jeudi 7 mars 2013

Cave ou caverne ? (Ajout)


Voir le billet du 17 mars 2013 concernant le Trou du Diable no bis, même secteur.

«Vue générale de la centrale à vapeur de l’Ottawa Electric Railway Company,
montrant la volumétrie en gradins, formée d’un bloc d’un étage et d’un autre de deux étages,
avec une petite annexe du côté ouest, 1958. COA, OER Collection, CA-15021, 1958.»
Légende et photo : Lieux patrimoniaux du Canada.


Vue contemporaine. Je m'intéressais davantage 
au bassin (écluse ?) quand j'ai pris cette photo (janvier 2013).


*  *  *


Les études consacrées au site des Chaudières sur l'Outaouais commandées par la Commission de la capitale nationale (CCN) dans les années 1980 (voir billet précédent) recèlent leur part de surprises.

Mon étonnement a été grand de découvrir ce passage dans un rapport sur la «water plant*» de la centrale à vapeur («steam plant») de l'Ottawa Electric Railway, construite sur l'île Victoria (le gras est de moi) :

«Underneath the battery room floor there is a cavern which may have once been the tail race for the original water power plan[t]. Access into the cavern can be made by descending a rope, dropped from the east side of the battery room floor. The cavern runs the length of the former battery plant. It takes a small turn neat the far end. Near here is the hole in the ceiling that is visible in the ground from above. The end of the cavern is blocked off with stop logs. There is seepage through the logs, as there is along all the walls of the cavern. A lustrous limestone coating covers the walls. Stalactites are forming from the ceiling. A small stream flows along the ground. The rest of the ground is covered with rocks and with broken porcelain and glass battery caps, presumably left from the time the battery plant was above (Budimirovic, 1982, p. 4)

* Certains termes techniques sont «en cours de traduction». Je reviendrai faire les retouches nécessaires.


Cave ou caverne ?

Résumons : une caverne aux murs couverts d'un glaçage de calcite (et non de calcaire – «limestone  coating») avec en prime des stalactites au plafond. L'eau coule au sol et des madriers condamnent le passage.

Peu de gens sérieux et bien informés – si j'en juge d'après un court sondage réalisé auprès d'historiens de la région – acorde crédit à la «légende» de la caverne sous la chute de la Petite Chaudière, quelques centaines de m au nord. (Voir le billet du 15 décembre 2012.)

Cette fois, il semble bien que nous en tenons une, de caverne. Une vraie de vraie.

Une réserve ependant. Si le mot anglais cavern a toujours le sens, semble-t-il, de cavité souterraine naturelle («caverne»), quelques occurrences se rencontrent où il se traduirait par le mot français «cave» (pièce creusée sous un bâtiment). [Voir «Ajout», à la fin du billet.]

Alors j'hésite à proclamer à qui veut l'entendre l'existence de cette «caverne».

Combien de temps faut-il à une cavité – que ses murs soient en calcaire (roc) ou en calcaire (pierre taillée), bref, qu'elle soit naturelle ou non – pour que les parois se couvrent d'une glaçure de calcite précipitée et que des stalactites hérissent le plafond. Wikiki, l'encyclopédie de ceux qui ne cherchent pas plus loin, nous apprend ceci :

«An average growth rate [of stalactites] is 0.13 mm (0.0051 inches) a year. The quickest growing stalactites are those formed by fast-flowing water rich in calcium carbonate and carbon dioxide, these can grow at 3 mm (0.12 inches) per year. [...] Stalactites can also form on concrete, and on plumbing where there is a slow leak and limestone (or other minerals) in the water supply, although they form much more rapidly there than in the natural cave environment (Wikipedia) [...]»

Tous les stalactites ne se développent donc pas nécessairement dans des cavités naturelles et se forment même plus vite dans des environnements artificiels. Le socle calcaire sur lequel coule l'Outaouais dans le secteur a de quoi fournir le carbonate de calcium en abondance à l'eau de la rivière.

Si cette caverne est une vraie, tant mieux. Si ce n'est qu'une cave, ça reste quand même intéressant. Pensez, une cave décorée de stalactites ! (À propos, de quelle longueur ils sont, ces stalactites ?)

Qui pourrait m'apporter un peu de lumière sur cette affaire où il y fait noir comme dans une cave (of course) ? [Voir «Ajout», à la fin du billet.]


Centrale à vapeur (et patrimoniale)

«La centrale à vapeur de l’Ottawa Electric Railway Company (OER) est un édifice fédéral du patrimoine reconnu en raison de son importance historique, de l’intérêt qu’elle présente sur le plan architectural et de la place privilégiée qu’elle occupe dans son milieu. [...] Elle était une source d’électricité auxiliaire pour le réseau de tramway d’Ottawa.»

Le site des Lieux patrimoniaux du Canada d'où est tiré ce passage donne comme années de construction de la centrale 1914-1915.


© Google
1. «Water Plant» ; 2. Centrale à vapeur de l'Ottawa Electric Railway Company ; 3. Île Victoria ;  
4. Île Chaudière ; 5. Pont de la Chaudière. En noir : la rivière des Outaouais et ses chenaux. 
À l'ouest (gauche) du no 1, le bassin ou écluse au premier plan de la deuxième photo du billet.
Une petite chute coupait autrefois la largeur du chenal qui sépare les îles Chaudière et Victoria,
en amont de la centrale. Il est possible que se soit pour bénéficier de cette source d'énergie
hydraulique que la centrale a été construite à cet endroit (affaire à suivre.)


Le document écrit que j'ai consulté (Budimirovic, 1982) traite avant tout des ruines de la «water plant» de la centrale. La centrale originale, selon ce document, aurait été construite en 1891. Une «battery storage plant» («salle de la batterie d'accumulation» ?), sous laquelle se trouve la «cavern» qui m'intéresse, date de 1902. En 1911, on a inauguré une nouvelle centrale (celle dont parlent Lieux patrimoniaux du Canada ?).

Le tout est érigé sur l'île Victoria, sur le bord d'un chenal naturel de la rivière des Outaouais. Une petite chute se trouvait autrefois dans le chenal, en amont de la centrale. J'en parlerai une autre fois.



La centrale (briques rouges) et le «water plant», en amont. Deux (mauvaises) photos prises 
en décembre 2012, alors que j'ignorais encore la nature de ces bâtiments. Je cherchais surtout 
à vérifier l'aplomb des couches de calcaire. (Ne pas prendre les glaçons qui pendent 
du toit pour des stalactites.)


Référence

  • Olga Budimirovic, The Ottawa Electric Railway Company Hydro Plant: A Description and Historical Overview, in : Louise Leclerc et Jocelyn Guindon, Chaudière Historical Documentation: "First Round" Papers. Ottawa, National Capital Commission, Prepared for Interpretation and Heritage Directorate, National Capital Commission, 1982.

Ajout (8 mars 2013)

Jean-Louis Courteau, quelqu'un qui va au fond des choses (et de l'eau), a rapporté une courte vidéo d'une plongée dans les eaux du Saint-Laurent, à Cornwall (Ontario). On sait que la construction de la Voie maritime du Saint-Laurent, dans les années 1950, a entraîné l'innondation de grandes étendues de terre le long des rives du fleuve. Des villages, des fermes et des turbines se retrouvèrent au fond des eaux.

Et c'est ainsi que Jean-Louis a dû revêtir sa combinaison de plongée pour pu visiter la «Wheel Chamber» de la centrale de Cornwall.

Les stalactites visibles dans sa vidéo atteignent, pour les plus longs d'entre eux, 6 à 8 pouces (15 à 20 cm). Ils ont poussé à partir d'un plafond de béton*. La centrale, m'indique en outre Jean-Louis, a été construite en 1901 et a été engloutie en 1958. En 57 ans d'existence «aérienne», les stalactites ont cru au rythme infernal de 0,35 cm par années*.

* Revoir le passage tiré de Wikipedia, plus haut.

Ceci enfonce un clou mortel dans mes espérances de caverne naturelle à l'île Victoria. Dur coup pour le moral, mais la vérité avant tout !

Jean-Louis, sans aucune pitié, me signale que l'expression «tail race», qui apparaît dans le texte de Budimirovic ailleurs que dans le passage que cité dans ce billet, à un sens très précis :

«Some water wheels are fed by water from a mill pond, which is formed when a flowing stream is dammed. A channel for the water flowing to or from a water wheel is called a mill race (also spelled millrace) or simply a "race", and is customarily divided into sections. The race bringing water from the mill pond to the water wheel is a headrace; the one carrying water after it has left the wheel is commonly referred to as a tailrace (Wikipedia)


Il me semble clair que mes soupçons initiaux étaient hélas fondés : le mot cavern est employé dans le texte de Budimirovic dans le sens «salle souterraine artificielle». (Lire cette définition de cavern, aussi transmise par Jean-Louis, décidément intarissable – pourtant, moi aussi j'avais cherché les différents sens de ce mot, dans mes dictionnaires papiers et dans Internet !)

Les murs de la «caverne» couverts d'un «lustrous limestone coating» sont tout probablement en pierre calcaire taillée.


Beau joueur, je vous conseille d'aller visiter les sites de Jean-Louis, plongeur, peintre, écrivain : «Aquadelic» et «Peintures, Délires et autres nécessités...»

D'un requin requinqué au fond d'une carrière en Outaouais* au blues d'un Abitibien fugueur en passant par moult pochades, vous ne regretterez pas d'avoir cédé à un mouvement de curiosité.

D'ailleurs, quelqu'un qui vous prouve trois fois plutôt qu'une que vous vous êtes trompé sans être désagréable ne peut pas être une mauvaise personne ni tenir de mauvais blogues !

* J'ai déjà parlé de ce sauvetage.


Ajout (21 mars 2013)

Les deux dernières photos de la (ou «du» ?) water plant sont tellement mauvaises que je ressens le besoin impérieux d'en mettre en ligne de meilleures.


«Water plant» : vue vers le nord, vers le chenal perdu (9 mars 2013).


Murs ouest (9 mars 2013).


Mur est : calcaire, et la centrale, en brique rouge (9 mars 2013).


Fond de la «piscine», côté ouest (9 mars 2013).

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