samedi 26 juin 2021

L'Île Hull fracturée



L'Île Hull dans l'Outaouais, en face de l'Île-de-Hull, à Hull (Gatineau), vue depuis le belvédère de la Cour suprême, à Ottawa. Ce calcaire désolé (mais voyez la dernière photo) est un morceau émergé d'une plate-forme faisant partie du Groupe d'Ottawa, ou de Trenton, selon la nomenclature adoptée, datant d'il y a 465 millions d'années (Ordovicien moyen). Photo 31 juillet 2019.



Il a souvent été question dans ce blogue de l'Île Hull qui émerge des eaux de l'Outaouais à la hauteur de la Cour suprême (lien vers les billets sur le sujet), ne serait-ce que pour vous apprendre à ne pas la confondre avec l'Île-de-Hull(1) qui lui fait face et de ne surtout pas l'appeler l'île aux Mouettes comme le font des individus que je ne qualifierai pas ; certaines personnes tout aussi inqualifiables vont jusqu'à l'annexer à Ottawa, alors qu'elle est à Hull (Gatineau) (billet du 30 déc. 2020, « L'Île Hull à Ottawa ? »).

Sa forme en 8 est caractéristique. Sur certaines cartes, elle ressemble à une cacahuète. La dépression qui la coupe en deux la... coupe en deux lorsque l'eau de l'Outaouais monte assez haut pour l'envahir et faire de l'île des îlots jumeaux. 

(1) À propos de l'Île-de-Hull, voir par exemple le billet du 10 août 2013, « Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique ».

Je n'avais jamais remarqué avant les jours derniers que le réseau des diaclases ou joints dans le calcaire diffère dans les deux parties de l'île Hull. Une faille NO-SE, paralèlle à la dépression, traverse la rivière moins de 200 m en amont sans effleurer l'Île(2). Ce sont les cartes géologiques qui l'affirment, mais il faut savoir les interpréter. Ce qui est une simple faille sur papier se résout souvent sur le terrain en un faisceau de failles. Il est donc possible que l'île soit affectée par une faille secondaire non cartographiée (carte géologique plus bas), plus discrète. D'ailleurs, la faille qui passe à l'ouest a fait basculer les strates de calcaire sur la rive hulloise (photo janv. 2012 plus bas) alors que dans l'Île Hull, elles demeurent pratiquement horizontales.

(2) Dans d'autres billets, j'ai baptisé par commodité cette faille « faille Montcalm » ; elle a cependant été cartographiée par A.E. Wilson dans les années 1930. Réf. : Wilson A.E., 1946 – Geology of the Ottawa-St. Lawrence Lowland, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, Mémoire 241, 66 p. (+ cartes). La faille Montcalm est identifié par un F rouge sur la carte géologique plus bas.

Quoi qu'il en soit, la faille non cartographiée qui, je le soupçonne, coupe l'Île Hull, a peut-être juxtaposé deux compartiments du socle rocheux ayant chacun leurs réseau de joints particuliers. Il faut cependant remarquer que l'île tout entière fait partie de la même formation de calcaire de l'Ordovicien moyen (Groupe d'Ottawa ou de Trenton, 465 millions d'années), ce qui limite l'ampleur du rejet théorique de la cassure.

De tout ceci m'est venue l'idée d'aller jeter un coup d'oeil plus large voir si les systèmes de joints varient d'un secteur à l'autre de la région.

À suivre...


Saisie d'écran (Google) de l'Île Hull. 
En haut, certaines diaclases retouchées en rouge. 
Au nord, le réseau des diaclases est orthogonal. Au sud, des failles s'incurvent vers le NE. Elles semblent se superposr à un patron semblable à celui de la partie nord. 
L'inondation de la dépression au centre de l'Île l'a transformé en un couple d'îlots.

En bas, l'image intacte.
La dépression inondée entre les deux parties de l'Île Hull est paralèlle à la faille qui passe au SO de l'Île (voir la carte géologique).



Géologie de Hull (Gatineau) et d'Ottawa, séparées par la rivière des Outaouais. (Cliquer sur l'image pour l'afficher à sa pleine grandeur.)

Légende adaptée

  • Lignes noires ondulées (présentes sur la carte originale) : failles ;
  • X rouge ajouté : l'Île Hull, au milieu de la rivière des Outaouais ;
  • F rouge ajouté et segment de faille surligné en rouge : faille traversant la rivière au SO de l'Île Hull ;
  • Les couleurs (originales) : différentes formations du Paléozoïques de la plate-forme du Saint-Laurent que je ne détaille pas ici. Orangé : Groupe d'Ottawa ou de Trenton (Ordovicien moyen, 470-458 Millions d'années), calcaire et dolomie surtout ; autres couleurs : calcaire, dolomie, grès, shales (Ordovicien, 488-444 millions d'années).

Carte : A.E. Wilson, 1938 — Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360). 


Rive hulloise à l'ouest de l'Île Hull : strates de calcaire basculées par la faille notée par un F rouge sur la carte. Photo janv. 2012.





Île Hull, 7 juillet 2014. Un saule saulitaire domine herbes et arbustes. L'arbre n'a pas résisté à la grande crue de 2017. (Voir billet du 11 sept. 2019, « Désolation sur l'île Hull ».)


vendredi 25 juin 2021

Chenal et carrières oubliés à Val-Tétreau (Hull).

Mise à jour de mon billet du 10 nov. 2020 sur un chenal et des carrières oubliés à Val-Tétreau (Hull).

La carrière de calcaire de la baie Squaw. Tout est désormais tranquille, il n'y en a plus que pour le bonheur des grenouilles et des quenouilles. (Photo nov. 2020.)


dimanche 20 juin 2021

Coupe de la mine de fer Forsyth, à Hull (Gatineau)


Coupe de la mine de fer Forsyth au nord de Hull sur le chemin de la Mine ; le document, qui date de 1960, a récemment été mis en ligne par ministère de l'Énergie et Ressources naturelles du Québec. La référence est sous l'image.

Cliquer sur l'image pour l'afficher à sa pleine grandeur. Les lentilles exploitables sont représentées par des hachures entrecroisées. 

QUEBEC SOUTH SHORE STEEL CORP, HULL IRON MINES LTD, 1960. MINE FORSYTH. rapport statutaire soumis au gouvernement du Québec; MF 0272, 5 plans. Disponible à https://gq.mines.gouv.qc.ca/documents/EXAMINE/MF0272.


L'ampleur des travaux sous terre ne se soupçonne plus maintenant que les entrées de la mine sont scellées et que le terrain est pleinement intégré au parc de la Gatineau. Les galeries atteignaient 750 pieds de profondeur (230 m).

(Comparer avec les plans que j'ai publiés dans les autres billets consacrés à la mine ForsythVoir aussi le billet du 7 mars 2012, « Histoire minière de l'Outaouais II ».)

L'OPEN CUT (au centre, en haut) est cependant toujours repérable dans la topographie et des traces des installations, dont une entrée murée près du boul. de la Cité-des-Jeunes (sans doute le PORTAL, à droite, au niveau 0'), sont toujours visibles.


Entrée condamnée de l'un des puits (?) au sud de l'OPEN CUT. Photo été 2011.


Le fer (ou la magnétite, un oxyde de fer) se retrouve dans une roche nommée eulysite (voir les coupes plus bas). On peut résumer la géologie du secteur en parlant d'un marbre qui enferme des lentilles ou bandes de magnétite. La mine a été active de façon discontinue dans le second milieu du XIXe s jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Des travaux d'exploration en vue de sa réouverture ont été menés de 1958 à 1977.


Mine Forsyth, Hull (Gatineau), juillet 2011.
Berline abandonnée sur le sentier menant à la carrière principale (suivant le Drainage Ditch de la coupe en haut). 













Autres coupes de la mine Forsyth. L'EULYSITE contient le minerai de fer, la magnétite. Autrement, la roche en place est du marbre. L'ENTRÉE DU TUNEL (SECTION A, en bas à droite) est sans doute l'équivalent du PORTAL de la coupe plus haut.
Guilloux L., Blais R.A., Coy-Yll R., 1972 — « L’origine métasédimentaire du gisement de magnétite de Forsyth, Province de Québec, Canada. » Mineralium Deposita, vol. 7, p. 154-179.

vendredi 18 juin 2021

Rive de la Gilmour & Hughson, ruisseau de la Brasserie, au parc Jacques-Cartier (Hull)


Mise à jour du billet du 3 septembre 2016, « Arbres nourris de bois au parc Jacques-Cartier ». Prière de suivre le lien pour vous y reporter.


Plage formée de bois pourri le long de la rive du ruisseau de la Brasserie sous l'ancien moulin de la Gilmour & Hughson, parc Jacques-Cartier, Hull (Gatineau). 
Photo 16 juin 2021.



vendredi 14 mai 2021

Hors sujet : briques le long du quai de la Gilmour à Hull

La version originale de ce billet a été effacée par le bug qui a affecté Blogger le 14 mai 2021 en soirée. Ceci est une version réécrite le 23 mai 2021.

Brique marquée trouvée sur le bord de l'ancien quai de la Gilmour & Hughson au parc Jacques-Cartier (Hull, Gatineau). La première lettre peut être un C ou un O (voir détail plus bas). 
Dans un cas comme dans l'autre, il ne peut pas s'agir d'une variété de brique écossaise semblable à celles que l'on trouve aux alentours (voir billets des 4 sept. 2016 et du 21 sept. 2020, liens dans le texte). 
Je n'ai en effet relevé aucune « OB Co » ou « CB Co » dans l'index du site de la Scotland's Brick Industry. Photo 15 mai 2021.
(AJOUT 15 juin 2021). - C'est bien une « OB Co », j'ai vu des débris de deux autres briques avec des inscriptions plus claires sur le rivage.)


Mettant à profit l'effacement inhabituel des badauds de l'après-midi, le niveau relativement faible des eaux printanières de l'Outaouais et la discrétion passagère de la végétation renaissante, j'ai pu explorer le bord de l'ancien quai de la Gilmour & Hughson au parc Jacques-Cartier, à Hull. Le quai est au nord du pont Cartier-Macdonald, 200 m au SE de l'emplacement de l'ancien moulin à vapeur de la compagnie, à l'embouchure du ruisseau de la Brasserie dans l'Outaouais.

Billets à consulter sur le même sujet (pour savoir de quoi il est question ici)

À consulter aussi 


Briques « sans nom », rive de l'Outaouais, bord de l'ancien quai de la Gilmour. Photo 14 mai 2021.

Le plat terrain à fleur d'eau sous le plateau du parc est en réalité le vestige d'un quai. Il existait déjà en 1887 comme l'atteste une carte de cette année (billet du 11 sept. 2020b). Chaque printemps, la rivière se déleste d'un chargement de sable sur le plateau herbeux aujourd'hui naturalisé. Le sol, hors cet apport sableux, me semble argileux et semé de blocs. Remplissage ou origine naturelle ? Je penche pour la première hypothèse. Des éléments en bois du quai se devinent le long de la rive, des fragments d'outillages en fer achèvent de rouiller entre les galets et les briques battus par les vagues (billet du 11 sept. 2020a et 2020b). Mon expédition de cet après-midi m'a permis de découvrir des fragments de trois briques réfractaires d'origine écossaise, une CALEDONIA et deux GARTCRAIG, sœurs de celles qui se trouvent sur la rive sous l'ancien moulin à vapeur qui s'élevait autrefois au nord (billets du 4 sept. 2016 et du 21 sept. 2020). 


Frotti mettant en évidence le bourrelet (bulle éclatée à la cuisson ?) qui empêche de décider s'il faut lire la première lettre C ou O. Photo 16 mai 2021.
(AJOUT 15 juin 2021). - Il faut bien lire OB d'après d'autres briques vues sur le rivage.)

Un moment, j'ai cru avoir mis la main sur une nouvelle variété de brique écossaise, une « OB Co  » ou une « OC Co ». Un relief irrégulier sur le côté droit de la première lettre empêche d'être sûr qu'il s'agit d'un C ou d'un O déformé. (Je penche pour la première hypothèse.) Dans un cas comme dans l'autre, ma trouvaille est absente de l'index du site de la Scotland's Brick IndustryCependant, la plupart des nombreuses briques, entières ou réduites en morceaux, éclats ou grains qui s'incorporent au sable, sont des briques rouges « sans nom » - réfractaires ou non, je ne saurais juger de la différence. (Des briques semblables se trouvent aussi sur la rive au nord, sous l'ancien moulin.) (AJOUT 15 juin 2021). - C'est bien une « OB Co », j'ai vu des débris de deux autres briques avec des inscriptions plus claires sur le rivage.)

Échantillon plus lisible. Photo 15 juin 2021. (AJOUT 18 juin 2021.)

Une CALEDONIA. Photo 14 mai 2021.

Mes trouvailles sur le « quai » ne permettent pas de résoudre la question de la provenance des briques écossaises avérées du secteur. Débris du moulin démoli dans les années 1930 (et années 1950 pour la cheminée) ou ingrédients de remplissages subséquents ? 

Je ne peux répondre.

La stratigraphie du quai, si je la connaissais, m'éclairerait sans doute. De bas en haut, on devrait avoir le rivage original, l'ancien quai et, plus ou moins mêlés, des briques et des débris de béton (plusieurs âges, sans doute), le terreau (terre et blocs) et du sable. La végétation renaissante surmonte tout ça. Faudrait creuser une tranchée.

Plus la tour de fer. N'oublions pas cet élément du paysage ! (Voir billet du 11 sept. 2020b.)


Fragment d'une GARTCRAIG. 
Photo 14 mai 2021.
Fragment d'une autre GARTCRAIG. 
Photo 14 mai 2021.