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dimanche 27 août 2017

Ruisselets perdus dans l'Île-de-Hull : du nouveau







Carte 1. - Île-de-Hull, 1918. Deux ruisselets se jettent dans dans une baie du ruisseau de la Brasserie (Brewery Creek), au nord de l'île. L'un s'écoule à partir du lac Flora, au centre de l'île ; l'autre dans l'angle NE de celle-ci. La courbe de niveau des 150 pieds (46 m) s'évase près de leur embouchure, comme il est normal dans ce genre de configuration.
Carte topographique, échelle de 1/63 360, 31-G-05, Ottawa (détail). Publiée en 1918. (« Department of Militia and Defence 1908. Reprinted with corrections 1918. Surveyed in 1906. ») Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Cote : G 3400 s63 C37 31-G-05 1918 CAR. Numéro catalogue Iris : 0002684558. http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0002684558


J'ai parlé dans ce blogue du couple de ruisselets qui se jetaient autrefois – ou qui se seraient jetés, toute la question est là ! – dans le ruisseau de la Brasserie, au nord de l'Île-de-Hull. L'existence de ces deux cours d'eau n'est pas tout à fait avérée. Même si j'entretiens un fort parti pris en faveur de leur réalité, il demeure des sceptiques. Mon hypothèse initiale reposait sur une carte publiée en 1915 par la (très sérieuse) Commission géologique du Canada (Jonhston, 1915 ; carte 2). Or, une seconde carte topographique du début  du XXe s. vient conforter l'hypothèse de leur existence (carte 1). Les ruisselets y apparaissent clairement et sans équivoque.

Billets du blogue reliés au même sujet
1er nov. 2015 , « Ruisselet perdu et retrouvé »
7 nov. 2015, « Île-de-Hull : ruisseaux et coïncidences »
1er juin 2017, « Le canal de drainage du lac flora à Hull QC »


Ces ruisselets ont existé, la preuve, ils ont incisé le terrain ! Les courbes de niveau, sur la rive du ruisseau de la Brasserie, forment en effet des échancrures à leur embouchure, ainsi qu'il est normal dans ce genre de situation (cartes 1 et 2).

Les cartes 1 et 2 sont basées sur des levées du Department of Militia and Defence. Qu'elles concordent entre elles n'est donc pas étonnant. Il serait étonnant par contre que deux cartes émises par des organismes officiels contiennent une erreur aussi grosse que celle de faire figurer des ruisselets fictifs dans un territoire urbain habité depuis plus de cent ans. En pleine brousse, loin des zones peuplées, une telle bévue serait pardonnable, mais à un peu plus d'un km du Parlement...

Dans mon billet du 7 nov. 2015, je soulignais le fait que les canaux et canalisations actuels servant à l'évacuation des eaux de pluies s'ajustent parfaitement aux tracés des ruisselets, comme si les ingénieurs avaient prolongé la ligne d'écoulement des eaux vers le ruisseau de la Brasserie (carte 3). Est-ce que les deux ruisselets coulent encore, sous terre, canalisé, cachés à nos yeux ? Ils semblent avoir disparu du paysage dès les années 1920.






Carte 2 Johnston (1915). - On voit les deux ruisselets déjà représentés dans la carte 1 se jeter dans le ruisseau de la Brasserie. Carte « Based on a map published by the Department of Militia and Defence », comme la première.
W.A. Johnston, 1915 – Ottawa, Carleton and Ottawa Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, Carte géologique polychrome 1662, 1 feuille (1/63 360), doi:10.4095/107538






Carte 3. - Île-de-Hull (Gatineau, Québec)
Fond de la carte : Atlas du Canada ; annotations et graphisme : Henri Lessard, 2013-2015.
Légende partielle (version complète dans le billet du 7 nov. 2015.)
Ruisseau de la Brasserie : à l'ouest et au nord de l'Île-de-Hull ;
Rivière des Outaouais : au sud et à l'est de l'Île-de-Hull ;
X : système actuel de fossés et de canalisations ;
X' : cours d'eau intermittent, fossé (Québec, 1984, Atlas de la Ville de Gatineau) ;
4c : ancienne baie visible sur les cartes 1 et 2 ;
4d et 4d' (en bleu) : anciens ruisselets (voir cartes 1 et 2) ;
5b : ancien lac Minnow (schématique), ou lac aux Vairons (parc Ste-Bernadette actuel) ;
5c : ancien lac Flora (schématique), aujourd'hui parc Fontaine ;
Cercle blanc : canalisation déversant l'eau ; cercle noir : canalisation recueillant l'eau.

jeudi 6 juillet 2017

Gatineau et Ottawa : cartes et anachronismes



Planche VI de l'Atlas du Rapport Gréber (1950) (saisie d'écran de la version PDF) : progrès de l'urbanisation dans la région d'Ottawa, 1810-1945. Détails plus bas.


La plupart des cartes qui tentent de présenter l'évolution de la région depuis le début du XIXe siècle se contente de plaquer les éléments de différentes époques sur les contours d'une carte moderne, au risque de commettre des anachronismes en série. Le territoire, en particulier tout ce qui touche au réseau hydrographique, a en effet beaucoup changé en deux siècles. Ce petit jeu de Monopoly, avec bâtiments déposés ou retirés sur un plateau intangible, ne reflète pas la réalité changeante du cadre naturel.

Le Rapport Greber (1950) semble avoir voulu éviter ce genre d'écueil. La planche VI de son Atlas présente neuf cartes qui illustrent les progrès de l'urbanisme de 1810 à 1945. Fait remarquable (et rare !), le dessin des cours d'eau change d'une carte à l'autre. Les auteurs ont eu le souci évident de présenter des aspects réalistes pour chaque époque.

Malheureusement, le texte ne fournit pas de références pour les cartes. Étant donné le caractère approximatif et parcellaire des cartes dressées au XIXe siècle, il y a une part d'hypothèse dans ces représentations, du moins pour les cartes des années les plus reculées. Les choses deviennent plus fiables, d'après mon court savoir, à partir de 1865-1876.

Ces cartes permettent d'établir que le lac Leamy était à l'origine isolé de la Gatineau et s'écoulait dans l'Outaouais - soit directement ou via le ruisseau de la Brasserie (lequel n'est, ne l'oublions pas, qu'un bras de l'Outaouais). (Voir billet du 12 juin 2017, «Trait d'union lac Leamy - ruisseau de la Brasserie».) L'importance des marais Dow, vaste entité oblitérée du paysage, prend le caractère flagrant qui était le sien et que l'actuel lac du même nom ne laisse pas soupçonner. (Voir billet du 22 févr. 2016, «Rideau-Hull ? : géologie-fiction».)

L'échelle des cartes du Rapport Gréber, trop grande échelle, ne permet pas de saisir l'évolution des choses dans toute leur finesse. D'ailleurs, le manque de document fiable à mesure qu'on recule dans le temps laisse un flou impossible à dissiper.

NOTE. - Les cartes qui suivent : photos à main levée avec inévitables distorsions. Cliquer sur les images pour les voir à leur pleine grandeur.



1810. Quelques évidences... La rivière des Outaouais sépare le Bas-Canada (Québec actuel) du Haut-Canada (Ontario actuel). Ses principaux affluents sont (au nord) la Gatineau et (au sud) la Rideau. Hull (Gatineau aujourd'hui) existe à son état embryonnaire.
Ajouts à la carte (les noms sont postérieurs à 1810). 1 : Île-de-Hul l; 1a) lac aux Vairons ou Minnow Lake (billet 7 août 2013) et 1b) lac Flora ; 2 : ruisseau de la Brasserie ; 3 : lac Leamy ; 4 : chenal naturel entre le lac Leamy et le Ruisseau de la Brasserie ; 5 : lac des Fées ; 6 : marais Dow avec ruisseaux s'écoulant vers le NW ; 7 : lac McKay ; 8a) île Kettle et 8b) Upper Duck Island.
Le lac Leamy originel n'a aucun lien avec la Gatineau. Le marais Dow, le ruisseau de la Brasserie et la Rideau dessinent les contours de ce que j'ai appelé le «Rideau-Hull».
Étant donné le manque de détail des documents de l'époque, la majeure partie de cette carte est bâtie sur des documents postérieurs.



1835. Le canal rideau est terminé (9), ce qui a entraîné la création du lac Dow (6) et une réorganisation du réseau hydrographique à Ottawa (Bytown). Un chenal (10) draine un bassin artificiel (9a) dans le cours du canal vers la Rideau.



1845. Création d'un chenal à l'est du lac Leamy joignant la Gatineau (11).



1865. Pas de changement notable pour ce qui nous intéresse. Bytown est devenue Ottawa.



1876. Disparition du ruisseau 10. Les provinces de Québec et de l'Ontario remplacent le Bas et le Haut-Canada.



1890. Pas de changement notable pour ce qui nous intéresse.



1912. Création du chenal au nord du lac Leamy pour le relier à la Gatineau (12). Disparition du chenal naturel reliant le lac Leamy au ruisseau de la Brasserie (4).



1925. Disparition du bassin 9a. Disparition des lacs 1a et 1b. (Le 1a existait pourtant encore, voir billet du 7 août 2013, «Hull : lacs et vairons éponymes».)



1945. La partie aval du ruisseau du lac des Fées (5) est recouverte en terrain construit (en rouge).


Référence

Jacques Gréber, 1950, Projet d’aménagement de la capitale nationale. Imprimeur du Roi. Disponible en ligne : https://qshare.queensu.ca/Users01/gordond/planningcanadascapital/greber1950/index.htm

vendredi 5 février 2016

Qui a façonné l'Île-de-Hull ? (Ajouts)


FIG. 1. – Île-de-Hull
Annotations et graphisme © Henri Lessard, Carte : Atlas du Canada
CE : chute du château d'eau (Brasseurs du Temps) ; Cg et Cp : chutes de la Grande et de la Petite Chaudière (Lessard, billet du 1er janv. 2013) ; FA : «faille des Allumettières» (Lessard, 29 nov. 2009) ; FM : «faille Montcalm» (Lessard, 1er janv. 2013, d'après Wilson, 1938) ; TdD : Trou-du-Diable ; 3c : ancien réseau hydrographique (Lessard, 10 août 2013) ; 5a (lignes bleue fines) : sillons (réseau hydrographique sous-glaciaire ?, Lessard, 10 août 2013) ; 5b : ancien lac aux Vairons (Minnow Lake) ; 5c : ancien lac Flora ; 6a : rapides ; 8a : «marmite des Allumettières» (Lessard, 7 nov. 2009) ; ligne bleue tiretée + Q : Quaternaire (lettre selon l'épaisseur des dépôts : 3 m, 9 m et 15 m) ; ligne rouge brisée : contrôle tectonique du ruisseau de la Brasserie et des chutes de la Chaudière (Cg et Cp) (Lessard, 1er janv. 2013 et 1er mars 2014) ; la petite ligne rouge donne la position originelle de la Cg ; ligne noire pointillée : NE de l'élargissement de la rivière avant le goulot des Chaudières ; ligne jaune transparente : alignement de la FA, du ruisseau de la Brasserie et de la Cg ; transparents ocres : sous les 50 m : baie sèche et hypothétique ancien réseau hydrographique (voir 3c) ; transparents rouges : collines (60 m et plus). Les plans d'eau au NW sont artificiels (ex-carrière Canada Cement).
Ceci est la énième version d'une carte modifiée à maintes reprises dans ce blogue. Tous les items ne figurent pas dans chaque version, d'où des lacunes dans la numérotation.


Les LIENS dans le texte conduisent vers d'autres billets du blogue. Les billets à consulter en priorité sont ceux du 10 août 2013, «Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique», et du 1er mars 2014, «Ruisseau de la Brasserie : contrôle tectonique».



1. Résumé

L'Île-de-Hull, à Gatineau (Québec), est située à l'extrémité NW d'une écaille de calcaire ordovicien abaissée par rapport aux compartiments voisins. L'Île est cernée par la rivière des Outaouais et le ruisseau de la Brasserie. Des traits d'une attaque profonde par l'érosion (collines reliques d'une ancienne surface, baie évasée à sec) et des traits mieux préservés, que nous supposons plus récents (tronçons linéaires et anguleux du ruisseau de la Brasserie, escarpement est-ouest) coexistent dans l'Île. Des fosses allongées, un lac au bassin rocheux pourraient être des vestiges de torrents sous-glaciaires.

Une bonne proportion du contenu de ce billet est constituée d'hypothèses personnelles. Je m'appuie cependant sur des travaux reconnus, mes propres observations et une sorte de «bon sens géologique» pour les avancer.


2. Contexte géologique

L'Île-de-Hull (Gatineau, Québec) fait partie de la plate-forme du Saint-Laurent. Le Bouclier canadien, sur lequel les sédiments de la plate-forme se sont déposés au Cambro-ordovicien (env. 500-440 Ma), affleure à quelques km au nord de l'Île. Le socle de l'Île est partout constitué de calcaire dont les strates ont conservé leur attitude horizontale primitive, sauf près des failles où elles s'inclinent vers le bloc abaissé (fig. 2). Ces failles, liées au graben d'Ottawa-Bonnechère, ont connu plusieurs épisodes d'activation du Paléozoïque jusqu'au Mésozoïque ; leur dernier rejeux remonte à il y a entre 176 et 148 Ma (pendant le Jurassique) (LIEN). Par rapport aux autres compartiments faillés à l'ouest et au nord, celui de l'Île est affaissé. Outre les failles, des réseaux de joints ou de diaclases découpent le calcaire. Les géologues s'entendent pour dire que les traits principaux de la topographie régionale est un héritage direct du Tertiaire (avant les glaciations du Quaternaire). Des sédiments du Quaternaire - till glaciaire (avant 12 000 ans), argile de la mer de Champlain (avant 10 000 ans) - recouvrent la majeure partie du nord de l'Île. Avant de se réduire à ses proportions actuelles il y a 4700 ans, l'Outaouais a nettoyé l'Île d'une partie de ses sédiments glaciaires et marins, laissant affleurer le socle calcaire.

Plusieurs carrières ont été exploitées dans l'Île, surtout dans la première moitié du XXe s. L’école Normale Saint-Joseph de Hull, par exemple, a été construite en 1908 avec la pierre extraite d’une carrière située entre la rue de Carillon et le ruisseau de la Brasserie (LIEN).


3. L'Île

L'Île-de-Hull forme un rectangle de plus de 2 km x 1,5 km. À l'ouest et au nord, l'Île est bordée par le ruisseau de la Brasserie et par l'Outaouais, au sud et à l'est. Dans un sens, le ruisseau n'étant qu'un bras de la rivière, on peut dire que l'Île est toute entière baignée par l'Outaouais. La rivière prend contact avec l'Île, dans son angle SW, sous les chutes des Chaudières (Cg et Cp). À cet endroit, l'Outaouais débouche d'un élargissement de son lit (ligne noire tiretée) par plusieurs chenaux parallèles, dont celui des chutes. En aval, la rivière se bute à l'escarpement qui, sur la rive droite, l'oblige à faire un coude vers le nord (cf. Colline du Parlement).

Toute l'Île a été touchée par l'urbanisation, mais pas au point d'oblitérer l'essentiel de ces traits d'origine. Les autoroutes, au nord, ont cependant recouvert l'ancien paysage sous leurs remblais et le ruisseau de la Brasserie a partout été altéré par l'activité humaine (encaissement ou remplissage des rives, accumulation de blocs de calcaire et de béton, égouts passant sous le lit, etc.).

On verra à la section 6 que le SW de l'Île agit comme un seuil (53 m - 48,5 m) d'où les eaux de l'Outaouais tombent par deux chutes en empruntant des trajets à angle droit l'un de l'autre : celui de la rivière elle-même, vers le NE, par la chute de la Grande Chaudière, et celui du ruisseau, vers le NW, jusqu'à la chute du château d'eau (CE). En aval des chutes, les rives de l'Île, on le verra aussi, se tiennent à une altitude uniforme de ± 43 m.


4. Le relief

Le point culminant (71 m) se trouve sur la «colline de la rue Wright»*, au sud de l'Île. Celle-ci, en effet, présente une topographie à rebours de la topographie régionale ; au lieu de s'abaisser vers le sud, vers la vallée de l’Outaouais, le relief s'abaisse vers le nord. Une autre colline, moins élevée (64 m), constitue un satellite au NW de la première. (Les collines sont en transparent rouge sur la fig. 1.) Un escarpement E-W (ligne noire dentée) marque la rupture entre la colline de la rue Wright et le plateau au nord qui constitue les deux tiers de l'Île.
* Que je baptise ainsi par commodité.

L'altitude de la colline Wright reste comparable, même si inférieure, à celle de l'escarpement sur l'autre rive de la rivière, à Ottawa (la Colline du Parlement atteint plus de 80 m). Les collines de l'Île-de-Hull sont les reliquats émoussés d'un plateau érodé dont le front, à une époque du Tertiaire, devait s'avancer plus loin au nord et se joindre à l'autre plateau qui, à l'ouest et au nord de l'Île, monte régulièrement en direction du NW, vers le Bouclier canadien. À moins de 1,5 km au NW de l'Île, à l'intérieur encore du compartiment faillé auquel elle appartient, l'altitude atteint les 90 m.

Une coupe N-S de l'Île de Hull montre une vallée ou un bassin immédiatement au nord de la colline Wright. Ce creux, sous l'escarpement E-W, amplifie encore cet accident topographique (fig. 3). L'épais tapis de sédiments du Quaternaire (9 m) au nord de la colline masque et adoucie la topographie locale. Avec ou sans ces dépôts, le relief de l'Île conserve sa pente vers le nord.


5. La baie sèche

Une grande baie (transparent ocre au nord) échancre le plateau de l'Île qui s’abaisse ainsi en amphithéâtre vers le nord. Cette baie, à sec et sans emploi, trop vaste pour les dimensions de l'Île, et faite comme pour recueillir et canaliser les eaux, est une anomalie, du moins une curiosité. Le ruisseau, en s'écoulant vers l'est, passe devant la baie comme devant un accident de terrain fortuit. (Voir cependant billet du 7 nov. 2015 à propos d'hypothétiques ruisselets*.) (Hypothèses personnelles.)
* J'ai supprimé (8 févr. 2016) ces hypothétiques ruisselets de la carte de la fig. 1 que je trouvais trop chargée. Avec le vide laissé par leur absence, l'ampleur de la baie laissée sans emploi n'en devient que plus apparent. Suivre le lien vers le billet du 7 nov. 2015 pour plus de détails.


6. Le ruisseau de la Brasserie

À l'ouest de l'Île, le ruisseau de la Brasserie aboute des sections rectilignes qui se succèdent par brusques changements de direction (LIEN) (ligne rouge brisée). L'érosion fluviatile a exploité de façon préférentielle des réseaux de diaclases qui découpent le socle (NNW, NNE et NE). Les eaux du ruisseau, venant de l'Outaouais, s'écoulent d'abord vers le nord avant de bifurquer vers l'est pour retourner à la rivière en incisant le tapis de sédiments quaternaires au nord de l'Île (Q ; argile de la mer de Champlain et minces dépôts plus récents ; fig. 1 et 2). Par contraste avec les sections dans le socle calcaire, les rives à cet endroit présentent des allures irrégulières. Avant d'aborder ce dernier tronçon, le ruisseau fait des rapides (6a) en franchissant un sursaut rocheux.

En aval de la chute de la Grande Chaudière et des rapides du ruisseau, les rives de l'Île se tiennent sous l'altitude des ± 43 m (avec variations saisonnières de plus ou moins 2 m). L'Outaouais, en amont de la Grande Chaudière, est à 53 m ; à leur entrée dans le ruisseau, ses eaux passent par un barrage-vanne sous lequel le niveau est de 51 m. En aval du barrage de la centrale hydroélectrique du château d'eau (CE)*, le niveau tombe à 46 m, puis à 43 m en aval des rapides. Les deux chutes marquent donc la bordure d'une sorte de seuil entre les «hautes» et «basses» eaux.
* Aujourd'hui Les Brasseurs du Temps. La centrale hydroélectrique, inaugurée en 1917, est inactive depuis 1971.

Entre la source et l'embouchure, le dénivelé du lit du ruisseau est de 12 m. Sous le barrage-vanne du boul. Taché, le lit se trouve à 49,1 m ; il est à 48,5 m à la rue Montcalm, à 45,7 en bas de la chute du château d'eau. À la hauteur de l'aréna Robert-Guertin, le lit descend à 41,1 m pour remonter à 43,9 m aux rapides. En aval de ceux-ci, il descend à 38,1 m pour remonter à 40,5 m au pont Fournier. À son embouchure, selon la carte marine, le niveau du lit du ruisseau est à 37,1 m.

Les ruptures les plus brusques se trouvent sous le barrage-vanne du boul. Taché (1,5 m), au château d'eau (5,2 m dont 2,75 pour la seule chute) et aux rapides (3,4 m). La profondeur du ruisseau passe de 1 à 2 m au sud jusqu'à 4 m sur les dépôts quaternaires.

(Les données sur le niveau des eaux et le lit du ruisseau proviennent de sources disparates qu'il est difficile de concilier exactement. Le principal document consulté est Vézina et al., 1976.)

À la hauteur de la rue Montcalm, la faille Montcalm (FM)*, coupe le ruisseau à l'un de ses coudes. Il en résulte une dénivellation de 5 m, mise à profit, comme on l'a vu, par la centrale du château d'eau. 
* Cartographiée par Wilson (1938), nommée ainsi par moi pour des raisons de commodité (LIEN). 

Le tronçon amont du ruisseau, sous la chute du château d'eau, est aligné sur la faille des Allumettières (FA*). Cette faille et le tronçon amont du ruisseau dessinent un axe qui se confond, au sud, avec le goulot percé par les chutes des Chaudières (ligne jaune transparente). (Hypothèse personnelle.) Sauf la faille des Allumettières, aucune faille cartographiée ne coïncide avec le lit du ruisseau. Rien, à cet égard, ne prouve que la faille des Allumettières se poursuive au-delà du point où elle rencontre (croise ?) la faille Montcalm (voir fig. 1).
* Faille des Allumettières : nommée et décrite par moi.

Le même calcaire affleure partout dans l'Île et sur les deux rives du ruisseau. Si des failles ont fait bouger des compartiments du socle, les déplacements, à l'intérieur du compartiment dont fait partie l'Île, n'ont pas dû être trop considérables. (Le basculement des strates calcaires sur le passage de la faille Montcalm sont décrits ailleurs dans le blogue : LIEN.)

(Voir ajout du 13 mai 2018 à la Section 8.) 


7. La vallée du ruisseau

Il faut distinguer le ruisseau lui-même, large de 20 à 90 m, qui zigzague de façon anguleuse et la vallée, plus ample, et orientée N-S.

Mesurée depuis la ligne des 60 m, à l'ouest, jusqu'à celle des 50 m, à l'est, la vallée du ruisseau varie en largeur de 150 m à 500 m. La rive ouest du ruisseau est en effet plus haute et mieux conservée que la rive est. À l'ouest, la ligne des 60 m ondule sans interruption vers le nord au-delà du ruisseau lui-même et rejoint, à l'ouest du lac Leamy, une épaisse couche d'argile de la mer de Champlain (section 8). Dans l'Île, la ligne des 60 m se ferme sur elle-même pour dessiner les contours des collines.

Selon Allard (1977), le ruisseau de la Brasserie serait un bras préglaciaire de l'Outaouais. Si cette hypothèse est bonne, on peut faire remarquer que l'érosion glaciaire ne semble pas avoir retouché la partie en eau du ruisseau où les coudes anguleux se succèdent à peu de distance. L'écoulement d'un glacier aurait régularisé ces obstacles à son avance – sans parler de la chute de château d'eau. Pour la vallée elle-même, les choses sont peut-être différentes. La chute et les coudes seraient-ils post-glaciaires ? (Hypothèse personnelle.)


8. La vallée enfouie de la Gatineau

La Gatineau, en aval du barrage Chelsea (au nord de Gatineau), parcoure les 9 km qui la séparent de l'Outaouais en incisant l'argile marine qui remplit une vallée rocheuse (Q sur fig. 1 et 2). L'épaisseur du manteau d'argile atteint 75 m sous le chemin Freeman (Gatineau). Au lac Leamy, au nord de l'Île-de-Hull, près de l'embouchure de la Gatineau, elle n'est plus que de l'ordre de 25 m. Cette vallée enfouie est probablement d'origine préglaciaire – ce qui n'exclue pas des retouches subséquentes par les glaciers. La question n'est cependant abordée par aucun texte.

Les cartes ne permettent pas d'affirmer que la baie au nord de l'Île-de-Hull appartient ou pas à cette vallée enfouie. La vallée du ruisseau de la Brasserie, du moins son rebord ouest, se perd au nord sous l'argile marine et rejoint ainsi à son tour la vallée enfouie de la Gatineau sans qu'il soit possible de dire, là encore, quelles relations existent entre ces deux vallées.

Une faille E-W, nommée ici faille du lac Leamy, passe au nord de l'Île (FLL ; fig. 2). Son trajet la fait croiser la vallée enfouie à l'embouchure de la Gatineau, mais la multiplicité des failles dans la région et les inévitables coïncidences qui en résultent empêchent de tirer des conclusions trop péremptoires de cette rencontre. Il n'y a aucun lien univoque et automatique entre les failles et le relief.

AJOUT (13 mai 2018)
Le delta de la Gatineau s'étend à partir du lac Leamy sur un terrain où l'argile Champlain a été atténuée par l'érosion fluviatile. À l'origine, le delta se trouvait plus de 2 km au sud de sa position actuelle. Il a migré vers le nord à mesure que l'Outaouais abandonnait d'autres sédiments en amont du delta déjà constitué. L'embouchure de la Gatineau a suivi ce mouvement ; ainsi, le lac Leamy et sa décharge vers l'Outaouais se trouvent sur le trajet d'un ancien lit de la Gatineau. Des chenaux successifs de la Gatineau ont laissé leur empreinte dans la plaine alluviale à l'est du lac. Le ruisseau de la Brasserie devait donc à l'origine couler du sud au nord directement vers le delta primitif de la Gatineau, sans son détour actuel vers l'est (sujet d'un article à venir). 
Voir :
DE BOUTRAY, Bernard - 1998, « Étude préliminaire de la géomorphologie du secteur du Lac Leamy par interprétation des couvertures aériennes en noir et blanc et infra rouge ». Contributions 1998 à la mise en valeur du parc du Lac-Leamy, Hull, Société d’histoire de l’Outaouais, recueil de compte-rendu de recherche, Université du Québec à Montréal, Département des Sciences de la Terre, n.p.
Voir aussi :

LALIBERTÉ, Marcel - 2000. Synthèse : Recherches archéologiques dans le Parc du Lac-Leamy 1993-1999, Écomusée de Hull, 163 p.


9. Sillons sous-glaciaires - lac aux Vairons

Des tranchées ou des sillons d'orientation NW-SE accueillaient autrefois des marécages dans le secteur de la rue Morin, à l'ouest de l'Île, près du ruisseau (5a). L'urbanisation a recouvert ces accidents de terrain sans les effacer complètement, témoin la dépression linéaire de la rue Morin. Ces tranchées interreliées formaient peut-être les éléments d'un réseau hydrographique qui aboutissait à une échancrure dans le flanc de la colline de la rue Wright pour remplir le lac aux Vairons (5b ; Minnow Lake) (LIEN). Ce lac, aujourd'hui remblayé et comblé (parc Sainte-Bernadette), aux rives rocheuses hautes de 9 m, pourrait, avec les tranchées de la rue Morin, être le résultat de l'érosion du calcaire par des torrents sous-glaciaires. Dans ce cas, le lac aux Vairons serait une gigantesque marmite (LIEN). (Tout ce paragraphe : observations et hypothèses personnelles.)

L'escarpement de la colline Wright se termine à l'ouest, rue Saint-Rédempteur, par un court segment orienté N-S, en face du parc Sainte-Bernadette (ligne noire dentée coudée). Il est parallèle à la rive est du lac, taillée dans flanc abrupt de la colline.

On peut noter que les tranchées du secteur Morin sont plus ou moins dans la continuité de la faille des Allumettières. Une marmite, pour laquelle l'hypothèse d'un torrent sous-glaciaire a été évoquée par des géologues (Sharpe et Pugin, 2007 ; voir ce LIEN), s'est d'ailleurs développée dans la zone de faiblesse qu'est la faille (8a ; marmite des Allumettières*).
* Marmite et faille des Allumettières : nommées et décrites par moi. Pour les autres failles de l'Île, ce LIEN.


10. Le lac Flora et ses moraines

Avant d’être asséché et comblé vers 1911, le lac Flora (5c ; parc Fontaine) n’était plus qu’un marécage. Des sondages lui avaient donné 4 m d’eau stagnante et 11 m de vase. Je me demande s'il ne s'agissait pas d'un kettle développé dans les sédiments quaternaires au pied de l’escarpement (LIEN). (Hypothèse personnelle.) La coupe de l'Île de Hull de la fig. 3 montre le bassin (maintenant comblé) du lac dans le manteau de dépôts quaternaires remplissant une dépression du socle calcaire au nord de la colline Wright.

Une moraine (LIEN) ou des segments de moraines coupaient l'Île d'est en ouest depuis le ruisseau de la Brasserie jusqu'au nord du lac Flora (Wilson, 1898). La construction de l'ancien boulevard Saint-Laurent et de son successeur, l'actuel boulevard des Allumettières, a réduit à néant les chances d'en retrouver des vestiges.


11. Ancien réseau hydrographique ?

À l'est de l’Île, on devine, dans les sédiments du Quaternaire, les vestiges d'un (hypothétique) réseau hydrographique qui, à une époque indéterminée, s'écoulait vers l'est et aboutissait à l'Outaouais à la hauteur du quai de Hull (3c et transparent ocre à l'est). Un bras de ce réseau aurait drainé le lac Flora. (LIEN) (Hypothèse personnelle.)


12. Failles et chutes

La faille majeure régionale la plus proche de l'Île, la faille Hull-Gloucester (NW-SE) (FHG sur la fig. 2), passe 1 km à l'ouest de l'île. La faille du lac Leamy (FLL), au nord, est de moindre envergure. Pris entre ses deux failles qui se rencontrent au Lac-des-Fées (fig. 2), le bloc de l'Île-de-Hull s'est enfoncé relativement aux compartiments environnants. Comme l'effondrement s'est produit il y a 150 millions d'années et plus (section 2), l'érosion a eu le loisir d'effacer bien avant le Quaternaire tout relief important qui, dans l'Île et ses alentours, aurait pu résulter du jeu des failles.

(Le bloc découpé par ces failles qui délimitent le compartiment affaissé dépasse les dimensions de l'Île-de-Hull (fig. 2) ; sans le ruisseau et sans l'Outaouais, l'Île n'aurait aucune individualité géographique dans ce bloc. La FHG et la FLL se prolongent en Ontario.)

Il est tentant cependant d'attribuer la chute du château d'eau à un rejet récent (Holocène) de la faille Montcalm, mais celle-ci traverse hauts et bas sans se faire autrement remarquer. Notons malgré tout que le bassin du lac aux Vairons est situé au croisement de la faille Montcalm, des sillons de la rue Morin et de l'escarpement Wrigth. (Observations personnelles.)

Le délabrement de la surface de l'Île-de-Hull, avec ses collines résiduelles et sa vaste baie, évoque une surface ayant subi une attaque prolongée, en tout cas efficace, de l'érosion. À l'inverse, la netteté de la découpe de certains traits topographiques – les tronçons du ruisseau et leurs coudes anguleux, le rebord de sa rive ouest, l'escarpement de la colline Wright (encore plus considérable si on lui ajoute le bassin à son pied (fig. 3)), la chute du château d'eau et celles des Chaudières (étudiées dans un autre billet LIEN), les contours mêmes de l'Île, possède tous les traits d'une topographie plus «neuve». (Observations personnelles.)

La préservation de la rive à l'ouest et au NW du ruisseau de la Brasserie (ligne des 60 m), de même que la plus haute altitude du plateau à l'ouest, contrastent avec l'attaque du relief à l'est où la colline Wright se dresse comme un vestige isolé d'une ancienne surface ; du sommet de la colline Wright au rivage de l'Île, une couche de calcaire de 28 m au moins a été emportée par l'érosion. C'est comme si les deux rives du ruisseau n'avaient pas connue la même histoire. (Observations personnelles.)

La chute de la Grande Chaudière est une création récente ; on sait qu’elle a reculé de 400 m depuis sa naissance (petite ligne rouge ; Goldthwait et al., 1913 ; Johnston, 1917 ; LIEN). Le proto-Outaouais a déblayé l'Île, en partie ou totalement, de ses dépôts quaternaires. Du point de vue géologique et topographique, sauf intervention humaine et le recul de la Grande Chaudière, rien n'a changé depuis 4700 ans. L’exploitation des failles et joints a créé un réseau de passages et de cavernes dans le socle calcaire sous les chutes des Chaudières. Les légendes du Trou-du-Diable (TdD) ne sont pas que des légendes. La documentation à ce sujet existe, mais elle est peu accessible :
«... un réseau d'intercommunication et d'écoulement souterrain assez développé à travers les grandes et les petites fractures et cavernes ouvertes dans le roc...» (LIEN)

Établir une chronologie rigoureuse du développement de la topographie me semble périlleux. Je n'ose pas utiliser l'épithète néotectonique, mais un rejeu récent de certaines failles me semble difficile à écarter pour expliquer certains traits anguleux et linéaires du relief, comme seuil de la chute du château d'eau. Les géologues s'entendent pour dire que l'essentiel de la topographie régionale date du Tertiaire (avant les glaciations), par le jeu normal de l'érosion sur le continent. L'escarpement du Parlement, la colline de la rue Wright existaient déjà avant que la venue des glaces. Cependant, des traits secondaires du relief (le ruisseau, les chutes, etc.) échappent peut-être à ce constat. (Réflexions personnelles.)


13. Conclusion (ou récapitulation)

Du vieux et du neuf. – Le délabrement de la surface de l'Île-de-Hull, avec ses collines résiduelles et sa vaste baie, évoque un relief ou une surface ayant subi une attaque ancienne et efficace de l'érosion. Hors de l'Île, les plateaux sont mieux conservés et dépassent en altitude les sommets de l'Île-de-Hull. À l'inverse, la netteté de la découpe de certains traits topographiques – les tronçons du ruisseau et leurs coudes anguleux, l'escarpement de la colline Wright, la chute du château d'eau et celles des Chaudières, les contours mêmes de l'Île, possède tous les traits d'une topographie plus «neuve». 

La ligne des 60 m à l'ouest du ruisseau dessine probablement la vallée N-S du cours d'eau originel. Cette vallée se perd au nord sous l'argile de la mer de Champlain qui comble et masque la vallée enfouie de la Gatineau sans qu'il soit possible de dire quelles relations existent entre ces deux vallées. Toutes deux sont antérieures, en tout cas, au dépôt de l'argile marine (sont-elles glaciaires ?, pré-glaciares ?). On peut reprendre les mêmes observations à propos de la baie au nord de l'Île.

Certains éléments de la topographie pourraient remonter à des torrents sous-glaciaires (bassin rocheux du lac aux Vairons, tranchées du secteur Morin, marmite des Allumettières). Le lac Flora, au lit vaseux, est peut-être un kettle. Mais le creux du socle (fig. 3) qui l'accueille, sous les dépôts quaternaires de son bassin, a été aussi, selon moi, créé par un torrent sous-glaciaire.

La chute du château d'eau serait-elle une manifestation isolée de néotectonisme ? L'hypothèse vaut qu'on l'examine.

Alignements. – Il faut faire remarquer la coïncidence qui aligne la faille des Allumettières, l'axe du tronçon amont du ruisseau, le rétrécissement de l'Outaouais et les chutes des Chaudières. Toutes ces structures participent à un réseau complexe de failles ou de joints (Hypothèses personnelles.) La chute du château d'eau, faut-il encore le dire, est une manifestation de la faille Montcalm. Répétons cependant qu'il n'y a aucun lien obligatoire ou univoque entre le relief et les failles.

L'eau trouve toujours dans le socle une ligne de faiblesse orientée dans la bonne direction. Si, par exemple, les joints qu'elle a exploités pour creuser les tronçons rectilignes du ruisseau sont présents partout dans le secteur, il faut cependant remarquer que des réseaux ENE et WNW n'ont pas été exploités par le cours d'eau.

Au-delà de l'Île. – Au sud, de l'autre côté de la rivière, la faille Hull-Gloucester et l'alignement décrit plus haut convergent pour se prolonger dans la vallée qui accueille le lac Dow's, à Ottawa, en passant par l'élargissement de l'Outaouais en amont des Chaudières*.
* Ajout (11 févr. 2016). – Il a été possible de repérer, masquée par les sédiments du Quaternaire, une série de fractures d'orientation NW dans le socle paléozoïque sous le campus de l'Université Carleton, à Ottawa. Des chenaux érodés dans le roc, vestiges d'un ancien cours d'eau, leur sont associés. Ces structures sont dans l'axe de la vallée rocheuse qui s'étend au nord du campus à partir du lac Dow's, laquelle vallée, à son tour, suit le parcours d'une faille régionale majeure, la faille [Hull-]Gloucester, d'orientation NW. (C'est moi qui souligne : on est toujours content d'obtenir une confirmation de ses intuitions !) Source : Wilson, Heather C., 1990. The hydrogeology of the Carleton University campus, Ottawa, Ontario. Carleton University, Thesis, M.Sc. LIEN pour la thèse.

Arrivé à ce stade, tant au nord qu'au sud, il faudrait considérer les choses à une échelle plus vaste. On se demande à quoi ressemblerait le secteur de l'Île-de-Hull si l'Outaouais, après la glaciation, avait récupéré son ancien lit, plus au sud (LIEN).

Enfin, pour répondre à la question qui sert de titre à ce billet, «Qui a façonné l'Île-de-Hull ?», nous répondrons : «L'érosion.» L'érosion aérienne et fluviatile avant le Quaternaire, sous un climat plus chaud (LIEN), l'érosion glaciaire et fluviatile durant le Quaternaire, sans que je puisse trop m'avancer pour quantifier la part de l'une et de l'autre. La tectonique (failles, joints) a orienté ou aidé le travail des agents érosifs qui ont, cependant, souvent fait fi de ses manifestations. Pensons que la faille Montcalm traverse les hauts et les bas de l'Île sans se faire remarquer ailleurs qu'à la chute du château d'eau (et peut-être aussi des sillons de la rue Morin).

La tectonique offre, l'érosion dispose. Et efface beaucoup. Reste à savoir pourquoi ses effets ont été plus profonds dans l'Île que dans ses environs immédiats.


14. La vraie fin

Il importe de souligner le caractère superfétatoire du ruisseau de la Brasserie. L'Outaouais aurait facilement pu se passer sans souffrir de ce mince bras (à peine un petit doigt !) qui lui distrait un court instant une part infime de ses eaux. Ceci me conforte dans l'idée que la vallée du ruisseau a précédé l'installation de l'Outaouais dans son lit actuel (LIEN). La vaste baie vacante, au nord, est sans proportion avec l'île qu'elle échancre.


Références

  • L'Atelier de l'Urbanisme Georges Robert, Reconnaissance et appréciation des conditions urbaines, Hull, 1965 : Rapport numéro 1, Trois-Rivières, 27 pages + plans.
  • Atlas du Canada.
  • Michel Allard, 1977 – Le rôle de la géomorphologie dans les inventaires bio-physiques : l’exemple de la région Gatineau-Lièvre. Univ. McGill, départ. de géographie, thèse (Ph.D.), 540 p.
  • J.W. Goldthwait, J. Keele and W.A. Johnston, 1913 – «Excursion A10. Pleistocene : Montreal, Covey Hill and Ottawa», in : Geological Survey, Guide book no.3, Excursions in the neighbourhood of Montreal and Ottawa (excursions A6, A7, A8, A10, A11), Ottawa. Government Printing Bureau, 162 p. (with maps).
  • W.A. Johnston, 1917 – Pleistocene and Recent Deposits in the Vicinity of Ottawa, With a Description of the Soils. Commission géologique du Canada, Mémoires 101, 69 p., avec carte 1662 (1/63 360).
  • B.V. Sanford et Arnott, R.W.C., 2010 – Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State. Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes).
  • D. Sharpe et A. Pugin, Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 p.
  • Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State, Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes)
  • Vézina, Fortier et Associés, Aménagement du ruisseau de la Brasserie, Citée de Hull, 1976.
  • A.E. Wilson, 1938 – Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360).
  • W.J. Wilson, 1898 – «Notes on the Pleistocene Geology of a Few Places in the Ottawa Valley», The Ottawa Naturalist, vol. XI, March 1898, no. 12, p. 209-220.


FIG. 2. – Modifié de Sandford et Arnott (2010). Traits noirs épais : failles ; blanc : Bouclier canadien ; couleurs : plate-forme du Saint-Laurent (grès, dolomie et calcaire, shales) ; ÎdH et contour rouge : Île-de-Hull ; FA : «faille des Allumettières» ; FHG : faille Hull-Gloucester ; FLL : «faille du lac Leamy» ; FM : «faille Montclam» ; Q et ligne bleue tiretée : dépôts les plus épais d'argile marine et de sédiments du Quaternaire. Les petits traits terminés par un cercle le long des failles sont du côté abaissé de la faille. L'Île-de-Hull est à l'extrémité NW d'une écaille délimitée par la FLL et la FHG et qui se prolonge vers le SE. Sans le ruisseau de la Brasserie, elle n'aurait aucune existence propre.


FIG. 3.  – A. Coupe S-N de l'Île-de-Hull passant par le centre du parc Fontaine (ancien lac Flora), modifiée de L'Atelier de l'Urbanisme Georges Robert (1965). L'échelle verticale est 20 fois exagérée (d'après mes calculs). La photocopie du rapport disponible à la Bibliothèque municipale de Gatineau d'où cette reproduction est tirée n'est pas fameuse, comme on le constate. J'ai refait la typographie en ajoutant quelques détails, notamment la ligne horizontale qui traverse la coupe («N.d.l.r.?») pour indiquer le niveau (minimum) de la rivière, laquelle se tient approx. entre 135 et 147 pieds (41 et 45 m). Les altitudes sont en pieds : 220 pi. = 67 m ; 200 pi. = 61 m ; 180 pi. = 55 m ; 160 pi. = 49 m ; 140 pi. = 43 m ; 120 pi. = 37 m.
Le calcaire du groupe de Trenton (Ordovicien moyen et supérieur, 458 - 444 Ma) forme le socle de l'Île. L'argile silteuse a été déposée par la mer de Champlain (ou par le delta de la Gatineau : voir section 8) ; bizarrement, le till glaciaire qui devrait se trouver entre le socle calcaire et l'argile n'apparaît pas (mais le texte semble indiquer que des «boulders« et des «cailloux» (blocs et galets) sont inclus dans l'unité du calcaire de Trenton). Le sable et gravier sont des sédiments laissés par le proto-Outaouais. Le parc Fontaine est sur le site d'un ancien lac (le lac Flora), comblé vers 1911 («Remblayage»). (Les données sur la «Terre noire» manquent.) L'escarpement sur le flanc nord de la colline devrait, me semble-t-il, rendre la pente plus abrupte à cet endroit.
B. La même coupe (d'après A), en silhouette et comprimée en altitude (à 10 % de sa valeur en A) afin de donner une meilleure idée du relief réel. Les sédiments sont en orangés, le socle calcaire en noir.
C. Comme en B, avec les proportions exactes (échelle des altitudes réduite à 5 % de sa valeur en A). Vu ainsi, le relief semble vraiment insignifiant. À pied, et même en voiture, il est parfaitement perceptible !


samedi 7 novembre 2015

Île-de-Hull : ruisseaux et coïncidences (Ajouts)


La publication de ce billet coïncide avec le sixième anniversaire du blogue. Coïncidence, il est question justement de coïncidences dans ce billet.


Île-de-Hull (Gatineau, Québec)

Fond de la carte : Atlas du Canada ; annotations et graphisme : Henri Lessard, 2013-2015.
Carte retouchée le 9, le 17 et le 23 nov. 2015.
Ruisseau de la Brasserie : à l'ouest et au nord de l'Île-de-Hull ;
Rivière des Outaouais : au sud et à l'est de l'Île-de-Hull ;
A5 : autoroute 5 (autoroute de la Gatineau);
BA : boul. des Alumettières ;
CC : chutes de la Grande Chaudière ;
IN : Imprimerie nationale ;
Q et traits noirs tiretés : Quaternaire (dépôts meubles) : la grosseur de la lettre indique l'épaisseur des dépôts : 3 m, 9 m, 15 m ; ailleurs, calcaire ordovicien ;
SC : boul. Sacré-Cœur ;
X : système actuel de fossés et de canalisations ; le segment nord est sur le terrain gagné au-delà de l'ancienne rive (4c) ;
X' : cours d'eau intermittent, fossé (Québec, 1984, Atlas de la Ville de Gatineau) : canal sur le terrain gagné au-delà de l'ancienne rive (4c) ;
X'' : digues ou jetées remontant au moins à 1925 (PNA) pour la plus longue, 1965 pour la plus courte, sans rapport avec le sujet. Leur pérennité et leur visibilité pouvant créer confusion, elles sont maintenue sur la carte (détails dans le billet du 19 nov. 2015) ;
? : «partage des eaux» impossible de 4d ;
?? : jonction impossible de 3c avec 4d' ;
3c (en blanc) : hypothétique réseau hydrographique ;
4c : ancien rivage (Jonhston, 1915) ;
4d et 4d' (en bleu) : anciens ruisselets (Jonhston, 1915) ;
5b : ancien lac Minnow (schématique), ou lac aux Vairons (parc Ste-Bernadette actuel)
5c : ancien lac Flora (schématique), aujourd'hui parc Fontaine ;
50 m, 60 m et lignes brunes grasses : courbes de niveau mises en évidence ;
Cercle blanc : canalisation déversant l'eau ; cercle noir : canalisation recueillant l'eau. Les canalisations ont été repérées sur le terrain, plusieurs sont visibles sur les photos aériennes de Google et de Bing.
Traits noirs dentelés : escarpements.

Version complète de la carte dans le billet du 10 août 2013, «Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique».


Résumé

Deux ruisselets se jetaient autrefois dans le ruisseau de la Brasserie au nord de l'Île-de-Hull ; la dernière partie de leur cours est reprise par des fossés et canalisations actuelles. L'hypothèse de l'existence d'un paléoréseau hydrographique post-Champlain s'écoulant vers l'est dans la rivière des Outaouais est aussi soulevée. Les ruisselets et le paléoréseau auraient été liés au lac Flora, maintenant comblé (parc Fontaine).
31G/05
Billets reliés
Aussi :


J'ai parlé dans mon billet du 1er nov. 2015 du couple de ruisselets* qui se jetaient autrefois – ou qui se seraient jetés, toute la question est là ! – dans le ruisseau de la Brasserie, au nord de l'Île-de-Hull. L'existence de ces deux cours d'eau n'est pas avérée et, même si j'entretiens un fort parti pris en faveur de leur réalité, il reste que les sceptiques ont quelques arguments à faire valoir. Mais, jusqu'à preuve du contraire, je continue à défendre mon hypothèse.

* «Ruisselets» pour éviter la confusion avec le ruisseau de la Brasserie (qui est en fait un bras de la rivière des Outaouais).

Les ruisselets ne figurent à ma connaissance que sur un seul document, la carte des terrains meubles de la région d'Ottawa («Unconsolidated Rocks») publiée en 1915 par Johnston à la Commission géologique du Canada. Un rapport du même auteur est venu compléter la carte en 1917. Le fond de celle-ci (topographie, hydrographie, routes, etc.) est «Based on a map published by the Department of Militia and Defence». Que des gens sérieux !

Aucune autre carte antérieure, contemporaine ou postérieure à celle de Johnston ne montrent ces ruisselets. Aucune photo aérienne non plus, la plus ancienne que j'ai pu consulter datant de 1925.

Il y a de quoi entretenir le doute sur la réalité de ces ruisselets.

Concentrons-nous sur le plus important des deux ruisselets (4d sur la carte) celui qui, prenant sa source dans le lac Flora (parc Fontaine actuel ; 5c), traversait plus de la moitié de l'Île-de-Hull pour s'écouler dans le bras nord du ruisseau de la Brasserie.

(Je fais abstraction dans la discussion des artefacts modifiés ou créés après la parution de la carte de Johnston (1915), soit le remblais des boulevards des Allumettières (BA) et du Sacré-Cœur (SC) ainsi que le terrain nivelé autour de l'Imprimerie nationale (IN).)

L'ancien lac Flora était situé, très logiquement, dans un creux. La dépression – sous la ligne des 50 m (courbe de niveau soulignée) – est encore sensible dans la topographie du parc Fontaine, l'assèchement du lac n'ayant rien modifié de ce point de vue (altitude du parc : 44 m). (Voir les billets des 3 et 5 févr. 2016.) Un ruisseau qui aurait prétendu drainer les eaux du lac vers le nord aurait eu, au préalable, la tâche d'inciser le terrain qui, à partir de la rive nord, atteignait ou dépassait les 50 m d'altitude. Travail qui aurait laissé une cicatrice évidente dans le paysage sous la forme d'un ravin de plusieurs mètres de profondeur dont il n'existe aucune trace ou vestige*. Ce n'est qu'à la hauteur de l'actuelle rue Edgard-Chénier (point ?, altitude env. 46 m) qu'un cours d'eau aurait pu s'écouler librement vers le nord en suivant la pente du terrain jusqu'au ruisseau de la Brasserie (altitude 44 m). La section du ruisselet qui s'engage dans cette déclivité, encore sensible de nos jours, est la seule qui semble plausible.
* Travail d'autant plus ardu que le lac Flora tenait davantage du marécage que le du lac proprement dit.

Au nord du boulevard Sacré-Cœur, un système de fossés et de canalisations (X ; voir billet du 1er nov. 2015, lien plus haut) se confond avec la section la plus septentrionale du ruisselet 4d et la prolonge jusqu'au niveau rivage du ruisseau de la Brasserie, plus au nord qu'à l'époque de Johnston (4c). Coïncidence ? 

Pour l'autre ruisselet, à l'est du premier, plus modeste (4d'), la topographie oppose un talus de dépôts meubles à sa descente vers le nord (courbe de niveau des 50 m), nonobstant le fait que le secteur, à l'intersection de boulevards et d'autoroutes, a été considérablement modifié depuis le début du XXe s. Une fois cependant le bourrelet franchi, rien ne s'oppose à la descente des eaux vers le nord. Une découverte de dernière minute sur une carte topographique du Gouvernement du Québec (1984) m'a fait connaître, dans le prolongement approximatif du ruisselet 4d' , l'existence d'un «cours d'eau intermittent ou fossé» (X') débouchant dans le ruisseau de la Brasserie.

Coïncidence, encore ?



L'Île-de-Hull sur la carte de Jonhston (1915 ; détail). À partir du lac Flora (un peu en bas du centre de l'Île-de-Hull), l'eau ne peut s'écouler que vers le nord ou vers l'est. (La géologie des zones urbanisées ont été laissées en blanc.)


Puisque nous parlons des dépôts du Quaternaire, il est intéressant de noter que le lac Flora et les ruisselets sont confinés au territoire de l'Île couvert par ces dépôts meubles (Q). Ce genre de sol est plus facile à inciser que le socle calcaire qui affleure ailleurs. Au sud du lac Flora, un escarpement sépare la «haute île» rocheuse de la «basse île» couverte de dépôts meubles.

D'un autre côté, la topographie, à partir du point ?, appelle, exige le ruisselet 4d. Une anse en forme de V dont la pointe correspondrait au point ?, une sorte de baie à sec, est configurée comme exprès pour drainer les eaux du secteur vers le nord, vers le ruisseau et la baie qui existait à l'époque de Johnston (4c). (La courbe des 50 m au nord du boul. Sacré-Cœur soulignée sur la carte dessine l'allure de ce V à mi-parcours vers le ruisseau.)

Voilà donc un ruisselet introuvable et improbable dont l'existence s'avère logique et même indispensable !

On pourrait donc dire que les deux ruisselets sont à la fois non plausibles (parce qu'invisibles sur la plupart des documents) et nécessaires (pour leur section nord, si l'on se fie à la topographie). Des sections de la canalisation actuelle au nord de l'Île-de-Hull, nous l'avons vu, se confondent ou prolongent les deux ruisselets (X et X').

Mon idée est que Johnston, dans le pire des cas, n'a pas erré totalement. Les ruisseaux ont pu être enterrés et canalisés sur toute leur longueur. Travail inutile pour le nord de l'Île, inhabitée. Si quelqu'un a une meilleure hypothèse...


Paléoflora ?

L'examen du relief dans l'Île m'a déjà incité à formuler l'hypothèse, à une époque reculée, d'un écoulement vers l'est, plus compatible avec le terrain autour du lac Flora (voir billet du 10 août 2013, lien plus haut). Les courbes de niveaux (50 m), en effet, conserveraient le souvenir de ce qui me semble d'anciens cours d'eau ayant érodés les dépôts meubles (3c). L'embouchure de ce paléoréseau aurait été situé à la hauteur du quai de Hull. Un des bras de ce réseau se confond d'ailleurs avec le ruisselet 4d' (au point ??). Confusion problématique : un ruisseau ne peut s'écouler simultanément dans deux directions opposées !

Cette hypothèse suppose un paléolac Flora plus étendu que le lac historique que nous connaissons. Après le départ de la mer de Champlain, il y a 10 000, le niveau de l'Outaouais a été assez élevé jusqu'à vers 8500 ans (voir le billet du 11 mars 2014) pour nettoyer une bonne part de l'Île-de-Hull de ses dépôts glaciaire et marins (d'où l'importance du socle dans l'Île). L'existence d'un superpaléolac Flora transitoire n'est donc pas du tout déraisonnable. Est-ce que ce super Flora aurait pu alimenter un ruisselet capable de frayer son cours vers le nord en érodant les dépôts meubles ?

Hypothèse risquée...


Conclusion

Nous avons donc dans l'Île-de-Hull a) deux ruisselets d'existence problématique se jetant dans le ruisseau de la Brasserie et b) un hypothétique paléoréseau hydrographique s'écoulant vers l'est pour rejoindre la rivière des Outaouais.

Les ruisselets 4d et 4d' de Johnston (1915) – du moins dans la partie de leurs cours proche du ruisseau de la Brasserie – et les fossés-canalisations X et X' obéissent aux mêmes contingences et assurent les mêmes fonctions : drainer les eaux du nord de l'Île-de-Hull vers le ruisseau de la Brasserie en suivant la pente du terrain. De là à assurer que les seconds ont été calqués sur les premiers, il n'y qu'un pas à franchir. Ce qui semble être des coïncidences ne sont que des continuités.

Quant à l'hypothétique péléoréseau hydrographique s'écoulant vers l'est à partir d'un paléolac Flora, l'hypothèse est trop tentante pour que je résiste à la tentation de la reformuler aujourd'hui...


Ajout (27 janv. 2016)

Un peu de nouveau sur le lac Flora (pour moi au moins, c'est du neuf).

La lac Flora avait la fâcheuse habitude de déborder chaque printemps. En 1885, on abaissa ses eaux par la construction d'un canal de drainage. Après les inondations vinrent les maladies. En effet, le lac atrophié en marécage stagnant fut bientôt transformé en dépotoir ; s'accumulant en plein centre d'un quartier ouvrier, les immondices causèrent des épidémies de choléra et de typhoïde. Le lac est finalement asséché vers 1910. La Ville offre le terrain à la C.P.R. pour qu'elle y construise une gare, laquelle ne fut jamais érigée. L'espace servi plutôt de parc de stationnement jusque dans les années 30. En 1936, le parc Fontaine fut créé et baptisé en l'honneur de l'ancien maire de Hull, Joseph-Éloi FontaineReformulé et complété de : Ottawa : passé & présent.

Évidemment, on peut se demander si le ruisseau 4d qui, sur la carte de Jonhston, part du lac Flora pour atteindre le ruisseau de la Brasserie ne serait pas le fameux canal de drainage... Comme on ne précise pas par où il passait, on est embêté de répondre de façon péremptoire. 

Mon hypothèse serait que le canal fut creusé en direction du ruisselet 4d, vers le nord, qui s'écoulait déjà dans le ruisseau de la Brasserie. Ainsi, l'apparente impossibilité d'un ruisseau partant du lac pour couler à contre pente, vers le nord, pour la première partie de son cours, trouverait explication. Le ruisselet 4d serait de nature mixte : canal artificiel jusqu'au «point ?», ruisselet naturel au nord de celui-
ci.

D'ailleurs, depuis le lac, un canal vers le «point ?» est plus court que celui vers la rivière par l'autre trajet possible, par le 3c. Ce trajet aurait eu en outre l'inconvénient de couper plusieurs rues et de passer à travers des lots bâtis. Le trajet nord était relativement libre à l'époque.
Revoyez la carte de Jonhston.

Il
y aurait donc eu deux ruisselets s'écoulant dans la vaste baie (4c) ouverte au nord de l'Île-de-Hull, baie trop vaste pour ne pas participer au drainage naturel de l'Île ; l'un d'eux (4d) fut «harnaché» ou plutôt greffé d'un canal artificiel afin de participer au vidage du lac Flora. L'autre ruisselet (4d') ne fut pas touché par les travaux.

Ce n'est qu'une hypothèse, en attendant plus amples données. Trouve-t-on des vestiges de ce canal ? Quelle était sa profondeur ? Peut être fut-il en partie souterrain ? Le canal existe-t-il encore, sous terre, un peu comme le ruisselet 4d qui a été canalisé et «urbanisé» ? S'il a été enterré, c'est il y a longtemps, avant les premières photos aériennes qui n'en montrent aucune trace.

Questions pour l'instant sans réponse.

Notes. – Raymond Ouimet, historien, précise que le lac Flora fut comblé de 1912 à 1919. Source :  http://raymond-ouimet.e-monsite.com/pages/saviez-vous-que.html
Voir aussi le site «Les Quatre Saisons» de Jean Provencher à propos de feux follets sur le lac :
http://jeanprovencher.com/2014/05/03/un-lac-complet-de-feux-follets/



Ajout (28 janv. 2016)

Voici deux articles de l'Evening Citizen d'Ottawa datant de 1911 et 1913. Ils permettent de préciser que la lac Flora était déjà drainé, mais encore boueux, en 1911 (1,5 m de boue ou de vase), et asséché, en 1913. L'article de 1913 parle d'un sewyer (sic ? ; un sewer plutôt ?), ou égout. Alors, j'aimerais savoir, le lac a été drainé par un canal («Ajout» du 27 janv. 2016) ou par un égout ? 




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Références

  •  Atlas de la Ville de Gatineau.
  • Atlas du Canada.
  • W.A. Johnston, 1915 – Ottawa, Carleton and Ottawa Counties, Ontario and Quebec.Commission géologique du Canada, Carte géologique polychrome 1662, 1 feuille (1/63 360), doi:10.4095/107538
  • W.A. Johnston, 1917 – Pleistocene and Recent Deposits in the Vicinity of Ottawa, With a Description of the Soils. Commission géologique du Canada, Mémoires 101, 69 p., avec carte 1662 (1/63 360).
  • Gouvernement du Québec, Hull, 1:20 000. 1984
  • Photothèque nationale de l'air, photo HA67, no 60, 4 nov. 1925.


Ajout (11 févr. 2016)

Ce qui suit devait faire l'objet d'un billet indépendant. Pour pallier ma mauvaise habitude de diffuser l'information au fur et à mesure que j'en prends connaissance, ce qui la disperse en une multitude de billets, j'inscris cet ajout à celui-ci, pourtant déjà passablement long.


Ajout 10 févr. 2016, fig. 1. - Le ruisseau de la Brasserie, au nord de l'Imprimerie nationale, boul. Sacré-Cœur, Gatineau (Québec).
En haut : détail de la couverture de Hull 1962 (couleurs inversées pour faciliter la lecture : le document imprimé est en lignes blanches sur fond brun).
En bas : détail d'un plan du Projet Secteur Fournier (1975). On note un élargissement du ruisseau de la Brasserie au dépens de la rive droite (sud).
Imprimerie  nationale : édifice en bas, au centre des deux images.
(Les deux cartes : photos prises à main levée, distorsions possibles.)

Autres billets sur le même sujet


Les figures 1 et 2 dont il est question sont celles de cet «Ajout».
Les deux documents dont je montre ici des détails (fig. 1 et 2) datent, l'un de 1962, l'autre de 1965. Ils permettent d'apporter un peu de lumière sur la mystère des deux ruisselets (voir carte au début du billet) qui, selon une carte du début du XXe s. (Jonhston, 1915), drainaient le nord de l'Île-de-Hull en se jetant dans le ruisseau de la Brasserie.

Je rappelle qu'aucune autre carte que celle de Johnston, d'aucune époque, ne montre ces ruisselets. Aucune photo aérienne non plus. De quoi entretenir un doute sur leur existence. Les nouveaux documents ont l'avantage d'être à petite échelle, d'offrir une vue très détaillée de la topographie, tant urbaine que naturelle.

En 1962 (fig. 1 et 2 : carte fond bleu), aucune trace ne subsistent de ces hypothétiques ruisselets. Un pipe-line (X'' sur fig. 1 et 2 : les codes sont ceux de la carte au début du billet) déversait au milieu du ruisseau de la Brasserie le surplus des eaux de pluie recueillies dans des fossés ceinturant le parking de l'Imprimerie nationale*. En 1975 (fig. 1 et 2 :  carte fond blanc), après la construction de l'autoroute 5 et celle d'un immeuble à logements à l'est de l'Imprimerie, la situation a changé. Le pipeline semble abandonné (une section émerge toujours des eaux du ruisseau**).
* Hypothèse de ma part, mais je ne vois aucune autre justification à ce pipeline. Dernière minute : on me dit que ce pipeline pourrait avoir servi aux tours de refroidissement de la chaufferie de l'Imprimerie (qui ne serait plus en fonction). AJOUT (29 mai 2018). - Sur les cartes d'un rapport de l'Atelier de l'Urbanisme (1965), la structure est identifiée comme un « Pipe Line ». Réf. : L'Atelier de l'Urbanisme Georges Robert, 1965 – Reconnaissance et appréciation des conditions urbaines, Hull, 1965 : Rapport numéro 1. Trois-Rivières, 27 pages + plans.
** Cette section apparaît toujours sur les photos aérienne, couverte de végétation, quand elle n'est pas submergée par le ruisseau. Je ne peux préciser sa nature exacte et son état actuel. 

Surtout, deux structures nouvelles sont apparues sur la carte de 1975 :

  • X : suite de tranchées à ciel ouvert et de canalisations enfouies. La sortie de la dernière section de canalisation au nord de l'autoroute a été repérée sur le terrain (fig. 3) ;
  • X' : tranchée artificielle à ciel ouvert, dans un boisé récent, en aval d'une canalisation, repérée sur le terrain, débouchant au nord de l'autoroute 5 (fig. 3).

Or, ces deux structures coïncident avec le trajet ou le prolongement des deux ruisselets (comparez la fig. 2 avec la carte au début du billet). Quelle coïncidence !

Deux hypothèses sont possibles.

Les ruisselets représentés par Johnston n'ont jamais existé et la coïncidence avec X et X' n'est qu'une simple... coïncidence !

Autre hypothèse : les ruisselets ont déjà existé et ont comblés peu après 1915. Les nécessités du drainage – nécessités qui se réduisent à une seule : suivre la pente la plus forte – ont fait que les structures X et X', installées entre 1962 et 1975, ont suivi les mêmes pentes que les anciens ruisselets. Ce qui tendrait à accréditer l'hypothèse de leur existence.

Aucune de ces structures (X, X' et X'') n'est reliée au système d'égouts.

Le drainage des fossés autour de l'Imprimerie est désormais assurée par le système X. Si le pipe-line est toujours en usage, je n'ai pas vu son entrée sur le terrain.


Références
  • Hull 1962 : Études de rénovation urbaine. La Rénovation urbaine à Hull : rapport / préparé sous la direction de la Commission d'urbanisme de la cité de Hull, Georges Bilodeau président et du Comité général d'urbanisme de la cité de Hull et de ses environs, A. Turpin président, Jean-Marie Martin, Edouard Fiset experts-conseils et Assad Gedey directeur de l'étude, en collab. avec les urbanistes de la Commission de la Capitale nationale. Coll. Études de rénovation urbaine, 205 p.
  • Ottawa : Commission de la Capitale nationale : Société canadienne d'hypothèques et de logement. Projet Secteur Fournier, Hull, Québec. 1975.


Fig. 2. - Détails annotés. Mêmes codes que pour la carte x.
En haut (1962). – La structure X'' : en réalité il s'agit de deux structures distinctes qui n'ont rien en commun. Comme j'ignorais encore leur nature, je les avais regroupées sous la même appellation sur la carte au début du billet. La longue ligne rouge correspond à une digue (?) qui apparaît sur une photo aérienne de 1925 (billet 19 nov. 2015). [AJOUT. À propos de cette digue, voir le billet du 14 juillet 2019 et du 11 février 2019.] Ici, le X'' correspond uniquement au «pipe line» dont la fonction, selon toute vraisemblance, était de drainer vers le ruisseau de la Brasserie l'eau du fossé qui entourait le terrain de l'Imprimerie nationale.
En bas (1975). – La structure X'' semble abandonnée. Seule demeure la section dans le lit du ruisseau. (Les photos aériennes la montre couverte de végétation lorsqu'elle n'est tout simplement pas submergée.) J'ai aussi indiqué la position de la partie amont du pipeline. En réalité, sur le terrain, rien n'est apparent et j'ai l'impression que cette partie de la canalisation est totalement abandonnée.
La structure X', quant à elle, correspond à un simple fossé artificiel à ciel ouvert en aval d'une canalisation chargée d'évacuer les eaux de pluie vers le ruisseau de la Brasserie.
La structure X est apparue avec la construction de l'immeuble à logements dans les années 1970. Il s'agit, comme je l'ai déjà décrit, d'une enfilade de fossés à ciel ouvert et de canalisations enfouies aboutissant au ruisseau, au nord de l'autoroute 5.
Il a été possible de suivre les structures X'' et X' sur le terrain (voir les canala carte au début du billet). Aucune de ces structures ne semble reliées au système d'égouts. Toutes trois sont artificielles.