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samedi 10 août 2013

Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique (ajouts)


Version modifiée (17 août 2013) du billet mis en ligne le 10 août. La quantité exagérée de coquilles semées ici et là a été réduite le 19 août. Nouvelle version de la carte (24 août 2013).


Île-de-Hull

Q bleu et ligne bleue fine : Quaternaire (argile de la mer de Champlain, alluvions post-Champlain du proto-Outaouais et dépôts récents) ; la grosseur de la lettre correspond à l'épaisseur des dépôts ; Sous le Quaternaire et partout ailleurs : Ordovicien (calcaire, groupe d'Ottawa, ou de Trenton) ; F : faille, selon Wilson (1938) ; CC : chutes des Chaudières ; IH : île Hull ; Astérisque (sur la carte) : point culminant, avec altitude (71 m : colline Wright*); Ligne tiretée brune : contours (ligne des 60 m) des collines principales.
1 : tranchées du boul. Maisonneuve ; 2 : péninsule aux strates basculées par le passage d’une faille ; 3a (ligne noire dentée) : escarpements ; 3b : escaliers de la rue Kent ; 3c (ligne bleue tiretée) : hypothétique ancien réseau hydrographique ; 4a : moraines, selon Ells (1901) et Wilson (1898), tracé approx. ; 4b : blocs issus des moraines ? ; 4c : baie asséchée ; 4d (ligne bleue continue) : ruisselets et profil de la baie (4c) en 1917 (selon Johnston, 1917) ; 5a : chenal du lac Minnow* (plusieurs branches) ; 5b : lac Minnow (parc Ste-Bernadette) ; 5c : lac Flora (par Fontaine) ; 5d : éperon rocheux dynamité en 1876 : 6a : rapides du ruisseau de la Brasserie ; 6b : affleurement calcaire des Brasseurs du Temps (ancien château d’eau) ; 7 (carrés noirs) : anciennes carrières ; 8a : marmite des Allumettières* ; 8b : faille des Allumettières*.
Les deux lacs (5a et 5c) sont très schématisés.
* Les astérisques, ici dans le texte, signalent des entités topographiques auxquelles j’ai donné des noms dans d’autres textes. Soyez donc prévenu qu’il ne d’agit pas d’appellations officielles ou usitées.

Ajout  (29 août 2021). - Les deux courts escarpements parallèles entre les lacs 5b et 5c sont artificiels et ne devraient pas apparaître sur la carte. Voir « Ajout », sections 3 et 5.


Très élémentaire guide de la géologie de l'Île-de-Hull, avec quelques développements sur la géomorphologie. Malgré les ambitions strictement insulaires qu'annonce son titre, il empiète sur les deux rives du ruisseau de la Brasserie.

Comme d'habitude, texte et visuel (sauf indication contraire dans ce dernier cas) : Henri Lessard © 2013




1. Calcaire du boul. Maisonneuve

Si l'alternance de ces strates entrecroisées vous donne le mal de mer, rien de plus normal ; elles doivent leur configuration ondulée à des vagues de gros temps. (Photo nov. 2011)


1. Le socle calcaire : 460 millions d'années

Boul. Maisonneuve (au N et au S de la rue Victoria)

L’Île-de-Hull fait partie d’une plate-forme de calcaire gris (groupe d'Ottawa, ou de Trenton) formée au fond d’une mer tropicale il y a environ 460 millions d’années (Ordovicien). Les sédiments qui la composent se sont déposés dans des eaux peu profondes remuées par les vagues de gros temps. Le meilleur site pour se familiariser avec les aspects de la roche est la tranchée du boulevard Maisonneuve (1 sur la carte). À cet endroit, il est possible de constater les effets des courants et des vagues sur les strates riches en débris de la faune et de la flore de l’époque accumulés à la faveur de tempêtes (crinoïdes, trilobites, brachiopodes, bryozoaires, etc.). Le calcaire contient des entrelits de shale (roche noire schisteuse) qui peuvent diminuer sa valeur comme pierre de taille (voir section 7).



2. Strates basculées par une faille

Les strates du calcaire dans l'Île-de-Hull ont une attitude horizontale, sauf aux endroits, comme ici, où une faille a disloqué le socle rocheux. (Photo janv. 2012)


(Sans numéro). Les collines de la Gatineau (Bouclier canadien) : plus d'un milliard d'années

Sans numéro puisque vous ne le verrez nulle part affleurer dans l'Île-de-Hull même s'il est présent partout, suffirait de creuser. Sous les roches de la plate-forme (grès au fond, calcaire en surface), il est là, le substrat, l'assise, le noyau du continent : le Bouclier canadien. À différents endroits de l'île, on peut apercevoir à l'horizon les collines de la Gatineau. C'est le sous-sol de l'Île-de-Hull qui affleure à l'air libre. Les roches métamorphiques et plutoniques qui le composent ont pris leur aspect dans les profondeurs de l'écorce terrestre il y a plus d'un milliard d'années.

En détail et en bref. – Tout comme la ville de Gatineau, l’Île-de-Hull appartient à la plate-forme du Saint-Laurent, composée de roches sédimentaires (grès, calcaires, shale) qui se sont déposées sur le Bouclier canadien entre ca 500 et 440 millions d’années au Québec et dans l'est de l'Ontario (Cambrien et Ordovicien). En Outaouais, les roches de la plate-forme reposent au fond d’un couloir effondré : le graben d’Ottawa-Bonnechère, dont le dernier épisode d'activité remonte à 100 millions d'années (Rimando et Benn, 2005). Ce qui n'empêche pas quelques séismes de temps à autre... (Voir, dans le blogue, le résumé de l'histoire géologique de l'Outaouais.)


2. Les failles

Au S de la piste cyclable, à l’E du pont du Portage

Les strates calcaires de l'île-de-Hull, qui paraissent à première vue horizontales, s’inclinent doucement vers le sud. De nombreuses diaclases (joints) et failles découpent le socle. Une des failles du graben Ottawa-Bonnechère traverse le territoire de l'île du NW vers le SE. Son effet le plus évident sur la topographie est d'avoir fait basculer les strates d’une péninsule, au sud du Musée des civilisations (2). Elle a aussi exercé quelque influence sur la position du lac Minnow et l'orientation de la rive SW du plan d'eau (voir la fin de la section 5). Voir aussi la section 8 à propos de la faille des Allumettières*.



3. L’île, ici et là

L’Île-de-Hull a la forme d’un rectangle dont les côtés sud et est sont baignés par l’Outaouais, et les côtés ouest et nord, par le ruisseau de la Brasserie, lequel n’est au fond qu’un bras de l’Outaouais. À l'ouest et au sud, le socle rocheux contrôle l'allure de la rive ; au nord et à l'est, les eaux incisent d'épais dépôts quaternaires. 
Le point culminant de l’île (71 m) est au sud, au sommet d’une colline centrée sur la rue Wright (colline Wright*). Un escarpement discontinu (3a) ou, du moins, de fortes déclivités, marque la discontinuité entre la colline et le plateau qui descend vers le nord. La ligne du rivage, le long de l’Outaouais, est en bas de la courbe de niveau des 50 m. L’urbanisation n’a pas lissé tous les abrupts et il subsiste encore des pentes prononcées. Pensons aux escaliers de la rue Kent, sur l’escarpement (3b) (voir section 5).
À l’est, une zone déprimée dessine les contours de ce qui ressemble à un petit réseau hydrographique (3c). On se demande si un ancien cours d’eau n'a pas à cet endroit raviné les dépôts quaternaires (hypothèse personnelle qui demanderait plus ample examen ; voir section 4).
En dehors de l’île proprement dite, mentionnons, au sud, les chutes des Chaudières (CC ; Géo-Outaouais, 1er janv. 2013) sous lesquelles la rivière se divise en plusieurs chenaux pour traverser le plateau calcaire. En aval des chutes, ne pas oublier l'île Hull (IH), qu'il ne faut pas confondre avec l'Île-de-Hull. Le nom de l'île aux Mille Mouettes lui conviendrait mieux !
Note. – L'escarpement (3a) : je ne me suis préoccupé que de celui représenté habituellement sur les cartes de la CGC. Comme son tracé varie d'une carte à l'autre, j'ai tenté de reconstituer son parcours en ne conservant que les sections où existe un véritable mur, naturel ou retravaillé.
AJOUT (29 août 2021) – Les deux courts escarpements paralèlles de part et d'autre de la rue Eddy au nord de la rue Frontenac, entre les lacs 5b et 5c, sont artificiels. Ils correspondent à l'endroit où la chaussée traverse une dépression sur un remblai. Cette dépression est reliée au système de ravins et de lacs dont il est question dans la section no 5 du présent billet. Voir la carte 1887b dans le billet du 28 août 2021.



4. Quaternaire : glaciation du Wisconsinien

On doit à la dernière glaciation (glaciation du Wisconsinien – dans la région 80 000 - 12 000 ans) un manteau de till qui, dans l'Île-de-Hull, peut ne pas atteindre 2 m. Le proto-Outaouais, beaucoup plus large et puissant que la rivière actuelle, a nettoyé l'île de la plupart de l'argile accumulée durant l'épisode de la mer de Champlain (12 000 -10 000 ans). Outre son travail de déblayage, le proto-Outaouais a laissé des alluvions (sable, gravier) qui peuvent reposer directement sur le till et le roc.
Les dépôts quaternaires (Q) ont plus d'importance dans le quadrant NE de l'île où ils forment une couche d'au moins 3 m. Leur épaisseur atteint 9 m au NW du parc Fontaine (secteur St-Étienne/d'Isidore-Ostiguy) et 15 m à la pointe de terre au nord du pont Cartier-Macdonald. Des alluvions récents (moins de 8000 ans) continuent de se déposer, ainsi que des dépôts organiques, sur la rive nord du ruisseau ; sur la rive droite, dans l'île, une baie asséchée (4c) semble avoir été soustraite à la plaine inondable (Johnston, 1917).
Tenir compte aussi dans le bilan du Quaternaire des dépôts qui se sont immanquablement accumulés au fond des lacs Minnow et Flora (5b, c).



4b. Muret de blocs de calcaire émoussés

Blocs de calcaire érodés, provenant peut-être de ceux qui s'étaient empilés dans des moraines orientées approximativement à l'emplacement du boul. des Allumettières ? (Photo nov. 2012)


La carte de Johnston (1917) montre qu'un ruisselet, coulant vers le nord joignait la dépression du lac Flora et la baie asséchée (4d, c), à l'époque une véritable baie remplie par les eaux du ruisseau de la Brasserie. Un autre ruisselet, plus court, coulait aussi vers la baie, plus à l'est (4d). Une photo aérienne datant de 1925 montre ce qui serait (?) une digue contenant les eaux du ruisseau hors de la baie. L'existence de ces ruisselets vient un peu contredire mon hypothèse d'un ruisseau coulant vers l'est depuis la dépression du lac Flora (3c). Le ? sur la carte illustre la problématique jonction de deux cours d'eau à sec, l'un étant hypothétique, l'autre, chose du passé...
N'en terminons pas avec les dépôts glaciaires sans parler des deux moraines (4a) qui, selon Ells (1901) et Wilson (1898) (voir Géo-Outaouais, 23 juillet 2013), s’étendaient depuis le ruisseau de la Brasserie jusqu’au nord de l’actuel parc Fontaine, en suivant à peu près l’axe du récent boulevard des Allumettières. Je crois avoir retrouvé des blocs de calcaire plats qui provenaient de ces moraines, tôt disparues au XXe s., sans pouvoir l’assurer (4b).
Note. – Des remaniements depuis la mise en ligne de la première ébauche de ce texte expliquent que les 4a, b, c..., ne se suivent plus dans l'ordre.


5. Lacs et chenaux anciens

Secteur du parc Sainte-Bernadette et de la rue Morin

Deux chapelets de fosses parallèles (5a) occupaient un chenal qui aboutissait autrefois à un bassin où s’accumulaient les eaux du lac Minnow (5b). La disposition enfoncée de l’actuelle rue Morin par rapport aux terrains voisins trouve son explication dans le fait que son tracé coïncide en partie avec l’une des fosses.
Le lac Minnow, aux creux de ses rives hautes de 9 m, a été remblayé en 1917-1919. Il est le site de l’actuel parc Sainte-Bernadette. Un autre lac, le lac Flora, déjà évoqué (5c ; actuel parc Fontaine), était situé au pied de l’escarpement (3b). Avant d’être asséché comblé en 1909, il n’était déjà plus qu’un marécage. Des sondages lui avaient donné 4 m d’eau stagnante et 11 m de vase. (Pour toute cette question, voir Géo-Outaouais, 31 juillet 2013.)

« Au point de vue de l'égoutement ou du drainage, la ville de Hull, coupée de ravins et de ruisseaux, et semée de lacs, présentait à son début, de nombreux problèmes. Qui ne se souvient du pont au-dessus du ravin qui traversait la rue Dupont [rue Eddy], entre les rues Wellington et Wright, et qui coupait ensuite la rue Wright, près de la rue Ravine [rue de Carillon] ? » (Lucien Brault, 1950, p. 103)

Aujourd’hui, tout ça est plus ou moins nivelé et insoupçonnable. À l’est du parc Sainte-Bernadette, une falaise de calcaire, partiellement bétonnée, est tout ce qui reste des alentours rocheux du lac Minnow. Vers 1876, on avait dû en dynamiter un éperon pour permettre la percée de la rue Chaudière (5d ; actuelle rue St-Rédempteur).



5. Détail de la carte de Goad (1908) : partie de l'Île-de-Hull.

5b : lac Minnow (lac aux Vairons) ; 5c : lac Flora ; F : faille (voir section 2).
La rive SW du lac Minnow suit le tracé de la faille. (Annotations © Henri Lessard, 2013.)


5 (suite). Autre détail modifié de la carte de Goad (1908) (montage).

En rouge : noms de rues actuels ; tracé de l'actuelle rue Morin ; 5a : axes des chenaux ; 5b : lac Minnow (lac aux Vairons) ; 5c : lac Flora ; 5d ; section de roc dynamitée en 1876 ; 6 (lire 6b) : affleurement des Brasseurs du Temps (château d'eau). (Annotations © Henri Lessard, 2013.)


En plus d'être logé par une «baie» dans le flanc de la colline Wright*, le lac Minnow est situé au croisement de la grande faille qui traverse l'île (section 2) et de la branche est du chenal du lac Minnow (voir section 2). Le rebord SW du lac est parallèle à la grande faille. Il est risqué de réduire l'explication de la topographie à l'influence d'un seul facteur. La grande faille, par exemple, traverse autant des hauteurs (elle coupe la colline Wright* en passant tout près du point culminant de l'île) que des zones déprimées.
AJOUT (29 août 2021). – Les deux courts « escarpements » parallèles de part et d'autre de la rue Eddy au nord de la rue Frontenac entre les lacs 5b et 5c sont artificiles. Ils correspondent à l'endroit où la chaussée traverse une dépression sur un remblai. Cette dépression est reliée au système de ravins et de lacs dont il est question ici. Un aperçu plus complet de ce système est affichée dans le billet du 28 août 2021 ; voir la carte 1887b.


6. Le ruisseau de la Brasserie

Le ruisseau de la Brasserie serait un bras abandonné de l’Outaouais datant d’avant le Quaternaire (Allard, 1977). Le bassin du lac Leamy, au nord de l’île, dans le prolongement du ruisseau, devait être un élément de son lit originel, peut-être retouché (creusé) par les glaciations (hypothèse personnelle) avant d'être comblé par les dépôts quaternaires. Les rives du ruisseau, bétonnées au sud de la rue Montcalm durant les années 1930, ont par ailleurs été profondément altérées par l’activité humaine (industries, carrières, remplissages, etc.)
Si modeste soit-il, le ruisseau a ses rapides. L'eau coule directement sur le socle rocheux à l'endroit où il bifurque vers l'est (6a), en amont de l'ancienne baie (4c). La profondeur du ruisseau augmente brusquement passé le dernier seuil des rapides. (Voir Géo-Outaouais, 25 août 2013.)
Derrière l’ancien ancien château d’eau (les Brasseurs du Temps), un pan de calcaire porte des traces évidentes d’érosion par l’eau (coups de gouge). Il est peut-être l’unique vestige intact des rives du ruisseau d’avant les bouleversements qu’il a subis depuis l’arrivée des Blancs au XIX s. C’est un morceau de notre patrimoine géologique à conserver (6b) ! (Voir Géo-Outaouais, 15 juillet 2013.)



6b. Vestige unique

Peu photogénique, ce pan de calcaire serait le seul vestige intact, du moins à ma connaissance, de la rive du ruisseau de la Brasserie. La partie surcreusée, en bas, porte des coups de gouges, typiques d'une érosion en régime noyé. (Voir Géo-Outaouais, 15 juillet 2013, lien plus haut.) (Photo juillet 2013)


7. Les carrières

Le calcaire de l'île a été exploité dans le passé comme pierre à bâtir et pierre à ciment (7 dans carrés noirs). Les carrières se concentraient près des rives du ruisseau de la Brasserie. L’énorme carrière de la Canada Cement (lac de la Carrière, près du casino) est le seul vestige visible de ces exploitations, aujourd’hui comblées et fondues dans le paysage urbain. L’école Normale Saint-Joseph de Hull a été construite (1908) avec la pierre extraite d’une carrière située entre la rue de Carillon et le ruisseau. (Voir Géo-Outaouais, 15 juil. 2013.)



7. Le socle sous nos pieds

Jamais besoin de creuser bien profond pour atteindre le roc dans l'Île-de-Hull. Travaux sur la rue Montcalm, à quelques dizaines de m à l'est du ruisseau de la Brasserie : les strates régulières du calcaire sont bien visibles sous le sable (naturel ?) et la pierre concassée d'un parking. (Photo août 2011)


8. La marmite et la failles des Allumettières

Boul. des Allumettières (W du ruisseau de la Brasserie)
On trouve à quelque distance de la rive ouest du ruisseau une marmite creusée dans le calcaire, la marmite des Allumettières* (8a ; Géo-Outaouais, 7 nov. 2009). On suppose généralement qu’elle a été formée par un torrent sous-glaciaire. Son mur SW coïncide avec une zone de faiblesse du socle, la faille des Allumettières* (8b ; Géo-Outaouais, 29 nov. 2009), autre faille du graben Ottawa-Bonnechère (voir section «Sans numéro»).
Le chenal du lac Minnow* (5a), de l’autre côté du ruisseau, est parallèle à la faille des Allumettières*. On peut se demander si le chenal, les fosses et même le bassin du lac Minnow ne sont pas le résultat eux aussi de l’érosion d'une zone de faiblesse du socle (la faille, ou un faisceau de failles) par les eaux sous-glaciaires (hypothèse personnelle ; Géo-Gatineau, 10 juil. 2013) ? Le lac Flora a peut-être aussi une origine glaciaire. Hypothèses non vérifiables, à moins d’aller examiner le socle sous le ruisseau et les anciens lacs...
La marmite des Allumettières*, pour laquelle j’avais rempli une demande d’inscription aux sites géologiques exceptionnels du Québec (SGE), est en voie d’être classée.



8a. Marmite loin de l'eau

La marmite des Allumettières*, vue d'en haut. Une telle marmite est un peu incongrue sur un plateau loin de tout cours d'eau conséquent – ce n'est pas le ruisseau de la Brasserie qui l'aurait creusée !... (Photo juillet 2007)



8b. Bris de roche

Faille des Allumettières* sur le boulevard éponyme, en face de la marmite (8a). Le compartiment à droite (à l'est) s'est affaissé par rapport à celui à gauche. Un morceau du socle rompu est resté coincé de guingois entre les compartiments ouest et est. (Revoir la photo 2.) (Photo nov. 2009)


Conclusion

Les grands traits de la topographie régionale datent d’avant les glaciations. Le bras nord-sud du ruisseau de la Brasserie (avec son prolongement vers le lac Leamy) et les collines n'auraient été que retouchés par le passage des glaces (Allard, 1975 ; Goldthwait et al., 1913 ; Johnston, 1917).
Il serait cependant intéressant d'établir l'origine de la vallée qui accueille le bras Est du ruisseau de la Brasserie, ainsi que celle des bassins lacustres – sans parler des chenaux du lac Minnow. Surcreusement glaciaire (hypothèse personnelle) ?
Avec les plus hautes altitudes au sud, le profil de l'île s’est édifié indépendamment du pendage des strates du calcaire, lesquelles s'inclinent doucement vers le sud. Témoins de cette contre-pente, les ruisselets qui coulaient vers le nord autrefois (Johnston, 1917), ainsi que le ruisseau de la Brasserie et le bras de l'Outaouais qui longe la rive est de l'île. De part et d’autre de l’île, les terrains suivent la pente commune vers le sud, vers la rivière. L’Île-de-Hull est donc une exception dans une tendance générale.
De grands pans de la topographie originale ont été détruits au cours des deux derniers siècles. Le ruisseau de la Brasserie a été abondamment retouché quand il n'a pas été rectifié entre des rives de béton, les fossés au NW de l'ancien lac Minnow sont disparus sous les rues d'un quartier résidentiel, les moraines glaciaires n'ont laissé des traces de leur existence que dans de vieux textes peu consultés.
Même des vestiges industriels comme les carrières ne se laissent pas soupçonner ! Reste, pour les promeneurs et cyclistes, quelques côtes, difficiles à oblitérer...



Références

  • Atlas du Canada
  • Michel Allard, 1977 – Le rôle de la géomorphologie dans les inventaires bio-physiques : l’exemple de la région Gatineau-Lièvre. Univ. McGill, départ. de géographie, thèse (Ph.D.), 540 p.
  • D.M Baird (compil. et édit.), 1972 – Géologie de la région de la Capitale nationale. Commission géologique du Canada. Livret guide bilingue, 24e congr. géol. internat., Montréal, excursions B23 à B27, 2 fois 36 p.
  • Lucien Brault, Hull 1800-1950. Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1950, 262 p.
  • Ells, R.W. – 1901, «Report on the Geology and Natural Resources of the Area included in the Map of the City of Ottawa and Vicinity», GSC, in: Annual Report, Part C., Vol. XII, no. 741.
  • Chas. E. Goad (éd.), 1908 – Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Toronto, Montreal, London, 1 map on 44 sheets. Bibliothèque et Archives Canada
  • J.W. Goldthwait, J. Keele and W.A. Johnston, 1913 – «Excursion A10. Pleistocene : Montreal, Covey Hill and Ottawa», in : Geological Survey, Guide book no.3, Excursions in the neighbourhood of Montreal and Ottawa (excursions A6, A7, A8, A10, A11), Ottawa. Government Printing Bureau, 162 p. (with maps).
  • W.A. Johnston, 1917 – Pleistocene and Recent Deposits in the Vicinity of Ottawa, With a Description of the Soils. Commission géologique du Canada, Mémoires 101, 69 p., avec carte 1662 (1/63 360).
  • MNNF, Sites géologiques exceptionnels (SGE)
  • B.V. Sanford et Arnott, R.W.C., 2010 – Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State. Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes).
  • S.H. Richard, 1982 – Surficial geology, Ottawa, Ontario-Québec / Geologie de surface, Ottawa, Ontario-Québec. Commission géologique du Canada, carte série «A», 1506A, 1 feuille (1/50 000).
  • Rolly E. Rimando et Keith Benn, 2005, «Evolution of faulting and paleo-stress field within the Ottawa graben, Canada.» Journal of Geodynamics, vol. 39, p. 337-360.
  • A.E. Wilson, 1938 – Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360).
  • W.J. Wilson, 1898 – «Notes on the Pleistocene Geology of a Few Places in the Ottawa Valley», The Ottawa Naturalist, vol. XI, March 1898, no. 12, p. 209-220.

mercredi 31 juillet 2013

Île de Hull : alignement de coïncidences (ajouts)


Note. – J'ai hésité à publier ce billet, terminé depuis un certain temps. L'hypothèse que j'y développe – l'assimilation des anciennes fosses de l'Île-de-Hull au NW du lac aux Vairons (lac Minnow) à des chenaux creusés par des torrents d'eau sous-glaciaires – est mienne. Je ne manque pas d'arguments pour la soutenir, mais je ne peux la présenter comme un fait connu et accepté.


Carte 1A. Détail annoté (montage) de Goad (1908) 
Partie de l'Île-de-Hull en 1908. Les noms de rues actuels sont en rouge. J'ai ajouté, toujours en rouge, le tracé de la rue Morin. Minnow Lake : ou lac aux Vairons (actuel parc Sainte-Bernadette). À gauche (ouest), le ruisseau de la Brasserie. 

On distingue deux chenaux (voir carte 1B) avec contournements et interruptions ; l'eau remplit les fosses les plus profondes. Le lac aux Vairons semble une fosse élargie, contenue dans un bassin escarpé. 

Les chenaux, les fosses et le lac sont aujourd'hui asséchés et «urbanisés». La carte, qui servait aux compagnies d'assurances à évaluer les risques d'incendies, ne prétend pas à une parfaite fidélité dans le rendu de la topographie.
...


Il existe à Hull (Gatineau, Québec) de nombreux indices de l'existence insoupçonnée jusqu'ici de chenaux creusés dans le socle calcaire par un torrent sous-glaciaire vers la fin de la dernière glaciation (1).

1. Départ de glaces dans la région : il y a environ 12 000 ans.

Les chenaux eux-mêmes sont détruits (ou ensevelis, pour le moins, sous un quartier résidentiel), mais il subsiste suffisamment d'indices sur le terrain et dans des documents anciens (cartes et photos) pour que je sois raisonnablement affirmatif quant à leur réalité et leur nature.

Les éléments sur lesquels je fonde mon hypothèse sont les suivants :


  • La Marmite des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 7 nov. 2009), pour laquelle l'hypothèse d'une origine sous-glaciaire a été émise par des chercheurs (Sharpe et Pugin, 2007 ; billet du 13 juillet 2013) ;
  • Les coups de gouges, marques caractéristiques d'une érosion en régime noyé, qui recouvrent les parois de la marmite (billet du 15 juillet 2013) [ajout, 29 janv. 2016 : argument moins décisif que je ne le croyais, le coups de gouges pouvant s'expliquer autrement] ;
  • La faille des Allumettières (Lessard, 2009 ; billet du 29 nov. 2009), de direction NW, zone de faiblesse dans laquelle la marmite s'est creusée ;
  • L'affleurement calcaire des Brasseurs du Temps dont la partie inférieure, surcreusée, est couverte de coups de gouge semblables à ceux de la marmite (billet du 15 juillet 2013, lien plus haut) et qui pourrait être un reliquat des...
  • ... chenaux (ennoyés?) dans le prolongement de la faille des Allumettières. Ils formaient autrefois deux chapelets parallèles de fosses inondées. Ils sont visibles sur d'anciennes cartes et photos (cartes 1A et 1B) ;
  • Le lac aux Vairons (Minnow Lake), aujourd'hui comblé et site du parc Sainte-Bernadette, à l'extrémité SE des chenaux.


Carte 1B. Autres annotations de la carte 1A
BT : affleurement des Brasseurs du Temps (l'édifice des BT qui date de 1910 n'apparaît pas sur la carte*) ; LM : ligne du chenal de la rue Morin ; LV : lac au Vairons (lac Minnow) et axe du chenal qui y est relié.
* Mille excuses : construit entre 1902 et 1905, l’ancien château d’eau de la ville de Hull (aujourd'hui les BdT) a été agrandi en 1910. Il apparaît sur la carte sous le nom de «HULL WATERWORKS ELEC. LIGHT STATION» (non lisible sur les versions réduites mises en ligne ici). Source : Lieux patrimoniaux du Canada. (5 août 2013.)
...


Tout ceci pourrait être les manifestations d'un réseau de chenaux et de marmites remontant à la dernière glaciation (ou même de cavernes et d'avens (2) ?). Le lac aux Vairons, au pied d'une colline qui aurait agit comme un obstacle à l'écoulement des eaux, serait-il lui-même une super-marmite comblée par des sédiments glaciaires et/ou post-glaciaires ? À moins qu'il ne soit le résultat d'un surcreusement glaciaire ?

2. L'idée que la marmite pourrait être un aven m'a été suggérée par Pascal Samson. (Billet du 15 juillet 2013, lien plus haut.)


Carte 2A. Détail tiré de l'Atlas du Canada
Même légende que la carte 1B.
...


La rue Morin, sorte de tranchée qui m'avait toujours intrigué par ses accès abrupts, a été tracée le long d'une fosse en partie inondée d'un chenal (cartes 1A et 1B). La faille des Allumettières, zone de faiblesse du socle calcaire, aurait canalisé l'écoulement des eaux sous le glacier.

L'aspect du socle sous les lacs et les chenaux est inconnu et n'a jamais été étudié, à ma connaissance, du moins. L'examen de la roche, qui aurait pu donner des indices sur la nature de l'érosion qu'elle a subi, n'a jamais été mené non plus (3).

Ajout (1e août 2013, corrigé le 7 août 2013). – Vers 1860, il y avait jusqu'à 9 m de dénivelé entre la surface du lac aux Vairons (Minnow) et le sommet des rives. Si on ajoute à cette valeur la profondeur de l'eau, c'est tout un bassin qu'il nous faut envisager (McKellar, 1932). La nature du fond du lac reste inconnue : vase ? roc ?

3. La question du «fond» se pose aussi pour l'ancien lac Flora, actuel parc Fontaine, à l'est du lac aux Vairons. Des sondages lui avaient donné 4 m d'eau croupie, 11 m de vase, ce qui suppose que le bassin rocheux qui l'accueillait avait au moins 15 m de profondeur. Surcreusement glaciaire ?

L'affleurement des Brasseurs du Temps prend tout à coup une importance capitale : c'est le seul vestige accessible des chenaux disparus pour nous apporter un témoignage tangible sur leur nature. L'examen de la carte 1A permet de constater que le courant a dû contourner des obstacles qui subsistent sous forme d'îlots allongés, qu'il semble y avoir en des seuils résistants à l'érosion entre les fosses.


Carte 2B. Détail de 2A
On ne peut s'empêcher de remarquer que le ruisseau de la Brasserie au sud du boul. des Allumettières (grand route qui traverse la carte en montant vers la droite) est parallèle à la FA et aux LM et LV... Le lac aux Vairons (point sur la ligne LV) apparaît contenu dans un enfoncement de la colline au sud (courbe de niveau des 60 m) : une super-marmite ?...   
...


Des marques d'érosion laissées par des torrents sous-glaciaires se retrouvent à Cantley (billet du 11 nov. 2009), au nord de Gatineau, et, au sud, en Ontario, jusqu'aux rives du Saint-Laurent. Le cas de Hull ne serait donc pas isolé et s'intégrerait au contraire dans une chaîne de manifestations – érosion du socle par l'eau sous pression, réseaux de chenaux, etc. – d'origine semblable (voir les débâcles glaciaires des Algoquin and Ontario Events de Shaw et Gilbert (1990)) .

Hull, ville sculptée par les eaux glaciaires ?

On peut se demander pourquoi le torrent a traversé le lit du ruisseau de la Brasserie sans l'emprunter. Selon Allard (1977), le ruisseau serait un bras de l'Outaouais qui remonterait à une époque antérieure aux glaciations. Il aurait donc été disponible pour les eaux du torrent. L'allure des berges du ruisseau nous aurait renseigné, dans la mesure où on ne les aurait pas nivelées, bétonnées et retravaillées, ou enfouies sous le remplissage. 

Les failles ne manquant pas dans le secteur – elles abondent même – on peut aussi se demander par quel concours de circonstances la faille des Allumettières a été choisie parmi de nombreuses autres pour canaliser les eaux sous-glaciaires.

Ajout (29 janv. 2016)

Les choses les plus évidentes sont celles qui sont les premières oubliées. Ainsi, j'aurais dû noter qu'une faille (faille Montcalm), non reportée sur les cartes de ce billet, croise le ruisseau de la Brasserie à la hauteur du château d'eau (Brasseurs du Temps). Le lit du ruisseau enregistre sur le passage de cette faille une dénivellation de 2,75 m (compartiment nord abaissé) mise à profit par une centrale hydroélectrique, aujourd'hui inactive, couplée au château. Et la chute est dans la continuité des sillons de la rue Morin. Il faudrait une mise à jour de ce billet !

Autre possibilité à envisager : les chenaux pourraient être des bras ou des affluents du ruisseau. Mais l'allure en chapelet des fosses, séparées par des seuils ou des verrous, évoque davantage l'action de l'érosion glaciaire, avec des surcreusements, que celle de l'érosion fluviatile. Une simple exploitation par l'eau de pluie de failles ou de joints vulnérables ? . 

Je me garderai de conclure pour l'instant.


À venir : un vieux texte et de vieilles photos.




Références

  • Michel Allard, Le rôle de la géomorphologie dans les inventaires bio-physiques : l'exemple de la région Gatineau-Lièvre. Univ. McGill, départ. de géographie, thèse (Ph.D.), 1977, 540 pages.
  • Chas. E. Goad (éd.), Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Toronto, Montreal, London, 1 map on 44 sheets. Bibliothèque et Archives Canada
  • McKellar, «Minnow Lake As It WAs In 1858 When Hull Was Small», The Evening Citizen, Ottawa, 23 juillet 1932.
  • Shaw J. and Gilbert R., «Evidence for large-scale subglacial meltwater flood events in southern Ontario and northern New York State», Geology, vol. 18, 1990, p. 1169-1172.
  • Sharpe D. et Pugin A., Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 pages.
  • Sharpe D.R., Russell H.A.J. and Pugin A., The signifiance of buried valleys to groundwater systems in the Oak Ridges Moraine region, Ontario: extent, architecture, sedimentary facies and origin of valley settings in the ORM region, Geological Survey of Canada, Open File 6980, 2013.

lundi 15 juillet 2013

Ruisseau de la Brasserie : vieux morceau intact


Ajout (29 janv. 2016)

La signification des coups de gouge dont il est question ici est à vérifier, plus d'un type environnement pouvant expliquer leur présence.

Suite du billet précédent sur les coups de gouge de la Marmite des Allumettières.


Affleurement calcaire derrière les Brasseurs du Temps, à Gatineau. La paroi verticale semble intacte, c.-à-d. non retravaillée. (Photo 13 juillet 2013)
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On trouve derrière les Brasseurs du Temps, à Hull (Gatineau) ce qui est, à ma connaissance, le seul affleurement calcaire du ruisseau de la Brasserie conservé dans son état originel, tel qu'il était avant les interventions humaines depuis le XIXe siècle. (Du moins le seul visible, il y en a peut-être d'autres enfouis sous les remplissages successifs qui ont affecté les rives.)

La partie supérieure du morceau de calcaire montre un poli d'érosion (glaciaire ?, fluviatile ?) intact ; la partie inférieure, en retrait, a été attaquée par un nouvel agent érosif ultérieurement à la formation du «poli». Sa surface est couverte de coups de gouge.

Deux définitions utiles à ce stade de l'exposé (le gras est de moi) :

1) Coups de gouge ou vagues d'érosion : se forment «en régime noyé, par action dissolvante de l'eau circulant en mouvements ondulatoires dans un remplissage de galets. Ces formes en creux, centimétriques ou décimétriques, ont un profil en long en creux de cuillère, avec une partie amont raide regardant le sens du courant, et une partie aval en pente douce.» Tiré de Juraspéléo.

2) Coup de gouge : «petite forme en creux, rarement isolée, généralement de dimensions centimétriques à décimétriques, localisée indifféremment sur les parois, à la voûte, ou sur le sol rocheux d'un conduit souterrain (parfois d'un chenal extérieur).» Source : Termium Plus.


Détail de la partie inférieure de l'affleurement de calcaire. La surface, en retrait par rapport à la partie supérieure, est couverte de coups de gouge. Le creusement de la partie inférieure est ultérieure au «polissage» de la partie supérieure. (Photo 13 juillet 2013). 
...


L'affleurement des Brasseurs du Temps est à 300 m au SE de ce que j'ai appelé la Marmite des Allumettières (billet du 7 novembre 2009) dont les parois portent aussi l'empreinte de nombreux coups de gouge. De plus, comme la marmite, il se place exactement sur la trajectoire d'une faille que j'ai découverte dans le socle calcaire, la faille des Allumettières (billet du 29 novembre 2009).

Les coups de gouge se développent en régime noyé (déf. no 1), nous l'avons vu plus haut. L'explication s'applique parfaitement à la marmite qui aurait été formée par un torrent sous-glaciaire.

Les strates inférieures couvertes de coups de gouge du calcaire des Brasseurs du temps sont intrigantes. On ne peut invoquer de régime noyé pour elles. La définition no 2 précise cependant que ces marques d'érosion peuvent apparaître sur les parois de chenaux extérieurs.

Y avait-il un réseau de cavernes, marmites, chenaux et d'avens le long de la faille des Allumettières ? (L'hypothèse que la marmite soit un aven m'a été fournie par Pascal Samson.)

Ça fait beaucoup de coïncidences pour la Marmite des allumettières et le calcaire des Brasseurs du Temps ; les coups de gouge, leur situation le long de la même faille...

À suivre, donc.


La transition entre les deux étages est nette, comme tranchée au couteau.
(Photo 13 juillet 2013)


samedi 13 juillet 2013

Marmite des Allumettière et coups de gouge


Ajout (29 janv. 2016)

Billet à revoir, la signification des coups de gouge n'est peut-être pas aussi claire que je le croyais. Bref, c'est à vérifier.


Bref retour (encore un) sur la Marmite des Allumettières, à Gatineau (Québec).

Les photos et le texte qui suivent sont fournis pour répondre à une demande spéciale.

Pour un exposé complet, voir le billet du 7 novembre 2009.

1) D'abord, une courte description et explication du phénomène :

«Pothole in the Ottawa River valley
[...]
An exposed rock surface in Gatineau Quebec reveals an isolated ~8 m deep depression eroded into the Paleozoic carbonate rock surface [...], situated ~10 m above Ottawa River level. The depression has an asymmetric, balloon-like geometry with smooth, iron-stained walls. The surface opening is less than the maximum diameter of the form. The erosion form is now devoid of sediment, but it was filled with sand and gravel; coarser sediment (gravel up to 20-30 cm) appeared towards the top of the fill [...]. There are no similar features exposed in ~500 m of excavation [...] and the original surface cover of the bedrock is unknown.

The feature is interperted as a pothole with a high-energy fill, based on landform position downflow of Gatineau valley and within the paleo-channel of the Ottawa River [...]. Fluvial polishing appears to be present on vertical walls. Fluvial erosion (corrasion) most reasonably explains the form; flow structures on the scale of this feature were needed to yield this depth of erosion. The erosion feature could represent paleo-fluvial scouring by vortices impinging on the river bed and captured while migrating downstream during high-stage flow events or floods [...]. It is also possible that the feature could represent glaciofluvial erosion during subglacial or proglacial floods or high-discharge events [...] Karst erosion is always possible in carbonate rocks; however, the lack of other solution weathering features along the rock face makes this possiblity very unlikely as the prime process explanation (Sharpe et Pugin, p. 19).» 


2) Ensuite, aperçus de coups de gouge ou vagues d'érosion sur les parois de la marmite. (Voir des exemples de coups de gouge, ici et ici, dans d'autres sites Internet.) Photos © Henri Lessard.


Marmite des Allumettières : coups de gouge sur une paroi calcaire.
(Juillet 2012)


Détail de la photo précédente.


Marmite des Allumettières : autres coups de gouge.
(Novembre 2009)


Détail de la photo précédente.


Marmite des Allumettières : coups de gouge atténués ?
(Juillet 2007)


Détail de la photo précédente.


Trois dernière photos : les coups de gouge présents aussi sur la surface horizontale au sommet de la marmite prouverait qu'il s'agit bien là du «plancher» originel à partir duquel la marmite a été creusée.


Rebord de la marmite. (Juillet 2007)


Détail de la photo précédente : coups de gouges discrets.


Vue plongeante du rebord de la marmite. (Juillet 2007)


Ce billet à une suite.

Référence (citation)

  • D. SHARPE et A. PUGIN, Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 p.


mardi 9 juillet 2013

Marmites on the rocks


Fig. 1. Hunter (1855). Légende originale :
Natural curiosity, Ottawa River, Canada. Two miles above Chaudière Falls, on the Hull side.
Trois marmites côte à côte dans des strates horizontales de calcaire ordovicien, à Hull (Québec)
(Saisie d'écran à partir d'un pdf disponible par Google Books.)
...


Le 10 mars dernier, je publiais ici une gravure de Hunter (fig. 1) datant de 1855 montrant un groupe de marmites dans le calcaire quelque part à Hull (Gatineau). Hunter, avare en précisions, s'était contenté d'indiquer qu'elles se trouvaient two miles (3,2 km) en amont des chutes des Chaudières, sur la rive hulloise de l'Ottawa (de l'Outaouais).


Fig. 2. Ottawa Citizen (Google).
...



J'avoue avoir entretenu de sérieux doutes sur l'existence de ces marmites. Or, voici que, cherchant tout à fait autre chose, je tombe sur un article daté de 1925 qui semble décrire un phénomène semblable, sinon la même chose (fig. 2). À un endroit nommé Pot Hole Point, sur la rive de l'Outaouais, à l'est de Tétreauville (Val-Tétreau), on trouvait, selon W.M.J., des marmites larges de cinq pieds (1,5 m) ou moins, profondes de 16 (5 m). Non loin de là, un anticlinal (pli en avec charnière vers le haut, comme un V tourné à 180 degrés) soulève les strates du calcaire.

Avec les indications de W.M.J. et de Hunter réunies, devient-il possible de circonscrire la zone où les marmites pourraient se trouver ? Hunter les situe en amont des Chaudières, W.M.J. en aval de Val-Tétreau, sur la rive de l'Outaouais, près d'un synclinal.

Or, les roches de la rive, ainsi que celles d'îles environnantes, partout horizontales, ne sont plissées dans le secteur de la baie Squaw, à la limite est de Val-Tétreau (fig. 3 et 4). Les marmites doivent donc se trouver entre la baie et les chutes des Chaudières. Tout est simple !

Sauf que W.M.J. et Hunter se contredisent : two miles ou 3,2 km en amont des Chaudières (Hunter) nous conduisent à l'ouest de Val-Tétreau, en amont de ce quartier. Parlent-ils des mêmes marmites ou l'un d'entre eux a-t-il confondu les points cardinaux ou mal estimé les distances ? (fig. 3). Reste que les seules roches visiblement – je dirais ostensiblement – plissées se trouvent près de la baie Squaw, se qui accrédite le témoignage de W.M.J.

Notons que la gravure de Hunter, autre indice, montre les marmites creusées dans des strates horizontales de calcaire : indication qui pourra être utile sur le terrain.


Fig. 3. L'Outaouais, entre Ottawa, au sud, et Hull (Gatineau), au nord. La baie Squaw est à gauche, à l'extrémité de la flèche rouge qui délimite le secteur où pourrait se trouver les marmites ; les chutes des Chaudières sont à l'autre extrémité. Cette carte ne parlera qu'aux gens du cru, mais c'est à eux que je m'adresse. Quadrillage bleu : 1 km de côté ; la ligne rouge mesure donc moins de 1,5 km, ce qui va à l'encontre des 3,2 km de Hunter (voir texte)...
Ottawa, Ontario - Quebec / Ottawa, Ontario - Québec. Centre for Topographic Information / Centre d'information topographique; Cartes topographiques de Ressources naturelles Canada 31G/5, (éd. 11) 1998; 1 feuille.
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Avant de se lancer à la recherche des marmites, faudrait peut-être se demander à quelle distance du rivage on est toujours on the shore, envisager la possibilité que la végétation ait recouvert les marmites ou, pire, que le niveau de la rivière ait été modifié au point qu'elles soient toujours submergées.

Parce que quelque chose me dit que si elles étaient encore visibles, ça se saurait...

À suivre ?


Fig. 4. Pointe rocheuse, rive est de la baie Squaw. Les couches de calcaire, horizontales ailleurs, sont plissées et retroussées : l'anticlinal de W.M.J. ? Les marmites devraient se trouver à l'est de cet endroit, sur la rive. Arrière-plan : l'UQO. (Photo déc. 2012.)
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dimanche 10 mars 2013

Hunter et la chasse aux marmites à Hull (Ajouts)


Voir la suite, publiée le 9 juillet 2013.


Hunter (1855). Légende originale :
Natural curiosity, Ottawa River, Canada.
Two miles above Chaudière Falls, on the Hull side.
Trois marmites côte à côte dans des strates de calcaire ordovicien, à Hull (Québec)

Si ce n'était de la légende sous la gravure («Natural curiosity, Ottawa river, Canada. Two miles 
above Chaudière Falls, on the Hull side»), on croirait qu'il s'agit des «three of these extraordinary 
wells close to one another» du Témiscamingue décrit par Hunter (cité plus bas).
(Saisie d'écran à partir d'un pdf disponible par Google Books.)


Hunter (1855) décrit des marmites creusées dans la roche près du bord de la rivière des Outaouais, à Hull, deux milles (3,2 km) en amont des chutes des Chaudières. Il ne précise pas d'avantage leur emplacement, mais indique bien qu'il s'agit d'un phénomène commun. On aurait aimé en savoir plus !...

Il attribue la formation de ces marmites à l'usure répétée de la roche en place (calcaire) par des blocs erratiques («boulders of a far harder rock»). Chaque années, les eaux des crues printanières auraient «animé» ces pierres, prises dans des dépressions naturelles. Ainsi se seraient creusés peu à peu ces puits cylindriques. Le plus large, à droite de la lithographie, doit bien atteindre les 4 m de diamètre (version «texte» ajoutée à la fin du billet) :


Hunter (1855), p. 19. 
Saisie d'écran à partir d'un pdf disponible par Google Books (lien plus haut).


«The geological formation in the neighborhood of Ottawa is the tertiary, and the rock known as ''Trenton limestone''.» Aujourd'hui, on dirait plutôt que ces roches datent du Paléozoïque (et non du Tertiaire !). Le Trenton, lui, peut encore tenir. Notez que l'on trouve aussi dans les mêmes parages des shales et du grès.

Si j'interprète bien le texte de Hunter, les blocs erratiques étaient toujours au fond des puits qu'ils ont eux-mêmes creusés. 

Pour autant que je sache, c'est la seule mention de la présence de cette batterie de trois marmites à Hull (aujourd'hui Gatineau). Que leur est-il arrivé après le passage de Hunter ?  

Trois virgule deux km en amont des chutes des Chaudières, ça nous amène tout près sinon exactement à l'endroit des stromatolites du pont Champlain dont j'ai déjà parlés. La zone est moité sauvage, moitié urbanisée, ces trois marmites peuvent très bien se retrouver sous l'asphalte du boulevard Lucerne ou avoir servi de pots de fleurs à des arbres qui les auraient démantelées en étendant leurs racines. Voyez sur la lithographie le bouleau qui poussait déjà dans celle de gauche. La biosphère prend vraiment ses aises au dépend de la lithosphère. Quel sans-gêne ! 

Avis aux amateurs, avec le départ de la neige, la chasse aux marmites va bientôt s'ouvrir...

Ces marmites «riveraines» ont probablement une origine glaciaire (billet sur la Marmite des Allumettières, à Gatineau, plus à l'intérieur des terres) ou même pré-glaciaire (voir ce billet sur les marmites de Guelph – lesquelles semblent d'ailleurs ressembler davantage à celle de Hunter), contrairement à ce que supposait Hunter qui mentionne encore les marmites bien connues du Témiscamingue.  


Ajout (1)

11 mars 2013. – Les marmites du Témiscamingue ont «été créées par le passage torrentiel de cours d'eau sous-glaciaires chargés de sédiments fins et de particules grossières.» (Source : Sites géologiques exceptionnels du Québec ; lien et lien.) Ceci met à mal l'hypothèse de l'origine post-glaciaire des marmites hulloises.

Ajout (2)

13 mars 2013. – Version texte du passage cité de Hunter :

«As a curiosity, and particularly so to a geologist, we have given a plate representing a curious natural phenomenon, which is not uncommon on the Ottawa. The geological formation in the neighborhood of Ottawa is the tertiary, and the rock known as "Trenton limestone." But the river brings down, or at least in years gone by, has brought down, most probably imbedded in ice, huge boulders of a far harder rock; the current has carried these boulders towards the shore, and the waters receding have left them deposited on the softer rocks of the river side; it would appear that wherever these hard boulders have rested in a slight natural hollow, the high waters of succeeding spring, throughout a long period of years, have converted them into gigantic borers, grinding and grinding, until they have buried themselves fathoms deep in the solid rock. On the Upper Ottawa, near Lake Temiscaming, the writer of these pages found three of these extraordinary wells close to one another, at a considerable distance from the highest level to which the Ottawa now rises, the deepest of which was at least sixty feet, and about five feet in diameter, the "borer" or boulder still lying in the bottom. There were no means of descending the "well" to ascertain the character of the intrusive boulder (Hunter, 1855, p. 19).» 



Référence

  • William S. Hunter (Jr.), Hunter's Ottawa scenery, in the Vicinity of Ottawa City, Canada. Ottawa, Wm. S. Hunter Jr., 1855. (Lithographies J.H. Bufford, Boston.)

samedi 3 novembre 2012

Faille des Allumettières : mise à jour


Boulevard des Allumettières, Gatineau (Québec), 3 novembre 2012.

Je vous invite à aller voir la mise à jour de mon billet sur la Faille des Allumettières. Plutôt que d'éparpiller la matière en une multitude de billets qui finissent par noyer les principaux comme je le faisais jusqu'à récemment, je préfère désormais allonger ceux où tel ou tel sujet est traité en détail.

dimanche 26 juin 2011

Marmite : mise à jour

La marmite des Allumettières, négligée, ignorée, qui a adopté la couleur même de son environnement pour mieux se fondre dans le décor, se porte toujours bien.

Marmite des Allumettières, Gatineau, QC (26 juin 2011).

La croissance d'herbes folles lui confère même un cachet négligé et sauvage tout à fait seyant.

Marmite des Allumettières, Gatineau, QC (26 juin 2011).

Ces quelques lignes et ces photos n'étaient destinées qu'à vous rassurer après un silence de plusieurs mois à au sujet de la marmite.

Voir ces liens (dans ce blogue) :
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Marmite des Allumettières, Gatineau, QC (26 juin 2011).

Gatineau, QC (2 mai 2011).

D'autre part, la photo, déjà un peu datée, de cet escargot semble avoir été prise par exprès pour symboliser le nouveau rythme qu'a adopté ce blogue.