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mercredi 11 décembre 2013

Les murs bleus de Cantley (billet à moitié cuit)


Note. – Selon un lecteur, la crocidolite décrite ici serait de l'antigorite bleue, une forme de serpentine. (Voir le commentaire dans ce billet.)

Fig. 1. Fénite de Perkins (Val-des-Monts), en Outaouais, au nord de Gatineau (Québec). Amphibole sodique bleue (arfvedsonite), feldspath potassique orangé (microcline), calcite ou dolomite blanchâtre ; le noir est du mica (phlogopite?). La pièce d'un dollar canadien, échangeable indifféremment contre quatre vingt-cinq cents ou quatre trente sous, a un diamètre de 26,5 mm.


En bref

Murs de crocidolite? dans des métasédiments à Cantley (Québec) ; province de Grenville du Bouclier canadien (1 milliard d'années).
Localisation
Chemin Ste-Élizabeth, Cantley (Québec)
45.540454,-75.744129
Rue Noémie, Cantley (Québec)
45.541882,-75.75084
31G/12
Liens (dans ce blogue)
«Intraordinaire à Cantley», 21 nov. 2013
«Miroir de faille», 14 juill. 2012
«Chelsea : dykes et brèches de calcite», 6 nov. 2012
Photos
Chemin Ste-Élzabeth : juillet 2007
Rue Noémie : nov. 2012


«Les murs bleus de Cantley». Ça pourrait être le titre d'un roman Arlequin. Plus prosaïquement, je désigne ainsi les plans recouverts de crocidolite? bleue qui recoupent des métasédiments (quartzite ou paragneiss) à Cantley, au nord de Gatineau (Québec).

La crocidolite est une amphibole sodique, justement surnommée «amiante bleue»*. Dans le cas des murs décrits ici, il pourrait s'agir d'un autre type d'amphibole et je donne cette identification sous toutes réserves. La crocidolite? du chemin Ste-Élizabeth (fig. 5-8) se défait en fibres, mais aussi en tiges ou en lames longues de plusieurs cm ayant une consistance à la fois souple et cassante. Celle de la rue Noémie (fig. 2-4) a une couleur gris-vert qui ne doit pas nous alarmer : un même minéral peut se présenter sous des variétés de différentes teintes. Le titre du billet devrait donc être «Les murs bleus (ou verts) de Cantley».

* La crocidolite est «utilisée dans l'industrie, [elle est] hautement toxique, [et] provoque le cancer du poumon et le mésothéliome (cancer de la plèvre supérieure).» (Voir Wikiki.) En pleine nature, en gros cristaux pas très volatiles, il n'y a aucun danger.

Peut-être y a-t-il un lien entre les murs et la présence de plutons de granite gneissique à proximité de chacun d'eux (voir billet du 21 nov. 2013, lien plus haut) ? Peut-être s'agit-il de croissance de cristaux sur le plan d'un miroir de faille (slickenslides ; voir billet du 14 juillet, lien plus haut) ? Dans tous les cas, on a l'impression d'une croissance minérale le long d'un plan qui pourrait bien en effet être la trace d'une faille.

Enfin, nous ne voyons que les vestiges ou la bordure d'un corps qui devait avoir une certaine épaisseur.

L'amphibole bleue, le feldspath potassique orangé (microcline) ainsi que la présence d'hématite rappellent les fénites** (voir le billet du 6 nov. 2012) observées ailleurs à Cantley et à l'est de la municipalité, à Perkins (Val-des-Monts) (Hogarth et al., 1987). Un élément important de ces fénites est l'arfvedsonite, un autre type d'amphibole sodique bleue qui se cristallise sous forme de petites aiguilles (cristaux aciculaires) parallèles ou enchevêtrées (voir fig. 1). On trouve aussi d'autres amphiboles sodiques, telle la riébeckite (dont la crocidolite est d'ailleurs la variété fibreuse) et la richtérite.

** Fénite : roche hôte modifiée par diffusion ou imprégnation (métasomatisme) suite à l'introduction d'une roche ignée alcaline ou d'une carbonatite.

Je ne suis pas minéralogiste et l'analyse chimique de mes échantillons est hors de ma portée. Les amphiboles bleues et vertes de Cantley, qu'elles soient fibreuses ou aciculaires, sont des manifestations d'un type de magmatisme rare qui se manifeste par des intrusions de fluides alcalins et de carbonatites, roches ignées composées de carbonates – minéralogiquement, c'est un peu comme du marbre fondu. Ici, nous avons non pas la roche intrusive, mais plutôt le résultat de son assimilation par les roches encaissantes (fénite). Selon toute vraisemblance, les fluides ont été canalisés par des fractures.

Fénites, carbonatites, minéraux alcalins, amphiboles aux noms imprononçables... Faute de trouver un moyen élégant de le boucler, je devrai soit renoncer à publier ce billet à moitié cuit, soit promettre de revenir sur le sujet.

Devinez quelle option j'ai prise.



Fig. 2. Rue Noémie, à Cantley (Québec) : mur de crocidolite? gris-vert. En rouge sombre : hématite.



Fig. 3. Gros plan de la fig. 2.



Fig. 4. Rue Noémie, Cantley. Le mur de crocidolite, discordant par rapport au paragneiss rubanés à gauche (au nord). L'affleurement est en marge d'un pluton de granite (monzonite quartzifère), au sud. Voir la fig. 8 du billet du 21 nov. 2013 (lien plus haut).



Fig. 5. Chemin Ste-Élizabeth (Cantley). Autre mur de crocidolite? dans (ou sur) un quartzite blanc. Le feldspath orangé semble recouper la crocidolite (voir fig. 8). L'orientation des cristaux de crocidolite est verticale, comme dans le cas de la rue Noémie.



Fig. 6. Autre vue de la fig. 5. La crocidolite est est aussi nommée amiante bleue. Le surnom semble bien s'appliquer ici. Des filons de feldspath orangé recoupent la crocidolite (voir fig. 8).



Fig 7. Gros plan de la crocidolite? du chemin Ste-Élizabeth. On dirait une sorte de plumage un peu mal en point...


Fig. 7 bis (ajout après mise en ligne). Détail de la fig. 7. Aspect effiloché et esquilleux de la crocidolite.



Fig. 8. Détail de la fig. 6. Du rouge (hématite), comme dans le cas de la fig. 2 ; le feldspath orangé recoupe la crocidolite.


Référence

Hogarth D.D., Chao G.Y., Townsend M.G., 1987 — «Potassium- and fluorine-rich amphiboles from the Gatineau area, Québec», Canadian Mineralogist, vol. 25, p. 739-753.

samedi 21 juillet 2012

Miroir de faille (suite)


Site X1 sur la carte 2 (plus bas). Granite blanc à tourmaline noire et pyrite. (Juillet 2012.)


Je n'avais pas l'intention de m'attarder encore dans le secteur nord du boulevard de la Cité-des-Jeunes, mais les commentaires d'un lecteur, un certain BMP, me pousse à compléter la description du contexte géologique du miroir de faille qui a été le sujet de mon dernier billet.

La Commission de la capitale nationale (CCN) a entrepris la construction d'un nouveau tronçon de piste cyclable le long du boulevard de la Cité-des-Jeunes. Le boulevard ayant déjà été élargi à cet endroit l'été dernier, un certain mécontentement s'est manifesté chez les gens du secteur qui se demandent pourquoi la CCN et la Ville ne se sont pas entendus pour faire coïncider les travaux dans l'espace et le temps... (Lien)

Ces questions de coordination et de partage de compétences dépassent le cadre de ce blogue qui ne prendra pas position. Les travaux ont au moins le mérite de nous offrir des affleurements tout neufs (et néanmoins parfois rouillés à n'y rien voir).


Site X1 sur la carte 2 (plus bas). Le roc, taché de rouille à cet endroit, n'abonde pas en détails photogéniques. Ici, paragneiss à biotite et grenat. (Juillet 2012.)


Détail de la photo précédente.


La nouvelle piste débute à la hauteur de l'intersection du boulevard de la Cité-des-Jeunes et du boulevard des Hautes-Plaines et rejoindra le chemin Dennison (piste 5 du parc de la Gatineau)*.

* Ce blogue prend parfois position : je préfère utiliser les toponymes vernaculaires (chemin Dennison, dans le cas présent) plutôt que les technocratiques et insipides appellations que la CCN, qui gère le parc de la Gatineau, nous impose.

D'après la carte géologique de Guilloux et al. (1972), la roche qui prédomine dans les environs est le marbre associé à des roches calco-silicatées (RCS, ou skarns, voir ce billet dans ce blogue). D'autres sources (Hogarth, 1970) se contentent de mentionner du marbre à graphite, ce qui est vrai, mais restrictif. On observe aussi du marbre vert, fréquent près des RCS, et facile à confondre avec elle sur les photos.

Cet ensemble est lardé de bandes de gneiss à diopside et scapolite, de gneiss à biotite-grenat-sillimanite, de quartzite à biotite. Des occurrences de pegmatites (granite grossier), la plupart de temps de couleur blanche, sont omniprésentes. (Les RCS sont farcies de granite blanc et de calcite blanche qu'il est facile de confondre sans un peu de vigilance.)


Carte 1. Guilloux et al. (1972), déjà publiée dans ce blogue.


© Google
Carte 2. Partie est de la carte de Guilloux et al. (1972) modifiée et superposée à une photo satellite 
( © Google). A5 : autoroute 5 ; CD : chemin Dennison (piste 5 du parc de la Gatineau) ; CdJ : boul. de la Cité-des-Jeunes ; HP : boul. des Hautes-Plaines ; Q : rue du Quartz ; ligne blanche : tracé approximatif de la nouvelle piste cyclable ; X orangés : sites photographiés (positions approx.).


Plus à l'ouest, à l'intérieur du parc de la Gatineau, on trouve le gisement de magnétite de la mine de magnétite Forsyth dont nous avons déjà parlé (lien). (La mine se trouve au centre de la carte 2.)

Un affleurement montre un granite et un quartzite semés de tourmaline noire éparse qui se concentre en bandes tantôt concordantes, tantôt discordantes (voir photo au début du billet). Qui, du granite ou du quartzite, a contaminé qui ? La question mérite qu'on revienne plus tard à cet endroit. (Affaire à suivre.)

En bref, on peut résumer la situation en disant que partout se manifeste l'étroite (et complexe) association du marbre et des RCS et qu'il suffit (presque) de gratter l'un pour atteindre l'autre.


A

B

C
Site XXX 2 sur la carte 2. Situation en juillet 2011, avant les travaux de cet été.
A. Marbre blanc contenant une enclave verte (RCS). Le filon blanc qui longe l'enclave à sa gauche est du granite.
B. RCS et le miroir de faille décrit dans mon dernier billet (au centre de la photo). Techniquement, le lecteur qui m'avait objecté que le miroir de faille était dans une RCS et non un marbre, tout proche et roche dominante du secteur, avait raison (voir commentaire signé BMP dans mon précédent billet).
C. Transition irrégulière RCS verte - marbre blanc semé d'enclaves.


D

E

F
Site XXX2 sur la carte 2. Situation actuelle (juillet 2012). D et E : marbre blanc et RCS verte. Noter que le marbre vert abonde à cet endroit et qu'il se distingue mal sur les photos des RCS. La terre restée accrochée aux aspérités de la roche, l'irrégularité de cassures ne facilitent pas la lecture de l'affleurement. Raison pour laquelle je n'avais pas l'intention d'abord de publier ces photos... En F : intrication complexe du marbre et de la RCS.


Site X 3 sur la carte 2. Situation complexe comme je les aime. En haut, RCS verte traversée de bandes obliques de granite blanchâtre ; en bas, marbre blanc sale. (Le marbre, facilement rayé, est marqué de lignes blanche par la machinerie.) (Juillet 2012).


RÉFÉRENCES
Guilloux L., Blais R.A., Coy-Yll R., 1972 — «L’origine métasédimentaire du gisement de magnétite de Forsyth, Province de Québec, Canada.» Mineralium Deposita, vol. 7, p. 154-179.
Hogarth D.D., 1970 — Geology of the southern Part of Gatineau Park, National Capital Region, Quebec. Commission géologique du Canada, Étude 70-20, 1970., 7 p. (avec carte 7-1970, 1:18 000)

samedi 14 juillet 2012

Miroir de faille


Miroir de faille dans un marbre, boulevard de la Cité-des-Jeunes, à Gatineau. (Photo juillet 2011.) Blanc : marbre (calcite) ; vert : roche calco-silicatée (skarn) associée.


Un miroir de faille «est la surface de friction sur laquelle s'est fait le glissement de deux compartiments» rocheux. Les striations (tectoglyphes, ou slickensides), créées par le frottement et la recristalisation de la matière, s'empilent en gradins. Dans cette progression, un gradins qui en recouvre un autre est plus ancien que celui-ci.  


Détail (légèrement accentué) de la photo.


Ici, le mouvement du compartiment rocheux s'est fait obliquement, du bas vers le haut. Voir Wikiki (en anglais).

Note. – Ce miroir de faille, mis au jour par le début des travaux de la nouvelle piste cyclable à l'extrémité du boul. de la Cité-des-Jeunes, au nord du boul. des Hautes-Plaines, a été détruit par leur avancement.

Note (bis). – Pour les corrections touchant l'emploi des mots marbre et roche calco-silicatée, voir les commentaires de BMP liés à cet article.