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vendredi 7 juillet 2017

Eozoon canadense : hier et aujourd'hui (ajout)




Deux photos prises au même endroit à 104 ans d'intervalle.
Couleur, Brian Fisher, juillet 2017. - Route 321, à Côte-St-Pierre, municipalité de St-André-Avellin, au nord du petit lac Charlebois, QC. L'Eozoon canadense affleure dans les collines de marbre à l'ouest (à gauche) de la route. À droite : gneiss dioritique (?) sur le bord de la route
Noir et blanc, J. Stansfield, 1913 (réf. plus bas). - La «route 321» au début du XXe s., au nord du lac Allard (aujourd'hui lac Charlebois). La maison blanche, à droite, est celle de Gilbert Lavigne.


Intro

Suite aux billet du 23 mai 2107 et du 3 février 2017 à propos de l'Eozoon canadense. L'Eozoon canadense, un pseudofossile, a été découvert en 1863 dans un marbre précambrien (province de Grenville, 1 milliard d'années et plus) à Côte-St-Pierre, municipalité de St-André-Avellin, QC. Pendant quelques décennies, l'Eozoon de Côte-St-Pierre a joui d'une célébrité mondiale jusqu'à ce que sa véritable origine, minérale et non organique, soit reconnue.


Brian Fisher, de Ripon, près de St-André-Avellin, m'a envoyé une nouvelle photo de la route 321. Elle serait l'équivalent moderne de celle publiée en 1913 par J. Stansfield (voir «Intro»).

M. Fisher a pris soin de cadrer sa photo pour qu'elle corresponde au plus près à celle de 1913. Le premier poteau, à droite (photo couleur) est planté tout près de l'endroit où poussait l'arbre devant la maison de Gilbert Lavigne (photo noir et blanc). M. Fisher croit que la grange de la ferme Blais au sommet de la côte est la même d'aujourd'hui (voir «Ajout», plus bas). En face du deuxième poteau, on peut voir l'ancien chemin qui a mène au sommet de la colline où se trouve les affleurements de l'Eozoon.

Selon M. Fisher, qui tient ses renseignements de Paulette Dambremont, la ferme de M. Lavigne aurait brûlé vers 1955. Une maison plus petite a été construite à sa place.

Référence

J. Stansfield, 1913. «Mineral Deposit of the Ottawa district, Excursion A10», in : Geological Survey, Guide book no.3, Excursions in the neighbourhood of Montreal and Ottawa : excursions A6, A7, A8, A10, A11, Ottawa : Government Printing Bureau, 1913, 162 p. (with maps). http://www.biodiversitylibrary.org/ia/guidebooksofexcu03inte#page/5/mode/1up


AJOUT (7 juillet 2017)


Détails. - Selon M. Fisher, la grange de M. Blais existant aujourd'hui était déjà visible sur la photo de 1913. Elle est au dessus du X blanc sur ces deux détails (1913 et 2017) :




Croix no 1 : endroit où M. Fisher a pris la photo de la route 321 (le nord est à gauche) ; croix no 2 : grange de M. Blais (X blanc sur les détails qui précèdent). Le chemin Blais, visible à gauche, qui double la route principale, la 321, correspondrait à l'ancien chemin tel qu'il était en 1913. (Document transmis par M. Fisher ; cliquer sur l'image pour la voir à sa pleine grandeur). Photo © Google.

mardi 23 mai 2017

Eozoon canadense : suite (ajouts)


Suite : voir billet du 7 juillet 2017.


Fig. 1. - Google Street, saisie d'écran : Brian Fisher (2017). Route 321, à Côte-St-Pierre, municipalité de St-André-Avellin, au nord du petit lac Charlebois, QC. L'Eozoon canadense affleure dans les collines de marbre à l'ouest (à gauche) de la route. À droite : gneiss dioritique (?) sur le bord de la route.


Introduction

Suite au billet du 3 février 2017, «L'Eozoon canadense à Côte-St-Pierre». L'Eozoon canadense, un pseudofossile, a été découvert en 1863 dans un marbre précambrien (province de Grenville, 1 milliard d'années et plus) à Côte-St-Pierre, municipalité de St-André-Avellin, au NE de Gatineau, QC. Pendant quelques années, l'Eozoon, et Côte-St-Pierre avec, a joui d'une célébrité mondiale. Voir mon billet de février (lien plus haut).


Brian Fisher, de Ripon, près de St-André-Avellin, m'a envoyé cette vue de la route 321 prise dans Google Street (fig. 1). Elle serait l'équivalent moderne de la photo publiée en 1913 par Stansfield (fig. 2), photo que j'avais reprise dans mon billet du 3 février 2017 (lien dans l'introduction).

Puisque nous en sommes à l’exhumation du passé, M. Fisher, qui tient ses renseignements de Paulette Dambremont, m'apprend en outre que la ferme d'un certain G. Lavigne, visible sur la photo de 1913 ainsi que sur une carte publiée trois ans plus tard (fig. 4), existait encore dans les années 1960-1970.

Je trouve toute cette histoire très touchante. Une carte et une photo du début du XXe s. montrent la ferme d'un certain G. Lavigne ; 100 ans plus tard, des habitants de la région se posent des questions sur ce personnage. Jusqu'ici, je n'avais obtenu sur lui que des renseignements très imprécis. Je savais que la propriété avait été vendue et n'appartenait plus aux descendants de monsieur Lavigne. Voilà que Mme Dambremont et M. Fisher viennent m'aider à compléter le puzzle. Il reste plusieurs autres morceaux à découvrir.

Je disais dans l'introduction que Côte-St-Pierre avait bénéficié d'une renommée mondiale avant que l'affaire de l'Eozoon canadense ne soit éventée (le fameux fossile précambrien n'en était pas un). Témoin de cette célébrité : c'est une carte publiée en 1916 par un Allemand (Rothpletz ; fig. 4) qui identifie la ferme de G. Lavigne. Sans ce savant Teuton, qui ici aurait pensé ressusciter ce personnage ? Ajout (24 mai 2017). - On aimerait savoir si monsieur Lavigne était au courant de sa célébrité mondiale ? Et quel prénom se cache sous l'initiale G. ? Gaston, Georges, Gérald, Gratien, Grégoire, Gustave...) Ajout 25 mai 2017. - Il s'agit de Gilbert Lavigne (Rothpletz, 1916, p. 27, 29, 53 et planche V). Il est aussi quiestion d'un certain Napoléaon Lavigne. J'ignore s'il s'agit de ce Gilbert et de ce Napoléon*.

* Il était facile de découvrir ces noms en consultant le texte d'où j'avais tiré la fig. 4. Cependant, en février dernier, lorsque j'avais fait mes recherches sur l'Eozoon, le fichier du texte, un pdf téléchargeable, était de maniement délicat (Rothpletz, 1916 ; voir Références). Il se téléchargeait difficilement, s'affichait laborieusement et avait tendance à se fermer sans préavis. Je m'étais estimé heureux dans ces conditions de pouvoir réaliser la saisie d'écran qui m'a donné la carte de la fig. 4. De plus, le texte (plus de 100 pages) est en allemand. Aujourd'hui, ne me demandez pas pourquoi, le pdf, téléchargé à nouveau, se comporte normalement - je précise que je n'ai pas changé de matériel informatique depuis février - et j'ai pu enfin le parcourir à l'aise - mais non le lire, ne connaissant pas l'allemand.



Fig. 2. - Stansfield (1913). La «route 321» au début du XXe s., au nord du lac Allard (aujourd'hui lac Charlebois) : comparez avec la fig. 1. L'Eozoon se trouve dans la colline à gauche de marbre (à l'ouest) du chemin. La maison blanche, à droite, serait celle de G. Lavigne (voir fig. 4)



Fig. 3. - Google Street, saisie d'écran votre serviteur, 3 févr. 2017. J'avais cru que cette vue correspondait à celle de la photo de Stansfield (1913 ; fig. 2) de 1913. Apparemment, je m'étais trompé. M. Fisher (fig. 1) suppose que la photo originale a été prise plus au nord, approx. à la hauteur de l'actuelle grange au toit rouillé, visible à droite de la route.



Fig. 4. - Rothpletz (1916). Carte géologique de Côte-St-Pierre. Elle correspond à celle de Stansfield, plus lisible (fig. 5), et je je ne l'aurais pas reproduite dans mon billet du 3 février dernier sans un petit détail pittoresque, la ferme d'un certain G. Lavigne (L). Ajout (25 mai 2017) - G pour Gilbert.

Légende : ajouts par rapport à Stansfield (voir fig. 5) : Quartzit : quartzite ; Marmor : marbre ; Gabbro de Rothpletz : diorite de Stansfield ; Kalstein : calcaire ; Quelle : source ; Schacht : arbre. Le gneiss visible à droite (à l'est) de la route sur la fig. 1 correspond sans doute à l'affleurement visible ici au sud de la ferme de G. Lavigne.



Fig. 5. - Stansfield (1913) : occurence d'Eozoon canadense à Côte-St-Pierre, QC, au N de Ripon. Quelques éléments de la légende : E : Eozoon ; A : Asbestos (amiante) : Limestone : marbre ; Lac Allard : lac Charlebois d'aujourd'hui ; le chemin correspond à la route 321 moderne.
En comparant avec la fig. 4, il est facile de repérer la ferme de G. Lavigne (rectangle noir).


Références

  • Rothpletz, August, 1916, Über die systematische Deutung und die stratigraphische Stellung der ältesten Versteinerungen Europas und Nordamerikas mit besonderer Berücksichtigung der Cryptozoen und Oolithe. II. Über Cryptozoon, Eozoon, und Atikokania; Abhandl. Bayer. Akad. Wiss., Math-Physik. Kl., vol. 28, no 4, 92 p. http://www.zobodat.at/pdf/Abhandlungen-Akademie-Bayern_28_0001-0092.pdf
  • J. Stansfield, 1913. «Mineral Deposit of the Ottawa district, Excursion A10», in : Geological Survey, Guide book no.3, Excursions in the neighbourhood of Montreal and Ottawa : excursions A6, A7, A8, A10, A11, Ottawa : Government Printing Bureau, 1913, 162 p. (with maps). http://www.biodiversitylibrary.org/ia/guidebooksofexcu03inte#page/5/mode/1up

vendredi 3 février 2017

L'Eozoon canadense à Côte-St-Pierre (corrections)


Voir suite : billet du 23 mai 2017.

Fig. 1. - Spécimen d’Eozoon canadense recueilli par William Logan (photo tirée de ce document de Bibliothèque et Archives Canada). Source : Ressources naturelles Canada/2005-081. © Ressources naturelles Canada. Photo : Fournie à titre gracieux par Ressources naturelles Canada. nlc-10629.
[...] c'est dans cette région que se trouve la côte (sic) St-Pierre, endroit rendu fameux dans le monde des géologues par l'Eozoon Canadense (sic), cet hypothétique fossile précambrien que les anciens géologues venaient chercher dans les calcaires cristallins [marbres] serpentineux de cet endroit. Certains auteurs soutiennent que l'Eozoon Canadense n'est pas un reste organique, mais tout simplement une association minérale où des couches de calcite ou de diopside alternent avec des couches de serpentine; ces couches étant souvent courbées et plissées peuvent donner l'impression d'une structure due à un certain organisme.» (Faessler, 1948, p. 8-9.)


Résumé

Eozoon canadense : pseudofossile découvert en 1863 dans un marbre précambrien (province de Grenville, 1 milliard d'années et plus).

Localisation

Côte-St-Pierre, au nord de Saint-André-Avellin, route 321, collines au NW du lac Charlebois (Québec). CORRECTION (8 févr. 2017). - J'avais cru qu'on trouvait l'Eozoon sur le territoire de Ripon. On m'a aimablement corrigé : il est à l'intérieur des limites de St-André-Avellin, dans la Petite-Nation. Non seulement le plus vieil habitant de Ripon n'a jamais vécu, mais il n'est pas domicilié dans le village...



Qui, en Outaouais, a entendu parlé de l'Eozoon canadense ? Qui sait que le village de Côte-Saint-Pierre, au nord de Saint-André-Avellin, a été, entre 1860 et 1900, le point focal de l'attention des géologues et des paléontologues du monde entier ? Même Darwin, dans son Origine des Espèces (4e édition, 1866), toucha mot de Côte-Saint-Pierre. On tenait, avec l’Eozoon canadense, l’une des plus grandes découvertes géologique de l’époque.

La raison d'un tel enthousiasme tenait en une banale alternance de serpentine verte et de calcite blanche survenant dans un marbre précambrien, trop vieux pour renfermer quelque traces de vie que ce soit (voir Fig. 1). Rien que du banal à première vue, rien pour ameuter les foules ou les géologues.

Un examen d’échantillons au microscope changea le point de vue. On était certain d'avoir d'avoir sous les yeux les restes fossilisés d'une forme de vie primitive. Le nom choisi pour l'organisme, Eozoon canadense, signifie d'ailleurs «aube de la vie au Canada» (poétique, non ?) Cet Eozoon, un foraminifère, croyait-on, tapissait les fonds marins où il édifiait des structures mamelonnées qui n’était pas sans évoquer les stromatopores plus récents (voir ces billets). Le tout aurait été enfoui puis métamorphisé (recristalisé à chaud sous pression) avant que l'érosion ne ramène l'Eozoon à la lumière du jour. Et c'est ainsi que nous découvrons ces édifices faits d'une succession de bandes blanches (calcite) et vertes (serpentine). [Paragraphe retouché le 4 févr. 2016.]

On avait remarqué dès avant 1858 d’autres formations semblables dans la région, en Ontario et au Québec. Cependant, l'affleurement type, celui qui fut le mieux étudié et le plus discuté, reste celui de Côte-Saint-Pierre, découvert en 1863.

Passé le premier enthousiasme, quelques voix discordantes se firent entendre. Ni le marbre ni la serpentine ne sont choses rares. Dans la région, en tout cas, la serpentine, toujours associée aux marbres, abonde. L'affleurement de Côte-Saint-Pierre n'avait au fond rien d'exceptionnel. L’Eozoon, ou plutôt sa structure feuilletée, pouvait bien être le résultat de processus prenant place durant le métamorphisme régional. Le débat entre le clan des partisans d’une origine biogénique et ceux qui tablaient sur des processus inertes fut long et acrimonieux. En 1900, le cause était entendue, en faveur de ces derniers. La découverte de structures semblables à celles de l’Eozoon canadense dans des calcaires du Vésuve apporta un argument décisif à leur parti. Les souvenirs de la controverse étaient encore assez vifs en 1913 pour que les organisateurs du Congrès international de géologie qui se tenait au Canada incluent le site de Côte-Saint-Pierre dans leur programme d’excursions (Stansfield, 1913).

Je ne tenterai pas ici de résumer le débat ou à en nommer les protagonistes, sauf ceux que la rédaction de ce billet m’oblige à citer. Ça allongerait indument mon texte et seul l’aspect géologique de la question m’intéresse. Voyez les documents en «Références» si l’historique de la controverse vous intéresse.

Stanfield (1913) décrit la géologie du site, au sud de Côte-Saint-Pierre, dans des collines situées à l'ouest du chemin qui longeait le lac Allard (lac Charlebois de nos jours). (Voir Fig. 2.) On avait, de l'ouest vers l'est :


  • Diorite (gabbro en périphérie et une syénite-diorite quartzifère autre part) ;
  • Roche à diopside vert pâle ou blanc (diopsidite) ;
  • Eozoon canadense ;
  • Serpentinite (ophicalcite) ;
  • Marbre impur normal à mica. (Stansfiled néglige de mentionner la présence de bandes de marbre dolomitique (magnésien) dans le marbre.)

Il était tentant à la lumière de cette cartographie d'interpréter la présence de la diopsidite et de la serpentinite comme le résultat du métamorphisme de contact dans un marbre magnésien silicieux envahi par une diorite en fusion. La structure feuilletée de l'Eozoon canadense ne serait que la conséquence du comportement contrasté de minéraux soumis à des conditions extrêmes de pressions et de températures. Dernière étape du processus, la serpentinisation du diopside (silicate magnésien) par altération hydrothermale.

Dawson (1888), au contraire, plaçait la couche de l'Eozoon dans le marbre et réduisait la diopsidite à des concrétions ou des masses de diopside dans le même marbre (Fig. 4). Selon la coupe la plus détaillée que donnait Dawson (p. 8), on avait, toujours de l’ouest vers l’est :


  • Diorite grossière et une bande de gneiss ; direction NE, pendage abrupt vers le SE ;
  • Marbre traversé par des veines de chrysotile (ou amiante : «Asbestos» sur la carte de Stanfield) renfermant des masses de pyroxène (diopside de Stanfiled) et l’Eozoon en spécimens imparfaits ;
  • Marbre et dolomie grossiers ;
  • Marbre à serpentine (serpentinite ou ophicalcite de Stansfield) contenant les spécimens parfaits de l’Eozoon ;
  • Marbre renfermant de larges concrétions de serpentine + une bande de fins spécimens de l’Eozoon ;
  • Marbre avec concrétions et bandes interrompues de serpentine et de pyroxène ; fragments de l’Eozoon ; présence avec et au dessus de l’Eozoon de bandes de dolomie ;
  • Marbre blanc laminé recoupé par des veines de chrysotile ;
  • Marbre laminé à bandes de serpentine.

Ainsi, Dawson minimisait l'influence de la diorite sur le marbre et sur la genèse de l'Eozoon. On peut croire que c'est son erreur initiale (prendre l'Eozoon pour un organisme fossile) qui l'a empêché de tirer les conséquences de la géologie du site.

Pour la petite histoire de la région : la découverte et la cueillette d'échantillons de l’Eozoon avait été facilité par l'existence d'une carrière abandonnée. On y avait exploité le rock cotton, ou serpentine fibreuse, ou chrysotile, ou asbestos, ou, pour en finir, amiante. Le minéral servait dans les pièces de machines à vapeur. (Dawson, 1875, p. 22.)

La controverse autour de l'Eozoon est toujours d'actualité. En 1997, Trzcienski et Hofmann ont établi que les structures fines de l’Eozoon, les canaux et tubuli, qui avaient achevé de convaincre Dawson (et d’autres) de la nature biologique des édifices, relevaient de phénomènes d’exsolution (ségrégation) entre la dolomite et la calcite durant le métamorphisme.

La méprise en était une de bonne foi, les supporteurs de l’Eozoon canadense étaient tous des scientifiques capables. Il est facile de juger après la fermeture des dossiers, quand l’évidence est devenue… évidente ! De véritables fossiles précambriens furent bien découverts au Canada, mais plus tard. Ceci est une autre histoire.

Qui se souvient ?..., disais-je au début du billet. Pour consolider la mémoire, pourquoi pas un panneau explicatif pour rappeler qu'autrefois, le plus ancien citoyen du pays, l'Eozoon canadnese, domicilié à Côte-Saint-Pierre, a été, le temps de deux ou trois générations humaines, une célébrité mondiale (du moins dans le cercle des géologues et naturalistes) ?


Fig. 2. - Stansfield (1913) : occurence d'Eozoon canadense à Côte-St-Pierre, QC, au N de Ripon. Quelques éléments de la légende : E : Eozoon ; A : Asbestos (amiante) : Limestone : marbre ; Lac Allard : lac Charlebois d'aujourd'hui ; le chemin correspond à la route 321 moderne.


«Entre la roche à diopside [Diopside rock de la carte] et le marbre normal [Grenville limestone], se place une zone de serpentine [Serpentine limestone] dont la largeur varie de 3 à 30 m. À cet endroit, la serpentine et de la calcite montrent une disposition quelconque telle qu’en montre une ophicalcite normale, sauf en un ou deux points où elles évoluent vers ce qu’on a appelé l’Eozoon canadense.» (Stansfield, p. 98, mon adaptation.)


Fig. 3. - Rothpletz (1916). Sa carte reprend pour l'essentiel celle de Stansfield (Fig. 2) et je je ne l'aurais pas reproduite sans un petit détail pittoresque, la ferme d'un certain G. Lavigne (L) (Ajout (25 mai 2017) : il s'agit d'un Gilbert Lavigne, voir billet du 23 mai 2017.)  Légende : ajouts par rapport à Stansfield : Quartzit : quartzite ; Marmor : marbre ; Gabbro de Rothpletz : diorite de Stansfield ; Kalstein : calcaire ; Quelle : source ; Schacht : arbre.


Fig. 4. - Dawson (1888). SE à gauche, NW à droite. Même site, géologie plus simple : de gauche à droite on a : d) marbre ; a) bande de gneiss ; b) marbre et dolomie contenant une bande de l'Eozoon ; c) diorite et gneiss. Les roches à serpentine et à diopside de Stansfiled qui faisaient écran entre le marbre et la diorite n'apparaissent pas ici.


Fig. 5. - Stansfield (1913). La «route 321» au début du XXe s., au nord du lac Allard (aujourd'hui lac Charlebois). L'Eozoon se trouve dans la colline à gauche (au NW à l'ouest) du chemin. Ajout (25 mai 2017) : la maison blanche, selon M. Fisher et Mme Dambremont, serait celle de Gilbert Lavigne qui apparaît sur la fig. 3, voir billet du 23 mai 2017. 


Fig. 6. - Approximativement le même endroit que la fig. 5. Le secteur a un peu changé en 100 ans. Photo : Google. Ajout (24 mai 2017). - La photo de la fig. 5 a été prise en réalité un peu plus au nord. Voir la contribution de Brian Fisher, de Ripon, à ce blogue dans le billet du 23 mai 2017.


Fig. ajoutée (8 févr. 2017). - Détail de la carte de Faessler (1948). À cette échelle, les bandes de diopsidite et de serpentinite sont confondues dans le marbre.
Légende simplifiée
Jaune : Quaternaire
Grenville
1 (bleu) marbre ; 4 (ocre) gabbro, diorite et syénite ; 5 (pâle) syénite et granite.
Les routes 317 et 321 modernes sont indiquées ; l'Eozoon est dans le marbre (bleu), au NW du lac Allard (lac Charlebois d'aujourd'hui). Les lignes au crayon de plomb font partie du fichier original.


Références

  • Dawson, J. W. (1865). «On the structure of certain organic remains in the Laurentian limestones of Canada». Quart. J. Geol. Soc. 21: 51–59. doi:10.1144/GSL.JGS.1865.021.01-02.12 https://dx.doi.org/10.1144%2FGSL.JGS.1865.021.01-02.12
  • John William, Sir Dawson, [1875], Life's Dawn on Earth : Being the history of the oldest known fossil remains, and their relations to geological time and to the development of the animal kingdom. London, Hodder & Stoughton, 27, Paternoster Row. MDCCCLXXV. Butler & Tanner. The Selwood Printing Works, Frome, and London.
  • Sir J. William Dawson, 1888. On Specimens of Eozoon Canadense and Their Geological and Other Relations. Peter Redpath Museum, McGill University, Montreal, 106 pages.
  • Sir J. William Dawson, 1893. Some Salient Points in the Science of the Earth, Montreal, W. Drysdale And Co., with forthy-six illustrations, 500 p.
  • Faessler, Carl. Rapport géologique 33. Région du lac Simon. Comté de Papineau. Québec, Ministère des Mines, Service de la carte géologique, 1948. 33 p., avec carte 638 (1/63 360). 
  • Fossils and Geology of Lanark County, Ontario, 29 avril 2016, «A specimen of Eozoon Canadense at the Matheson House Museum in Perth, Ontario». http://fossilslanark.blogspot.ca/2016/04/a-specimen-of-eozoon-canadense-at.html
  • Hofmann, H.J., 2004. «Precambrian fossils in Quebec», in: G. Prichonnet and M.A.Bouchard (éd.), Actes du premier colloque du patrimoine géologique du Québec, Géologie Québec, MB 2004-05, p. 109-113.
  • Hofmann, H J, 1971. Precambrian fossils, pseudofossils and problematica in Canada, Commission géologique du Canada, Bulletin 189, 146 pages (5 feuilles), doi:10.4095/123948
  • Rothpletz, August, 1916, Über die systematische Deutung und die stratigraphische Stellung der ältesten Versteinerungen Europas und Nordamerikas mit besonderer Berücksichtigung der Cryptozoen und Oolithe. II. Über Cryptozoon, Eozoon, und Atikokania; Abhandl. Bayer. Akad. Wiss., Math-Physik. Kl., vol. 28, no 4, 92 p. http://www.zobodat.at/pdf/Abhandlungen-Akademie-Bayern_28_0001-0092.pdf
  • J. Stansfield, 1913. «Mineral Deposit of the Ottawa district, Excursion A10», in : Geological Survey, Guide book no.3, Excursions in the neighbourhood of Montreal and Ottawa : excursions A6, A7, A8, A10, A11, Ottawa : Government Printing Bureau, 1913, 162 p. (with maps). http://www.biodiversitylibrary.org/ia/guidebooksofexcu03inte#page/5/mode/1up
  • Trzcienski, W.E., Jr., Hofmann, H.J., and Poirier, G., 1997. Inquest of the metamorphic pseudofossil Eozoon canadense in marbles of the Grenville Supergroup, Quebec: pressure- temperature conditions for the so-called canals, Geological Association of Canada-Mineralogical Association of Canada, Joint Annual Meetings, Abstracts, 22, A-149

vendredi 24 avril 2015

Lave ? du chemin Avoca


Article remis en circulation le 25 sept. 2026 pour répondre à une demande. Je l'avais retiré parce qu'il me semblait que j'interprétais les choses au-delà de mes compétences. C'est toujours mon impression, et je le remets en circulation avec quelques modifications (les plus conséquentes sont surlignées en bleu). Si c'était à refaire, je changerais le titre du billet. À vous de faire la part des choses (et d'être indulgent) !

J'ai intégré à la suite de ce billet le contenu de celui du 25 avril sur le même sujet. J'ai aussi ajouté du nouveau matériel (26 avril et 24 mai). L'ensemble du texte a été revu et resserré le 11 février 2017. Pour les lecteurs pressés, ce résumé :

  • Marbre blanc recoupé par plusieurs dykes mélanocrates (sombres). Tous sont discordants dans le marbre :
  • Un dyke horizontal rompu (dyke H), fait d'une roche noire grenue massive ;
  • Deux dykes parallèles obliques d'un gabbro grenu (dykes G) ;
  • Deux dykes verticaux d'une roche aphanatique (à grain trop fin pour que les cristaux soient visibles) à phénocristaux (cristaux apparents) de feldspath (dykes Va et Vb).
  • Le fluage du marbre, qui a rompu le dyke H, n'a pas affecté les autres qui sont donc post-tectoniques (mais voir Révision 20260926).


Fig. 1. - Falaise de marbre blanc traversée par deux dykes sombres ; l'un, mince et vertical (dyke Va), l'autre, plus large et à l'horizontale (dyke H). (Le mince « dyke » vertical, à droite, est une coulisse laissée par l'eau.) Autoroute 50 (bretelle d'accès ouest par le chemin Avoca), entre Gatineau et Montréal, QC. Photo 12 avril 2015.
Note (20260927). - Un dyke plus pâle semble serpenter à gauche du dyke vertical. Même minéral rosâtre qu'à la Fig. 7 ? À vérifier sur place.

Résumé

Relations entre des dykes mélanocrates recoupant un marbre de Grenville âgé de plus d'un milliard d'années.

Localisation

Autoroute 50 et chemin Avoca, bretelle d'accès vers l'ouest.
31G/10
45.651050, -74.752419


Les affleurements de marbre du sud-ouest du Québec (marbre du Supergroupe de Grenville, plus d'un milliard d'années) apparaissent habituellement lardés de bancs de roches diverses et sont traversés d'intrusions magmatiques de toutes sortes. Les deux dykes mélanocrates (riches en minéraux sombres) dans la falaise de marbre blanc de la photo n'ont donc rien pour surprendre à première vue (Fig. 1-2 et 4). Ajoutons cependant que le marbre, roche ductile, a flué, ou s'est déformé de façon plastique sous les pressions tectoniques lors de sa formation. Nombre de ses inclusions, plus dures, mais aussi plus cassantes, se sont souvent retrouvées dispersées dans la masse malléable du marbre.

Ainsi, le plus large des deux dykes, disposé à l'horizontale (dyke H) au sommet de la falaise, a été rompu, comme l'indique la coupure à 90 degrés à son extrémité gauche, par le fluage (ou plutôt la cassure) du marbre.

Tout à côté, un mince dyke vertical traverse la falaise de haut en bas (dyke Va).

Or, il est difficile d'admettre que fluage (plutôt fracture ou rupture) de la masse rocheuse, capable de rompre le dyke H, le plus costaud, ait épargné le frêle Va, lequel serait demeuré tout droit, tout d'une pièce, indifférent au bouleversement de la masse du marbre.

On pourrait arguer qu'un bon intervalle de temps a séparé l'intrusion de chacun des dykes ; le dyke H, pour parler en termes idoines, serait pré-tectonique (et pré-fluage) ; le dyke Va, post-tectonique (post-fluage). (Étant donné l'aspect net de la « cassure » du dyke H, il faudrait peut-être envisager une faille dans le marbre plutôt qu'un phénomène de fluage et parler simplement de tectonique cassante.)

Les deux intrusions sont pourtant d'aspect similaire, du moins à première vue : noires, contacts francs et rectilignes avec le marbre.

Voyons de plus près.

Le dyke Va (Fig. 3) est formée d'une roche gris sombre à grain très fin, de l'ordre du dixième de mm (roche aphanatique), ce qui n'aide pas à en déterminer la minéralogie. Cependant, de fines aiguilles de feldspath clair (< 0,1 mm x < 30 mm) apparaissent dispersées dans la matrice sombre. On dit d'une roche présentant cet aspect qu'elle a une texture porphyrique. Les minces baguettes des phénocristaux soulignent l'évidence, à savoir que la roche n'a subie aucune contrainte tectonique après son refroidissement. Auquel cas, la déformation ou la recristallisation de sa matière aurait entraîné la destruction des baguettes. On peut aussi distinguer de très fins phénocristaux noirs que je n'ai pu identifier (< 30 mm), ainsi que des feldspaths chatoyants (tabulaires?).

(Le dyke Va a un grand frère situé une soixantaine de m plus à l'E (dyke Vb ; Fig. 6). Je ne l'ai découvert que lors de ma seconde visite du secteur. Il est constitué de la même roche aphanatique à phénocristaux de feldspath que le dyke Va).

On peut ramasser au pied de la falaise des morceaux du dyke H tombés au sol. Il s'agit encore d'une roche grenue, massive d'aspect, à grain de 1-2 mm. Elle est presque entièrement constituée d'un minéral noir luisant (pyroxène(?) en grains isométriques concaves ou convexes) et de rare calcite blanche provenant sans doute du marbre. La calcite explique que la roche réagisse si bien à l'HCl. Ajoutons qu'elle s'émiette facilement et qu'elle raye le verre.


Dykes de gabbro grenu

Une tranchée de route, immédiatement au nord de la falaise, m'a permis de découvrir deux dykes rectilignes parallèles qui recoupent obliquement le marbre (Fig. 7). Les bordures de ces dykes sont droites, à bords francs. Contrairement aux dykes Va et Vb, ils sont faits d'une roche grenue, composée de grains d'environ 1 mm de pyroxène(?) et d'un feldspath gris ; il s'agirait de gabbro (dykes G). Les échantillons que j'en ai ramenés sont d'aspect massif et réagissent faiblement à l'HCl (contamination par le marbre). La roche contient par endroits des agrégats de grenat orangé vif (Fig. 8). Notons que le gabbro est abondant dans le secteur et que sa présence dans la falaise n'étonne pas. (Un dyke sombre mal défini se trouve presque en face des dykes G dans la tranchée de route. Le temps m'a manqué pour bien l'examiner.)

Il y a donc trois types de dykes noirs. Replaçons-les dans l'histoire tectonique du marbre :
  • Un dyke horizontal fait d'une roche noire grenue massive (dyke H) ; rompu par le fluage (plutôt la cassure) du marbre ;
  • Deux dykes parallèles obliques d'un gabbro grenu (dykes G) ;
  • Deux dykes verticaux d'une roche à grain très fin (aphanatique) à phénocristaux (cristaux apparents) de feldspath (dykes Va et Vb).
Le dyke H, rectiligne, serait pré-tectonique : le fluage (la fracture) du marbre (épisode tectonique) l'a rompu et déplacé. Les autres dykes, intacts, sont donc post-tectoniques.

Révision et nouvelle conclusion (20260926). - Je crois plutôt maintenant que les dykes H et G sont de même origine ou à tout le moins contemporains malgré leur aspect dissemblable sur échantillons. Ils auraient la même histoire, les différences d'inclinaison étant peu significatives et ils seraient pré-tectoniques (pré-Va et Vb). L'un des dykes G ou, encore, la roche sombre non examinée, pourrait être la continuation du dyke H (?). Le fait que les dykes G et H soient demeurés rectilignes, paralèlles ou sub-parallèles, à angle droit avec le Va, impliquerait un déplacement « en bloc » de chaque côté de la faille où s'est introduit ce dernier plutôt que les phénomènes plus ou moins plastiques qui accompagnent le fluage d'une roche ductile comme le marbre. Le sens et l'ampleur du déplacement le long de la faille du Va sont inconnus et la partie manquante du H est soit détruite, soit hors de vue.

Ce que disent les cartes géologiques

Philpotts (1976) signale de minces dykes de lamprophyre qui recoupent un marbre et une pegmatite près du pluton de syénite de Chatham-Grenville, à l'est du dyke du chemin Avoca. Si le pluton a été daté de 530 millions d'années, l'âge de ces dykes est incertain, et rien n'indique un lien entre eux et le pluton. Le lamprophyre forme de minces dykes (60 cm x plusieurs centaines de m). Il s'agit d'une roche grise à patine brun grisâtre, à grain fin et porphyrique. Les phénocristaux de hornblende et de biotite sont sertis dans une matrice de plagioclase, de magnétite, de hornblende et de biotite. Quelques dykes contiennent de gros phénocristaux de plagioclase (felspath) altéré. (= dykes Va et Vb ?)

Dupuy (1989) mentionne que les dykes de diabase du faisceau de Grenville (590 millions d'années) de la région de Papineauville (à l'ouest du chemin Avoca), habituellement à grain moyen ou grossier, peuvent, quand ils sont minces (moins d'un m), être à granulométrie très fine et même aphanatique. Mais les dykes de diabase sont de direction est-ouest alors que le dyke Va est de direction ±NW.

Dans le Grenville du SW du Québec et l'E de l'Ontario, les suites plutoniques de Chevreuil (1,17-1,16 Ga) et de Kensington-Skootamatta (1,09-1,07 Ga) sont accompagnées de dykes de microdiorite et de lamprophyre (et de carbonatite pour la seconde suite). Les dykes de microdiorite de la suite de Chevreuil présentent des phénocristaux de plagioclase (Corriveau ; fig. 33a et suivantes). (= dykes Va et Vb ?)

On sait qu'il existe des laves à Gatineau, dans le secteur Buckingham* (kersantite de Wilson, trachyte-latite et kérantite de la suite de Robitaille, décrite par Hogarth qui l'a datée de 1060 milliard d'années). Selon Dupuy (1989), on trouve des petits corps de latite à l'ouest de Saint-André-Avellin, entre Gatineau et notre affleurement de la 50. Il s'agit d'une roche microgrenue porphyrique. Certaines laves de Buckingham ressemblent aussi, par leurs aiguilles de feldspath éparses, à la roche du chemin Avoca (Fig. 5).

* J'en ai vaguement parlé dans un vieux billet (11 février 2010, « Pas de « A » pour la 1508A »).


Conclusion

Les dykes Va-b seraient soit des lamprophyres (Philpotts, 1976 ; Corriveau, 2013), des latites (Wilson, 1920 ; Dupuy, 1989, Hogarth, 2003, Hogarth et Robin, 2007), soit des microdiorites (Corriveau, 2013). Qui tranchera la question ?

La gabbro, abondant dans la région, ne présente aucun mystère. Voilà le cas des dykes G résolus. Le dyke H, frère géométrique des dykes G, pourrait résulter de réactions métasomatiques d'une intrusion magmatique avec le marbre(??), ce qui expliquerait les minuscules cristaux de calcite qu'il contient (et sa plus grande sensibilité à l'HCL). La facilité avec laquelle le dyke H s'émiette proviendrait selon toute vraisemblance de la dissolution de la calcite qui cimentait les grains noirs. Si mon hypothèse est juste, les dykes G ont dû être entraînés par le même mouvement de fluage, pardon : cassure,  que le dyke H tout en demeurant parallèles ; s'il y a eu rupture dans leur cas aussi, elle n'est pas visible sur l'affleurement.

Mes talents en minéralogiste et en pétrologie ont atteint leurs limites.

Mais enfin, l'important est d'être capable de tirer des heures de plaisir rien qu'avec un bout de falaise...


Fig. 2. - Vue rapprochée des dykes Va et H. Photo 19 avril 2015.


Fig. 3. - Le dyke Va, large d'un peu moins d'un mètre. Le contact avec le marbre blanc est franc et rectiligne. Photo 19 avril 2015.


Fig. 4. - Ils ne se rejoignent pas, ne se recoupent pas non plus... Photo 19 avril 2015.   



Fig. 5. - Photo Lafleur et Hogarth (1981).
Mon matériel ne me permet par de fournir de vues détaillées de l'échantillon des dykes Va et Vb. Cette reproduction d'une microphotographie d'une lave (trachyandésite) de Gatineau, secteur Buckingham (Lafleur et Hogarth, 1981) donne un bonne idée de ce que je peux voir avec mon microscope 60x.
La légende originale de la photo se lit comme suit : « Euhedral and skeletal oligoclase laths in trachytic alignment in microporphyritic trachyandesite. » On pourrait en extraire l'information utile à notre propos sans trahir les auteurs en disant les choses ainsi : « Bâtonnets bien formés ou résiduels de feldspath dans une lave (trachyandésite) microporphyrique. » « Les épanchements des trachyandésites sont de type subaérien et proviennent d'orifices en échelon ou de fissures. » (Lafleur et Hogarth, 1981.) La trachyandésite de Lafleur et Hogarth (1981) correspond à la kersantite aphanatique de Wilson (1920). La roche a été datée du Cambro-Protérozoïque (540 millions d'années) par Lafleur et Hogarth avant d'être assignée par Hogarth (2003) à la suite volcanique et plutonique de Robitaille, datée de 1060 millions d'années.



Fig. 6. - Second dyke vertical (Vb) composé de la même roche aphanatique que le dyke Va. Ses bords sont francs et irréguliers mais nets ; une enclave oblique de marbre blanc, non déformée, est visible en bas. Photo 24 mai 2015.



Fig. 7. - Dykes parallèles de gabbro (dykes G) dans le marbre, au nord de la falaise. Photo 24 mai 2015. Le marbre, à droite, est chargé d'un minéral rosâtre translucide. De la vésuvianite ? Mais du diopside de cette couleur existe aussi dans la région. Ajout 26 oct. 2017. - Il s'agit bien de diopside. Voir cet article de Philippe Belley dans Mindat (Roadcut B).



Fig. 8. - En haut, à gauche, fragment grenu du dyke H ; à droite, fragment du dyke Vb ; en bas, fragment du dyke G, semé de grenats. La pièce d'un dollar canadien vaut 0,80 dollar américain ou 0,74 euro et mesure 26,5 mm de diamètre. (Ajout 28 mai 2015.)


Références

  • Louise Corriveau, Architecture de la ceinture métasédimentaire centrale au Québec, Province de Grenville : un exemple de l'analyse de terrains de métamorphisme élevé. Commission géologique du Canada, Bulletin no 586, 2013; 264 pages, doi:10.4095/226449
  • Dupuy H., Sharma K.N.M. et al., Carte de la région de Thurso-Papineauville. MÉRQ, MB 89 08, 1989, 1/20 000.
  • Hogarth, D.D., Rocks Of The Mason - Buckingham - Mayo Area, With Emphasis On Mesoproterozoic Igneous Types. Ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec, GM 63238, 27 pages, 1 carte (1/20 000), 2003. 31G11.
  • Donald D. Hogarth ; Michel J.L. Robin, « Strontium In Feldspars Of High-K Proterozoic Igneous Rocks Of The Robitaille Suite, Buckingham, Québec », The Canadian Mineralogist, oct. 2007, v. 45, no 5, p. 1293-1306.
  • Jean Lafleur, Donald D. Hogarth, « Cambro-Proterozoic volcanism near Buckingham, Quebec », Revue canadienne des sciences de la Terre, 1981, 18(12): 1817-1823, 10.1139/e81-169. Disponible gratuitement en ligne : http://www.nrcresearchpress.com/doi/abs/10.1139/e81-169#.VTtnAfDQTdo
  • A.R. Philpotts, Partie sud-est du canton de Grenville, ministère des Richesses naturelles, Québec, RG-156, 1976, 44 pages, avec une carte (1/12 000).
  • Wilson, M. E., Geology of Buckingham, Hull and Labelle Counties, Quebec, GSC, map 1691, 1920, 1/63 360.

lundi 1 octobre 2012

Saint-André-Avellin et Maryhill : vieilles pierres


Église de Saint-André-Avellin. Façade en pierre calcaire taillée, murs en «pierre du pays» (blocs erratiques du Bouclier canadien). Photo © Henri Lessard, janvier 2012.


Au début de l'année, j'ai publié un billet sur l'église de Saint-André-Avellin, dans l'Outaouais, m'attardant à décrire les pierres qui avaient servi à l'édification de ses murs et à me questionner sur leur origine.

Or, voici que je découvre les indices de préoccupations semblables aux miennes dans un document intitulé Glacial Features of Maryhill, document que nous devons à la plume (et à l'appareil photo) de Peter Russell (PDF d'environ 8 Mb, téléchargement un peu lent.)

Ce document traite, entre autres, des pierres qui ont servi à la construction de l'église catholique St. Boniface de Maryhill, village situé à un peu plus de 10 km à l'ouest de Guelph, à l'ouest du lac Ontario. (Certaines sources parlent plutôt d'une cathédrale.)

L'auteur décrit une situation qui ne nous appataît pas totalement exotique par rapport à la nôtre. La même glaciation a affecté nos régions respectives, les glaces laissant derrière elles les même débris (till, blocs erratiques, etc.) arrachés au même secteur du Bouclier canadien (soit la province de Grenville).


Mur de l'église de Maryhill, à l'ouest de Guelph (Ontario) : blocs erratiques (gneiss, granite ou syénite, diabase). Source : Glacial Features of Maryhill, Peter Russell (capture d'écran ; lien donné plus haut).


Mur de l'église de Saint-André-Avelin, en Outaouais (Québec) : blocs erratiques (gneiss granitiques et mafiques). Photo © Henri Lessard, janvier 2012.


Les deux églises (Saint-André-Avellin et Maryhill) semblent avoir été construites selon une philosophie similaire : murs constitué d'un appareil de blocs erratiques disponibles un peu partout (les fieldstones de M. Russell) et parement de la façade en pierres de taille provenant d'une carrière : calcaire ou dolomie de l'Ordovicien (488-444 Ma) dans le cas de Saint-Andrée-Avellin, dolomie du Silurien (444-416 Ma) dans le cas de Maryhill.

L'église de Maryhill date de 1877, celle de Saint-André-Avellin, de 1886. C'est à se demander si on ne s'échangeaient plans et contremaîtres entre paroisses catholiques à cette époque.

M. Russel, à propos de la façade de l'église de Maryhill ne s'avance pas trop quant à la carrière qui aurait fourni les pierres de taille :

«The front of the church is composed of rectangular blocks of stone. Some of these rocks appear to be calcium magnesium carbonate (dolostone), which probably comes from the local bedrock.»
Je serai le dernier à lui jeter la... pierre pour ce flou dans son exposé, ne me souvenant pas avoir été plus précis moi-même au sujet de l'église de Saint-André-Avellin dans mon billet (lien plus haut), y suggérant Grenville, Hull ou Montréal comme lieux possibles d'origine des pierres calcaires de la façade...

Le texte de M. Russell décrit bien les fieldstones utilisées dans la construction de l'église de Maryhill : pegmatite, syénite, gneiss variés, rien de bien exotique qu'on ne trouverait pas à Saint-André-Avellin, se sont les mêmes raclures (pardonnez mon irrespect) du Bouclier canadien auxquelles nous avons affaire.

La principale différence entre les deux villages est que Saint-Andrée-Avellin est située sur le Bouclier canadien, tout près de la plate-forme du Saint-Laurent tandis que Maryhill, à l'inverse, est à l'intérieur de la plate-forme du Saint-Laurent, à un peu moins de 150 km au sud du Bouclier canadien.

Les vieilles pierres n'en finissent pas de faire parler d'elles...


Une église vue du ciel : St. Boniface de Maryhill, Ontario. Le regard céleste est un peu oblique... Photo © Google.


samedi 28 janvier 2012

Saint-André-Avellin : église géologiquement correcte (ajouts)


Note. – J'ai appris après la mise en ligne de ce billet que le style architectural de l'église de Saint-André-Avellin que je présentais comme unique – façade en pierre de taille et murs latéraux en pierre du pays – était commun à l'époque de sa construction (cf. le billet du 1er octobre 2012). Ce qui ne change rien au questionnement fondamental du billet : d'où proviennent les pierres de la façade ?


Église de Saint-André-Avellin (Québec).
Façade en pierre calcaire taillée.

(Janvier 2012)


LOCALISATION
Saint-André-Avellin, route 321, sur les rives de la Petite-Nation, entre Gatineau et Montréal, à 15 km au nord de la rivière des Outaouais ; 3500 habitants.
Site Internet de la municipalité :
http://www.ville.st-andre-avellin.qc.ca/
Musée des pionniers de Saint-André-Avellin :
http://www.museedespionniers.qc.ca/Bienvenue.html


UBIQUISTE CALCAIRE
De face...
Le voyageur non averti qui arrive à Saint-André-Avellin en venant du sud via la route 321 remarque (ou ne remarque pas, c'est selon) que l'église du village, inaugurée en 1886, montre une façade en calcaire gris, le même calcaire qui a servi à la construction de tant de bâtiments en Outaouais, mais aussi dans l'Est ontarien, à Montréal, etc.

Ce calcaire ordovicien quelque peu ubiquiste a été utilisé abondamment, depuis la construction du canal Rideau jusqu'à la pierre concassée qui tapisse votre entrée de garage en passant par les murs des bâtiments publics et privés des XIXe et XXe siècles. Pour ériger l'Outaouais, il a fallu d'abord le gruger et le trouer de carrières.

Le voyageur soupèse les options qui se présentaient à l'époque. Qu'en était-il du prix du transport des pierres depuis la carrière d’où elles étaient extraites ? Perplexe, notre voyageur se demande pourquoi on n'a pas préféré, pour l'église de ce village situé en plein Bouclier canadien, se tourner vers les ressources locales : blocs de granite et de gneiss, par exemple. Les glaciers en ont laissé des millions et des milliards dans la couche de débris laissée sur place après leur départ (till glaciaire*). Il suffit (presque) de se pencher pour les ramasser. Les études de faisabilité de l'époque ont dû conclure qu'il coûtait moins cher de faire venir de Hull (ou de Montréal, ou d’Ottawa, ou…) des pierres déjà taillées que de dégrossir les durs blocs de granite locaux. Quant à entreprendre d’ouvrir une carrière à flanc de colline...

* Le lien conduit à un article de la version anglaise de Wikipedia.


Détail de la pierre calcaire de l'église.
Comparer avec cet autre calcaire.


... et de profil
Notre voyageur aurait avantage à apprendre qu'il vaut parfois mieux aborder les choses de biais plutôt que de front. Un regard jeté sur les côtés de l'édifice révèle une tout autre réalité. L'église est bien construite en pierres locales (gneiss, granite, etc.), jointes par du mortier. Le revêtement calcaire se révèle n'être qu'un placage sur la façade, un embellissement. Le calcaire, c'est le crèmage sur la gâteau. Les murs, la structure, le bâtiment lui-même, sont d'une autre matière.


Flanc est de l'église de Saint-André-Avellin ;
mur en pierre taillée : granite, gneiss, etc.
(Janv. 2012)


Peut-être que l'aspect bariolé des roches du Bouclier canadien paraissait peu compatible avec la destination d’un bâtiment religieux ? Ou que les possibilités architecturales du calcaire, plus uniforme, plus façonnable, lui ont valu d'être préféré pour la façade de l'église. Décision logique, pleine de bon sens.


Mur est de l'église. Pierre de taille 
(gneiss, granite, etc.)

Détail : gneiss granitiques et autres.


La consultation du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin nous apprend qu’une certaine fébrilité a présidé à la construction de l’église :
«Construite en pierres taillées du pays, à la limite d'un plateau qui surplombe la rivière de la Petite-Nation, [l'église] fut inaugurée pour la messe de minuit 1886. Avec son transept d'inspiration romane, ce magnifique bâtiment remplace l'église précédente bâtie en 1876 et incendiée en 1886[.] Témoin du courage et de la foi de nos ancêtres, elle atteste aussi du travail des artisans et de la générosité des paroissiens.» (Tiré du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin.)
Ceci expliquant peut-être le compromis qui a consister à réserver le calcaire pour la façade du bâtiment ?... Notons que la très jolie maison, immédiatement à l'est de l'église, l'ancien presbytère, achevée presque dix ans après l'église, est aussi en pierre calcaire taillée (actuelle maison Francine-Rochon) :
«[La maison Francine Rochon.] Cet imposant bâtiment en pierres bosselées servait autrefois de presbytère. Construit en 1895, après l'incendie du premier presbytère en 1882, [il] faisait l'orgueil des habitants de la paroisse. En 1991, la Fabrique vendit le presbytère qui est offert aujourd'hui en location.» (Tiré du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin.)


Maison Francine-Rochon (1895). Ancien presbytère, 
à l'est de l'église de Saint-André-Avellin (janv. 2012).  
Le bâtiment est en pierre taillée (calcaire).


CARRIÈRES
D'où provient ce calcaire ? Saint-André-Avellin est situé, je l'ai déjà dit, en plein Bouclier canadien. Le calcaire affleure au sud, à Hull (aujourd'hui Gatineau), à Ottawa, dans l'est de l'Ontario ainsi qu'à Montréal, dans ce qu'on appelle la plate-forme du Saint-Laurent.

Des ouvrages (voir «Références», à la fin de ce billet), datant de 1913 et 1914, les plus proches chronologiquement de l'époque de la construction de l'église que j'ai pu trouver, indiquent la présence de carrières de calcaire à Hull, Ottawa et Montréal de même que dans l'est de l'Ontario, au sud de la rivière des Outaouais.


«Map of the Province of Quebec Showing the Chief Quarries», détail annoté. 
Tiré de Parks (1914).
Légende (traduction)
Calcaire ; Marbre ; Serpentine ; Granite ; Granite noir ; Grès ; Ardoise
Hull = aujourd'hui Gatineau.


La carrière de calcaire la plus près de Saint-André-Avellin se trouve à l'est de Grenville (astérisque surmonté d'un G). Le rapport d'où est tiré cette carte souligne la mauvaise qualité des pierres extraites de cette carrière abandonnée (en 1914, année de publication du rapport). Il est plus raisonnable de penser que le calcaire qui a servi à la façade de l'église de Saint-André-Avellin provenait de Hull même si on ne peut exclure une origine montréalaise. Le territoire de Montréal apparaît ici comme un gruyère troué par les nombreuses carrières de calcaire qui le parsèment. Ancêtres des nids-de-poule ?
Note. – Si vous examinez la carte attentivement, vous verrez, à droite de l'astérisque que j'ai ajouté, l'inscription «St. André Avelin». J'ai retrouvé cette graphie («Avellin» avec un l unique) sur d'autres anciennes cartes.



L'un de ces ouvrages (Parks, 1914) mentionne bien une carrière abandonnée près de Grenville, plus de 35 km au sud-est de Saint-André-Avellin. La pierre qui y était extraite n'était cependant pas de première qualité.

La pierre calcaire de l'église de Saint-André-Avellin me semble impeccable, ce qui semble exclure qu'il provienne de la carrière de Grenville. Le site de la municipalité précise bien que l'église a été «construite en pierres taillées du pays» (passage cité plus haut). J'ignore si on entend par là uniquement la pierre qui a servi aux murs ou si l'on inclus dans ces «pierres du pays» celle qui a servi au parement de la façade. Et à partir de quelle distance les pierres cessent d'être «du pays» ?


Zones et carrières des formations de Black River et de Trenton (calcaire), en Ontario, détail annoté.
Tiré de Parks (1913).
Cette carte de l'Ontario permet de compléter celle du Québec. Plusieurs carrières ontariennes étaient plus près de Saint-Andrée-Avellin que celle de Hull ou Montréal, au Québec. L'obstacle de la rivière des Outaouais était-il plus rédhibitoire que celui de la distance auquel le chemin de fer offrait une solution commode ? (Le réseau des voies ferrées figure sur la carte ci-haut.)


Quoi qu'il en soit, les sources de calcaire les plus proches (si on néglige la carrière de Grenville) se trouvaient à Hull ou en Ontario, de l'autre côté de la rivière des Outaouais (voir les cartes). Accordons cependant créance aux  rédacteurs du site Internet de la municipalité de Saint-André-Avellin et concluons provisoirement, en attendant plus ample informé, que le calcaire ne provient pas de très loin du village, peut-être même de Grenville, malgré les remontrances de Parks (1914) à ce sujet.

En fait, le calcaire pourrait tout aussi bien venir de Montréal, guère plus éloignée de Saint-André-Avellin que Hull. Mais ne me demandez pas de décider d'un calcaire ordovicien de la plate forme du Saint-Laurent s'il provient de Hull, Ottawa, Grenville ou Montréal, et je ne crois pas que la chose soit possible par simple examen visuel.

Je vais essayer d'en savoir plus long sur cette église et les pierres qui l'ont bâtie. Je vous tiendrai au courant.

GÉOLOGIQUEMENT CORRECT
L'église de Saint-André-Avellin a inauguré un concept nouveau, l'architecture géologiquement correcte. (Ça vaut bien d'être mis en gras.) À ce que je sache, c'en est toujours le seul exemple en Outaouais. L'assise du continent nord-américain est constituée par le Bouclier canadien (granite et gneiss). Là où il semble disparaître du paysage, il n'est en réalité que recouvert par un placage de roches sédimentaires. Dans notre région, ce sont le calcaire, le grès et les schistes de la plate-forme du Saint-Laurent, datant pour la plupart de l'Ordovicien (488-444 Ma)*.

* (Passages rayés : voir mon billet du 1er octobre 2012 à propos de l'église de Maryhill, en Ontario, construite en 1877, ainsi que la note, en début du présent billet.)

Ces roches sédimentaires ne sont que le crèmage sur le gâteau autrement plus volumineux du Bouclier canadien. Tout comme pour l'église de Saint-André-Avellin, la structure portante est assurée par le granite et les gneiss tandis que le calcaire ne constitue qu'une pellicule décorative.

Au parc du lac-Beauchamp, à Gatineau, on peut observer le contact entre le Bouclier canadien (1 milliard d'années) avec les roches de la plate-forme du Saint-Laurent (du grès, dans ce cas, datant d'environ 500 millions d'années). (Voir ce billet, dans ce blogue, et celui-ci.)


Pour ce muret en bordure du trottoir, on n'a pas hésité
à utiliser les blocs de gneiss du till glaciaire local.
Saint-André-Avellin (janv. 2012).

RÉFÉRENCES
Parks, W A, 1914. Report on the building and ornamental stones of Canada, vol. III, Province of Quebec. Canada Mines Branch, Report no. 279, 386 pages, doi:10.4095/288108
Parks, W A, 1913. Rapport sur les pierres de construction et d'ornement du Canada, vol. I. Canada Mines Branch, Report 100a, 541 pages, doi:10.4095/285521

Note
On écrit granite, du point de vue géologique ou pétrographique, pour désigner un type de roche magmatique de teinte claire (riche en quartz et feldspath) ; le terme granit est habituellement réservé aux pierre de taille d'un certain grain et d'une dureté certaine. Dans un sens strictement géologique, la plupart des granits ne sont pas des granites, mais tout autre chose. (La plupart des marbres ne sont pas plus des marbres, toute pierre tendre facilement taillable pouvant être qualifiée de marbre en architecture...)


AJOUT (8 mars 2012)
Carte modifiée de : Jacob, H.-L., Ledoux, R., 2003 – Les pierres à bâtir dans les constructions anciennes au Québec. Ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des parcs, GT 2003-01, 18 p. Elle donne une bonne idée de l'étendue des affleurements de calcaire et de dolomie* ordoviciens en Outaouais (bleu foncé) de même que du grès cambro-ordovicien. Astérisque noir au NW de Montebello : Saint-André-Avellin. Les deux carrières de granit(e) à l'ouest de Lachute seront l'objet d'un prochain billet.
* Dolomie : calcaire magnésien.


AJOUT (10 mars 2012)
J'ai été consulter aujourd'hui quelques ouvrages à la bibliothèque de Gatineau. La récolte de renseignements est mince. Le plus disert de ces documents, publié à l'occasion du centenaire de la paroisse Saint-André-Avellin, nous apprend que la «façade de l'église est en pierres taillées provenant de la région», ce qui nous laisse au point où nous en étions. Les murs de côté, «d'une épaisseur de trois pieds sont de pierres plates de la base à la toiture». 

D'où viennent ces pierres, taillées ou plates, mystère.

Je me suis tourné vers les pages où figuraient les plans de l'église, redessinés en 1987, les originaux étant introuvables. On y indique que la façade est en «pierre grise taillée» tandis que les flancs, eux, sont en... «pierre grise taillée». Eux aussi.

Cette confusion est d'autant plus étonnante que ces plans, bien levés, illustrent la différence de patron entre la façade aux pierres taillées et les flancs de l'église, d'un appareil moins régulier.

Bref, je devrai peut-être m'adresser à saint Judes, patron des causes désespérées.

Source : Société historique de Saint-André-Avellin, Église centenaire, paroisse Saint-André-Avellin, 1851-1987 : album souvenir, 74 p. + plans et pages non paginées (cote 971.422 S678e RES.(H), bibl. de Gatineau, Maison du Citoyen)


AJOUT (7 octobre 2012)
Voir mon billet du 1er octobre 2012 à propos de l'église de Maryhill, en Ontario, construite en 1877.