mardi 5 janvier 2021

Hors sujet : l’Île-de-Hull et le Vieux-Hull




Hull est née sur une île avant de la déborder. Ici, carte montrant son étendue en 1863 ; jusqu'à son incorporation en 1875, on parlait plutôt de Wrightstown ou du village de Hull. L'île est entourée par l'Outaouais et le ruisseau de la Brasserie (un bras de l'Outaouais en réalité). Je n'ai pas résisté à la tentation de retoucher la frontière Québec-Ontario (pointillé rouge) pour inclure l'île Russell (R rouge), ou les îles Russell, selon la hauteur des eaux, au Québec, comme il se doit ((voir mon billet du 4 mai 2013, « Gatineau-Ottawa : courbe immotivée ? »).
La carte, dressée par Jacques Delisle, c.a., provient d'une publication de la Ville de Hull pour le centième anniversaire de son incorporation.


Naïvement, je croyais être né dans l'île de Hull. Je me trompais, je suis né dans le Vieux Hull (ce qui ne me rajeunit pas). L'île de Hull est ma cadette, ma petite sœur (ça ne me rajeunit pas davantage).

Pour les Hullois, l'expression île de Hull (ou Île de Hull, ou Île-de-Hull, selon les sources, dont je respecte l'orthographe dans les citations) décrit une réalité si incontestable et si évidente qu'elle se formule d'elle-même. Hull est née dans l'île du canton de Hull et a été longtemps confinée à ce morceau de terre entouré par l'Outaouais et le ruisseau de la Brasserie - lequel n'est en réalité qu'un bras de l'Outaouais (voir carte).

Loin de remonter aux premiers chapitres de l'histoire de Hull, cette dénomination semble être née dans les années 1960, à la suite des bouleversements de la Révolution tranquille et des mouvements de revendications et de contestation populaires, notamment contre les expropriations qui ont reconfiguré (ou défiguré...) l'ancien centre-ville commercial et industriel de la ville et son quartier ouvrier. Pour rappel, voir mon billet du 31 janvier 2020 sur Les Dépossédés du Vieux-Hull, de Pierre Raphaël Pelletier. Pelletier relate l’histoire d’un quartier populaire, d’un quartier ouvrier. Entre 1969 et 1975, 1600 1500 maisons sont démolies, 6000 familles personnes sont expulsées de façon cavalière pour faire place aux édifices fédéraux et provinciaux. Les Dépossédés du Vieux-Hull remémorent le drame des gagne-petit arrachés à leur cadre de vie, aux liens familiaux et sociaux qui tissaient la trame de leur existence. L'île de Hull - ou le Vieux-Hull - a été saccagée, ce qu'on ne pouvait exproprier - l'église Notre-Dame, l'hôtel de ville - a opportunément disparu en fumée. Magouilles financières et tripotages politiques l’ont emporté ; l'omerta clouait les lèvres. Protestations et contestations n’ont rien changé à l’affaire.

Chronologie


L’ouvrage Le Nord de l'Outaouais (1938) ignore l'expression île de Hull. Ses auteurs (pour la majorité des ecclésiastiques) préfèrent la découpe du territoire en paroisses, les deux premières fondatrices, Notre-Dame-de-Grâce et Très-Saint-Rédempteur, étant situées dans l'île. On chercherait aussi en vain dans ses pages l'expression vieux Hull. Bilan identique pour le livre de l'historien Brault (1950). On parle de Wrightstown ou du village de Hull avant l'incorporation de 1875, de Hull, de la cité de Hull, de la ville de Hull pour l’époque suivante, jamais de l'île ou du vieux Hull.

Quand a-t-on commencé à parler de l’île de Hull ?

Poirier (1986, p. 317) nous apprend dans Qui a volé la rue Principale ? que l'A.G.I.H. (Assemblée générale de l'Île de Hull) a été fondée en août 1968. C'est la plus ancienne attestation du nom que j'ai pu trouver. Dans un texte postérieur, le même auteur écrit :

L'évêque fondateur [du diocèse de Gatineau-Hull] avait déjà installé [en 1963] la cathédrale et l'évêché du diocèse dans ce qu'on appelait alors le « Vieux Hull » et qui est devenu par la suite l'« Île de Hull » (Poirier, 1995).


Le survol de l'ouvrage de Poirier (1986) ne permet de repérer que de rares occurrences de la dénomination vieux Hull, dont l'une pour rappeler la déclaration de l'ancien député libéral à Québec Oswald Parent selon laquelle il comptait parmi ses regrets celui de « n'avoir pas réussi à faire disparaître le vieux Hull (Le Droit, 17 mai 1985, p. 13 ; cité par Poirier, 1986, p. 18). »

Rapidement, le nouveau toponyme s’ancre dans l'usage et trouve place dans les textes administratifs et officiels. On peut trouver un exemple de son emploi dans les résolutions du conseil municipal en parcourant la thèse de Legris-Dumontier (2014, p. 98). Dans l'Histoire de l'Outaouais (Gaffield, dir., 1975), l'île de Hull apparaît à la page 472, lorsqu'il s'agit de citer le rapport de la CCN intitulé Hull 1969-1995 (1969). Jusque-là, l'ouvrage ne parlait que du centre-ville, centre de Hull - mais aussi du vieux Hull, précisons-le
.

L'île de Hull serait donc née dans les milieux communautaires entre 1963 et 1968 ; en 1969, elle fréquentait le grand et vaste monde. 

Mon avis très humblement soumis à votre sagacité est que l'expression île de Hull serait l'enfant de la Révolution tranquille et de l’émancipation du Québec de la tutelle de l'Église catholique ; se référer aux paroisses, comme cela avait toujours été fait, était sans doute devenu obsolète, voir dérangeant. Le nouveau nom de baptême (façon de parler), île de Hull, aurait consacré la laïcisation de la géographie urbaine et sociale*. La dénomination permettait en plus de rassembler en un tout l’ensemble de la population de l'île, répartie en plusieurs paroisses et affiliations religieuses. Elle est peut-être venue à point pour remplacer l'expression Vieux-Hull, sentie comme péjorative. Mais ceci est une autre hypothèse de ma part... L'historien Raymond Ouimet, conseillé du quartier Frontenac en 1982, m'a confié comme pour confirmer mon intuition que plusieurs de ses concitoyens de l'époque détestaient l'expression Vieux-Hull. « Et je n'ai jamais compris pourquoi. Pourtant nous aimons bien Vieux-Québec ! » ajoute-t-il. Mais ces gens qui s’étaient fait dire qu’ils habitaient des taudis, que leur quartier était un bidonville ont sans doute eu un sursaut de fierté et susceptibilité bien compréhensible.
* Laïcisation qui s’est faite avec le concours et la bénédiction, pourrait-on dire, de l’Église de Gatineau-Hull. Voir Poirier (1986, 1995). Petite note supplémentaire. - En 1972, les quatre paroisses de l'île de Hull (Notre-Dame-de-Grâce, Très-Saint-Rédempteur, Sainte-Bernadette, Sacré-Coeur) sont regroupées dans la la Zone de l'Île de Hull ; enfin, en 1982, la paroisse Notre-Dame de l'Île est officiellement érigée par l'archevêché. (Source : Boucher, 1988, p. 26.) Il est ironique de voir que l'Église catholique, qui a déterminé l'espace civique avec ses paroisses et ses toponymes s'est d'abord effacée, laissant cet espace se définir et se nommer lui-même (Île-de-Hull) pour, à la fin, dans un mouvement inverse, couler ses paroisses dans ce même espace civique et lui emprunter ses toponymes...

Ainsi, la polyvalente de l'Île, située à l'angle de la rue St-Rédempteur et du boulevard Sacré-Cœur, aurait, si on avait suivi les façons anciennes, porté le nom de polyvalente St-Rédempteur ou du Sacré-Cœur lorsqu'elle a ouvert ses portes en 1976.

Selon la Commission de toponymie du Québec, le toponyme Île de Hull aurait été officiellement adopté le 24 avril 1992, longtemps après sa banalisation, donc. 

Conclusion


Le toponyme Île de Hull, on l’a vu, serait apparu entre 1963 et 1968 dans les milieux communautaires pour remplacer celui de Vieux Hull et se superposer aux découpage municipal et paroissial. Bizarre comme l'expression, si courante aujourd'hui, semble dater de toujours. Elle s'est imposée tout naturellement et on peut se demander pourquoi il a fallu attendre si longtemps pour qu'elle apparaisse tant elle décrivait une évidence. Bien des auteurs utilisent ce toponyme de façon anachronique, comme s’il datait des débuts de la ville.

Mais le vieux Hull ne s'est pas effacé pour autant. 

En 1975, encore, Pierre Gaudet a fait paraître un sombre pamphlet sur l'état d'aliénation de l'île sans jamais employer une autre expression que « le Vieux Hull ». L'expression Vieux-Hull ou vieux Hull est toujours en usage, cf. Les Dépossédés du Vieux-Hull, de Pierre Raphaël Pelletier, évoqué plus haut. Les vieux toponymes ne disparaissent pas comme ça - témoin l'obstination de plusieurs à parler de Hull plutôt que Gatineau.

À partir de quand le Vieux Hull a-t-il été assez vieux pour mériter de s'appeler ainsi ? Cinq-Mars, dans Hull, son origine, ses progrès, son avenir (1908), ne connaît pas de vieux Hull. Mais il faut dire qu'à l'époque, il ne restait guère de vieux bâtiments à Hull puisque le feu de 1900 avait rasé 40% de la ville. (Voir « Le grand feu de Hull », blogue de Raymond Ouimet.)

Comme Brault semble ignorer l'expression vieux Hull encore en 1950 (sous réserve d’une relecture plus attentive de son ouvrage), il faut supposer que le vieux Hull est relativement jeune, toponomyquement parlant. Pourtant, Pierre Raphaël Pelletier assure que, dans les années 1950, la population était fière de son Vieux-Hull.

Autre question : qui est le génie qui a trouvé la dénomination île de Hull ? Avait-il prévu le succès de sa trouvaille ? Et celle du vieux Hull ?

Je termine piteusement ce texte en vous implorant de me communiquer ce que vous savez sur ces questions de toponymie hulloise, moi, j’ai dit tout ce que je sais.

Sources

  • BOUCHER, Romuald, « La paroisse Notre-Dame-de-Grâce de Hull », dans : VILLEMAIRE, Luc (coord.), Outaouais : le Hull disparu, Institut d'histoire et de recherches sur l'Outaouais Inc. (IHRO), 1988, p. 23-28.
  • BRAULT, Lucien. Hull 1800-1950. Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1950, 262p.
  • CINQ-MARS, Ernest E., Hull, son origine, ses progrès, son avenir. Éditeurs Bérubé frères, 1908.
  • COLLECTIF, Le nord de l’Outaouais : Manuel-Répertoire d’Histoire et de Géographie régionalesLe Droit, Ottawa, 1938, 396 p.
  • GAFFIELD, Chad, dir., Histoire de l'Outaouais, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, coll. «Les régions du Québec», n° 6, 1994, 876 p.
  • GAUDET, Pierre, « Le Vieux Hull », Co-incidences, vol. 5, nos 2-3, mars-avril, oct.-nov., p. 5-25, 1975, revue des étudiants en lettres françaises de l'université d'Ottawa.
  • LEGRIS-DUMONTIER, Sophie-Hélène, La Commission de la capitale nationale et l’Île de Hull : entre identité nationale et conscience régionale (1959-1979), thèse présentée à la Faculté des études supérieures et postdoctorales à titre d’exigence partielle en vue de l’obtention de la maîtrise ès arts en histoire, Université d’Ottawa, 2014.
  • OUIMET, Raymond, Une ville en flammes, Hull, éd. Vents d'Ouest, 1997.
  • PELLETIER, Pierre Raphaël, Les Dépossédés du Vieux-Hull : récit poétique, Ottawa, Les Éditions David, coll. « Indociles », 2020, 144 p. http://geo-outaouais.blogspot.com/2020/01/les-depossedes-du-vieux-hull-recit.html
  • POIRIER, Roger, Qui a volé la rue principale ?, Montréal, éditions Départ, 1986, 331 p.
  • POIRIER, Roger, « Engagement social du diocèse Gatineau-Hull (1963-1987). » Nouvelles pratiques sociales, 8 (1), 173–183, 1995.

mercredi 30 décembre 2020

L'île Hull à Ottawa ?

 

L'île Hull, à Hull (Gatineau), le 7 juillet 2014, en face de l'Île-de-Hull (ne pas confondre !). Le saule n'a pas résisté à la crue historique de 2017 (voir billet du 11 sept. 2019, « Désolation sur l'île Hull ».)
La photo a été prise depuis le belvédère derrière la Cour suprême, à Ottawa. 
Les mouettes manquent à l'appel (lire l'article pour saisir l'allusion.)










L'habitude d'agir avec désinvolture lorsqu'il s'agit de créer ou de manipuler les cartes semble décidément bien implantée. 

Dans un billet publié le 31 mai 2020 (« Frontière Gatineau-Ottawa déplacée ? »), je dénonçais cette manie qu'avaient prise les éditeurs et diffuseurs de cartes (Google et autres) de faire flotter la frontière Québec-Ontario dans la rivière des Outaouais sans égards aux conventions reconnues et acceptées. Il leur arrive de la faire dériver au point que des îles changent de province - toujours à l'avantage de l'Ontario. Leur sens de l'initiative (ou leur sans-gêne) va jusqu'à débaptiser d'autorité des îles qui ont pourtant des toponymes reconnus (voir billet du 6 juin 2020, « Comment Isaac est devenu Kate sans cesser d'être île »). 

Pour tout cette discussion, prière de vous référez aux cartes reproduites plus bas.

On peut ajouter à ces annexions sournoises et à ces changements de noms intempestifs le cas de l'île Hull, île québécoise entre l'Île-de-Hull (ne pas confondre !), à Gatineau, et le promontoire de la Cour suprême, à Ottawa. Anciennement nommée Lone Pine Island (voir billet du 19 avril 2014), elle est depuis longtemps identifié sous le toponyme île Hull sur les cartes topographiques officielles. (Notez que si ce toponyme n'est pas reconnu par la Commission de toponymie du Québec ni inclus dans la base de données toponymiques du Canada, le fait qu'il apparaisse sur les cartes éditées par le gouvernement du Canada lui donne une légitimité certaine.)

Des éditeurs de cartes modernes l'ont renommée Île aux Mouettes - ce qui est descriptif, sans conteste, et tout à fait juste, du moins une partie de l'année, mais néanmoins abusif puisqu'elle a déjà un nom - ; dans certains cas, la frontière est déplacée vers le nord ce qui annexe l'île Hull à l'Ontario. 

Un morceau de Hull dans Ottawa ?... Et combien d'îles dans l'Outaouais pourraient se décrire comme « île aux Mouettes » ?... Presque toutes.

Une certaine légèreté semble décidément présider à l'édition des cartes privées (Google et autres, pour ne pas les nommer), souvent reprises par les autorités publiques. Je pourrais multiplier les démonstrations pour illustrer mon propos. Je me suis limité ici qu'à un nombre restreint d'exemples. 

Lors de la parution de mon billet du 31 mai 2020 (lien plus haut), Luc Villemaire m'a transmis un document rédigé sous la direction de l’arpenteur géomètre Marie Boutin, Intégrité du territoire Québécois. (J'en ai fait mention par un ajout dans le billet.) Selon ce document, la question de la frontière Québec-Ontario entre Hull et Ottawa est bien réglée :

« Le segment [de la frontière Québec-Ontario] de l'Outaouais est une frontière bien délimitée que les provinces n'ont pas mis en doute. En effet, les textes sont clairs, valides et précis (aussi bien les textes de lois que les levés d'arpentages); la limite est '' le milieu du chenal principal de la rivière des Outaouais ''. Il reste cependant que cette limite interprovinciale devrait être démarquée de façon définitive. »

Il reste aussi aux éditeurs de cartes à se mettre au courant de cette « frontière bien délimitée que les provinces n'ont pas mis en doute »... 

Je renonce à contacter Google, l'ayant déjà fait sans obtenir la moindre réponse (voir le billet du 4 mai 2013, intitulé « Courbe immotivée »).


Carte bathymétrique de l'Outaouais (détail) : carte « officielle » s'il en est. L'île Hull, au centre, est bel et bien du côté québécois de la frontière (ligne tiretée noire). 
Service hydrographique du Canada, ministère des Pêches et des Océans, Rivière des Outaouais : Papineauville à Ottawa, Québec-Ontario. Carte marine no 1515, 1/20 000, 1998, corrigée 2005-12-02.


Détail de l'Ottawa Topographic Map (OTM) de l'Université Carleton d'Ottawa, saisie d'écran, juin 2020. Aucun reproche à formuler à l'encontre de ce travail. La frontière Québec-Ontario est correctement reportée. IH (blanc) : île Hull, en partie noyée sous les eaux en crue de la rivière ; elle est bien au Québec.


Détail de la même Ottawa Topographic Map (OTM) de l'Université Carleton d'Ottawa, sans la couche de la photo satellite, saisie d'écran, juin 2020. L'île Hull est débaptisée « Île aux Mouettes » (à droite) et le tracé abusivement rectiligne de la frontière la place en Ontario. Ironiquement, l'île est nommée mais non représentée...
Comme si ce n'était pas assez, tout le secteur des Chaudières passe en Ontario : comparez avec le détail précédant et avec la carte de Google plus bas. (Voir billet du 31 mai 2020, « Frontière Gatineau-Ottawa déplacée ? ».)
La légende de la carte contient ce passage : « CAD and GIS files are available for direct download. Files were originally downloaded in April 2016 from the City of Ottawa Open Data Website. »


Carte provenant de l'application Topo Maps Canada de David Crawshay (détail, saisie d'écran juin 2020.) Frontière Québc-Ontario incorrecte au milieu de la rivière des Outaouais. 
Elle utilise le même fond que la carte de l'OTM, plus haut. Les erreurs se perpétuent et se répandent ainsi...


Carte : 1913. - Version en couleur d'une carte de 1902. Lone Pine Id (détail encadré à droite) : actuelle ile Hull. Qu'importe son nom, l'île est située du côté québécois de la frontière, à Hull. 
Carte photographiée à main levée, distorsions possibles. Twentheth Century Map City of Ottawa and Vicinity. 600 f./inch. A.S. Woodburn, Ottawa, 1913 (détail).


Carte topographique du gouvernement du Canada : 1923-1925. - J'ai identifié l'île Hull par IH en rouge ; toujours en rouge, j'ai souligné des segments de la frontière Québec-Ontario : l'ìle Hull est bien au Québec. 
Carte topographique : 1971. - Hull I(sland), du côté québécois de la frontière.


Carte topographique : 1976. - Île Hull (francisée), du côté québécois de la frontière. Même secteur que la carte de 1971.


Atlas de la Ville de Gatineau, saisie d'écran, juin 2020. La frontière Québec-Ontario passe au sud de l'île Hull (à droite, anonyme sur la carte).


Carte Google (2013). - J'ai corrigé la frontière en rouge (au centre). (Voir le billet du 4 mai 2013, intitulé « Courbe immotivée »). L'île Hull, à droite (sans nom), est au Québec. Google est exact sur ce point...



L'île Hull a longtemps porté le nom de Lone Pine Island. Et pourquoi pas Two Pines Island ? Elle est au milieu de la rivière, à droite. Ottawa (Byrown) avant le Parlement : Edmund Willoughby Sewell (1800-1890), (titre original :) View of Barrack Hill and the Ottawa River at Bytown (Ottawa), ca. 1843-1859, huile sur toile. Bibliothèque et Archives Canada, C-011047, no MIKAN 2837003


Vue de l'Outaouais depuis la Colline du Parlement (vers 1922). - L'île Hull, à droite, plus verte qu'aujourd'hui, mais quand même privée de son (ses) pin(s) solitaire(s). Le pont de la Chaudière, à la droite du centre de la photo.
Anonyme, vers 1922, plaque sèche à la gélatine, MP-0000.25.176, © Musée McCord.


jeudi 24 décembre 2020

Hors sujet : la Babine vue de loin


Les promenades du Lac-des-Fées (à gauche, à l'est) et de la Gatineau (à droite, à l'ouest) encadrant le lac des Fées. Photo prise depuis le sommet de l'amphithéâtre naturel au nord du lac ; visée vers le SE ; le sanatorium Saint-Laurent, à l'horizon, futur hôpital Pierre-Janet. 

La Babine est au niveau du sanatorium, hors de vue.


J'ai trouvé ce cliché dans un tweet de la Ville de Gatineau. Selon le tweet, il date du 4 mai 1957. Sa provenance n'est pas indiquée. Notez que le tweet inverse l'ordre des promenades.

Voir les autres billets sur la Babine (LIEN).


mercredi 23 décembre 2020

Voeux majeurs




Photo : Noël en Outaouais. 
(On peut rêver.)


Petite annonce

Échangerais année bissextile délirante passée en apnée contre année normale majeure* et vaccinée où l'on pourra respirer un peu.


*Jusqu'à une époque récente on n'était majeur qu'à 21 ans ; ce siècle (ce millénaire ?) sera donc majeur sans conteste à partir du premier janvier 2021.

Bref, je vous souhaite une BONNE ANNÉE 2021 sans Lysol ni isolement, sans masques ni gestes barrières, avec possibilité d'être enfin proches de vos proches !

Pour le moment, comme nous sommes encore en 2020, passez de JOYEUSES FÊTES en attendant l'année nouvelle !

(Non, je ne donne pas de becs.)

Henri

PS1. - Si nous étions en 2020 avant J.C., nous nous apprêterions à commencer l'année 2019. Vieillir à reculons devait avoir un certain charme.

PS2. - Si la journée vous paraît plus longue, ce n'est pas nécessairement parce que nous avons passé le solstice d'hiver, c'est peut-être parce qu'elle est ennuyante, tout simplement.



lundi 21 décembre 2020

Hors sujet : le pont de la Babine (suite)

Photo GeoOttawa.


PHOTO 1965 (détail). 
Le pont de la Babine (à droite) sur le ruisseau du Lac-des-Fées, à Hull, encore neuf (il ne semble même pas avoir ses garde-fous) et une trouée dans le bois (centre de la photo) pour accueillir le futur escalier en bois sur l'escarpement. Aucun chemin ne mène encore au pont qui, lui-même, ne mène nulle part. La croix lumineuse de Val-Tétreau est en bas à gauche, dans l'axe du pont : on voit son ombre sur le sol pointer vers 11 hrs.

Suite des billets du 17 décembre 2020 et du 26 octobre 2020.


J'ai mis la main sur de nouveaux documents concernant le lieu-dit « la Babine », à Hull. Je ne mets pas tout en ligne, si toutes ces choses me passionnent - elles touchent le quartier de mon enfance -, je doute qu'il en soit de même pour mes lecteurs qui pourraient se lasser de comparer telle carte de telle année avec telle photo d'une telle autre année, toutes deux couvertes d'annotations envahissantes, le tout justifiant une floraison d'hypothèses échevelées de ma part...

Allons à l'essentiel.

Le petit pont de la babine au sud de la promenade du Lac-des-Fées, sous la croix lumineuse de Val-Tétreau, date du printemps de 1965. Voyez les détails de la photo aérienne de cette année tirée de GeoOttawa. J'ai déduit la saison du fait que des rues venaient d'être arrosées pour leur toilette annuelle et du niveaux des eaux de la rivière des Outaouais. 

Le petit pont est tout neuf sur la photo, ce n'est même pas sûr qu'il ait ses garde-fous, mais étant donné la résolution du document, je ne peux être trop affirmatif. Aucun chemin n'y mène encore, l'escalier n'est pas encore construit sur l'escarpement, une allée est cependant dégagée dans le bois pour lui faire place. La croix lumineuse de Val-Tétreau, inaugurée le 25 juin 1950 (voir billet du 26 oct. 2020, lien plus haut), au nord de la rue Boucherville qui longe le rebord de l'escarpement, est bien entendu visible. 

Le pont et l'escalier sont donc venus longtemps après l'achèvement de la promenade dans les années 1950, et plus longtemps encore après la croix lumineuse de Val-Tétreau. (Voir billets précédents sur le même sujet, liens plus haut.) 

La venue relativement tardive du pont et de l'escalier dans le secteur n'a pu qu'être le résultat d'une planification en hauts lieux (lire : la Commission de la capitale nationale, propriétaire de la promenade et de l'escarpement). Ils devaient figurer parmi les éléments d'un ensemble, participer à je ne sais quel projet.

Isolés comme ils sont, le pont et l'escalier n'avaient pourtant pas grande utilité. Leur accès (à vélo ou à pied, la promenade n'offrant pas de facilités aux automobilistes à cet endroit) ou par l'étroite rue Boucherville (pas plus accommodantes aux flottes de véhicules motorisés) ne justifient pas pareils investissements. D'autant que l'escalier sera par la suite laissé à l'abandon dans les années 1970 et démoli. On aurait pu le construire plus au sud, là où l'escarpement est moins prononcé (en X ou X' ; voir la carte) ; on aurait ainsi fait l'économie du pont, le ruisseau coulant vers l'est n'étant plus un obstacle. Au plus tard en 1990, le site sera revenu pratiquement à l'état où il était sur la photo : un pont, pas d'escalier. S'il y a eu une intention, elle a été abandonnée entre 1965 et 1990, ou on l'a oubliée...

La CCN ne se souvenant pas de sa propre histoire (j'ai contacté ses gens, ils en savent moins que moi, c'est dire !), il est inutile d'aller voir de ce côté. Les rapports annuels qu'elle a publiés au cours de années ne parlent pas de la Babine, sauf erreur de ma part.

Le mystère de l'utilité du pont et de l'escalier demeure donc.


Photo GeoOttawa.
PHOTO 1965 (autre détail, plus large). Comparer avec la carte plus bas.
E (blanc) : trouée dans le bois pour le futur escalier en bois ; le Pont de la Babine ; la Croix lumineuse de Val-Tétreau.
1 : escarpement ; 2 : ruisseau du Lac-des-Fées (cours original préservé) ; 3 : terrain inondé : lit original abandonné du ruisseau du Lac-des-Fées (voir Carte) ; 4 : ruisseau du Lac-des-Fées : section artificielle ;
5 : entrée du ruisseau dans la canalisation souterraine ; PLdF : promenade du Lac-des-Fées. 
L'extrémité nord de la rue Boucherville qui mène à la croix est visible en bas à gauche (en noir, prolongée par un chemin gris non pavé).




CARTE. (Le détail de la photo de 1965 ne couvre que la partie centrale du document.)
E (pointillé rouge) : ancien escalier en bois et chemin vers le pont de la Babine (P et repère) ; 
T : croix lumineuse de Val-Tétreau ;
X (pointillé rouge) : piste de ski(?) de la photo aérienne de 1927 dont aucune trace ne subsiste (voir billet précédent) ;
X' (pointillé rouge) : piste pour glissade en usage en 1965 (aujourd'hui abandonnée et obstruée) (voir billet précédent) ;
1 : escarpement ;
2 : ruisseau du Lac-des-Fées (cours original préservé) ;
3 (tireté bleu foncé) : ruisseau du Lac-des-Fées : cours original ;
4 : ruisseau du Lac-des-Fées : section artificielle ;
5 : entrée du ruisseau dans la canalisation souterraine.
CHPJ : centre hospitalier Pierre-Janet ;
PLdF : promenade du Lac-des-Fées (sentier du LdF en pointillé de chaque côté) ;
UQO : Université du Québec en Outaouais (A.-T. : pavillon Alexandre-Taché ; L.-B. : pavillon Lucien-Brault).

PHOTO 1927. 
La photo couvre le même secteur que la carte ci-haut.
P blanc : position du futur pont - loin du ruisseau ! 
C'était avant la déviation du cours d'eau dans les années 1950 suite à la construction de la promenade du Lac-des-Fées. Un sentier (ligne pâle) semble avoir précédé l'escalier. Photothèque nationale de l'air (PNA), photo HA246-76 (détail), 5 mai 1927.
On voit, en pâle, au sud, un chemin qui correspond à la piste X de la carte ci-haut. 


PHOTO 1951. 
P : position du futur pont de 1965 ; HPJ : hôpital Pierre-Janet ; la croix est dans l'ovale blanc : son ombre vers la gauche est bien visible. Attention, la photo n'est pas orientée tout à fait comme les autres clichés. Une piste prolonge la rue Boucherville dans le bois vers le NW en longeant l'escarpement.
Il existait déjà une allée dégagée sur l'escarpement à l'endroit du futur escalier. 
Photothèque nationale de l'air (PNA), cliché A13142-36 [ou 38], 6 et 7 juin 1951, alt. 5300'. (détail). Tirée d'Arkéos inc., Autoroute Laramée/McConnell, Hull. Évaluation de l'intérêt archéologique. Gouv. du Québec, Min. des Transports, Direct. de l'Outaouais, février 2001.


Situation actuelle, avec le ruisseau dévié suite à la construction de la promenade du Lac-des-Fées dans les années 1950 (voir la carte). La position du pont et de la croix est indiquée : l'ombre de la croix se dirige vers le NW. On remarque que Google conserve le souvenir du pont en prolongeant la piste cyclable par une ligne blanche depuis le pont jusqu'au sommet de l'escarpement. Si l'escalier existait encore, le couvert des arbres le cacherait vu du ciel. © Google.

Le pont, vu de la promenade du Lac-des-Fées (au centre, à la jonction des pistes ; la croix se devine au dessus, derrière les arbre. L'escarpement est plus prononcé qu'il n'y paraît. L'escalier détruit reliait le pont au sommet de l'escarpement, sous la croix. À quoi sert le pont en l'absence de l'escalier ? © Google.