière des Outaouais, beaucoup plus large que l'actuelle, entre 10 000 et 5000 ans avant aujourd'hui (voir billet du 26 sept. 2013, lien plus haut).

Pour fouler le fond de la mer de Champlain, il nous a fallu partir du fond de (l'ancienne) rivière des Outaouais, et grimper. Le monde à l'envers !


Chronologie locale

  • 80 000 - 12 000 ans : dernière glaciation (glaciation du Wisconsinien) ; till glaciaire, blocs erratiques ;
  • 12 000 - 10 000 ans : mer de Champlain ; dépôt d’un épais manteau d'argile ;
  • 10 000 - 5000 ans : proto-Outaouais : érosion locale de l’argile marine ;
  • Depuis 4700 ans : l'Outaouais confiné à ses proportions actuelles.

jeudi 26 septembre 2013

Grès de Nepean à Gatineau + blocs erratiques (ajouts)


Fig. 1. Socle de grès dénudé au milieu des champs et bloc erratique (Gatineau, parc Laflamme, au N parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpital). M'étonnerais beaucoup qu'il soit là comme une cerise oubliée sur un plateau depuis la fin de la dernière glaciation... N'empêche, la question qui nous vient immédiatement à l'esprit : mais où est donc passé le reste du till glaciaire qui devait recouvrir le secteur ? Voir la fig. 8 pour un autre point de vue. Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Résumé (ajouté après coup). – On parle ici du secteur du parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpîtal, à Gatineau (Québec), du grès de Nepean (Paléozoïque, 500 millions d'années), de blocs erratiques déposés à la fin de la dernière glaciation (12 000 ans), de la mer de Champlain (12 000 - 10 000 ans) et du proto-Outaouais (10 000 -5000 ans). Ce billet est une suite (lien immédiatement plus bas). Voilà, vous avez tout.


Dans mon billet du 14 septembre dernier, j’ai parlé d’activités de prospections dans les années 1930 sur un plateau de grès, à Gatineau, limité à l’ouest par un escarpement (fig. 3). Le tout était perdu au milieu de ce qui était à l’époque des terres bordées par des champs et des champs bordés par des terres. Aujourd’hui, l’escarpement s’étire comme un lacet entre des parkings et des fonds de cours (fig. 7). Le rebord du plateau est occupé par un parc étroit, le parc Oasis (nom très local et très descriptif, n’est-ce pas ?). Même si les analyses avaient montré que le grès avait la pureté nécessaire à la production de sable destiné à l’industrie du verre, aucune exploitation ne fut entreprise. Le terrain appartenait à un certain Xavier Laurin.

Alain P. Tremblay, arrière-petit neveu de M. Laurin, me disait récemment que, quand il était petit, alors que l’urbanisation n’avait pas touché le secteur, il se trouvait un champ de blocs erratiques au nord de l’escarpement. (Conversation à l'origine du billet du 14 sept., lien plus haut.) Comme je lui répondais que les blocs devaient sans doute avoir été emportés ou détruits depuis – un boulevard, un hôpital, un quartier résidentiel, ça change le paysage –, il me répondit qu’au contraire, ils existaient toujours. Pour venir à bout de mon incrédulité – disons plutôt de ma surprise –, il m’en a transmis les photos toutes récentes que vous voyez ici.

(Selon certaines cartes, les blocs seraient au parc Laflamme. Les cartes récentes laissent cependant le parc anonyme.)


Fig. 2. Le grès près de l'escarpement est parcouru de fissures. Celle-ci a failli engloutir un bloc erratique de bonne taille. Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


J’irai voir ce champ urbain semé de blocs erratiques dès que possible. La présence de ces blocs m’intrigue : pourquoi sont-ils si nombreux, ou apparents, à cet endroit, et pas ailleurs ?

La carte des dépôts meubles (fig. 4) donne peut-être un indice. Les terrains en vert-de-gris (unité no 8) sont couverts de sédiments laissés par l’ancêtre de la rivière des Outaouais, le proto-Outaouais qui s’est établi dès le retrait de la mer de Champlain il y a 10 000 ans. Presque tout Gatineau (secteur Gatineau) était sous la rivière à cette époque. Les précurseurs des Grands-Lacs se déversaient alors dans l’Outaouais par un exutoire qui passait par le lac Nipissing. Le débit de la rivière a pu atteindre 200 fois celui du cours d'eau actuel (Gilbert, 1994, p. 7). L’argile de la mer de Champlain (en bleu, unité no 3) a été en partie déblayée par le courant, au point de mettre à nu le till glaciaire et, même, le socle rocheux (R et R, surfaces roses).

Les lignes dentées sur la carte suivent les contours des terrasses créées par le proto-Outaouais. Elles permettent de mesurer l’ampleur de l'ancien cours d’eau.

Les blocs, tout erratiques qu’ils étaient, eux, n’ont pas été remué par ce remue-ménage. L’argile disparue, les éléments plus fins du till itou, les blocs ont été dégagés par l’érosion fluviatile. Puis, la rivière s’est progressivement réduite à ses proportions actuelles qu’elle a atteintes il y a 4700 ans. Je doute cependant que les blocs de notre champ soient demeurés dans leur position originale depuis ce temps. Les cultivateurs ont dû en déplacer quelques-uns qui gênaient les travaux agricoles – sans parler des défricheurs.


Fig. 3. Carte de Cole et Carnochan (1934). La région qui nous intéresse ici est la Laurin Silica Property, à gauche. Potsdam sandstone = grès de Nepean dans notre texte.


Fig. 4. Même secteur qu'à la fig. 3. Détail annoté de la carte de Richard et al. (1978)
Légende (simplifiée)
Récents. – 10 : dépôts organiques ; humus, tourbe ; 9 : dépôts fluviatiles récents ; sable, matières organiques.
Post-Champlain. – Dépôts fluviatiles de chenaux abandonnés de l'Outaouais : silt, argile (8) et sable (7).
Dépôts de la mer de Champlain. – Faciès sub-littoral, sable (4) ; faciès d'eau profonde ; argile, silt (3).
Pré-Champlain (dépôts glaciaires). – 1 : till.
Roche en place. – R : Paléozoïque ; calcaire, dolomie, grès, shale ; R : Précambrien, complexe métamorphique-plutonique. (Note. – Les R et les R sont intervertis sur la cartes à certains endroits. Par exemple, le R au sud du X blanc devrait être un R. Pas la seule carte de sa série à déconner... Voir ici et ici.)
L : zones de glissements de terrain  ; ligne dentée : talus de terrasse fluviale ; ligne piquetée : escarpement dans la roche en place ; B noir : lac Beauchamp.
Pour ce qui suit, voir la fig. 7. H blanc : hôpital de Gatineau (qui n’existait pas en 1978) ; X blanc : champ de blocs erratiques ; l'escarpement dans le grès passe entre H et X.


Fig. 4 bis (ajout, 4 oct. 2013, tant qu'à accumuler la documentation...) Détail annoté de Lajoie (1967)
Légende (très simplifiée). Pour tous les sols : nom du sol ; texture ; matériau originel
Sols du site de l'escarpement de grès dont il est question ici
Cb. St-Colomban ; loam sableux et rocheux ; till non calcaire. D. Dalhousie ; loam argileux ; argile. Pc. Pontiac ; loam limoneux à loam argilo-limoneux ; limon mince sur argile. X. Éboulis, berges escarpées et ravinées ; surface argileuse ; terrains éboulés ou varinés.
Autres sols de la zone couverte par la carte
Au. Alluvion, non différenciée ; surface sableuse ; alluvion récente stratifiée. Auh. Alluvion, non différenciée ; surface argileuse ; alluvion récente stratifiée. F. Farmington ; loam ; till mince sur roc calcaire. Lc. Lachute ; loam limoneux ; alluvion limoneuse récente. Le. Lesage ; loam sablo-graveleux ; gravier et sable stratifiés sur argile. R. Ste-Rosalie ; argile ; argile marine grise. R1. Ste-Rosalie ; loam argileux ; argile marine grise. Ri. Rideau ; argile, argile grise marine. Rn. Ripon ; sable loameux ; sable loameux et sable. Up. Uplands ; sable ; sable moyen. √. Terrains rocheux non-différenciés ; --- ; till rocheux et affleurements. [Symbole papyrus.] Marécage.
Légende détaillée des sols du site de l'escarpement
Cb/U - 4√. Sol St-Colomban (Cb)/ondulé (U) - très pierreux, nombreux affleurements (4√).
Pc + D/Lm - 0. Sol Pontiac (Pc) + sol Dalhousie/plat (Lm) - sans pierres ni affleurements (0).
X/E - 0. Éboulis (X)/escarpé (E) - sans pierres ni affleurements (0).


H noirs : hôpital de Gatineau ; X : champ de bloc erratique, selon fig. 4.


Fig. 5. Ça, ça ressemble à du bon vieux granite (cassure rose fraîche en bas). Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Fig. 6. Un bloc, un arbre, un bloc, deux arbres... Je plains les anciens cultivateurs qui devaient se débattre avec ces blocs qui n'ajoutaient pas vraiment à la fertilité de leurs champs...
Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Si l’on superpose la carte de Cole et Carnochan (fig. 3) sur celle de Richard et al. (fig. 4), on se rend compte que ce dernier a indiqué R (Précambrien) là où les premiers indiquent (correctement) du grès du Paléozoïque (hachures obliques). Richard et al. auraient dû employer le R souligné, symbole du Paléozoïque. Petite erreur comme je soupçonne qu'il s'en est produites d'autres du même genre ailleurs sur la carte. À voir...

Raison de plus pour aller y faire un tour si des roches de deux ères coexistent. Quoique, ça m’étonnerait de trouver beaucoup d'affleurements ou, rêvons un peu, une autre discordance Précambrien/Paléozoïque comme celle du lac Beauchamp, plus à l’est (voir billet du 23 janvier 2011).


À suivre...


Fig. 7. Secteur de l'hôpital de Gatineau. © Google. H : hôpital ; X : champ couvert de blocs erratiques ; ligne rouge : escarpement dans le grès de Nepean (limite ouest du parc de l'Oasis). Ajout (30 sept. 213). – Le terme «champ» peut induire en erreur. Il existe bien, mais il faudrait parler d'un plat sur le rebord du plateau et qui communique avec des ravins encaissés qui découpent le talus des «hautes terres» dans l'argile marine, au nord et è l'est du X (surfaces planes cultivées).


Fig. 8. Secteur couverts de blocs erratiques. Plusieurs sont bien visibles. J'ai repéré celui photographié à la fig. 1 (cercle blanc). Le X blanc indique la position probable du photographe et la flèche l'angle de visée. Rien n'échappe à l'œil de © Google...


Ajout (1er octobre 2013)

Selon Alain P. Tremblay, les blocs sur ce terrain n'auraient pas été dérangés depuis presque 90 ans. Le terrain a toujours servi de pâturage et non pour l'agriculture, la couche de terre étant trop mince et les environs trop accidentés.

Cependant, j'ajouterais que le champ où se trouvent les blocs communique avec des ravins qui découpent un talus abrupt, au N et à l'E du site. Au sommet du talus, le plat terrain est cultivé – c'est comme un coin de campagne enfoncé dans la ville. (Voir, fig. 7, les champs à la droite et au dessus du X rouge.) Le champ de blocs est comme une première marche entre l'escarpement de grès et le talus qui n'est autre chose que le rebord de la couche d'argile déposée au fond de la mer de Champlain – voir le texte plus haut. (Pour aller de l'ancien fond de la rivière à l'ancien fond de la mer, faut grimper au sommet de la ville. Paradoxe !)


Ajout (4 octobre 2013)

Une question toutefois demeure ou s'impose entre toutes : pourquoi cet escarpement dans le grès ? On sait qu'il est naturel, qu'il existe depuis les années 1930 (billet du 14 sept. 2013, lien plus haut) pour le moins. Je ne connais rien dans les parages qui correspondent à cette orientation N-S. L'escarpement est-il entièrement dans le grès, c.-à-d. que la roche sous la falaise est-elle encore du grès ? Les cartes, ou bien ne permettent de trancher, ou sont fautives (cf., «Note» de la fig. 4 bis). Ça pourrait être le front de la couche de grès sur le socle Précambrien, comme au lac Beauchamp (billet du 15 avril 2012).

C'est pas moi, apparemment, qui résoudrai le mystère.


Références

  • L.H. Cole et R.K. Carnochan, 1934 – «Silica Deposit Near Gatineau Point, Quebec». In : Report No. 735, Mines Branch Investigations of Mineral Resources and the Mining Industry, Depart. of Mines, Canada Mines Branch, p. 3-6.
  • Gilbert, Robert (compil.), 1994 – Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du sud-est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, 1994; 86 pages.
  • Paul G. Lajoie, Étude pédologique des comtés de Hull, Labelle et Papineau (Québec). Direction de la recherche, min. de l'Agriculture du Canada, min. de l'Agriculture et de la Colonisation de la province de Québec, collège Macdonald de l'université McGill, 1967, 106 pages + 5 cartes en couleur (1/63 360).
  • Richard, S H; Gadd, N R; Vincent, J -S; 1978 – Surficial Materials and Terrain Features of Ottawa-Hull, Ontario-Québec / Dépôts meubles et formes du relief d'Ottawa-Hull, Ontario-Québec. Commission géologique du Canada, carte série «A», 1425A, 1 feuille, 1/125 000.

samedi 14 septembre 2013

Grès de Nepean à Gatineau



Falaise de grès de Nepean de la Laurin Silica Property, à Gatineau, boul. de l'Hôpital, sous le parc de l'Oasis. Photo juin 2011.



Le présent billet n'a pour but que de nourrir une discussion avec une de mes connaissances sur l'escarpement de grès de Nepean à Gatineau, en face du Centre hospitalier de Gatineau, boul. de l'Hôpital. [Ajout 4 oct. 2013. – L'escarpement forme la limite ouest du parc de l'Oasis.] Je donnerai donc les faits avec le minimum de mise en contexte et de développement.

Le grès du boul. de l'Hôpital parc de l'Oasis appartient à la Formation de Nepean, la même que l'on retrouve plus à l'est, au lac Beauchamp, au dessus de la discordance Protérozoïque-Paléozoïque (billet du 23 janvier 2011 : «Lac Beauchamp : un milliard d'années inscrites dans la roche»).

La Formation de Nepean («Potsdam sandstone» dans le texte de Cole et Carnochan, 1934) s'est déposée du Cambrien moyen à l'Ordovicien inférieur (515 - 470 millions d'années) sur le fond et les marges d'un bras de mer qui gagnait sur le Bouclier canadien (Sandford et Arnott, 2010).

Selon Cole et Carnochan (1934 ; p. 3) :

«Along the foot of the escarpment running along the north side of the Ottawa River between Buckingham and Gatineau Point, Quebec, are a number of outcrops of Potsdam sandstone that hold possibilities for commercial exploitation for the production of silica sand and for building stone.»

Le grès du lac Beauchamp était déjà en exploitation à l'époque (Ottawa Silica Sandstone Co., voir la partie est de la carte plus bas ; voir aussi le billet du 8 janvier 2011 : «Lac Beauchamp : un peu d'histoire»). De l'avis de Cole et Carnochan, le site de la Laurin Silica Property (longée par l'actuel boul de l'Hôpital ; voir partie ouest de la carte) était favorable à l'implantation d'une carrière de pierre de taille. Aucun geste concret ne semble avoir suivi la publication de leur étude. Les résultats de leurs analyses permettaient d'espérer pouvoir produire de la silice suffisamment libre de fer pour l'industrie du verre. On sait que c'était déjà le cas au lac Beauchamp (billet du 8 janvier 2011, lien plus haut).




Carte de Cole et Carnochan (1934). Cliquer sur l'image pour l'afficher à ses pleines dimensions.



Description du site

(Mon adaptation du texte anglais de Cole et Carnochan)

Le site nommé dans le texte «Laurin Silica Property» est situé sur le lot 25, Rang II, comté de Templeton, sur la ferme de X. Laurin*.

* (Ajout, 15 sept. 2013) Xavier Laurin, selon un de ses petits-neveux.

L'escarpement de grès qui, dans son extrémité sud, atteint 20 pieds (6 m) au dessus de la plaine argileuse, gagne en hauteur vers le nord où il disparait sous l'épais manteau de sol meuble. Le sommet de l'escarpement forme un plateau rocheux dénudé et uni d'une superficie de 12 acres (5 hectares).

La grès est friable, de grain moyen à fin ; les grains de quartz sont arrondis à subanguleux. La roche, très blanche, est maculée ici et là par des taches jaune clair à brunâtres. Aucune pyrite n'a cependant été observée en surface.

Les lits varient de quelques pouces à plusieurs pieds en épaisseur. Des blocs de dimensions suffisante pour la production de pierre de taille pourraient facilement être obtenus.




Falaise de grès de Nepean, boul. de l'Hôpital. La surface altérée permet d'entrevoir des laminations entrecroisées (dunes de sable, voir texte du CIGG plus bas). Photo juin 2011.



Ajout (5 oct. 2013). – Par considération pour les lecteur du blogue, je place ici un meilleur exemple de laminations entrecroisées, en tout cas, un exemple plus lisible. Quelques laminations sont soulignées, image ci-dessous. Certaines lignes parallèles horizontales sont des joints dans la roche, et non des laminations, ne pas confondre. Même falaise que la photo précédente, 500 m plus au nord.



Lac Beauchamp


À propos du grès du lac Beauchamp, de la même formation que celui décrit plus haut (CIGG, 2003 ; p. 96-97 ; voir billet du 23 janvier 2011, lien plus haut) :

«Deux types de roches sédimentaires sont présents. Premièrement, un conglomérat basal d’une dizaine de centimètres d’épaisseur qui se retrouve au dessus du gneiss. Le conglomérat est composé d’un amalgame de fragments arrondis de roches du bouclier précambrien. Deuxièmement, tout de suite au-dessus de ce conglomérat se retrouve le grès quartzeux de la Formation de Nepean d’une épaisseur de cinq mètres. Un grès est une roche sédimentaire composée de grains arrondis de la taille de grains de sable. Les grains de sable sont composés de quartz et sont cimentés ensemble par du quartz, ce qui en fait une roche très dure. Des structures sédimentaires sont visibles dans le grès et informent sur le milieu de déposition de ces sables quartzeux. La présence de laminations entrecroisées, typiques de dunes de sable et la présence de terriers fossiles de Diplocraterion et de Skolithos suggèrent que ces sables se sont mis en place dans un milieu profond près d’une plage.»



Il y a une suite (26 sept. 2013).


Références

  • CIGG, Centre d'Interprétation de la géologie du Grenville, Plan de développement intégré : sites et circuits du patrimoine naturel de la région de l'Outaouais, 2003, pages 96-97.
  • L.H. Cole et R.K. Carnochan, «Silica Deposit Near Gatineau Point, Quebec», in : Report No. 735, Mines Branch Investigations of Mineral Resources and the Mining Industry, Depart. of Mines, Canada Mines Branch, 1934, p. 3-6.
  • Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State, Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes)