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jeudi 6 juillet 2017

Gatineau et Ottawa : cartes et anachronismes



Planche VI de l'Atlas du Rapport Gréber (1950) (saisie d'écran de la version PDF) : progrès de l'urbanisation dans la région d'Ottawa, 1810-1945. Détails plus bas.


La plupart des cartes qui tentent de présenter l'évolution de la région depuis le début du XIXe siècle se contente de plaquer les éléments de différentes époques sur les contours d'une carte moderne, au risque de commettre des anachronismes en série. Le territoire, en particulier tout ce qui touche au réseau hydrographique, a en effet beaucoup changé en deux siècles. Ce petit jeu de Monopoly, avec bâtiments déposés ou retirés sur un plateau intangible, ne reflète pas la réalité changeante du cadre naturel.

Le Rapport Greber (1950) semble avoir voulu éviter ce genre d'écueil. La planche VI de son Atlas présente neuf cartes qui illustrent les progrès de l'urbanisme de 1810 à 1945. Fait remarquable (et rare !), le dessin des cours d'eau change d'une carte à l'autre. Les auteurs ont eu le souci évident de présenter des aspects réalistes pour chaque époque.

Malheureusement, le texte ne fournit pas de références pour les cartes. Étant donné le caractère approximatif et parcellaire des cartes dressées au XIXe siècle, il y a une part d'hypothèse dans ces représentations, du moins pour les cartes des années les plus reculées. Les choses deviennent plus fiables, d'après mon court savoir, à partir de 1865-1876.

Ces cartes permettent d'établir que le lac Leamy était à l'origine isolé de la Gatineau et s'écoulait dans l'Outaouais - soit directement ou via le ruisseau de la Brasserie (lequel n'est, ne l'oublions pas, qu'un bras de l'Outaouais). (Voir billet du 12 juin 2017, «Trait d'union lac Leamy - ruisseau de la Brasserie».) L'importance des marais Dow, vaste entité oblitérée du paysage, prend le caractère flagrant qui était le sien et que l'actuel lac du même nom ne laisse pas soupçonner. (Voir billet du 22 févr. 2016, «Rideau-Hull ? : géologie-fiction».)

L'échelle des cartes du Rapport Gréber, trop grande échelle, ne permet pas de saisir l'évolution des choses dans toute leur finesse. D'ailleurs, le manque de document fiable à mesure qu'on recule dans le temps laisse un flou impossible à dissiper.

NOTE. - Les cartes qui suivent : photos à main levée avec inévitables distorsions. Cliquer sur les images pour les voir à leur pleine grandeur.



1810. Quelques évidences... La rivière des Outaouais sépare le Bas-Canada (Québec actuel) du Haut-Canada (Ontario actuel). Ses principaux affluents sont (au nord) la Gatineau et (au sud) la Rideau. Hull (Gatineau aujourd'hui) existe à son état embryonnaire.
Ajouts à la carte (les noms sont postérieurs à 1810). 1 : Île-de-Hul l; 1a) lac aux Vairons ou Minnow Lake (billet 7 août 2013) et 1b) lac Flora ; 2 : ruisseau de la Brasserie ; 3 : lac Leamy ; 4 : chenal naturel entre le lac Leamy et le Ruisseau de la Brasserie ; 5 : lac des Fées ; 6 : marais Dow avec ruisseaux s'écoulant vers le NW ; 7 : lac McKay ; 8a) île Kettle et 8b) Upper Duck Island.
Le lac Leamy originel n'a aucun lien avec la Gatineau. Le marais Dow, le ruisseau de la Brasserie et la Rideau dessinent les contours de ce que j'ai appelé le «Rideau-Hull».
Étant donné le manque de détail des documents de l'époque, la majeure partie de cette carte est bâtie sur des documents postérieurs.



1835. Le canal rideau est terminé (9), ce qui a entraîné la création du lac Dow (6) et une réorganisation du réseau hydrographique à Ottawa (Bytown). Un chenal (10) draine un bassin artificiel (9a) dans le cours du canal vers la Rideau.



1845. Création d'un chenal à l'est du lac Leamy joignant la Gatineau (11).



1865. Pas de changement notable pour ce qui nous intéresse. Bytown est devenue Ottawa.



1876. Disparition du ruisseau 10. Les provinces de Québec et de l'Ontario remplacent le Bas et le Haut-Canada.



1890. Pas de changement notable pour ce qui nous intéresse.



1912. Création du chenal au nord du lac Leamy pour le relier à la Gatineau (12). Disparition du chenal naturel reliant le lac Leamy au ruisseau de la Brasserie (4).



1925. Disparition du bassin 9a. Disparition des lacs 1a et 1b. (Le 1a existait pourtant encore, voir billet du 7 août 2013, «Hull : lacs et vairons éponymes».)



1945. La partie aval du ruisseau du lac des Fées (5) est recouverte en terrain construit (en rouge).


Référence

Jacques Gréber, 1950, Projet d’aménagement de la capitale nationale. Imprimeur du Roi. Disponible en ligne : https://qshare.queensu.ca/Users01/gordond/planningcanadascapital/greber1950/index.htm

vendredi 5 février 2016

Qui a façonné l'Île-de-Hull ? (Ajouts)


FIG. 1. – Île-de-Hull
Annotations et graphisme © Henri Lessard, Carte : Atlas du Canada
CE : chute du château d'eau (Brasseurs du Temps) ; Cg et Cp : chutes de la Grande et de la Petite Chaudière (Lessard, billet du 1er janv. 2013) ; FA : «faille des Allumettières» (Lessard, 29 nov. 2009) ; FM : «faille Montcalm» (Lessard, 1er janv. 2013, d'après Wilson, 1938) ; TdD : Trou-du-Diable ; 3c : ancien réseau hydrographique (Lessard, 10 août 2013) ; 5a (lignes bleue fines) : sillons (réseau hydrographique sous-glaciaire ?, Lessard, 10 août 2013) ; 5b : ancien lac aux Vairons (Minnow Lake) ; 5c : ancien lac Flora ; 6a : rapides ; 8a : «marmite des Allumettières» (Lessard, 7 nov. 2009) ; ligne bleue tiretée + Q : Quaternaire (lettre selon l'épaisseur des dépôts : 3 m, 9 m et 15 m) ; ligne rouge brisée : contrôle tectonique du ruisseau de la Brasserie et des chutes de la Chaudière (Cg et Cp) (Lessard, 1er janv. 2013 et 1er mars 2014) ; la petite ligne rouge donne la position originelle de la Cg ; ligne noire pointillée : NE de l'élargissement de la rivière avant le goulot des Chaudières ; ligne jaune transparente : alignement de la FA, du ruisseau de la Brasserie et de la Cg ; transparents ocres : sous les 50 m : baie sèche et hypothétique ancien réseau hydrographique (voir 3c) ; transparents rouges : collines (60 m et plus). Les plans d'eau au NW sont artificiels (ex-carrière Canada Cement).
Ceci est la énième version d'une carte modifiée à maintes reprises dans ce blogue. Tous les items ne figurent pas dans chaque version, d'où des lacunes dans la numérotation.


Les LIENS dans le texte conduisent vers d'autres billets du blogue. Les billets à consulter en priorité sont ceux du 10 août 2013, «Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique», et du 1er mars 2014, «Ruisseau de la Brasserie : contrôle tectonique».



1. Résumé

L'Île-de-Hull, à Gatineau (Québec), est située à l'extrémité NW d'une écaille de calcaire ordovicien abaissée par rapport aux compartiments voisins. L'Île est cernée par la rivière des Outaouais et le ruisseau de la Brasserie. Des traits d'une attaque profonde par l'érosion (collines reliques d'une ancienne surface, baie évasée à sec) et des traits mieux préservés, que nous supposons plus récents (tronçons linéaires et anguleux du ruisseau de la Brasserie, escarpement est-ouest) coexistent dans l'Île. Des fosses allongées, un lac au bassin rocheux pourraient être des vestiges de torrents sous-glaciaires.

Une bonne proportion du contenu de ce billet est constituée d'hypothèses personnelles. Je m'appuie cependant sur des travaux reconnus, mes propres observations et une sorte de «bon sens géologique» pour les avancer.


2. Contexte géologique

L'Île-de-Hull (Gatineau, Québec) fait partie de la plate-forme du Saint-Laurent. Le Bouclier canadien, sur lequel les sédiments de la plate-forme se sont déposés au Cambro-ordovicien (env. 500-440 Ma), affleure à quelques km au nord de l'Île. Le socle de l'Île est partout constitué de calcaire dont les strates ont conservé leur attitude horizontale primitive, sauf près des failles où elles s'inclinent vers le bloc abaissé (fig. 2). Ces failles, liées au graben d'Ottawa-Bonnechère, ont connu plusieurs épisodes d'activation du Paléozoïque jusqu'au Mésozoïque ; leur dernier rejeux remonte à il y a entre 176 et 148 Ma (pendant le Jurassique) (LIEN). Par rapport aux autres compartiments faillés à l'ouest et au nord, celui de l'Île est affaissé. Outre les failles, des réseaux de joints ou de diaclases découpent le calcaire. Les géologues s'entendent pour dire que les traits principaux de la topographie régionale est un héritage direct du Tertiaire (avant les glaciations du Quaternaire). Des sédiments du Quaternaire - till glaciaire (avant 12 000 ans), argile de la mer de Champlain (avant 10 000 ans) - recouvrent la majeure partie du nord de l'Île. Avant de se réduire à ses proportions actuelles il y a 4700 ans, l'Outaouais a nettoyé l'Île d'une partie de ses sédiments glaciaires et marins, laissant affleurer le socle calcaire.

Plusieurs carrières ont été exploitées dans l'Île, surtout dans la première moitié du XXe s. L’école Normale Saint-Joseph de Hull, par exemple, a été construite en 1908 avec la pierre extraite d’une carrière située entre la rue de Carillon et le ruisseau de la Brasserie (LIEN).


3. L'Île

L'Île-de-Hull forme un rectangle de plus de 2 km x 1,5 km. À l'ouest et au nord, l'Île est bordée par le ruisseau de la Brasserie et par l'Outaouais, au sud et à l'est. Dans un sens, le ruisseau n'étant qu'un bras de la rivière, on peut dire que l'Île est toute entière baignée par l'Outaouais. La rivière prend contact avec l'Île, dans son angle SW, sous les chutes des Chaudières (Cg et Cp). À cet endroit, l'Outaouais débouche d'un élargissement de son lit (ligne noire tiretée) par plusieurs chenaux parallèles, dont celui des chutes. En aval, la rivière se bute à l'escarpement qui, sur la rive droite, l'oblige à faire un coude vers le nord (cf. Colline du Parlement).

Toute l'Île a été touchée par l'urbanisation, mais pas au point d'oblitérer l'essentiel de ces traits d'origine. Les autoroutes, au nord, ont cependant recouvert l'ancien paysage sous leurs remblais et le ruisseau de la Brasserie a partout été altéré par l'activité humaine (encaissement ou remplissage des rives, accumulation de blocs de calcaire et de béton, égouts passant sous le lit, etc.).

On verra à la section 6 que le SW de l'Île agit comme un seuil (53 m - 48,5 m) d'où les eaux de l'Outaouais tombent par deux chutes en empruntant des trajets à angle droit l'un de l'autre : celui de la rivière elle-même, vers le NE, par la chute de la Grande Chaudière, et celui du ruisseau, vers le NW, jusqu'à la chute du château d'eau (CE). En aval des chutes, les rives de l'Île, on le verra aussi, se tiennent à une altitude uniforme de ± 43 m.


4. Le relief

Le point culminant (71 m) se trouve sur la «colline de la rue Wright»*, au sud de l'Île. Celle-ci, en effet, présente une topographie à rebours de la topographie régionale ; au lieu de s'abaisser vers le sud, vers la vallée de l’Outaouais, le relief s'abaisse vers le nord. Une autre colline, moins élevée (64 m), constitue un satellite au NW de la première. (Les collines sont en transparent rouge sur la fig. 1.) Un escarpement E-W (ligne noire dentée) marque la rupture entre la colline de la rue Wright et le plateau au nord qui constitue les deux tiers de l'Île.
* Que je baptise ainsi par commodité.

L'altitude de la colline Wright reste comparable, même si inférieure, à celle de l'escarpement sur l'autre rive de la rivière, à Ottawa (la Colline du Parlement atteint plus de 80 m). Les collines de l'Île-de-Hull sont les reliquats émoussés d'un plateau érodé dont le front, à une époque du Tertiaire, devait s'avancer plus loin au nord et se joindre à l'autre plateau qui, à l'ouest et au nord de l'Île, monte régulièrement en direction du NW, vers le Bouclier canadien. À moins de 1,5 km au NW de l'Île, à l'intérieur encore du compartiment faillé auquel elle appartient, l'altitude atteint les 90 m.

Une coupe N-S de l'Île de Hull montre une vallée ou un bassin immédiatement au nord de la colline Wright. Ce creux, sous l'escarpement E-W, amplifie encore cet accident topographique (fig. 3). L'épais tapis de sédiments du Quaternaire (9 m) au nord de la colline masque et adoucie la topographie locale. Avec ou sans ces dépôts, le relief de l'Île conserve sa pente vers le nord.


5. La baie sèche

Une grande baie (transparent ocre au nord) échancre le plateau de l'Île qui s’abaisse ainsi en amphithéâtre vers le nord. Cette baie, à sec et sans emploi, trop vaste pour les dimensions de l'Île, et faite comme pour recueillir et canaliser les eaux, est une anomalie, du moins une curiosité. Le ruisseau, en s'écoulant vers l'est, passe devant la baie comme devant un accident de terrain fortuit. (Voir cependant billet du 7 nov. 2015 à propos d'hypothétiques ruisselets*.) (Hypothèses personnelles.)
* J'ai supprimé (8 févr. 2016) ces hypothétiques ruisselets de la carte de la fig. 1 que je trouvais trop chargée. Avec le vide laissé par leur absence, l'ampleur de la baie laissée sans emploi n'en devient que plus apparent. Suivre le lien vers le billet du 7 nov. 2015 pour plus de détails.


6. Le ruisseau de la Brasserie

À l'ouest de l'Île, le ruisseau de la Brasserie aboute des sections rectilignes qui se succèdent par brusques changements de direction (LIEN) (ligne rouge brisée). L'érosion fluviatile a exploité de façon préférentielle des réseaux de diaclases qui découpent le socle (NNW, NNE et NE). Les eaux du ruisseau, venant de l'Outaouais, s'écoulent d'abord vers le nord avant de bifurquer vers l'est pour retourner à la rivière en incisant le tapis de sédiments quaternaires au nord de l'Île (Q ; argile de la mer de Champlain et minces dépôts plus récents ; fig. 1 et 2). Par contraste avec les sections dans le socle calcaire, les rives à cet endroit présentent des allures irrégulières. Avant d'aborder ce dernier tronçon, le ruisseau fait des rapides (6a) en franchissant un sursaut rocheux.

En aval de la chute de la Grande Chaudière et des rapides du ruisseau, les rives de l'Île se tiennent sous l'altitude des ± 43 m (avec variations saisonnières de plus ou moins 2 m). L'Outaouais, en amont de la Grande Chaudière, est à 53 m ; à leur entrée dans le ruisseau, ses eaux passent par un barrage-vanne sous lequel le niveau est de 51 m. En aval du barrage de la centrale hydroélectrique du château d'eau (CE)*, le niveau tombe à 46 m, puis à 43 m en aval des rapides. Les deux chutes marquent donc la bordure d'une sorte de seuil entre les «hautes» et «basses» eaux.
* Aujourd'hui Les Brasseurs du Temps. La centrale hydroélectrique, inaugurée en 1917, est inactive depuis 1971.

Entre la source et l'embouchure, le dénivelé du lit du ruisseau est de 12 m. Sous le barrage-vanne du boul. Taché, le lit se trouve à 49,1 m ; il est à 48,5 m à la rue Montcalm, à 45,7 en bas de la chute du château d'eau. À la hauteur de l'aréna Robert-Guertin, le lit descend à 41,1 m pour remonter à 43,9 m aux rapides. En aval de ceux-ci, il descend à 38,1 m pour remonter à 40,5 m au pont Fournier. À son embouchure, selon la carte marine, le niveau du lit du ruisseau est à 37,1 m.

Les ruptures les plus brusques se trouvent sous le barrage-vanne du boul. Taché (1,5 m), au château d'eau (5,2 m dont 2,75 pour la seule chute) et aux rapides (3,4 m). La profondeur du ruisseau passe de 1 à 2 m au sud jusqu'à 4 m sur les dépôts quaternaires.

(Les données sur le niveau des eaux et le lit du ruisseau proviennent de sources disparates qu'il est difficile de concilier exactement. Le principal document consulté est Vézina et al., 1976.)

À la hauteur de la rue Montcalm, la faille Montcalm (FM)*, coupe le ruisseau à l'un de ses coudes. Il en résulte une dénivellation de 5 m, mise à profit, comme on l'a vu, par la centrale du château d'eau. 
* Cartographiée par Wilson (1938), nommée ainsi par moi pour des raisons de commodité (LIEN). 

Le tronçon amont du ruisseau, sous la chute du château d'eau, est aligné sur la faille des Allumettières (FA*). Cette faille et le tronçon amont du ruisseau dessinent un axe qui se confond, au sud, avec le goulot percé par les chutes des Chaudières (ligne jaune transparente). (Hypothèse personnelle.) Sauf la faille des Allumettières, aucune faille cartographiée ne coïncide avec le lit du ruisseau. Rien, à cet égard, ne prouve que la faille des Allumettières se poursuive au-delà du point où elle rencontre (croise ?) la faille Montcalm (voir fig. 1).
* Faille des Allumettières : nommée et décrite par moi.

Le même calcaire affleure partout dans l'Île et sur les deux rives du ruisseau. Si des failles ont fait bouger des compartiments du socle, les déplacements, à l'intérieur du compartiment dont fait partie l'Île, n'ont pas dû être trop considérables. (Le basculement des strates calcaires sur le passage de la faille Montcalm sont décrits ailleurs dans le blogue : LIEN.)

(Voir ajout du 13 mai 2018 à la Section 8.) 


7. La vallée du ruisseau

Il faut distinguer le ruisseau lui-même, large de 20 à 90 m, qui zigzague de façon anguleuse et la vallée, plus ample, et orientée N-S.

Mesurée depuis la ligne des 60 m, à l'ouest, jusqu'à celle des 50 m, à l'est, la vallée du ruisseau varie en largeur de 150 m à 500 m. La rive ouest du ruisseau est en effet plus haute et mieux conservée que la rive est. À l'ouest, la ligne des 60 m ondule sans interruption vers le nord au-delà du ruisseau lui-même et rejoint, à l'ouest du lac Leamy, une épaisse couche d'argile de la mer de Champlain (section 8). Dans l'Île, la ligne des 60 m se ferme sur elle-même pour dessiner les contours des collines.

Selon Allard (1977), le ruisseau de la Brasserie serait un bras préglaciaire de l'Outaouais. Si cette hypothèse est bonne, on peut faire remarquer que l'érosion glaciaire ne semble pas avoir retouché la partie en eau du ruisseau où les coudes anguleux se succèdent à peu de distance. L'écoulement d'un glacier aurait régularisé ces obstacles à son avance – sans parler de la chute de château d'eau. Pour la vallée elle-même, les choses sont peut-être différentes. La chute et les coudes seraient-ils post-glaciaires ? (Hypothèse personnelle.)


8. La vallée enfouie de la Gatineau

La Gatineau, en aval du barrage Chelsea (au nord de Gatineau), parcoure les 9 km qui la séparent de l'Outaouais en incisant l'argile marine qui remplit une vallée rocheuse (Q sur fig. 1 et 2). L'épaisseur du manteau d'argile atteint 75 m sous le chemin Freeman (Gatineau). Au lac Leamy, au nord de l'Île-de-Hull, près de l'embouchure de la Gatineau, elle n'est plus que de l'ordre de 25 m. Cette vallée enfouie est probablement d'origine préglaciaire – ce qui n'exclue pas des retouches subséquentes par les glaciers. La question n'est cependant abordée par aucun texte.

Les cartes ne permettent pas d'affirmer que la baie au nord de l'Île-de-Hull appartient ou pas à cette vallée enfouie. La vallée du ruisseau de la Brasserie, du moins son rebord ouest, se perd au nord sous l'argile marine et rejoint ainsi à son tour la vallée enfouie de la Gatineau sans qu'il soit possible de dire, là encore, quelles relations existent entre ces deux vallées.

Une faille E-W, nommée ici faille du lac Leamy, passe au nord de l'Île (FLL ; fig. 2). Son trajet la fait croiser la vallée enfouie à l'embouchure de la Gatineau, mais la multiplicité des failles dans la région et les inévitables coïncidences qui en résultent empêchent de tirer des conclusions trop péremptoires de cette rencontre. Il n'y a aucun lien univoque et automatique entre les failles et le relief.

AJOUT (13 mai 2018)
Le delta de la Gatineau s'étend à partir du lac Leamy sur un terrain où l'argile Champlain a été atténuée par l'érosion fluviatile. À l'origine, le delta se trouvait plus de 2 km au sud de sa position actuelle. Il a migré vers le nord à mesure que l'Outaouais abandonnait d'autres sédiments en amont du delta déjà constitué. L'embouchure de la Gatineau a suivi ce mouvement ; ainsi, le lac Leamy et sa décharge vers l'Outaouais se trouvent sur le trajet d'un ancien lit de la Gatineau. Des chenaux successifs de la Gatineau ont laissé leur empreinte dans la plaine alluviale à l'est du lac. Le ruisseau de la Brasserie devait donc à l'origine couler du sud au nord directement vers le delta primitif de la Gatineau, sans son détour actuel vers l'est (sujet d'un article à venir). 
Voir :
DE BOUTRAY, Bernard - 1998, « Étude préliminaire de la géomorphologie du secteur du Lac Leamy par interprétation des couvertures aériennes en noir et blanc et infra rouge ». Contributions 1998 à la mise en valeur du parc du Lac-Leamy, Hull, Société d’histoire de l’Outaouais, recueil de compte-rendu de recherche, Université du Québec à Montréal, Département des Sciences de la Terre, n.p.
Voir aussi :

LALIBERTÉ, Marcel - 2000. Synthèse : Recherches archéologiques dans le Parc du Lac-Leamy 1993-1999, Écomusée de Hull, 163 p.


9. Sillons sous-glaciaires - lac aux Vairons

Des tranchées ou des sillons d'orientation NW-SE accueillaient autrefois des marécages dans le secteur de la rue Morin, à l'ouest de l'Île, près du ruisseau (5a). L'urbanisation a recouvert ces accidents de terrain sans les effacer complètement, témoin la dépression linéaire de la rue Morin. Ces tranchées interreliées formaient peut-être les éléments d'un réseau hydrographique qui aboutissait à une échancrure dans le flanc de la colline de la rue Wright pour remplir le lac aux Vairons (5b ; Minnow Lake) (LIEN). Ce lac, aujourd'hui remblayé et comblé (parc Sainte-Bernadette), aux rives rocheuses hautes de 9 m, pourrait, avec les tranchées de la rue Morin, être le résultat de l'érosion du calcaire par des torrents sous-glaciaires. Dans ce cas, le lac aux Vairons serait une gigantesque marmite (LIEN). (Tout ce paragraphe : observations et hypothèses personnelles.)

L'escarpement de la colline Wright se termine à l'ouest, rue Saint-Rédempteur, par un court segment orienté N-S, en face du parc Sainte-Bernadette (ligne noire dentée coudée). Il est parallèle à la rive est du lac, taillée dans flanc abrupt de la colline.

On peut noter que les tranchées du secteur Morin sont plus ou moins dans la continuité de la faille des Allumettières. Une marmite, pour laquelle l'hypothèse d'un torrent sous-glaciaire a été évoquée par des géologues (Sharpe et Pugin, 2007 ; voir ce LIEN), s'est d'ailleurs développée dans la zone de faiblesse qu'est la faille (8a ; marmite des Allumettières*).
* Marmite et faille des Allumettières : nommées et décrites par moi. Pour les autres failles de l'Île, ce LIEN.


10. Le lac Flora et ses moraines

Avant d’être asséché et comblé vers 1911, le lac Flora (5c ; parc Fontaine) n’était plus qu’un marécage. Des sondages lui avaient donné 4 m d’eau stagnante et 11 m de vase. Je me demande s'il ne s'agissait pas d'un kettle développé dans les sédiments quaternaires au pied de l’escarpement (LIEN). (Hypothèse personnelle.) La coupe de l'Île de Hull de la fig. 3 montre le bassin (maintenant comblé) du lac dans le manteau de dépôts quaternaires remplissant une dépression du socle calcaire au nord de la colline Wright.

Une moraine (LIEN) ou des segments de moraines coupaient l'Île d'est en ouest depuis le ruisseau de la Brasserie jusqu'au nord du lac Flora (Wilson, 1898). La construction de l'ancien boulevard Saint-Laurent et de son successeur, l'actuel boulevard des Allumettières, a réduit à néant les chances d'en retrouver des vestiges.


11. Ancien réseau hydrographique ?

À l'est de l’Île, on devine, dans les sédiments du Quaternaire, les vestiges d'un (hypothétique) réseau hydrographique qui, à une époque indéterminée, s'écoulait vers l'est et aboutissait à l'Outaouais à la hauteur du quai de Hull (3c et transparent ocre à l'est). Un bras de ce réseau aurait drainé le lac Flora. (LIEN) (Hypothèse personnelle.)


12. Failles et chutes

La faille majeure régionale la plus proche de l'Île, la faille Hull-Gloucester (NW-SE) (FHG sur la fig. 2), passe 1 km à l'ouest de l'île. La faille du lac Leamy (FLL), au nord, est de moindre envergure. Pris entre ses deux failles qui se rencontrent au Lac-des-Fées (fig. 2), le bloc de l'Île-de-Hull s'est enfoncé relativement aux compartiments environnants. Comme l'effondrement s'est produit il y a 150 millions d'années et plus (section 2), l'érosion a eu le loisir d'effacer bien avant le Quaternaire tout relief important qui, dans l'Île et ses alentours, aurait pu résulter du jeu des failles.

(Le bloc découpé par ces failles qui délimitent le compartiment affaissé dépasse les dimensions de l'Île-de-Hull (fig. 2) ; sans le ruisseau et sans l'Outaouais, l'Île n'aurait aucune individualité géographique dans ce bloc. La FHG et la FLL se prolongent en Ontario.)

Il est tentant cependant d'attribuer la chute du château d'eau à un rejet récent (Holocène) de la faille Montcalm, mais celle-ci traverse hauts et bas sans se faire autrement remarquer. Notons malgré tout que le bassin du lac aux Vairons est situé au croisement de la faille Montcalm, des sillons de la rue Morin et de l'escarpement Wrigth. (Observations personnelles.)

Le délabrement de la surface de l'Île-de-Hull, avec ses collines résiduelles et sa vaste baie, évoque une surface ayant subi une attaque prolongée, en tout cas efficace, de l'érosion. À l'inverse, la netteté de la découpe de certains traits topographiques – les tronçons du ruisseau et leurs coudes anguleux, le rebord de sa rive ouest, l'escarpement de la colline Wright (encore plus considérable si on lui ajoute le bassin à son pied (fig. 3)), la chute du château d'eau et celles des Chaudières (étudiées dans un autre billet LIEN), les contours mêmes de l'Île, possède tous les traits d'une topographie plus «neuve». (Observations personnelles.)

La préservation de la rive à l'ouest et au NW du ruisseau de la Brasserie (ligne des 60 m), de même que la plus haute altitude du plateau à l'ouest, contrastent avec l'attaque du relief à l'est où la colline Wright se dresse comme un vestige isolé d'une ancienne surface ; du sommet de la colline Wright au rivage de l'Île, une couche de calcaire de 28 m au moins a été emportée par l'érosion. C'est comme si les deux rives du ruisseau n'avaient pas connue la même histoire. (Observations personnelles.)

La chute de la Grande Chaudière est une création récente ; on sait qu’elle a reculé de 400 m depuis sa naissance (petite ligne rouge ; Goldthwait et al., 1913 ; Johnston, 1917 ; LIEN). Le proto-Outaouais a déblayé l'Île, en partie ou totalement, de ses dépôts quaternaires. Du point de vue géologique et topographique, sauf intervention humaine et le recul de la Grande Chaudière, rien n'a changé depuis 4700 ans. L’exploitation des failles et joints a créé un réseau de passages et de cavernes dans le socle calcaire sous les chutes des Chaudières. Les légendes du Trou-du-Diable (TdD) ne sont pas que des légendes. La documentation à ce sujet existe, mais elle est peu accessible :
«... un réseau d'intercommunication et d'écoulement souterrain assez développé à travers les grandes et les petites fractures et cavernes ouvertes dans le roc...» (LIEN)

Établir une chronologie rigoureuse du développement de la topographie me semble périlleux. Je n'ose pas utiliser l'épithète néotectonique, mais un rejeu récent de certaines failles me semble difficile à écarter pour expliquer certains traits anguleux et linéaires du relief, comme seuil de la chute du château d'eau. Les géologues s'entendent pour dire que l'essentiel de la topographie régionale date du Tertiaire (avant les glaciations), par le jeu normal de l'érosion sur le continent. L'escarpement du Parlement, la colline de la rue Wright existaient déjà avant que la venue des glaces. Cependant, des traits secondaires du relief (le ruisseau, les chutes, etc.) échappent peut-être à ce constat. (Réflexions personnelles.)


13. Conclusion (ou récapitulation)

Du vieux et du neuf. – Le délabrement de la surface de l'Île-de-Hull, avec ses collines résiduelles et sa vaste baie, évoque un relief ou une surface ayant subi une attaque ancienne et efficace de l'érosion. Hors de l'Île, les plateaux sont mieux conservés et dépassent en altitude les sommets de l'Île-de-Hull. À l'inverse, la netteté de la découpe de certains traits topographiques – les tronçons du ruisseau et leurs coudes anguleux, l'escarpement de la colline Wright, la chute du château d'eau et celles des Chaudières, les contours mêmes de l'Île, possède tous les traits d'une topographie plus «neuve». 

La ligne des 60 m à l'ouest du ruisseau dessine probablement la vallée N-S du cours d'eau originel. Cette vallée se perd au nord sous l'argile de la mer de Champlain qui comble et masque la vallée enfouie de la Gatineau sans qu'il soit possible de dire quelles relations existent entre ces deux vallées. Toutes deux sont antérieures, en tout cas, au dépôt de l'argile marine (sont-elles glaciaires ?, pré-glaciares ?). On peut reprendre les mêmes observations à propos de la baie au nord de l'Île.

Certains éléments de la topographie pourraient remonter à des torrents sous-glaciaires (bassin rocheux du lac aux Vairons, tranchées du secteur Morin, marmite des Allumettières). Le lac Flora, au lit vaseux, est peut-être un kettle. Mais le creux du socle (fig. 3) qui l'accueille, sous les dépôts quaternaires de son bassin, a été aussi, selon moi, créé par un torrent sous-glaciaire.

La chute du château d'eau serait-elle une manifestation isolée de néotectonisme ? L'hypothèse vaut qu'on l'examine.

Alignements. – Il faut faire remarquer la coïncidence qui aligne la faille des Allumettières, l'axe du tronçon amont du ruisseau, le rétrécissement de l'Outaouais et les chutes des Chaudières. Toutes ces structures participent à un réseau complexe de failles ou de joints (Hypothèses personnelles.) La chute du château d'eau, faut-il encore le dire, est une manifestation de la faille Montcalm. Répétons cependant qu'il n'y a aucun lien obligatoire ou univoque entre le relief et les failles.

L'eau trouve toujours dans le socle une ligne de faiblesse orientée dans la bonne direction. Si, par exemple, les joints qu'elle a exploités pour creuser les tronçons rectilignes du ruisseau sont présents partout dans le secteur, il faut cependant remarquer que des réseaux ENE et WNW n'ont pas été exploités par le cours d'eau.

Au-delà de l'Île. – Au sud, de l'autre côté de la rivière, la faille Hull-Gloucester et l'alignement décrit plus haut convergent pour se prolonger dans la vallée qui accueille le lac Dow's, à Ottawa, en passant par l'élargissement de l'Outaouais en amont des Chaudières*.
* Ajout (11 févr. 2016). – Il a été possible de repérer, masquée par les sédiments du Quaternaire, une série de fractures d'orientation NW dans le socle paléozoïque sous le campus de l'Université Carleton, à Ottawa. Des chenaux érodés dans le roc, vestiges d'un ancien cours d'eau, leur sont associés. Ces structures sont dans l'axe de la vallée rocheuse qui s'étend au nord du campus à partir du lac Dow's, laquelle vallée, à son tour, suit le parcours d'une faille régionale majeure, la faille [Hull-]Gloucester, d'orientation NW. (C'est moi qui souligne : on est toujours content d'obtenir une confirmation de ses intuitions !) Source : Wilson, Heather C., 1990. The hydrogeology of the Carleton University campus, Ottawa, Ontario. Carleton University, Thesis, M.Sc. LIEN pour la thèse.

Arrivé à ce stade, tant au nord qu'au sud, il faudrait considérer les choses à une échelle plus vaste. On se demande à quoi ressemblerait le secteur de l'Île-de-Hull si l'Outaouais, après la glaciation, avait récupéré son ancien lit, plus au sud (LIEN).

Enfin, pour répondre à la question qui sert de titre à ce billet, «Qui a façonné l'Île-de-Hull ?», nous répondrons : «L'érosion.» L'érosion aérienne et fluviatile avant le Quaternaire, sous un climat plus chaud (LIEN), l'érosion glaciaire et fluviatile durant le Quaternaire, sans que je puisse trop m'avancer pour quantifier la part de l'une et de l'autre. La tectonique (failles, joints) a orienté ou aidé le travail des agents érosifs qui ont, cependant, souvent fait fi de ses manifestations. Pensons que la faille Montcalm traverse les hauts et les bas de l'Île sans se faire remarquer ailleurs qu'à la chute du château d'eau (et peut-être aussi des sillons de la rue Morin).

La tectonique offre, l'érosion dispose. Et efface beaucoup. Reste à savoir pourquoi ses effets ont été plus profonds dans l'Île que dans ses environs immédiats.


14. La vraie fin

Il importe de souligner le caractère superfétatoire du ruisseau de la Brasserie. L'Outaouais aurait facilement pu se passer sans souffrir de ce mince bras (à peine un petit doigt !) qui lui distrait un court instant une part infime de ses eaux. Ceci me conforte dans l'idée que la vallée du ruisseau a précédé l'installation de l'Outaouais dans son lit actuel (LIEN). La vaste baie vacante, au nord, est sans proportion avec l'île qu'elle échancre.


Références

  • L'Atelier de l'Urbanisme Georges Robert, Reconnaissance et appréciation des conditions urbaines, Hull, 1965 : Rapport numéro 1, Trois-Rivières, 27 pages + plans.
  • Atlas du Canada.
  • Michel Allard, 1977 – Le rôle de la géomorphologie dans les inventaires bio-physiques : l’exemple de la région Gatineau-Lièvre. Univ. McGill, départ. de géographie, thèse (Ph.D.), 540 p.
  • J.W. Goldthwait, J. Keele and W.A. Johnston, 1913 – «Excursion A10. Pleistocene : Montreal, Covey Hill and Ottawa», in : Geological Survey, Guide book no.3, Excursions in the neighbourhood of Montreal and Ottawa (excursions A6, A7, A8, A10, A11), Ottawa. Government Printing Bureau, 162 p. (with maps).
  • W.A. Johnston, 1917 – Pleistocene and Recent Deposits in the Vicinity of Ottawa, With a Description of the Soils. Commission géologique du Canada, Mémoires 101, 69 p., avec carte 1662 (1/63 360).
  • B.V. Sanford et Arnott, R.W.C., 2010 – Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State. Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes).
  • D. Sharpe et A. Pugin, Glaciated terrain and erosional features related to a proposed regional unconformity in Eastern Ontario: Field trip Guide Book, GSC, Open File 5596, 2007, 44 p.
  • Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State, Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p. (+ cartes)
  • Vézina, Fortier et Associés, Aménagement du ruisseau de la Brasserie, Citée de Hull, 1976.
  • A.E. Wilson, 1938 – Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360).
  • W.J. Wilson, 1898 – «Notes on the Pleistocene Geology of a Few Places in the Ottawa Valley», The Ottawa Naturalist, vol. XI, March 1898, no. 12, p. 209-220.


FIG. 2. – Modifié de Sandford et Arnott (2010). Traits noirs épais : failles ; blanc : Bouclier canadien ; couleurs : plate-forme du Saint-Laurent (grès, dolomie et calcaire, shales) ; ÎdH et contour rouge : Île-de-Hull ; FA : «faille des Allumettières» ; FHG : faille Hull-Gloucester ; FLL : «faille du lac Leamy» ; FM : «faille Montclam» ; Q et ligne bleue tiretée : dépôts les plus épais d'argile marine et de sédiments du Quaternaire. Les petits traits terminés par un cercle le long des failles sont du côté abaissé de la faille. L'Île-de-Hull est à l'extrémité NW d'une écaille délimitée par la FLL et la FHG et qui se prolonge vers le SE. Sans le ruisseau de la Brasserie, elle n'aurait aucune existence propre.


FIG. 3.  – A. Coupe S-N de l'Île-de-Hull passant par le centre du parc Fontaine (ancien lac Flora), modifiée de L'Atelier de l'Urbanisme Georges Robert (1965). L'échelle verticale est 20 fois exagérée (d'après mes calculs). La photocopie du rapport disponible à la Bibliothèque municipale de Gatineau d'où cette reproduction est tirée n'est pas fameuse, comme on le constate. J'ai refait la typographie en ajoutant quelques détails, notamment la ligne horizontale qui traverse la coupe («N.d.l.r.?») pour indiquer le niveau (minimum) de la rivière, laquelle se tient approx. entre 135 et 147 pieds (41 et 45 m). Les altitudes sont en pieds : 220 pi. = 67 m ; 200 pi. = 61 m ; 180 pi. = 55 m ; 160 pi. = 49 m ; 140 pi. = 43 m ; 120 pi. = 37 m.
Le calcaire du groupe de Trenton (Ordovicien moyen et supérieur, 458 - 444 Ma) forme le socle de l'Île. L'argile silteuse a été déposée par la mer de Champlain (ou par le delta de la Gatineau : voir section 8) ; bizarrement, le till glaciaire qui devrait se trouver entre le socle calcaire et l'argile n'apparaît pas (mais le texte semble indiquer que des «boulders« et des «cailloux» (blocs et galets) sont inclus dans l'unité du calcaire de Trenton). Le sable et gravier sont des sédiments laissés par le proto-Outaouais. Le parc Fontaine est sur le site d'un ancien lac (le lac Flora), comblé vers 1911 («Remblayage»). (Les données sur la «Terre noire» manquent.) L'escarpement sur le flanc nord de la colline devrait, me semble-t-il, rendre la pente plus abrupte à cet endroit.
B. La même coupe (d'après A), en silhouette et comprimée en altitude (à 10 % de sa valeur en A) afin de donner une meilleure idée du relief réel. Les sédiments sont en orangés, le socle calcaire en noir.
C. Comme en B, avec les proportions exactes (échelle des altitudes réduite à 5 % de sa valeur en A). Vu ainsi, le relief semble vraiment insignifiant. À pied, et même en voiture, il est parfaitement perceptible !


mercredi 29 avril 2015

Coups de gouge à l'intérieur de l'Île-de-Hull (ajout et mise au point)


Mise au point (11 mai 2015). - Les marques d'érosion que je décris ici n'auraient pas été creusées par l'eau courante mais plutôt par l'eau présente dans une faille (remplie de terre, par exemple). Elles n'auraient donc ni l'âge ni la signification que je leur prêtais. Plus de détails à venir.



Vestige intact de l'époque glaciaire ou post-glaciaire : falaise de calcaire grêlée de coups de gouge sur la rue Saint-Rédempteur dans l'Île-de-Hull. À l'évidence, l'eau a fait clapotis loin à l'intérieur de l'Île à une époque. Cette photo, et celles qui suivent : 26 avril 2015. (Pour toutes les photos de la paroi, le N est à gauche.)


Résumé

Une falaise de l'Île-de-Hull conserve le souvenir intact du passé glaciaire ou post-glaciaire de la région.
Localisation
Falaise de calcaire en face du parc Sainte-Bernadette, rue Saint-Rédempteur, Gatineau, Qc.
31G/05
Autres billets reliés au sujet
7 nov. 2009, «Marmite des Allumettières»
11 nov. 2009, «Marbres sculptés par les glaciers (Cantley)»
15 juillet 2013, «Ruisseau de la Brasserie : vieux morceau intact»
13 juillet 2013, «Marmite des Allumettière et coups de gouge»
7 août 2013, «Hull : lacs et vairons éponymes»
10 août 2013, «Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique»
4 févr. 2015, «Coups de gouge dans le calcaire»


Depuis un certain temps déjà, je les avais repérés : des coups de gouges sur une paroi de calcaire qui s'élève face au parc Sainte-Bernadette, rue Saint-Rédempteur, à Gatineau. Pour autant que je sache, je suis le premier à les signaler.

Les coups de gouge sont des marques d'érosion, de petites cupules qui grêlent les surfaces rocheuses exposées à l'action de l'eau courante. L'eau en mouvement creuse de petites dépressions en forme de cuillère, le côté abrupt vers l'amont, la pente douce vers l'aval, ce qui permet de déterminer a posteriori le sens du courant. (Cf. le site Juraspéléo.)

Les coups de gouge de la rue Saint-Rédempteur ont ceci de particulier qu'elles sont loin de tout cours d'eau. Le ruisseau de la Brasserie est à plus de 300 m à l'ouest et la rivière des Outaouais, à 500 m au sud. Aucun courant, aucune vague, aucun clapotis pour longer ou battre la falaise de calcaire. Les cupules y sont aussi incongrus qu'un bouquet de palmiers dans l'Arctique ou qu'une armada d'icebergs au Sahara.

Le premier moment d'étonnement passé, on se rend compte que les explications ne manquent pas.


  • Hypothèse glaciaire. Les coups de gouge ont été créés par des torrents alimentés par l'eau de fonte sous les glaces, il y a plus de 12 000 ans. De pareils torrents ont sculpté des chenaux dans le marbre au nord de Gatineau, à Cantley (billet du 11 nov. 2009, lien plus haut) ;
  • Hypohèse fluviatile. L'ancêtre de la rivière des Outaouais, établie après le départ des glaciers et des eaux de la mer de Champlain, était beaucoup plus large et puissant que la rivière actuelle. C'est peut-être l'Outaouais qui, dans son impétueuse jeunesse, après avoir déblayé une bonne partie de l'Île-de-Hull de l'argile de la mer de Champlain qui s'y était déposée, a imprimé les coups de gouge dans la paroi (billet du 10 août 2013) ;
  • Hypothèse fluviatile bis. Si ce n'est pas la rivière, c'est peut-être son bras, le ruisseau de la Brasserie, qu'il faudrait accuser. Que ce soit la rivière elle-même ou son bras, la distinction est assez spécieuse, me direz-vous ;
  • Hypothèse lacustre. Le parc Sainte-Bernadette est sis au dessus d'un ancien lac, le lac aux Vairons, ou lac Minnow. La falaise, d'une certaine manière, serait le gradin supérieur de l'amphithéâtre rocheux qui ceinturait le lac. [Ajout. - Mais lire commentaires à la suite du billet.] Reste la question de l'origine du bassin rocheux. La question m'intrigue et n'a jamais reçue la moindre attention. J'y vais donc de mes propres hypothèses (cf. billet du 10 août 2013) : surcreusement par les glaciers ? torrents sous-glaciaires (ce qui nous ramène à la première hypothèse) ? Le lac a été comblé et les indices qui nous auraient permis d'en dire davantage gisent sous le remplissage et les buts d'un terrain de baseball (billet du 7 août 2013).

La géométrie des coups de gouge auraient pu nous permettre de choisir entre ces hypothèses. Or, après examen visuel et tactile, je n'arrive pas à leur trouver une dysmétrie (amont/aval) qui donnerait un indice de la direction que suivaient les eaux qui jadis les ont creusées. Je suis novice dans ce genre d'exercice et si quelqu'un qui s'y connait mieux que moi voulait se donner la peine d'examiner les choses...

Un courant vers le sud (comme je l'ai déjà proposé, notamment dans le billet du 10 août 2013) serait une forte présomption en faveur de l'hypothèse glaciaire ; un mouvement vers le nord, comme celui de l'actuel ruisseau de la Brasserie, favoriserait les hypothèses fluviatiles. Quant à l'hypothèse lacustre, j'ignore à quel point des eaux moins mobiles d'un lac peuvent créer des coups de gouges.

Bref, je suis bien embêté.

On pourrait relier ces coups de gouge à ceux observés dans la Marmite des Allumettières et sur le pan de roc qui subsiste derrière les Brasseurs du Temps (billets des 7 nov. 2009 et du 13 juillet 2013).


Le lac aux Vairons (Minnow Lake) en 1930, site de l'actuel parc Sainte-Bernadette. Les eaux des glaciers, de l'Outaouais, du ruisseau de la Brasserie ou du lac se sont autrefois rendues jusqu'à la la falaise, rue Saint-Rédempteur ; l'endroit où subsiste les coups de gouge est marqué par l'astérisque rouge. On remarque la rive droite du lac, escarpée, qui fait ombre, orientée parallèlement à la falaise sur la rue. Photo A2180 (détail), 1930, Photothèque nationale de l'air (PNA), Ottawa.


Le calcaire de la rue Saint-Rédempteur est une sorte de monument témoin de notre passé glaciaire ou post glaciaire. Il serait utile de le protéger. Déjà une bonne partie a été bétonnée, il serait urgent de songer à des mesures afin de préserver ce qui en reste d'intact.

Note. La falaise est tout près d'une maison à logements, dans une bande de terrain séparée du trottoir par une clôture grillagée. Malgré les apparences, il s'agit d'un terrain municipal, et non d'un terrain privé. Il a été plus ou moins squatté par les gens du coin qui y ont aménagé une sorte de petit jardin qui ne dérange personne, bien au contraire. Prière de ne pas piétiner les plates-bandes.



Vue rapprochée de la partie gauche de la photo au début du billet.



Vue encore plus rapprochée (surface visible au centre du bord gauche de la photo précédente). Qui pourrait dire, d'après les coups de gouge, dans quelle direction l'eau coulait ? Mon impression est qu'elle coulait de haut en bas...



Une main vient opportunément nous fournir une échelle. Au centre de la photo, la surface couverte par le cliché précédent. Si la grosseur des coups de gouge est censée diminuer avec la vitesse du courant, je devine qu'à vitesse égale, la résistance des différentes couches de calcaire doit aussi avoir une influence.



Autre gros plan.



On retrouve des coups de gouge jusque sur les surfaces horizontales.


Ajout (5 mai 2015)


Carte : ArcGIS (saisie d'écran). Sous le parc Sainte-Bernadette, le lac aux Vairons se devine aux contours des courbes de niveau (comparez avec la photo aérienne, plus haut). L'astérisque rouge indique l'emplacement des coups de gouge, à une altitude entre 55 et 60 m (les courbes sont à tous le m). Il est difficile de dire jusqu'à quel point la falaise de la rue Saint-Rédempteur a été retouchée au XIXe s. Aujourd'hui, la majeure partie (la section exactement parallèle à la rue, au sud de l'astérisque) est bétonnée.


mercredi 7 août 2013

Hull : lacs et vairons éponymes


McKellar, The Evening Citizen, Ottawa, 23 juillet 1932.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir.) Source : Google.
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Pièce d'archive (avec deux cartes et une photo pour visualiser) que je place ici pour pouvoir m'y référer plus tard : témoignage sur les anciens lacs Minnow (ou lac aux Vairons) et Flora, à Hull (Gatineau), sites des actuels parc Sainte-Bernadette et Fontaine. J'ignore si la description des vairons éponymes intéressera les naturalistes...

La partie de l'article sur le Pot Hole a été traitée dans ce blogue le 9 juillet 2013.




Partie sud de l'Île-de-Hull en 1908
1 : ruisseau de la Brasserie ; 2 : lac Minnow (lac aux Vairons) ; 3 : lac Flora ; «Ottawa River» : Outaouais.
Détail de : Chas. E. Goad (éd.), Hull & Vicinity, Que., January 1903, revised May 1908. Toronto, Montreal, London, 1 map on 44 sheets. Bibliothèque et Archives Canada. 
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Même secteur (a peu près). 1 : ruisseau de la Brasserie ; 2 : parc Sainte-Bernadette ; 3 : parc Fontaine.
Fond de carte : modifié de © Google.
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Lac aux Vairons / Minnow, 1930. 
Détail de A2180-49, 1930, Photothèque nationale de l'air.