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dimanche 25 octobre 2015

Erratique mis en valeur



Bloc erratique d'environ 3 m de large, rue Appleford, Ottawa. 
Photo 24 oct. 2015.


D'où me vient cette impression que les blocs erratiques sont plus nombreux et plus volumineux à Ottawa qu'à Gatineau ?

Pourtant, Gatineau chevauche la bordure sud du Bouclier Canadien d'où proviennent ces blocs de pierres cristallines. Les glaciers, qui ont progressé du nord vers le sud, ont dû abandonner plus de blocs, et donc plus de gros blocs, sur le territoire de Gatineau, au nord de celui d'Ottawa.

Ou bien mon échantillonnage est biaisé, ou bien les blocs erratiques sont mieux mis en valeur à Ottawa.

Les roches errantes font aussi partie du patrimoine géologique.



Bel exemple d'agmatite. Le granite (blanc + rouille) a découpé la roche hôte. Celle-ci, un gneiss (gris), est réduite en xénolites dérivant dans le granite. Le bloc provient du Bouclier canadien (un milliard d'années) qui affleure à moins de 6 km au nord ; il repose sur le calcaire de la plate-forme du Saint-Laurent (460 millions d'années) avec les autres dépôts (till) apportés par les glaciers il y a plus de 12 000 ans (abstraction faite des perturbations du milieu par l'urbanisme).



Vue rapprochée. On pourrait rapprocher et recoller des fragments de gneiss gris.



Détail de la photo précédente. Il y en réalité deux gneiss : outre le granite blanc, on distingue un gneiss au grain bien apparent, d'aspect moucheté (en bas à droite) et un plus sombre, au grain fin, d'aspect poivre et sel.

mercredi 19 novembre 2014

Les chemins des erratiques (Ajouts)



Fig. 1. Blocs erratiques dans le parc Fontaine, Île-de-Hull, Gatineau (Québec) : point 2 sur la carte de la fig. 2. À l'avant-plan, un bloc du grès de Nepean – roche qui n'affleure pas au nord du Hull. Photo 15 nov. 2014.


Billet accidentellement mis en ligne avant d'être achevé. Je me suis contenté des retouches nécessaires à un minimum de cohérence. Voir la suite, billet du 10 janvier 2015.


Résumé

Blocs erratiques de grès dont le lieu de provenance repose sous un manteau d'argile marine (mer de Champlain)
Localisation
Île-de-Hull, à Gatineau (Québec)
45.430628, -75.715745
Billets connexes
8 nov. 2014, «Question aux pierres qui roulent»
15 juin 2014, «Erratique à rebours ?»
15 mars 2014, «Grès, gel et dégel»
Ajouts
16 févr. 2015, «Lambeaux de grès de Nepean à Gatineau»
10 janv. 2015, «Décompte des blocs de grès dans l'Île-de-Hull»


Pourquoi s'émouvoir de la présence de blocs erratiques provenant du grès de Nepean dans l'Île-de-Hull (Gatineau, secteur Hull) ? Parce que les affleurements les plus près de cette roche se trouvent à l'est (Gatineau, secteur Gatineau (lac Beauchamp*, parc de l'Oasis**) et au sud-ouest, à Nepean et Kanata (Ottawa), et que les glaciers, qui sont descendus du nord et du nord-ouest, ont été dans l'impossibilité de les transporter depuis ces endroits jusque dans l'Île-de-Hull.

* Lac Beauchamp
23 janv. 2011, «Lac Beauchamp : un milliard d'années...»
** Parc de l'Oasis
5 oct. 2013, «Grès de Nepean à Gatineau : safari-photo»
14 sept. 2013, «Grès de Nepean à Gatineau»

Le mot «affleurement» a été utilisé, et c'est à dessein. Le grès existe aussi au nord de Hull (fig. 2). Les glaciers ont donc pu en arracher des fragments qu'ils auraient abandonnés ensuite plus au sud (il doit en exister aussi de l'autre côté de la rivière, à Ottawa). Cependant, un épais tapis d'argile, souvenir de la mer de Champlain, occulte le banc de grès au nord de Hull. Le grès existe, mais il n'affleure pas. D'où l'absence du grès dans le paysage hullois. D'où, également, la surprise de celui qui, voyant ces blocs dans l'Île-de-Hull, habitué qu'il est à ne pas associer le grès au secteur qu'il habite, reste un instant interloqué devant l'énigme que pose leur présence dans son quartier.

Pourtant, il n'y a pas lieu de se creuser outre mesure les méninges. Les glaciers sont venus, ont arrachés et entraînés au sud des blocs du grès de Nepean, la mer de Champlain est venue ensuite recouvrir de son épais manteau d'argile les affleurements sources pour que, quelques 10 000 ans plus tard, un billet de ce blogue leur soit consacré.

Les cartes ne signalent à ma connaissance qu'un seul affleurement de grès de Nepean au nord de Hull, dans le lit d'un ruisseau qui a érodé la couche d'argile jusqu'au socle rocheux. J'en parle dans le billet du 15 juin 2014 (lien plus haut). La carte de Sandford et Arnott (2010) que j'ai utilisée ici (fig. 2) montre au nord de Gatineau (incluant Hull) deux bandes exagérément continues et régulières de grès de Nepean. Les «?» que j'ai ajoutés à la carte visent des endroits où, selon les travaux récents ou anciens, aucun grès de Nepean n'affleure – à la place, on trouve de l'argile ou des roches métamorphiques et plutoniques du Bouclier canadien. Sandford et Arnott me semblent avoir amplifié et schématisé l'importance du grès de Nepean.

Mais bref, tout est normal. Le grès de Nepean existe au nord de Hull – non pas affleurant, mais caché sous un manteau de glaise ou éparpillé en blocs et galets erratiques à travers la ville.



Fig. 2. Détail modifié de la carte de Sandford et Arnott, 2010.
Légende très simplifiée
Précambrien ; province de Grenville du Bouclier canadien, plus d'un milliard d'années
  • Blanc : roches métamorphiques et plutoniques. 
Plate-forme du Saint-Laurent ; Cambro-ordovicien et Ordovicien, ca 515-445 millions d'années
  • Jaune : grès de Nepean. Orangé, teintes de bleu et de gris: calcaire, dolomie, grès et shales.
Lignes noires : failles.
Annotations (H. Lessard, 15 nov. 2014)
Flèches noires : exemples de trajectoires possibles des glaciers (NW-SE ou N-S). Lignes tiretées bleues et Q : Quaternaire, épais dépôts d'argile de la mer de Champlain masquant le socle rocheux. G : rivière Gatineau. O : rivière des Outaouais. 1. Affleurement de gneiss signalé par Hogarth (1970) ; 2. bloc erratique de grès (billet du 15 juin 2014*) ; 3. Source possible du bloc du point 4 (Île-de-Hull) en supposant un mouvement des glaces plein sud ; 4. Blocs erratiques de grès de l'Île-de-Hull (fig. 1 et 3, billets des 15 mars et 8 nov. 2014*) ; 5. Parc de l'Oasis (billet du 14 sept.*) ; 6. Lac Beauchamp (billet du 23 janv. 2011*). ? : endroits où ne se trouve pas de grès de Nepean, contrairement à ce que montre la carte (voir texte).
Remarques. – Plusieurs blocs de grès sont visibles dans l'Île-de-Hull (autres billets*) ; par commodité, ils sont tous représentés par le point 4 sur la carte, l'échelle rendant inutile un surcroît de précision.
Les flèches qui partent des points 1 et 3 ne dessinent que quelques trajets possibles parmi tous ceux qui, venant du nord ou du N-W, ont pu aboutir aux points 2 et 4. Les erratiques de l'Île-de-Hull et du parc de la Gatineau ont pu provenir d'autres sites que ceux-là.
Strictement parlant, la direction N-S (flèche entre les points 3 et 4) n'a été enregistrée que dans la partie est du secteur représenté ici. J'extrapole peut-être un peu en supposant ce mouvement possible à partir du point 3. Les erratiques du point 4 proviendraient plus probablement des alentours du point 1 (mouvement vers NW-SE).
* Liens plus haut, au début du billet.


Références

  • Hogarth, D.D., 1970, Geology of the southern part of Gatineau Park, National Capital Region, GSC, Paper 70-20, 8 p., map 7-1970.
  • Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State, Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes)


Ajout (22 nov. 2014)

Il y a un second bloc de grès dans le groupe de blocs du parc Fontaine. Je ne l'avais pas remarqué lors de mon premier passage. Tous ces blocs ont sans doute été déplacés lors de l'aménagement du parc. Il ne faut pas supposer qu'ils sont exactement à l'endroit où les glaciers les ont déposé.
Le till glaciaire de la moitié nord de l'Île-de-Hull ne contient, en fait de galets et blocs, que du calcaire, à l'exclusion, semble-t-il, de tout autre type de roche. Cette affirmation ne prétend à aucune rigueur scientifique, d'autant plus que mon intérêt pour la question est tout nouveau. Le grès est rarissime, les gneiss et granites semblent surtout des roches décoratives qu'on ne s'est pas donné la peine d'éliminer des pelouses ou des parcs. Il faudrait des observations systématiques pour commencer à être affirmatif.

Ajout (13 janv. 2015)

Dans bien des cas de figure, le retour aux sources est une solution. J'ai donc pensé, un peu tardivement, à consulter des textes anciens sur les dépôts glaciaires de l'Île-de-Hull. Je n'y ai récolté que des indices par défaut, par absence de mention sur ce qui m'intéressais (le grès), ce qui est quand même un résultat.

Wilson (1898) décrit des moraines qui traversaient l'Île-de-Hull de l'ouest vers l'est à partir du ruisseau de la Brasserie, à peu près à la hauteur de l'actuel boul. des Allumettières. (J'en ai parlé dans un billet daté du 23 juillet 2013.) On y trouvaient des blocs tabulaires de calcaire ainsi que des «Laurentian Boulders» provenant du Bouclier canadien : granite et gneiss. Du grès de Nepean, aucune mention.

Johnston (1917) note que les sédiments glaciaires sont un reflet du socle sous-jacent et qu'à 5 milles (8 km) au du Bouclier canadien, les blocs de granite et de gneiss se raréfient. Aucun mot sur des blocs de grès dans l'Île-de-Hull – aucun mot sur leur absence non plus !

Tout ça mis ensemble aide à comprendre pourquoi on ne voit pratiquement, dans l'Île-de-Hull (bâtie sur un socle calcaire, rappelons-le) que des blocs de calcaire, quelques blocs de granite ou de gneiss et de rares blocs de grès. Le centre de l'Île est à 7 km au sud du Bouclier canadien et à une distance de 6 km de la ceinture de grès de Nepean. Rapprochons ces chiffres de celui fourni par Johnston (8 km) ; la relative rareté ou l'absence de blocs provenant du Bouclier ou de la bande de grès dans l'Île s'explique. Pensons aussi que le Bouclier est très vaste et qu'il a pu, les glaciers aidant, déverser dans l'Île beaucoup plus de blocs que la mince bande de grès que je soupçonne Sandford et Arnott (2010) d'avoir exagérée.
 

Références
W.A. Johnston, Pleistocene and Recent Deposits in the Vicinity of Ottawa, With a Description of the Soils. Commission géologique du Canada, Mémoires 101, 69 pages, 1917, avec carte 1662 (1/63 360).
Wilson W.J., «Notes on the Pleistocene Geology of a Few Places in the Ottawa Valley», The Ottawa Naturalist, vol. XI, March 1898, no. 12, p. 209-220.



Fig. 3. Gros plan sur le bloc de grès de la fig. 1. En plein novembre, la couleur chaude du sable... On dirait qu'on s'en est découpé un morceau, à droite. Photo 15 nov. 2014.

dimanche 19 octobre 2014

Nouveau retour à l'erratique de Chelsea


Bloc erratique de la piste 1 du parc de la Gatineau, à Chelsea (Québec), 19 oct. 2014. Hauteur apparente : env. 3 m ; circonférence : env. 20 m.


Le document appuyé sur le sac à dos, à gauche, format papier lettre, donne l'échelle ; 6 août 2011.


Le même, tel qu'il était le 22 mai 2000.


Le bloc erratique du parc de la Gatineau, à Chelsea (Québec), continue de monter la garde près de la piste 1, à quelques dizaines de mètres de la promenade.

Il a peu changé au cours des dernières années. Cet erratique semble avoir oublié la signification de son épithète. Il ne bouge plus, ce qui permet au moins de savoir où le retrouver.

Plus de détails dans ces anciens billets.

dimanche 15 juin 2014

Erratique à rebours ?



Fig. 1. Bloc erratique (grès de Nepean, env. 500 millions d'années) reposant sur le Bouclier canadien (un milliard d'années) dans le parc de la Gatineau (Québec). La configuration inverse est plus fréquente : lors de la dernière glaciation, les glaces, en mouvement du nord vers le sud (localement et grosso modo), ont déversé les débris du Bouclier sur les roches sédimentaires (grès, calcaire, etc.) de la plate-forme du Saint-Laurent à laquelle appartient le bloc. Circonférence estimée du morceau de roc : 7 m. La fracture qui coupe le grès en deux s'est produite, est-ce nécessaire de le préciser, après son immobilisation. Photo 17 mai 2014.


Localisation
Parc de la Gatineau (Québec), près de la 148.
Cordonnées du point A de la fig. 2
45.485006, -75.797954
Cordonnées du point B de la fig. 2
45.447266, -75.767569
Autres billets du blogue reliés au sujet
23 janv. 2011, «Lac Beauchamp : un milliard d'années inscrites dans la roche»
7 août 2011, sur le bloc erratique de Chelsea
5 oct. 2013, «Grès de Nepean à Gatineau : safari-photo»
27 nov. 2010, «Ne jetez pas la pierre au géologue»


La fig. 1 montre un bloc erratique (grès de Nepean, Cambro-ordovicien, env. 500 millions d'années) qui repose sur le Bouclier canadien (province de Grenville, plus d'un milliard d'années). Le mouvement des glaces, lors de la dernière glaciation, du nord vers le sud (grosso modo et localement), nous a habitué à la configuration inverse : on s'attend à voir des débris du Bouclier sur les roches sédimentaires (grès, calcaire, etc.) de la plate-forme du Saint-Laurent qui affleurent sur sa marge sud (cf. billet du 23 janv. 2011 sur le lac Beauchamp, lien plus haut).

On peut se demander si le bloc n'as roulé à rebours, vers le nord.

Pas nécessairement. Hogarth (1970) signale en effets des affleurements isolés de grès – lambeaux épargnés par l'érosion – dans les collines de la Gatineau, à Chelsea*, à 5 km au NW du bloc (fig. 2). Peut-être que le bloc provient de cet affleurement et qu'il a été entraîné par les glaces jusqu'à son emplacement actuel, à l'extrémité sud du Bouclier. Il pourrait aussi provenir d'un affleurement de grès non cartographié, masqué sous des dépôts meubles.

* Il y en a aussi à Cantley, plus à l'est.

Ou bien, tout simplement, l'affleurement d'origine du bloc a été détruit par les glaciations et nous en voyons là un ultime débris. Celui que signale Hogarth (1970) accueille le lit d'un ruisseau qui serpente à travers une épaisse couche d'argile de la mer de Champlain. On peut supposer que la couche de grès s'étend au-delà de la petite surface visible à travers la glaise.

Tout est normal, donc. Le bloc à bien suivi le trajet normal, du nord vers le sud. Le mouvement des glaces dans le secteur s'est d'ailleurs fait comme le bloc, du NW vers le SE.

Un bloc plus petit se trouve à l'entrée d'un chemin, un peu au sud (fig. 5).




Fig. 2. Partie de Gatineau et du parc de la Gatineau (bande verte), au Québec. Déplacement possible du bloc erratique depuis un affleurement isolé de grès sur le Bouclier canadien (A) jusqu'à l'endroit où il se trouve actuellement (B), toujours sur le Bouclier, 5 km plus au SE. La frontière Bouclier/plate-forme du Saint-Laurent passe un peu au sud du point B. Des lambeaux de la plate-forme affleurent cependant au nord de cette frontière. Cliquez sur la carte pour l'afficher à sa pleine grandeur.
Modifié de © Google, 2014.



Fig. 3. Malgré ses 7 m de circonférence, le bloc est bien camouflé dans le bois. La proximité du chemin fait qu'on ne peut pas exclure qu'il ait été dérangé de sa position originelle. Photo 17 mai 2014.



Fig. 4. Quartzite granitisé du Bouclier canadien : affleurement
typique du secteur, plus représentatif des roches locales que le bloc de grès.
Photo 17 mai 2014.



Fig. 5. Petit bloc de grès de Nepean, au sud du premier. Photo 17 mai 2014.


Référence

  • Hogarth, D.D., 1970, Geology of the southern part of Gatineau Park, National Capital Region, GSC, Paper 70-20, 8 p., map 7-1970.

samedi 19 octobre 2013

Retour à l'erratique


Flora Urbana, délaissant ses plates-bandes habituelles, s'intéresse aux roches ayant comme pris racine dans le paysage. Du genre : «J'y étais, j'y suis, j'y reste.» Lien.

Nous aussi, nous avons à demeure des blocs têtus que le vent n'emporte pas deçà, delà, pareils à la feuille morte.



Bloc erratique du parc de la Gatineau, au sud de Chelsea (Québec).
Haut : 20 mai 2000 ; bas : 6 août 2011. Les sacs à dos, en bas à gauche, donnent l'échelle. 

Voir ces anciens billets.


samedi 5 octobre 2013

Grès de Nepean à Gatineau : safari-photo



01. Nous voilà prévenus !...


Résumé. – On parle ici d'un escarpement, parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpîtal, à Gatineau (Québec), dans le grès de Nepean (Paléozoïque, 500 millions d'années), de blocs erratiques déposés à la fin de la dernière glaciation (12 000 ans), de la mer de Champlain (12 000 - 10 000 ans) et du proto-Outaouais (10 000 - 5000 ans). Ce billet est une suite (liens plus bas). 
Voilà, c'est tout. Plus long, ça ne serait plus un résumé, mais un exposé.

Sauf indication contraire : toutes les photos, 28 sept. 2013.


Habituellement, je fais en sorte que chacun des billets du blogue soit indépendant, autant que faire se peut quand il s'agit d'une série consacrée au même site. Cette fois-ci, j'y renonce. La lecture des billets des 14 et 26 septembre est nécessaire à la pleine compréhension du safari-photo que je vous présente aujourd'hui. Il est inutile que je m'attarde ici à redire en de nouveaux mots ce que j'ai déjà dit sur le grès de Gatineau (grès de Nepean, pour vous donner son nom officiel) et d'expliquer le contexte général qui fait l'intérêt du parc de l'Oasis. Reportez-vous aux premiers billets, notamment pour les cartes :




02. L'escarpement du parc de l'Oasis, vu du boul. de l'Hôpital. Le grès discrètement, rouille dans l'ombre. C'est déjà un miracle que personne n'ait pensé à bétonner le roc. (Photo 15 juin 2011.)



03. Parc de l'Oasis (partie sud) ; la boussole donne le nord, à droite. Partout, les glaciers ont poli le grès, pas au point d'effacer leurs propres traces. Les stries glaciaires indiquent que la glace s'est écoulée du NW vers le SE (du coin supérieur droit vers le coin inférieur gauche de la photo).



04a. Parc de l'Oasis. Le grès de Nepean (ainsi nommé d'après la localité type, à l'ouest d'Ottawa), après tout, n'est que du sable cimenté sous l'eau il y a 500 millions d'années. Des galets anguleux de quartzite provenant du Bouclier canadien, emprisonnés dans la matrice sableuse, ont eux aussi été arasés par les glaciers.



04b. Parc de l'Oasis. Lits de galets enfouis sous les couches de sables ultérieures (en haut et en bas ; les galets sont blancs ou gris). Évaluer la force des courants nécessaires à déplacer ces gros morceaux de roche.



05. Parc de l'Oasis. Tout le long de l'escarpement, le grès est faillé et crevassé. Les crevasses principales, longues de plusieurs m, sont parallèles au rebord de l'escarpement. Les cassures sont «récentes» (ne me demandez pas de préciser davantage) et présentent des arêtes anguleuses. Les failles s'agrandissent, des quartiers de grès se détachent, glissent et penchent vers l'ouest (voir fig. 07). Sur des photos aériennes datant de 1965 alors que tout le secteur était agricole, les crevasses étaient déjà présentes. Ceci leur donne un âge minimum ; elles datent sûrement de plus longtemps.



06. Parc de l'Oasis. Bloc de granite (ou de gneiss granitisé, la surface altérée ne permet pas d'être très affirmatif), presque englouti par une fracture ouverte sous lui. Le même bloc a été (mieux) photographié par Alain P. Tremblay (voir la fig. 2 du billet du 26 sept., lien plus haut).



07. Nord du parc de l'Oasis. Quartier de grès détaché de la falaise, mais demeuré debout. La surface originelle, à gauche (ouest), longuement exposée aux éléments, a été météorisée et l'érosion différentielle a fait ressortir la succession des lits sableux. 



08. Champ au nord du parc de l'Oasis, près de l'escarpement. Till glaciaire, riche en sable et galets. (cf. le till de St-Colomban, fig. 4bis du billet du 26 sept., lien plus haut.) À partir de cet endroit, vers le nord et le NE, le sol s'épaissit et les affleurements rocheux plus rares.



9a.



09a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Les blocs sont des sujets peu photogéniques. Sur les clichés, ils paraissent invariablement plus petits qu'ils ne sont, banalisés et insignifiants. La plupart des blocs du secteurs sont des granites ou des gneiss plus ou moins granitisés et plus ou moins recouverts de lichens. Ils sont arrondis et proviennent du Bouclier canadien tout près. J'ai vu, assez loin de la falaise, un bloc anguleux de grès local. Arrachage artificiel ou débitage naturel ? (Voir fig. 5 du billet du 26 sept. 2013, lien plus haut.)
On peut calculer la croissance des lichens en examinant des photos prises à 11 ans d'intervalle d'un bloc erratique du parc de la Gatineau : billet du 6 août 2011.



10. Champ au nord du parc de l'Oasis, à l'est de l'escarpement. «Gouttières» dans le grès, orientées NNW. Les rebords sont émoussés, ce qui trahit un «certain âge» - encore une fois, ne me demandez pas de préciser. On remarque que le grès, loin de la falaise, n'est pas faillé.



11a.



11a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Bloc sur une surface de grès dénudée ; plus grande dimension env. 1,80 m. Il a déjà été photographié (avec de meilleurs résultats) par Alain P. Tremblay (voir fig. 1 et 8 du billet du 26 sept. 2013, lien plus haut). Il s'agit d'un gneiss étonnamment net comparé aux autres blocs des environs aux surfaces saturées de lichens. Il y a indubitablement eu des blocs qui ont été dégagés et déplacés «récemment» par rapport aux autres. La cassure du bloc, à droite sur la photo 9a, est parfaitement fraîche. (Comparez avec le granite en 9b.)


11c. Champ au nord du parc de l'Oasis. Socle de grès et ruisseau.



12a.



12a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Autre souvenir du temps des glaciers : train de fractures de broutage, causées par le choc répété d'une roche emprisonnée dans la glace qui progressait (fractures concaves). Le mouvement de la glace est toujours NW-SE (de la droite vers la gauche, obliquement, en suivant l'axe du train). Voir le billet du 28 nov. 2009.



13a et b. Champ au nord du parc de l'Oasis. Ruisseau. À l'évidence, l'érosion par l'eau a emporté les particules fines du till, révélant ainsi les galets et blocs qui y étaient dissimulés.



13b.


14a. La silhouette du bloc de la fig. 11 est visible à la droite du centre de la photo. Le grès est étonnamment plat : les strates régulières dont il est formé explique sans doute le phénomène. Sur le Bouclier canadien, au nord, les mêmes glaces ont sculpté un relief en roches moutonnées dans des gneiss et des granites.



14a et b. Talus au nord du parc de l'Oasis. Au sommet, surface plane exploitée par les agriculteurs. C'est le rebord de la couche d'argile laissée par la mer de Champlain (12 000 – 10 000 ans). En bas du talus, nous sommes dans la zone déblayée par l'ancêtre de la rivière des Outaouais (proto-Outaouais) entre 10 000 et 5000 ans (voir billet du 26 sept., lien plus haut). Le fait que le till glaciaire (fig. 8) et même le socle gréseux sous jacents à l'argile soient exposés prouve que le déblayage a été ici assez efficace.
Bref, nous sommes ici près du rivage du proto-Outaouais, à plus de 2 km au nord de la rivière actuelle.


15. Talus au nord du parc de l'Oasis ; vue vers le nord. Ce haut plateau d’argile cultivé, morceau de campagne en pleine ville, est le fond de la mer de Champlain, au sommet de la ville...
 


Sorte de conclusion

L'escarpement du parc de l'Oasis est au sud et à l'ouest d'un talus abrupt dans l'argile de la mer de Champlain. La différence d'altitude entre le bas du talus et le sommet correspond à la couche de glaise marine qui a été emportée par l'ancêtre de la rivière des Outaouais, beaucoup plus large que l'actuelle, entre 10 000 et 5000 ans avant aujourd'hui (voir billet du 26 sept. 2013, lien plus haut).

Pour fouler le fond de la mer de Champlain, il nous a fallu partir du fond de (l'ancienne) rivière des Outaouais, et grimper. Le monde à l'envers !


Chronologie locale

  • 80 000 - 12 000 ans : dernière glaciation (glaciation du Wisconsinien) ; till glaciaire, blocs erratiques ;
  • 12 000 - 10 000 ans : mer de Champlain ; dépôt d’un épais manteau d'argile ;
  • 10 000 - 5000 ans : proto-Outaouais : érosion locale de l’argile marine ;
  • Depuis 4700 ans : l'Outaouais confiné à ses proportions actuelles.

samedi 28 septembre 2013

Atlas de la Ville de Gatineau


C'est nouveau ?

L'Atlas de la Ville de Gatineau permet des zooms encore plus détaillés que ceux de Google.

Je viens de le découvrir. Des heures de plaisir en perspective...


© Atlas de Gatineau.
Parc Laflamme (?), Gatineau (Québec). Vue sur le bloc erratique visible dans les figures 1 et 8 du billet précédent (centre de la photo).

jeudi 26 septembre 2013

Grès de Nepean à Gatineau + blocs erratiques (ajouts)


Fig. 1. Socle de grès dénudé au milieu des champs et bloc erratique (Gatineau, parc Laflamme, au N parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpital). M'étonnerais beaucoup qu'il soit là comme une cerise oubliée sur un plateau depuis la fin de la dernière glaciation... N'empêche, la question qui nous vient immédiatement à l'esprit : mais où est donc passé le reste du till glaciaire qui devait recouvrir le secteur ? Voir la fig. 8 pour un autre point de vue. Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Résumé (ajouté après coup). – On parle ici du secteur du parc de l'Oasis, près du boul. de l'Hôpîtal, à Gatineau (Québec), du grès de Nepean (Paléozoïque, 500 millions d'années), de blocs erratiques déposés à la fin de la dernière glaciation (12 000 ans), de la mer de Champlain (12 000 - 10 000 ans) et du proto-Outaouais (10 000 -5000 ans). Ce billet est une suite (lien immédiatement plus bas). Voilà, vous avez tout.


Dans mon billet du 14 septembre dernier, j’ai parlé d’activités de prospections dans les années 1930 sur un plateau de grès, à Gatineau, limité à l’ouest par un escarpement (fig. 3). Le tout était perdu au milieu de ce qui était à l’époque des terres bordées par des champs et des champs bordés par des terres. Aujourd’hui, l’escarpement s’étire comme un lacet entre des parkings et des fonds de cours (fig. 7). Le rebord du plateau est occupé par un parc étroit, le parc Oasis (nom très local et très descriptif, n’est-ce pas ?). Même si les analyses avaient montré que le grès avait la pureté nécessaire à la production de sable destiné à l’industrie du verre, aucune exploitation ne fut entreprise. Le terrain appartenait à un certain Xavier Laurin.

Alain P. Tremblay, arrière-petit neveu de M. Laurin, me disait récemment que, quand il était petit, alors que l’urbanisation n’avait pas touché le secteur, il se trouvait un champ de blocs erratiques au nord de l’escarpement. (Conversation à l'origine du billet du 14 sept., lien plus haut.) Comme je lui répondais que les blocs devaient sans doute avoir été emportés ou détruits depuis – un boulevard, un hôpital, un quartier résidentiel, ça change le paysage –, il me répondit qu’au contraire, ils existaient toujours. Pour venir à bout de mon incrédulité – disons plutôt de ma surprise –, il m’en a transmis les photos toutes récentes que vous voyez ici.

(Selon certaines cartes, les blocs seraient au parc Laflamme. Les cartes récentes laissent cependant le parc anonyme.)


Fig. 2. Le grès près de l'escarpement est parcouru de fissures. Celle-ci a failli engloutir un bloc erratique de bonne taille. Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


J’irai voir ce champ urbain semé de blocs erratiques dès que possible. La présence de ces blocs m’intrigue : pourquoi sont-ils si nombreux, ou apparents, à cet endroit, et pas ailleurs ?

La carte des dépôts meubles (fig. 4) donne peut-être un indice. Les terrains en vert-de-gris (unité no 8) sont couverts de sédiments laissés par l’ancêtre de la rivière des Outaouais, le proto-Outaouais qui s’est établi dès le retrait de la mer de Champlain il y a 10 000 ans. Presque tout Gatineau (secteur Gatineau) était sous la rivière à cette époque. Les précurseurs des Grands-Lacs se déversaient alors dans l’Outaouais par un exutoire qui passait par le lac Nipissing. Le débit de la rivière a pu atteindre 200 fois celui du cours d'eau actuel (Gilbert, 1994, p. 7). L’argile de la mer de Champlain (en bleu, unité no 3) a été en partie déblayée par le courant, au point de mettre à nu le till glaciaire et, même, le socle rocheux (R et R, surfaces roses).

Les lignes dentées sur la carte suivent les contours des terrasses créées par le proto-Outaouais. Elles permettent de mesurer l’ampleur de l'ancien cours d’eau.

Les blocs, tout erratiques qu’ils étaient, eux, n’ont pas été remué par ce remue-ménage. L’argile disparue, les éléments plus fins du till itou, les blocs ont été dégagés par l’érosion fluviatile. Puis, la rivière s’est progressivement réduite à ses proportions actuelles qu’elle a atteintes il y a 4700 ans. Je doute cependant que les blocs de notre champ soient demeurés dans leur position originale depuis ce temps. Les cultivateurs ont dû en déplacer quelques-uns qui gênaient les travaux agricoles – sans parler des défricheurs.


Fig. 3. Carte de Cole et Carnochan (1934). La région qui nous intéresse ici est la Laurin Silica Property, à gauche. Potsdam sandstone = grès de Nepean dans notre texte.


Fig. 4. Même secteur qu'à la fig. 3. Détail annoté de la carte de Richard et al. (1978)
Légende (simplifiée)
Récents. – 10 : dépôts organiques ; humus, tourbe ; 9 : dépôts fluviatiles récents ; sable, matières organiques.
Post-Champlain. – Dépôts fluviatiles de chenaux abandonnés de l'Outaouais : silt, argile (8) et sable (7).
Dépôts de la mer de Champlain. – Faciès sub-littoral, sable (4) ; faciès d'eau profonde ; argile, silt (3).
Pré-Champlain (dépôts glaciaires). – 1 : till.
Roche en place. – R : Paléozoïque ; calcaire, dolomie, grès, shale ; R : Précambrien, complexe métamorphique-plutonique. (Note. – Les R et les R sont intervertis sur la cartes à certains endroits. Par exemple, le R au sud du X blanc devrait être un R. Pas la seule carte de sa série à déconner... Voir ici et ici.)
L : zones de glissements de terrain  ; ligne dentée : talus de terrasse fluviale ; ligne piquetée : escarpement dans la roche en place ; B noir : lac Beauchamp.
Pour ce qui suit, voir la fig. 7. H blanc : hôpital de Gatineau (qui n’existait pas en 1978) ; X blanc : champ de blocs erratiques ; l'escarpement dans le grès passe entre H et X.


Fig. 4 bis (ajout, 4 oct. 2013, tant qu'à accumuler la documentation...) Détail annoté de Lajoie (1967)
Légende (très simplifiée). Pour tous les sols : nom du sol ; texture ; matériau originel
Sols du site de l'escarpement de grès dont il est question ici
Cb. St-Colomban ; loam sableux et rocheux ; till non calcaire. D. Dalhousie ; loam argileux ; argile. Pc. Pontiac ; loam limoneux à loam argilo-limoneux ; limon mince sur argile. X. Éboulis, berges escarpées et ravinées ; surface argileuse ; terrains éboulés ou varinés.
Autres sols de la zone couverte par la carte
Au. Alluvion, non différenciée ; surface sableuse ; alluvion récente stratifiée. Auh. Alluvion, non différenciée ; surface argileuse ; alluvion récente stratifiée. F. Farmington ; loam ; till mince sur roc calcaire. Lc. Lachute ; loam limoneux ; alluvion limoneuse récente. Le. Lesage ; loam sablo-graveleux ; gravier et sable stratifiés sur argile. R. Ste-Rosalie ; argile ; argile marine grise. R1. Ste-Rosalie ; loam argileux ; argile marine grise. Ri. Rideau ; argile, argile grise marine. Rn. Ripon ; sable loameux ; sable loameux et sable. Up. Uplands ; sable ; sable moyen. √. Terrains rocheux non-différenciés ; --- ; till rocheux et affleurements. [Symbole papyrus.] Marécage.
Légende détaillée des sols du site de l'escarpement
Cb/U - 4√. Sol St-Colomban (Cb)/ondulé (U) - très pierreux, nombreux affleurements (4√).
Pc + D/Lm - 0. Sol Pontiac (Pc) + sol Dalhousie/plat (Lm) - sans pierres ni affleurements (0).
X/E - 0. Éboulis (X)/escarpé (E) - sans pierres ni affleurements (0).


H noirs : hôpital de Gatineau ; X : champ de bloc erratique, selon fig. 4.


Fig. 5. Ça, ça ressemble à du bon vieux granite (cassure rose fraîche en bas). Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Fig. 6. Un bloc, un arbre, un bloc, deux arbres... Je plains les anciens cultivateurs qui devaient se débattre avec ces blocs qui n'ajoutaient pas vraiment à la fertilité de leurs champs...
Photo : © Alain P. Tremblay, sept. 2013.


Si l’on superpose la carte de Cole et Carnochan (fig. 3) sur celle de Richard et al. (fig. 4), on se rend compte que ce dernier a indiqué R (Précambrien) là où les premiers indiquent (correctement) du grès du Paléozoïque (hachures obliques). Richard et al. auraient dû employer le R souligné, symbole du Paléozoïque. Petite erreur comme je soupçonne qu'il s'en est produites d'autres du même genre ailleurs sur la carte. À voir...

Raison de plus pour aller y faire un tour si des roches de deux ères coexistent. Quoique, ça m’étonnerait de trouver beaucoup d'affleurements ou, rêvons un peu, une autre discordance Précambrien/Paléozoïque comme celle du lac Beauchamp, plus à l’est (voir billet du 23 janvier 2011).


À suivre...


Fig. 7. Secteur de l'hôpital de Gatineau. © Google. H : hôpital ; X : champ couvert de blocs erratiques ; ligne rouge : escarpement dans le grès de Nepean (limite ouest du parc de l'Oasis). Ajout (30 sept. 213). – Le terme «champ» peut induire en erreur. Il existe bien, mais il faudrait parler d'un plat sur le rebord du plateau et qui communique avec des ravins encaissés qui découpent le talus des «hautes terres» dans l'argile marine, au nord et è l'est du X (surfaces planes cultivées).


Fig. 8. Secteur couverts de blocs erratiques. Plusieurs sont bien visibles. J'ai repéré celui photographié à la fig. 1 (cercle blanc). Le X blanc indique la position probable du photographe et la flèche l'angle de visée. Rien n'échappe à l'œil de © Google...


Ajout (1er octobre 2013)

Selon Alain P. Tremblay, les blocs sur ce terrain n'auraient pas été dérangés depuis presque 90 ans. Le terrain a toujours servi de pâturage et non pour l'agriculture, la couche de terre étant trop mince et les environs trop accidentés.

Cependant, j'ajouterais que le champ où se trouvent les blocs communique avec des ravins qui découpent un talus abrupt, au N et à l'E du site. Au sommet du talus, le plat terrain est cultivé – c'est comme un coin de campagne enfoncé dans la ville. (Voir, fig. 7, les champs à la droite et au dessus du X rouge.) Le champ de blocs est comme une première marche entre l'escarpement de grès et le talus qui n'est autre chose que le rebord de la couche d'argile déposée au fond de la mer de Champlain – voir le texte plus haut. (Pour aller de l'ancien fond de la rivière à l'ancien fond de la mer, faut grimper au sommet de la ville. Paradoxe !)


Ajout (4 octobre 2013)

Une question toutefois demeure ou s'impose entre toutes : pourquoi cet escarpement dans le grès ? On sait qu'il est naturel, qu'il existe depuis les années 1930 (billet du 14 sept. 2013, lien plus haut) pour le moins. Je ne connais rien dans les parages qui correspondent à cette orientation N-S. L'escarpement est-il entièrement dans le grès, c.-à-d. que la roche sous la falaise est-elle encore du grès ? Les cartes, ou bien ne permettent de trancher, ou sont fautives (cf., «Note» de la fig. 4 bis). Ça pourrait être le front de la couche de grès sur le socle Précambrien, comme au lac Beauchamp (billet du 15 avril 2012).

C'est pas moi, apparemment, qui résoudrai le mystère.


Références

  • L.H. Cole et R.K. Carnochan, 1934 – «Silica Deposit Near Gatineau Point, Quebec». In : Report No. 735, Mines Branch Investigations of Mineral Resources and the Mining Industry, Depart. of Mines, Canada Mines Branch, p. 3-6.
  • Gilbert, Robert (compil.), 1994 – Guide d'excursions dans le paysage glaciaire et postglaciaire du sud-est de l'Ontario et d'une partie du Québec, Commission géologique du Canada, Bulletin 453, 1994; 86 pages.
  • Paul G. Lajoie, Étude pédologique des comtés de Hull, Labelle et Papineau (Québec). Direction de la recherche, min. de l'Agriculture du Canada, min. de l'Agriculture et de la Colonisation de la province de Québec, collège Macdonald de l'université McGill, 1967, 106 pages + 5 cartes en couleur (1/63 360).
  • Richard, S H; Gadd, N R; Vincent, J -S; 1978 – Surficial Materials and Terrain Features of Ottawa-Hull, Ontario-Québec / Dépôts meubles et formes du relief d'Ottawa-Hull, Ontario-Québec. Commission géologique du Canada, carte série «A», 1425A, 1 feuille, 1/125 000.

samedi 22 octobre 2011

Lac Beauchamp : nouvelle mise à jour

Décidément, c'est la saison des mises à jours pour le lac Beauchamp (voir le billet précédant). L'an dernier, j'écrivais les lignes que voici en légende de la photo suivante (voir ces billets, ici et ici, pour un exposé complet) :


Détail de la discordance entre le Précambrien (en bas, un milliard d'années) et le Paléozoïque (en haut, 500 millions d'années), lac Beauchamp, Gatineau. Entre les deux, une bande orangée, semée de galets : reliquat du sol meuble qui recouvraient notre continent il y a 500 millions d'années, avant le dépôt du grès. Photo : Henri Lessard, juillet 2007.

En haut (Paléozoïque) : grès de Nepean (sable consolidé), qui présente ici le caractère d'un conglomérat : il est truffé de galets qui lui donnent une apparence grêlée.
En bas (Précambrien) : granite gneissique, de teinte claire.
Entre les deux : bande d'une matière friable, couleur orangée, semée, elle aussi, de galets, et dont on se demande s'il faut la rattacher au grès ou au granite. Tout indique qu'il s'agirait d'un paléosol («ancien sol») qui remonterait à l’époque précédant immédiatement la déposition du sable (grès). Si cette hypothèse se vérifiait, la substance friable constituerait le reliquat du sol meuble qui recouvrait le continent il y a plus de 500 millions d'années.


Je m'étais contenté d'avancer une hypothèse concernant la nauture de la «bande orangée», sans pouvoir avancer de preuves ou de document à l'appui pour l'étayer. Plusieurs sources consultées mentionnaient la profonde altération du granite gneissique (météorisation), mais sans relier cette altération à la matière friable qui surmontait ce granite.

Mais voici que je tombe sur ces lignes que nous devons à Quentin Gall, géologue consultant et professeur, dans son ouvrage sur les buildings et les pierres de taille d'Ottawa :

The weathering of the Precambrian rocks led to the development of a paleosol (ancien soil). Perhaps the best local exposure of the paleosol is in Parc du Lac Beauchamp, Gatineau, where it can be seen developed on Precambrian gneiss and buried beneath Paleozoic sandstone (Nepean Formation) (p. 11).

Bref, j'avais vu juste. Avoir raison une fois rachète combien d'erreurs ?


Référence (au singulier, il n'y en a qu'une seule)
Quentin Gall, A Walking Guide. Ottawa's Building and Monuments Stones. Geological Association of Canada, Miscellaneoua Publication 7, 152 pages, 2009 (ISBN 978-1-897095-41-6), (reliure en spirale

Le live est disponible notamment World of Maps, à Ottawa, au prix de 19,50 $ (publicité bénévole et spontanée). On peut aussi le commander à l'Association géologique du Canada (AGC/GAC).

Ajout (2 juin 2018) : autre point de vue. - Selon Théberge (1986), au lac Beauchamp, le grès de la Formation de Nepean repose en discordance sur une syénite blanche. « La zone de contact est formée de roc de très mauvaise qualité. Sous un mince lit de grès de la Formation de Nepean contenant des galets sub-arrondis, on retrouve un niveau d'environ 2 m d'épaisseur de roc altéré. Au sommet de ce niveau apparaît un horizon meuble de 6-8 cm formé de minéraux d'altération gris et verdâtre (fragments de roche altérée, minéraux argileux) provenant de la désintégration par hydrolyse de la syénite. Sous cet horizon, la syénite est altérée et friable sur 1,5-2 m et l'intensité de l'altération diminue avec la profondeur. » (p. 22-23 ; c'est moi qui souligne.) Brandon (1961) souligne que les joints à la base et au sommet du grès de Nepean facilitent la circulation des eaux souterraines.
Sources
Brandon, L.V. 1961 - Rapport préliminaire sur l'hydrogéologie de la région d'Ottawa-Hull, Ontario et Québec. Commission géologique du Canada, Étude 60-23, 19 p. (carte 31-1960 et 4 fig.)
Théberge, J. 1986 - Cartographie géotechnique dans la région de Gatineau-Aylmer-Hull. MERQ, MB 86-43, 200 p. + cartes.