mercredi 29 avril 2015

Coups de gouge à l'intérieur de l'Île-de-Hull (ajout et mise au point)


Mise au point (11 mai 2015). - Les marques d'érosion que je décris ici n'auraient pas été creusées par l'eau courante mais plutôt par l'eau présente dans une faille (remplie de terre, par exemple). Elles n'auraient donc ni l'âge ni la signification que je leur prêtais. Plus de détails à venir.



Vestige intact de l'époque glaciaire ou post-glaciaire : falaise de calcaire grêlée de coups de gouge sur la rue Saint-Rédempteur dans l'Île-de-Hull. À l'évidence, l'eau a fait clapotis loin à l'intérieur de l'Île à une époque. Cette photo, et celles qui suivent : 26 avril 2015. (Pour toutes les photos de la paroi, le N est à gauche.)


Résumé

Une falaise de l'Île-de-Hull conserve le souvenir intact du passé glaciaire ou post-glaciaire de la région.
Localisation
Falaise de calcaire en face du parc Sainte-Bernadette, rue Saint-Rédempteur, Gatineau, Qc.
31G/05
Autres billets reliés au sujet
7 nov. 2009, «Marmite des Allumettières»
11 nov. 2009, «Marbres sculptés par les glaciers (Cantley)»
15 juillet 2013, «Ruisseau de la Brasserie : vieux morceau intact»
13 juillet 2013, «Marmite des Allumettière et coups de gouge»
7 août 2013, «Hull : lacs et vairons éponymes»
10 août 2013, «Île-de-Hull (Gatineau) : guide géologique»
4 févr. 2015, «Coups de gouge dans le calcaire»


Depuis un certain temps déjà, je les avais repérés : des coups de gouges sur une paroi de calcaire qui s'élève face au parc Sainte-Bernadette, rue Saint-Rédempteur, à Gatineau. Pour autant que je sache, je suis le premier à les signaler.

Les coups de gouge sont des marques d'érosion, de petites cupules qui grêlent les surfaces rocheuses exposées à l'action de l'eau courante. L'eau en mouvement creuse de petites dépressions en forme de cuillère, le côté abrupt vers l'amont, la pente douce vers l'aval, ce qui permet de déterminer a posteriori le sens du courant. (Cf. le site Juraspéléo.)

Les coups de gouge de la rue Saint-Rédempteur ont ceci de particulier qu'elles sont loin de tout cours d'eau. Le ruisseau de la Brasserie est à plus de 300 m à l'ouest et la rivière des Outaouais, à 500 m au sud. Aucun courant, aucune vague, aucun clapotis pour longer ou battre la falaise de calcaire. Les cupules y sont aussi incongrus qu'un bouquet de palmiers dans l'Arctique ou qu'une armada d'icebergs au Sahara.

Le premier moment d'étonnement passé, on se rend compte que les explications ne manquent pas.


  • Hypothèse glaciaire. Les coups de gouge ont été créés par des torrents alimentés par l'eau de fonte sous les glaces, il y a plus de 12 000 ans. De pareils torrents ont sculpté des chenaux dans le marbre au nord de Gatineau, à Cantley (billet du 11 nov. 2009, lien plus haut) ;
  • Hypohèse fluviatile. L'ancêtre de la rivière des Outaouais, établie après le départ des glaciers et des eaux de la mer de Champlain, était beaucoup plus large et puissant que la rivière actuelle. C'est peut-être l'Outaouais qui, dans son impétueuse jeunesse, après avoir déblayé une bonne partie de l'Île-de-Hull de l'argile de la mer de Champlain qui s'y était déposée, a imprimé les coups de gouge dans la paroi (billet du 10 août 2013) ;
  • Hypothèse fluviatile bis. Si ce n'est pas la rivière, c'est peut-être son bras, le ruisseau de la Brasserie, qu'il faudrait accuser. Que ce soit la rivière elle-même ou son bras, la distinction est assez spécieuse, me direz-vous ;
  • Hypothèse lacustre. Le parc Sainte-Bernadette est sis au dessus d'un ancien lac, le lac aux Vairons, ou lac Minnow. La falaise, d'une certaine manière, serait le gradin supérieur de l'amphithéâtre rocheux qui ceinturait le lac. [Ajout. - Mais lire commentaires à la suite du billet.] Reste la question de l'origine du bassin rocheux. La question m'intrigue et n'a jamais reçue la moindre attention. J'y vais donc de mes propres hypothèses (cf. billet du 10 août 2013) : surcreusement par les glaciers ? torrents sous-glaciaires (ce qui nous ramène à la première hypothèse) ? Le lac a été comblé et les indices qui nous auraient permis d'en dire davantage gisent sous le remplissage et les buts d'un terrain de baseball (billet du 7 août 2013).

La géométrie des coups de gouge auraient pu nous permettre de choisir entre ces hypothèses. Or, après examen visuel et tactile, je n'arrive pas à leur trouver une dysmétrie (amont/aval) qui donnerait un indice de la direction que suivaient les eaux qui jadis les ont creusées. Je suis novice dans ce genre d'exercice et si quelqu'un qui s'y connait mieux que moi voulait se donner la peine d'examiner les choses...

Un courant vers le sud (comme je l'ai déjà proposé, notamment dans le billet du 10 août 2013) serait une forte présomption en faveur de l'hypothèse glaciaire ; un mouvement vers le nord, comme celui de l'actuel ruisseau de la Brasserie, favoriserait les hypothèses fluviatiles. Quant à l'hypothèse lacustre, j'ignore à quel point des eaux moins mobiles d'un lac peuvent créer des coups de gouges.

Bref, je suis bien embêté.

On pourrait relier ces coups de gouge à ceux observés dans la Marmite des Allumettières et sur le pan de roc qui subsiste derrière les Brasseurs du Temps (billets des 7 nov. 2009 et du 13 juillet 2013).


Le lac aux Vairons (Minnow Lake) en 1930, site de l'actuel parc Sainte-Bernadette. Les eaux des glaciers, de l'Outaouais, du ruisseau de la Brasserie ou du lac se sont autrefois rendues jusqu'à la la falaise, rue Saint-Rédempteur ; l'endroit où subsiste les coups de gouge est marqué par l'astérisque rouge. On remarque la rive droite du lac, escarpée, qui fait ombre, orientée parallèlement à la falaise sur la rue. Photo A2180 (détail), 1930, Photothèque nationale de l'air (PNA), Ottawa.


Le calcaire de la rue Saint-Rédempteur est une sorte de monument témoin de notre passé glaciaire ou post glaciaire. Il serait utile de le protéger. Déjà une bonne partie a été bétonnée, il serait urgent de songer à des mesures afin de préserver ce qui en reste d'intact.

Note. La falaise est tout près d'une maison à logements, dans une bande de terrain séparée du trottoir par une clôture grillagée. Malgré les apparences, il s'agit d'un terrain municipal, et non d'un terrain privé. Il a été plus ou moins squatté par les gens du coin qui y ont aménagé une sorte de petit jardin qui ne dérange personne, bien au contraire. Prière de ne pas piétiner les plates-bandes.



Vue rapprochée de la partie gauche de la photo au début du billet.



Vue encore plus rapprochée (surface visible au centre du bord gauche de la photo précédente). Qui pourrait dire, d'après les coups de gouge, dans quelle direction l'eau coulait ? Mon impression est qu'elle coulait de haut en bas...



Une main vient opportunément nous fournir une échelle. Au centre de la photo, la surface couverte par le cliché précédent. Si la grosseur des coups de gouge est censée diminuer avec la vitesse du courant, je devine qu'à vitesse égale, la résistance des différentes couches de calcaire doit aussi avoir une influence.



Autre gros plan.



On retrouve des coups de gouge jusque sur les surfaces horizontales.


Ajout (5 mai 2015)


Carte : ArcGIS (saisie d'écran). Sous le parc Sainte-Bernadette, le lac aux Vairons se devine aux contours des courbes de niveau (comparez avec la photo aérienne, plus haut). L'astérisque rouge indique l'emplacement des coups de gouge, à une altitude entre 55 et 60 m (les courbes sont à tous le m). Il est difficile de dire jusqu'à quel point la falaise de la rue Saint-Rédempteur a été retouchée au XIXe s. Aujourd'hui, la majeure partie (la section exactement parallèle à la rue, au sud de l'astérisque) est bétonnée.


3 commentaires:

  1. Moi aussi ils m'intriguent, ces coups de gouge...J'en vois tres souvent sur des gros blocs de pierre au fond du fleuve, qu'ils recouvrent. Des pierres libres, pas ''fixées'' au sol.
    Mais j'en ai vu aussi dans les marbres de certaines petites cavernes dans des lacs. Sources?
    L'eau ne bouge pas, ou si peu dans les lacs...alors je ne comprend pas trop l'''hypothese lacustre''?
    Dans le fleuve, les cupules dont je te parle n'ont pas de direction, pas de face plus abrupte que l'autre. Comme si la roche avait subi le supplice de la goutte pendant des siecles! Des dépressions bien rondes...
    Quant à celles de mes petites cavernes de lac: les glaces viennent de fondre, j'y retournerai bientôt et tenterai de faire des photos.
    J'aime bien ce mystère!

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    1. L'hypothèse lacustre. -- Quelqu'un qui s'y connait m'a assuré que les coups de gouges pouvaient se développer même en milieu aquatique calme. Mais, à la réflexion, l'hypothèse ici ne tient pas la route. Si le lac aux Vairons avait atteint un niveau qui lui permette de rejoindre la falaise de la rue Saint-Rédempteur pour y imprimer des coups de gouge, une bonne partie de l'Île-de-Hull se serait trouvée sous les eaux et le lac lui-même aurait été submergé. Les coups de gouge sont à une altitude d'environ 68 m, ce qui est haut pour une île qui culmine à 71 m. C'est donc se tendre compte que l'hypothèse lacustre se confond avec l'hypothèse fluviatile : la rivière a effectivement submergé l'Île après l'épisode de la mer de Champlain.

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    2. Oups ! 58 m plutôt que 68. Ça qui est quand même pas mal pour l'Île-de-Hull dont la plus grande part du territoire est sous les 60 m.

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