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lundi 1 octobre 2012

Saint-André-Avellin et Maryhill : vieilles pierres


Église de Saint-André-Avellin. Façade en pierre calcaire taillée, murs en «pierre du pays» (blocs erratiques du Bouclier canadien). Photo © Henri Lessard, janvier 2012.


Au début de l'année, j'ai publié un billet sur l'église de Saint-André-Avellin, dans l'Outaouais, m'attardant à décrire les pierres qui avaient servi à l'édification de ses murs et à me questionner sur leur origine.

Or, voici que je découvre les indices de préoccupations semblables aux miennes dans un document intitulé Glacial Features of Maryhill, document que nous devons à la plume (et à l'appareil photo) de Peter Russell (PDF d'environ 8 Mb, téléchargement un peu lent.)

Ce document traite, entre autres, des pierres qui ont servi à la construction de l'église catholique St. Boniface de Maryhill, village situé à un peu plus de 10 km à l'ouest de Guelph, à l'ouest du lac Ontario. (Certaines sources parlent plutôt d'une cathédrale.)

L'auteur décrit une situation qui ne nous appataît pas totalement exotique par rapport à la nôtre. La même glaciation a affecté nos régions respectives, les glaces laissant derrière elles les même débris (till, blocs erratiques, etc.) arrachés au même secteur du Bouclier canadien (soit la province de Grenville).


Mur de l'église de Maryhill, à l'ouest de Guelph (Ontario) : blocs erratiques (gneiss, granite ou syénite, diabase). Source : Glacial Features of Maryhill, Peter Russell (capture d'écran ; lien donné plus haut).


Mur de l'église de Saint-André-Avelin, en Outaouais (Québec) : blocs erratiques (gneiss granitiques et mafiques). Photo © Henri Lessard, janvier 2012.


Les deux églises (Saint-André-Avellin et Maryhill) semblent avoir été construites selon une philosophie similaire : murs constitué d'un appareil de blocs erratiques disponibles un peu partout (les fieldstones de M. Russell) et parement de la façade en pierres de taille provenant d'une carrière : calcaire ou dolomie de l'Ordovicien (488-444 Ma) dans le cas de Saint-Andrée-Avellin, dolomie du Silurien (444-416 Ma) dans le cas de Maryhill.

L'église de Maryhill date de 1877, celle de Saint-André-Avellin, de 1886. C'est à se demander si on ne s'échangeaient plans et contremaîtres entre paroisses catholiques à cette époque.

M. Russel, à propos de la façade de l'église de Maryhill ne s'avance pas trop quant à la carrière qui aurait fourni les pierres de taille :

«The front of the church is composed of rectangular blocks of stone. Some of these rocks appear to be calcium magnesium carbonate (dolostone), which probably comes from the local bedrock.»
Je serai le dernier à lui jeter la... pierre pour ce flou dans son exposé, ne me souvenant pas avoir été plus précis moi-même au sujet de l'église de Saint-André-Avellin dans mon billet (lien plus haut), y suggérant Grenville, Hull ou Montréal comme lieux possibles d'origine des pierres calcaires de la façade...

Le texte de M. Russell décrit bien les fieldstones utilisées dans la construction de l'église de Maryhill : pegmatite, syénite, gneiss variés, rien de bien exotique qu'on ne trouverait pas à Saint-André-Avellin, se sont les mêmes raclures (pardonnez mon irrespect) du Bouclier canadien auxquelles nous avons affaire.

La principale différence entre les deux villages est que Saint-Andrée-Avellin est située sur le Bouclier canadien, tout près de la plate-forme du Saint-Laurent tandis que Maryhill, à l'inverse, est à l'intérieur de la plate-forme du Saint-Laurent, à un peu moins de 150 km au sud du Bouclier canadien.

Les vieilles pierres n'en finissent pas de faire parler d'elles...


Une église vue du ciel : St. Boniface de Maryhill, Ontario. Le regard céleste est un peu oblique... Photo © Google.


samedi 3 avril 2010

Encore des marmites

Marmites dans un dolomie (calcaire magnésien), à Guelph (Ontario). 
La flèche indique l'arête formée par le recoupement des deux puits.
Photo tirée de : Micheal Kunert et Mario Coniglio, 2002.

Pour comparaison, la marmite des Alumettières, à Gatineau, dans du calcaire (2007).

ADOPTION
Depuis que j'ai en quelque sorte adopté la marmite des Allumettières, à Gatineau, je ne néglige rien pour tenter de relier ce monument naturel à d'autres semblables qui pourraient exister dans la région. En plus des travaux déjà cités en références dans mon billet du 7 novembre 2009, j'aimerais ajouter un article qui a échappé à mon attention lorsqu'il est paru en 2002. (Il est vrai que j'étais à l'époque plus réticent à élargir la compréhension de la notion de «région» jusqu'au point que j'atteins ici.)

L'ARTICLE
Micheal Kunert et Mario Coniglio,
«Origin of vertical shafts in bedrock along the Eramosa River valley near Guelph, southern Ontario.»  
Revue canadienne des sciences de la Terre, vol. 39, p. 43–52, 2002.
Le résumé gratuit (reproduit plus bas) est disponible ici.

MON RÉSUMÉ
On trouve, dans la région de Guelph (Ontario), dans la vallée de la rivière Eramosa, des puits verticaux, ou marmites en forme de tube, creusés dans une dolomie (calcaire magnésien). Leur étude conforte l'hypothèse que la marmite des Allumettières soit la conséquence de courants d'eau sous-glaciaires. Dans le cas des puits de Guelph, il est possible que les plus grandes marmites soient la reprise de phénomènes karstiques* immédiatement antérieurs à la dernière glaciation.
* Mots suivis d'un astérisque : voir «Lexique», plus bas.

RÉSUMÉ «OFFICIEL»
Plusieurs puits cylindriques, verticaux à sub-verticaux, se retrouvent dans les affleurements à relief accidenté de la Formation Amabel (Silurien moyen) le long de la rivière Eramosa, à environ 10 km au nord-est de Guelph. Le diamètre de ces puits varie de < 1 m à 10 m et les profondeurs atteignent 12 m. Ils se présentent sous forme de dépressions isolées mais sont généralement regroupés ensemble [sic] et forment des murs de roc sinueux. Ces dépressions peuvent contenir du sol, des sédiments fins, des débris de la roche dolomitique environnante et des roches clastiques arrondies de lithologies du socle précambrien. Le till est remarquablement absent. Ces puits se retrouvent tout près d’interstices caverneux qui ont été formés à l’époque du Pré-Wisconsinien[*] au Wisconsinien précoce, suggérant une possible origine karstique. Cependant, les puits cylindriques, avec leurs plus grands diamètres au point milieu, des intérieurs sculptés et des axes inclinés ainsi que l’absence de flûtes verticales et de till, tirent probablement leur origine d’une décharge fluvio-glaciaire à la fin du Wisconsinien tardif. La cavitation a peut-être aidé au développement de ces puits, rehaussant la puissance d’érosion des eaux de fonte chargées de sédiments.

Lexique
Wisconsinien, glaciation du : dernière des grandes glaciations du Quaternaire. Elle a débuté il y a environ 80 000 ans et s'est terminée à des dates d'autant plus tardives que nous considérons des régions plus au nord (13 400 ans à Guelf, 12 000 ans à Gatineau).
Karst : type de paysage formé par dissolution en surface du calcaire par les eaux courantes pouvant aboutir à la formation de cavités souterraines et de gouffres.

 (A) Intérieur du Devil’s Well près de Guelph (Ontario), montrant les murs lisses et l'ouverture en surplomb. 
Profondeur : 13 m ; diamètre : de 5 à 6,4 m. 
La flèche blanche pointe un personnage qui donne une idée des dimensions du phénomène.
(B) Puit circulaire caractérisé par un axe incliné. Profondeur : 2,5 m, diamètre : 1 m.
(C) Clastes polis et arrondis dont la mise en mouvement par l'eau a permis de creuser le puits. 
La carte est graduée en cm.
Photos tirées de : Micheal Kunert et Mario Coniglio, 2002. (Texte : mon adaptation.)


 Pour comparaison encore, la marmite des Allumettières, à Gatineau (2007). On remarque l'ouverture en surplomb et les parois lisses ; la symétrie, par contre, est (beaucoup) moins achevée...