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mardi 4 août 2020

Hors sujet : le monstre du lac Blue Sea (suite)


Puisque le monstre du lac Blue Sea se retrouve à la une du Devoir du 4 août 2020 (lien), je reprends ici mon billet du 31 décembre 2012 (lien) consacré à cette créature aquatique méconnue. Louis Mercier raconte pour les lecteurs de ce quotidien l'histoire de Misiganebic - c'est le nom du monstre (voir le vidéo repris à la fin du billet). Ne manquez le supplément écrit du vidéo (lien).


Dessin © Henri Lessard, ca 1990.

Un mien vieux dessin datant de ca 1990. Portrait d'un cousin terrestre de Misiganebic ?


C'est en discutant avec un ami des évanescentes cavernes de la rivière des Outaouais que j'ai été amené à évoquer un autre des lancinants mystères de la région, celui du montre du lac Blue Sea (voir ce récent billet).

Un ouvrage répertoriant les monstres lacustres de l'Amérique du Nord m'avait appris son existence il y a plusieurs années. Je n'avais pas acheté le livre, m'étant contenté de le feuilleter à l'étal des débarras d'un libraire, mais je me souviens que des pêcheurs, à tel endroit du lac, éprouvaient, lorsque le vent se levait, une drôle d'impression, qu'il s'entendaient à décrire comme désagréable.

Comme il ne faut jamais dire à un monstre qu'on doute de son existence – ils sont si susceptibles –, je n'épiloguerai pas.

Un petit tour dans Internet m'a au moins appris le nom de la créature. J'ai pu aussi récolter quelques renseignements sur son pedigree.


« La légende de Misiganebic

Selon la légende, un monstrueux animal serpentiforme à tête de cheval habiterait dans ce lac. Vraisemblablement aperçu par plusieurs personnes entre 1913 et 1930, cet hippocampe exceptionnellement long, grand et rapide n'aurait plus donné signe de vie depuis, sauf vers 1980 dans le réservoir Baskatong, situé beaucoup plus au nord. [...] Selon des Algonquins de Maniwaki, ce monstre, baptisé Misiganebic ou Grand Serpent, est l'ami des eaux, le nettoyeur de l'onde
(Extraits du site de la municipalité de Blue Sea). »



Un « animal serpentiforme » peut-il être autre chose que monstrueux ? Cet éboueur ophiomorphe reste un peu inquiétant, même s"il s'est trouvé des gens assez téméraires pour lui consacrer une pièce de théâtre : « Le Misiganebic retrouve la joie de vivre ».

Pour éviter de terminer cet exposé en queue de serpent, voyez également GrandQuébec.com pour un exposé plus objectif :

« L’apparition de cette créature reptilienne n’est pas cantonnée à un seul lac. En effet, les résidents l’ont signalées dans une dizaine de lacs, dont lac Blue-Sea [sic], lac des Cèdres, lac Bitobi, lac des Trente et un Milles, lac Désert, lac Pocknock, lac Deschênes, aux portes d'Ottawa et même dans l’énorme réservoir Baskatong. »

Le lac Deschênes, tronçon lacustre de l'Outaouais, baigne en effet la partie ouest de Gatineau (et. incidemment, d'Ottawa). D'épaisses couches d'argile silteuse recouvre le lit de la rivière – ou du lac – à cet endroit. Nous en déduirons donc que Misiganebic est un serpent d'eau, certes, mais aussi un serpent d'eau trouble.

Et ce sera mon dernier mot de l'année qui se termine sur une histoire de pêche et une variante toute locale de l'histoire de Nessie...

PS. – Bonne année.




dimanche 30 décembre 2012

Hors sujet : le monstre du lac Blue Sea


Voir la suite dans le billet du 4 août 2020.


Un mien vieux dessin datant de ca 1990. Portrait d'un cousin terrestre de Misiganebic ?


C'est en discutant avec un ami des évanescentes cavernes de la rivière des Outaouais que j'ai été amené à évoquer un autre des lancinants mystères de la région, celui du montre du lac Blue Sea (voir ce récent billet).

Un ouvrage répertoriant les monstres lacustres de l'Amérique du Nord m'avait appris son existence il y a plusieurs années. Je n'avais pas acheté le livre, m'étant contenté de le feuilleter à l'étal des débarras d'un libraire, mais je me souviens que des pêcheurs, à tel endroit du lac, éprouvaient, lorsque le vent se levait, une drôle d'impression, qu'il s'entendaient à décrire comme désagréable.

Comme il ne faut jamais dire à un monstre qu'on doute de son existence – ils sont si susceptibles –, je n'épiloguerai pas.

Un petit tour dans Internet m'a au moins appris le nom de la créature. J'ai pu aussi récolter quelques renseignements sur son pedigree.


« La légende de Misiganebic

Selon la légende, un monstrueux animal serpentiforme à tête de cheval habiterait dans ce lac. Vraisemblablement aperçu par plusieurs personnes entre 1913 et 1930, cet hippocampe exceptionnellement long, grand et rapide n'aurait plus donné signe de vie depuis, sauf vers 1980 dans le réservoir Baskatong, situé beaucoup plus au nord. [...] Selon des Algonquins de Maniwaki, ce monstre, baptisé Misiganebic ou Grand Serpent, est l'ami des eaux, le nettoyeur de l'onde
(Extraits du site de la municipalité de Blue Sea). »



Un «animal serpentiforme» peut-il être autre chose que monstrueux ? Cet éboueur ophiomorphe reste un peu inquiétant, même s"il s'est trouvé des gens assez téméraires pour lui consacrer une pièce de théâtre : « Le Misiganebic retrouve la joie de vivre ».

Pour éviter de terminer cet exposé en queue de serpent, voyez également GrandQuébec.com pour un exposé plus objectif :

« L’apparition de cette créature reptilienne n’est pas cantonnée à un seul lac. En effet, les résidents l’ont signalées dans une dizaine de lacs, dont lac Blue-Sea [sic], lac des Cèdres, lac Bitobi, lac des Trente et un Milles, lac Désert, lac Pocknock, lac Deschênes, aux portes d'Ottawa et même dans l’énorme réservoir Baskatong. »

Le lac Deschênes, tronçon lacustre de l'Outaouais, baigne en effet la partie ouest de Gatineau (et. incidemment, d'Ottawa). D'épaisses couches d'argile silteuse recouvre le lit de la rivière – ou du lac – à cet endroit. Nous en déduirons donc que Misiganebic est un serpent d'eau, certes, mais aussi un serpent d'eau trouble.

Et ce sera mon dernier mot de l'année qui se termine sur une histoire de pêche et une variante toute locale de l'histoire de Nessie...

PS. – Bonne année.

vendredi 9 novembre 2012

Lac Blue Sea : suite (ajout)


Suite à mon dernier billet : géologie du lac Blue Sea.

(J'ai ajouté quelques précisions – 10 nov. 2012.)

J'aime bien comparer des cartes d'époques différentes d'un même secteur. Le coin NE de chacune de ces deux qui suivent est calé sur les coordonnées 76° W et 46° 15' N. La première couvre plus de territoire à l'ouest tandis que la seconde est plus détaillée.

Le secteur est riche en gisement de zinc, de fer, de minéraux radioactifs et a souvent été étudié et prospecté.

(Cliquez sur les images pour les voir à leur pleine grandeur.)


Carte : détail de Bourne (1970).

Légende (adaptée)

PROTÉROZOÏQUE SUPÉRIEUR
12 : diabase
PROTÉROZOÏQUE MOYEN
Supergroupe de Grenville
7 : granite blanc
X : granite à amazonite (billet précédent)
6a : marbre
5 : paragneiss à grenat, sillimanite, biotite et feldspath
Socle pré-Grenville (?)
3 : amphibolite
1 : complexe de gneiss gris
Symbole circulaire à l'est du X rouge : sablière


Carte : détail de Gauthier (1982).

Légende (adaptée)
Roches magmatiques
G : syénite
F1 : granite et pegmatite
X : pergmatite à amazonite (la croix à gauche du X – il faut grossir la carte – indique
le gisement d'amazonite.)
F2 : diorite
Supergroupe de Grenville
E : quartzites et paragneiss du niveau supérieur
D : marbres du niveau médian (D1 : marbre calcaire ; D2 : dolomitique)
C : quartzites et paragneiss du niveaux inférieur
Socle pré-Grenville ?
B : amphibolite du niveau de base


SOURCES
  • Bourne, J H., Géologie de la région du lac Cayamant, ministère des Richesses naturelles, Québec, RP 598, 1970, 20 pages (avec carte 1725 (1/63 360), 31K01).
  • Gauthier M., Métallogénie du zinc dans la région de Maniwaki-Gracefield, Québec, ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, Québec, MM 82-03, 1982, 108 pages (avec 2 cartes couleur au 1/20 000 et 7 cartes noir et blanc à 1/2000, 1/500 et 1/250).


mercredi 7 novembre 2012

Lac Blue Sea et amazonite bleue


Ce billet n'a pour but que de répondre (partiellement) à un lecteur qui m'a adressé quelques questions. Je reviendrai le compléter plus tard. (C'est fait.) Qu'on me pardonne pour la mauvaise qualité de la photo qui n'a été prise que pour des raisons documentaires et qui n'était pas destinée à être publiée. (J'ai changé la photo du billet (8 nov.))


Échantillon de granite à amazonite (feldspath bleu) du lac Blue Sea (au sud de Maniwaki). La plume pointe le site de la carrière, à l'ouest du lac (astérisque rouge) : voir cartes géologiques au billet suivant. Aucun rapport entre le nom du lac et la couleur du granite qui n'affleure qu'à un endroit isolé, à plus de 500 m du bord de l'eau.


Par sa composition (feldspath et quartz dominants), la roche représentée ici c'est un granite. Par sa texture, c'est un granite graphique graphitique : le quartz, coincé entre les cristaux de feldspath bleu-vert (amazonite) prend l'allure d'une écriture cursive vaguement cunéiforme. Par sa granulométrie très grossière, c'est une pegmatite.

Bref, il s'agit d'une pegmatite granitique graphique graphitique à amazonite. Pour faire court, on peut dire granite pegmatitique, granite graphique graphitique ou granite à amazonite, selon la caractéristique qui nous intéresse.

C'est le feldspath qui colore habituellement les granites, lesquels peuvent être blancs, orangés, rouges, bleus, etc. Celui du lac Blue Sea forme un petit pluton au milieu d'une bande de marbre blanc. Il contient aussi des cristaux de mica noir (biotite) et de fluorine violette.


Complément d'information
D'après Sabina (1987), la carrière du lac Blue Sea aurait été exploitée vers 1910. La roche est un granite graphique graphitique à quartz fumé, amazonite, fluorine pourpre, tourmaline noire et biotite.

Le marbre des alentours est blanc de neige et renferme de l'apatite bleu ciel. Tous les minéraux bleus ne sont donc pas nécessairement de l'amazonite.


Référence
  • Sabina, A P, Roches et minéraux du collectionneur, Hull - Maniwaki, Québec; Ottawa - Peterborough, Ontario, Commission géologique du Canada (CGC), Rapports divers 41, 1987; 147 pages.


Ajout (8 nov. 2012) : granite «graphique» ou «graphitique» ? Sabina (1987, p. 47) indique «graphitique», et j'avais corrigé la première mouture de ce billet en conséquence. Mais c'était me fier à la version française d'un texte anglais traduit par la CGC. Voici que je retourne à «graphique», sur la fois d'autres documents rédigés directement en français. J'espère que c'est la fin de ces corrections et contre-corrections.