dimanche 17 juillet 2011

Mine Forsyth, à Gatineau : suite

AVERTISSEMENT. — Le site est dangereux (risques de chutes et de noyade), les clôtures qui «sécurisent» l'endroit sont parfois en très piètre état. Ne pas y aller seul, ne pas laisser les enfants sans surveillance.

Michel Prévost, archiviste en chef de l'Université d'Ottawa et président de la Société d'histoire de l'Outaouais, a mené aujourd'hui, pour la deuxième année consécutive, une visite guidée de la mine de fer Forsyth, à Hull (Gatineau). (Voir mon billet d'hier.)

240 personnes (bien davantage selon quelqu'un habitué à affronter des auditoires) se sont présentées, soit au moins six plus que la mesure suffisante (selon mon point de vue). M. Prévost, un instant décontenancé par le succès de son entreprise, a réussi le double exploit de mener sa troupe à travers les bois par des sentiers étroits du parc de la Gatineau et de se faire entendre entendre de tous sans fatigue apparente de sa part.

Mais qu'importe la démesure de l'affluence, au fond il est rafraîchissant de constater que l'histoire et le patrimoine de notre région réussissent à intéresser tant de gens !

En plus de signer de nombreux articles, dans Hier encore* notamment, M. Prévost donne de multiples visites guidées dans la région (ruisseau de la Brasserie à Gatineau, canal Rideau à Ottawa.)
* Centre régional d'archives de l'Outaouais

Les premières paroles de M. Prévost ont été pour déplorer qu'on résume souvent l'histoire économique de la région à l'industrie du bois en négligeant le rôle de l'industrie minière.

Berline abandonnée, mine Forsyth, parc de la Gatineau. 
Une casquette (coin à gauche) donne une échelle approximative (17 juillet 2011).
(Quelqu'un ayant posé une question sur l'origine du mot, précisons qu'une berline est une «voiture hippomobile suspendue à quatre roues et à deux fonds [, construite et mise à la mode à Berlin vers 1670]. Par analogie de forme et de fonction, [le mot] s'est appliqué à une benne roulante pour transporter la houille dans les mines (1877).» Le Robert : dictionnaire historique de la langue française.)


La mine Forsyth a été exploitée de façon intermittence entre 1866 et 1918. En 1976-1977, des entrepreneurs ont présenter des plans en vue de sa réouverture. La situation du site avait cependant changé : situé désormais dans un parc de conservation (le parc de la Gatineau), tout près d'un quartier résidentiel, le projet a fait long feu.


Un rail semble avoir été laissé sous la berline (17 juillet 2011).


Les photos que j'ai prises aujourd'hui ne sont pas formidables. J'en prendrai de plus «panoramiques» dès que possible.

samedi 16 juillet 2011

Visite guidée de la mine de magnétite Forsyth, à Gatineau

AVERTISSEMENT. — Le site est dangereux (risques de chutes et de noyade), les clôtures qui «sécurisent» l'endroit sont parfois en très piètre état. Ne pas y aller seul, ne pas laisser les enfants sans surveillance.

Invitation un peu tardive à visiter un des sites géologiques les plus méconnus de la région, la mine de fer* Forsyth, à Hull (Gatineau), près du bien nommé chemin de la Mine.
* Magnétite (oxyde de fer), plus précisément.

Voir l'article de Mathieu Bélanger, LeDroit :

«L'archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost, offrira gratuitement, demain [dimanche 17 juillet], une visite de ce site tenu presque secret depuis des décennies. [...] Pour visiter la mine : se rendre demain à l'angle du boulevard Cité-des-Jeunes et de la rue de la Galène. La visite débutera à 14 h et se terminera à 15 h 30.»

Notez que je ne fais que relayer l'information, sous toute réserve (l'expression «se rendre demain» pouvant mener à un joli quiproquo), je n'ai participé d'aucune façon à cette initiative. Pour donner quand même une note personnelle à ce billet, voici un extrait d'un survol de l'histoire minière de la région que j'avais rédigé en 1998 pour le Club de Minéralogie de l'Outaouais.

MINE DE QUOI ?
Pour la compréhension de la carte géologique et des coupes du gisement qui suivent, précisons que le FER (ou la MAGNÉTITE, un oxyde de fer) se retrouve dans une roche nommée EULYSITE. La plupart des sources concernant la mine Forsyth se contente de résumer la situation en parlant de bandes de magnétite massive ou disséminée contenues dans le marbre. On peut donc couper court à ces subtilités en considérant de façon un peu simpliste que, sur les documents visuels qui accompagnent ce billet, eulysite et magnétite = «Fer, c'est là qu'on piochait à l'époque.»

Complément à la légende (en rouge sur la carte).
Cliquer sur la carte pour l'afficher à sa pleine grandeur.
1a : boul. de la Cité-des-Jeunes
1b : chemin de la Mine.
Note. – Le chemin Freeman (et non «Freman») correspond à l'actuel boul. des Hautes-Plaines. Correction (21 juillet 2012). – La section du chemin Freeman qui est représentée ici correspond plutôt à l'actuelle rue des Mineurs. Le boul des Hautes-Plaines débouche sur Cité-des-Jeunes 4oo m au sud de l'ancien chemin Freeman.
2 : chemin Dennison, actuelle piste no 5 du parc de la Gatineau
Les trois mines de fer (magnétite) de la zone :
A : mine Forsyth
B : mine Baldwin
C : mine Lawless
Hull = aujourd'hui Gatineau.
Le terrain dont la géologie est ici décrite appartient au parc de la Gatineau : il est interdit d'échantillonner (roches, minéraux et végétaux) à l'intérieur de ses limites.

Carte : Guilloux et al., 1972

HISTORIQUE : les mines de magnétite Forsyth et Baldwin
Texte : Henri Lessard (1998)
Le gisement de magnétite [oxyde de fer] Forsyth, à Hull [Gatineau], près de l’actuel boulevard Cité-des-Jeunes, a été découvert en 1801, lors des travaux d’arpentage qui suivirent l’établissement de Philemon Wright, par l’effet que la masse de fer avait sur les boussoles qu’elle faussait. Ce n’est qu’après que Ruggles Wright [fils de Philemon] eut vendu la propriété à la Forsyth and Company of Pennsylvania, en 1854, que de véritables travaux commencèrent. Dès la fin de cette année, quelques centaines de tonnes du minerai étaient extraites et une partie était expédiée à Pittsburg alimenter les fourneaux de la compagnie. Entre 1854 et 1860, 15 000 tonnes de minerai furent expédiées à Cleveland, en Ohio.

Un chemin privé, le futur chemin Freeman, fut tracé pour acheminer le minerai jusqu’à un embarcadère sur la rivière Gatineau. De là, il était expédié vers Kingston, par le canal Rideau, puis vers Cleveland. La mine employait une douzaine d’hommes qui pouvaient extraire jusqu’à 1300 tonnes par mois. En 1862, les activités cessent, la mine ne pouvant concurrencer la mine de Newborough, située près de canal Rideau et dont le fer pouvait être transporté à moindre frais.

La Canada Iron Mining and Manufacturing Company devient propriétaire de la mine en 1866. Elle fait ériger un haut fourneau destiné à la production de fonte à Ironside, près de l’embarcadère, en 1867. Mais, mal utilisé, il était hors d’usage l’année suivante. Le grand feu de 1870, qui ravagea la forêt depuis Breckenridge jusqu’au nord de Hull, rasa les installations d’Ironside, avec une cinquantaine de maisons où vivaient les ouvriers de la mine avec leur famille.

Après l’incendie, un groupe de six entrepreneurs des États-Unis et de la région achètent la mine et fondent la Forsyth Mining Company. Sous la direction de Alanson H. Baldwin, d’Ottawa, la compagnie acquière en 1871 des lots de la famille Pink, sur lesquels se trouve un autre gisement, plus petit, connu depuis sous le nom de mine Baldwin.

En 1872, une machine à vapeur vient aider au forage. Le travail continue à se faire en grande partie à la main (ou plutôt à la pioche). On utilisait la dynamite, tout récemment inventée (1866). L’extraction se faisait dans une tranchée à iel ouvert qui menait à un puits de 50 mètres de profondeur. Le minerai continuait à prendre la direction de Cleveland, via Kingston. Entre 1871 et 1874, la mine Forsyth produisit 35 000 tonnes de minerai, tandis que la mine Baldwin en produisait 3 000.

Une coupe et deux sections du gisement Forsyth (Guilloux et al., 1972).
Note. — L'eulysite – contours arrondis sous le sol et lentilles isolées – est le minerai de fer (magnétite) exploité. La roche encaissante est surtout du marbre.

Mais les droits de la famille Pink sur les terrains vendus par elle étaient contestables. Une action en justice, menée par John Stuart, d’Ottawa, est tranchée en 1877 en faveur de ce dernier et prive la compagnie des terrains «Pink» et donc de la mine Baldwin.

Les gisements sont abandonnés. En 1901, la Forsyth and Company remet la mine Forsyth en exploitation jusqu’en 1918. On creuse un second puits de 36 mètres par où on accédait à une galerie longue de 27 mètres. Des sondages effectués en 1958-1959 ont permis d’estimer à 4 250 000 tonnes les réserves de minerai jusqu’à une profondeur de 200 m. La teneur en fer du minerai dépasse les 50 %.

En 1976-1977, on envisagea de rouvrir la mine Forsyth, dans l’espoir de garder active une partie des installations de transformation de la mine Hilton, fermée pour cause d’épuisement du minerai [région de Shawville, à l'ouest de Gatineau].

Aujourd’hui, il ne subsiste de visible des mines Forsyth et Baldwin que des tranchées et des puits, tous condamnés. Près du sentier qui mène à la tranchée principale, à partir du boulevard Cité-des-Jeunes, se trouve un wagonnet rouillé [d'âge indéterminé]. Les rails qu'il parcourait ont disparu.

Source des illustrations
Guilloux L., Blais R.A., Coy-Yll R., 1972 — «L’origine métasédimentaire du gisement de magnétite de Forsyth, Province de Québec, Canada.» Mineralium Deposita, vol. 7, p. 154-179.

dimanche 26 juin 2011

Marmite : mise à jour

La marmite des Allumettières, négligée, ignorée, qui a adopté la couleur même de son environnement pour mieux se fondre dans le décor, se porte toujours bien.

Marmite des Allumettières, Gatineau, QC (26 juin 2011).

La croissance d'herbes folles lui confère même un cachet négligé et sauvage tout à fait seyant.

Marmite des Allumettières, Gatineau, QC (26 juin 2011).

Ces quelques lignes et ces photos n'étaient destinées qu'à vous rassurer après un silence de plusieurs mois à au sujet de la marmite.

Voir ces liens (dans ce blogue) :
Billet principal
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Marmite des Allumettières, Gatineau, QC (26 juin 2011).

Gatineau, QC (2 mai 2011).

D'autre part, la photo, déjà un peu datée, de cet escargot semble avoir été prise par exprès pour symboliser le nouveau rythme qu'a adopté ce blogue.

mardi 17 mai 2011

Congrès annuel conjoint AGC® - AMC - SEG - SGA, Ottawa 2011

Cette année, le congrès annuel conjoint de l'Association géologique du Canada, l'Association minéralogique du Canada, la Society of Economic Geologists et la Society for Geology Applied to Mineral Deposits (AGC® - AMC - SEG - SGA) se tiendra à Ottawa du 25 au 27 mai, au campus de l'Université d'Ottawa.


Site Internet du congrès :
http://www.gacmacottawa2011.ca/accueil.php

Au menu : des excursions, des conférences, des cours intensifs et autres occasions de rassemblements. On y parlera de quoi ? De géologie, bien sûr, je ne vous aurais pas dérangé pour moins que ça.

Seul ennui, c'est réservé aux professionnels, faut s'inscrire, c'est pas donné, et qu'est-ce que des amateurs comme vous et moi iraient y faire ?

Les résumés des conférences sont disponibles en ligne. Je vous préviens, c'est du genre très austère (texte seulement, pas d'image). Ceux que passionne surtout la géologie locale s'intéresseront en particulier aux résumés rassemblés autour du thème du graben d'Ottawa-Bonnechère (série SY3).

Pour ma part, j'irai au moins visiter les expositions (commerciales, gouvernementales, universitaires et d’art et d'artisanat) qui se tiendront au rez-de-chaussée du Centre universitaire Jock-Turcot (85, rue Université ; code d’édifice : UCU, voir ce plan).

Je ne pense pas que le port du marteau de géologue soit obligatoire, ni même encouragé.

vendredi 29 avril 2011

Émois et hémoglobine : la vie rouillée

Trop bien dit, il faut que je participe à la diffusion de ce morceau d'évidence cité par Jo Marchant dans le Guardian :

«Is it not strange to find this stern and strong metal [iron] mingled so delicately in our human life that we cannot even blush without its help?» John Ruskin, 1858

Arche dans un marbre rouillé, lac Pink, parc de la Gatineau (Qc), juillet 2004

Ou comment rendre en peu de mots le lien entre la vie, nos émotions et la poussière d'étoile (Fe + O) qui, à la fois, les rendent toutes deux possibles et qui permettent aux secondes de s'exprimer.

C'est un post du blogue de John Hawks qui m'a mené vers l'article de Jo Marchant.

John Ruskin : voir Wikipedia, l'encyclopédie de ceux qui ne cherchent pas plus loin.