jeudi 17 septembre 2015

Gneiss du fond du Lac-des-Seize-Îles


Photo et figuration © Jean-Louis Courteau, 2015.


Fragment de gneiss* plissé dégagé par la dissolution du marbre au fond du Lac-des-Seize-Îles, dans les Laurentides. Voyez comme l'attitude de la pierre lui donne la forme de la coque d'une chaloupe.

* Dans le sens le plus large et le plus généreux du terme en attendant plus de précisions.

Jean-Louis Courteau a rapporté du fond du lac cette sculpture précambrienne (un milliard d'années).

Voir les autres billets du blogue consacrés à ces roches plissées :



Mais, à tout plongeur tout honneur, rendez-vous d'abord au blogue Aquadelic de Jean-Louis Courteau.


Photo et figuration © Jean-Louis Courteau, 2015.


Ça pourrait être le reste d'une épave ; le gneiss rubané imite les planches vermoulues d'un ancien naufrage.

Photo © Jean-Louis Courteau, 2015.


Une élégance que plusieurs œuvres d'art moderne lui envieraient. Admirez le double mouvement de torsion et d'étirement.

mercredi 9 septembre 2015

Calcaires hullois : des cartes et des lacunes (révisions)

Carrière de calcaire de la Wright Crushed Stone Co, Ltd., rive gauche du ruisseau de la Brasserie, à Hull (G1 sur la carte). Photo : Goudge, 1935 ; vue vers le SE. La carrière était située rue Amherst, entre le boul. Saint-Joseph et le ruisseau. La carrière produisait de la pierre concassée, de la pierre pour la production de pâte au bisulfite ; elle avait auparavant été exploitée pour la pierre à bâtir.
 

Résumé

Mise à jour de la carte des anciennes carrières de calcaire à Hull (Gatineau), Québec.
Billet principal sur le même sujet
6 juillet 2013, « Calcaires hullois : la carte »
Autres billets
10 juillet 2013, « Calcaires hullois : cartes topographiques »
29 juin 2013, « Calcaires hullois : suite »


Je réduis la portée de ce billet à une simple mise à jour de ma carte des carrières de calcaire de la ville de Hull. Dans sa version originelle, ce billet faisait état de la thèse de Kayser sur l'industrialisation de la ville de Hull (1967 ; Univ. d'Ottawa). Or, après examen et ré-examen des cartes qui illustrent son travail, il est apparu trop de lacunes dans le relevé des carrières et trop d'imprécisions dans la nature des sites reportés, lesquels, regroupés à l'enseigne de « Non-metallic minerals », pouvaient tout aussi bien être des carrières que des établissements de transformation de la matière première. L'un des sites s'est d'ailleurs avéré être, selon toute vraisemblance, l'atelier de la Mica Co. of Canada (isolants). Le mica n'était pas extrait à Hull, mais provenait des mines au nord de la ville. Aucun lien, donc, avec le calcaire.

Les travaux de Kayser auront eu quand même l'utilité de confirmer la possibilité d'une carrière à la pointe SE de l'Île-de-Hull (P7). Dans des versions précédentes de ma carte, je faisais suivre le symbole P7 de deux points d'interrogation ; il n'en reste plus qu'un à présent.

Bref, au lieu de nouveaux développements, voici une simple mise à jour partielle.

Anciennes carrières de calcaire de la ville de Hull (Gatineau), Québec, selon des sources variées. Compilation Henri Lessard, © 2013, 2014, 2015, 2020. Les codes d'identification et références plus bas.
Fond de carte : modifié de © Google. J'ai rectifié à main levée la frontière Québec/Ontario (en rouge, en bas) que Google trace de travers (voir le billet du 4 mai 2013).
Carte version 8, 7 sept. 2021.


Carrières de calcaire, Hull (Gatineau) 

En gras : codes d'identification utilisés sur la carte.


Hogarth (1975)

H1. Carrière de McKay (1826) ; correspond à P9, G5, W4 et à U4

McGrath (1885) : deux carrières (ajout 11 nov. 2020)

M1. Carrière au parc Brébeuf sur la carte de McGrath, inconnue autrement.
M2. Correspond à U9.

Ells et Ami (1901) : deux carrières actives

E1. Correspond à G6B.
E2. Correspond à G2.

Parks (1916) ; 8 carrières actives, une inactive.

P.1. Wright and Company, Hull, 240 x 120 m. On y extrait des pierres de 15 à 24 pouces d'épaisseur. 
Ajout (1er et 10 mai 2020). - Le 24 mai 1915, Adélard Godin, contremaître, a trouvé la mort dans cette carrière, happé par le concasseur mécanique. (Raymond Ouimet, « Un triste imbroglio familial », s.d., comm. pers., mai 2020.) La carrière, qui aurait appartenu à la Federal Stone, serait aussi le site de l’ancien chantier municipal. (Raymond Ouimet, comm. pers., avril 2020.) 
P.2. Wright and Company, Hull. Gros blocs de pierre pour piliers de ponts. Au N, de petites excavations produisent de la pierre concassée. Le coin SW du terrain est à la Laurentian Stone Co. Correspond à G1.
P.3. Wright and Company, Hull. Blocaille, blocs grossiers de construction, concassage. L'école Normale Saint-Joseph de Hull a été construite avec la pierre de cette carrière (1908). La pierre a servi aussi à la construction de l'école Notre-Dame de Hull.
P.4. A. Morin, Hull.
P.5. M. Lefèbre, Hull.
P.6. David Laviolette, Hull. « [La carrière a fourni l'échantillon] le plus finement grenu de toutes les pierres de construction les mieux connues au Québec... » (Parks, p. 112.) Tout le produit de la carrière sert à des fins de construction : blocs grossiers, seuils, bouchardés sur le dessus, montants de fenêtres de cave. Correspond à G4 et à W5.
P.7. Joseph Leduc, Hull. Inactive. Position sur la carte : très hypothétique. Le billet du 29 juin explique notre choix (lien plus haut). AJOUT (7 sept. 2021). - Position sur la carte, au sud de la rue Laurier, selon nouvelles données (Goad ; 1887 et photo de 1892 disponible à BAC). 
P.8. Fleming Dupuis Supply Co., Ottawa, 120 x 60 m. s'étend en profondeur sous le niveau du ruisseau ; concassage. Sa position sur la carte est approximative.
P.9. Canada Cement Company, Hull, 90 m x 400 m. « Environ 500 tonnes par jour sont retirées pour fabriquer du ciment, durant onze mois de l'année. » (Parks, p. 114.) Correspond à H1, G5, W4 et à U4.

Photothèque nationale de l'air, Ressources naturelles Canada

p et p?. Carrières qui apparaissent sur des photos aériennes de la PNA de 1925 et 1930. 

Goudge (1935) ; 5 carrières actives

G1. Wright Crushed Stone Co, Ltd., Hull ; pierre concassée, pierre pour la production de pâte au bisulfite ; autrefois exploitée pour la pierre à bâtir. Correspond à P2 et à U12.
G2. Laurentian Stone Co., Ltd, Ottawa ; pierre concassée, four à chaux.
G3. Oscar Noël, Hull ; pierre de construction irrégulière (stratification entrecroisée) : pierres de 8 cm à 15 cm x 12 à 25 cm ; pierres vendues à un tailleur d'Ottawa. Correspond à U6.
G4. Abandonnée. Correspond à W5 et à P6.
G5. Canada Cement Co., Ltd, Montréal, 210 x 150 m ; ciment, pierre concassée, chaux agricole et remplissage pour l'asphalte. Correspond à H1, P9, W4 et U4.
G6A. Napoléon Tremblay, Hull. ; pierre concassée, graviers et pierre pour la production de pâte au bisulfite.
G6B. Abandonnée ; sur le terrain de William Dennison, Hull
G7. Abandonnée. Doublon de U9 ?

Wilson (1938) : 5 excavations visibles

W1. Correspond à U12 et G1.
W2. Correspond à U5.
W3. Correspond à G6A*.
W4. Canada Cement ; correspond à H1, P9, G5 et U4.
W5. Correspond à P6 et G4.
* L'excavation circulaire, comblée d'eau, était encore visible en 1965.

La carrière X X X apparaît sur les cartes topographiques de 1955 à 1971.

Uyeno (1974) ; 1 carrière active

U3. Carrière désaffectée (« extensive filling »). 
Ajout (28 déc. 2023). - La U3 pourrait correspondre à la Axe Factory quarry de Raymond (1913). La Henry Walters & Sons Axe Factory était située sur la rive ouest du ruisseau de la Brasserie, face à la chute du château d'eau, au nord de la rue Montcalm.
U4. Canada Cement. Correspond à H1, P9, G5 et W4.
U5. Carrière désaffectée.
U6. Oscar Noël, carrière désaffectée ; correspond à G3.
U9. Excavation ; position précisée grâce à McGrath (1885). Doublon de G7 ?
U10-11. Affleurements, rive ouest du ruisseau de la Brasserie, au sud et au nord de l'actuel boul. des Allumettières : carrières désaffectées ?
U12. Wright Crushed Stone Co. ; désaffectée (« Being actively filled in 1961. ») Correspond à G1.

AJOUT (12 juin 2020). - M. Daniel Rollin, de Gatineau, m'a fait parvenir par courriel les détails suivants concernant la carrière Tremblay (G6A) : 
« Pour ce que j'avais inscrit sur votre blogue au sujet des carrières dans Hull, je rappelais un événement dont j'ai été partiellement témoin : en 1961 un enfant s'est noyé dans la carrière Tremblay derrière la rue Richer, près de St-Raymond. L'endroit avait très mauvaise réputation et n'était protégé que par une clôture à neige. Les plongeurs avaient n'avaient pu retrouver le corps initialement, alors la Ville de Hull avait fait pomper l'eau de la carrière, ce qui avait pris un certain temps et des moyens assez impressionnants. Comme disait mon père "ça prend toujours un mort avant que les politiciens agissent". À la suite de ce décès, la carrière a été remplie (déchets de construction) et plusieurs années plus tard un parc y a été aménagé. »

Références

  • Anonyme, ca 1942 — Inventaire des ressources naturelles du comté municipal de Hull — 1942, Section de l'enquête économique, ministère de l'Industrie et du Commerce, province de Québec, E-25-45.
  • Bibliothèque et Archives Canada ; photo 1892, no ident. 3370723, titre de l'objet a033941.
  • Ells R.W., Ami H.M., 1901 — Geological map of the city of Ottawa and vicinity, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 714, échelle : 1:63 360.
  • Goad, Chas. E. (Charles Edward) — 1887. Bibliothèque et Archives Canada, R6990-327-5-E, images téléchargées à partir de BAnQ.
  • Goudge, M.F., 1935 — Limestones of Canada, Their Occurrence and Characteristics; Part III. Canada Mines Branch, Report 755, 278 pages, with maps 756 (Montréal) and 757 (Southern Québec) in pocket.
  • Hogarth, D.D., 1975 — Pioneer mines of the Gatineau Region, Quebec. Town Beavers, Publishers Reg'd, 44 p.
  • Edmond Kayser, Industry in Hull: Its Origins and Develipment, 1800-1961, thesis, Fac. of Arts, Master of Arts in Geography, Univ. d'Ottawa, 1967, 93 p. EC55903.pdf 
  • Bolton McGrath, Plan of the northern shore of the Ottawa river from the western boundary of the city of Hull to the Gatineau river. 1885, BAnQ : https://numerique.banq.qc.ca:443/patrimoine/details/52327/3474338
  • Parks, Wm.A., 1916 — Rapport sur les pierres de construction et d'ornement du Canada, vol. III, province de Québec. Ministère des Mines, Division des mines, rapport 389, 405 p.
  • Percy E. Raymond (1913). « Ordovician of Montreal and Ottawa. Excursion A 11 » dans : Canada, Department of Mines. Guide Book No. 3 Excursions in the Neighbourhood of Montreal and Ottawa. Issued by the Geological Survey, Ottawa, 1913, p.137-160.
  • Ressources natturelles Canada, Photothèque nationale de l'air, photos HA67, no 60, 4 nov. 1925, 1/15000, et A2181, no 32, 9 mai 1930, 1/4000.
  • Uyeno T.T., 1974 — Conodonts of the Hull Formation, Ottawa Group (Middle Ordovician), of the Ottawa-Hull area, Ontario and Québec. Commission géologique du Canada, Bull. 248.
  • Wilson, A E, 1938 — Ottawa Sheet, East Half, Carleton and Hull Counties, Ontario and Quebec. Commission géologique du Canada, carte 413A, 1 feuille (1/,63 360).


mardi 18 août 2015

Plaisance 1862



Logan, W. E.; Map showing the distribution of Laurentian rocks in parts of the counties of Ottawa, Terrebonne, Argenteuil & Two Mountains, CGC, 1862.


Résumé

Séquelle du billet précédent.



Petit voyage dans l'histoire.

La carte de sir Logan (fondateur et premier directeur de la Commission géologique du Canada (CGC)) reproduite ici est la plus ancienne (1862) à montrer de façon un tant soit peu détaillée la géologie des rives de l'Outaouais inférieur entre Plaisance et le lac des Deux Montagnes.

On peut retrouver beaucoup des contours de cette carte ou de leurs éléments sur les plus récentes. L'importance des bandes de marbre (les plus évidentes sont en en bleu) me semble exagérée ; elles ne forment pas en réalité des corps continus capables d'envelopper les quatre corps de gneiss à orthoclase (beige pâle à brun) identifiés sur la carte. Mais ne chipotons pas ; c'est facile de critiquer, café à la main, cet ouvrage ancien après avoir disposé les cartes récentes, forcément plus détaillées et plus exactes, tout autour de soi. Gneiss et marbre appartiennent à ce que Logan appelait le «Lower Laurentian», selon une conception stratigraphique du Précambrien obsolète depuis des lustres et des lustres.

(Ajout, 19 août 2015 : ces roches précambriennes appartiennent à la province de Grenville, un milliard d'années et plus. La «Limestone Grenville Band» de Logan – justement celle qui est en bleu –, en est l'ancêtre, mais je préfère fermer cette parenthèse avant de perdre du vue son point final.)

La carte montre la bande de marbre (bleu), continue ou non, qui passe par les chutes de Plaisance (voir le billet précédent ; voir détail de la carte, plus bas). Les gneiss locaux selon Logan (rose et brun) regroupent les paragneiss, gneiss granitique, tonalitique, etc., de nos cartes modernes.

La Petite-Nation est dite River Chaudiere or La Petite Nation sur la carte (voir détail). La Commission de toponymie du Québec fait allusion à une ancienne Chaudière pour ce cours d'eau. Voir aussi Bouchette (1831), cité dans Baribeau, p. 23.

Je ne décris pas la carte de Logan plus en détail. Ceux qui veulent l'examiner à leur aise peuvent la télécharger gratuitement à partir du site de la CGC (GEOSCAN). Rendez-vous à la «Recherche avancée» et utilisez une combinaison des mots-clefs suivants : auteur : Logan ; no de la carte : 54 ; année : 1862 ; Provinces : Québec et Ontario.



Mais bref...,

... là où je voulais en venir : dans le fond, cette carte vieille de 153 ans aurait (presque) suffit à interpréter la géologie des chutes de Plaisance (marbre et gneiss granitiques). Bon, je ne vous interdis pas (et à moi non plus !) de consulter des documents plus récents (voir «Références»).


Références

  • Baribeau, Claude, La seigneurie de la Petite-Nation 1801-1854 : le rôle économique et social du seigneur. Les éditions Asticou enr., 1983, 168 p.
  • Dupuy H., Sharma K.N.M. et al., 1989, Carte de la région de Thurso-Papineauville. MÉRQ, MB 89 08, 1/20 000.
  • Énergie et Ressources naturelles du Québec, carte interactive des données Sigéom.
  • Logan, W E; Map showing the distribution of Laurentian rocks in parts of the counties of Ottawa, Terrebonne, Argenteuil & Two Mountains, Commission géologique du Canada, Carte géologique polychrome 54, 1862; 1 feuille, doi:10.4095/123567





Détail (entre la Baie Noire et Montebello) et détail annoté de la carte de Logan (1862) ; saisie d'écran, je suis désolé de la «qualité» de l'image affichée à 400 %. Largeur de la zone représentée : env. 20 km.
  • Bleu : marbre ;
  • Rose et brun : gneiss à orthoclase ; pour les autres formations, voir le document original téléchargeable (instructions dans le texte) ;
  • X : les chutes de Plaisance sur la Petite-Nation ;
  • Trait blanc : chemins Papineau et Malo entre Plaisance et les chutes ;
  • * * : River Chaudiere or La Petite Nation.

dimanche 16 août 2015

Fluctuat nec mergitur à Plaisance



Fig. 1. La Petite-Nation, vue depuis le pont des chutes de Plaisance (Québec). À l'avant-plan, un «radeau» de granite (tonalite) gris dont nous reparlerons. Visée ± sud, photo 14 août 2015.


Résumé

Aux Chutes de Plaisance (Québec), un grand radeau de granite (tonalite) est immobilisé dans une formation de marbre ductile. Roches de la province de Grenville, âgées d'un milliard d'années et plus.
Localisation
Chutes de Plaisance (Québec)
45.641089, -75.133912
Ailleurs dans le blogue, sujet similaire
10 déc. 2009, «Marbre : plis et plissottements»
Sites Internet (Ville de Plaisance)
Centre d'interprétation du patrimoine de Plaisance
Chutes de Plaisance
http://www.chutesplaisance.ca/
Photos
14 août 2015


Il y a un milliard d'années et des poussières, à plus de vingt km de profondeur dans l'écorce terrestre, des forces tectoniques capables de déplacer les continents ont comprimé un marbre et un granite*.

* Les roches des chutes de Plaisance et de leurs environs sont principalement le marbre et plusieurs «granites» plus ou moins gneissiques (tonalite, monzonite, etc.). Ces savantes distinctions ne sont pas essentielles à l'exposé et nous nous contenterons d'employer le mot granite dans son sens le plus large. On trouve aussi du paragneiss et du quartzite.

La coexistence forcée de ces deux roches à accentué leurs différences de comportements. Le granite, solide, cassant, a résisté ou s'est rompu en éclats ; le marbre, ductile, souple, s'est plissé, insinué ici et là et a emporté avec lui des fragments du granite et d'autres roches.

Nous voyons maintenant ici, aux chutes de Plaisance, figé dans la pierre (forcément), les conséquences de ces querelles de voisinage dans les profondeurs de l'écorce terrestre.

Une longue période d'érosion, entre un milliard et 600 millions d'années, a amené le marbre et le granite à affleurer à la surface.



Le «radeau» de granite


C'est ainsi, qu'immédiatement en aval du pont au dessus des chutes, formant un îlot, un «radeau» de granite flotte au dessus d'un marbre plissé et runabé. Le granite chevauche le marbre depuis un milliard d'années et n'a pas bougé depuis ni d'un pouce ni d'un cm !

Joli rafting immobile. C'est pas demain que le radeau risque de chavirer ! Fluctuat nec mergitur (Il est battu par les flots mais ne sombre pas.)



Interprétation des photos

  • Bruns variés, noir, aspect feuilleté ou rubané, souvent plissé, semé de fragments de roches en relief : le marbre ;
  • Gris uni, aspect massif, toujours en relief par rapport au marbre : le granite (tonalite) ;
  • Divers, en relief dans le marbre, parfois rouillés : les fragments de roches dans le marbre peuvent être de natures variées : granites (dont la tonalite, bien sûr), paragneiss, quartzite, etc.

Note. – Dans un parc naturel, on ne recueille pas de fragments de roches à coup de marteau (de géologue ou non).



D'abord, le marbre et ses petites et moyennes enclaves



Fig. 2. Plissements du marbre (brun pâle, noir) vus du pont sur la Petite-Nation, soulignés par les fragments de roches plus résistantes à l'érosion qu'il transporte.


Fig.3. Beaucoup d'enclaves dans le marbre sont plissées de façon serrée. Elles soulignent ainsi les déformations subies par le marbre. Le nord est à droite, comme l'indique la boussole.


Fig. 4. Plusieurs fragments de roche «plongent» littéralement dans le marbre, vers l'ouest (flèche rouge). Les géologues recherchent les indices de ce genre pour recomposer les mouvements de la croûte terrestre.


Ensuite, les contacts entre le marbre et le granite gris







Fig. 5, 6 et 7. Contacts entre le marbre plissé et le granite gris massif sous le pont de la Petite-Nation. Les contorsions de bandes de granite les font ressembler parfois à de la guenille froissée (fig. 5 et 6). (Rappelez-vous, le granite est en relief par rapport au marbre, facilement érodé.) Les fractures parallèles sur le bord du granite ne se prolongent pas dans le marbre.


Enfin, le radeau de granite qui «flotte» sur le marbre.



Fig. 8. À droite : «radeau» ou couvercle de granite gris, immédiatement en aval du pont de la Petite-Nation ; sous le granite massif, on aperçoit le marbre plissé et rubané qui le supporte (à droite du centre de la photo : voir photos suivantes).



Fig. 9. Le marbre sombre, rubané et plissé est ici mieux visible. Il supporte la masse de granite gris clair. L'érosion du marbre par l'eau, en laissant en relief les parties plus résistantes, fait ressortir la structure de la roche. Le granite, moins grignotable, se rompt blocs ou éclats selon des joints ou des plans de cassures. Il est possible que l'intervention humaine ait eu un rôle à jouer, si près du pont.



Fig. 10. Autre vue du «radeau» de granite avec, dessous, le marbre, plus sombre. À droite, le marbre, visible à l'air libre. Granite et marbre épousent un grand plis qui fait ployer le radeau vers le sud (vers la gauche).

mardi 11 août 2015

Bassin dans le calcaire de l'Île-de-Hull (Oups !)



Fig. 1. Travaux du chantier des Immeubles DSM du bassin Morin-Papineau-Montcalm dans un calcaire de l'Ordovicien moyen-supérieur (488-461 millions d'années), à Gatineau.
Le site est tout près de failles majeures et j'avais espéré en voir de belles déranger l'ordonnance des lits de calcaire, comme sur la rue Eddy, 400 m au SE (billet du 5 avril 2014, et carte, plus bas). Au lieu de spectaculaires ruptures, on a une ligne horizontale, nette et continue, entre le calcaire sombre parcouru d'entrelits de shale et le plus clair. [En réalité, les couches plongent légèrement ± vers l'W.]
Visée vers le NW. Photo 9 août 2015, sauf indication autre.


Résumé

Anciennes carrières dans un calcaire faillé de l'Ordovicien moyen-supérieur (470-444 Ma), plate-forme du Saint-Laurent.

Localisation

Angle des rues Montcalm et Gagnon, à Gatineau (anciennement Hull), Québec.

Ailleurs dans le blogue, sur le même sujet

5 avril 2014, «Calcaire faillé dans le Vieux-Hull»
6 juillet 2013, «Calcaires hullois : la carte» (et suivre les liens)

Photos

9 août 2015, sauf indication autre.


La Ville de Gatineau creuse un nouveau bassin (de collecte des eaux de pluie ?) sur le territoire de l'ex-Ville de Hull*.


* Voir «Correction», à la fin du billet !

Il aurait pourtant suffit d'aller un peu plus au nord pour dégager les anciennes carrières de calcaire maintenant comblées (voir la carte, plus bas).

Bon, j'avoue être de mauvaise foi ; il est probable que l'utilisation actuelle du sol ne permettait pas une autre solution.

Morale de l'histoire : l'ancienne Ville de Hull est une ville comblée (et creusée).


Cinquante teintes de gris, de brun de bleu...

Le chantier étant clôturé, je n'ai pu récolter d'échantillons. La roche locale étant généralement décrite comme du calcaire de teintes variées (gris clair ou foncé, bleu foncé ou brunâtre) entrelité ou non de shale (noir), je tiendrai jusqu'à nouvel ordre que nous avons là l'explication de la coupure entre le haut, sombre (calcaire gris-brun et shale) et le bas, clair (calcaire gris pâle que la poussière du chantier blanchit encore), des parois du bassin de l'excavation.

Selon Sanford et Arnott (2010), le calcaire (gris, bleu ou brun) appartient au groupe de Trenton de l'Ordovicien moyen et supérieur (461 à 488 millions d'années).


Une faille et des anciennes carrières

Je n'ai pas réussi à trouver l'exact équivalent de la configuration du bassin de l'excavation dans les carrières situées immédiatement au nord (voir la carte, plus bas). Il faut tenir compte du fait qu'une faille passe entre le bassin le chantier et les carrières (billet du 5 avril 2014, lien plus haut). Quoique, le rejet de part et d'autre de la faille n'est pas très important (le compartiment sud est abaissé de quelques m au point E de la carte) et ce décalage n'est pas nécessairement plus important que celui entre deux carrières plus ou moins profondes creusées à des niveaux différents.

Le bassin Morin-Papineau-Montcalm chantier (B sur la carte) est situé immédiatement au sud de la faille (F), dans le compartiment abaissé. Rien n'y paraît sur le terrain, ce qui ne doit pas nous alarmer, le trajet d'une faille est souvent plus capricieux que le tracé rectiligne que lui donnent les cartes.

La carrière la plus proche du bassin chantier est la carrière Morin (P4 sur la carte), travaillée sur un front de 60 m (étrange que rien n'en paraisse plus !) Parks (1916) en donne la coupe suivante, du haut vers le bas :


  • 1,80 m. — Lits d'une pierre brunâtre ; l'épaisseur des lits atteint 35 cm.
  • 6 m. — Pierre grise et brune entrelitée ; les bandes brunes dominent. Les lits atteignent 40 cm. 
  • Notes. - Les couches plongent vers le NW selon un angle bas [perceptible sur la photo 2a]. Le calcaire servait à produire de la blocaille et de la pierre concassée.


Sédimentation

La transition entre la sédimentation du calcaire clair inférieur et le sombre, entrelité de shale, s'est faite sans rupture ou discontinuité. La prévalence plus marquée des lits de shale vers le haut de la séquence enregistre le passage d'une sédimentation calcaire en eaux peu profondes, agitées par les marées et les vagues, à une dans un milieu plus calme et plus profond où les sédiments fins (argile) ont pu s'accumuler en couches distinctes. (Ajout 22 août 2015. – Toute la séquence s'est déposée sur le plateau continental, profond au plus de 200 m.) Des apports épisodiques de sédiments fins durant des moments d'accalmie ne sont pas non plus à exclure. Pour en dire plus, il faudrait un examen détaillé des parois du bassin de l'excavation.

Une sorte d'équivalent montréalais (groupe de Trenton) est visible ici (photo 3).


Ajout (11 août, après mise en ligne du billet)

Étant retourné voir le site, j'ai pu constater que les travaux, au pied de la paroi de la rue Montcalm (cf. fig. 1), s'attaquent à un banc de roche noire (shale ?) d'une épaisseur d'au moins 1 m.

Références

  • Parks, Wm.A., Rapport sur les pierres de construction et d'ornement du Canada, vol. III, province de Québec. Ministère des Mines, Division des mines, rapport 389, 1916, 405 p.
  • Sanford, B.V. et Arnott, R.W.C., Stratigraphic and structural framework of the Potsdam Group in eastern Ontario, western Quebec, and northern New York State, Commission géologique du Canada, Bulletin 597, 2010, 83 p.



Fig. 2a. Visée vers le SE ; rue Montcalm, à droite. La plongée ± W des couches est nettement perceptible. Aucune évidence de la faille qui passe tout près de l'endroit (voir la carte, plus bas). Photo suivante (fig. 2b), prise le lendemain (10 août) : détail. Le calcaire gris clair, sous la poussière du chantier, apparaît gris moyen en surface propre.






Fig. 3. Visée vers le SW. Vues sous cet angle, les formations paraissent horizontales.



Fig. 4. Le commentaire éditorial n'est pas de moi. Voir la «Correction» à la fin du billet (fig. 5) !



Carte 1. Quelques anciennes carrières de calcaire de la ville de Hull (maintenant Gatineau).
Fond : © Google ; annotations : © Henri Lessard, 2013-2015
B : bassin Morin-Papineau-Montcalm excavation décrite dans le billet ;
E : calcaire faillé de la rue Eddy (voir le billet du 5 avril 2014, lien plus haut) ;
F et ligne noire : l'une des principales failles qui découpent le socle. C'est le compartiment SW qui est abaissé (billet du 5 avril 2014) ;
A, G, P, U : anciennes carrières de calcaire (voir le billet du 6 juillet 2013, lien plus haut, pour la carte complète et les sources).


Correction (13 août 2015)


Fig. 5. Panneau des Immeubles DSM, rue Montcalm. Il était trop évident, je ne l'ai tout simplement pas vu !... Faut dire que j'ai découvert les travaux en venant de la rue Morin, derrière le chantier DSM, où le panneau de la fig. 4, celui du bassin Morin-Papineau-Montcalm, m'est aussitôt apparu. (On l'aperçoit d'ailleurs, à la droite du grand panneau, au fond, sous le feuillage des arbres.) Photo 13 août 2015.


Je ne suis pas si distrait que ça, finalement. En réexaminant mes photos, je me suis rendu compte que le panneau de la photo 5 n'était pas encore en place le 9 août, jour de ma première visite du chantier. Voyez les photos 1 et 3, datée du 9, où il est absent alors qu'on devrait l'apercevoir s'il avait été installé à cette date. Le panneau apparaît toutefois, de dos ou de profil, sur les photos prises à partir du 10 août.


Fig. 6. Celle-ci ne m'avait pas échappé (à gauche sur la photo 5). Photo 11 août 2015.